L'homme était pire encore, pourtant. Il se dégageait de lui une odeur épouvantable, un fumet atroce. Probablement un paysan qui avait passé sa journée à dégager sa fosse à purin. Que de tels personnes soient autorisées à entrer ici sans être passées d'abord de force dans une grande cuve d'eau claire montrait bien à quel point le boui-boui dans lequelle elle était entrée était infame. Une pareille menace olfactive était intolérable. D'autant plus que quelque dans son odeur la dérangeait, sans qu'elle ne puisse mettre exactement le nom dessus.
Le dernier venu, au final, n'était donc que la cerise de la médiocrité posée sur un gateau de fange. Elle n'avait même pas eu besoin de le regarder pour savoir qu'il s'agissait d'un de ses semblables. Enfin, dans la limite où il convenait de considérer un de ces Von Carstein buttés et à la tête en bois comme un semblable des délicates et subtiles Maitresses de la Nuit. L'individu qui lui faisait face était probablement aussi subtil qu'un taureau en rut, et aussi dégourdi qu'une chèvre. Sans parler de leur propension incroyable à la bêtise et aux actions grandiloquentes qui les conduisaient à la mort de façon aussi ridicule que pitoyable. Si elle avait pu, elle aurait même eu pitié de lui. Mais ce matamore campagnard aux prétentions exubérantes ne lui inspirait au final qu'un vague sentiment de dégout.
Non, décidément, la taverne devrait être rebaptisée en "Le royaume des Bouseux". Vu le public moyen qui la fréquentait, le nom eut été bien plus indiqué. Elle soupira et faillit se lever, mais maintenant qu'elle s'était engagée, se rétracter eut pu passer pour une reculade, et ces pitoyables créatures ne méritaient même pas l'impression d'avoir pu la surpasser. Elle valait mieux qu'eux et elle allait le leur prouver.
Elle humecta légèrement ses lèvres avant de se lancer dans le récit qu'elle avait choisi, adoptant pour ce faire un ton bas et mystérieux, induisant dans le récit une tension propre à en rendre parfaitement les nuances subtiles. L'espace d'un instant, elle se demanda même pourquoi elle prenait cette peine, vu que le troupeau de manants qui lui faisait face aurait été incapable de trouver la subtilité même avec une carte qui y menait, mais ce fut plus fort qu'elle: si elle faisait quelque chose, cela se devait d'être parfait, même si cela revenait à en faire des perles jettées aux cochons.
Et c'est donc à voix basse qu'elle entama son récit...
Il était une fois un jeune noble nommé Eric von Strauffenberg, qui, comme tous les jeunes nobles, était fort orgueilleux. Néanmoins, celui-ci avait quelques raisons de s’enorgueillir. Il était en effet le meilleur chasseur de la région, et beaucoup venaient le défier dans des parties de chasse qu’il remportait toujours. Ce succès était du à un secret que lui avait transmis son père : les trois règles de la chasse.
La première disait qu’il fallait toujours entraîner sa proie sur un terrain qui lui était inconnu.
La seconde stipulait qu’il fallait dès que possible isolé sa cible de ses congénères.
La dernière enfin, affirmait qu’il fallait attirer sa proie avec un leurre auquel elle ne saurait pas résister.
Ces règles, appliquées à la lettre, et couplées avec une chance insolente, lui avaient toujours permis de ramener les plus beaux trophées.
C’est ainsi qu’un jour un homme se présenta au château des von Strauffenberg. Il se présenta comme étant un noble venu de l’ouest de l’Empire, et qui avait entendu parler du talent de Eric. Il lui dit alors : « Je suis moi-même un grand chasseur, et je voulais me mesurer à vous ».
« Avec plaisir » dit Eric, persuadé de l’emporter.
« Attendez de voir quelles sont les conditions du défi » répliqua l’inconnu. « Je proposes que celui-ci dure 7 jours, et que le terrain de chasse soit limité aux Collines du Vent ».
Malgré lui, Eric frissonna. Les Collines du Vent étaient un territoire désolé, réputé pour contenir de nombreuses créatures difformes et monstrueuses, dans lequel peu de gens s’aventuraient, et moins encore en ressortaient.
« Alors, relevez vous mon défi ou pas ? »
Piqué au vif, Eric riposta : « Mais bien sur !».
« Bien, préparez vos hommes, nous partirons dans une semaine, pour que vous puissiez achevez vos préparatifs ».
Le père d’Eric, lorsqu’il apprit cela, voulut d’abord lui interdire de participer à cette folie. Mais face à l’entêtement de son fils, il n’eut guère d’autre choix que de plier. Néanmoins, il obligea ce dernier à partir avec une escorte nombreuse et bien équipée, tous des vétérans de campagnes contre les orques ou le chaos, et ayant participé à de nombreuses chasses. L
Le jour dit, ils partirent vers les Collines du Vent en compagnie du concurrent d’Eric, qui avait dit s’appeler Heinrich von Grettil. Celui-ci disposait également d’une demi-douzaine d’hommes, aux visages durs et marqués de traces de combats....
Helena s'interrompit, et ponctua son interruption d'une nouvelle gorgée.
"La suite... haa, la suite... Voyez vous, elle est bien plus sombre, et je suis sure que certains ici ne verraient pas d'un mauvais oeil que quelque chose de plus léger ne viennent émaillé ce long et tragique récit..."
Bon, sorry pour Helena, mais elle a jamais été connue pour sa générosité ou son ouverture d'esprit. Je vous rassure: je n'en pense pas moins. je veux dire: je n'en pense rien...^^







