Mais ses bougonnements ne durèrent guère, et il retrouva bien vite sa bonhommie de la vielle:
-C'est déjà l'aube? Peste! Cette nuit m'a semblé ne durer qu'un battement de paupière... C'est bien, au moins toi tu es un lève-tôt. Il étirait lentement sa grosse carcasse, encore dans sa vieille bure de la veille alors que Walder était déjà fin prêt au voyage:
-Le Bonjour. Vas donc faire quelques exercices dans la cour et prier un peu le temps que je me prépare mon garçon.
Mais notre héros n'eut pas vraiment le temps de beaucoup occuper son attente. Quelques minutes plus tard, Marguillon, sa cotte de maille sous son impeccable toge noire, arrivait déjà en portant un lourd barda aux bruits de ferraille et aux odeurs alléchantes.
-De quoi casser la graine sur la route, expliqua t-il, paisible. On est pas les ascètes de Sigmar, mais ses guerriers hein? Et il faut un ventre bien plein pour bien se battre en son nom quand l'heure est venue.
Ses amples épaulières de fer étaient ornées de la Comète et du Griffon.
On lui amena un âne, sur lequel il chargea son bagage.
-Pas besoin de chevaux, on montera sur les carrioles des marchands dans un premier temps.
Ainsi était Marguillon, Walder le découvrirait vite. Un bon vivant qui aimait son prochain et la simplicité dans la vie, loin du faste et de l'orgueil du Grand Temple. Toutefois, il n'en était pas moins droit et dévot, loin s'en fallait.
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Et voici donc Walder parti en sa compagnie hors de la capitale...
A la Porte Nord les attendaient comme convenu une caravane marchande en partance pour l'Est. Elle comptait dix chariots et une bonne trentaine de membres, la plupart hommes, seulement en voyage de négoce, mais il y avait aussi quelques familles. Six taciturnes mercenaires montés sur des chevaux servaient d'escorte.
Les premiers jours furent plutôt cléments, tandis que la caravane remontait le long du Fleuve Reik, croisant parfois quelques navires qui descendaient ses eaux malgré les risques de crue en cette période. Bien sûr, c'était l'hiver et il faisait froid, cependant il n'y eut ni neiges ni pluies. L'on avait en outre doté Walder de chaudes fourrures et des poêles chauffaient presque en permanence l'intérieur des chariots. Marguillon organisait les prières à Sigmar, quand il ne les déléguait pas à Walder. Il s'exerçait de temps en temps aux armes avec lui, répondait sans faille à ses éventuelles questions, plaisantait avec tous et toutes. En sommes, l'ambiance était tout à fait excellente...
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Le 6 du Mois de Jahrdrung. An 2525. A une dizaine de Miles de Kemperbad.
C'était tôt le matin, de légers flocons tombaient pour la première fois sur le convoi ensommeillé... Lorsque soudain:
-ALEEEERTE! A L'AVANT! DES PILLARDS!
Cet appel alarmé d'une sentinelle était accompagné de cris et de bruits de bataille.
Si Walder, dont la couche ainsi que celle de son maître se trouvait dans un chariot central de la caravane, était déjà levé et préparé, ce n'était pas le cas de Marguillon. Celui-ci ouvrit des yeux hagards en se redressant sur ses fourrures:
-Va, mon garçon! Je te rejoins! Pour Sigmar!
