Il y eut un temps d'attente, et manifestement quelques tests méfiants des grimpeurs, avant que la corde laissée à suspendre par la fenêtre ne fut vraiment en tension: Entre l'étrange absence de sons, dont ils bénéficièrent sur la fin de leur ascension, et cette aide providentielle, ils avaient dû être quelque peu stupéfaits...
Un premier elfe parvint finalement à la fenêtre. Son regard tendu et surpris sur Lucrétia, il assista sans un mot ses comparses pour qu'ils le rejoignent, et bientôt tous furent dans le couloir du mur Est.

L'un d'eux, plus nerveux que les autres, avait pointé une flèche vers la lahmiane dès son arrivée. Tous semblaient quelque peu fatigués, et on pouvait le comprendre. Celle qui devait être le "chef", tout en écoutant le discours décontracté de Lucrétia, plaça une main sur l'arc du teigneux, lui faisant baisser son trait menaçant: Elle paraissait un peu plus âgée que les autres (bien que pour les elfes, ce n'était pas évident de définir un âge) et avait le visage tatoué, sous sa capuche relevée.
Après une courte observation de Lucrétia, et un regard aux deux cadavres, ce fut elle qui répondit, toujours circonspecte, et à voix basse:
-Je pourrais te retourner la question, providentielle humaine, fit-elle d'abord: Toi, que fais-tu céans? Et pourquoi nous avoir aidés?
Ce disant, elle eut des gestes autoritaires à ses camarades, lesquels allèrent se placer avec discrétion en des points stratégiques du couloir, épiant toute arrivée possible:
-Nous venons accomplir une mission, tu t'en doutes. Merci de ton appui... Tu as l'oeil, pour nous avoir ainsi repérés...
Ils restaient méfiants. Mais cela pouvait se comprendre, non pas? Après tout, Lucrétia, ici présente comme par enchantement, ne pouvait-elle pas être l'instrument d'un piège tendu par les gens du Comte? Un piège tordu, certes, car il nécessiterait carrément la mort de deux gardes pour "faire vrai", mais le Comte ne l'était-il pas, "tordu"?...
Lucrétia n'en était pas sûr, car alors cela aurait été réalisé avec une belle discrétion, mais elle avait l'impression que l'elfe tatouée avait possiblement déployé un sortilège... Celui de "vérité", peut-être, pensa la lahmiane, pour elle aussi savoir le maîtriser... mais peut-être était-ce de la paranoïa?




