Les trompes firent résonner une note claire dans le grand hall lorsque la délégation étrangère passa les lourdes portes ouvragées. Les vénérables voûtes étaient conçues pour rentrer en résonance, aussi les quelques musiciens n'avait aucun mal à emplir la vaste salle d'une puissante mélodie. Disposé sur l'estrade la cour royale naine était assemblée pour l'occasion, colorant les marches successives de riches étoffes et d'armures rutilantes, dominant la scène le Roi Snorri se leva par respect pour son visiteur.
Willem Hagen Hoenohm, nouveau comte du Talabecland, électeur d'empire, margrave des marches kislevistes, avançait vers le monarque avec toute l'arrogance de ses vingt ans, dans son sillage s'entassait une suite hétéroclite de conseillers souvent guère plus vieux que lui. Sa visite de courtoisie avait été une véritable surprise, une étrangeté même les deux domaines n'étant absolument pas voisin. Informé tardivement le royaume montagneux avait tout de même tenu à l'accueillir dignement. Le chambellan du comte était arrivé la veille et les maitres de cérémonies avaient débattus toute la nuit pour s'entendre sur un protocole acceptable pour les deux parties, le noble humain et ses compagnons avaient donc le droit de rentrer en armes, mais à pied, contrairement à leur exigence de paraitre à cheval.
Snorri n'aima pas l'électeur du premier regard, le rictus hautin de son visage glabre confirmant les mises en garde de ses conseillers. Malgré son caractère impulsif il s'obligea à réciter les formules d'accueil rituel.
Ecoutant d'une oreille faussement distraite, le jeune homme laissa passer le protocole puis sur un signe de sa main deux serviteurs déposèrent un coffre entre les deux nobles.
- Voici un présent pour vous grand souverain. En signe de l'amitié qui lie nos peuples.
Le vieux nain tiqua, ce cadeau n'était pas prévu. Fallait-il proposer un échange ? Il jeta un coup d'yeux vers ses conseillers. Le vénérable Nochrinn, le plus vieux d'entre eux articula silencieusement « méfiance ». Méfiance ? Méfiance de quoi ? Était-il un elfe pour craindre ses invités ? Il était un roi de l'antique race et ces règles et bassesses de courtisans lui sortait par les yeux.
-Merci à vous, comte Willem et au nom de cette même amitié que puis-je faire pour vous être agréable ? Ces formules de politesse creuse commençaient à écorcher la bouche du roi nain.
-Cette glorieuse amitié fut scellée par le don d'armes à la hauteur de la valeur des guerriers humains. Récita l'humain
-La valeur des guerriers de ce temps-là. Ne put s'empêcher d'ajouter Snorri en regardant dans les yeux le jeune porteur du croc runique.
Le vieux monarque se maudit, cet effronté l'avait mis en colère. Il refusait de se déshonorer en étant malpoli envers son invité. Il était l'hôte, L'hospitalité était sacrée.
-
Et comment connaitre la valeur d'un homme ? Questionna l'homme sur un ton candide.
Le roi réfléchit, il flairait maintenant le piège. Sentant l'hésitation de son père, le prince Krom voulu l'aider et déclara.
-Les prouesses martiales donnent la juste valeur d'un guerrier.
La cour murmura son approbation, le jeune fils du roi était aimé de tous et portait haut les valeurs traditionnelles naines. Le noble impérial eu un petit sourire de triomphe.
- Je suis d'accord avec vous, noble prince, enchaîna Willem.
J'estime aussi qu'un guerrier devrait porter des armes à sa mesure. Je souhaiterais donc que votre dynastie m'offre une épée à la hauteur de mon nouveau champion.
Un homme s'avança il était vêtu à la dernière mode tout de velours vert et de brocart. Son visage soigné et ses grands yeux vaguement ennuyés lui donnaient plus un air de favori que de combattant. Refermant un peu plus son passe-passe verbal le comte ajouta.
-
Épée qui devra donc être de meilleure qualité que...il fit mine d'hésiter cherchant des yeux quelque chose.
-
Votre arme, prince.
L'assemblée émit un bourdonnement outré. Le monarque vira au rouge. Le sage Nochrinn voulut intervenir, mais ayant le sang aussi chaud que son père son héritier bomba le torse et déclara
-Encore faudra-t-il le prouver.
-Avec plaisir. Répondit doucement le champion.
§§§
Le sévère baron de Creutzwald regarda furieux son suzerain rentrer dans la grande tente.
-A votre mine réjouis j'en déduis que vous avez obtenu ce que vous voulez. C'est folie ! Provoquer ainsi un roi par jeu sera lourd de conséquence, non contant d'avoir dû partir plus tôt du mariage de l'empereur après avoir estropié en duel l'un de ses gentilhommes voilà que vous commettez dans la même semaine un nouvel outrage ! Jamais votre père ...
-Il suffit Günter ! Le coupa Willem.
Je me contrefous de ce que mon père n'aurait pas fait. S'il vous manque tant, tuez vous également dans un accident de chasse. J'entends faire ce qui me plait. Comment diable, un petit roi vivant à l'autre bout de l'empire pourrait-il me nuire ?
-Les monarques nains sont soudés contre le reste du monde, ils ont de l'influence à la cour impériale. Le patriarche de leur communauté se plaindra surement à l'empereur.
-L'empereur à d'autres soucis en tête. Il a toujours face à lui la congrégation de Hochland et la grogne des clergés sur les bras. Il a besoin de moi et devra me pardonner mes frasques. Ce mariage était ennuyeux, partir visiter les environs étaient bien plus intéressants et on va y ramener une belle épée pour Heinrich.
§§§
Le roi nain avançait lentement, lourdement armuré, tenant une épée dans ses mains, seulement accompagné de ses écuyers. Le monarque franchit la dalle runique qui marquait symboliquement la limite de son foyer. Il était calme, animé d'une froide détermination. Toute la nuit il s'était assuré de la qualité du travail de ses artisans, il avait voulu les meilleurs et les avaient menacés d'exil s'ils ne parvenaient pas à finir le chef-d'oeuvre pour le lendemain. Métallurgistes, Forgerons, orfèvres, affûteurs, graveurs ils avaient tous travaillé jusqu'à l'épuisement. Il avait calmé sa frustration en battant lui-même le métal incandescent avec rage. Jusqu'à ne plus sentir ses bras espérant chasser à coup de marteau les souvenirs du combat, les images de cet homme en armure noirci arracher le casque du prince et le marteler de ses poings. Au matin elle était prête. Splendide, l'objet le plus accompli de tous les maitres qui l'avaient façonné, à la mesure de l'homme qui avait à moitié tué son fils. Snorri Haroldson n'avait qu'une parole. Son honneur serait sans tâche.
Arriva tranquillement le comte et sa suite. Jeune, beau, triomphant Willem mit pied à terre avec son champion pour s'avancer vers le monarque.
-Ne soyez pas mauvais perdant, Snorri, on ne peut pas gagner tous les duels qu'on demande.
Le noble nain laissa glisser la provocation. Il s'efforça de parler calmement.
-Voilà comme convenu mon présent pour vous...
Il présenta l'épée, qui brilla au soleil malgré le ciel couvert. Puis il tourna légèrement la tête et acquiesça. Un carreau fusa, Heinrich fut touché en plein visage. Le roi s’accroupit et puisant dans sa rage brisa la lame sur son genou.
-...Une arme à la juste mesure de votre champion.