
Rédigé par Niklaus Hänshel, Assistant MJ
Dans un léger brouhaha les deux femmes s'avancèrent, deux silhouettes parées de leurs plus beaux atours incarnations de déesses guerrières révérées par tout un peuple. Une certaine agitation se propagea dans les rangs des hauts dignitaires présents en ce jour afin d'assister à ce qui allait sûrement la conclusion d'un chapitre de l'histoire de leur royaume. Comment envisager une autre issue que celle de la mort après l'affront proféré ? Sous peu le sang viendrait teinté le sable brûlant d'un rouge carmin, une vie s'éteindrait moucher telle la flamme d'une chandelle.
Malgré la chaleur étouffante, l'homme frissonna à la vue de sa reine. Saisit d'un mauvais pressentiment il ne put que déverser sa haine sur celle qui était à l'origine de cette grotesque accusation provoquant ainsi l'ire de sa maîtresse. Bien entendu l'issue du combat restait incertaine, deux combattantes hors paires allaient s’affronter dans une poignée de secondes, deux femmes qui régnaient sur leur armé respective, deux esprits supérieurs. Pourtant depuis ce festin synonyme de cauchemar l'homme œuvrait dans les profondeurs de la pyramide, en tant que Hiérophante son pouvoir dépassait de très loin l'entendement des simples mortels. Depuis longtemps il s'était affranchi de certaines limites imposées par la nature, la mort un sujet d'étude qu'il avait exploré afin d'en comprendre tous les méandres. Son esprit se détourna de la scène, ses dispositions seraient-elles suffisantes ? Des lunes entières à rester enfermé, à préparer chaque détail d'un futur incertain, à prédire le plus petit fil d'une vaste tapisserie. Sa mâchoire se serra, ses doigts se crispèrent sur le manche du sceptre qui reposait sur ses genoux, si le serpent devait trépasser aujourd'hui, sa vengeance serait sans autre égale.
Détourné de sa fureur par un soudain silence il revient à la scène qui se déroulait présentement sous ses yeux. Un homme s'était avancé, il décela sa nervosité qui pointait derrière une voix puissante afin que tous et toutes puissent entendre les règles et conséquences de ce duel de monarque. Dans le calme apparent la tension nouait les muscles de chacun, les respirations devinrent plus lente, les regards fixes, dans l'attente d'un dénouement qui viendrait impacté avec certitude leur vie.
La suite devint quelque peu confus dans l'esprit de l'homme. Quand le combat est élevé au rang d'art il est difficile d'en retranscrire toute la fureur charnelle qui s'en dégage et le ravissement morbide que l'on peut ressentir en contemplant les artistes. Les deux femmes échangèrent quelques mots avant qu'une danse aux mouvements vertigineux ne soit entamée. Deux armes, deux styles différents. Sa reine possédait l'avantage de l'allonge grâce à la lance qu'elle maniait, tout comme sa tenue l'arme était magnifique, une aspic aux yeux de rubis s'enroulait autour du manche ouvragée et alors qu'elle frappait d'estoc avec rapidité et précision le spectateur semblait apercevoir la forme serpentine se mêler à l'échange. Son adversaire combattait avec un Khépesh, l’arme traditionnelle de son peuple, une lame courbe et plus courte qui l'obligeait à passer l'allonge afin de réduire la distance pour attaquer de taille chose rendu possible par des mouvements d'une telle fluidité qu'il était impossible aux amateurs de seulement les suivre des yeux. L'inquiétude gagna le Hiérophante, si le nom de Khalida était synonyme de bravoure et de courage, sa cousine prenait peu à peu l'ascendant. Comment cela pouvait être possible ? Comment pouvait-elle bouger aussi vite ? Agir avec autant de précision ? Que cachait-elle comme noirs secrets au sein de sa cours ?
Les stigmates des blessures ne tardèrent pas à apparaître. De nombreuses estafilades marquaient désormais les tenues d'or rehaussées de joyaux, dès sillons dans les chaires s'échappaient la vie. Les mouvements ralentissaient, le souffle manquait, les armes plus lourdes entre les mains fatiguées puis vint le coup, avec habilité la pointe de la lance fut détournée de sa trajectoire par le jeu des bracelets renforcés et dans un même mouvement de taille le tranchant du khépesh ouvrit le ventre du Grand Faucon de Lybaras d'où se déversa une partie de ses boyaux. Elle tomba à genoux, la foule s'agita aucun n'osant pourtant bouger, les mains sur sa béante blessure elle planta son regard dans celui de sa cousine Neferatem. Cette dernière venait d'étouffer dans l’œuf une source d’ennuis qu'elle ne pouvait se permettre à l'heure actuelle, sa malédiction ne pouvait être révélée mais pourquoi ne pas la transmettre à celle qui avait osé la défié. Dans un baiser sensuelle leurs lèvres se scellèrent transmettant ainsi le sang impie, une infant qui partagerait ainsi son éternité.
De la gorge du Hiérophante s'éleva une sinistre plainte, d'anciens mots que seule une poignée d'élus pouvait prononcer sans que la folie ne les gagne, des mots qui traverseraient les siècles ….
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"Le temps fait changer, mûrir, oublier et mourir."
L'aube se levait, du moins la réflexion se trouvait être le fruit d'une intuition plus que d'une absolue certitude à l'égard de la cellule sans fenêtre qui se situait dans les tréfonds du sinistre bâtiment. Le froid lui était bien présent, la température avait drastiquement chuté et ce n'est pas la maigre couverture dans laquelle se pelotonnait le jeune apprenti qui le protégeait du cruel mordant. Pouvait-il espérer de quoi se réchauffer auprès d'Anton Gasther, l'intendant du Collège qui visiblement sortait chaque sou de sa propre poche, les négociations s'annonçaient d'ors et déjà animées. Au moins point de flemmardise, par habitude il alluma la chandelle qui reposait sur la table de nuit à côté de son lit et frissonna quand ces pieds nus vinrent se poser sur la pierre froide. La faible lumière peinait à repousser les ténèbres des quelques mètres carrés qui composaient son existence. Point de fioritures pour les élèves d'Améthyste, tous étaient logés à la même ancienne ou presque selon leur maître respectif et Dame Anna Freidberg passait pour être l'un des plus sévères. D'ailleurs n'avait-elle pas arrêté d'enseigner depuis fort longtemps avant l'arrivée de Karil ? Le seul fait qu'elle le choisisse comme élève avait causé nombre de murmures et chuchotements dans les couloirs du Collège perturbant ainsi le sacro-saint silence des lieux pour quelques jours.
Quelque chose ....
Soigneusement pliée sur la petite commode attendait sa chasuble de tissu rêche d'un mauve maintenant passé qu'il enfila avec un certain empressement après s'être livré à quelques ablutions à l'aide du broc d'eau et de la bassine qui attendait dans un recoin de la pièce. Dans trois jours si les calculs s'avéraient être exactes cela ferait deux ans qu'il s'était faufilé entre les lourdes portes entrebâillées de la cathédrale à la sinistre réputation pour ne plus revoir, ne serait-ce qu'une seule fois, le monde extérieur si ce n'est pas les vitraux colorés ou le cloître intérieur, carré de verdure magnifiquement entretenu. Pourtant aucun prisonnier en ce lieu, chaque personne entrantes peut ressortir à loisir mais pour les futurs postulants cela signifie le premier échec à très longue liste d'épreuves pour la plupart d'ordre psychologique durant les premières années. La volonté est la première arme de ceux qui manipule Shyush, le vent pourpre, le vent de la mort, le plus mystérieux et dangereux de tous. Une volonté forgée au quotidien afin que chaque leçon soit marquée au fer rouge, la moindre petite chose pouvait s'avérer être un test pour les élèves, autant dire que le plupart ne franchiraient jamais le premier palier et resteraient de simples aides au service des Magisters. Pour les autres c'était juste le début d'une très longue route.
Que ....
Route qu'avait choisi Karil, le jeune homme la parcourait non sans difficulté, tel un funambule sur son fil toujours proche de la chute sans pour le moment commettre le faux pas fatal. Les cloches se mirent à sonner à l'unissons répercutant leurs octaves dans l'immense structure qui n'allait pas tarder à reprendre un semblant de vie. Le petit déjeuner n'allait pas tarder à être servi pour ceux qui souhaitaient avoir de quoi se sustenter pour la matinée. En quelques gestes précis le jeune homme termina de faire son lit, jeta un dernier coup d’œil à sa cellule afin de s'assurer qu'elle soit au goût de Dame Freidberg en cas d'inspection chose rarissime, la main sur la poignée de la porte il s'apprêta à la repousser ....
Une soudaine impression de ... de ....

