Ohohoh, il faut avoir du courage pour demander une telle chose à un être aussi vieux! L'histoire va prendre du temps! Comme tu peux le voir, je ne suis plus tout jeune, j'ai 162 ans. Tu me demanderas, "pourquoi votre barbe est-elle aussi courte?" Je te l'expliquerai en temps et en heure.
Je suis né dans une famille de Brisefer plutôt influente, à l'époque, mais aujourd'hui anéantie. Il était normal que je reprenne le flambeau et que je me spécialise dans ce domaine. C'est pourquoi, les 80 premières années de ma vie, je me suis dévoué corps et âme à la défense des tunnels de différentes forteresses. Quel temps magnifique c'était! On formait une troupe de nains en armures, on était cinq, Baltador Bordin, le plus compétent de nous tous, une montagne à grande façade, mais avec un coeur de miel, les coups semblaient ricocher sur lui, Furibarde Baltar, une véritable machine à tuer, lorsque la folie s'emparait de lui, il était instoppable dans les rangs ennemis, Lundir Beredor, un stratège hors pair qui nous évita de tomber dans bien des pièges, Darbor Lemdir, expert effroyable en lancé de hache, et moi, doté d'un sens de l'observation très performant. Lundir et moi nous complétions et ainsi, notre troupe put jouir de nombreuses années de services. Nous étions bons, c'est pourquoi nos supérieurs refusaient de nous séparer, car on ne change pas une équipe qui gagne, au Bloodbowl, n'est-ce pas?
Nous participâmes à plusieurs conflits, et à même plusieurs guerres, et la situation fut maintes fois critique, mais nous nous en sortions toujours. Je me souviens d'un jour en particulier, durant lequel des peaux vertes nous avaient entouré. Nous nous étions éloignés de notre avant poste dans les tunnels, car nous avions vu quelque chose s'échapper dans l'ombre. Alors que nous avancions à taton, nous débarquâmes dans une immense caverne inconnue des nains, et une troupe de gobelin nous y attendaient. Il devaient être 15 fois plus nombreux, nous savions être perdus, mais nous voulions mourir dans l'honneur. En formation de combat habituelle, nous combattîmes, organisés, contres des adversaires en parfaite incohérence. Le combat dura, dura, et nous ne savions même plus où en était le temps, j'ai cru plusieurs fois perdre un allié, mais, il revenait toujours pour achever un ennemi que je n'avais pas vu venir. Alors que nos muscles semblaient fondre dans nos jambes et dans nos bras, alors que nos armes paraissaient aussi lourdes qu'un cul d'ogre, nous nous rendîmes compte que plus aucun gobelin n'était vivant dans la zone, nous les avions tous massacrés.
Puis, une jour, nous fûmes expédiés dans les tunnels abandonnés les plus dangereux de la forteresse. Nous y étions déjà allé, mais jamais aussi profondément. Apparemment, des monstres inconnus accaparaient depuis le fond de la grotte. L'expédition dura plusieurs jours, car nous parcourûmes une distance folle, nous enfonçant dans le chemin abandonné. Nous commencions à manquer d'eau, et nous n'aurions bientôt plus d'huile pour nos lampes. Alors que nous envisagions de rebrousser chemin, quelque chose surgit et emporta Lundir dans des hurlements jamais entendus auparavant. C'était lui qui avait la réserve d'huile. Nous suivîmes les cris pour tenter de le sauver, puis, nous le découvrîmes. Il n'avait pas de blessures, mais il était mort, comme vidé de son esprit. Alors que la colère s'emparait de nous, nos lampes s'éteignirent comme par magie...
Nous entendîmes les créatures hurler de nouveau, un cri inoubliable. J'entendis plusieurs fois le sang gicler, voulant dire que l'un de nous avait fait mouche en frappant dans le vide. Mais je sentais aussi mes amis tomber à mes côtés, vidés de leur vie par une magie inconnue. Une simple lumière que cette magie produisait me permettait de voir la dernière expression de terreur de mes camarades, à la fin, Bordin et moi étions les seuls survivants. Il était meilleurs que moi, et me protégeait admirablement pendant que je couvrais ses arrières. Il m'ordonna de m'enfuir, mais il savait que je ne le ferait pas, on allait mourir ensembles. Mais, soudainement, une main crochue m'attrapa la jambe et m'entraîna loin du combat, me traînant au sol avec une force monstrueuse. Face contre terre, j'avalai à plusieurs reprises de la terre et de la pierre. La créature me voulait pour elle seule, et apparemment, elle voulait jouer un peu avant d'absorber ma vie. Elle me lança contre la paroi à plusieurs reprises, mais mon armure me protégeait comme elle le pouvait, encaissant les chocs à ma place. Je passait plus de temps à planer et à heurter les murs que sur le sol, la bête refusait de me laisser le moindre répit. Je pouvais imaginer sa silhouette, elle devait être aussi grande qu'un homme, courbée au maximum, ses muscles étaient très fins et longs, et ses membres étaient allongés et tordus, sûrement une nouvelle race, ou des humains, qui, perdus dans les tunnels, se sont adaptés au cours des générations dans leur milieu. Alors que le monstre s'était lassé de moi, je l'entendait approcher une ultime fois pour me faire subir le même sort qu'à mes camarades. Et, lorsque la lumière de sa magie se matérialisa, je vis son visage. Pas une nuit, je n'ai dormi sans le voir, plus terrorisant que les dieux du Chaos eux-même. Son nez squelettique était remonté jusqu'à son front, deux trous étroits à hauteur légèrement différentes. Ses yeux étaient cachés par de la peau tombante, celle-ci avait dû se coller à force de garder les yeux fermés. Leur bouche était encore pire, totalement irrégulière. Je ne pourrais la décrire correctement, mais je peux tenter de te faire un croquis...
Bref, à la dernière seconde, en palpant le sol de main main, je rencontrai mon fidèle marteau qui avait atterri là. Je le saisis et donnai un coup sur le visage du monstre, faisant disparaître la lumière. Avide de vengeance, je me relevais et cherchais la bête assommée. Ma revanche fut longue, je lui brisais chacune des articulations, dans le noir, entendant les os craquer et le monstre hurler. Je pensais que d'autres allaient arriver pour m'arrêter, mais je m'en moquais, je voulais juste me délecter de la douleur de mon ennemi. Personne ne vint, la caverne était redevenue silencieuse, et moi, épuisé, je errais à la recherche de ces pourritures, à demi conscient. La suite, je ne m'en souviens pas, je me réveillai dans une chambre naine, presque tous les membres bandés, incapable de bouger. On m'expliqua que, trois jours plus tôt, ils m'avaient découvert dans les tunnels, marchant tel un zombi sans maître, dans un état monstrueux. J'avais même levé mon arme vers eux, mais mon manque de force ne m'avait pas permis de l'abattre. Mon rétablissement physique prit deux mois, et psychologique, dix fois plus. Ma belle armure de Gromril était en pièces, irrécupérable. Jamais plus on n'envoya un nain dans ces tunnels, personne n'en appris plus au sujet de ces créatures. Il arrive que, de temps en temps, on envoie des gobelins prisonniers pour un ultime châtiment, sachant pertinemment qu'ils n'en reviendraient jamais.
De longues années, je fus sans emploi, projetant de devenir un tueur et de foncer dans ces tunnels pour y chercher un combat digne de ce nom. Mais j'avais peur, bien trop peur, leur simple pensée me paralyse encore aujourd'hui. Grâce à l'acharnement d'un ami bienveillant, j'optai pour un voix qui m'avait toujours attiré et dont mes compétences étaient requises : la voix de l'ingénierie. Je voyageais à la recherche d'un travail alors que je n'étais même pas apprenti, et je tombai dans l'académie des ingénieurs de Aldorf. J'y exerçai quelques emplois, puis, nous partîmes tous ensemble vers Karaz-A-Karak, que je n'avais pas vu depuis bien longtemps. Là, je pus monter pour ma première fois dans un gyrocopthère, quelle expérience! Nous allâmes bombarder un camp orque, mais mon véhicule s'écrasa. Le pilotes et moi nous survécûmes et nous réussîmes à nous échapper pour retourner à la forteresse. Le pilote était lui aussi un ingénieur, mais il était maître dans ce domaine. Il accepta de me prendre sous sa tutoriel et me nomma apprenti. Ma carrière commençait et ma vie recommença de nouveau. je fis bien des choses, allant de la construction d'une armure automate à la création de la munition à vapeur téléguidée (pour plus d'infos http://warforum-jdr.com/phpBB3/viewtopi ... 551#p59551). Je devint à mon tour un maître, surpassant mon professeur et devenant indépendant. Les années passèrent, et, malgré quelques regrets e mon ancienne vie, jamais je ne me reprochais de ne pas être devenu tueur...
Le nain regardait avec nostalgie sa nouvelle choppe bien remplie. Ses yeux étaient humides et il se rappela de chacun de ses anciens compagnons. Ce récit lui avait fait autant de bien que de mal, lui rappelant ses moments forts, mais aussi les autres.
Je ne conte pas cette histoire souvent, et à n'importe qui. Mais, je ne sais pas, il y a quelque chose en toi qui me dit que je peux te faire confiance...



