Bien qu'ébahi des révélations et du plan d'action de "Fulrad-Rodolphe", Bishoff ne fit pas de complications. Ce n'était clairement pas un homme familier de l'espionnage et des complots: obéir au Commandant de la Reiksguard lui semblait bien évidemment la seule chose à faire, surtout si cela devait lui sauver la vie.
Très vite, au premier étage, deux jeunes scientifiques furent donc réveillés dans leur chambre puis exilés dans le grand salon, réveillant aussi de fait les quelques gardes qui y dormaient et s'attirant l'étonnement de celui qui y faisait le planton. Un énième garde - celui qui gardait le sommeil des deux jeunes - fut au passage dégagé en "surveillance" du couloir...
C'est qu'il y avait du Reiksguard dans cette baraque! De quoi soutenir un siège.
Nul ne discuta les ordres reçus, aussi inhabituels fussent-ils. On ne discute pas avec le Commandant de la Reiksguard... Du reste, cela ressemblait aussi à un genre d'enquête par interrogatoires séparés.
-Je n'ai pas vraiment de collaborateurs cruciaux, Herr Commandant, rétorqua un Bishoff intimidé à la demande de Rodolphe.
Ils sont seulement une aide qui me permet d'avancer plus vite. C'est vous qui voyez combien l'on doit en emmener... Par contre il me faut mon matériel et mes notes... Sans cela c'est un retour à zéro.
Il montra deux caisses de taille moyenne - pas le summum de la praticité, question encombrement! - , ainsi qu'une sacoche pleine de papiers.
-Attention c'est fragile, précisa t-il au sujet des caisses.
Et dangereux.
Ayant sans un mot prélevé draps et couvertures de quelques lits, Durhart les posa devant la fenêtre ouverte et, étant clairement le plus costaud de la bande, commença à se charger de la sacoche et d'une caisse. Son regard était concentré, ses gestes efficaces.
"Manfred" revint vite de la petite salle voisine:
-Une chambre de bonne inhabitée, Herr Commandant, volets condamnés. Rien d'utile.
Puis il se mit à nouer deux draps en deux temps trois mouvements - ce n'était sans nul doute pas la première fois qu'il faisait cela - pour les attacher à la fenêtre la plus proche de la ruelle. Comme le laissait supposer l'architecture des lieux, les fenêtres de la pièce donnait bel et bien sur la toiture d'une partie de l'étage inférieur. Il jeta habilement des couvertures sur les tuiles.
En laissant pendre la "corde de draps" à gauche, direct dans la ruelle, entre deux fenêtres du rez de chaussée, l'on pourrait s'aider du toit et descendre sans trop de problèmes...
Une chose était sûre, ni Manfred ni Durhart ne voulait perdre de temps. Ils agissaient vite, conscient que chaque instant perdu et chaque action en trop pouvaient rapprocher la mise à jour de la supercherie... Car en bas, officier et Magister ne patienteraient pas éternellement, si?
Pour sa part inconscient de cela, Bishoff jeta un oeil chagriné vers la porte du grand salon. L'on n'emmènerait donc aucun de ses assistants?
