Mathael se sentit vaguement étrange en enfilant ses habits, qui étaient forts différents de ceux que les nobles d’Ulthuan avaient coutume de porter durant leurs propres festivités. Toutefois, ses « hôtes » avaient l’air de le trouver sincèrement élégant, aussi l’elfe supposa-t-il que son accoutrement devait être conforme aux canons humains de l’élégance. Ecoutant les nouvelles paroles du noble, le poète songea qu’il était bel et bien prit en otage : « faites ce que vous voulez, mais ne sortez pas d’ici ».
Se retrouvant à nouveau seul avec l’interprète, qui de toute évidence avait autant pour tâche de surveiller Mathael que de l’assister, l’elfe décida qu’il n’allait pas gaspiller les trois heures de mouvements dans sa cage qu’on lui offrait ; bien au contraire, il était déterminé à sortir de sa perpétuelle stupeur et à comprendre enfin ce qui lui arrivait. Il était toujours en possession de la lettre de son commanditaire, une première piste qu’il avait eu le soin de transférer dans la poche de ses nouveaux vêtements.
Tout d’abord, Mathael se rapprocha de son ange gardien, et lui demanda :
-Excusez-moi, votre maître ne m’a pas dit où en était la récupération de mes affaires… Savez-vous si mon sac a été retrouvé ? Il contient une plume d’aigle très rare…
L’elfe écouta poliment la réponse de son interlocuteur, puis il enchaîna sur un tout autre sujet :
-Pardonnez mon ignorance, je me disais qu’il faudrait que je me renseigne un peu sur mes hôtes avant de passer à table… Pourriez-vous me renseigner sur le culte que semble diriger votre seigneur ? Les religions humaines m’ont toujours fasciné…
Durant le reste de la conversation, il s’efforça ainsi de soutirer des bribes d’information à ce qu’il convenait de qualifier son geôlier, en dépit des apparences courtoises de leur relation.
Son entretien avec le traducteur terminé, Mathael commença à se promener à travers les pièces qui lui étaient accessibles, feignant d’admirer la décoration, soupesant innocemment les bibelots qu’il rencontrait sur son chemin. Tout en jouant ainsi les touristes, ses yeux d’elfe aux aguets, il chercha quelque indice qui puisse le renseigner sur la nature de ses agresseurs, notamment quoi que ce soit qui ressemble de près ou de loin à un symbole ou un artefact religieux.
Finalement, le poète se tourna vers les multiples livres que contenait cette demeure. Comme le lui avait promis son hôte, il trouva de multiples ouvrages de poésie ; mais Mathael était trop préoccupé par sa situation qu’il sentait précaire pour s’adonner à son habituel lyrisme. Parcourant les étagères, il chercha des volumes traitant de la maison où il se trouvait, de ses propriétaires, ou bien des livres ayant trait à la religion. Bien évidemment, la lecture en reikspiel lui serait laborieuse, mais il n’avait rien de mieux à faire…