Lucas parut surpris à la question bien personnelle de son maître. Ouvrant la bouche, un sourcil élevé, il prit un air décontenancé, avant de hausser les épaules.
« Moi, me marier ? Avec ma trogne ?
Mah, il faudrait que la promise soit aveugle. »
Il est vrai que le Remassien était particulièrement laid. D’autant plus que son pif s’était boursouflé par des bagarres de jeunesse, et quelques cicatrices marquaient l’arcade d’un de ses sourcils et la commissure d’une lèvre. Il avait parfaitement la tronche de son emploi.
« Quand jé me souis engagé dans l’armée dou Westerland, j’comptais mourir à trente ans. J’avais pas prévou ma retraite ! J’économise pour le jour où je perdrai oune main ou un pied. Là, mon pécoule me servira bien.
En attendant, ben… »
Le flic de service devant le bureau de l’entrée hocha la tête. Il écouta plus-ou-moins attentivement Niklaus ; Mais dès qu’il lui apprit qu’il était là pour chercher quelqu’un d’actuellement emprisonné, son expression changea. Ses sourcils s’abaissaient pour se froncer, ses lèvres eurent un petit tic, et il reprit avec un air clairement agacé.
« Ah. Je vois... »
Il prit un papier qui se trouvait juste à sa gauche, qu’il relut rapidement.
« Eh bien, j’ai actuellement quatre personnes qui sont au cachot…
Il y en a un qui est au trou pour vagabondage. Bon. Je vais supposer que c’est pas lui. »
Il eut un regard dédaigneux envers le truand dans le dos de Niklaus. Quand bien même le patricien avait été poli, le petit nabot Tiléen à la sale gueule dans le dos trahissait très vite quel genre d’homme il était.
« Et j’en ai trois autres qu’une patrouille a récupéré pour ivresse sur la voie publique, voie de fait, refus d’obtempérer, et… Et il y en a un qui est aussi écroué pour exhibition sexuelle.
J’espère que c’est pas celui que vous êtes venu chercher. Il a montré ses parties devant une sœur de Shallya. »
Lucas se mordit les lèvres inférieures.
Peut-être parce qu’il était gêné.
Peut-être parce qu’il s’était retenu de rire.
« Écoutez je vais être honnête avec vous : On aime pas tellement les enfants de riches qui viennent faire les imbéciles dans le Rijkspoort. C’est pas parce qu’il y a des tavernes ici que c’est un quartier chaud.
Si vous voulez le libérer, il faudra me donner votre nom et payer l’amende. »
Le soucis, c’est qu’exiger qu’Alexander sorte, cela voulait dire donner son nom, et le consigner dans un registre. Normalement, les Coiffes Noires étant tenues au secret professionnel, le nom de « Hänshel » ne devait pas sortir de cette caserne. La réalité était bien entendu toute autre. Il était peut-être utile de trouver un autre moyen que juste exiger qu’il sorte pour obtenir gain de cause.
« On a un… Alboos, Lendeck, et…
Et le troisième était tellement ivre qu’il a été incapable de nous donner son nom. C’est lequel que vous voulez ? »
