La foule en vint rapidement aux mains contre la soldatesque, celle ci rapidement rouée de coups, se défendant mollement en donnant de larges coups de piques dans une vaine tentative de repousser les assauts dirigés contre eux..... Sans grand effet, les armes d'hast étant saisies à pleines mains par de solides paysans, tandis que jetés au sol par d'autres, alors que les femmes emmenaient plus loin les blessés ayant récoltés des estafilades le long des bras, et un malheureux ayant eu l'épaule percée par la pique.
Voyant que l'affaire était dans le sac, bien que celle ci n'ait pas tournée comme prévu, l'inquisitrice laissa la foule exprimer sa colère de sa propre manière, plutôt que d'essayer d'imposer vainement son autorité. Ils étaient dans leur bulle et allaient faire souffrir leurs proies. Si elle se mettait sur son chemin, elle risquait de subir le même sort que les "malheureux" présents dans ses griffes. Mieux valait se contenter d'observer et d'attendre que la fièvre populaire redescende.
Ainsi l'inquisitrice eut elle tout loisir de suivre des yeux le cortège, adossée à un mur, observant les individus tant dans la foule, emplis de haine, comme ceux plus à l'écart. Les blessés déjà. Ceux qui s'occupaient d'eux. Et un illuminé qui s'était mis à genoux pour prier en direction de l'oratoire. Sans doute une victime, ou un proche, qui remerciait les dieux d'avoir mis fin à ce calvaire. Quand à la foule... Il y avait des hommes au sein de celle ci, mais aussi des femmes et des jeunes filles. Pas la peine d'être devin pour savoir ce qui s'était produit pour que ces jeunes pousses soient là, à scander avec les hommes la mort de ces déchets d'humanité.
Quelques pas en direction des trois blessés, deux légers et un autre plus atteint, celui touché à l'épaule par un coup de lance, l'inquisitrice recommanda aux infirmiers improvisés de faire s'assoir les blessés, tandis qu'elle intimait à une gamine de la suivre dans la tour des miliciens, désormais vidée de ses occupants, pour se mettre à la recherche de bandages.
Surement ces crevures avaient sous la main quelques choses en cas de coup dur ?
S'enquérant aussi de la potentielle présence d'une femme-médecine ou d'un guérisseur dans le coin, elle eut la malchance d'apprendre que c'était le prêtre qui se chargeait des blessures d'habitude. Et inutile de retourner à l'oratoire, celui ci était envahit par la foule en ce moment même, tandis que les soudards avaient pillés le lieu il y avait de ça un moment.
"
Vraiment...."
Poussant la porte en bois lourd, renforcée de fer, laissée ouverte, l'inquisitrice eut la désagréable surprise d'être accueillie par une odeur musquée, mélange de sueur et de saleté. Visiblement ces foutus barbares n'étaient même pas capables de prendre soin des lieux par eux même. On était bien loin de la discipline et propreté monastique si chère aux enseignements du temple de Meissen....
Au rez de chaussée, on pouvait déjà distinguer une cuisine, visiblement en mauvais état. Quelqu'un avait fait un feu il y a un moment et avait visiblement échoué à garder celui ci sous contrôle, au vu de la couleur noirâtre du sol et des murs alentours. La suie n'avait pas non plus été nettoyée. Quand reste, deux longs bancs, une table, une chaise - sous doute pour ce qui devait leur tenir d'officier - et des sacs de vivres. Orges, blé, viande séchée, saucisson... Et un tonneau vide - de bière, à l'odeur. Pas de cassette ou de sac semblant contenir autre chose que des vivres. Puis un ratelier sur lequel se trouvait d'autres lances et quelques arbalètes et carreaux mal entretenus. Le genre d'arme dont on hésite à se servir, de peur que le projectile dévie énormément de sa cible ou, pire, une de ces armes si mal entretenues qu'à la seconde ou troisième utilisation elle se brise dans vos mains. Pathétique. Tout était à huiler ou carrément refondre.
En montant à l'échelle, on accédait au premier étage, celui ci étant encore plus puant que les autres. N'en pouvant plus, l'inquisitrice ouvra l'un des étroites fenêtres, laissant un mince filet d'air nettoyer un petit peu l'atmosphère du lieu, en plus d'amener un mince rayon de lumière supplémentaire pour y voir quelque chose.
Comme des lits. Ils avaient la belle vie. Des lits, avec des insectes, certes, puisque pas lavés, plein de pellicules et autres crasses, mais toujours mieux que de la paille. Par contre les draps étaient presque bons à jeter, vu que leur blanc avait tourné beige puis marron. Il y avait des coffres, mais uniquement remplis de fripes. Des jeux de cartes. Des chopes de bières vidées depuis des éons. Et des gravures pornographiques de piètre qualité, sans doute achetées à un marchand de passage ou bien à Pfeildorf. Rapidement délaissées. Bien qu'également remarquées par sa compagne, rougissant à leur vue.
"
Oh.... Qu'a-t-on donc là ?..."
"
Silence créature. L'heure est au travail."
Rien de bien grande valeur ici non plus.
Enfin, au second étage, on commençait à mettre la main sur des objets de plus grande importance.
Tout d'abord du papier. Des livres qui se révèlent être, après plus grande attention, les registres de naissance de la localité. Pourquoi ont ils été dérobés ? La réponse se trouvait dans les pages arrachées et le pot de chambre à proximité. Honteux.
Ensuite il y avait cet écritoire en airain, à côté d'autres livres, traitant de théologie. Manifestement le fruit du pillage de l'oratoire. D'autres ouvrages de lecture profane également, tels que "Adages" de feu Erasme de Nuln, "Les discutatio" d'un certain
Albus Brenz... Sans doute des livres de quelques valeur importante auprès des spécialistes. Car déjà pour qu'un livre soit écrit en caractères d'imprimerie, il lui faut passer la censure, et payer pour sa fabrication, ce qui n'était pas rien. Au bas mot, un seul ouvrage peut valoir une dizaine de couronnes
au moins.
Mais il y avait encore plus. Des parchemins de cuir vierges, des feuilles de papier vierge.... Clairement, on s'en était donné à cœur-joie durant le pillage de l'oratoire.
Une cassette en métal - fermée - également, dont le son du contenu laissait amplement deviner des espèces sonnantes et trébuchantes. Fruit de rapines et vols, encore.
Accroché au mur se trouvait également une gravure sur laquelle était représenté Sigmar, défaisant les nordlings, et dont le cadre en cuivre avait été dépouillé de ses ornements, des creux où devaient se trouver des pierres ou médailles gravées ayant disparues, ne subsistant plus que quelques sceaux de plomb, ceux en métaux plus précieux devant sans doute se trouver dans la cassette. Ils s'en étaient fichus pleins les fouilles et la rétribution divine leur était désormais tombée sur le coin de la figure. Loué soit Sigmar.
Enfin,elle parvint à trouver ce qu'elle cherchait : un sac - avec une légère odeur de résine - dans lequel se trouvait des bandes de tissus immaculé et quelques autres objets, clairement destinés à un usage médical. S'emparant de celui ci, elle intima à sa compagne de redescendre les échelles pour rejoindre les blessés, qu'il convenait de panser.