[Reinhard Faul] Grande galère

Nuln est la seconde ville de l’Empire et du Reikland. Nuln centralise tout le commerce du sud, c’est là que convergent les voyageurs du Wissenland, du Stirland, d’Averland et des régions plus à l’est. Nuln est le siège de l’Ecole Impériale d’Artillerie, où les canons sont fondus et où les artilleurs apprennent la balistique. Ils y étudient les nombreux problèmes pratiques liés au déplacement et à la mise en œuvre des pièces d’artillerie. Grâce à leurs efforts, l’Empire bénéficie d’un vaste et efficace corps d’artillerie, de loin supérieur à tous ceux des pays frontaliers.

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[MJ] Le Grand Duc
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[Reinhard Faul] Grande galère

Message par [MJ] Le Grand Duc » 26 juil. 2019, 09:59

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Rédigé par Armand de Lyrie, Assistant MJ


Le capitaine Candiano était assis sur l'Esplanade de la ville de Remas. Ancienne cité Elfique fondée bien avant que la Guerre de la Barbe ne provoque sa ruine, les patriciens avaient investi les magnifiques tours grandissantes sur les coteaux pour y placer des palais resplendissant de marbre blancs, aux palais flamboyants décorés de fleurs exotiques, de fresques commandées à des artistes lointains, et des statues représentants des héros de la ville, des Dieux et Déesses (Le favori était bien sûr Manann, seigneur des mers), ou bien des amants dénudés s'embrassant. D'ici, de la terrasse de son manoir patricien, le temps était exquis. Bien située dans le contado de Remas, il avait une vue tant sur les clochers des temples et les habitations colorées empilées les unes sur les autres du bon peuple agité de sa cité, que sur la Baie et son eau salée cristalline qui frappait les dunes et le sable, troublée uniquement par les imposantes galères militaires et marchandes qui écumaient Mare Nostrum, la Mer des Tiléens. Le soleil brûlant était à son zénith, mais la chaleur n'était pas étouffante, grâce à un léger petit vent nordique descendu des Monts Irranas. Mais si d'aventure la chaleur était vraiment trop terrible, rien ne l'empêchait de profiter d'une petite citronnelle préparée avec les fruits d'une orangerie d'Arabie dont il était actionnaire : Il avait gagné les parts après avoir décapité quelques têtes d'infidèles et fait couler quatre chebecs de pirates qui gênaient le commerce. Un moyen comme un autre de faire son beurre dans le Vieux Monde.
Il faut dire qu'il commençait à avoir un peu chaud. Et sommeil, aussi. Comme tout bon Tiléen qui se respecte, il voulait profiter du beau temps et du chant des cigales pour aller faire une sieste à l'ombre, et n'émerger de son sommeil qu'au crépuscule pour commencer son travail acharné, sa gestion de navires commerciaux et de trajets à moyen et long-cours. Mais c'est surtout que son repas avait été pas mal chargé. D'ailleurs, l'un de ses valets venait d'arriver : Le serviteur au crâne dégarni et à la belle livrée colorée achetée très cher par son maître (On habille ses servants pour refléter leur statut, comme les chiens et les chevaux) était en train de ramasser l'assiette du dessert, où résidaient encore quelques miettes de macarons vanillés (Provenance : Autre côté du monde) ou fruités (Avec de délicieuses fraises de la forêt d'Arden ou des framboises de la Reikwald), le petit plus de la fin d’un bon repas à base d’oies farcies et d’hirondelles frites à l’huile d’olive. Non seulement le repas avait été chargé, mais également pas mal arrosé : Puisque le quartenier-général du port, le triumvir Francesco Fialci, le commodore Palisono et l’ambassadeur Bretonnien Henri de Harcourt étaient tout quatre venus avec leurs épouses, leurs enfants, et des amis à eux, il avait fallu sortir les bouteilles de toutes sortes, et se rincer le gosier à coup de vin clairets, frais, lourds ou légers, et même une eau-de-vie qui traînait, ce fieffé de Harcourt ayant eut la bonne idée d’offrir au capitaine Candiano trois magnifiques bouteilles de cognac Bordelais dont une avait été complètement sifflée dès les hors-d’œuvre, rehaussant par la même les belles moules de Tobaro et une raie pêchée dans le Golfe Noir qu’on avait préparée avec des pommes de terre pochées et des légumes de saison bouillis, sans oublier l’aimable ricotta parfumé aux herbes et aux cèpes qui fut bien utile pour calmer la pseudo-chaleur provoquée par le piment et la coriandre importée de Lustrie ou de Cathay qui avaient servi à parfumer les grives.

Il était repus. La bouffe l’avait complètement rempli, et l’alcool l’avait rendu tant pompette qu’il avait maintenant le nez rouge. Cela allait durant le repas, parce que le vin déliait les langues et il avait pu faire rire aux éclats presque tout le monde. Mais à présent que tout le monde avait été raccompagné devant la porte, alors qu’il était bientôt quatre heures de l’après-midi (Le repas avait commencé à onze du matin…), il douillait, par un mal de vendre et un mal de cœur. Et il regardait la mer battre le sable par ses vagues, tandis que l’ivresse amusée se transformait en torpeur triste. Il portait son regard au loin, et à le regarder ainsi avachi sur sa chaise, à profiter d’un petit Armagnac de Gasconnie comme digestif, d’une citronnelle sucrée et de quelques confiseries de pâtes d’amandes, on aurait pu l’imaginer pensif. Philosophe, du moins un bien mauvais philosophe qui n’est faussement respecté des vrais érudits que parce qu’il a l’énorme tas d’argent qui justifie sa présence de mécène. Vitale Candiano n’est pas bête : Il sait qu’il est idiot. Il sait qu’il est abruti, même. Il sait que sa fortune n’est due qu’à sa violence intrépide, son amour de la guerre et de la navigation qui lui a coûté un œil, crevé par un coup de taille de cimeterre d’un Arabéen bien adroit qui a failli lui ouvrir une jugulaire. Mais il aime les forfanteries, ces paroles douces de vantards qui s’écrasent bien bas devant lui. Il les sait hypocrites, mais il aime que les hypocrites chantent leur ramage. Comment un homme comme lui ne peut pas être heureux ? Il est riche. Il est respecté. Il est puissant. Il a épousé une femme bien élevée dans la hiérarchie de la ville. Il est né dans une famille patricienne, certes, mais c’est lui qui a donné à sa maison ses lettres d’honneur ; La seule chose qui l’empêche de diriger la ville, c’est le système politique lui-même, Remas ayant été assez maline pour se donner comme chefs des triumvirs tirés au sort plutôt que des princes élus ou héréditaires. Ranald semblait être un bien meilleur juge de caractère que des hommes aux dents longues et avec bien peu de scrupules comme Candiano.

Il avait tout pour lui. Et pourtant, non, il n’était pas heureux. Et à regarder la mer battre ce sable, son esprit se vidait, et une mélancolie atroce commençait à l’étrangler. Elle s’emparait de lui, l’enserrait, l’obligeait à contracter ses mains et à défaire un bouton de son col de chemise. Cela lui arrivait, parfois, de se sentir fiévreux, et de soudain devenir incapable de respirer. Il en a parlé à de nombreux médecins : On lui a prescrit de nombreux remèdes, des potions et de élixirs en tout genre, qui n’ont jamais servi à rien d’autres qu’à le rendre malade. Alors, il est allé voir les prêtresses de Shallya : Elles ont écouté battre son cœur, lui ont fait faire de l’exercice, ont sondé son corps autant que possible.
Et elles lui ont dit que son corps allait très bien. Qu’il n’y avait aucun problème avec ses organes. Et que c’était son âme qui souffrait, cet étranglement qui s’emparait de lui n’était rien de plus que de l’anxiété.

Il ne se calma que lorsqu’il senti une main se poser sur sa nuque. Elle le massait, et commençait à défaire ses nœuds de tension formés au fond de ses muscles. Par réflexe, il attrapa la main et la serra, la caressant tendrement du bout du pouce. Alors, la personne dans son dos utilisa celle qui était libre pour la poser sur sa joue. Elle contourna son siège et vint se poser sur ses genoux, se plaçant ainsi face au soleil qui illuminait sa chevelure blonde, si rare dans ces royaumes du sud où les têtes ont bien souvent de belles mèches de jais. Elle lui souriait, et prit une voix douce, tandis que Vitale Candiano se calmait aussitôt et retrouvait sa respiration entre ses mains.

« Alors ? Qu’est-ce que le triumvir t’as répondu ? »

Sa question, quand bien même elle fut posée avec une voix suave et doucereuse, eut le don de le crisper légèrement de nouveau. Il fallut toute l’application des tendres doigts de la femme pour le calmer derechef. Comme il était bien dans ses bras. Elle n’était pas spécialement jolie : Une petite blonde quarantenaire, aux traits fins, maigre et à la peau sèche. Mais elle était angélique. Elle l’embrassait timidement, elle le câlinait avec ses petits bras, elle avait l’habitude de se blottir contre son gros poitrail habitué à aboyer des ordres et à endurer les tempêtes. Cela ne manquait pas : Chaque fois qu’il était près d’elle, toute sa haine semblait s’estomper. Pas comme lorsqu’il était avec sa femme. Pas comme lorsqu’il était avec les autres maîtresses qu’il a connu au cours de sa vie.

« Palisono est emballé. Il souhaite m’accompagner. Falci, je pense que j’ai su le convaincre : Je lui ai répondu tout ce que tu m’as dis.
Le problème, c’est de Harcourt… Mais je pense que ça va se régler. Il a dit qu’il allait contacter la chancellerie du duché de Bordeleaux. »

La blonde fit une grimace. Elle regarda ses pieds, et eut un petit tic sur son visage qui inquiéta soudainement Vitale. Le patricien se releva dans sa chaise et tendit sa main pour poser sur la joue de son amante. Celle-ci lui attrapa au vol, et l’en empêcha.

« Cela t’inquiète ? Je suis désolé, je ne voulais pas te vexer ! C’est-
– Ce n’est pas ta faute. C’est celle de Harcourt.
Ne t’inquiète pas, mon loup. Je m’y attendais. Ne t’inquiète pas. »


Elle passa sa main dans la moustache du mari adultérin. Elle approcha ses lèvres de son front et y posa tendrement ses lèvres. Vitale passa ses bras dans son dos et la serra contre lui.

« La chancellerie de Bordeleaux, une fois qu’elle recevra la missive de sieur Henri, va aller fouiller dans ses archives. De ses archives, ils dégoteront des archives incomplètes. Ils vont alors envoyer une lettre à la Turris Vigilans, une seigneurie ecclésiastique tenue par le clergé de Verena, et gardant solidement la frontière avec le Moussillon. Lorsqu’ils découvriront ta demande, Vitale, ils vont être terrifiés. Tu connais le clergé de Verena, et leur obsession avec la justice et l’ordre : Ils ressemblent assez au peuple Nain dans leurs idées.
Gare à toi s’ils informent Falci de leurs découvertes. »


L’avertissement inquiéta Vitale. Il serrait toujours son amoureuse entre ses mains, mais son étreinte se fit moins… Appuyée. Et cela fut bien remarqué par celle qui se tenait sur ses genoux.

« Qu’est-ce qu’il y a, mon cœur ?
– Le Moussillon… C’est vraiment un endroit dangereux.
– Nous en avons déjà discuté, mon cœur. Nous en avons discuté à maintes reprises. Quelles hésitations as-tu encore ? Ne t’ai-je pas montré tout ce que tu pouvais y trouver ? Ne t’ai-je pas présenté tout ce que ce duché peut t’offrir, et qui est solidement enfermé derrière le Cordon Sanitaire ?
– Si, je le sais bien.
– Tu es le meilleur contrebandier du Vieux Monde. À force d’avoir combattu des pirates toute ta vie, tu connais la moindre de leurs méthodes. La cité de Remas devrait être à tes pieds ; Elle se refuse par crainte de la tyrannie, mais il y a une raison pour laquelle un élu, un officiel, et un ambassadeur viennent déjeuner chez toi, presque toute l’après-midi, alors que tu n’es que « capitaine ». Rien ne t’empêchera d’entrer dans le Moussillon. Pas le duc Albéric et ses galions, pas les avoués de Verena dans leur phare, et certainement pas les nécrotiques de ce duché.
– Tout ça, je le sais, tout ça je le sais ma puce…
Mais, ce que je me demande, c’est… Au fond…
Au fond…
Est-ce que ça vaut vraiment le coût ? »


La blonde posa ses doigts sous le menton de Vitale, et l’obligea à relever son museau sans effort. Une expression étrange s’affichait sur ses sourcils arqués, ses lèvres rentrées, et la petite lueur dans ses mirettes. Elle n’était pas impatiente. Elle n’était pas énervée. Elle semblait étrangement compréhensive. Et toujours aussi douce.

« Vitale. Tu n’es pas un homme bon. En fait, tu es un monstre. »

Vitale avait entendu cette accusation de nombreuses fois au cours de sa vie, et elle l’avait toujours amusée, elle l’avait toujours encouragé à répondre par une grimace canaille et cruelle. Mais l’entendre d’elle, de cette quarantenaire aux cheveux d’or et à la robe vert-pomme de paysanne, il avait eut très mal.

« Tu étais un monstre auprès de tes petits frères, que tu battais. Auprès de tes camarades de classes, que tu terrifiais. Tu as toujours été courageux, mais ton courage était personnel : Jamais tu n’as mené d’hommes, tu les as dirigés, ce qui est très différent malgré une finalité identique. Tu tues, Vitale. Tu as fais coulé tellement de sang sur cette Terre. Tu as fais des orphelins et des veuves, et parfois ce sont à eux aussi que tu t’es pris. Et tu ne l’as pas fait pour ta famille, qui s’est éloignée de toi. Tu l’as fais parce que tu es un connard odieux et cupide, un dégénéré qui ne peut pas se passer de son cognac de Bordeleaux, alors tu provoques des tensions, tu fais des raids illégaux, tu attaques des vaisseaux Arabéens alors que tu n’as pas ton pavillon, puis tu te plains des pirates.
Tu mérites de crever, en souffrant si possible. Et pourtant, malgré tout ce portrait hideux, il y a une personne, et une personne seulement qui ait jamais fait ressortir un seul atome de bonté en toi. Une seule personne qui t’ait jamais fais parler avec une voix douce, et donné envie de faire des choses que tu n’aimais pas, juste pour son plaisir à elle.
Dit-moi son prénom. »


Vitale n’eut pas la moindre hésitation. Mais il sorti quand même le prénom de sa gueule avec une voix étranglée.

« Raffaele. »

Son fils. Même pas le premier : Le second. Un cadet, qu’il avait pourtant beaucoup plus choyé que ses autres frères. Ni le plus fort, ni le plus intelligent, mais le plus tendre. Le plus adorable.
La marine Bretonnienne avait fait couler son navire au cours d’une guerre commerciale il y a quinze ans. Sa galère avait coulé par le fond, comme tant de chebecs et de maonas Arabéens. Raffaele avait dix-sept ans. On ne l’avait jamais retrouvé. Il n’avait pas été repêché par les cogues des pêcheurs de Brionne pour recevoir les sacrements de Morr ; Seul Manann demeurait là pour le protéger.
Et pendant quinze ans, Vitale avait donné une grosse part de sa fortune au culte du Trident pour tenter d’apaiser sa conscience, et essayer que le Dieu-Albatross éprouve assez de pitié pour son fils chéri pour le vomir et le ramener avec ses flots sur le rivage. Quinze ans d’espoir qui n’avaient rien rapporté.

Quinze ans qui lui tirèrent une larme, que son amoureuse sécha avec le bout de son doigt.

« Va au Moussillon, mon brave loup. Tu y trouveras le trésor que tu convoites. »

Elle se leva des genoux de son amant, et se tourna pour s’éloigner à travers le jardin. Vitale attrapa son verre de citronnelle, et le descendit aussitôt.

« Attends, si tu vas te promener, je t’accompagne ! »

Il se leva, et malgré l’ivresse et sa bonhomie due au repas, il la rattrapa en plusieurs grandes enjambées. Le capitaine la prit à son bras et la guida à travers sa propriété. Un instant, il vit son amante faire un petit signe de tête à une jardinière qui s’occupait de plans de lavande.

« Tiens, c’est Barta. Cela me fait penser…
Pourquoi elle s’obstine à constamment t’appeler « Mémé » ? »


Mémé eut un sourire en coin.

« C’est quelque chose entre elle et moi. Tu pourrais pas comprendre. »

***
Reinhard se releva subitement. Il avait bu la tasse. Il toussa tout ce qu’il y avait dans ses poumons. Sa vision tout autour de lui s’était brouillée. Depuis qu’il avait vu le Grand Immonde, en fait, il n’avait plus aucune prise sur le temps. Il n’arrêtait pas de s’endormir et de se réveiller, et d’avoir le crâne traversé par des dizaines de souvenirs différents qui n’avaient aucun sens, qui étaient complètement décousus les uns entre les autres. Il avait senti la main de son oncle passer sur sa robe en satin. Il avait senti des coups de matraque déformer son visage. Il avait senti le recul d’une arquebuse frapper son épaule. Il avait fait l’amour et avait été violé. Il avait aimé et détesté. Il avait vu des enfants et des parents. Il avait entendu de l’opéra et des chants de poivrot dans des tavernes. Quels souvenirs étaient les siens ? Lesquels appartenaient à quelqu’un d’autre ? Impossible pour lui de faire sens.
Simplement ce dernier souvenir, du capitaine Vitale Candiano, était un peu plus vif et construit que les autres. Et à présent, il se sentait émerger, parce qu’il luttait pour sa vie en bougeant dans tous les sens. Il se noyait. Il fallait une solide main pour le retenir et l’empêcher de boire la tasse. Les bras le maintenaient hors de l’eau : Il était nu, et dans une baignoire.

« Chuuut ! CHUT ! Chut Reinhard ! Reinhard c’est moi, Irmfried !
Tu es là ! Chut ! Pitié ! Tout va bien ! Tout va bien ! Tout va bien. Tout va bien... »


Le pistolier approcha son visage laid et son épaisse moustache. Il fit un bisou sur les lèvres de Reinhard.

« Je suis désolé… Les autres sont en train de manger. On voulait te célébrer, mais, tu t’es mis à convulser, encore, et encore… On a prit peur. Mémé m’a dit… Mémé m’a dit qu’un bain allait te faire du bien.
T’es avec moi maintenant ? Tu vas pas retomber ? »


Il avait l’air tout penaud et terrifié, ses gros sourcils broussailleux obliques sur sa tête. Il tenait entre ses mains une éponge, avec laquelle il frottait les bras de Reinhard.
L’eau était étrangement pure et propre, et sentait bon le savon et les sels de bain. Ce qui était étrange, quand on voyait que tout autour les murs étaient envahis d’asticots, comme le reste de la maison de Mémé.

« Pardonne-moi Reinhard, si je pose une question qu’il faut pas poser, mais…
...Mais t’as vraiment vu un héraut de Nurgle ?! À quoi il ressemblait ?! C’était comment, de… De l’autre côté ?! »
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Reinhard Faul
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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par Reinhard Faul » 26 juil. 2019, 16:42

Le démon m'a fait un sale coup. C'est évident dit comme ça, mais ça fait un paquet d'heures que je suis en train de ramer et la reprise de conscience n'est pas agréable. Tu parles d'un réveil difficile. J'ai le tour de la bouche brûlé par le vomi, la peau est rouge, et pourtant j'ai l'habitude de dégueuler. Pour les mêmes raisons, mon ventre est douloureux et toutes les petites veines de mes yeux ont explosés. J'ai dû me vider comme un saumon. Les autres orifices ont visiblement subis des avaries aussi, j'ai l'impression de revivre le best of des lendemains de soirées de ma jeunesse. Si seulement c'était le pire !
Je suis à poil dans de l'eau savonneuse. Du vrai savon  ! Qui sent les fleurs ! J'en ai jusque dans les cheveux. Tu sais combien de temps il m'a fallu pour avoir une telle colonie de poux ? Hein ?! C'était quasiment de la famille. Il doit probablement rester les œufs mais... bon sang, l'eau est quand même super propre. Il a dû falloir plusieurs rinçages. C'était de la bonne crasse travaillée pendant plusieurs mois que j'avais. Au moins un an que je m'étais pas entièrement déshabillé. J'aurais préféré un réveil avec... oh, je ne sais pas, du pinard et un câlin. Des gens qui parlent très doucement. Je fixe d'un air halluciné le visage d'Irmfried. Y a beaucoup à dire et peu de neurones qui arrivent à se coordonner.

C'est lui qui se met à me parler à toute vitesse. Il est tout excité alors que moi je sors d'un séjour en Tilée et d'un voyage retour très bizarre, je n'y suis pas. Et puis il me parle du démon.
Ah oui, ça c'était encore avant.
Le démon m'a montré la vraie magie, là où elle réside dans sa forme la plus pure. C'était pas agréable. Une veine de ma tempe se met à pulser et ma paupière gauche tique de façon incontrôlable.

Je bondis sur mes genoux dans la baignoire en renversant de l'eau partout. Mes petits bras maigrelets attrapent le gros costaud par le col pour rapprocher son visage à deux centimètres du mien, en train de convulser de rage. Il doit faire le double de mon poids et pourtant je l'ai soulevé comme une fillette. Je lui hurle au visage en langue Noire :

« SI TU SAIS QU'IL FALLOIR PAS POSER QUESTION POURQUOI TU POSES MERDE ! »

Je ne parles pas très bien la langue Noire. Mémé m'apprend mais je ne suis pas très bon élève, pour l'instant je dis des banalités équivalentes à « bonjour où est l'office du tourisme ». Je lâche ensuite un chapelet de jurons. Il y a beaucoup de jurons chez les démons et je les retiens mieux. Ensuite je mobilise la magie, prêt à tenter de tout détruire autour de moi pour tuer ces souvenirs dans ma tête.
Irmfried me fixe d'un air terrifié, ce qui me calme immédiatement. Je desserre les poings. Je regrette d'un coup d'avoir hurlé. Mémé a... a noué quelque chose entre tous les invités du dîner. Je ne sais pas exactement ce qu'elle a fait mais c'est comme si elle avait crée une famille. Ou plus proche, une espèce de meute de loups. On a accès aux souvenirs de tout à chacun, j'ai eu le temps de les visiter. Mais je sais que la magie leur échappe. Ils n'ont pas partagé mon séjour de l'autre-coté par exemple. A la place ils ne voient qu'un trou noir, inquiétant, dont l'obscurité a tendance à ronger ce qu'il y a autour. Ça leur fait peur et ça leur inspire le respect à la fois. Ils ne se rendent pas compte. Ils ne voient pas ce que je vois quand j'essaye de fouiner sur Mémé. Elle, elle n'est qu'une tâche de ténèbres absolue, comme une anomalie sur une photo mal exposée, tout est verrouillé. Quand je l'ai vue avec le Capitaine, c'était la première fois que je voyais son passé. Pour l'instant j'en dis rien parce que je suis fatigué mais je revisiterai ça mentalement plus tard. Moi j'ai encore des bons souvenirs de merde bien humain qu'on peut fouiller, c'est plus tranquille.

« Désolé je voulais pas hurler sur toi, t'es très bien... c'est juste que... c'était... » ma voix s'éteint et je me fige. Un filet de bave commence à couler de mes lèvres au bout de quelques secondes, mais j'arrive à me reprendre avant de repartir pour quelques heures de manège. J'ai envie de sortir de ce parc d'attraction infernal putain. Je conclus d'une voix faible : « Plus tard. »

Je cherche à m'appuyer sur les bords de la baignoire pour me lever. Je ne sais pas comment j'ai eu l'énergie de hurler sur quelqu'un, parce qu'en vrai je suis épuisé. Mon dernier repas c'était des épluchures de légume en revenant du bateau, autant dire il y a un siècle et demi, et ma dernière vraie nuit de sommeil je préfère pas en parler. Je tente pourtant de m'évader de cet horrible bain. Du savon qui sent les fleurs ! Comment Mémé a pu me faire ça ?!

Irmfried m'aide très délicatement à me lever et à me sécher. Grâce au lien magique entre nous il sait que j'ai pour l'instant le dynamisme d'un sac de sciure. Je le fixe, hébété, en tremblant de froid. Mon corps nu n'est pas vraiment un spectacle d'un érotisme à couper le souffle. Je suis voûté, tout blême et tout décharné, les chairs commencent à s'affaisser un peu à cause de l'âge. Il y a les cicatrices d'une vie bien remplie. Et puis la marque sur mon ventre, tranchant par rapport au reste comme du sang sur une étendue de neige. Plus suintante et coulante que jamais. Irmfried a l'air fasciné. Il se met à caresser un asticot blanc qui se tortille paresseusement autour de mon nombril, il se frotte contre le creux de sa main comme un chat. Moi je commence à avoir les lèvres et les doigts bleus, mais j'ai vaguement envie de ronronner. Il ne peut rien me faire qui me mettrait mal à l'aise, on est de la même nuée de mouche maintenant.

« Oh pardon ! »

Qu'il me fait avant de m'aider à enfiler mes haillons. Eux n'ont été que rincé, pas lavé, et j'ai passé tellement de temps dans le coltar qu'ils ont eu le temps de sécher. Je retrouve mes petites affaires à l'intérieur des poches, en fouillant à l'aveugle. Quel soulagement. Il y a un bol en bois, mon œil de tigre porte bonheur, une tête d'oiseau crevé, mon matos pour fumer de la racine de mandragore, mon petit bordel quoi. Je me sens déjà plus réel comme ça. Je relève les yeux vers Irmfried, qui me fixe d'un air inquiet. Je lui demande :

« Il reste quelque chose à manger ? »

« Euh... oui oui, bien sûr. Viens. »

« Merci. »

Bien sûr il reste beaucoup de boulot, il a beaucoup de choses à faire, mais je peux me détendre un moment non ? Au moins manger ? Je crois que les autres ont patienté pour le Dîner, histoire de le faire avec moi, mais je trouve ça bête de m'attendre devant de la nourriture. Je mérite pas ça. J'avance en boitillant un petit peu et en m'appuyant sur mon collègue – je me suis explosé le genou en convulsant. J'ai l'impression de ne pas avoir vu la maison de Mémé depuis des siècles.
Reinhard Faul, Voie du Sorcier de Nurgle
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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par [MJ] Le Grand Duc » 27 juil. 2019, 17:19

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Rédigé par Armand de Lyrie, Assistant MJ


Ils ripaillaient en riant. Ils ripaillaient un festin bien différent de celui avec lequel le capitaine Candiano et les grandes pontes de Remas s’étaient arraché la panse : Les verres sales étaient remplis d’une eau-de-vie infâme, les assiettes de tailles différentes étaient remplies d’une soupe épaisse avec des morceaux de musaraignes mortes, et chacun avait le droit à un morceau de queue ou un petit œil qui flottait. Le dessert avait été servi en même temps que le plat de résistance, sans pour autant que les conventions en soient beaucoup gênées : Il s’agissait d’un gros gâteau, un clafoutis fait avec des fruits volés au marché et des œufs qui flottaient dans le bocal d’où Mémé les avait tirés.

La cuisinière se tenait debout. Elle se relevait maladroitement lorsqu’elle vit un Reinhard tout trempé revenir avec Irmfried.

« Oh ! Mon poussin ! Mon petit poussin ! »

Et tout autour de la table, on entendit des bruits de couverts qui tombent, et des chaises et des tabourets qui raclent le sol. Max jeta au sol le chat qui était sur ses genoux, et Heidemarie passa ses mains sur ses hanches pour faire disparaître les plis de sa robe. Et ensuite, tous debout, ils couvrirent Reinhard d’un tonnerre d’applaudissement. Irmfried, à sa gauche, lui attrapa fermement l’épaule, puis se recula pour applaudir lui aussi. Une véritable ovation, que Frida compléta même en posant ses doigts sur sa bouche pour siffler.
Il s’approchait de la table, et découvrit que le seul siège encore disponible pour lui était celui tout en bout de table, directement face à Mémé. On le plaçait au même niveau qu’elle dans l’organisation de la secte.

« Observez, mes poussins : Votre héraut est ici. Le messager de Grand-Père. Il connaît sa volonté. Qu’on lui serve à manger et à boire, maintenant ! »

Ils ne se firent pas attendre. Heidemarie se précipita pour prendre un verre qu’elle remplit, tandis que Steiner saisissait son assiette pour lui servir la tambouille. Irmfried tira la chaise pour qu’il s’installe confortablement, et bien vite, il se retrouvait forcé de boire et de manger devant six grosses paires d’yeux qui le regardaient directement avec de grands sourires.

« Avant de boire et de festoyer, avant de tous s’amuser et de faire connaissance, il faut que nous réglions la question dont nous parlions durant le bain de Reinhard :
Que faisons-nous, pour entrer sur l’Halbinsel ? »


Mémé se rassit donc, en même temps que tous les autres. Steiner s’éclaircit un peu la voix : Il était assis juste à côté de Reinhard, et s’était d’ailleurs subtilement saisit de la main du mage pour la serrer très fort.

« Moi et Reinhard », fit-il avec un ton arrogant et fier, comme pour bien préciser à tout le monde que c’était lui qui avait eu la chance de l’accompagner, « nous avons accomplit une reconnaissance de la zone. Les répurgateurs de Sigmar arriveront dans deux jours maintenant, ce qui ne nous laisse que très peu de temps pour agir…
– Le quartier est sous très haute sécurité, nota Irmfried. Y a des militaires partout. Mais c’est peut-être pas un désavantage ! S’il y a des explosions ou des tirs, les gens seront pas étonnés et hurleront pas à la sergenterie dans l’immédiat ; Ils croiront peut-être à un exercice militaire…
– Il faudrait alors chercher à acquérir des explosifs ? Demanda Max. Je crois que je connais quelques personnes qui ont de l’équipement pour se charger de ça…
– Oui, et on peut aussi embaucher quelques forts à bras pour nous servir d’hommes de main, ajouta Frida. Bien sûr, des hommes de main, faut les payer, et ils risquent de poser des questions s’ils voient… S’ils voient ce qu’on fait. C’est toujours risqué, mais avoir quelques types supplémentaires pour nous aider ne peux jamais faire de mal.
– Qu’en penses-tu, Reinhard ? »
Rappel des informations obtenues durant le voyage vers l’Halbinsel :
– L’Halbinsel est une île fortifiée où se trouvent des casernements, un quartier civil constitué de familles de soldats, et le ghetto Nain. N’importe qui peut se rendre dans l’Halbinsel sans problèmes, mais il faut des autorisations spéciales pour pénétrer dans le quartier de la quarantaine ou dans les endroits sécurisés.
– Nous sommes en été. Il fait chaud et les fonderies brûlent beaucoup pour tourner. Il est possible que si le vent s’arrête, la fumée sortant des cheminées soit si épaisse qu’il serait possible pour une petite barque d’entrer directement dans le quartier de la quarantaine en échappant à la vigilance des Loups Impériaux (Patrouilleurs fluviaux)
– On accède au quartier de la quarantaine après avoir franchit une enceinte fortifiée dont les portes sont gardées par des sentinelles armées. Le mur peut peut-être être escaladé dans un endroit faible ou dégarni, mais Reinhard n’a pas remarqué de détails particuliers.
– Le quartier de la quarantaine comprend une entrée maritime également ceinturée et fermée par une très lourde herse de fer. Il peut peut-être être possible de faire exploser cette herse, de la faire se relever ou de nager en-dessous.
– Le quartier est rempli de soldats armés et nerveux.
– Le quartier a reçu récemment la visite de trois prêtres de Shallya fortement équipés : Leur magie divine et leur équipement leur permettra peut-être de repérer Reinhard et de le combattre plus aisément que les militaires.
- Reinhard a accès à toutes les ressources décrites dans la fiche de la secte. Il peut utiliser l'argent en commun de la secte pour tenter d'accéder à l'un des commerces du marché noir, ou pour recruter des spécialistes pour l'aider, ou pour acheter de l'équipement pour lui et les autres cultistes. À toi de choisir quel plan te semble le plus adapté pour extraire Vitale Candiano du navire en quarantaine.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Reinhard Faul
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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par Reinhard Faul » 28 juil. 2019, 10:33

Mémé m'a fait un câlin. Je me suis tétanisé. C'est une vieille dame tellement voûtée qu'elle m'arrive à l'estomac. Je suis en train de revoir à toute vitesse mon opinion sur sa personne depuis que j'ai vu « des choses ». C'est une personne très mystérieuse, difficile de la décrire à autrui. Les mots qui n'étaient pas là avant c'était « très dangereux ». Enfin si, je m'en doutais, mais là ça tient plus de la sensation physique. Pour l'instant elle a l'air contente en tout cas, j'espère que ça va continuer.

J'ai pas souvent été applaudi dans ma vie. Une fois c'était arrivé quand je m'étais cassé la gueule de façon spectaculaire en glissant sur une flaque de merde au marché. Les passants avaient bien ri. Sinon, une autre fois, quand ma mère m'avait déguisé en soldat pour le Sigmartag, mais j'avais cinq ans. Enfin voilà c'est à peu près tout. Du coup j'ai regardé mes pieds, gêné. Irmfried m'a attrapé l'épaule pour m'empêcher de m'enfuir.

Ensuite, comme dans un rêve, on m'a installé à table et servi à manger. Il y a un putain de buffet gastronomique. Mon ventre s'est tordu par anticipation, tout le monde l'a entendu ! Ça s'est mis à courir dans tous les sens pour me servir en festin. Et ma chaise a un petit coussin pour que je n'ai pas mal au dos, comme celui de Mémé ! J'ai eu de l'alcool aussi, qui sent très bon. C'est Frida qui me l'a servi. J'en prends une petite gorgée que je fais passer devant mes dents pour en savourer toutes les fragrances. C'est de l'eau de vie qui a vécu ça. Le genre d'ambroisie que tu ne peux boire que dans une boîte de conserve rouillée, et qui rend probablement aveugle. Certes, je ne suis pas très cultivé de façon générale, mais pour ce qui est de la picole on peut compter sur moi. Le nectar doré et sucré tombe comme une brique dans mon métabolisme affaibli, diffusant une agréable chaleur. Je ne savais pas qu'il y avait des merveilles pareilles dans la cabane de Mémé, et Nurgle sait que j'ai cherché !

On me sert une soupe très grasse avant que j'ai le temps de me rendre ivre et malade. Y a plein de morceaux qui flottent dedans. Max m'épluche très gentiment la viande des os avec sa fourchette et son couteau, avant de les mâcher et de les recracher dans mon assiette. Tout le monde est gentil et très... tactile. Ce n'est pas dérangeant parce que Mémé a artificiellement crée un sentiment de proximité entre nous. J'ai tous leurs souvenirs, depuis la petite enfance, limite plus vifs et plus proches que les miens. En fait ce n'est pas une meute ou une famille, ça tient plus d'une colonie d'insectes sociaux, avec cette télépathie chelou. Max sait que j'ai mal aux dents qu'il me reste, que mes couronnes en bois tombent tout le temps, c'est pour ça qu'il fait ce qu'il fait sans se poser de question. C'est hyper dur à mâcher les rongeurs, c'est tout filandreux et tout sec, bien que très parfumé.

Mémé aborde la question de pénétrer dans l'Halbinsel. Ah, voilà. On en retourne à ce qui nous intéresse, bien que pour moi la visite de la presqu'île se soit déroulé un siècle plus tôt. On doit récupérer le cadeau du démon, le cadavre souillé du capitaine tiléen. Je n'ai pas eu tellement de temps pour y réfléchir. Je lape la soupe en écoutant les autres parler. Max, Irmfried et Frida partent directement sur les explosifs, la bagarre... J'ai un serrement au cœur. Si j'ai tous leurs souvenirs, j'ai aussi très peur qu'ils meurent. Comme ça. C'est arrivé d'un seul coup. Les imaginer se faire trouer par des imbéciles de soldats me fait du mal. Je fais pédaler mes deux neurones tout en mangeant salement. C'est pas ma faute ! Je suis obligé de tout faire avec la main gauche ! Je laisse la droite dans celle de Steiner et je mange avec l'autre pour ne pas lui faire de peine. Il se sent très seul le pauvre. Le nez caché derrière mon bol, voûté au dessus de ma pitance comme un gros rat, je regarde les autres parler. Et puis d'un seul coup Mémé me demande mon avis :

« Euuuuuh... »

Si ils m'avaient demandé de baisser mon froc et de danser sur la table pour deux piécettes, je l'aurais fait sans hésité. Parler de tactique militaire pour aborder un endroit super bien défendu c'est autre chose. C'est vrai que j'ai visité avec Steiner, je suis bien placé pour parler de l'endroit. C'est pour ça qu'on m'a envoyé là bas d'ailleurs, pour que je donne mon avis. Mais maintenant je suis pas bien sûr d'être la bonne personne pour ça. Ça fait beaucoup d'oreilles qui m'écoutent, d'un seul coup. Beaucoup de petits visages souriant et plein d'espoirs qui me font face. Et je n'ai que deux neurones pour leur répondre.

« Euuuuh... et Steiner peut peut être faire de l'écriture pour qu'on rentre ? Il... il a beaucoup de souvenirs avec du papier et tout ça... » je tourne la tête vers lui, en espérant ne pas avoir dit une bourde. Il va être très triste si il ne sent pas à la hauteur. Il a l'ego fragile cet homme là. « Enfin c'est juste une idée, je ne sais pas lire. » Et si il se fait choper en tant que faussaire, hein ? Il a déjà des cons qui le suivent partout à cause des débiles qui appartiennent au Serpent. Ça fait mal d'imaginer tout ce petit monde là au Donjon de Fer, jusque là je n'avais qu'à me préoccuper de mon cul et c'était déjà une mission au dessus de mes moyens.

Je continue de fixer Steiner. De l'écriture, mais de l'écriture de quoi ? Je ne sais pas ! Je suis un putain d'analphabète ! Jamais je n'ai pénétré quelque part avec un papier qui m'y autorisait ! Qui a le droit d'aller voir le bateau ? Je me mets presque à rugir quand la réponse me vient.

« Les répurgateurs ! Ils ont le droit, eux ! Si on se pointe avant qu'ils arrivent en se faisant passer pour eux ? En faisant... »

Mon regard se perd dans le vide pendant que je réfléchis. En faisant quoi ?

« Ils voyagent dans quoi ces cons ? Des espèces de charrettes fermées toutes tristounettes non ? Faut imiter tous leurs pataquès de connard. Ils nous ouvriront peut être eux mêmes la grille pour qu'on sorte le bateau en entier. »

Je ne sais pas si l'idée plaît aux copains. Il y a nettement moins de bagarre que dans leur version. C'est sans doute très mauvais. Ils vont peut être se moquer et me lancer des trucs au visage « pour blaguer ».

« Mémé connaît une fille qui fait super bien les déguisements... »

Ma voix meurt au même rythme que mon amour-propre, parce que j'ai pas parlé aussi longtemps depuis des mois et que cette avancée dangereuse sur le terrain des idées me donne le tournis. Il faut néanmoins que je communique une dernière info importante.

« En fait j'ai pas dit avant, mais il faut vraiment vraiment récupérer le euh... le « cadavre » du Capitaine. Vous avez vu son cadavre dans mes souvenirs ? Il... il est vraiment très beau » – Mémé me regarde avec un de ses sourires terrifiants qui ne veulent rien dire –, « c'est lui le vrai cadeau du démon à qui j'ai parlé. »

Je remets mon nez dans ma soupe le temps que mes paroles fassent effet. De toute façon j'ai besoin d'une pause, à moins qu'on ne me demande des tâches plus à ma mesure tel que boudin de porte ou épouvantail.
Reinhard Faul, Voie du Sorcier de Nurgle
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[MJ] Le Grand Duc
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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par [MJ] Le Grand Duc » 28 juil. 2019, 16:31

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Rédigé par Armand de Lyrie, Assistant MJ


Les cultistes se regardèrent chacun les uns les autres suite au plan balbutié de Reinhard. Peut-être cherchaient-ils dans leurs nouveaux frères et sœurs un petit signe d’approbation, ou qu'ils attendaient une remarque. Ils semblaient tous gênés, un malaise palpable régnant entre eux. Personne n'osait trop parler. Et Steiner, qui avait été désigné par Reinhard, avait viré au rouge d'anxiété.

Mémé, elle, prenait un malin plaisir à ne pas parler, mais à agiter la tête de haut en bas à chaque ponctuation de Reinhard.

Finalement, ce fut Irmfried, apparemment le plus solide des cultistes, qui ouvrit la bouche.

« Entrer en se déguisant ? Ma foi... Ma foi c'est burné, ouais. Sacrément dangereux. S'ils nous découvrent, on fini tous au Donjon de Fer.
– En même temps, tenter d'entrer en secret par bateau ou en escaladant, ça nous conduit au Donjon de Fer également si on se fait pincer, répond Max en haussant les épaules. Mais s'ils nous prennent effectivement pour des répurgateurs, personne ne nous empêchera de monter dans le bateau. N'y d'en sortir avec ce capitaine.
– Reinhard a raison, nota Heidemarie avec une voix posée. L'idéal ne serait pas d'entrer par bateau, mais depuis la route du Wissenland, dans une charrette ferrée et blindée.
– Mais ça s'achète pas chez un fabricant ce genre de voiture ! Nous n'avons ni l'argent, ni le temps pour modifier un coche.
Va falloir en voler une. Si on a deux jours, on peut peut-être tenter de subtiliser une charrette ferrée dans un village du Wissenland... Me semble en avoir déjà vu près d'un terrain militaire où mon Pistolkorps fait ses exercices. »


Mémé leva les mains en l'air pour que tout le monde se taise.

« Qu'en penses-tu Reinhard ? » insista-t-elle.
Après discussion en privé avec Reinhard, j'ai décidé de mettre en place un petit système pour la préparation du plan.
Reinhard a choisi d'entrer dans l'Halbinsel par la ruse en se faisant passer pour des répurgateurs. Pour procéder à cette opération, il faut auparavant obtenir un certain nombre de matériel. Pour ceci, Reinhard peut utiliser les diverses ressources de la secte : Payer de l'argent permet d'outrepasser facilement ces étapes, mais une secte de Nurgle ne nage pas dans l'or (Il y a pour l'instant 250 couronnes d'or dans le trésor de la secte, et c'est principalement issu de donations de chacun des membres depuis un moment). Autrement, il faudra pour réaliser ces étapes envoyer des cultistes en mission : Chacun des cinq cultistes ne peut être envoyé qu'à un endroit à la fois, et leurs chances de réussite dans leurs plans varie fortement. Reinhard peut aussi se charger d'une ou plusieurs étape(s) lui-même.

Matériel nécessaire à l'accomplissement du plan :

- Obtention d'un véhicule
Des Templiers de Sigmar ne viendraient pas dans le Wissenland à pied. Ils seraient beaucoup plus crédibles s'ils se rendaient dans l'Halbinsel dans une grosse carriole en fer tractée par des chevaux. Bien sûr, obtenir à la fois un tel véhicule et les montures pour la diriger n'est pas simple...

– Location exclusive : 50 couronnes d'or.
Chance de réussite : Réussite d'office. Risques de compromissions : Variables selon les choix de Reinhard.
Quelques cochers gagnent leur vie en transportant des nobles à travers le pays. Pour éviter les brigands et les attaques de peaux-vertes, ces cochers se déplacent dans d'énormes véhicules blindés et toujours accompagnés de gardes armés. Une grosse somme d'argent devrait convaincre un de ces pauvres cochers de donner ses chevaux et son véhicule une nuit... En espérant que des enquêteurs ne remontent pas jusqu'à lui, ou qu'il ne dénonce pas les sectateurs en découvrant le lendemain ce que les cultistes ont fait avec son gagne-pain.
– Voler un véhicule : 15 à 20 couronnes d'or + Irmfriend.
Chances de réussite : Moyennes-hautes. Risques de compromission : Faibles.
Irmfried a repéré une charrette ferrée dans un terrain militaire. Il peut tenter de la subtiliser discrètement et de la ramener discrètement à Nuln. Il lui faudra utiliser de l'argent pour trouver un endroit où il peut planquer la charrette et les chevaux pour une nuit, en plus de graisser la patte si un sergent le découvre. S'il se fait arrêter alors qu'il était en train de voler un véhicule, il risque des punitions, mais pourrait prétendre qu'il était ivre et relevait un pari avec ses camarades... C'est loin de ce qu'il risquerait s'il était pris pour un chaotique.
– Voler un véhicule : 5 à 10 couronnes d'or + Max
Chances de réussite : Moyennes-faibles. Risques de compromission : Moyennes.
Max connaît des types dans la Faulestadt qui bossent dans une fonderie qui construit justement ces charrettes ferrées. Beaucoup d'ouvriers le respectent et lui doivent des faveurs. Il peut convaincre certains de ces ouvriers de lui prêter une caisse, et louer des chevaux pour l'opération. Bien sûr, si un contremaître le découvre en train d'emprunter un véhicule, il risque d'avoir de gros ennuis...

– Obtention d'un laissez-passer et de documents officiels.
Une fois devant les gardes du quartier de la quarantaine, il va falloir présenter aux gardes des papiers officiels, avec des sceaux et des signatures qui sont difficiles à recopier.

– Engager un faussaire expert : 50 couronnes d'or (Débloquer l'accès au faussaire) + 20 couronnes (Commission)
Chances de réussite : Réussite d'office. Risques de compromission : Aucuns.
La secte ne seraient pas les premiers à se faire passer pour des officiels. Il y a dans cette ville quelques personnes véritablement maîtres dans l'art de tromper les autorités avec des documents fabriqués de toute pièce. Leur expertise et leur discrétion est chèrement payée, en revanche...
– Trouver un vrai sauf-conduit : Heidemarie
Chances de réussite : Moyennes-hautes. Risques de compromission : Moyennes.
Au cours de ses fêtes et banquets décadents, même de pieux serviteurs de Sigmar bafouent l'honneur de leur Dieu en se vautrant dans la luxure et la décadence. Heidemarie peut discrètement en approcher un et tenter de subtiliser des documents, ou le convaincre de les lui remettre.
– Trouver un vrai sauf conduit : Steiner
Chances de réussite : Moyennes. Risques de compromission : Élevés.
Il y a toujours des répurgateurs qui traînent dans cette ville. Steiner le sait : Ils sont partout depuis que le culte local suspecte une cellule de Slaanesh d'être en place. Steiner peut tenter de traquer ces répurgateurs et d'obtenir un laissez-passer au nom de l'un d'entre eux. Bien sûr, si Steiner est prit en train de voler des répurgateurs, alors même qu'il est sur la liste des suspects, il risque de finir immédiatement à la Tour de Fer...
– Engager un faussaire débutant : 20 couronnes d'or.
Chances de réussites : Faibles. Risques de compromission : Absolus.
Faute de grives, on mange des merles : Trouvez un faussaire quelconque qui débute dans ce métier et demandez-lui de préparer un laissez-passer. Mais si les gardes de la quarantaine se rendent compte qu'ils sont faux (Ce qui est probable), alors vous avez intérêt à avoir un plan B pour ne pas tous finir enchaînés dans le Donjon de Fer...

– Obtention d'un uniforme
Les Templiers de Sigmar n'ont aucune livrée officielle, mais ils sont reconnaissables à la fois à leur style général (Gros chapeaux et capes sombres), et surtout grâce aux insignes et aux sceaux de pureté qu'ils portent sur eux. Le premier est facile à obtenir. Le second beaucoup moins.

– Demander à Lucie Desaix de constituer toute la panoplie : 90 couronnes d'or (Inventaire de base + Inventaire secret + Commission)
Chances de réussite : Réussite garanties. Risques de compromission : Variables.
Lucie Desaix a des relations haut-placées. Cela va coûter cher, très cher, mais elle peut obtenir des insignes de répurgateurs et passer toute une nuit à préparer trois costumes flambants neufs de répurgateurs. C'est le prix de la qualité.
– Demander à Lucie Desaix de ne préparer que les costumes : 30 couronnes d'or
Chances de réussite : Réussite garanties. Risques de compromission : Variables.
Grands chapeaux, manteaux sombres, et parfums : Lucie Desaix va vous pomponner et vous faire ressembler à de vrais répurgateurs... Mais il faudra encore mettre la main sur les insignes et les sceaux de pureté.
– Acheter la panoplie dans le commerce : 5 couronnes d'or
Chances de réussite : Faibles. Risques de compromission : Absolus.
Des bottes neuves, un grand chapeau et une cape. C'est pas du sur-mesure, mais au fond, pourquoi se faire coquet ? Il faudra encore mettre la main sur les insignes et les sceaux de pureté.

Si la panoplie complète n'a pas été achetée :
– Subtiliser les insignes : Frida
Chances de réussite : Moyennes. Risques de compromission : Élevées.
Possibilité de rajouter +10 couronnes d'or pour faire passer les chances de réussite à « élevées ».
Frida peut tenter d'entrer par effraction dans un temple de Sigmar, et de trouver de quoi constituer la panoplie. Si elle peut payer quelques anciens copains comme hommes de main, le casse a plus de chances de réussir.
– Se passer des insignes : Gratuit.
Chances de réussite : Très faibles. Risques de compromission : Absolus.
Au fond, est-ce qu'un garde fatigué, en pleine nuit, va se faire chier à noter qu'un répurgateur n'a pas sur lui toute une camelote constituée de croix et de petits marteaux en effigie ? C'est du luxe, cher et inutile. Vous irez en comptant sur leur manque d'attention. Et puis, si ça échoue, vous pouvez toujours avoir recours à un plan B...

Plan B (Optionnel)
– Feu d'artifice : 50 couronnes.
Une petite chaloupe sera remplie à ras bord de poudre à canon achetée au marché noir. Reinhard peut charger l'un de ses cultistes de se tenir sur une rive du Reik, prêt à envoyer la chaloupe sur l'eau avec une mèche s'il découvre qu'il y a un problème. L'explosion devrait être suffisante pour attirer tous les loups impériaux et les sentinelles à aller voir ce qui se passe.
– Hommes de main : 50 couronnes d'or.
Quatre truands seront cachés dans la charrette de fer. Ils pourront intervenir en cas de problème et attaquer les gardes.
– Transport de secours : 15 couronnes d'or.
Une barque gardée par un pêcheur attendra au bout des quais de l'Halbinsel, dans un endroit camouflé. S'il devient impossible de fuir par la route, il sera toujours possible de courir rejoindre ce transport fluvial.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par Reinhard Faul » 29 juil. 2019, 17:21

Les gens ont l'air dépité par mes propositions, alors j'enfonce d'autant plus mon nez dans le bol de soupe pour disparaître. Ma barbe finie fourrée au bouillon de musaraigne, je vais garder l'odeur pendant des jours. Le silence qui dure pendant quelques secondes après mes paroles est douloureux, on entend seulement un bruit d'aspiration de liquide de temps en temps parce que j'ai vraiment trop la dalle. Il ne faut pas de magie pour voir que Steiner est au bord de la crise cardiaque. Je lui lance un regard désolé, il me récompense en me serrant la main assez fort pour me faire couiner. Les autres ont l'air de se sentir con aussi. C'est Irmfried qui prend la parole en premier, en mode force tranquille. Il est fascinant parce qu'il est brave et costaud. Ses souvenirs le montrent (en plus de son physique de taureau). La maladie de sa sœur, ça lui a vraiment tiré le tapis sous le pied. C'était bien le seul truc qui pouvait le faire flancher. J'aimerais bien la rencontrer, un jour. Enfin bref.

La discussion s'oriente sur le moyen de locomotion des répurgateurs. Les autres cultistes ont aussi peur du Donjon de Fer, ils cherchent comment parfaire notre déguisement. Je n'aime pas qu'ils parlent de ce lieu, ça me fait encore plus peur. Mais on risque tout autant de se faire choper en escaladant les murs ou en se faisant emmerder par ces saloperies de nains !
Je me réfugie vers une valeur sûre : l'eau-de-vie qui est dans mon verre. Heidemarie prend la parole après Max. Elle me fascine aussi, pour d'autres raisons. Le fait qu'elle soit noble rend ses souvenirs très étrangers aux miens. Il y a beaucoup de moments qui se passent en intérieur, avec des objets inconnus. Un jour je lui poserais des questions, mais pour l'instant c'est encore trop terrifiant. Je l'écoute parler de la charrette des répurgateurs. Oui, venir par la route c'est bien, ça a l'air encore moins dangereux. Mais Irmfried veut voler la voiture lui même ! Il a intérêt à être vraiment bien ce cadavre de tiléen. Je ressens une bouffée de rancune envers le démon, très vite étouffée. Et si il m'entendait penser ? Gentil, gentil démon.
Mémé me demande de nouveau mon avis. Max en profite pour à nouveau remplir mon bol et prémâcher ma nourriture. C'est vrai que c'est délicieux et que j'ai tout gobé. Je ne savais pas qu'on pouvait en ravoir. Je préférerais me rouler dans la bouffe plutôt que de réfléchir à qui va prendre des risques, et qui n'en prendra pas.Comme j'ai accès aux souvenirs de tout le monde, je connais les candidats possibles. Je dis avec répugnance :

« Irmfried devrait faire comme il a dit. »

C'est chiant, mais lui ne risque pas grand chose même si il foire son vol. Il vit dans un autre monde où on présuppose de sa bonne foi. Max, lui, risque de se faire tabasser par des cons, et ça fait chier. Les contremaîtres c'est toujours des enculés. Ouais. Des enculés, parfaitement.
A ce moment là, je grogne un peu. Steiner me sert toujours la main depuis tout à l'heure, et là il a appuyé plus fort. C'est vraiment un énorme flippé. Il m'a fait mal ! Je m'arrête de manger deux secondes pour me tourner vers lui :

« On va demander à Heidemarie pour le sauf-conduit ! Promis, on va... Arrête de serrer s'y te plaît ? »

Malgré que je supporte fort virilement la douleur, ma voix commence à partir sur les aigus à la fin de la phrase. Il me lâche et je me masse les doigts pour que le sang y revienne plus vite. Je lève le nez vers la jeune femme noble.

« Tu veux bien ? »

Là j'ai bêtement l'envie de faire une petite révérence, ou quelque chose. Je ne cède pas à mon impulsion parce que je ne sais pas comment faire. De toute façon, c'est con, je sais déjà qu'elle n'a aucune envie de retrouver des habitudes de noble ici. Mais quand même. Peut être qu'elle a d'autres besoins que nous.

Ensuite la discussion passe à un tas d'autres petites détails à la con, j'en profite pour manger et boire à deux mains. Les costumes proprement dit, déjà. Tout le monde se met plus ou moins d'accord sur le fait qu'il faut que ce soit Lucie Desaix qui les taille. Mémé m'a déjà parlé d'elle. C'est une étrangère, mais elle va faire un boulot propre.
Frida se propose pour piquer les insignes et les sceaux de pureté elle-même afin d'économiser du fric. Et bizarrement, j'ai un tout petit peu moins de mal avec l'idée qu'elle prenne des risque que si ça avait été... oh, au hasard, Irmfried.
Je sais pourquoi j'ai des pensées par très gentilles et j'en suis pas fier. Frida, c'est une bonne truande. Elle a des souvenirs agréables où elle a profité des trucs qu'elle a piqué. Moi je suis un voleur extrêmement mauvais. J'ai plutôt des souvenirs où je suis du coté de celui qui se fait extorquer en fait. De préférence de façon humiliante. Ça donne un cocktail pénible. Un mélange de peur, de jalousie et d'amertume. C'est des petites vexations qui datent d'avant Grand Père. Je me sens un peu merdeux.

« T'as qu'à prendre dix couronnes pour avoir une aide avec toi, au cas où. »

Qu'il dit l'autre con, bon prince. Y s'en veut de lui avoir souhaiter de se faire pincer pour voir ce que ça fait. J'espère que personne m'entend penser, je ne sais pas exactement comment marche la magie de Mémé. Oh bordel.

Là y a un petit silence qui s'installe. Moi j'imagine ce qui est au menu dans le Donjon de Fer. Probablement un tas de choses très intéressantes. On doit jamais s'ennuyer. Je regarde mes mains. Je me mets à parler un peu tout seul :

« Je connais un sort pour déguiser la santé des gens. Je l'ai vu quand le démon m'a envoyé dans le bordel où on est tous des boules d'énergie en train de baiser et où y a plus de haut et de bas. Les couleurs étaient solides et on pouvait les manger. C'était un sacré bordel. J'ai vu un paquet d'autres trucs aussi. J'ai vu ma mère bouffer sa propre merde, et puis des insectes lui sont sortis du nez et là Sigmar voulait me mettre un mouchard dans le cul. C'est fou, les sigmarites ils sont obsédés par tout ce qui est zézette. C'est vraiment un truc pour les tarés. Faut faire vraiment gaffe que Sigmar vienne pas te mater aux chiottes... » - on m'a expliqué plusieurs fois qu'il pouvait pas le faire, mais quand je suis stressé je retourne sur mes anciennes marottes – « Enfin le sort il est bien. »

Je sais plus qui propose de laisser une barque pour s'enfuir au cas où. J'acquiesce, mais j'ajoute qu'il faudrait penser à un grand sac pour transporter le cadavre. Il peut nous suivre en marchant mais il est pas très discret. Frida me ressert un verre de liqueur. Je suis fatigué, j'ai envie de me saouler et qu'on me laisse tranquille.
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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par [MJ] Le Grand Duc » 30 juil. 2019, 15:18

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Rédigé par Armand de Lyrie, Assistant MJ


Choix pour l’instant :
Voiture : Irmfried
Paperasse : Heidemarie
Vêtements : Lucie Desaix (Tenues) + Frida et 10 couronnes (Insignes)
Plan B : Barque

Coût maximum : 75 couronnes d’or (Sur 250)
Un sentiment d’approbation semblait émaner des invités. Ou peut-être étais-ce simplement le silence qui donnait cette impression ? Irmfried semblait le plus d’accord avec Reinhard : Il n’arrêtait pas de faire « oui » de la tête, en hochant vivement son menton de haut en bas à chacune des phrases du cultiste, et il semblait l’encourager par ses mouvements de tête chaque fois que le mage croisait son regard. Les autres se contentaient de se regarder, les uns après les autres, comme pour tenter d’être rassurés.
Seule Mémé était de marbre. Tout en bout de table, elle regardait Reinhard droit dans ses yeux, sans bouger, sans discontinuer.

Heidemarie força un sourire. Vu le plissement de ses joues et l’étirement de ses lèvres, il était clair qu’elle était mal à l’aise, et sa voix d’ordinaire si douce était soudainement un peu cassante.

« Nous sommes à ton service, Reinhard Faul. Si tu penses que c’est à moi d’obtenir ces saufs-conduits, alors, je tâcherai de le faire.
– Sois prudente, quand même, ordonna Max d’un petit air inquiet.
– Je le suis toujours, Maximilian Schnee-
– Max ! Tout le monde m’appelle Max. »

À nouveau elle força un sourire poli, tandis qu’elle approcha une serviette pour discrètement se tamponner ses lèvres salies par la magnifique soupe à la musaraigne. Il était vrai que les cultistes semblaient toujours un peu gênés entre eux. Ils avaient eu beau avoir vécu une expérience de transe les dépassant durant la Messe Noire, ils restaient encore des étrangers qui ne se connaissaient pas encore il y a tout juste quelques heures.
Je te laisse libre de tes mouvements à partir d’ici. Tu peux décrire le dîner, essayer de resserrer les liens des cultistes, en parler avec en privé… Dès que tu le souhaites, je pourrai avancer dans le temps, ou bien pour passer chez Lucie Desaix, ou bien pour passer immédiatement à la résolution de la préparation pour qu’on aille à l’Halbinsel.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Reinhard Faul
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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par Reinhard Faul » 31 juil. 2019, 10:02

Le plan est convenu. Y a un espèce de relâchement qui s'installe dès que tout le monde a compris de quoi serait fait le futur. Tout le monde se dit qu'il faudrait sociabiliser un peu plus normalement que via une expérience transcendentale.

Je n'ai plus l'habitude de passer une soirée à table avec des gens. Ça fait tellement longtemps... J'ai passé beaucoup de temps tout seul avec mes hallucinations, après que Grand Père me soit apparu. Je ne sais pas quelle durée par contre. Mémé m'a ramassé dans la rue à un moment, c'est tout. Enfin c'est difficile de rejoindre une discussion l'air de rien. Je n'ai rien à dire.
Max, Frida et Irmfried sont beaucoup plus à l'aise sur ce terrain là. Ils arrivent vite à converser entre eux d'une voix claire, le verre élégamment tenu entre trois doigts. Ça rit fort, ça donne des avis politiques... Max a beaucoup à dire sur l'union ouvrière et ce qu'il faudrait faire dans telle ou telle manufacture, parce que le patron a décidé ci ou ça. J'ai connu quelques types énervés qui avaient des discours comme ça. J'ai jamais adhéré. Fallait aller à des réunion après le boulot, la flemme.

Enfin faire le malin en soirée, ça fait longtemps que je n'ai plus l'énergie pour ça, ni pour quoi que ce soit d'autre. C'est le principe d'être un clodo cinglé tu vois. Par contre, j'ai encore de l'intérêt pour une chose, et une seule : me mettre une énorme race.
En plus, putain, ces derniers jours ont été rempli. Je me suis tenu à carreau parce que les enjeux étaient trop important (et que j'ai chroniquement pas de fric), mais là, pour ce soir, c'est fini. Une fois que j'ai rempli mon estomac au maximum de ses capacités, j'arrête de faire le timide en lapant dans un verre et je m'attribue directement une bouteille. J'espère que j'aurais le temps d'absorber quelques nutriments avant de vomir.

J'aurais adoré être un énorme toxicomane, mais je suis beaucoup trop con pour maintenant un approvisionnement régulier. Je me fais tout le temps arnaquer, je n'arrive pas à rencontrer les bonnes personnes et j'ai dû gober plus de produits de coupe que de vrai drogue. Du coup j'arrive à me saccager qu'occasionnellement.
Il me faut à peu près une heure pour me rendre malade. Pendant ce temps Heidemarie et Steiner parlent de littérature entre eux (c'est chiant), et Max fait un super mime d'un prêtre avec un bec de lièvre qu'il a croisé je sais pas où. Je rigole parce qu'il est vraiment fort en imitation d'handicapé. C'est un rigolo. Frida crache de la nourriture partout tellement elle arrête pas de rire, mais je crois que l'eau-de-vie a fait son travail sur elle aussi. Elle est rouge écarlate. Moi je pars vomir dans le panier des chats.

La jeune noble me suit, va savoir pourquoi. Difficile de lire ses émotions. Elle est très blonde, avec un visage un peu rond, très lunaire, et de grands yeux. On dirait que son expression est perpétuellement ahurie, comme si elle venait de se prendre le pouce de quelqu'un dans le cul. Ça lui donne l'air un peu éthérée, et c'est vraiment classe comme mot à mettre dans la description de quelqu'un. Du coup je me demande pourquoi une fille de cette classe vient faire clapoter la paume de ses mains dans mon vomi en chantant une petite comptine. J'ai du mal à me faire à l'idée qu'on fait parti de la même paroisse.

« ...attends...'tends... j'la connais celle là ! C'est celle qui fait euh... ch'tits zosiaux... là haut... OUUUHOUUUU. »

Je me mets à hululer comme un chien en train de se faire castrer. J'aime bien chanter mais je devrais pas. Puis je me penche à nouveau pour finir de vider le contenu de mon estomac. Le chat me jette un regard haineux, mais il est au chaud et il a à manger alors il se barre pas. Heidemarie élargit ses yeux encore plus, on dirait que le pouce vient de dépasser son ampoule rectale.

« Chépu la suite... mais j'me sens mieux. Tu sais ce qu'on dit hein, « vomir c'est rebondir » ? Héhé... c'est marrant. »

Je m'assoie par terre, puis je bois une gorgée de la bouteille, parce que je l'avais amené avec moi (pas con le gars). Je laisse une traînée de vomi sur le goulot. La fille me demande d'un geste délicat de la main si elle peut taper dedans aussi. Je lui tends.

« Pourquoi t'as plein de souvenirs avec des piafs ?

- Je pratique la fauconnerie.

- Ah, d'accord. »

Je récupère la bouteille et Heidemarie se met à tripoter ses cheveux, gracieusement assise avec les jambes sur le coté, dissimulant ses chevilles. Elle doit le faire sans s'en rendre compte. J'ai rien à dire à propos des piafs. Je me laisse tomber par terre. J'arrive à boire au goulot allongé sur le dos, tout le monde peut pas en dire autant.

« Comment ça fait, la magie ?

- Ben euuuuh... »

Elle me fixe avec ses grands yeux, en attente d'une réponse. Je ne sais pas ce qu'elle me veut, je ne la comprends pas. Cette question n'a aucun sens. Je lâche un énorme rôt.

« Oh, je ne suis qu'une idiote, cela doit être comme décrire les couleurs à une aveugle ! Mais j'aurais tant aimé visiter le domaine de Papy ! Il est si doux, si chaleureux... il... il me comprend tellement. Je lui ai écrit un poème, mais on a pas eu le temps de... oh pardon, je me trouve quelque peu enivrée... »

Et puis là Heidemarie prend une très belle expression catatonique, comme si elle était morte à l'intérieur. C'est trop mignon. Je comprends quasiment rien à ce qu'elle dit par contre. Je lui tapote maladroitement le genou – son épaule est trop loin de moi. Elle regarde dans le vide pendant quelques secondes, le visage défait. Puis elle remet son attention sur moi :

« Veux-tu entendre mon poème ?

- Euh... oué ?

« Caca pestilent,
Se rouler dans ton smegma,
Tu as eu mon cœur.
 »

Quelques secondes de silence.

« C'est tout... ?

- Oui.

- Ça rime pas et c'est super court.

- C'est un haïku. Un art nippon basé sur l'observation sans jugement et la contemplation de la nature. Bien sûr il a fallu adapter les règles d'écriture à notre langue et... enfin j'avais pensé à un rondeau autour de la sonorité du mot « moite», que j'affectionne ; je trouve néanmoins que cette forme exprime mieux la spontanéité de mes sentiments.

- Ah oui, bien sûr. Toutafai. Mais tiens, prends la bouteille. J'crois que t'as besoin. Bois-bois-bois ! Allez, encore. »

Heidemarie tousse et devient toute rouge. Elle a de la morve dans les cheveux, tel un petit ange bourré. Avec la robe, les cheveux, la dépression sévère et le tralala, on en oublierai qu'elle a à peine vingt ans. Moi, les femmes, je les rencontre plutôt quand elles font un mètre cube et qu'il leur reste autant de chicots que de cheveux. En général elles me lancent des choses au visage. Après je les insulte. Du coup je sais pas trop quoi dire. Quand la jeune noble reprend son souffle, elle propose :

« Et si nous jouions à un jeu ? Le brelan ? J'adore le brelan !

- Hein ? 'sais pas moi.

- Des cartes. Tu as des cartes ? Les règles sont d'une simplicité enfantine !

- Nan. Le chat a pissé dessus, ça les a dissoute.

- Oh ». Petite voix déçue. « Et un jeu de croquet ? On pourrait installer un ravissant parcours dans le...

- Non. Et on peut pas jouer à action ou vérité parce qu'on connaît le passé de tout le monde ! Bon... on va jouer au Bouchon.

- Qu'est ce ?

- Bin tu... bon attends. »

C'est un jeu de clochard donc c'est con et ça demande peu de matériel. Il faut deux bouteilles et plein de bouchons. Les deux participants s'assoient l'un en face de l'autre par terre. Tu poses ta bouteille devant toi, tu mets un bouchon en équilibre dessus. Ton adversaire fait la même chose devant lui. Ensuite il faut essayer de dégommer le bouchon d'en face en tirant dessus (avec d'autres bouchons, des petits cailloux, un poignard, ce qui tombe sous la main...). Quand quelqu'un réussit cet exploit, il faut boire. C'est simple, ça occupe et ça donne un prétexte pour picoler très rapidement.
Heidemarie est à fond. Elle pousse un petit cri d'excitation quand elle fait tomber le bouchon de ma bouteille, elle comptabilise soigneusement les scores, et elle fait mouche pas mal de fois. Enfin... ça, c'est la première demi-heure. Après ça fait quand même beaucoup d'eau-de-vie à éponger pour un corps d'adolescente diaphane. Il est bien, ce jeu.

Je me suis levé pour aller chercher une autre bouteille, à un moment. A partir de là, la soirée est devenue très bordélique (en tout cas pour moi). Max, Frida, Irmfried et Steiner sont toujours à table. Tout le monde a l'éclat rubicond de l'abus de treille. Irmfried a l'air sur le point de s'endormir à table, Steiner se bave dessus, Frida soulève ses vêtements pour se gratter de façon pas très élégante. Max, lui, arrive encore à tenir des discours énervés en chuchotant à toute vitesse. Les salauds de patron, la noblesse indolente. Je titube vers lui, puis en m'écroulant à moitié sur la table je lui dis :

« T-tu veux savoir ché quoi le problème ? CHE LES PUTAIN DE NAINS. D-d... des voleurs. Et mesquins avec ça ! Y m'ont fait un crédit une fois pis quand je rendais pas l'argent ils ont vendu ma dette à des types méchants. Les enculés. Des sales 'tits merdeux courts sur patte. Y z'adorent l'argent. C'est dans leur sang, creuser pour chercher des trucs qui brillent c'est leur truc. Ouais. Toutafai. Mais du coup en ville ça fout le bordel... y-y-y a rien à creuser quoi. Hein. 'tits salopards. »

Bon à partir du moment où j'ai attaqué cette nouvelle bouteille, ça devient très difficile de décrire ce qui s'est passé physiquement dans la soirée parce que je vois flou, mais pas la peine de préciser que ça en a pris du plomb dans l'aile sur le plan coordination motrice. Je me tiens pas mal au meuble pour rester debout, et des choses sont renversées par terre. Tout le monde me semble extraordinairement bienveillant. J'essaye de me pencher vers Max. Ou de m'avancer. Ou de ramper par dessus la table. Je ne sais plus trop.

« Y z'ont un complot avec Sigmar, depuis l'début. Ouais. Ça t'semble pas louche qu'il adore les nains ? Hein ? T'fais confiance à un sigmarite toi ? Z'adorent les nabots. Ça brasse de la thunasse derrière la barbe j'te dis. T'écoute ? T'ECOUTE ? HEIN ? »

J'ai le cœur battant d'avoir mentionné mes persécuteurs (Sigmar et les nains), ou alors c'est parce que je suis en train de mourir d'une intoxication à l'alcool. Je ne sais pas trop. Je fixe le vide pendant quelques secondes le temps de rassembler mes pensées éparses. Puis je conclus :

« Faut j'pisse. »

Irmfried se lève pour me suivre. Vu la raideur de ses mouvements, il est en train de se retenir de gerber. Moi je sens ces choses là.
Notre procession héroïque monte l'escalier du premier étage (j'en fait une partie en tenant les marches avec les mains). J'ai mes raisons propres de mener une telle expédition vers des contrées si lointaines, qui demandent tant sur le plan psycho-moteur : je voudrais m'endormir ivre mort dans un coin un peu discret. J'en peux plus. Je rampe sur le pallier du premier étage. J'avance en reptation vers un espèce de petit bureau avec un sofa. Ça a été une journée horriblement longue. Je m'arrête sur place parce qu'il y a un tapis par terre et que cela constitue un obstacle infranchissable. Je suis à plat ventre sur le parquet.

« Irmfried... t'veux pas vérifier que... que Sigmar est pas là ? »

Il me tapote le crâne. C'est chaud et gentil. J'en suis pas à un stade d'alcool où je vois la pièce qui tourne : j'en suis à un stade où je vois des tâches de couleur exploser et où j'ai du mal à respirer. C'est comme avoir passé un espèce de mur du son de la bêtise, c'est pas un endroit où on va accidentellement.

« S'teu plaît... il arrête pas de venir... il fait rien qu'à m'emmerder.

- Euh... mais pourquoi Sigmar viendrait ici ? »

Là je glapis « mais parce que ! » et je me mets à supplier parce que, pourquoi pas ? Hein ? Ça me fout en l'air que Irmfried fasse comme une imbécile de prêtresse de Shallya et fronce les sourcils sans comprendre. On nous dit que Sigmar est partout, qu'il est surpuissant, et moi je dois pas croire qu'il va pas venir me reluquer quand je pisse ?! À d'autres, hein !

« Mais regarde sous les meubles ! Écoute ! On arrête pas d'me montrer du bordel 'puis... enfin « là-bas » l'horizon il était bizarre et-et... les nuages, oh bordel. Et tout pousse tout le temps, puis ça moisi sur place. Genre t'as une coulée de moisie sur un arbre vénérien, d'ssus t'as des fleurs qui pousse, qui moisissent d'ssus, mais ça repousse et ça re-moisit à l'infini, et tu l'sais en regardant, en une seule seconde t'as vu mille milliards de fleurs moisies imbriquées les unes dans les autres t'sais... et tout est comme ça... chuis tellement fatigué... »

Irmfried soulève prudemment un fauteuil pour vérifier que Sigmar ne se cache pas en dessous. Je me sens moins tendu. Il est gentil, il va m'aider. En plus il est très costaud. Si quelqu'un se dissimule dans la pièce il va lui péter la gueule, c'est sûr.

« Furug'ath le Crade y s'appelle... le démon. L'est dans un 'spèce de village d'étranger. Manoir. M'a montré la magie. Moi j'voulais mieux doser c't'histoire, parce que j'arrête pas de voir ce qui est réellement là c'chiant. » Petit silence. « Nan mais toi tu vois ce qui est là euh... comme ça, temporairement. Puis tu vois pas les couleurs... 'fin ça a pas donné ce que je voulais, mais j'ai vu du pays, putain... il est tellement puissant... nan mais regarde sur l'étagère là, des fois il va se planquer derrière les bib... les bibelots. »

Irmfried a très gentiment vérifié sous le bureau, les coussins, l'armoire, derrière les livres, et puis il a dégueulé dans un pot de fleurs où poussent des champignons. Je l'ai remercié, soulagé, j'ai pissé sous moi et je me suis endormi.
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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par [MJ] Le Grand Duc » 01 août 2019, 08:18

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Rédigé par Armand de Lyrie, Assistant MJ




L’avantage de dormir après une énorme cuite, c’est que le sommeil de Reinhard fut si lourd que pour une fois il ne rêva pas. Son repos ne fut pas troublé par des visions d’autres personnes, et il ne voyagea pas dans la peau d’un corps qui n’était pas le sien. Il restait bien sur Terre, avachi dans un lit où Irmfried l’avait posé. Il dormit, vautré, à ronfler extrêmement fort, des heures et des heures durant, sûrement pour rattraper toute son activité de la veille.

Il avait un mal de crâne atroce. Et soif, aussi. Il était plongé dans le noir, mais la simple trace de la lumière qui émanait d’une fenêtre camouflée par une vieille toile en guise de rideau l’éblouissait. Il resta ainsi, dans une grande torpeur, sans être véritablement capable de bouger, quand la porte grinça et s’entrouvrit. Une petite tête dépassa, et regarda un Reinhard allongé. Avec une toute petite voix, elle osa murmurer :

« Hey… Pssst ? T’es enfin réveillé ? »

Quand il fut assuré que c’était le cas, il se décida à ouvrir la porte un peu plus pour y rentrer. Il portait dans sa main droite une grande cruche d’eau, et dans la gauche une petite assiette sur laquelle il avait posé des toasts de pain beurre-pus avec quelques larves séchées et croquantes en rondelles dessus. Il les plaça aux pieds de la paillasse de Reinhard. C’était Max.

« Mémé dort. Les autres sont partis. Il reste plus que moi et Frida. Ça fait un moment qu’on joue aux cartes, on regarde de temps en temps pour voir comment tu vas…
Il est déjà quatorze heures, rends-toi compte ! »


Max laissa Reinhard se désaltérer et satisfaire sa faim. Il le regardait ainsi avec un petit sourire. Il passa ses mains dans son dos, et sorti de son pantalon un journal en papier qu’il déroula et déploya tandis qu’il s’asseyait. Reinhard ne savait pas lire, mais Max lui montra la jolie estampe imprimée sur la couverture :
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« C’est le Sigmartag dans deux semaines ! La ville a misé beaucoup pour les festivités. Devant la cathédrale de Sigmar il y aura un chemin de croix avec des reconstitutions des grands moments de la vie de Sigmar, des processions religieuses dans tous les quartiers, et même un feu d’artifice dans la soirée – Nuln ne serait pas Nuln si on pouvait pas faire péter un tas de trucs.
On a reconnu un jour de congé payé à tous les ouvriers de la ville, et pas seulement aux travailleurs des guildes. Va y avoir plein de monde dehors. D’autant plus que la comtesse Emmanuelle va ouvrir le vin d’honneur dans son propre palais, et inviter quelques représentants des corporations de marchands.
C’est intéressant, pas vrai ? »

Il quitta la pièce et laissa Reinhard tout seul pour se préparer comme il le souhaitait.

Quand il descendit les escaliers, il trouva un Max et une Frida attablés. Les couverts et les assiettes d’hier n’avaient pas été nettoyés – Mémé Gâteuse ne croyait pas en la vaisselle – mais étaient empilés les uns sur les autres dans un coin, permettant ainsi aux deux cultistes de faire une petite partie, face-à-face. Le borgne était bien habillé et bien cintré, tandis que Frida avait les boutons de sa chemise ouverte et ses pieds nus avachis sur le dossier d’un fauteuil près d’elle où un chat roupillait. Elle leva à peine les yeux en regardant Reinhard descendre.

« Ah ! Enfin debout !
Deux secondes, on termine.

– Va chercher le fric dans la caisse à Mémé – Lucie Desaix ne sait pas qui nous sommes, mais elle a l’habitude d’exécuter des requêtes « originales » sans faire d’histoires… Du moment qu’elle est payée pour. »

Elle tira une carte dans la pioche. Ils s’échangèrent des morceaux cartonnés pendant une bonne minute, puis Max jeta les siennes devant lui.

« Eh beh, pas de veine aujourd’hui.
– Bon, bon, on décarre alors.
– Et plutôt deux fois qu’une. Mes congés sont rares, j’aimerais bien les terminer vite avec ma famille. »

Frida se leva et s’étira comme un chat. Elle ferma grossièrement les boutons de sa chemise, recouvrit ses pieds de bottes crottées, puis attrapa une grande sangle et un baudrier qu’elle noua autour d’elle : Il servait à faire tenir un étui sur lequel se trouvait un pistolet, quelques sachets de poudre, et un couteau long qu’elle camouflait sous un doublet noué près du nombril avec une sangle. Avec ses cheveux courts et un tel accoutrement, elle ressemblait plus à un garçon imberbe qu’à une vraie jeune fille. Max ne paraissait pas plus élégant, avec son manteau de cuir bouilli et ses frusques un peu bouffantes ; des habits neufs qu’il avait probablement achetés avec son nouveau salaire de contremaître, mais qui pour autant n’étaient franchement pas à la mode, si seulement les Nurglites en avaient quelque chose à faire de la mode – Nurgle aime l’immobilité, il aime que demain ressemble à hier, le Changement lui est autant répugnant qu’étranger.

« Une fois qu’on aura préparé nos mesures, Max pourra rentrer chez lui ; Moi, il y a deux-trois copains que je souhaite aller voir pour mon casse de ce soir.
Est-ce que ça te dis de m’accompagner Reinhard, ou bien tu préfères rester tranquille et me laisser gérer ? »


Avant qu’il ne puisse répondre, la truande ne put s’empêcher de sourire.

« T’inquiète pas, je vais pas te demander de me défendre. J’ai plutôt l’impression que ça serait l’inverse. »

***
Neuestadt interne.
Corruption de Nurgle : Aucune.
Attention aux répurgateurs et aux autres cultes chaotiques.
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Le Westen n’avait strictement rien à voir avec les Taudis. Il n’était pourtant pas physiquement délimité par une quelconque marque : Ce n’était pas comme la Vieille Ville qui était séparée de la Nouvelle par une fine enceinte fortifiée maintenant ancienne. Le trio n’avait été aucunement arrêté par un péage, par une barrière ou par une porte. Simplement, au fur et à mesure de leur longue marche, ils avaient noté, inconsciemment, comment l’atmosphère des rues changeait sensible, pour ne plus rien à voir avec leur environnement naturel.

Le Westen était beau. Le Westen était propre. On savait qu’on entrait dans le Westen parce qu’on ne marchait plus sur un tas de terre battue qui se transformait en boue avec les pluies d’automne, qu’on ne croisait plus des immondices dans les caniveaux étroits, et qu’il n’y avait plus cette odeur répugnante de suie et d’excréments. On se mettait à entendre le bruits des chaussures résonner dans des couinements ou des claquements, car les rues étaient pavées. De magnifiques rangées d’arbres, des maisons à colombages alignées et bien construites – bien mieux que celles insalubres et aisément menacées par un incendie comme celles que Reinhard avait vues dans le quartier de l’hospice de Shallya. Les rues étaient parfaitement bien délimitées, nettoyées, arrangées intelligemment. Pas d’urine : Tous les pâtes de maison, Reinhard pouvait croiser des toilettes sèches publiques, et il savait que le réseau d’égout des immeubles était ici bien mieux construit qu’il ne l’était près du Reik.
Les rues étaient animées par des bonnes femmes qui allaient faire leurs courses dans des petits magasins, par des enfants qui jouaient dans des petits parcs où on avait installé des petits chevaux en bois et des balançoires, et le tout était bien rendu joli par des bosquets et des statues en marbres de grands hommes morts il y a longtemps, comme le fier comte Eldred de Solland qui posait avec son Croc Runique « Vide-Querelles » à la ceinture, paré à le dégainer pour trancher le méchant Reinhard qui l’observait.
Mais le plus étonnant, c’est qu’il n’y avait pas de pauvres. Pas de mendiants. Pas de fous qui divaguaient. Personne pour venir leur demander s’ils avaient pas une petite pièce, ou quel était le chemin vers l’accueil de jour le plus proche. Et il ne fallait pas s’étonner de pourquoi : Le trio faisait tâche dans l’environnement. Ils s’en rendaient compte quand, alors qu’ils marchaient tranquillement, un beau bourgeois bien habillé traversa la chaussée devant eux pour changer de trottoir. Quelques mètres plus loin, ils tombaient sur deux veilleurs du guet en uniforme, gourdins et fauchons attachés à leurs ceintures, qui les dévisageaient.

« On fait tâche ici… Restons discrets.
– Alors c’est là que vivent les petits bourgeois de Nuln ? La « classe moyenne » ? Tous ces beaufs enorgueillis, ces petits ploucs tranquilles qui n’aiment pas la moindre secousse, tout dans leurs faux-semblants et attachés à leur petit confort… Faudrait leur refaire une éducation à coup de beignes dans la gueule.
– Frida. Steiner vit ici.
– Et ? Tu me dis qu’il n’est pas un petit beauf embourgeoisé, peut-être ?
– Ferme-la. »
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Au Dandy Fringuant
Ils s’arrêtèrent finalement devant un magasin aux grandes fenêtres : Une jolie vitrine montrait des mannequins couverts de beaux costumes de toutes les couleurs, pour les dames et pour les hommes. Ils entrèrent, une petite clochette sonnant à leur passage. Une fois tous à l’intérieur, Max pénétra plus profondément à l’intérieur, se redressant sur la pointe de ses pieds pour bien porter son regard partout et s’assurer qu’il n’y avait personne. Frida regarda derrière-elle, et décida de tourner la petite pancarte en bois qui devait dire « OUVERT » (Quand bien même Reinhard ne savait pas lire, il avait dû deviner) pour mettre celle « FERMÉ ».
Personne n’était là, dans l’immédiat. Alors Max pointa du doigt une petite robe verte-pomme fendue vers les jambes et à grands froufrous, dangereusement provocante.

« Hey Frida – ça te dis de porter ça ?
– C'est ça, fous-toi de moi. J'en porte quand tu veux des robes ; Tu me la paye ? »

Le contremaître rigola très fort. C’est à ce moment qu’une dame sorti de l’arrière boutique. Une petite dame toute dodue, un petit peu âgée, mais ça se voyait peu derrière son élégant maquillage qui recouvrait ses yeux, ses joues et ses lèvres. Elle portait une coquette robe jaune et blanche, très colorée, et un chapeau à fleurs sur sa tête, ce qui tranchait beaucoup avec les haillons tout tristes du trio.

« Ah ! Enchantée ! Mon nom est Lucie Desaix – Bienvenue. Que puis-je faire pour vous ? »

Max posa ses poings sur les hanches et se tourna vers Reinhard en faisant un signe de tête.

INT Reinhard : 9
Jet : 10, raté. Impossible pour Reinhard de se souvenir de la réaction d’Irmfried après lui avoir dit à voix haute le nom démonique de Furug’ath.

END Reinhard : 8
Jet : 16, raté. Reinhard souffre d’une énorme gueule de bois et se réveille trop tardivement (14h).
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Re: [Reinhard Faul] Grande galère

Message par Reinhard Faul » 01 août 2019, 23:52

Je me réveille avec une gueule de bois extrêmement pénible. J'ai l'impression que mon cerveau va me couler par les oreilles et que mes dents sont en train de fondre. Il fait une chaleur suffocante dans cette petite chambre fermée et je meurs de soif. C'est Max qui me réveille, petit déjeuner à la main. Il me dit l'heure qu'il est.

« Qu... oh merde. »

Je ne me souviens pas comment j'ai atterri dans ce lit. Je préfère croire que c'est Irmfried qui m'a porté comme une princesse, et qu'ensuite j'ai dormi entre ses gros bras musclés. Ouais. Cette idée me rend trop heureux pour que j'y renonce. C'est inespéré à mon âge et dans mon état d'être accueilli par autre chose qu'un coup de pied. Je regrette d'avoir loupé son départ. J'aurais bien aimé le suivre partout, regarder ce qu'il fait, rester dans ses jambes. Ça doit être bien de le regarder faire des trucs de costaud moustachu. Entretenir ses armes, graisser ses bottes, du bricolage, je ne sais pas.
J'ai fait que de la merde en dormant aussi tard. C'est pas un mal en soi d'être feignant, mais tout ce qui concerne Grand Père est trop important pour se laisser vivre. Je manœuvre maladroitement pour m'asseoir, je remercie Max pour ses tartines de pus (production personnelle) et j'engouffre le petit déjeuner à toute pompe. Les larves sont délicieuses, calent bien l'estomac. Même avec la pire gueule de bois du monde c'est un plaisir de manger des trucs comme ça. En plus il faut que je grossisse. Tout le monde est obèse dans le royaume de Grand Père, je sais pas pourquoi.

Max m'étale un journal sous le nez alors que je finis ma dernière bouchée. Pendant deux secondes je le regarde en mode « il est con lui », mais il m'explique ce qui est écrit. Il fait bien. Je n'aurais pas compris la gravure tout seul parce que l'Empire pond toujours une tétra-chiée d'images de propagande à base de guerriers bien profilés qui tuent des trucs vilain pas-beau. Je ne les regarde même plus.

Je sais pourquoi il me parle du Sigmartag, c'est parce que ça serait une excellente occasion de répandre le cadeau du démon. Je hoche la tête – ce qui produit une douleur horrible, gueule de bois oblige.

« Ouais, ça l'est. J'aime pas le Sigmartag, mais cette année j'voudrais bien offrir quelque chose. »

Celui d'avant je l'ai passé attaché à un lit à l'hospice c'était pas très rigolo. Les prêtresses elles s'en fichent que Sigmar me persécute, elles ne veulent jamais m'aider. Connasses. Enfin une chose à la fois : récupérer le cadeau, d'abord.
Je descends au rez-de-chaussée. Max et Frida font leurs trucs. Ma routine matinale est quant à elle très courte, vu qu'elle consiste seulement à ouvrir les yeux et à faire mes besoins, comme un animal. J'en profite pour aller chercher l'argent pendant qu'ils finissent de s'habiller.

Oh bon sang... tant d'argent. Ça coûte très cher de se déguiser en répurgateur, très très très cher. A vrai dire, j'ai jamais vu autant de pognon en même temps au même endroit. Vu mon rapport particulier au fric, ça me fait beaucoup stresser de me balader dans les rues avec une telle somme. Je décide de le planquer avec grand soin. Y en a pour plus d'un an de salaire là. Putain d'oseille. Je porte de nombreuses couches de vêtements en lambeaux sur moi, je cache la bourse dans des replis obscurs au fin fond des fibres de tissues soudées entre elles par mes sécrétions corporelles.
Frida en profite pour me chambrer. Je suis très vulnérable à la vanne, rapport à... ben, l'intégralité de mon œuvre. Y a trop à taper. Le physique, le socio-culturel, la carrière professionnelle, la vie privée... je trouve ça très mesquin. Pris de court, je réponds :

« Je veux bien t'accompagner moi, sans problème. Pourquoi y aurait un problème ? Y a pas besoin de me défendre, je suis pas... tu sais que j'ai eu des ennuis avec des connards et tout ça, c'est pas ma faute. Ça arrive à tout le monde de se faire casser la gueule. T'es méchante. »

Sur ces belles paroles, on part chez les bourges.
*
**
Le paysage est devenu étrange. Les gens aussi. Pas seulement d'apparence, ils n'occupent pas l'espace de la même façon non plus. Il y a beaucoup de domestiques qui circulent, on les reconnaît parce qu'ils sont habillés comme des tarlouzes et qu'ils marchent vite avec la mine soucieuse. Les passants nous regardent. Je me balade avec une quantité ahurissante de fric. Ça me stresse. Avec la gueule de bois par dessus c'est horrible. Je suis en train de déprimer sec. Même les statues ont l'air de vouloir me tuer. Je laisse du crotte de nez fraîche du jour sur le pied en bronze d'Eldred. Les vitrines de magasin luxueuse, l'éclairage public, la propreté, tout ça me tape sur le système. Et puis on est plus à proximité de l'icône des mouches, je le sens. Grand Père n'étend plus Sa grand main protectrice au dessus de ma tête. Ses frères peuvent m'embêter aussi, ou du moins leurs agents.
J'ai pas beaucoup parlé des frères de Grand Père. Celui dont j'ai le plus peur c'est le corbeau à trois yeux. Lui, il peut foutre un beau bordel, et il aime bien les sorciers. Il a hurlé beaucoup d'insultes quand Grand Père m'a marqué. Son labyrinthe me fait peur, il me menace de m'y envoyer. Heureusement qu'il peut pas se balader comme il veut parmi nous. Je fixe avec inquiétude les passants, les enseignes des magasins... c'est pas facile de me promener en ville. Max semble avoir endossé le rôle du mec qui me fait avancer, sans doute le coté papa. Quand je suis seul j'ai pas vraiment un mode de déplacement linéaire. Enfin des fois il faut que je parle tout seul, que je touche certaines briques du mur ou que je regarde un point dans le vide très intensément plusieurs minutes. Tu peux pas savoir à l'avance ce qui va se passer. Enfin de temps en temps on m'interpelle, je cligne des yeux comme si je sortais d'un rêve et la promenade au pays des bourges continue. Pendant ce temps Max et Frida racontent des conneries entre eux. Frida commence à cracher sur Steiner. Je fronce les sourcils. Elle est si énervée, si jeune. Moi j'ai jamais été comme elle. J'aime pas les disputes.

« Parle pas comme ça, s'il te plaît. Il y peut rien le pauvre. Tu salis tout quand tu fais ça. »

Elle hausse les épaules (je pense qu'elle s'en fout de mes avis), et de toute façon on est arrivé à la boutique alors il n'y a pas de raison de continuer la conversation. On rentre. L'odeur de parfum est abominable, ça me brûle les yeux. Il y a beaucoup de miroirs, et je n'aime pas les miroirs. Ils me font peur. J'évite de les regarder. Il y a un bordel de tous les diables dedans, absolument tout ce que tu veux, sauf le reflet de ce qui se trouve devant. Je vais me placer entre une immense robe rose sur son mannequin et des présentoirs à ruban. Max et Frida commence par fouiller les alentours pour s'assurer qu'il n'y a personne. On se sent tous les trois un peu hors de propos en ces lieux je pense.
Je fais mine de regarder les robes, parce qu'il n'y a que ça à faire. Une petite dame proprette nous fonce dessus, se présente. Elle n'a même pas un regard soupçonneux. Max m'encourage d'un hochement de tête à parler :

« On a besoin de trois costumes de répurgateurs, genre, super vite. Ce soir ou demain matin maximum. On a le fric. »

Frida lève les yeux au ciel, mais cette demande brutale a l'air de satisfaire la dame, dès lors que je sors l'argent du fin fond de la poche où je l'avais caché. Elle regarde soigneusement les pièces, secoue la bourse dans sa main, soupèse. Puis nous répond :

« Je prends vos mesures, vous repassez ce soir. Cela convient ? »

Je regarde Max et Frida puis je fais oui de la tête.

« Allez dans cette pièce et déshabillez vous, j'arrive. »

On obéit. On entre dans une pièce plus petite, avec du matériel de couture partout où se posent les yeux. On se met en condition. Je garde seulement un tricot de corps, d'une couleur sinistre (rappelons que c'est un vêtement qui est resté au contact de ma peau pendant plusieurs mois), avec plus de trous que de coton. C'est pour cacher ma marque. Je ne pense pas que la petite dame va apprécier de regarder dans toute sa gloire la marque de Grand Père, et puis j'ai peur qu'un asticot tombe sur le parquet. Elle arrivera jamais à le ravoir après ça. Ça va faire du vilain.

La petite dame arrive. Je dois relever son professionnalisme, elle frémit à peine en nous découvrant tous les trois en sous-vêtements (et heureusement qu'on m'a donné un bain hier). On observe un silence poli en faisant mine de s'ignorer les uns les autres pendant que quelqu'un nous mesure les membres et prend des notes sur une feuille. J'ai mal à force de rester debout et de tenir des positions débiles. J'ai un moment de panique quand les mains de la couturière se mettent à trembler en mesurant mon ventre, parce que ses doigts sont à quelques centimètres de l'oeuvre de Grand Père. Heureusement, elle n'associe pas cette réaction à moi. La séance dure un temps interminable. Heureusement que Petit Karl est parti avant de se taper des conneries pareilles.
La petite dame finit pourtant par nous délivrer. Ça devait bien arriver à un moment ou à un autre, mais putain qu'est ce que ça a pris comme temps. Je reste debout immobile pendant quelques secondes devant la boutique, histoire de me remettre de ma dignité offensée. Me mesurer pour un costume de répurgateur. Bon sang. Il faut le vivre pour comprendre. Je me tourne vers Frida. Je veux bien aller voler toutes les merdes de l'univers pour m'enfuir de ce quartier.

« Bon... je te suis ? »
Reinhard Faul, Voie du Sorcier de Nurgle
Profil: For 8 | End 8 | Hab 9 | Cha 8 | Int 8 | Ini 8 | Att 8 | Par 8 | Tir 8 | Foi 8 | Mag 10 | NA 1 | PV 60/60
Lien Fiche personnage: Ici

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