[Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Kislev, pays de sombres forêts de conifères, d'étendues neigeuses et de steppes balayées par les vents, se trouve l'est de l'Empire. Pendant des siècles, il a été un rempart face aux incursions dévastatrices du Chaos venues du nord. Kislev est un allié fidèle et puissant de l'Empire, toujours prêt à envoyer ses troupes à son secours

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Dokhara de Soya
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par Dokhara de Soya »

Aphrodisiaque. Baiser de Courtisane. Mon esprit confus. Corps dissocié. Agit seul. Comme possédée par une autre version de moi-même. Plus instinctive. Plus pure. Yeux larmoient. Joues rosies. Chaleur dans bas-ventre. Lucrétia. Si belle. Désir incontrôlable.

Décor flou. Goutte de sueur sur le front. Faim et soif.
Un écho résonne. Mes propres mots. Un peu plus tôt.

- C'est paradoxal. J'ai piqué votre curiosité car vous avez dès le début vu à travers le masque. Vous aviez deviné mon intérêt malsain lorsque vous m'aviez montré la terrible puissance destructrice de votre magie. Vous aviez deviné mon désir de jouer avec les interdits, avec la sinistre entité que vous étiez. Entourée d'une prêtresse de Rhya et d'un prêtre de Sigmar, vous saviez pourtant que je ne pourrais résister au désir de côtoyer l'anathème monstrueuse que vous étiez. Ce sont mes travers qui vous ont intéressé. Pourtant... j'ai toujours craint votre réaction si vous saviez "vraiment". Comme s'il y avait plusieurs couches de mensonges, et que je craignais que vous arriviez au noyau.


Respiration difficile. Vêtements constricteurs. Tellement chaud.
Lucrétia. Si désirable. Si parfaite.
Mes deux mains. Son visage. Mes doigts effleurent ses joues. son menton. Sa nuque. Ses clavicules. Ses seins. Je saisis ses bras. La pousse. Elle a confiance. Ne résiste pas. Tombe dans le lit. Éclats de rire. Au-dessus d'elle. L'embrasse doucement. Lèvres se mêlent. Caresse ses cheveux d'une main. Son corps de l'autre. Baiser s'intensifie. Les langues se mêlent. Appuie la mienne contre sa canine. Perle de sang. Apéritif pour vampire.
Lèvres se séparent. Vêtements arrachés. Mouvements désordonnés. Regards trahissant la concupiscence mutuelle.
Roulons sur le lit. Couchée sur moi. Boucles rousses chatouillent mon visage. Genou entre mes jambes. Sang la rend plus agressive. Elle lèche ma nuque. Se retient de croquer.
Elle se redresse. Assise sur moi. M'observe comme un prédateur. Se mord la lèvre avec une canine. Je suis une proie acculée.
Ma vision trouble. Respiration incontrôlable. Odeurs. Savon des draps, bois humide du plancher, relents de la Lynx par la fenêtre ouverte, parfum de Lucretia.
Encore des échos de moi-même. Images déformées qui dansent autour de moi. Résonnent dans mes oreilles.

- Slaanesh... c'était un prétexte. Je le sais. Une excuse facile. "Ce n'est pas moi, c'est le Corrupteur le responsable". Mais bien avant de rejoindre son culte, j'étais déjà l'esclave de mes désirs. Besoin de sexe, de plaisir, de souffrance, d'expériences, d'adrénaline, de danger. Des sensations fortes, qu'importent lesquelles. C'est cette femme que je suis, qui tue des aubergistes sans remords, torture l'esprit d'un gitan amoureux, corrompt toute forme d'art, copule avec des mutants et des vampires, et se complaît dans la destruction et la souffrance qu'elle sème. J'entretenais ma propre culpabilité face à mes actions pour le plaisir d'en souffrir, mais je suis las de cette illusion. J'ai appris tant de choses sur moi à vos côtés, que j'avais obstinément refusé de voir auparavant. Ca devrait me terrifier, mais bien au contraire, j'adore ça. J'avais tellement peur de devenir une lahmiane lorsque vous me l'avez proposé, peur de mourir, peur de ce que je perdrais, peur des conséquences, peur de vous, peur de moi qui en serais indigne. Aujourd'hui toutes ces peurs sont balayées, et je ne rêve plus que du moment où enfin vous aspirerez jusqu'à la dernière goutte de mon sang, et où je pourrais me repaître du vôtre pour que nous soyons unies à jamais. Vous n'imaginez pas à quel point il m'est difficile de rester pragmatique quant aux dangers que nous encourrons encore ici, à Erengrad, pour ne pas vous supplier de le faire ici et maintenant.

J'observe sa canine. Tellement envie. Je tourne ma tête sur le côté, étirant ma nuque. Invitation.
Assise sur mon bassin. L'une de ses mains, derrière elle. Force le chemin entre mes cuisses serrées.
Je ne veux pas. Je serre les jambes. Je veux me relever, approcher ma nuque de ses dents.

MORDEZ-MOI !

Une main sur mes côtes. Me plaque contre le lit. L'autre écarte mes cuisses sans difficulté. Sourire narquois. Fière d'elle.
Mes deux mains sur la sienne. Je tente de me libérer. Impossible. Implacable.
Drogue trop forte. Caresses trop intenses. Soubresauts. Tremblements. Spasmes. Impossible de se dégager. Impossible de se contrôler. Esprit s'étiole, se fragmente.

BESOIN DE PLUS

Saisit son pouce. Ne tente plus de me libérer. L'oriente entre deux côtes. Appuie. PLUS FORT.
Ongle perfore. S'enfonce doucement. Perle de sang, coule sur le drap. Caresses extatiques, toujours.
Sourcil levé. Lucrétia incertaine.

- PLUS FORT !

La guide. Enfonce son pouce. Sa griffe. Tout l'ongle planté. Le sent fouailler entre mes côtes. Douleur infernale.
Une main pour la douleur, l'autre pour le plaisir.
Hurle de plaisir et de souffrance. Mord l'oreiller pour atténuer. Jouis dans un râle.
Elle ne me libère pas. Elle prend plaisir à ce nouveau jeu. Rythme des caresses s'accentue. Extase impossible à gérer. Corps trop sensible. Besoin d'une pause.
Elle ne me l'accorde pas. Quatre autres ongles appuient sur ma peau. S'enfoncent et transpercent. Pouce point d'appui pour griffure. Raclent lentement dans ma chair, gratte contre les os de mes côtes.
Esprit explose. Pensées incohérentes. Cri sans fin étouffé dans les plumes de l'édredon.
D'autres échos, qui résonnent encore plus fort.

- Voilà pourquoi je vais prendre ces drogues. Parce que je veux être moi. J'ai tellement intrigué, menti, trompé et trahi, que je ne sais plus si ce que je dis, ce que je pense, m'appartiens encore ou n'est qu'une façade de plus que je n'arrive plus à dissocier de la réalité. Je veux abandonner tout contrôle comme lorsque je joue de mon violon, et que vous me voyiez telle que je suis. Que vous m'acceptiez telle que je suis. Plus de faux-semblants, plus d'artifices, plus de barrières. Je fais le choix conscient de m'offrir à vous parce que je veux être totalement vôtre. Mon corps, mon âme, et bientôt ma vie. Plus de mensonges, ni envers vous, ni envers moi.

Jouit, encore et encore. Plaisir et souffrance sans fin. Douleur atroce dans les côtes, horrible marque de griffure. Caresses ne s'arrêtent jamais. Vampire ne connait pas la fatigue. Minutes ou heures ?
Elle lèche ses doigts ensanglantés en me regardant. Joue avec un petit morceau de ma chair coincé sous l'un de ses ongles. Me regarde me tortiller en souriant. Autre main infatigable, inarrêtable.
La douleur me manque. Caresses seules insuffisantes. Saisis sa main rougie de mon sang. La guide à nouveau.

Ma gorge. Serre.
Elle hésite.
Regards se croisent.
Elle n'hésite plus.
Pression de part et d'autre, comme une pince. Respiration difficile. Sifflante. Très mince filet d'air. Vision trouble. Périphérie noircie. Décor tourne. Lucrétia floue. Détails sans importance. Orgasme approche. Sensations démultipliées. Corps percuté par vagues de plaisir, malmené par sa propre extase.
Veut crier de plaisir, encore et encore mais air trop raréfié, pression trop forte. Peur impossible à contrôler. Doigts se tordent. Besoin de vivre trop fort, tente de me libérer. Lucrétia trop forte.

Sens la frontière. Les ténèbres. La fin.

Je salue Morr. Puis lui hurle ma jouissance au visage.

Conscience explose.

Apothéose.



***


Lorsque son esprit revint à lui pour lui permettre la création de nouvelles pensées cohérentes, Dokhara était couchée en travers du lit, la tête posée sur le bas-ventre de son amante, le regard perdu dans la contemplation d'une poutre au plafond. Le vent frais passant par la fenêtre du plafond soufflait sur sa peau humide de sueur, la recouvrant d'une fine chair de poule, mais la sensation de fraîcheur ne parvint pas pour autant à son cerveau en partie anesthésié par les drogues qu'elle avait consommé. Tous ses muscles étaient ankylosés, et quand bien-même l'aurait-elle voulu qu'elle aurait été bien incapable de se lever : réussir à faire passer le drap sur lequel elle était couchée au-dessus d'elle semblait une épreuve déjà totalement insurmontable. Ce dernier avait de toutes manières été bien trop souillé pour être utilisé.
Le bas-ventre de la jeune femme était recouvert de traces de sang séché mal essuyé par les multiples passages de la langue de son amante. A la source de cet écoulement, les traces de griffure avaient disparu, victimes de la magie curatrice de la lahmiane. Tout comme les trous que ses canines avaient laissé à l'intérieur de sa cuisse, et les autres vilaines marques dont elle avait écopé.
Un petit bruit de tintement métallique vint briser le silence. Un petit médaillon en argent s'était échappé de son poing fermé, et était tombé sur le sol.

Un autre écho, plus doux. Sa propre voix à nouveau qui résonne.

- Vous m'avez dit vouloir vaincre toutes vos faiblesses, et je crois que celle-ci est celle que vous craignez le plus. Je peux vous montrer que c'est un mensonge. Ni le soleil, ni les symboles bénis, ni l'argent, ne sont vos ennemis. Seule la douleur l'est. Vous voulez la supplanter par votre mental, mais il existe un autre moyen. Si vous apprenez à apprivoiser votre souffrance, à l'apprécier, à l'aimer, à la désirer... alors vous n'aurez plus à craindre aucune arme. Je peux vous apprendre.

Quand avait-elle prononcé ces mots ? Il y a quelques secondes ? Minutes ? Heures ? Jours ? Ou années, à la Taladélégation ?
Les échos de ses paroles passées résonnaient partout autour d'elle, comme si son état second permettait d'entendre d'autres versions d'elle-même. Des spectres d'autres Dokhara, des versions passées d'une femme différente.

- Vous avez lutté pour obtenir ce que vous vouliez, cela ne vous est pas tombé tout cuit entre les mains.

- Nous pourrions avoir des problèmes si quelqu'un savait ce que nous nous apprêtons à faire.

- La jalousie me pousserait presque à vous demander quel type de magie noire vous usez.

- Je sais que je dois vous paraître bien appétissante.

- Ce serait un piège que de tenter de comprendre votre nature, et non de vous comprendre, vous.

- J’ai eu envie de vous connaitre. Pour trouver où étaient les défauts, les pièges, les tricheries. Pour voir si, sous la coquille idyllique, vous n’étiez pas qu’une marionnette vide d’intérêt.

- Si Lucrétia a pu devenir la femme de pouvoir qu’elle était grâce à de sombres puissances, pourquoi ne pourrais-je faire de même ?

- Vous vivez pour ces moments de frisson, mais vous faites tout pour les minimiser ? Pas étonnant que tous vos congénères finissent par se donner la mort.

- Quant à ce que vous devez penser de moi, que diriez vous de seulement « une consœur qui, elle aussi, s’ennuie » ?

- Je veux pouvoir vous fixer dans les yeux lorsque vous planterez vos dents dans ma chair.


D'autres doubles d'elle-même se superposaient, dansaient autour de sa tête, rendant cette tempête d'échos incompréhensible.
Souhaitant chasser ces souvenirs parasites, elle voulut se tourner sur le côté, ignorant les tensions dans ses muscles, mais un objet imposant bloquait l'un de ses genoux. Lentement, elle fit glisser son visage vers le bas, ignorant la douleur fantôme d'écrasement dans sa gorge, pour observer ce qui entravait ses mouvements.

Le crâne d'élan. Celui qui ornait la salle principale de la Lynx.
C'était l'un de ses bois qui empêchait la jambe de la jeune femme de bouger.
D'autres fragments de mémoires revinrent en observant l'objet.
Elle qui mettait au défi Lucrétia d'aller le voler en gloussant.
La vampire qui s'était prêtée au jeu.
Puis les insanités qu'elles avaient fait avec.

Slaanesh soit loué, on a vraiment...

Un sourire lubrique s'afficha sur son visage, accompagnant le doux rosissement de ses joues. Les échos d'elle-même qui tourbillonnaient cessèrent de parler, pour désormais reproduire les cris d'extase de sa nuit passée. Des parcelles de mémoire de plaisirs et de douleurs mêlés, fragments de sensations exquises que son corps avait ressenti alors que son esprit s'était éclipsé, et qui, maintenant qu'il était revenu, revivait les souvenirs emmagasinés dans sa chair. Des dizaines de Dokhara dansant dans sa chevelure dans des poses lascives, chacune cédant aux jouissances prodiguées par Lucrétia.
Image
La valse des échos s'atténue peu à peu. Impossible de retracer la chronologie exacte des événements de cette nuit, ne restaient que ces morceaux épars de sensations brutes, une mémoire non pas de l'histoire, mais des sens.

Libérée de ses besoins physiques, son corps vidé de toute énergie, l'esprit de Dokhara était libre de vagabonder selon son bon vouloir. Sans crainte ni peur, sans désir ni besoin, le fil de ses pensées était aussi simple que limpide. Un fil rouge aussi solide que l'acier, tendu au milieu des nuages.

Elle tourna son cou lentement, un doux sourire affiché sur un visage rayonnant de bonheur. Elle croisa le regard de Lucretia. Puis, avec un naturel désarmant, elle lui dit :

- Je t'aime.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 26 juin 2019, 21:44, modifié 1 fois.
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Dokhara de Soya, Voie de la Belle Mort, Beauté mortelle

Profil : For 11 | End 11 | Hab 14 | Cha 17 | Int 12 | Ini 13 | Att 12 | Par 11(13) | Tir 10 | Mag 11 | NA 2 | PV 110/110

Compétences :
- Sociales : Diplomatie, Éloquence, Empathie, Étiquette, Séduction
- Artistiques : Chant, Danse, Musique (violon), Tatouage
- Intellectuelles : Alphabétisation, Langue étrangère (kislévarin, strygani)
- Martiales : Ambidextrie, Bagarre, Fuite, Monte, Parade, Résistance accrue (spécialisation alcool), Sang-froid
- Divers : Sens Accrus
- Dons Du Sang : Regard Hypnotique, Régénération Impie
Compétences en cours d'apprentissage :
Escamotage : 1/2
Adresse au tir (arbalètes) : 2/3
Équipement :
Armement :
- Griffe d'Ursun : 18+1d8 dégâts ; 12(24) parade. Rapide. Chaque attaque réussie qui résulte en une perte de points de vie pour l’adversaire inflige -1 Att/Hab/Par le tour suivant. Si trois touches sont infligées au même tour, les malus durent alors 2 tours et infligent un malus supplémentaire de -1 Na. Les malus cumulés ne peuvent pas excéder -4 Att, Hab et Par et -1 Na.
- Main gauche : 8+1d6 dégâts ; 8(16) parade ; Rapide. +2 PAR si utilisée en conjonction avec une autre arme. Lors d'une parade, c'est le score de parade de l'arme en main droite qui compte pour le premier jet, celle de la main gauche pour le second jet si relance.
- Poignard : 12+1d6 dégâts ; 6(12) parade ; Rapide. Peut être utilisé comme arme de jet
- Arbalète : 34+1d8 dégâts : Malus de -2 TIR tous les 30 mètres ; Perforante (4) : Un tir par NA maximum.

Armure :
- Veste et jambières en cuir : 5 de protection partout sauf tête
- Tunique noire druchiie : 2 de protection sur tout le corps
- Cape de dissimulation, permet de devenir invisible si immobile (v. wiki)

Équipement de voyage (fontes de selle, pas systématiquement porté) :
- Sellerie splendide
- Nécessaire de tatoueuse
- Violon
- Arc courbe + flèches des anciennes
- Lame en or marin
- Huile d'amande
- Surplus de drogues, poisons, ingrédients (Dodo a 2 de chaque sur elle, pas plus)


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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm »


La non-vie apportait avec elle son insidieuse lassitude qui vous gangrenait peu à peu l’esprit, tant et si bien que, pour y échapper, il fallait souvent tomber dans d’innommables travers. Lucretia l’avait bien fréquemment constaté, chez ses pairs ; rares étaient ceux qui se contentaient de leur immortalité comme si de rien n’était. Certes, ils affichaient tous une nonchalance contrôlée et impérieuse, mais, dès lors que l’on grattait quelque peu, tout s’effritait pour laisser place à une folie à peine voilée. Certains se complaisaient dans la torture, chassant et capturant tout ce qui passait à leur portée pour éplucher la chair de leurs captifs jusqu’à découvrir l’essence même de ce qu’elle dissimulait. D’autres se livraient à des cabales dont la finalité ne se répercuterait que cinq générations plus tard, et ils s’amuseraient alors de voir les familles grandir et prospérer avant de chuter comme de vulgaires dominos, emportant toute la fratrie avec elles. Il y en avait pour se consacrer entièrement à l’art de l’Aethyr, et d’autres, encore, pour s’abîmer dans les plaisirs de la chair. Quel était celui de Lucretia ? Elle-même ne le savait pas vraiment. Mais ce qu’elle n’ignorait pas, en tout cas, c’est que si bien des vampires s’adonnaient au stupre jusqu’à en perdre la raison, aucun de ceux qu’elle avait connus s’y était aussi bien abandonné qu’une certaine humaine.

Le regard qu’elle lui avait jeté s’avérait aussi adorable que dérangeant. Les pupilles dilatées, Dokhara avait contemplé la Lahmiane avec l’expression béate de celles qui aiment au-delà de toute rationalisation. Elle avait alors eu le petit sourire gêné de celles qui hésitent, tout en se mordillant la lèvre inférieure par l’appréhension qui les gagnait. L’espace d’un instant, son visage, que l’on eût juré tout juste sorti de l’adolescence, avait arboré toute la pureté innocente de l’indicible passion. D’abord, quelques douces caresses effectuées çà et là, quelques regards qui se perdirent légèrement sous un tissu défait, et quelques timides embrassades qui s’échangèrent. Mais, lorsqu’elles tombèrent toutes les deux sur le lit, l’une au-dessus de l’autre, les éclats de rire se turent, et une pause incertaine, presque embarrassante, figea durablement le temps. L’ingénuité des traits de Dokhara s’estompa alors peu à peu cependant que sa respiration s’amplifia de seconde en seconde, et elle changea du tout au tout. Bachelette un instant auparavant, elle était devenue une farouche guerrière prête à tout dévaster sur son passage.

En tant que participante, et, peut-être même, victime, Lucretia ne se voila pas la face ; la jeune femme voulait conquérir son corps de toutes les manières possibles, et cette ardeur inquisitrice avait tout pour allumer son propre désir. Empressées, les mains fouillèrent sous les vêtures, bien décidées à révéler tout ce qu’elles pouvaient découvrir. Certains habits eurent l’outrecuidance de résister, et il n’en fallut pas davantage pour que les précieuses étoffes, qu’un paysan aurait mis une année à s’offrir, fussent arrachées avec une fougue sans conteste. Les coutures se crevèrent sur de frêles épaules et de délicates poitrines, les faufilures sur d’étroites hanches et des fesses opalines, et la Lahmiane s’empara de tout ce que son amante avait à lui offrir avec une concupiscence à peine masquée. Jusqu’alors allongée sur le matelas, elle se releva brutalement, n’attirant que plus encore la jouvencelle tout contre elle en la harpant fiévreusement. Lèvres contre lèvres, elles s’embrassèrent à en perdre le souffle, s’enlaçant, emmêlant leurs chevelures qui cascadèrent sur leurs épaules unies.

Tandis que les langues se cherchaient que pour mieux se retrouver, le goût capiteux du sang se fit sentir, et un vif appel cueillit l’Immortelle au plus profond d’elle-même. Celui d’en avoir davantage, de croquer dans cette chair dénudée, si vulnérable, pour en aspirer toute l’essence vitale. Celui de la transformer en victime suppliante qui gémirait malgré elle au creux de son oreille alors même qu’elle s’abreuverait de son sang. Lucretia se détacha de sa compagne, et, tandis qu’elle la contemplait l’espace d’un instant, ses pupilles scintillèrent d’une lueur plus avide encore.

Faire rouler Dokhara sur le côté ne fut d’aucune difficulté pour Lucretia, pas plus que de la maintenir fermement entre ses jambes. Là-haut, une fois son assise confortée, elle ne put s’empêcher de l’observer avec attention. Ce petit cœur battait frénétiquement au sein même de ce faible corps, lequel s’agitait lui aussi dans tous les sens, tentant en vain de se libérer. Pourtant, ces yeux violacés, aux pupilles bien trop grandes, en disaient long ; de cette façon, Dokhara lui hurlait silencieusement son envie inavouable d’être possédée, que sa geôlière fît d’elle ce que bon lui semblait. Aussi la Lahmiane joua-t-elle un temps avec elle, humant son cou, effleurant sa peau de ses lèvres, puis traçant dans ses chairs d’infimes sillons déchiquetés de rouge.

Mais à trop y participer, la baronne de Bratian y prenait un violent plaisir, lequel grandissait de plus en plus, et devait se forcer à se contrôler pour tourmenter son amante sans céder elle-même à ses propres pulsions. Car Dokhara, perfide, ondulait sous elle, tout en lui exposant délibérément son cou. Lucretia n’avait qu’à y plonger les crocs, une bonne fois pour toutes, et, bien qu’acculée, la baronne de Soya aurait eu là tout ce qu’elle avait souhaité. Facile. Bien trop facile ; la Lahmiane ne lui accorderait pas tout de suite ce sanguinolent mais suave présent.

Dans ce jeu d’ego, de dignité et de fierté, l’Immortelle désirait rafler tous les mérites, toutes les récompenses, ne laissant à sa compagne que quelques miettes avec lesquelles se consoler. Aussi, à cheval au-dessus de son amante, Lucretia glissa une main derrière elle, main qu’elle faufila entre les cuisses de sa protégée. Ce n’était pas ce qu’elle voulait. Pas tout à fait. Elle protesta, gronda, gémit. Elle se tortilla, rua, avant de s’immobiliser dans un soudain soupir. Bien décidée à lui faire rendre les armes sous le joug d’un plaisir coupable, l’Immortelle prolongea ses caresses tout en maintenant fermement sa victime d’une poigne puissante. Elle s’en amusa fortement ; sous les effets de ses drogues, le moindre contact prodiguait à Dokhara un violent tressautement chargé d’un reflux de désir qui semblait puissamment lui remonter à la tête. Bien qu’elle tâchât de résister, son corps se cambrait, ses pieds remuaient, et ses lèvres s’entrouvraient pour que s’en échappassent aussi bien des gémissements contrits que des malédictions à l’encontre de sa tortionnaire. Cette dernière jeta un petit coup d’œil derrière elle, en direction de la fenêtre dont les battants ouverts donnaient sur la Lysk. Un léger rire s’écoula de sa gorge, avant de lancer, d’un ton faussement ingénu :

« Vous jouez à merveille le rôle de la martyre, dites-moi. Pardon, ce n’est pas ce que vous souhaitez ? Pourtant, je vous l’assure ; eu égard à cette fenêtre ouverte et ces cris que vous lâchez dans l’air vespéral, la totalité de l’auberge est témoin du contraire. Ecoutez donc cela ! »

Nouvelle caresse, plus intime, plus profonde, cette fois-ci ; nouvel élan, plus rageur et belliqueux ; nouveau gémissement, plus puissant et prononcé que jamais.

« Merci, c’est tout ce que je voulais savoir » lança-t-elle dans un sourire des plus goguenards.

L’autre réaction que son otage eut alors fut bien celle qu’elle attendait, mais l’espace d’un moment seulement. Et pour cause, Dokhara tenta de s’emparer de la main de sa comparse pour la retirer, mais, devant la force que manifestait l’Immortelle, ne put triompher. Elle se contorsionna, regimba, mordit et griffa ; en vain. Aussi décida-t-elle de prendre Lucretia à contrepied.

Harpant le pouce de cette dernière, la jeune femme l’aiguilla tout droit entre ses propres côtes. L’ongle commença à entailler légèrement la peau, mais, loin de s’en récrier, Dokhara soupira de plus belle avant d’en demander davantage. Lucretia tiqua, surprise par ce brusque changement de règle, tant et si bien que son amante en profita pour n’user que plus encore de cet ongle qui lui lacérait les chairs. Le sang coula sur le long de son flanc, avant d’être absorbé par un matelas désormais bien moins blanc qu’il ne l’avait auparavant été.

La Lahmiane désira retirer sa main, mais sa compagne l’en empêcha. Le regard de la vampire se fit plus distant, tout autant que l’expression de son visage, et, malgré elle, elle ne put se retenir de la jauger de bas en haut.

« Est-ce donc cela, ce à quoi vous aspirez véritablement ? Est-ce ainsi que je dois vraiment vous découvrir, telle que vous êtes ? S’agit-il de votre plus profonde nature, lorsque, sous les effets d’une drogue qui vous transcende, votre contenance et vos faux-semblants s’effritent avant de s’effondrer ? »

L’inaction soudaine de la Lahmiane, somme toute assez étonnée de la tournure que prenaient les évènements, l’avait figée telle une statue. Une pause qui se révéla comme étant la pire des géhennes pour cette praticienne de la souffrance. La baronne de Bratian n’obtient qu’une seule et unique réponse, tandis que sa proie se tortillait d’impatience.

- PLUS FORT !

Comme revenant de loin, Lucretia secoua imperceptiblement la tête, ayant du mal à réaliser tout cela.

« L’algolagnie, donc. Voilà ce que vous répugniez à me montrer mais que vous désiriez ardemment que je sache. Très bien… Voyons cela. »

Plissant les yeux, davantage par curiosité que par véritable envie, l’Immortelle enfonça doucement mais lentement son ongle dans la peau de la jeune femme, et cela jusqu’à la cuticule. Elle sentit les chairs s’ouvrir sous la pression de son pouce, se déchirer proprement sous le fils d’acier que constituait le phanère. Elle le vit pénétrer le flanc de Dokhara, s’enfoncer toujours plus profondément, créant une béance que seul un corps étranger venait momentanément boucher. Une incommensurable douleur se lut alors sur le visage de la jouvencelle, douleur qui, tout d’un coup, se mua en inexorable plaisir sitôt que la vampire attoucha son intimité. Ses yeux se retournèrent dans leur orbite, son visage bascula vers l’arrière, et son menton pointa vers le plafond, comme une série de gémissements répétés fusèrent d’entre ses lèvres.

Il y avait là quelque chose de fascinant, dans ce spectacle. Quelque chose de macabre, de malsain, mais la curiosité morbide qu’éprouvait parfois Lucretia prit le pas sur sa raison. Elle ne cherchait plus son propre plaisir, ni même celui de sa protégée, non. Désormais, elle n’était plus qu’en quête de la finalité de cette aberration. Là, ce furent quatre ongles qui ceignirent la peau de Dokhara, avant de la crever sous une nouvelle pression. Quatre doigts qui vinrent fouiller ses chairs, mais d’une manière et à un endroit qui n’était aucunement indiqué. Là, sous sa maigre et liliale poitrine, au-dessus d’une hanche légère, une main se plantait fermement au sein même de son être.
Nouvelle torsion, nouvelle torture. Nouvelle extase, que vint ponctuer un léger éclat de rire.

« Si jeune… Et pourtant déjà si aliénée. »

S’arrêtant subitement, la Lahmiane chercha du regard un objet précis dans la pièce, avant de s’y précipiter. Elle n’eut pas d’autre choix que de retirer sa main des plaies qu’elle avait ouverte, et un flot de sang s’en échappa. L’odeur, capiteuse, monta à la tête de la Lahmiane, qui se contenta simplement de se lécher les doigts, avant de s’emparer d’un couteau des plus acérés. Voilà qui pouvait être probant, et bien plus élégant que le dernier carnage qui avait labouré le ventre de Dokhara. Une pointe aussi tranchante et effilée sectionnait la chair aussi aisément que la gaze ; l’on ne sentait presque rien lorsqu’elle perçait la peau. C’est pourquoi Lucretia découpa très, très lentement.

Elle fit décrire à l’extrémité du couteau quelques arabesques sur le galbe intérieur du sein droit. Dans cette lenteur d’agonie, la Lahmiane pouvait, en se concentrant suffisamment tout en occultant les soubresauts répétés de sa compagne, entendre la pointe qui sillonnait la peau blanche dans un soupir ténu. Déchirant, lacérant l’épiderme, ce dernier se mit à pleurer, et une perle de sang goutta d’abord avant de se transformer en un mince filet carmin. Le liquide rougeâtre commença à couler en rigoles ininterrompues au milieu du vallon laiteux, liquide que vint délicatement laper la Lahmiane avant de poursuivre ses œuvres. Dans une nouvelle courbe, le couteau s’attaqua alors au ventre de la jeune femme, sa lame incisant la peau, puis ciselant la chair. A sa manière, Lucretia la scarifia presque à la façon des stryganis, dans des motifs éclectiques et ésotériques au travers desquels se mêlaient mysticisme et magie noire. Puis, enfin, le couteau poursuivit sa route, toujours plus bas, continuant de fendre tout droit vers ses lèvres intimes.

Dokhara le sentait bien, c’était inéluctable. Elle savait ce qui allait arriver, et avait pleine conscience, au travers de sa folie, de ce que la lame allait traverser. Pourtant, elle continuait ribon-ribaine de s’extasier à n’en plus finir dans une jouissance lacrymale qui lui baignait ses longs cils refermés. A mesure que la pointe se rapprochait, Lucretia se raidissait quelque peu, appréhendant elle aussi la trajectoire décrite et la réaction de sa consoeur. Mais, frappée de cette éternelle curiosité, elle ne s’arrêta pas. Elle observa avec désir et attrait, le regard bien ouvert, l’expression de la jeune femme, entr'ouvrant sans même s’en rendre compte de plus en plus la bouche comme pour aspirer la moindre de ses émotions. A quelques pouces de son objectif, elle arrêta le tranchant. Nouveau gémissement, mais de frustration, cette fois-ci, et la main de Dokhara vint saisir la sienne pour l’enjoindre à continuer. Lucretia, ébaubie, secoua la tête dans un dépit toutefois amusé.

« C’est si… Confondant », souffla-t-elle pour elle-même avant de reprendre et de terminer sa course. Le couteau scalpa nettement le bas-ventre, s’engouffrant là où il n’aurait jamais dû aller. La peau si délicate et si sensible se gorgea de sang, se colorant d’un rouge sombre qui vint se répandre sur les draps. Si la douleur fut présente, de manière évidente, la quintessence de la jouissance fut également atteinte sous les yeux aussi atterrés que captivés de Lucretia.

« … Ma pauvre enfant, mais qu’allez-vous donc devenir… ? »

C’était une véritable question qu’elle se posait là. La scène qu’elle venait de vivre, et à laquelle elle avait participé, jamais la Lahmiane n’en avait connu de semblable. Tout au pire avait-elle ouï quelque rumeur que ce fût à propos de vampires millénaires qui en étaient venus à se livrer à de telles activités, car seule une extrême et précise douleur parvenait à leur procurer un semblant d’émotions. Mais il s’agissait justement d’Immortels ayant vécu un nombre d’années incalculables, aucunement d’une humaine dans la fleur de l’âge ainsi que l’était Dokhara. Et cela était d’autant plus fascinant que lorsqu’un mortel passait de l’autre côté du voile de la mort, tout en parvenant à y survivre, son tempérament d’autrefois s’en retrouvait transmué au-delà de tout propos. Le caractère d’un homme, ou d’une femme, ainsi transformé s’amplifiait dans des extrêmes qu’il était difficile de quantifier. Oui, la Lahmiane pourpensait sur cette fatalité. Comment se comporterait alors sa protégée une fois soumise aux affres de la non-vie ? Eu égard à sa nouvelle nature, que pourrait-elle faire de plus innommable ? Elle brûlait de le découvrir.

« A croire que seule la douleur vous convainc encore d’être en vie. Quid de ce que vous deviendrez bientôt, alors ? Quid de la mort ? »

La vampire attrapa la baronne de Soya à la gorge avant de la redresser sur pied et de la plaquer contre le mur. D’une main, elle la souleva davantage encore, jusqu’à ce que sa proie ne touchât plus le sol. Intéressant mélange que celui où la rage se mêle à l’abandon de soi. Manquant d’air, Dokhara compulsait contre la paroi, griffant de ses ongles cette main qui la maintenait fermement. Sa bouche s’ouvrait et se refermait, tentant en vain d’avaler des goulées d’air qui sans cesse lui manquaient, et ses pieds battaient dans le vide en quête d’un support sur lesquels se reposer.

« Là encore, il vous faut de l’aide, n’est-il point… ? » murmura sa tortionnaire, laquelle l’observa de bas en haut. Les plaies qu’elle avait ouvertes dans les chairs de sa consœur continuaient de déverser un sang qui sillonnait sur les reliefs de son corps, et la gravité appelait naturellement le liquide à venir rejoindre un point très précis de son être, lui aussi nullement épargné par les entailles et les lésions. Continuant de stranguler la jeune femme, Lucretia s’abaissa, venant pleinement récupérer l’ichor de sa langue et de ses lèvres. Bien que sur le point de dépérir, son amante trépida et s’ébroua frénétiquement, mais pour des raisons bien distinctes de celle pour laquelle Morr était en passe de faucher Dokhara.



***






Lucretia venait tout juste de guérir les blessures qu’elle avait infligées à Dokhara lorsque celle-ci, qui n’avait pas cessé de fixer le plafond cette dernière heure, réagit enfin. D’abord, les battements du cœur de la jeune femme s’accélérèrent imperceptiblement, puis une respiration se fit plus profonde que d’ordinaire. Finallement, le léger bruissement de soie que produisirent ses cils sur sa peau indiqua à la vampire que sa consœur avait émergé. Tandis qu’elle remuait faiblement, elle laissa échapper le collier d’argent qu’elle avait recueilli lors de sa dernière utilisation. La Lahmiane, en le contemplant, préféra afficher un petit rictus triomphant tout en retenant difficilement une grimace. Quelle idée stupide n’avait-elle pas eue là.

Dokhara, après avoir retrouvé et sa respiration, et un semblant de ses esprits, s’était atêtée à l’idée que pouvait se faire la vampire à propos de la douleur. Il fallait, lui avait-elle dit, apprendre à l’aimer, à la désirer. Lucretia l’avait considérée avec ce petit air supérieur et arrogant qu’elle affectait tant ; elle n’y croyait guère, et morguait même cet état d’esprit. Mais, par sarcasme, elle s’était malgré tout pliée au jeu, quoiqu’en le prenant au pied de la lettre. Avec une nonchalance déguisée, elle avait usé du collier d’argent de la manière que les hétaïres de Cathay utilisaient de petites boules reliées entre elles pour se procurer un plaisir secret. A dire vrai, bien qu’agissant avec une extrême lenteur pour ressentir chacun des petits maillons qui composait la chaîne, elle n’avait jamais goûté à l'extase. Au contraire, rarement n’avait-elle ressenti une telle douleur au plus profond d’elle-même, la dévorant en son point le plus sensible. Mais, regardant fixement Dokhara dans les yeux, elle lui avait prouvé, dans ce message équivoque, qu’elle préférait de loin dompter plutôt qu’aimer.

Elle le regrettait à présent ; bien que s’étant abreuvée du sang de Dokhara pour se régénérer le plus possible, la Lahmiane appréhendait fortement les prochaines journées passées à cheval pour se rendre dans le nord du pays. En réalité, elle commençait déjà à songer à certains stratagèmes pour retarder leur départ et s’accorder un peu plus de temps de récupération. La ville était magnifique ; ne voulaient-elles pas en profiter pour la visiter ? Elles venaient toutes les deux de détruire, au cours de cette dernière nuitée, une partie de ces nouvelles vêtures qu’elles avaient achetées la veille ; ne serait-il pas probant que d’aller en essayer de nouvelles ? Elles allaient s’engager dans un long périple ; ne valait-il pas mieux choisir leur guide avec précaution, et ne pas se lancer à tête perdue dans l’aventure ? Ce qui était certain, en tout cas, c’était que si elle avait fini par céder aux caprices de Dokhara, laquelle voulait absolument récupérer la tête d’élan de la grande salle, elle n’avait pu être en mesure de jouer avec.

Levant la tête, la Lahmiane paresseusement allongée observa la pièce. Celle-ci avait été mise sens dessus dessous. Les bagages, autrefois bien rangés, avaient hasardeusement été répartis aux quatre coins de la chambre, et les affaires qu’ils contenaient répandues sur le sol. Les draps avaient parfois été lacérés, Lucretia ne savait comment, mais, à l’instar du matelas, avaient été souillés par une quantité de sang. Le lit, qui avait pourtant été contre ce mur, là-bas, qui arborait lui aussi une trace sanguinolente à mi-hauteur, se trouvait désormais au milieu de la pièce, et plusieurs chandelles manquaient à l’appel sur le lustre suspendu au plafond. Soupçonneuse, l’Immortelle dévisagea sa protégée.

Celle-ci lui rendit un regard ô combien comblé, en dépit de tout ce qu’elle avait pu vivre durant la nuit. Elle avait perdu toute la folie qui l’avait alors habitée, oublié cet état de perdition qui l’avait amenée à tout faire pour en avoir davantage, et affichait désormais ce petit air doux et ingénu, voire même un peu gêné, qui la rajeunissait bien trop. Présentement, sans doute se trouvait-elle dans une disposition de langueur accomplie qui, accumulée à toutes ces drogues qu’elle avait ingérées la veille, lui faisait perdre pied avec la réalité.

- Je t'aime.

Lucretia la dévisagea soudainement dans un silence de cathédral, et l’on eût juré qu’une brise froidureuse venait subitement d’entrer dans la pièce par la fenêtre encore ouverte. Elle ne pipa mot, se contentant de hausser un hautain sourcil inquisiteur à l’attention de la jeune femme, comme pour la mettre au défi de répéter ce qu’elle venait de dire. Mais, alors qu’elle s’apprêtait à ouvrir la bouche pour la recadrer plus ou moins froidement, l’on toqua à la porte. Oubliant tout ceci, Lucretia se leva brusquement, enfila un dessous qu’elle ne prit pas la peine de refermer, et alla répondre à la porte.

Le service ancillaire, en la présence d’une fillette d’une douzaine d’années, se présenta tout sourire pour lui demander, d’une voix enfantine, si elles désiraient quoi que ce fût. La réponse ne se fit pas attendre du côté de Lucretia ; un bon bain chaud. La gamine, se rendant compte de la légèreté inhabituelle de la vêture de sa cliente, sembla perdre en confiance, et ce ne fut que pire encore lorsqu’elle prit conscience de l’état dans lequel se trouvait la chambre. Ses yeux effarés se posèrent sur le lit maculé de sang où s'étendait toujours Dokhara.

« Eh oui, petite, la nature ne l'a pas gâtée, déclara sournoisement Lucretia. Mais tu verras, toi aussi, quand tu auras tes règles. Allez, file donc. »

Elle referma la porte.
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Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises et Dons du Sang

COMBAT :
Attaque : Coup précis (3), Arme de prédilection ( épée à une main)
Défense : Esquive, Acrobatie de combat, Sang vif (2) (DDS), Coriace,
Autres : Régénération Impie (DDS), Innocence Perdue (DDS), Valse Macabre


MAGIE :
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 3

CHARISME :
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Intimidation
- Comédie
- Etiquette
- Intrigue de cour

INTELLIGENCE :
- Domination (DDS)
- Érudition
- Littérature
- Linguistique
- Histoire
- Administration
- Enseignement
- Connaissance végétale
- Langue étrangère : Kislévarin
- Connaissance des démons

INITIATIVE / HABILETE :
- Sang vif (DDS)
- Réflexes éclairs
- Escalade
- Monte - chevaux
- Sens Accrus
- Vision nocturne

AUTRES :
- Défi de l'Aube (DDS)
- Ame Profane (DDS)
- Forme de Familier : Corneille (DDS)
- Sang argenté (DDS)
- Alphabétisation
- Force accrue
- Chance
- Préparation des poisons

Inventaire :
- Griffe d'Ursun
- Veste de cuir & pèlerine en "voyage" / robe habillée en "réception"
- Anneau de promptitude
- Bague du tumulus
- Sacoche de chanvre
- Lettre de la comtesse
- Gemmes et pépites d'or
- Fleur de salicaire
- Glandes à venin
- Poison (?)

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par Dokhara de Soya »

La description faite par les marchands kislevites de l'oblast du nord était aux antipodes des caprices luxueux des deux ex-baronnes : une météo implacable, des ennemis omniprésents, une civilisation éparse... après deux mois de voyage à travers la terrible Drakwald, retrouver un semblant de confort à Erengrad avait été salvateur. L'idée de devoir quitter ce havre pour retourner arpenter des routes aussi effrayantes que dangereuses, et finir leur voyage dans un village perdu à la frontière de la civilisation humaine... elle était déprimante.
Et pourtant, quel meilleur choix avaient-elles ? Elles avaient exclus l'ouest et le sud car savaient que la proximité de la frontière impériale ne pourrait que mettre en danger deux fugitives. Quant à l'est avec Praag, les rumeurs de corruption omniprésente étaient trop nombreuses pour être ignorées - assurément, si les slaaneshis avaient de l'influence là-bas, ils ne manqueraient pas de saluer la traîtrise de Dokhara avec enthousiasme.
Zoïshenk était un lieu de perdition idéal. Raspotitsa approchait selon leurs interlocuteurs, l'époque de l'année pendant laquelle l'hiver faisait tant tomber de neige sur les steppes que les routes disparaissaient, et que la majorité des échanges entre les villes s'interrompaient. Le dernier convoi de la saison partait pour la stanitsa nordique, ce qui signifiait que la météo créerait derrière elles une imposante barrière climatique, les protégeant de la majorité de leurs poursuivants. Elle seraient coupées du monde. A l'abri. Et Dokhara aurait alors un hiver entier pour se former à sa nouvelle nature.

Ayant réalisé qu'ils ne leur restait que deux jours pour profiter de la civilisation avant de devoir passer des mois entiers sur les routes glacées et dans des villages sordides au bout du monde, les deux amantes se firent un devoir de profiter le plus égoïstement possible d'Erengrad, se confondant en stupre et en luxure. Pas un magasin de la ville ne put échapper à la curiosité des deux furies qui voulaient découvrir toutes les modes, goûter tous les mets, essayer tous les plaisirs. Il y avait tant à découvrir en ces lieux étrangers : une nouvelle culture faite de terribles conflits entre norsiens, ungols et gospodars, une nouvelle langue incroyablement complexe à appréhender, trois nouveaux dieux à reconnaître nommés Ursun, Dazh et Tor... toute cette diversité était vertigineuse à appréhender.
Amatrices de culture tout autant que de chalandage, les deux rouquines errèrent dans tous les coins de la ville haute où l'on voulait bien les laisser aller. Elles visitèrent la Maison des Orfèvres où elles purent échanger leurs couronnes impériales contre des marks d'or locaux. Elles observèrent de loin les temples de Tor et de Dazh sans y entrer, Lucrétia n'aimant guère les symboles religieux quels qu'ils soient. Elles entrèrent néanmoins dans le jardin d'Ursun afin de profiter de la beauté de cette forêt miniature enfermée dans la ville et jouxtant la Lynx. Elles frôlèrent la sublime Tour du Givre, et s'il leur était interdit d'y pénétrer, Dokhara put néanmoins poser la paume de sa main sur sa façade, constatant l'absence de tout artifice : la construction était belle et bien faite uniquement de glace.

Peu importait combien Dokhara et Lucrétia multiplièrent les efforts pour profiter au mieux d'Erengrad, ces deux jours passèrent malgré tout bien trop vite à leur gout. Faire leurs adieux au confort de leur chambre fut un déchirement.

Le convoi pour Zoïshenk s'avéra bien plus impressionnant que ce à quoi Dokhara s'attendait. Elle avait bien compris qu'il s'agissait de livrer un canon à l'ataman de Zoïshenk, le boyard Pavel Nakhimov, et que de nombreux commerçants profiteraient de la troupe armée formée pour l'occasion afin d'acheminer leurs dernières marchandises à destination avant la Raspotitsa. Malgré tout, elle fut impressionnée par le nombre de voyageurs qui se préparaient devant elle, et la force armée qui les accompagneraient. Entre les cavaliers ailés, les archers ungols, et les streltsi équipés d'arquebuses, c'était une soixantaine de combattants qui se chargeait de la protection des civils, mais surtout de la pièce d'artillerie sortie de la Fabrique des canonniers d'Erengrad. La jeune femme avait clairement sous-estimé le danger représenté par les barbares dont parlait le marchand, si pareille unité avait été assemblée pour les contrer.

C'est avec intérêt que Dokhara nota la présence d'un fiacre parmi les véhicules du convoi. N'ayant jamais été très bonne cavalière, elle craignait par avance les journées à venir : si sa nouvelle monture strygani était un sublime palefroi alezan racé, la selle sur laquelle elle était installée n'était pas pour autant plus confortable qu'une autre, et elle savait très bien le genre d'ecchymoses et de courbatures qui hanteraient son fessier chaque nuit. L'on pouvait être slaaneshie et apprécier le masochisme volontaire lors de ses ébats, mais détester l'inconfort d'une douleur pas assez virulente pour être intéressante, mais suffisamment omniprésente pour gêner chaque mouvement, et parasiter ses pensées. Sans un mot, elle fit un signe de tête à son amante en direction du carrosse, suivi d'un sourire entendu - d'une manière ou d'une autre, il leur faudrait charmer le passager de ce véhicule pour s'y faire inviter.

La présence du templier d'Ulric ne fit aucunement plaisir à Dokhara. Non pas qu'elle avait une dent particulière envers l'autorité représentée par les serviteurs du dieu de prédilection des middenheimers, mais leur précédente rencontre avec l'un de ses congénères avait annoncé les prémices d'une hécatombe encore gravée au fer rouge dans l'esprit de l'ancienne baronne. Elles avaient espéré intimider le baron Otto en abattant sa protection divine - malheureusement, ce plan avait tristement échoué. Jamais Dokhara n'avait été témoin d'un tel massacre auparavant, d'une telle violence gratuite, et les échos du charnier qu'elle avait traversé la hanteraient sans doutes jusqu'à son dernier souffle : cette expérience l'avait changée à jamais.
Instinctivement voyant le serviteur du Dieu Loup, elle voulut rabattre davantage son capuchon sur sa tête, avant de se rappeler qu'elle ne portait plus de pèlerine. Habillée à la manière des kislevites, elle était désormais entièrement de blanc vêtue, emmitouflée dans son grand manteau et sa toque en fourrure opaline. Régulièrement, elle ne pouvait s'empêcher de laisser la peau de son visage glisser doucement contre la douceur de la fourrure de renard blanc.

- On ne pourra pas l'éviter pendant tout le trajet, murmura t-elle à sa consœur, une légère appréhension dans la voix.

Elles avaient répété leur scénario la veille. Elles étaient toutes deux habillées avec des vêtements de bonne qualité - pas assez pour imiter la noblesse, mais suffisamment pour signifier un certain confort financier. Lucrétia portait une épée bien visible au fourreau, et Dokhara deux lames en plus de l'arbalète dont la bandoulière était accrochée à sa selle. Elles montaient toutes deux de fiers chevaux stryganis, d'excellentes montures aussi rapides et fiables que coûteuses. Elles étaient seules, sans aucune forme d'escorte masculine pour les accompagner. Et pour finir, elles souhaitaient se rendre dans une stanitsa perdue dans l'oblast du nord, à l'approche de l'hiver.
Dans ces conditions, il leur était impossible de passer pour des pèlerines, des nobles en villégiature, ou de simples touristes. Aucune de leurs précédentes identités de convenait à pareil voyage.
Le meilleur scénario qui se dessina donc fut le plus culotté de tous. De ce qu'elles avaient pu tirer des habitants d'Erengrad, Zoïshenk n'était réputé que pour deux choses : c'était le plus grand village du nord hostile, et surtout, de très nombreux réfugiés y avaient trouvé domicile.
Dans ces conditions, leur nouvelle identité devint évidente : elles étaient toutes deux des chasseuses de prime, traquant un cultiste impérial ayant franchi la frontière impériale pour se réfugier au Kislev, et souhaitant profiter de l'hiver pour disparaître au milieu des réfugiés de Zoïshenk.

Chasseuses de prime ou non, elles ne bénéficièrent pas plus de traitement de faveur que d'autres lorsque vint le moment de se confronter au terrible adversaire que représentait la bureaucratie. Se présentant sous l'identité des sœurs Ziska et Silke Schwertfeger, elles se plièrent bon gré mal gré au remplissage de formulaire qui leur fut demandé par le fonctionnaire, et au paiement de la taxe concernée afin d'obtenir leur autorisation de voyage.

Donc, avant le départ, outre les visites, Lucry et moi avons :
- Échangé nos devises impériales contre des devises kislevites
- Récupéré quelques informations sur les têtes recherchées du moment, afin d'améliorer notre couverture - on pourra ainsi donner le nom de ceux qu'on traque si besoin.

Je ne sais pas jusqu'où ira ton prochain post Duduc - si tu fais une ellipse avec le convoi qui a déjà progressé, considère que Dodo se comportera comme avec les stryganis : elle fera de son mieux pour s'intégrer, s'intéressant à tout et tout le monde, tentant du mieux qu'elle peut de trouver un interlocuteur patient pour lui apprendre la langue, mais aussi lui raconter des histoires du pays qu'elle avouera volontiers ne pas connaitre. En échange, elle racontera volontiers tout un tas d'histoires imaginaires sur les précédentes primes que sa sœur et elles ont récupéré dans l'Empire. Elle sera évidemment curieuse des occupants du fiacre et tentera d'établir un contact avec, ainsi qu'avec le cocher et le type sur le toit - à l'inverse, elle est encore trop traumatisée du carnage strygani pour oser approcher du prêtre ulricain, qu'elle tentera d'éviter dans la mesure du possible.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 26 juin 2019, 21:44, modifié 1 fois.
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Dokhara de Soya, Voie de la Belle Mort, Beauté mortelle

Profil : For 11 | End 11 | Hab 14 | Cha 17 | Int 12 | Ini 13 | Att 12 | Par 11(13) | Tir 10 | Mag 11 | NA 2 | PV 110/110

Compétences :
- Sociales : Diplomatie, Éloquence, Empathie, Étiquette, Séduction
- Artistiques : Chant, Danse, Musique (violon), Tatouage
- Intellectuelles : Alphabétisation, Langue étrangère (kislévarin, strygani)
- Martiales : Ambidextrie, Bagarre, Fuite, Monte, Parade, Résistance accrue (spécialisation alcool), Sang-froid
- Divers : Sens Accrus
- Dons Du Sang : Regard Hypnotique, Régénération Impie
Compétences en cours d'apprentissage :
Escamotage : 1/2
Adresse au tir (arbalètes) : 2/3
Équipement :
Armement :
- Griffe d'Ursun : 18+1d8 dégâts ; 12(24) parade. Rapide. Chaque attaque réussie qui résulte en une perte de points de vie pour l’adversaire inflige -1 Att/Hab/Par le tour suivant. Si trois touches sont infligées au même tour, les malus durent alors 2 tours et infligent un malus supplémentaire de -1 Na. Les malus cumulés ne peuvent pas excéder -4 Att, Hab et Par et -1 Na.
- Main gauche : 8+1d6 dégâts ; 8(16) parade ; Rapide. +2 PAR si utilisée en conjonction avec une autre arme. Lors d'une parade, c'est le score de parade de l'arme en main droite qui compte pour le premier jet, celle de la main gauche pour le second jet si relance.
- Poignard : 12+1d6 dégâts ; 6(12) parade ; Rapide. Peut être utilisé comme arme de jet
- Arbalète : 34+1d8 dégâts : Malus de -2 TIR tous les 30 mètres ; Perforante (4) : Un tir par NA maximum.

Armure :
- Veste et jambières en cuir : 5 de protection partout sauf tête
- Tunique noire druchiie : 2 de protection sur tout le corps
- Cape de dissimulation, permet de devenir invisible si immobile (v. wiki)

Équipement de voyage (fontes de selle, pas systématiquement porté) :
- Sellerie splendide
- Nécessaire de tatoueuse
- Violon
- Arc courbe + flèches des anciennes
- Lame en or marin
- Huile d'amande
- Surplus de drogues, poisons, ingrédients (Dodo a 2 de chaque sur elle, pas plus)


Awards \o/
Warfo Award 2018 du meilleur PJ - RP
Warfo Award 2019 du meilleur PJ - Élaboration
Dream Team 2018 et 2019 avec Lucretia Von Shwitzerhaüm
Miss Vieux Monde 2019 et 2020

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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm »

En deux jours, Lucretia avait encore effectué son petit lot de progrès en matière d’apprentissage du kislévarin. En lisant, en parlant, en écoutant, et en faisant répéter chaque mot qu’elle ne retenait pas, et chaque conjugaison qui lui demeurait sibylline, en en venait toujours à comprendre une nouvelle subtilité. Le verbe être qui n’existait pas au présent, l’ensemble de déclinaison qu’elle parvenait à sentir à force de pratiquer, et tous ces temps qui changeaient de forme, pour un même verbe, selon l’impact temporel que l’on souhaitait donner à sa phrase. A dire vrai, pour le néophyte, ce langage n’avait rien de simple -n’avait-il pas même un petit quelque chose d’élitiste ? et c’était bien la raison pour laquelle Lucretia se gargarisait chaque jour davantage de parvenir à le maîtriser.

Si la Lahmiane avait déjà bien commencé son apprentissage dès le premier jour où elle avait posé le pied en territoire kislévite, il avait continué tout au long de son séjour dans la taverne de la Linsk, notamment lors de cette soirée où son amante et elle étaient descendues dans la grande salle. Là, elles avaient démultiplié les sourires et les mines intéressées, et, usant d’un tempérament particulièrement engageant et chaleureux, avaient su conquérir l’assistance qui les avait invitées à leur table. La plupart de leurs questions, posées dans la langue du pays, avaient trouvé une réponse. La capitale, Erengrad, l’oblast… Il n’y avait eu que Praag qui, eu égard à sa mauvaise réputation, avait manqué de clore les lèvres et de faire ressortir les premières grimaces. Aussi avaient-elles détourné la discussion sur les steppes perdues qui s’étendaient au nord, et la conversation avait repris son cours. Avant que Lucretia ne commençât à comprendre un nouveau problème de cette langue aussi belle que compliquée. Le mouvement.

Elle dut s’y prendre à plusieurs reprises pour expliquer la volonté même de ce qu’elle voulait exprimer. En se trompant sur la forme du verbe, elle leur indiqua malgré elle qu’elle était déjà allée dans l’oblast, alors même qu’elle désirait simplement savoir comment s’y rendre. Ainsi, plutôt qu’un éclaircissement sur les différents moyens d’y parvenir, elle eut droit à des interrogations sur son expérience, ce qu’elle ne comprit pas tout de suite. A force de répétitions, elle repéra son erreur, et tâcha de reformuler. Avant de réaliser de nouveau qu’il existait une multiplicité de verbe de déplacement, selon que l’on voulait aller dans un lieu précis ou un lieu général, que l’on désirait faire de la marche, ou se mettre en route, ou en moyen de transport. Tout cela à l’aide d’un seul et unique mot. Le pire fut certainement la fois où on lui décocha des regards atterrés car, suite à une nouvelle erreur, l’Immortelle avait usé de ce verbe qui signifiait mot pour mot « aller pour s’amuser ». Et, en pays kislévite, l’on n’imaginait pas véritablement quelque personne que ce fût assez folle pour voyager dans le nord pour le plaisir.

Mais une fois n’était pas coutume, et Lucretia accepta toute critique avec l’air enjoué de celle qui apprend, impair après impair. On lui rendit ses sourires, on la chahuta légèrement, mais avec bienveillance, et l’on tâcha bien d’expliquer à cette charmante impériale le pourquoi de son erreur. Et cela avant de lui faire répéter une fois de plus pour s’assurer qu’elle avait saisi la subtilité de la chose.

Et il en alla de même lorsque les deux anciennes baronnes allèrent en garouage dans la cité d’Erengrad. Chaque taverne, chaque restaurant, chaque magasin, chaque monument ; tous furent visités, et tous entendirent le phrasé kislévarin d’une Lucretia qui allait en s’améliorant. Chaque tissu fut à la fois nommé en reikspell puis en kislévite, chaque plat fut deux fois cité, et les matériaux, les pièces de monnaie de la Maison des Orfèvres, les fleurs et les plantes du jardin d’Ursan, le dogme des trois dieux principaux de ce pays, n’échappèrent pas non plus à cette règle. Plus d’une fois, elles se perdirent en chemin, et, plus d’une fois, elles tombèrent sur un chaland capable de comprendre leur langue maternelle. Pourtant, Lucretia refusa coûte que coûte de s’engager sur la voie de la facilité, et s’amusa à demander son chemin en kislévarin, ce qui leur valut parfois quelques détours inutiles et exaspérants.

Mais peu en chalait à Lucretia, laquelle baguenaudait allégrement en compagnie de sa consœur dans les venelles de cette grande cité. C’était lumineux, ça fourmillait d’une vie animée, ça jaspinait à tous les coins de rue, et ça se battait parfois çà et là dans l’embrasure d’une porte de taverne. Mais il s’agissait avant tout de la civilisation, de ces habitants en trop grand nombre et de ces chambres douillettes qu’elles perdraient pas plus loin que le jour d’après, l’une comme l’autre en avaient parfaitement conscience. Aussi, les deux jeunes femmes avaient décidé d’en profiter autant qu’elles le pouvaient, se gorgeant une dernière fois de vie avant de disparaître dans le Grand Nord, aux confins du monde.

Le jour du départ arriva bien trop vite, mais, dans la mesure où elles avaient appris qu’Erengrad ne connaîtrait plus de visite de caravane avant la fonte des neiges au printemps suivant, elles ne firent pas la fine bouche et se rendirent sur la place qu’on leur avait indiquée.
Là, nombreux étaient les gens qui s’étaient donné rendez-vous, que ce fût en s’accoudant aux balcons ou en flânant le long des maisons. L’on voulait assister au départ de ce long convoi, l’on voulait voir ce grand canon, et l’on désirait également souhaiter la bonne chance à tous ces hommes et toutes ces femmes que l’on ne reverrait peut-être jamais, eu égard à leur destination.

Et pourtant, à en juger la garnison de la caravane, comment aurait put-on seulement pensé qu’ils couraient tous le moindre danger, acoquinés comme ils étaient ? Une quinzaine de cavaliers ailés accompagnaient la pièce d’artillerie, et leur puissante monture au caparaçon aussi hyalin que ne l’étaient les harnois de ceux qui les chevauchaient ne semblait pouvoir laisser nulle chance de survie à leurs adversaires. Et c’était sans compter les archers ungols aux traits typés qui, eux aussi, montaient de graciles chevaux. Equipés bien plus légèrement que ne l’étaient leurs homologues enchristés dans leur armure, il se dégageait d’eux non pas une aura de puissance mais bien un halo d’une mortelle finesse. Enfin, afin de les appuyer, une trentaine d’hommes à pied escortaient le convoi, équipés d’arquebuse et d’une arme d’hast que Lucretia n’avait que trop rarement vue pour bien la définir.

« Il est rassurant de nous voir en aussi bonne compagnie, souffla-t-elle à Dokhara. Ça l’est un peu moins de se dire que toute cette armée est présente pour une valable raison. »

Une vision vint l’égayer que plus encore ; celle du fiacre surmonté de son conducteur et d’un homme de garde. Si elles parvenaient toutes les deux à se faire invitées à l’intérieur, elles pourraient dire adieu à la triste perspective que celle de chevaucher des jours durant dans une posture aussi douloureuse qu’inconfortable. Mais d’un autre côté, il pouvait dès lors devenir plus délicat que de se faire passer pour d’implacables chasseuses de prime impériales si la première chose qu’elles faisaient était de se réfugier à l’abri dans cet espace confiné. L’ombre du chevalier d’Ulric, toutefois, manqua d’affubler son joyeux visage d’une franche grimace. À l’instar de sa consœur, elle avait assez soupé de ces répurgateurs qui ne cessaient de mettre leur nez dans des affaires qui ne les regardaient aucunement juste pour finir par mourir tôt ou tard.

« Ne m’en parlez pas grinça-t-elle en réponse à Dokhara, focalisant plutôt son regard émeraude sur la longue file de tombereaux qui occupaient la place.

La tête haute et le dos droit, elle claqua de la langue, faisant prestement avancer sa monture jusqu’au bureaucrate avant de décliner sa nouvelle identité.

Il en va de même de Lucretia qui préfère de loin la compagnie des kislévites à celle des stryganis. Elle ne se comportera donc pas comme elle l’a fait avec ces derniers, mais cherchera au contraire la discussion à tout bout de champ histoire de continuer à progresser dans l’apprentissage de cette langue et d’en connaître davantage sur cette nouvelle culture. Tout comme Dokhara, la curiosité la poussera à identifier les voyageurs dans le fiacre et la prudence à éviter le prêtre tant que cela reste possible.

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Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
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Compétences acquises et Dons du Sang

COMBAT :
Attaque : Coup précis (3), Arme de prédilection ( épée à une main)
Défense : Esquive, Acrobatie de combat, Sang vif (2) (DDS), Coriace,
Autres : Régénération Impie (DDS), Innocence Perdue (DDS), Valse Macabre


MAGIE :
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 3

CHARISME :
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- Éloquence
- Séduction
- Intimidation
- Comédie
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INTELLIGENCE :
- Domination (DDS)
- Érudition
- Littérature
- Linguistique
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- Langue étrangère : Kislévarin
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INITIATIVE / HABILETE :
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AUTRES :
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- Force accrue
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- Veste de cuir & pèlerine en "voyage" / robe habillée en "réception"
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[MJ] Le Grand Duc
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par [MJ] Le Grand Duc »

Le voyage jusqu'à Zoïshenk dura trois semaines. Trois longues semaines sur l'interminable piste poussiéreuse, battue par les vents glacés venus du Nord. Le convoi longea tout d'abord des terres marécageuses garnies de bosquets de bouleau puis remonta la lisière de la vaste pinède de Grovod, au delà de laquelle rugissaient les flots de la Mer des Griffes. Et enfin ce fut l'oblast, la steppe. Une mer sauvage et infinie, un océan d'herbes hautes et de champs de fleurs. Des collines indolentes soulevaient parfois le paysage comme des vagues figées, toujours recouvertes de cette épaisse toundra. Loin à l'Ouest, les pics enneigés des Crocs de Shargun était le seul élément à même de briser, un tant soit peu, la triste monotonie du paysage.

La procession avançait lentement. L'essieu soutenant le lourd canon de bronze cassa plusieurs fois au cours du trajet et trois jours de pluies diluviennes rendirent la piste impraticable aux alentours de Pradeshynya. Tout ce temps perdu faisait grogner les membres du convoi. La neige pouvait arriver d'un moment à l'autre et les menaces semblaient nombreuses dans l'oblast. C'était le sujet de discussion principal lorsqu'il était clair que le départ allait devoir attendre le lendemain, et qu'il fallait monter le camp dès le milieu de journée. Alors les hommes se réunissaient autour des feux et attendaient, bougons. Pour faire passer le temps, certains de ces archers montés lançaient leurs montures au galop le long de la piste et s'entraînaient à décocher leurs flèches vers des cibles invisibles fichées sur une souche ou un tronc d'arbre. A la vue de l'adresse et du naturel avec lesquelles ils opéraient, il y avait fort à parier qu'ils touchaient dans le mille.



Image


Mais si le voyage sembla durer une éternité, il permit également aux deux fugitives de faire de précieuses rencontres.

- "Во влад прекрасная гора !" lança le cocher de la diligence à côté de laquelle Lucrétia et Dokhara chevauchaient à la sortie d'Erengrad. Devant l'air interloqué des deux femmes, le bonhomme replaça son bonnet à fourrure et se racla la gorge. "En voilà des belles bêtes !" reprit-il en reikspiel, pointant d'un regard espiègle les magnifiques chevaux stryganis des baronnes.

C'en était fait de nos héroïnes, car elles venaient de rencontrer Sasha. Cet homme trapu et rieur était l'incarnation de l'expression "avoir la langue bien pendue". Il ne s'arrêtait jamais de parler, commentant tout ce qu'il voyait, pestait contre la moindre contrariété, riait fort en se tapant sur la bedaine. Dès lors qu'il adressa la parole aux deux fugitives, il fut impossible de s'en dépêtrer. Mais pendant les longues journées de voyage, ses palabres se révélèrent une mine infinie d'informations sur la destination du convoi. Sasha connaissait l'oblast et ses habitants comme sa poche et répondait aux questions avec un plaisir infini. Il leur parla de Zoïshenk, de son ataman, de ses gens et de ses terres, des nomades ungols et de la montagne blanche, et des esprits qui vivaient partout autour de nous. Il déblatérait toute la journée, infatigable, une main sur les rennes de ses chevaux adorées, l'autre sur sa pipe. Sur le toit de la diligence, son compagnon Ivan se contentait de soupirer aux énormités qui franchissaient parfois cette bouche bavarde encadrée de longues moustaches.

Le cocher apprécia tant les baronnes qu'il leur proposa de s'abriter dans la diligence un matin que la pluie froide commençait à tomber dru. C'est ainsi qu'elles firent la connaissance de Youri Yorlof, le passager, et de sa femme Marta. Youri était un représentant de la Guilde des Marchands d'Erengrad, en voyage d'affaire dans le Nord pour faire de la prospection, selon ses dires. Malgré la rudesse de ces terres hostiles, il y avait là bas des ressources qui justifiaient qu'on s'y déplace. C'était, au demeurant, un homme assez insipide qui ne parlait que de ducats et de négociations. Sa femme quant à elle avait la présence d'un meuble et semblait muette.

Le soir, lorsqu'on dressait les tentes et que les voyageurs veillaient, Sasha venait trouver Dokhara et Lucrétia pour discuter avec elles. Le bourdonnement incessant qu'il produisait, s'il pouvait être franchement ennuyeux pour les autres membres de la troupe, était une source intarissable de merveilles sur sa terre natale.


- "Ne tardez pas à vous endormir, mesdames." leur disait-il en kislévarin. "Ma nomade de mère disait toujours que c'est lorsque le pèlerin refuse d'aller se coucher que le Leshii vient le chercher !"

Un autre soir, une autre histoire.

- "Tout à l'heure, j'ai vu des oiseaux de feu dans les fourrés à côté de la piste. Si ça sent le roussi cette nuit, c'est qu'ils seront venu gratter les braises du foyer et que l'une d'elles est tombée sur votre tente ! Mais surtout, ne vous énervez pas après eux ... c'est le signe que Dazh bénit votre voyage."

Et après avoir raconté sa fable, il se fendait toujours d'un regard plein de malice vers ses interlocutrices, comme s'il cherchait à voir l'enchantement dans leurs yeux.


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Quant au chevalier impérial, les fugitives n'apprirent que ce que Sasha savait de lui. Il appartenait à l'ordre de l'Etoile Blanche, un chapitre local des Loups Blancs à Erengrad. Visiblement, il avait une mission importante à accomplir dans le Nord, où il rejoignait plusieurs de ses frères d'arme. Du reste, l'intéressé restait dans son coin, visiblement taciturne, et dormait seul. Il n'échangeait avec personne sinon le capitaine de l'escorte -le voïvode, comme l'appelait Sasha- et se contentait de fermer la marche du convoi sur son imposant destrier bardé de fer.

- "Quand autant d'imperinyi prennent la route du Nord, ça n'augure rien de bon." lâcha un jour Ivan, laconique, en regardant tour à tour le chevalier et les deux prétendues chasseuses de prime.





Enfin, Zoïshenk fut en vue. Les baronnes n'auraient pas pu le deviner, mais Sasha ne manqua pas de leur annoncer la nouvelle. Au loin, la steppe semblait s'affaisser peu à peu et on pouvait deviner le cours scintillant d'une large rivière. Plus loin encore, un épais bosquet de pins et de hêtres barrait la vue du rivage et, au dessus de faîte des arbres, quatre bulbes brillaient au soleil. Le premier était doré, et les trois suivants, plus élevés, étaient argentés.

Mais bien au devant de cette vision enchanteresse, un autre métal réfléchissait les rayons de l'astre diurne : celui des armures de deux chevaliers du Loup Blanc qui apparurent après un lacet de la piste.

Personne ne sembla réagir à leur vue, sinon l'impérial qui accompagnait le convoi depuis Erengrad. Il talonna son destrier, remonta la procession au galop et rejoignit ceux qui devaient être ses compagnons.



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Pour Lucrétia :
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Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm »


Si le voyage jusqu’à Zoïshenk fut long, il fut également étonnamment paisible. De prime abord, eu égard à l’important corps armé chargé d’escorter la caravane, Lucretia avait songé à de multiples attaques de plus ou moins grande envergure lancées à l’encontre du convoi, et s’était préparée pour cela. Rapidement, elle avait frayé avec plusieurs soldats, ce qui n’avait guère été difficile ; se présentant en tant que chasseuses de prime, les deux jeunes femmes avaient aussitôt été abordées par la curiosité de ces guerriers. Aussi Lucretia avait partagé plus d’un repas en leur compagnie, avait patrouillé le long de la caravane, avait pris ses tours de garde, et s’était même entraînée avec eux en modulant sa vitesse. La Lahmiane avait également enjoint sa pupille à faire de même et à affronter d’autres adversaires que sa propre personne, ce qui s’avéra des plus bénéfiques : enfin Dokhara fut-elle véritablement en mesure de vaincre ses partenaires d’entraînement, et l’Immortelle ne sut si elle devait louer les nouveaux talents de la jeune femme ou se mortifier sur la lenteur exaspérante de ses opposants. Sans quoi, et à dire vrai, cela ressemblait presque au voyage à travers la Drakwald, à cela près que ce trajet s’avérait bien plus agréable et bien moins menaçant.

Et pour cause, il n’y avait dans la culture kislévite que peu de jugement sur le fait qu’une femme pût prendre les armes, et Lucretia, au même titre que Dokhara, fut acceptée dans l’instant. Pour l’avoir déjà connu, jamais la Lahmiane n’aurait-elle connu pareil accueil au sein de l’Empire, en Bretonie, ou même chez les stryganis. On l’eût regardée avec défiance, et les messes basses auraient tôt fait d’être échangées dans le campement. Cela dit, elle se lia bien davantage avec les gospodars qu’avec les ungols. Ces premiers ressemblaient le plus à ce qu’elle connaissait des hommes de l’Empire, et c’était bel et bien avec eux qu’elle partageait le plus de caractéristiques communes. Les seconds, de leur côté, demeuraient souvent entre eux, et leurs visages aux traits typiques exprimaient généralement une lourde austérité.

Mais si le voyage s’avéra agréable, c’était également pour le paysage qu’il pouvait offrir. Voilà qui la dépaysait de la Drakwald et de ses troncs d’arbres parfois titanesques, parfois rachitiques, qui couvraient l’horizon et assombrissaient le monde sous leurs lourdes et denses frondaisons. Ils traversèrent bien quelques forêts et quelques bois, mais rien qui ne marqua davantage Lucretia que la gigantesque steppe qui s’offrit alors à elle. Si elle avait déjà contemplé la mer, elle n’avait jamais vu d’océan composé de terre. La vastité de ces plaines avait quelque chose d’effrayant. La Drakwald avait toujours réussi à glisser la sensation de vulnérabilité dans le cœur même de ses visiteurs ; l’oblast y parvenait, mais dans une autre mesure. L’on ne se sentait pas menacé, non, mais bel et bien insignifiant, minuscule, et ce n’était pas un sentiment que connaissait l’Immortelle. Si ce n’était derrière elle, la terre s’étendait à perte de vue, devant, à gauche, à droite, et le ciel rencontrait l’horizon à ce qui semblait être des milliers de lieues plus loin, à l’autre bout du monde. Un vide infini, dépeuplé, si ce n’était une immense étendue d’herbe que venait parfois recouvrir un fin manteau de neige. Mais rien qui ne vint limiter la portée du regard, excepté quelques pics et petits plateaux qui se découpaient çà et là.

Le trajet ne fut pas non plus tout rose, et, s’il ne connut nul véritable et mortel danger, un autre s’immisça sournoisement au beau milieu du convoi ; l’ennui. Au tout début, les commerçants étaient à cran devant l’inconnu que représentait ce trajet, et, ne sachant à quoi s’en tenir, ils en venaient à tout redouter. La peur et l’appréhension s’avéraient efficaces pour repousser les affres de l’ennui ; à trop être effrayé, vous ne cessiez d’observer autour de vous ou au loin dans la crainte d’apercevoir le moindre ennemi. Mais, peu à peu, la tension diminua, et un certain aroutinement prit place au beau milieu des hommes. L’on se levait de bonne heure, et l’on marchait, marchait, marchait, toute la matinée, toute l’après-midi, avant de parvenir jusqu’à un endroit que l’on jugeait assez bien (et sur quels critères se basait-on, alors que tout se ressemblait ?) pour y passer la nuit. Et le lendemain, l’on réitérait chacune de ces étapes. A force, si ce n’était la fatigue d’amener un pas devant l’autre à l’infini, l’on commençait à s’impatienter de ne parvenir en bordure de Zoïshenk. Et cela ne s’empirait que davantage encore face à certains rémoras qui ne cessaient de survenir ; le canon semblait bien trop pesant pour que les essieux le supportant pussent tenir la durée du voyage.

Ils cassèrent et cassèrent encore, obligeant la caravane à s’arrêter pendant parfois plus d’un jour le temps qu’on réparât le tombereau. Les gens s’impatientaient, grommelaient, rouspétaient, et ces infimes tensions entre gospodars et ungols, que l’on ne ressentait qu’à force de bien les connaître, finirent par devenir plus vivaces. L’attente et la lassitude entraînèrent des sautes d’humeur incomprises qui pouvaient menacer, sur un malentendu, la stabilité et l’intégrité de la caravane. Assurément, il fallait faire quelque chose pour éviter que cela ne s’aggravât. Et ce quelque chose ne pouvait toucher de près au canon ; renforcer les essieux s’avéra aussi impossible que d’alléger la dizaine de quintaux que pesait l’engin de guerre. Aussi Lucretia diffusa une certaine idée dans l’esprit des soldats, et, voyant qu’ils se prenaient au jeu, organisa de véritables paris ; combien de temps faudrait-il attendre avant que le chariot ne rompît de nouveau ?

Cette idée traversa les rangs et, si elle trouva quelques détracteurs, notamment parmi les ouvriers chargés de réparer le chariot, rallia bien davantage de personnes favorables à sa mise en place. La Lahmiane, lettrée, récolta les noms des différents participants, ce qui lui permit de connaître que plus encore la future soldatesque qui s’en allait rejoindre Zoïshenk, et tâcha d’y accoler aussi bien la somme pariée que l’heure qu’ils avaient choisie. Bientôt, certains, qui n’étaient pas au courant de ce surprenant jeu, furent tout ébaubis d’entre des cris de joie au premier craquement de bois, et ce qui n’était autrefois qu’une insupportable fatalité devint pour chacun une nouvelle occasion de passer le temps.

Mais un nouveau protagoniste leur permit de s’évader quelque peu de leur langueur. Sasha, l’un des deux cochers qui menaient la caravane à bon port. Véritable moulin à paroles, il sembla s’attacher, à sa manière, aux deux jeunes femmes, tant et si bien qu’il leur tint compagnie tout au long du trajet. Cet homme avait la formidable faculté d’avoir un mot pour tour ce qui passait devant les yeux, et même pour toutes les idées que pouvait supposer Lucretia concernant l’histoire du Kislev et sa grande dualité entre les gospodars et les ungols. A dire vrai, l’homme en conta longuement sur le sujet, et Lucretia put comprendre toute l’étendue de cette rivalité millénaire qui sévissait toujours dans la région. Certes, les deux peuples s’étaient désormais ralliés sous la même bannière, celle de Katarina, la Reine des Glaces. Mais, dès lors que l’on grattait un peu, l’on pouvait deviner qu’un rien était à même de raviver les éternelles tensions qu’animaient les deux ethnies.

Ainsi, la Lahmiane en apprit beaucoup sur les dirigeants de la région dans laquelle elle se rendait, et plus particulièrement sur la famille Nakhimov. Elle occupait le siège d’ataman depuis un peu plus d’un siècle, et s’était illustrée par de fort et impérieux chefs de famille. Sasha raconta comment Igor avait été détesté de son vivant, mais également plus respecté qu’aucun autre boyard ne le serait certainement jamais. Il avait dirigé Zoïshenk avec une telle main de fer, intransigeante et sévère, que les deux peuplades n’avaient eu de cesse que de le craindre. Mais, surtout, il avait agi de la sorte dans le seul intérêt de maintenir sa région à flot contre les attaques renouvelées des pillards et toutes les tentatives de sédition des ungols aussi bien que des gospodars. Mais il mourut lors d’une embuscade tendue par les kyazaks, menaçant la stabilité de la région.

Le cocher leur parla également des descendants d’Igor, de Vitaly, qui avait désormais disparu, et Pavel, qui avait pris la décision d’ouvrir la stanitsa au commerce tout en accordant davantage de droits aux ungols, ce qui n’avait pas manqué de faire grincer les dents des gospodars les plus réfractaires. Et il y avait Alyosha, le vovoïde de Zoïshenk, qui dirigeait les troupes d’élite qu’incarnaient les cavaliers aillés. L’homme s’était illustré par bien des faits d’armes, et peut-être plus encore par le nombre de ses conquêtes, leur signala Sasha, ponctuant sa déclaration d’un petit clin d’œil de circonstance. Nul doute que les deux jeunes femmes allaient en entendre parler sitôt qu’elles seraient arrivées à destination.

Comme si ce n’était pas tout, le conteur leur énuméra les différents clans qui avaient pris racine au sein de la stanista, les différentes alliances avec d’autres villes de la région, qu’elles fussent ungols ou gospodars, les réfugiés à qui l’ont avait interdit l’accès de Zoïshenk lors de la Poussée du Printemps, et tous ces lieux que l’on avait abandonnés dans la course du temps. Il leur mentionna également les différents dieux que l’on vénérait dans ce pays septentrional et chaque protagoniste susceptible de les représenter sur terre, à Zoïshenk. Lorsqu’ils abordèrent ce sujet, Lucretia glissa un discret coup d’œil en direction du prêtre d’Ulric, mais celui-ci demeurait totalement hermétique, préférant la solitude de son dieu à la compagnie des humains. Ni Dokhara ni la Lahmiane ne s’en offusqua.

Sacha fut encore d’une aide précieuse, quand bien même ne le fit-il pas véritablement exprès. A force de côtoyer les deux jeunes femmes, il finit par leur proposer de rejoindre l’intérieur même de la diligence qu’il dirigeait avec son comparse Ivan, jugeant qu’il serait ainsi plus aisé de continuer à langueyer en leur compagnie. Et une fois que Lucretia eut cette opportunité, elle en profita dès lors que le ciel s’abeausissait et que les rayons de l’astre diurne commençaient à lui peser quelque peu. Elle en tira parti, et Dokhara également, pour faire connaissance avec Youri Yorlof et sa femme Marta. L’homme n’était pas de ceux qu’appréciait véritablement Lucretia ; taciturne, il ne parlait que pour évoquer les différentes affaires qui ne tarderaient pas à faire sa richesse, mais se montrait avare de détails. Commerçant dans l’âme, il savait bien qu’il valait mieux ne pas en dire trop sous peine de risquer de se faire devancer. La Lahmiane apprit toutefois à composer avec ces gens-là et à adopter une attitude aussi polie qu’engageante. Elle tint à lui faire la conversation lors de ces longues journées ensoleillées, aussi bien pour demeurer à l’abri le plus longtemps possible que pour, peut-être, commencer à entrer dans les bonnes grâces de ce curieux personnage. D’après ce que lui avait dit Sasha, la Guilde des Marchands avait le bras long, au Kislev, et un certain Sergueï Balakine, à Zoïshenk rêvait de monter une affaire aussi florissante que celle-ci.

Enfin, après quelque trois semaines de voyage, une importante structure se dessina au loin, et trois tours miroitèrent à l’horizon d’une lueur argentée, tels de véritables phares dans cet océan de terre plate. Lucretia comprit dès lors le surnom de mayak que l’on attribuait au Nagyvàrr, le zal de Zoïshenk, et elle retint de justesse un petit soupir de soulagement. Il ferait bon de faire halte une bonne fois pour toutes et de s’établir quelque part, là où, en théorie, l’on ne viendrait plus les déranger. Après des mois et des mois de cavale, leur voyage touchait à sa fin.

D’autres éclats nitescents attirèrent bientôt son regard sur la plaine ; deux cavaliers trottaient déjà dans leur direction. S’agissait-il d’un accueil ? Voilà qui manquait de panache, pour souhaiter la bienvenue à tout un convoi et au canon tant attendu, et si précieux, que ce dernier apportait. Non pas ; Lucretia eut la surprise de remarquer l’insigne d’Ulric que tous deux arboraient, et, lorsque le sombre impérial qui avait escorté le convoi s’en rendit compte à son tour, il éperonna sa monture afin de les rejoindre. Tous l’observèrent, plus ou moins curieux, mais l’on ne fit que hausser les épaules dans un léger mouvement de fatigue, et Lucretia comme Dokhara n’échappèrent pas à la règle.


« Lucré la pince. »
Très bien. Dans ce cas, je vais embrasser mon nouveau rôle. Je veux que tu fasses des jets pour que je sache combien j’ai gagné, ou perdu, en fondant mes petits paris auprès de la soldatesque qui consistaient à deviner dans combien de temps l’un des essieux du chariot allait céder.
Oh, j’ai la compétence chance, si jamais. :mrgreen:
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 07 juil. 2019, 12:00, modifié 2 fois.
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par Dokhara de Soya »

Jour 65.


La fin du chemin.

Ça fait un moment que j'écris ça dans ce carnet. Que le bout du voyage approche, que la conclusion est à portée. Notre destination, celle de ma dernière demeure, a même un nom désormais : Zoïshenk.
Ça a été long. Trop long.

C'est étrange. Je me sens étrange.

Je ne peux pas m'empêcher de penser : et après ?

Je n'ai jamais vraiment réfléchi à la suite. Évasivement, avec Lucrétia, nous élaborions quelques fantasmes de futurs dans lesquels nous conquerrions quelques terres, posséderions des milliers de serviteurs et tout autant de châteaux qui ne nous serviraient à rien sinon à vivre dans une surenchère de luxe.

J'étais heureuse à Erengrad. Amoureuse. Et en paix avec moi-même, sans doutes pour la première fois de ma vie. Je savais qui était Dokhara de Soya, je comprenais ma place, mes envies, mes désirs, et mes actes étaient en accord avec mon âme et mon cœur. Je me sens niaise à écrire cela. Mais je crois avoir touché le bonheur du bout des doigts.

C'est ce périple vers ma mort qui m'a changée. En deux mois, j'ai tant appris. Loin de tout ce qui me retenait, serviteurs comme domaine, luxe comme obligations. Détachée de tout ce qui tirait mes ficelles, j'ai été libre d'apprendre. Lorsqu'on souffre de la fatigue, de la culpabilité, de l'appréhension du danger, de la mort de tout ce que l'on touche, de l'échec de notre vie toute entière, c'est plus facile d'accepter sa fin à venir. Mais notre périple a été trop long. J'ai eu le temps de panser mes blessures. De trouver la sérénité. Grace à Lucrétia. Quel paradoxe que de retrouver gout à la vie sur le chemin me menant à ma mort.

Car c'est bien de cela qu'il s'agit. Ma mort.
Je ne vais pas juste "changer". Je ne m'apprête pas à enfiler de nouveaux habits, essayer une nouvelle coupe de cheveux, ou déménager d'un domaine à l'autre. Je ne vais pas juste enfiler un nouveau visage comme je n'ai cessé de faire lorsque j'alternais entre vie de noble et de cambrioleuse.
Je vais mourir, et la magie noire va traverser tout mon corps pour le faire revivre. Mais ce qui renaîtra, ce ne sera plus "moi".

Combien de fois ai-je posé cette question à Lucrétia ? Au moins une fois par jour. Et pas une seule fois sa réponse n'a éclairci ma compréhension. Ou plutôt, pas une seule fois ai-je eu la réponse que j'aurais voulu entendre, alors l'ai-je ignorée.
Je sais qu'elle était encore toujours plus ou moins "elle" à son réveil, mais dotée de nouveaux sens, de nouvelles capacités, et d'un nouvel univers tourbillonnant de possibilités qui s'offrait devant elle. Mais elle a toujours insisté sur le fait que cette fille là a vite disparu. Aujourd'hui, elle ne ressent plus que du dédain pour celle qu'elle était, humaine ou jeune vampire.
Et peu importe combien j'aimerais me convaincre désormais que je n'emprunterais pas le même chemin, je sais que c'est un mensonge. Ce sera une autre personne qui relira ce carnet, et qui ne ressentira nulle nostalgie à la lecture, mais seulement du mépris pour cet étalage incessant de doutes et de craintes.

Et quoi ? La nouvelle Dokhara, armée de sa supériorité, partira en quête de conquête dans le Kislev ?
J'ai dit me sentir étrange, mais à la vérité je me sens surtout... étrangère. Aller au Kislev me paraissait une bonne idée, car c'était loin de nos ennemis. Je ne suis pas venue parce que je voulais vivre ici, mais parce que je voulais y mourir. Ces gigantesques plaines à perte de vue, cette langue aussi dure que complexe, ce froid glacial... je ne suis pas à l'aise. Oh bien sur, les panoramas sont splendides, surtout cette steppe infinie à perte de vue, le dépaysement est total, et je suis bel et bien émerveillée par toute cette nouveauté. C'est juste que...je n'ai jamais quitté l'Empire de ma vie, je ne connais que ça. C'est une chose que de s'intéresser à la vie et à la culture des étrangers, mais je n'en étais jamais devenue une. Mon manoir d'Altdorf a brûlé, mes terres de Priestlisheim confisquées, mais l'Empire, ça reste "chez moi". J'ai quitté ma maison, et je ne sais pas si j'y reviendrais. Je n'avais jamais envisagé perdre ça. Je ne sais pas pourquoi ça m'affecte, ça ne parait pas important, et le pays de Karl Franz ne m'a jamais apporté que des épreuves insurmontables. Pour une nouvelle vie, c'est pragmatiquement une bonne chose que de la démarrer loin de toute attache... mais la logique ne trouve pas sa route dans mon sentiment. J'abandonne un bout de moi-même.

Je réfléchis trop. La faute à l'inactivité - trop souvent un chariot finit immobilisé, et nous perdons un temps fou en réparations. Bon sang, Lucrétia a même organisé des paris sur le sujet tant c'est fréquent. Avec notre argent, d'ailleurs.

Lucrétia. Ça me fait mal de le dire, mais je préférais lorsqu'elle était une paria au sein des stryganis. Ici, elle virevolte de curiosité, apprend à toute vitesse la langue et les mœurs locaux, se prête à rire avec chacun et se fait très vite aimer du plus grand nombre. Comment ne pas la jalouser ?

Moi... à cause de mes doutes, je n'arrive plus à me concentrer sur rien. J'ai de terribles difficultés à comprendre la grammaire kislevite, c'est à peine si j'arrive à balbutier quelques mots après deux semaines à la travailler. Je crois que j'agace même mon amante, qui tente de m'aider à apprendre mais s'impatiente vite devant mon incompétence.

Même problème avec le maniement des armes. Pour m'occuper l'esprit, elle m'a proposé de m’entraîner avec les soldats accompagnant le convoi - en effet, après deux mois à me battre contre elle, je commence à trop bien connaitre ses techniques pour faire des progrès significatifs. Mais je n'étais pas à ce que je faisais, et le froid engourdissait mes mains : mes prestations furent très mauvaises. J'ai rendu quelques coups, parfois réussi une feinte, mais le cœur n'y était pas et mes opposants m'ont presque systématiquement vaincue. Heureusement que Lucrétia a elle aussi échangé des passes d'armes avec eux, bien plus glorieuses, pour protéger notre couverture de dangereuses chasseuses de primes. A défaut de me démarquer, j'ai néanmoins perfectionné mes réflexes défensifs - si pas un seul de mes coups ne portait, j'arrivais de mieux en mieux à dévier instinctivement les attaques qui m'étaient portées : mes mouvements deviennent plus naturels, fluides, moins réfléchis et plus efficaces. Ça ne me fera pas gagner de combat, mais au moins l'objectif premier visé par Lucrétia pourra être partiellement rempli : je devrais être capable de gagner assez de temps contre un adversaire pour qu'elle vienne me sauver.

C'est un peu déprimant.

Heureusement, il y a Sasha. Complet opposé du taciturne Idriss, ce cocher-ci est atteint d'une logorrhée particulièrement divertissante. Jamais avare d'histoires et d'anecdotes, il a l'avantage de maîtriser aussi bien le kislevarin que le reikspiel, et surtout, d'être une source intarissable d'informations sur notre destination. Quand bien même j'éprouve quelques doutes sur ma capacité à me sentir chez moi au Kislev, le pragmatisme m'impose une rigueur exemplaire sur mon apprentissage du contexte géopolitique dans lequel je vais me retrouver empêtrée. Avec ma transformation arrivant, et la venue de l'hiver qui coupera l'accès à la ville, je vais passer au minimum plusieurs mois dans Zoïshenk : il est donc particulièrement important que j'aie toute les clés de compréhension qui me permettront de m'y intégrer et d'y survivre.

De ce côté-ci, les nouvelles sont bonnes : la stanitsa est gangrenée par les conflits entre ungols et gospodars. Peu de querelles ouvertement déclarées bien sur, mais Sasha insista plus d'une fois sur l'importance des vieilles tensions entre les deux peuples, de rivalités trop ancrées pour ne plus exister dans les non-dits. En ajoutant un marchand trop ambitieux, un artiste révolutionnaire, un prêtre zélé, des réfugiés écrasés par la misère, des brigands attaquant les tirsas, et un groupe d’extrémistes ungols, on a le parfait mélange de poudres auquel mettre le feu. Un climat idéal dans lequel se permettre quelques écarts de conduite, avant de rejeter toute responsabilité vers l'entité la plus gênante du moment.

Lucrétia et moi avons réussi à profiter du confort de l'unique fiacre du convoi. Néanmoins, si mon amante a trouvé la patience de supporter son principal occupant afin de se faire une relation parmi les marchands, je n'ai pas eu cette même résilience. Quitte à être accompagné par un personnage politique important de Zoïshenk, j'ai préféré employé mon temps restant à approcher le voïvode Alyosha. La barrière de la langue a évidemment limité mon champ d'action, mais il est des choses qui n'ont nul besoin de vocabulaire pour être exprimées. Voyant son admiration pour ma monture strygani, j'ai saisi l'occasion en lui proposant de faire une course - que j'ai évidemment perdu, mes pathétiques talents de cavalière peu adaptés à pareil exercice, je me suis lamentablement vautrée sur le sol à mi-parcours. Néanmoins, le résultat en fut positif, puisque soucieux de ma santé, il est venu m'aider à me relever, établissant un contact physique dont il s'était abstenu auparavant, et échangeant quelques sourires. A défaut de le séduire par ma grandeur et ma prestance, le rôle de la ravissante potiche fonctionne tout aussi bien malgré moi. Il est charmant, garde une certaine distance à cause de la présence de ses hommes qui nous observaient, mais il a répondu à mes regards avec une insistance me laissant penser qu'il y a matière à creuser. C'est un bon début à ma future intégration, je suppose.

Plus qu'une semaine de route selon Sasha.

Je dois arrêter de penser. Juste avancer, sans me poser de questions, et faire ce pourquoi cet interminable voyage a commencé. Je ne peux plus me permettre de douter maintenant.

Zoïshenk, me voilà.


Résumé des jets demandés à Duc en mp :
Jets de combat pour l'entrainement : 14, 15 et 18 , totalement raté
Jet de séduction sur le voïvode : 13, réussi.
Jet de monte pour la course à cheval : 15, raté.

Résumé de progression des compétences en cours d'apprentissage :
Langage : kislévarin 1/4
Ambidextrie : 3/4
Parade : 3/3, terminé et appris pour 15 xps temporaires. Attention à bien me les retrancher Duduc !
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 07 juil. 2019, 12:01, modifié 1 fois.
Raison : 6 xps / Total : 50 - 15 (achat d'une compétence) = 35 xps
Dokhara de Soya, Voie de la Belle Mort, Beauté mortelle

Profil : For 11 | End 11 | Hab 14 | Cha 17 | Int 12 | Ini 13 | Att 12 | Par 11(13) | Tir 10 | Mag 11 | NA 2 | PV 110/110

Compétences :
- Sociales : Diplomatie, Éloquence, Empathie, Étiquette, Séduction
- Artistiques : Chant, Danse, Musique (violon), Tatouage
- Intellectuelles : Alphabétisation, Langue étrangère (kislévarin, strygani)
- Martiales : Ambidextrie, Bagarre, Fuite, Monte, Parade, Résistance accrue (spécialisation alcool), Sang-froid
- Divers : Sens Accrus
- Dons Du Sang : Regard Hypnotique, Régénération Impie
Compétences en cours d'apprentissage :
Escamotage : 1/2
Adresse au tir (arbalètes) : 2/3
Équipement :
Armement :
- Griffe d'Ursun : 18+1d8 dégâts ; 12(24) parade. Rapide. Chaque attaque réussie qui résulte en une perte de points de vie pour l’adversaire inflige -1 Att/Hab/Par le tour suivant. Si trois touches sont infligées au même tour, les malus durent alors 2 tours et infligent un malus supplémentaire de -1 Na. Les malus cumulés ne peuvent pas excéder -4 Att, Hab et Par et -1 Na.
- Main gauche : 8+1d6 dégâts ; 8(16) parade ; Rapide. +2 PAR si utilisée en conjonction avec une autre arme. Lors d'une parade, c'est le score de parade de l'arme en main droite qui compte pour le premier jet, celle de la main gauche pour le second jet si relance.
- Poignard : 12+1d6 dégâts ; 6(12) parade ; Rapide. Peut être utilisé comme arme de jet
- Arbalète : 34+1d8 dégâts : Malus de -2 TIR tous les 30 mètres ; Perforante (4) : Un tir par NA maximum.

Armure :
- Veste et jambières en cuir : 5 de protection partout sauf tête
- Tunique noire druchiie : 2 de protection sur tout le corps
- Cape de dissimulation, permet de devenir invisible si immobile (v. wiki)

Équipement de voyage (fontes de selle, pas systématiquement porté) :
- Sellerie splendide
- Nécessaire de tatoueuse
- Violon
- Arc courbe + flèches des anciennes
- Lame en or marin
- Huile d'amande
- Surplus de drogues, poisons, ingrédients (Dodo a 2 de chaque sur elle, pas plus)


Awards \o/
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Dream Team 2018 et 2019 avec Lucretia Von Shwitzerhaüm
Miss Vieux Monde 2019 et 2020

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[MJ] Le Grand Duc
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par [MJ] Le Grand Duc »

Les trois chevaliers de l'Ordre de l'Etoile Blanche se rencontrèrent au milieu de la piste poussiéreuse pour s'accorder un salut martial. Le convoi n'eut pas le temps de les dépasser que, déjà, ils talonnèrent leurs destriers et filèrent à l'oblique, s'élançant au galop vers quelque curieuse destination à l'Ouest.

- "C'est bien la première fois que je vois ça." commenta Sasha en kislévarin, observant les impériaux du haut de son banc de cocher. "Je sais pas ce qu'ils vont faire par là bas, mais ça m'étonnerait pas qu'on retrouve leurs os blanchis avant la prochaine lune."

- "Quand les imperinyi ont affaire dans l'oblast, ça n'envisage jamais rien de bon ..." répéta Ivan, laconique, en resserrant sous son menton les lacets de sa chapka.

Ce sont sur ces mots que le la caravane entra enfin dans la pinède de Zoïshenk, esseulée par ce long voyage. Sur ordre du voïvode Alyosha, les cavaliers ailés et les archers ungols prirent les devant, trottant sur le sentier forestier avant de disparaître au profit d'un virage contournant un bosquet épais de bouleaux. Ne restaient plus que la diligence de la Compagnie de la Route Blanche, les chariots de matériel, le canon et la compagnie de streltsi. Ils avançaient bien, la piste se faisant plus large et régulière à mesure qu'ils approchaient de la stanitsa. Déjà, des cabanes de rondins apparaissaient dans le sous-bois, et leurs occupants se pressaient sur le perron pour voir passer les voyageurs. Ces derniers arrivèrent enfin à bon port et firent halte dans le faubourg de la cité, un amas d'isbas et de grands bâtiments en brique qui s'adossaient sur une plage de galet. La piste partait d'un côté et de l'autre, s'enfonçant dans le bois en longeant la Tobol, et donnait en son centre sur un long pont en bois qui traversait la rivière. Sur l'autre rive s'élevait Zoïshenk.

La stanitsa était bâtie sur une île sise au milieu du fleuve. De l'autre côté du pont s'élevait un corps de garde en bois dont les meurtrières et les sabords surveillaient le grand portail, ouvert. D'un côté et de l'autre s'étendait une longue palissade de pieux suivant les circonvolutions de la grève et, derrière, on pouvait voir les toits et les cheminées de nombreuses habitations. Au delà, le terrain s'élevait sur une petit éminence ceinte de murs en pierre réhaussés de créneaux en bois. Là encore, un corps de garde -en pierre celui-ci- et des tours carrées munies de hourds à leur sommet. Des brétêches et des mâchicoulis en briques ou en bois faisaient saillie ça et là, donnant un caractère hétérogène aux fortifications. Les trois bulbes d'argent dépassaient derrière les créneaux, points culminants de la stanitsa. Légèrement en dessous, on pouvait apercevoir le quatrième bulbe, doré celui-ci, qui réfléchissait les rayons du soleil avec vivacité. Une partie du mur d'enceinte descendait le long de l'escarpement et venait rejoindre la palissade de la rive. Un tour était bâtie là, mais elle n'était désormais plus qu'une ruine effondrée sur elle-même et on pouvait voir, dans sa gorge ouverte, des poutres garnies de lierre et des corbeaux qui nichaient.


- "Bienvenue à Zoïshenk, mesdames !" lança Sasha à Lucrétia et Dokhara avant de tirer sur ses longues rennes pour faire arrêter les chevaux.

Le faubourg ressemblait lui-même à un petit village, avec son allée principale qui donnait sur le pont. De part et d'autre, il y avait des habitations en bois ou en briques cuites, une grande auberge, une écurie et des ateliers de maréchal-ferrant et autres artisans. Les gens allaient et venaient, vêtus à la kislévite et parés pour l'hiver. Plusieurs s'arrêtèrent pour observer le convoi avec curiosité et bientôt un attroupement se forma autour du canon qui continua pour autant son chemin jusqu'au pont, encadré par les streltsis.

Un agent de la stanitsa se présenta pour vérifier les autorisations des voyageurs et consigner les informations dans un registre, et les deux baronnes furent enfin libres de leurs mouvements. Youri Yorloff et sa femme, de leur côté, s'extirpaient du coche et se dirigèrent vers l'auberge.

- "Si vous nous cherchez, on sera dans l'coin ! Les premières neiges sont prévues pour les jours qui suivent alors je pense pas qu'on va pousser jusqu'à Leblya. On pourrait bien passer l'hiver ici." leur indiqua Sasha avant de diriger sa diligence vers l'arrière-cour de l'auberge.

Aucune enseigne de pendait au dessus de la porte en bois mais un creux au dessus du linteau accueillait des dizaines de bougies et de crânes de petits animaux. Des bruits animés venait de l'intérieur, de même qu'une bonne odeur de potage chaud. En outre, la nuit allait bientôt tomber.

Bienvenue à Zoïshenk !
Petite intro toute simple, vous voilà arrivée à destination.
Toutes les infos nécessaires sont dans la Forêt, libre à vous de les utiliser pour interpréter ce que vous voyez.
Pour visualiser ce qu'est une isba, il suffit de faire un petit google image isba et vous aurez un bon aperçu.
Lorsque je parle de bâtiments en brique, il faut imaginer ceux -en ruine- que l'on peut voir aux abords de White Orchard dans The Witcher III (je crois que c'est aussi dans l'un d'eux que se trouve l'officier nilffgardien vous demandant de buter le premier griffon). Vous trouvez aussi une illustration de ce genre de constructions dans Kingdom Come Deliverance. De manière plus réaliste, voir les bâtiments médiévaux d'Europe centrale.
Vous êtes donc là, avec vos affaires et vos deux chevaux. A vous de voir ce que vous souhaitez faire. Si vous passez le pont il faudra payer le droit de péage.
Le coin est donc assez sauvage, à part les constructions. Cf carte dans la Forêt. Pour avoir une idée, inspirez vous de Velen dans The Witcher III : des bois épais, des clairières, de la végétations aquatique et des grèves de galet au bord de la rivière, il fait froid et l'hiver arrive, voilà l'ambiance !
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm »


Entrant dans la première enceinte qui entourait Zoïshenk, Lucretia amena sa monture à hauteur de Dokhara, découvrant l’intérieur de cette ville fortifiée bâtie sur une île. Alors que, à l’extérieur, les immenses plaines se peinturaient d’une seule nuance de blanc ou de gris, la stanitsa surprenait par la vivacité de ses couleurs et la vie que ces dernières apportaient. Les maisons construites en brique attiraient le regard de leur teinte rouge orangé, celles en bois de leur apparence rustique et bien plus sombre, et c’était sans compter les grandes tours argentées qui s’élevaient bien haut dans le ciel nuageux. Mais outre les bâtiments, les citadins venaient également apporter cette même vitalité à la ville qu’ils habitaient. Il régnait entre les murs une effervescence qu’un étranger eût manqué de percevoir de prime abord, et telle était la situation dans laquelle se trouvait la Lahmiane. A dire vrai, cette agitation la soulagea quelque peu, alors qu’elle avait cru perdre en traversant la frontière tout ce qui la rapprochait de l’Empire et de ses coutumes. Mais non, là, les gens, en grand nombre, s’arrêtaient tout autant autour de la caravane, les conversations et les éclats fusaient dans tous les sens, de même que les diverses exclamations des enfants à l’apparition des cavaliers ailés. Les maisons s’empilaient tout autant les unes sur les autres, formant des quartiers que traversaient une grande rue et de nombreuses venelles, et dans chacune d’elle résonnaient les bruits de l’activité quotidienne. Le martèlement métallique d’un marteau sur une enclume indiquait la présence d’un forgeron ou d’un maréchal ferrant, une porte ouverte sur une échoppe laissait échapper le tapage bagarreur des clients imbriaques, et, plus loin, un pêcheur beuglait ses produits lors d’une vente à l’étalage.

« Eh bien, voilà qui ne devrait pas nous dépayser, souffla Lucretia à sa compagne en contemplant tout ce monde qui s’activait autour d’elles. Mais une question me taraude tout de même. Devrions-nous toujours nous faire passer pour des chasseuses de prime ? Eu égard à vos derniers haut-faits, je jurerais que nous serions plus crédibles si nous devions plutôt nous présenter en ancelettes. »

Bien évidemment, l’Immortelle n’avait pas manqué de se fendre d’une petite pique à l’encontre de sa maladroite humaine, petite pique qu’elle ponctua d’un sourire en coin aussi amusé que sarcastique. Car effectivement, les passes d’armes qu’elle avait effectuées en s’opposant aux streltsis s’étaient révélées désastreuses, et, comme si cela n’avait pas été assez, elle s’était particulièrement illustrée lors d’une course contre le vovoïde Alyosha en chutant de sa monture.

« Je propose en tout cas que l’on aille dans un premier temps louer une chambre à l’auberge. M’est avis que cela ne sera guère aussi confortable que ce que nous avons connu à la Lynsk, mais nous allons devoir faire avec en attendant de pouvoir faire mieux. Si je dois acheter quelque chose, je préfère autant que ce soit une habitation avec toutes les commodités nécessaires à l’entretien d’une noble dame plutôt qu’une maigre bicoque qui ne ferait qu’entacher cette future réputation que je me bâtirai. »

Aussi ne manquèrent-elles pas, après que leurs papiers eurent été vérifiés, de suivre Sasha dans l’auberge pour y réserver une chambre, et elles entrèrent dans une grande pièce au milieu de laquelle trônait une cheminée qui pétillait d’un feu consistant. Différentes bougies venaient éclairer les quatre coins de la pièce ainsi que les rebords des fenêtres, et une délicieuse odeur de potage se faisait sentir. L’on se précipita pour s’occuper de leurs chevaux, et un portefaix les aida à monter leurs bagages à l’étage.

Pendant que l’on s’activait à décharger leurs affaires, les deux jeunes femmes s’attablèrent dans la grande salle et commandèrent ce met local qui embaumait la pièce. Elles en profitèrent par ailleurs pour apprendre les dernières nouvelles des environs et parfaire leurs connaissances sur la situation politique et géographique de cette ville dans laquelle elles venaient toutes les deux de mettre pied. Et comme si ce n’était pas assez, les deux jeunes femmes posèrent des questions sur ce fameux Alexeï dont elles avaient vu l’avis de recherche à Erengrad.

L’on ne connaissait pas grand-chose du passé de cet homme, si ce n’était qu’il avait grandi dans les bas-fonds de la capitale portuaire du Kislev. Toutes les suppositions recelaient certainement une part de vérité ; il avait été livré à lui-même dès son plus jeune âge et avait été contraint de se débrouiller pour tenter de survivre, tout comme il avait déjà été recruté par quelque secte chaotique. L’un comme l’autre détenait son lot de possibilités. Un enfant dans la rue, né dans le mépris des puissants, aurait tôt souhaité la mort de ces privilégiés qui le morguaient du haut de leur carrosse et de leurs belles maisons. Si la société actuelle ne l’avait jamais considéré à sa juste valeur, pourquoi ne pouvait-il tenter sa chance avec le Chaos ? Ou alors, à l’inverse, c’était le Chaos lui-même qui l’avait recueilli dès son plus jeune âge et lui avait retourné le cerveau. Ce qui était certain, en tout cas, c’était que le jeune homme avait su développer un talent notable pour la rhétorique, une éloquence particulière, peut-être justement accordée par les Sombres Puissances, ce qui l’avait amené à corrompre autrui, à liguer les uns contre les autres alors même que la Poussée du Printemps commençait à s’étendre sur le Kislev.

Ravivant les tensions internes, montant les frères contre les pères et les sœurs contre les mères, Alexeï avait su glisser des promesses de pouvoir dans les oreilles des plus ambitieux, les poussant à des actions téméraires qu’ils n’auraient jamais tentées d’ordinaire. La soldatesque avait égorgé ses supérieurs pour prendre leur place, la Guildes des Marchands avaient refusé de juteux contrats pour plonger leurs habituels fournisseurs dans la précarité lorsqu’elle n’avait pas tout simplement imposé des blocus sur certains entrepôts, et la Guilde des Charpentiers de Marine, pourtant intimement liée à celle de la Fabrique des Canonniers, avait saboté les fonderies de canon, empêchant d’organiser les dernières défenses de la ville lors de la Poussée du Printemps.

Mais si Alexeï était connu au Kislev, il l’avait tout autant été dans l’Empire. Une fois ses exactions accomplies, l’homme avait pris de l’avance et, sans même attendre que tombât véritablement Erengrad entre les mains des Norses, s’était mis en tête de rejoindre les contrées plus au sud, et tout particulièrement Middenheim. Parvenant une fois de plus à s’intégrer dans cette ville comme s’il y avait toujours vécu, il réussit à monter la populace contre la KIENH, laquelle servait les intérêts des elfes, des nains, et des halflings, déclencha des émeutes dans la Très Respectable Guilde des Magistrats, ce qui, alors que les affaires ne pouvaient plus être jugées, engendra des vendettas personnelles entre les différents corps de métier, et n’alimenta que plus encore l’éternel conflit qui opposait les prêtres d’Ulric à ceux de Sigmar.

Si l’ensemble de ses actions aidèrent à provoquer la chute d’Erengrad, dont le pillage et la boucherie qui s’en suivit effacèrent toute trace, ou presque, de ses méfaits, Middenheim réussit à repousser le siège d’Archaon, et ses habitants commencèrent lentement mais sûrement à se souvenir d’un étranger à l’éloquence aussi prononcée que ne l’était son accent kislévite. L’on manqua de l’attraper, mais le bougre, soutenu par les quelques forces chaotiques dispersées çà et là, parvint à s’échapper et à disparaître dans la Drakwald. L’on perdit sa trace jusqu’à récemment ; il fut aperçu en train de franchir la frontière séparant la nation de Sigmar de la sienne, et l’on supposa qu’il tenta de rejoindre Erengrad. A partir de là, si sa piste disparut pour de bon, les rumeurs à son sujet, elles, continuèrent à faire parler les chalands.

De manière évidente, le comploteur ne s’était jamais présenté de la même manière à Erengrad et dans l’Empire, mais sa forte et haute silhouette, ainsi que son charisme couplé à son accent, avait suffi à le trahir. Son visage taillé à la serpe, pourtant étonnamment ouvert, lui conférait une autorité naturelle pour diriger, et sa voix chaude était capable d’engourdir les sens et de vous couper de tout, si ce n’était de lui. Si la longueur de ses cheveux comme de sa barbe changeait en fonction des postes qu’il affirmait occuper, une chose demeurait certaine ; il avait le geste précis qui venait ponctuer chacun de ses mots au moment les plus opportuns, et les épaules larges et le buste ouvert, comme s’il ne vous considérait jamais comme un adversaire. Définitivement, le décrire afin de demander à la populace si cette dernière ne l’avait pas aperçu à Zoïshenk ne posa aucune difficulté à la Lahmiane.

A moins que Dokhara eût une autre idée, elles passèrent le restant de leur soirée dans cette même auberge, parlant avec la populace, continuant de s’intégrer. Elles échangèrent avec quelques habitants, avec certains soldats avec qui elles s’étaient entraînées durant le trajet, et peut-être avec des figures plus importantes de Zoïshenk si certaines d’entre elles s’étaient arrêtées dans ce lieu de rencontre pour se rafraîchir le gosier après une journée de labeur. Enfin, elles allèrent se coucher.


***




Le lendemain venu, une soudaine lubie fit irruption dans l’esprit de Lucretia, et celle-ci laissa à peine le temps à Dokhara de déjeuner qu’elle l’entraîna à sa suite en direction du Nagyvàarr. Solidement bâti sur un plateau surplombant de sa hauteur le reste de l’île, il s’agissait d’une des forteresses les plus anciennes que le Kislev eût jamais connues. Là où le mur d’enceinte protégeant la ville avait été édifié en bois, la muraille ceinturant le bastion avait été construite en pierre, et, dès lors, une impression de robustesse vous frappait aux yeux. Et c’était sans compter ces quatre tours surmontées d’or et d’argent qui miroitaient à la ronde dont, pour Lucretia, la fonction première n’était pas autre que d’afficher sa richesse et sa puissance.

C’était dans ce bâtiment même, dans la grande salle du zal, que l’ataman recevait ses invités, écoutait les doléances, et répandait sa justice, et l’Immortelle avait précisément profité d’une de ces séances pour se faire connaître. Elle et sa compagne attendirent patiemment leur tour avant de se présenter, épées au fourreau, devant ce chef des Nakhimov qui répondait au nom de Pavel.

« Boyard Pavel, lança bien clairement Lucretia tout en s’inclinant,, permettez-moi de nous présenter. Ziska et Silke Schwertfeger, chasseuses de prime en provenance de l’Empire. Je gage que vous n’êtes pas sans savoir les ravages qu’aura causés un triste personnage sans patronyme répondant au nom d’Alexeï et qui, de par ses exactions et ses cabales, a ainsi provoqué la chute d’Erengrad lors de la Poussée du Chaos. Mais le Kislev n’a pas été la seule nation à avoir souffert des méfaits de cet homme ; l’Empire lui aussi a manqué de sombrer quand la cité de Middenheim s’est retrouvée au bord du gouffre. Et c’est pour cela même que nous nous tenons devant vous céans même. Afin de venger nos deux pays tout autant que de manière à renforcer l’amitié qui les a toujours liés, nous sommes en quête de ce cultiste du Chaos, et sommes bien déterminées à lui ôter la vie une bonne fois pour toutes. Nous avons ouï dire, à Erengrad, qu’Alexeï se serait réfugié non loin de Zoïshenk, et peut-être même dans la ville, profitant de l’arrivée prochaine de la Raspotitsa pour assurer sa sécurité tout en ourdissant paisiblement ses complots dans l’ombre. Eu égard à la situation géopolitique de la région, je gage que nul n’aura manqué de comprendre les différentes possibilités que ce fourbe a en réserve pour mettre le feu aux poudres et déstabiliser l’ordre qui y règne, ce qui sera à tout le moins une petite victoire pour les Sombres Puissances. Aussi, je vous le demande ; auriez-vous quelque nouvelle que ce soit à son sujet, ou en ce qui concerne les Forces de la Destruction ? Pouvons-nous librement enquêter sur cette personne afin de le mettre hors d’état de nuire, définitivement ? »

Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 22 juil. 2019, 20:04, modifié 1 fois.
Raison : 6 xps / Total : 48 xps
FOR 16 / END 14 / HAB 17 / CHAR 18 / INT 17 / INI 19* / ATT 17 / PAR 13 / TIR 11 / MAG 17 / NA 4 / PV 134/140
Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises et Dons du Sang

COMBAT :
Attaque : Coup précis (3), Arme de prédilection ( épée à une main)
Défense : Esquive, Acrobatie de combat, Sang vif (2) (DDS), Coriace,
Autres : Régénération Impie (DDS), Innocence Perdue (DDS), Valse Macabre


MAGIE :
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 3

CHARISME :
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Intimidation
- Comédie
- Etiquette
- Intrigue de cour

INTELLIGENCE :
- Domination (DDS)
- Érudition
- Littérature
- Linguistique
- Histoire
- Administration
- Enseignement
- Connaissance végétale
- Langue étrangère : Kislévarin
- Connaissance des démons

INITIATIVE / HABILETE :
- Sang vif (DDS)
- Réflexes éclairs
- Escalade
- Monte - chevaux
- Sens Accrus
- Vision nocturne

AUTRES :
- Défi de l'Aube (DDS)
- Ame Profane (DDS)
- Forme de Familier : Corneille (DDS)
- Sang argenté (DDS)
- Alphabétisation
- Force accrue
- Chance
- Préparation des poisons

Inventaire :
- Griffe d'Ursun
- Veste de cuir & pèlerine en "voyage" / robe habillée en "réception"
- Anneau de promptitude
- Bague du tumulus
- Sacoche de chanvre
- Lettre de la comtesse
- Gemmes et pépites d'or
- Fleur de salicaire
- Glandes à venin
- Poison (?)

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Dokhara de Soya
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Kislev mordant

Message par Dokhara de Soya »

Lorsqu'enfin la monotonie du paysage de l'oblast du nord fut bousculée par l'apparition de Zoïshenk au loin, Dokhara ressentit un pincement au ventre. Que son long voyage touche enfin à son terme était aussi réconfortant que terrifiant.
Puisqu'elles allaient vivre ici pour une durée indéterminée, il était important de faire bonne impression dès son arrivée. Aussi, prit-elle soin de soigner sa posture sur sa monture, se tenant bien droite après avoir vérifié que sa toque de fourrure était correctement ajustée sur sa crinière rousse. Ne souhaitant pas ressembler à une simple touriste, elle évita de laisser traîner son regard trop longtemps sur les cabanes de rondins qu'ils croisaient ainsi que sur leurs habitants curieux, gardant la tête droite et le regard porté vers l'horizon, notamment vers les quatre bulbes qui dépassaient des murailles en pierre de Zoïshenk.

Elle tiqua en apercevant la tour de guet faisant la jonction entre les murs de pierre et de bois, laissée à l'état de ruines. La Tempête du Chaos était passée depuis une dizaine d'années déjà, et pourtant le choix semblait avoir été fait de ne pas réparer cet édifice qui avait pourtant vue sur les faubourgs et le sud de la ville.

Ce n'était à la vérité qu'un détail, mais ce type d'observation faisait partie des choses qui lui avaient occupé l'esprit ces dernières semaines. Afin d'éviter de se laisser morfondre avec ses inquiétudes, Dokhara avait décidé d'occuper son esprit en réfléchissant à des angles d'attaque afin de s'établir une place d'importance à Zoïshenk, en se basant notamment sur toutes les informations dilapidées par Sasha. Quitte à devoir y résider pendant une durée indéterminée, hors de question que d'y garder le statut d'étrangère - Lucrétia et elle avaient trop de fierté pour ne pas s'imposer le challenge de s'y implanter solidement et d'y obtenir un certain pouvoir.

Pour ce faire, elles possédaient de nombreux atouts.

Tout d'abord, leur couverture. En tant que chasseuses de prime traquant le dénommé Alexei, un ennemi d'Etat tant pour le Kislev que pour l'Empire, elles pourraient légitimement se permettre de poser des questions qui auraient été autrement gênantes. Fouiller dans les petits secrets de certains, entendre les rumeurs et doutes planant sur d'autre, et se déplacer où bon leur semblerait sans que l'on se questionne sur leurs agissements - dans une certaine limite.
Ensuite, leur argent. Elles venaient avec une fortune non négligeable, ce qui signifiait qu'elles pouvaient investir dans la ville. Acheter des armes, aider à reconstruire ce qui a été détruit comme cette tour, relancer le commerce de denrées difficiles à obtenir, autant de possibilités qui ne pourraient qu’accroître leur importance dans la cité.
Elles avaient également leur simple force. Si pour le moment Dokhara n'était qu'humaine, cela ne devrait pas rester le cas bien longtemps. Dans un pays où le talent guerrier est respecté comme preuve d'autorité, utiliser la puissance naturelle d'une lahmiane pour établir son importance était une méthode certes un peu basique, mais qui serait certainement efficace dans pareil pays. Il fallait néanmoins admettre que ses entraînements martiaux contre la soldatesque protégeant la caravane compromettait quelque peu cet objectif la concernant - peut-être Lucrétia serait plus indiquée pour pareil rôle.
Restait néanmoins le charme. Ses premières approches du voïvode avaient rencontré un certain succès, et au vu des rumeurs le concernant, il ne devrait pas être bien difficile de se glisser dans son lit, et d'obtenir quelques informations juteuses sur l'oreiller.

Oui, songea Dokhara alors qu'elle remplissait le registre d'un garde de Zoïshenk, nous ne venons pas démunies. Ce devrait être un terrain de jeu intéressant pour voir ce que deux lahmianes peuvent accomplir au Kislev.

Sitôt le fonctionnaire parti, et alors que Sasha venait de s'engouffrer dans une auberge des faubourgs, Lucrétia vint susurrer quelques moqueries à ses oreilles. Elle aussi semblait heureuse de retrouver contact avec une civilisation certes différente visuellement, mais dont le brouhaha ambiant était en tout point identique à celui qu'elles connaissaient dans l'Empire.

- Lorsque l'élève éprouve des difficultés, est-ce ses capacités qui sont à blâmer ou bien la mauvaise pédagogie de son professeur ? susurra Dokhara avec un sourire doux-amer. Mais vous n'avez peut-être pas tort - aussi est-ce pour cela qu'avec mes notions balbutiantes de kislevarin, j'ai bégayé aux soldats que j'étais votre petite soeur pénible qui a insisté pour vous accompagner lorsque vous avez déclaré vouloir partir loin dans le nord toute seule, et qui est un fardeau dont vous vous accommodez surtout par amour : une version confondante de la réalité, n'est-ce pas ?

Soudainement d'humeur enfantine, Dokhara salua sa déclaration d'un vif baiser sur la joue de son amante.

- J'accepte votre proposition ma chère sœurette. La nuit tombe bientôt et je ne nous soupçonne pas d'humeur noctambule. Et vous avez raison, nous attirerons moins l'attention en ville en résidant dans une auberge qu'en dilapidant mon argent dans une cahute qui ne pourrait être à la hauteur de vos attentes. Néanmoins, une isba à quelques kilomètres de Zoïshenk aurait une utilité : un peu d'intimité ne serait pas du luxe pour faire ce que nous avons à faire sans être dérangées... mais si votre réputation ne peut souffrir demeure si humiliante pour si noble tâche, peut-être préférerez-vous le charme glorieux des ruines du Fort Saratov dont nous a parlé Sasha ?

Si Dokhara avait accentué certains mots pour le plaisir de taquiner sa consœur en ravivant les flammes d'une vieille rivalité opposant naturellement deux baronnes, elle n'en pensait à la vérité presque rien. Peu lui chalait qui d'elles deux utilisait l'argent des slaaneshis, surtout qu'elle savait parfaitement tout ce que Lucretia avait sacrifié lorsqu'elle avait choisi de fuir avec elle. Ce n'étaient que des mots destinés à préserver une apparence que la vampire savait factice, une rengaine de forme à défaut de fond.

Même la jalousie que ressentait Dokhara face à son amante qui s'acclimatait si bien de ce nouveau cadre de vie, s'étiolait rapidement dès lors qu'elle voyait la lahmiane si investie dans leurs nouveaux objectifs. Alors qu'elle semblait se morfondre pendant leur long voyage avec les stryganis, elle avait retrouvé un enthousiasme frénétique depuis Erengrad qui faisait plaisir à voir. En une poignée de minutes, elle avait déjà échangé avec pas moins de trois groupes de kislevites attablés dans l'auberge, et leur avait soutiré autant de sourires que d'informations. En comparaison, Dokhara ne pouvait que se glisser dans son ombre, incapable d'imiter son aisance verbale dans cette langue rude et complexe. Heureusement qu'elle était jolie, connaissait les règles d'une multitude de jeux de dés et de cartes, et surtout qu'elle tenait bien l'alcool, ce qui lui permettait de s'acoquiner avec quelques groupes de joueurs et de buveurs de kvas qui n'avaient besoin de nul raffinement dans leurs phrases pour éclater de rire à chaque minute. Pour la forme, elle montra à chacun l'avis de recherche dépeignant un portrait grossier du dénommé Alexeï - mais quand bien même l'un des individus aurait pu la renseigner qu'elle n'aurait sans doutes pas compris grand chose de ce qu'on lui aurait expliqué. A défaut d'obtenir de croustillantes informations, au moins la jeune femme s'amusa en faisant connaissance avec quelques habitants lors de cette première soirée à Zoïshenk.



***


Cette surenchère de vitalité, Lucrétia la manifesta dès le réveil. Sans doutes avait-elle profité de la nuit pour laisser ses pensées vagabonder tandis que Dokhara dormait comme une masse suite à une soirée bien remplie. A peine la jeune femme avait-elle mâchouillé deux bouchées de pain trempé dans son potage chaud que déjà son amante l'exhortait à se hâter pour explorer Zoïshenk, elle-même n'ayant pas pris la peine de faire l'effort de manger quoi que ce soit - pour qu'elle ne respecte pas sa routine d'humaine, c'est dire si la puissante lahmiane trépignait d'impatience. Bien incapable de lui refuser quoi que ce soit dès lors qu'elle la voyait si enthousiaste, Dokhara abandonna son assiette sans la finir et accompagna à grandes enjambées sa compagne en direction du Nagyvàarr.

Contrairement à la veille, impossible pour Dokhara de jouer les indifférentes face à la beauté du zal. Que ce soit les centaines de symboles ésotériques qui couvraient sa massive façade, la beauté des trois bulbes en or qui dominaient sa toiture, ou encore les gravures finement ouvragées qui ornaient chaque poutre soutenant la charpente du bâtiment, impossible de rester insensible face à l'architecture kislevite destinée à être aussi belle que robuste. Il fallut l'aide de l'index de Lucrétia appuyé sur son menton pour rappeler à la rouquine de refermer sa bouche entrouverte.

Lorsque vint le moment de l'audience avec l'ataman, Dokhara resta aux côtés de sa soi-disante sœur, un pas en retrait, la tête penchée en signe de respect. Elle comprit quelques mots de la tirade de Lucrétia : elle les présentait et parlait d'Alexeï, le motif factice de leur présence ici - les détails relevaient d'un vocabulaire bien trop complexe pour la jeune femme qui avait essentiellement retenu des militaires et des ivrognes une pelletée de jurons locaux.

Selon elle, l'idée de la vampire était excellente - il était important de se montrer au-delà de tout soupçon. En se présentant directement au boyard, elle attiraient l'attention sur elles et affichaient ainsi patte blanche dès leur premier jour. De surcroît, il leur serait plus simple dans le futur de laisser passer quelques jours de traque infructueuse pour naturellement, une fois Zoïshenk isolée météorologiquement du monde, proposer leurs services à l'ataman sur d'autres sujets.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 22 juil. 2019, 20:03, modifié 1 fois.
Raison : 6 xps / Total : 41 xps
Dokhara de Soya, Voie de la Belle Mort, Beauté mortelle

Profil : For 11 | End 11 | Hab 14 | Cha 17 | Int 12 | Ini 13 | Att 12 | Par 11(13) | Tir 10 | Mag 11 | NA 2 | PV 110/110

Compétences :
- Sociales : Diplomatie, Éloquence, Empathie, Étiquette, Séduction
- Artistiques : Chant, Danse, Musique (violon), Tatouage
- Intellectuelles : Alphabétisation, Langue étrangère (kislévarin, strygani)
- Martiales : Ambidextrie, Bagarre, Fuite, Monte, Parade, Résistance accrue (spécialisation alcool), Sang-froid
- Divers : Sens Accrus
- Dons Du Sang : Regard Hypnotique, Régénération Impie
Compétences en cours d'apprentissage :
Escamotage : 1/2
Adresse au tir (arbalètes) : 2/3
Équipement :
Armement :
- Griffe d'Ursun : 18+1d8 dégâts ; 12(24) parade. Rapide. Chaque attaque réussie qui résulte en une perte de points de vie pour l’adversaire inflige -1 Att/Hab/Par le tour suivant. Si trois touches sont infligées au même tour, les malus durent alors 2 tours et infligent un malus supplémentaire de -1 Na. Les malus cumulés ne peuvent pas excéder -4 Att, Hab et Par et -1 Na.
- Main gauche : 8+1d6 dégâts ; 8(16) parade ; Rapide. +2 PAR si utilisée en conjonction avec une autre arme. Lors d'une parade, c'est le score de parade de l'arme en main droite qui compte pour le premier jet, celle de la main gauche pour le second jet si relance.
- Poignard : 12+1d6 dégâts ; 6(12) parade ; Rapide. Peut être utilisé comme arme de jet
- Arbalète : 34+1d8 dégâts : Malus de -2 TIR tous les 30 mètres ; Perforante (4) : Un tir par NA maximum.

Armure :
- Veste et jambières en cuir : 5 de protection partout sauf tête
- Tunique noire druchiie : 2 de protection sur tout le corps
- Cape de dissimulation, permet de devenir invisible si immobile (v. wiki)

Équipement de voyage (fontes de selle, pas systématiquement porté) :
- Sellerie splendide
- Nécessaire de tatoueuse
- Violon
- Arc courbe + flèches des anciennes
- Lame en or marin
- Huile d'amande
- Surplus de drogues, poisons, ingrédients (Dodo a 2 de chaque sur elle, pas plus)


Awards \o/
Warfo Award 2018 du meilleur PJ - RP
Warfo Award 2019 du meilleur PJ - Élaboration
Dream Team 2018 et 2019 avec Lucretia Von Shwitzerhaüm
Miss Vieux Monde 2019 et 2020

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