[Event RP multijoueur] La Route d'Eldorado

Où s'écrivent les histoires, hors du temps et des règles compliquées du monde réel...
Répondre
Avatar du membre
Essen
PJ
Messages : 0

[Event RP multijoueur] La Route d'Eldorado

Message par Essen »

Image
Image


Ceci est le sujet officiel du tournoi, il y aura l'histoire et les combats. Ne répondez pas à la suite, sauf autorisation expresse du MJ. Le sujet de discussion spécialement dédié au présent événement est le suivant : lien. Merci pour votre compréhension.



Chapitre 1 : Inscriptions




Von Essen, courtisan vampire
Image
***

     Lorsque Von Essen, vampire de son état, ouvrit le matin sa boite de Khorne Flakes:tm:, il ne s’attendait certainement pas à y découvrir un bon gagnant pour un voyage tous frais payés sur l’île des Amazones. En fait, il crut même sérieusement à une mauvaise blague : trop de problèmes lui étaient précédemment échus pour que là, tout d’un coup, la chance lui sourît à nouveau. Le chroniqueur des von Carstein fut sur le point de ranger le billet dans ses brouillons quand son regard tomba sur une inscription en bas du feuillet, en caractères minuscules. Le message était le suivant :

     Vous vous attendez sans doute à lire ici des conditions qui rendent notre offre totalement désavantageuse ? Vous vous attendez à une nouvelle arnaque ? Eh bien détrompez-vous ! Avec Khorne Flakes:tm:, nous vous garantissons non seulement tous les frais de voyage et de séjour en Lustrie, mais en plus nous vous offrons les frais d’assurance en cas d’attaque de pirates, corsaires ou monstres marins ! Si vous avez encore des doutes, n’hésitez pas à contacter notre Service Après-Vente en ouvrant un portail dimensionnel, coordonnées cabalistiques 666 – 666 – 666.

     Bon, l’appel ne lui prendrait seulement qu’un peu de poudre de malepierre, ça ne tuait pas son homme de vérifier… Quelques effluves de sang et de souffre plus tard, le regard du chroniqueur sur le billet avait changé du tout au tout : il s’agissait vraiment d’une offre promotionnelle ! Il était vraiment l’heureux gagnant !!
     Von Essen en oublia presque son bol de céréales sanguines, qu’il goba presque avant de courir faire ses valises. L’île des Amazones, par Nagash ! Le vampire s’imaginait déjà entouré d’aimables hôtesses, sur une plage au clair de lune, avec de la musique, des danses, bref, le rêve de tout consommateur lambda de Khorne Flakes:tm:. Et c’était lui, l’heureux gagnant ! Pour une fois, c’était lui, lui, et pas un autre Vlad ou un autre Mannfred !
     En partant, le chroniqueur ignora royalement tout le courrier qui l’attendait dans sa boite aux lettres : majoritairement de la publicité impériale, peut-être le dernier Vampire Daily, la taxe foncière sylvanienne, il s’en fichait ! La simple pensée de collecteurs d’impôts vampires lui donnait le tournis et, tout ça, cette nuit-là, il le laissait derrière lui, il s’évadait sous le soleil ! Enfin, sous la lune…
     Le voyage à dos de cauchemar caparaçonné jusqu’à Marienburg ne lui prit que quelques jours, tant il était pressé de parvenir à destination. L’embarquement n’avait guère lieu dans la ville elle-même mais à quelques dizaines de lieues vers le nord, dans une crique discrète qu’un groupe de cultistes en robes écarlates avait expressément aménagée pour accueillir l’heureux gagnant de l’offre promotionnelle. Quelques félicitations et poignées de mains plus tard, ses valises étaient rangées dans un étroit compartiment d’un redoutable drakkar, les amarres furent larguées et les rameurs nordiques se mirent énergiquement à leur office, le chroniqueur confortablement installé à la poupe sur des coussins moelleux.

     Quelques jours plus tard, sa soif de sang étanchée par quelques boîtes de Khorne Flakes:tm: fort heureusement stockées à bord, Von Essen observait paresseusement le défilement de la côte estalienne. La mer était calme et tout allait bien. Ce fut le début d’une conversation entre les rameurs, d’habitude soit silencieux, soit chantants, qui l’interpella ; le vampire ne comprenait pas un traitre mot de langage norse, cependant il aperçut rapidement que les mortels indiquaient quelque chose droit devant. La vision se révéla des plus surprenantes même pour le chroniqueur qui en avait vu d’autres ! Des dizaines et des dizaines de navires dissemblables voguaient vers l’ouest. Or, l’heureux gagnant du voyage vers l’île des amazones avait décidé que cette fois-ci, il resterait loin des mondanités des mortels (et des immortels), aussi grande fut sa satisfaction lorsque les nordiques, au lieu de chercher une proie facile parmi les nombreux navires qu’ils voyaient au loin, se remirent à leur office en gardant prudemment leurs distances avec la curieuse armada de carnaval.
     Quelques semaines de traversée du Grand Océan plus tard, Von Essen avait habilement employé son temps à bord du drakkar, maîtrisant désormais une bonne base de langue norse qu’il avait acquise au cours d’échanges réguliers avec le timonier du navire. Il connaissait d’ailleurs presque tous les noms des rameurs, dont certains il avait même appris le village d’origine. Des nombreux navires qu’ils avaient aperçu au départ, beaucoup avaient disparu, les hasards de la haute mer, se dit le chroniqueur. Il oublia d’ailleurs totalement leur existence lorsqu’un beau matin, le timonier annonça de sa voix brutale : « Land ! Land i horisonten ! »
     La tête habilement couverte d’un chapeau de paille aux larges bords, le vampire n’eut aucun mal à entr’apercevoir la ligne sombre qui se dessinait au loin : la côte lustrienne, la Terra Incognita, le Nouveau Continent. S’ils débarquaient directement là-bas, ils feraient face à la jungle infinie, imposante et dangereuse, objet de récits de nombreux explorateurs impériaux, estaliens, tiléens, territoire du peuple mystérieux des hommes-lézards, patrie également des amazones, dernier détail qui justifiait la présence du chroniqueur aussi loin de chez lui.
     Le lendemain, le timonier lui annonça qu’ils arrivaient enfin à destination : l’île des amazones, bout de terre paradisiaque au large de l’estuaire du vénérable fleuve Amaxon.
***
***
***
     - Quel est ton nom ?
     - Von Essen, chroniqueur des von Carstein ! Pas fâché d’être enfin…
     - Quelle est ta quête ?
     - Ma quête ? Ma foi, déjà, me reposer, comme je suis enfin arrivé, n’est-ce pas ? C’est bien vous qui accueillez le gagnant de l’offre de Khorne Flakes:tm: ?
     - Oh ! Le… Le sacrifice ?!!
     La prêtresse qui lui faisait face était une mortelle resplendissante, cependant cela n’empêcha pas Von Essen de comprendre immédiatement que l’affaire sentait le sapin, autant que cela fût possible à ces latitudes tropicales. Le seigneur vampire ne laissa aucune ouverture à la mortelle, son regard hypnotique s’immobilisant immédiatement sur le sien, renversant brutalement ses barrières mentales, imposant à l’amazone des visions de douce euphorie à la simple idée d’obéir à son nouveau maître. C’était à son tour de poser des questions à cet étrange comité d’accueil :
     - Gardienne de l’Amaxon, attendiez-vous, oui ou non, le gagnant de l’offre promotionnelle des céréales Khorne Flakes:tm: ?
     - Oui.
     - Quel sort véritable est censé attendre le vainqueur ?
     - Un sacrifice exceptionnel pour le dieu de la guerre, pour bénir la campagne imminente contre les hommes-visages.
     - Tous les autres navires que j’ai vus dans les environs, ce sont autant de sacrifices au dieu de la guerre ?
     - Non. Ils arrivent tous en quête des cités d’or des hommes lézards, guidés à chaque fois par la même carte.
     Le chroniqueur commençait à comprendre qu’il venait d’échapper de peu à une situation épineuse (héhé, d’abord une affaire qui sent le sapin, ensuite une situation épineuse, pensa-t-il). Avant de s’emparer du parchemin que lui tendait servilement la prêtresse hypnotisée, le seigneur vampire prêta une oreille attentive à ce qui se passait derrière lui : curieusement, ses rameurs ne semblaient esquisser aucun acte hostile à son encontre, au moins un point en sa faveur… Le parchemin, quant à lui, représentait une carte de bonne facture, indiquant la route à emprunter afin de parvenir à l’embouchure du fleuve Amaxon, puis, en remontant le fleuve, parvenir au bout d’un voyage périlleux jusqu’à un endroit marqué d’une croix épaisse, sans doute la cité d’or dont parlait la traîtresse, heu, la prêtresse, non, « traîtresse » allait aussi, bref, l’amazone.
     - Prêtresse, qui est ce Mon’San’To, censé me dévorer si je ne réponds pas correctement à tes questions ?
     - Un crocodile géant, aussi grand que l’île des amazones.
     - Un… crocodile géant ? Sous vos ordres ?
     - Oui.
     - Bon…
     Finalement, c’était une arnaque. Et, parfois, même les dieux pouvaient être de mèche. Par Nagash et les neuf mortarchs… Un si long voyage, tout ça pour être de nouveau désillusionné… La carte, cependant, semblait authentique ; du moins il n’y voyait l’allusion à aucun dieu connu, ce qui momentanément était pour le chroniqueur un bon signe. Eh bien, tant qu’à faire…
     - Messieurs ! – lança-t-il à l’équipage du drakkar – Je vois que nous sommes devenus bons amis au cours de ce voyage ! Regardez, là ! Carte ! Karten ! Trésor ! Or ! Gullmynt ! Plein de Gullmynt ! Vous me suivez ?
     - Gullmynt ?
     - Ja, ja ! Gullmynt, là-bas, plein de Gullmynt !
     - Hurray ! Gullmynt !
     - Voilà, Gullmynt ! Juste encore un instant, messieurs !
     Von Essen avait pris sa décision. C’était manifestement la ruée vers l’or dans cette partie du monde. L’Amaxon allait devenir le théâtre d’affrontement entre les potentiels concurrents, sans compter peut-être la menace des créatures à écailles dissimulées dans la jungle… Des vacances sportives, donc ! Il se retourna alors avec la prêtresse couverte de plumes sacrées et de parures :
     - Quand j’aurai fini de compter jusqu’à trois, vous aurez oublié que vous m’avez déjà rencontré et me poserez les mêmes questions que vous posez à tous les autres capitaines qui cherchent les cités d’or.
     - Oui.
     - Ah, juste encore une question : y a-t-il déjà eu des capitaines qui ont mal répondu et qui ont fini dévorés par le grand Mon’San’To ?
     - Oui, un seul. Il se nommait Malkir de Mousillon.
     - Malk… Bref ! Passons ! Un, deux, trois !
***
     - Je suis la prêtresse Ignea, gardienne de l’Amaxon. Vous qui souhaitez passer, répondez à mes trois questions correctement, sinon vous serez dévorés par le grand Mon’San’To.
     - Je suis prêt, prêtresse, posez vos questions.
     - Quel est votre nom ?
     - Von Essen, chroniqueur des von Carstein.
     - Quelle est votre quête ?
     - Trouver les mystérieuses cités d’or !
     - Jurez-vous sur la foi que vous portez envers vos dieux de ne porter ni dommage, ni outrage au peuple des amazones ?
     - Je le jure !
     - Alors allez en paix.
     - C’est reparti, messieurs ! Framover !
     - Framover ! Ja !
     Le brouillard mystique barrant la route vers l’estuaire se dissipa ; le drakkar du seigneur vampire dépassa rapidement la barque sacrée de la prêtresse, Von Essen se demandant d’ailleurs comme elle faisait pour la manœuvrer sans aucune rame ni aucune voile. Il laissa cependant rapidement ces pensées de côté, dépliant une seconde fois cette fameuse carte qui avait dû appartenir à l’infortuné de Mousillon. Ce nom, d’ailleurs, lui disait quelque chose mais, là encore, le chroniqueur décida de se focaliser sur l’essentiel : lui et ses nordiques complètement fous allaient à la chasse au trésor ! Et ça, ça valait bien un séjour sur l’île des amazones !  



***
Aetholdyr Prestelance, prince Asur.

Image

Au beau milieu de la Lustrie, entre la jungle luxuriante et la chaleur étouffante, un Vaisseau-Aigle d'Ulthuan, à la silhouette grande mais fine et aux voiles triangulaires, tente tant bien que mal de remonter le cours paresseux du fleuve Amaxon.
Tandis que la faune fait savoir sa présence à travers le chant des oiseaux tropicaux et les cris des animaux exotiques, les insectes, surtout les moustiques, survolent et entourent le navire elfique, tentant de s'en prendre à son équipage. Aussi surprenant que cela puisse paraître, l'un d'entre eux arrive à atteindre la chair d'un asur et commence à y planter sa trompe. Dans un bruit soudain et sec, une main l'écrase, mettant fin à son existence insignifiante. Aetholdyr prend alors l'insecte dans sa main, l'observant d'un air dédaigneux avant de le projeter hors du navire avec ses doigts.
Des moustiques, de misérables moucherons, voilà pour l'instant tout ce qui s'était mis sur son chemin entre lui, son équipage et Chaqua: la Cité Dorée.
Une moue se dessina sur son visage, alors qu'il promenait son regard sur le grand fleuve: c'en était presque décevant ; au vu des efforts et des sacrifices auxquels a consenti le seigneur pour monter son expédition.

En effet, la rumeur de l'existence d'une cité d'or, se répendant comme une traînée de poudre dans tout le Vieux Monde et au-delà, ne tarda pas à parvenir au oreilles de ce noble intrépide, originaire de Cothique. Aussitôt, Aetholdyr s'était empressé de quitter sa terre natale, prenant artefacts comme armes magiques appartenant à sa famille depuis des lustres, traversant l'île-continent pour gagner Lothern, écumant la capitale à la recherche de cartes, même contrefaites, menant à l'Eldorado ;
il fréquenta la Cour du Roi-Phénix, ne regardant pas à la dépense, dilapidant presque toute la fortune familliale, passant des heures à démarcher les grands princes, s'endettant même auprés de certains d'entre eux, afin d'obtenir des soutiens, des forces et un navire pour mener une expédition en Lustrie. Mais ses efforts et son argumentaire avaient fini par prévaloir. Plus qu'une question d'argent, c'était une affaire de fierté comme de prestige: même si les Asur sont en "déclin" et doivent se battre sur de nombreux fronts, ils ne pouvaient pas rester les bras croisés alors que le reste du monde se lançait dans cette grande sorte de "course au trésor". Ne pas intervenir serait perdre la face et admettre la défaite ; y participer serait au contraire un signe fort et symbolique de la grandeur d'Ulthuan, adressé aux autres peuples, amis comme ennemis.
De plus, une victoire, bien sûr inévitable, montrerait une fois encore la supériorité, déjà indéniable bien entendu, des Enfants d'Isha sur les sous-races infestant le Vieux Monde.
Ainsi, on finit par lui allouer un Vaisseau-Aigle, manoeuvré par tout un équipage de Gardes-Maritimes disciplinés et expérimentés, dirigés par un Heaume des Mers ayant trois siècles de services à son actif. Deux autres princes d'Eataine, souhaitant soutenir également l'expédition mais ne voulant aller se risquer sur le terrain, lui offrirent un détachement de Lanciers et d'Archers.

Désormais à la tête de toute cette petite expédition, Aetholdyr Prestelance se tenait à la proue de son navire, scrutant l'horizon:


"Mon commandant, se présenta le Heaume des Mers, dans le dos du noble, Il semblerait que le vent s'amenuise. Nous n'arrivons plus à avancer correctement avec nos voiles et risquons d'être entraînés en arrière par le courant. exposa-t'il de manière professionelle, grave et sobre.

-Bien, dans ce cas, entama le prince toujours dos à l'officier, d'un air altier mais déterminé, ordonnez aux soldats-citoyens de se mettre aux rames. Vitesse et Temps sont des luxes que nous ne devons pas gaspiller. Oh, et dites également aux gardes maritimes de ne pas relâcher leur vigilance, ouvrons l'oeil et le bon."

Confirmant les ordres d'un hochement de tête, le Heaume des Mers s'en alla les faire appliquer dans tout le navire.
Se tenant toujours à l'avant du vaisseau, regardant l'orée de la jungle, le prince asur ne put s'empêcher de tapoter son arme magique dorée au tranchant fait d'ithilmar, fierté familliale et héritage antique que ses ancêtres lui ont transmis. Une expression satisfaite apparaîssant sur son visage. Oui. Il triomphera. En marchant dans les pas de Teclis, il compte revenir à Lothern couvert de gloire et de richesses. La défaite est de toute façon interdite, impossible même: il n'a pas fait tout ce chemin et ces sacrifices pour échouer lamentablement. Son esprit, fier, acharné et rigide, ne voit que deux issues pour cette expédition: la victoire ou la mort. Que les ennemis se présentent donc, ils ne tarderont pas à comprendre pourquoi Aetholdyr et les siens portent le nom de Prestelance.
Modifié en dernier par Essen le 05 févr. 2021, 19:33, modifié 2 fois.

Avatar du membre
Essen
PJ
Messages : 0

Re: [Event RP multijoueur] La Route d'Eldorado

Message par Essen »


Fiodor le Non-Mort, capitaine vampire
Image


***
L’embouchure du fleuve était visible à l’œil nu désormais. Les deux bandes de terre située de part et d’autre ressemblaient à des lignes tracées à la plume sur l’horizon bleutée. Mais Fiodor regardait toujours fixement dans sa longue-vue, scrutant la zone à la recherche d’autres navires. Depuis que le « Corbeau Centenaire » avait quitté Sartosa, ce n’était pas moins de cinq autres équipages qu’ils avaient croisés. Cinq ! Et tous avec le même objectif qu’eux : la cité d’or de Chaqua, au beau milieu de la jungle, sur le cours du fleuve Amaxon. Un rictus éclaira un instant son visage en y repensant. Ils n’avaient tout simplement pas été à la hauteur, ces faiblards, alors ses hommes et lui leur avaient tout simplement épargné la peine de continuer. Mais c’était bien la seule chose qu’ils avaient épargnée.
Soudain, un mouvement. Là, un navire, elfique en apparence, se lançait à son tour dans le périple. Par le caleçon des Von Carstein, ce n’était décidément pas possible. Des pirates, des elfes, et puis quoi après ? Des nains ? La marine ? Son sourire s’élargit. C’était bien, oui, très bien. Après tout, que valait de trouver un trésor s’il n’y avait personne pour vous le disputer ? Il sentait l’impatience monter dans sa poitrine. Oh, qu’il voudrait se lancer à l’assaut de ces elfes, juste pour voir. Mais il se retint d’ordonner de foncer plus vite. Si les siècles lui avaient appris quelque-chose, c’était bien que tout vient à point à qui sait attendre le bon moment.
Fiodor rabaissa sa longue-vue, embrassant du regard le pont de son bateau, étant lui-même sur le château arrière, devant la barre. Ses hommes s’affairaient à faire avancer le « Corbeau » sans s’interrompre. Couvrant les cris des mouettes et le bruissement des vagues, une voix caverneuse donnait des ordres à tout va.
« Monsieur Duvernier, hâtez-vous de rabattre cette voile, ne voyez-vous pas qu’elle est mal placée ? On va filer droit vers la Norsca à ce rythme. Et vous, monsieur Bauer, ces nœuds sont aussi mal faits que si je les avais donnés à faire à mon écuyer. Et il est mort ! Tas de bouseux, on n’arrivera pas avant une semaine comme ça. Le capitaine aura votre peau, un par un, et il en fera des voiles. Vous servirez alors au moins à quelque-chose ! »
Ces hurlements étaient poussés sans faiblir depuis le petit matin par Marcel de Parravon, le revenant maître d’équipage, ancien chevalier que Fiodor avait réanimé au large de la Lustrie voilà presque une dizaine d’année. Mais ses menaces fleuries n’avaient pas l’air d’effrayer les hommes, qui continuaient sans faiblir ni trahir la moindre terreur. Après tout, les rodomontades du bretonnien mort-vivant étaient monnaie courante sur ce navire, et les marins avaient fini par s’y habituer.
Fiodor entendit des pas silencieux derrière lui.
La voix du capitaine vampire, grave et profonde, s’éleva. « Tout va pour le mieux à ce que je vois, Flouz », dit-il à son second. Ce dernier ne bougea pas, et se contenta de répondre « oui, nous sommes bientôt à l’embouchure. Plus que deux ou trois heures, et nous pénètrerons le fleuve.
- Deux ou trois heures, Flouz ? On n’est pas chez les amateurs ici. »
La réplique avait fusé sans que Fiodor ne se retourne, mais le second continua, imperturbable.
« Deux, si le maître d’équipage continue de hurler comme ça. Trois, s’il permet aux hommes de se lâcher un peu. Ils vont avoir besoin de toutes leurs forces là-bas, et les épuiser avant d’arriver peut être une mauvaise idée. »
Fiodor ne répondit pas tout de suite. C’était vrai, il ne fallait pas épuiser les hommes tout de suite. Les prochaines semaines s’annonçaient difficiles, et autant les ménager. Finalement, il se retourna, faisant face à son interlocuteur. Max, allias monsieur Flouz, était bien bâti, costaud, avec une expression constamment soucieuse. Son habit noir était de la même couleur que celui de l’équipage, ou que du reste du bateau. Sur le « Corbeau Centenaire », seul le capitaine avait le droit de porter de la couleur.
Monsieur Flouz ne croisa pas le regard de Fiodor. C’était un réflexe qu’il avait appris très vite. Ne jamais le défier du regard. Il avait déjà vu le vampire tuer un homme pour des balivernes, alors autant ne pas courir le risque. Du reste, son capitaine était déjà un homme impressionnant, d’une carrure puissante, au teint halé et au regard de glace. Ce n’était pas un homme que l’on voulait défier, même sans le vouloir. Alors autant vouloir ne pas le faire.
« Dit au maître d’équipage de ralentir la cadence. On n’est pas si pressés. Si quelqu’un prend le trésor avant nous, nous n’aurons qu’à le lui voler. »
Il avait dit ça en souriant à nouveau. Du reste, Flouz hocha la tête, et sans un mot il s’apprêta à descendre les marches menant sur le pont.
« Monsieur Flouz » l’arrêta la voix grave de Fiodor.
« Capitaine ?
- Dites aux hommes que ce soir, nous réviserons le solfège. Je sais qu’ils n’aiment pas ça, mais si nous voulons offrir les meilleures prestations pendant la traversée, il vaut mieux s’assurer que les bases soient révisées. Et s’ils sont sages, vous aurez le droit de leur faire profiter un peu de votre cornemuse. »
Il avait ajouté cette dernière chose en voyant le regard attristé de son second. De la magnanimité, voilà ce que c’était. Il en fallait de temps-en-temps. Alors que Flouz hochait la tête et retournait voir Marcel, Fiodor s’empara de la barre, avec le sentiment que bientôt, il allait pouvoir faire jouer tous ces requiem qu’il avait écrit.
Une nouvelle aventure commençait pour Fiodor le Non-Mort.

Avatar du membre
Essen
PJ
Messages : 0

Re: [Event RP multijoueur] La Route d'Eldorado

Message par Essen »

***

Corus et le capitaine Molos
Image

L'équipage débarqua du navire, s'extrayant des vagues et venant fouler le sable fin. De l'autre côté de la plage s'organisait rapidement une cinquantaine d'hommes en armes. Ils formaient une ligne de boucliers, indiquant aux arrivants qu'ils n'étaient pas les bienvenus. Un individu de forte carrure se dégagea toutefois, se portant à la rencontre des inconnus débarqués sur son rivage. Il avait un bouclier et une cape d'écailles bleutées protégeait son épaule opposée. Il n'avait pas l'arme au poing, mais à sa hanche pendait une épée bâtarde au fourreau.
- Qui parle au nom de cet équipage !? Tonna-t-il avec un fort accent nordique où transpirait son irritation.
Les marins formant à leur tour une ligne de boucliers, un peu plus étoffée, dévisagèrent son visage dévoré par une barbe épaisse. Sans répondre.
- Chien des mers ! Beugla-t-il en s'offusquant d'être ignoré. Qui est votre capitaine !? Mon…
- Je dirige ce navire, lui répondit finalement un individu en se frayant une place au premier rang.

Étudiant l'intéressé des bottes au tricorne, l'autochtone ne chercha nullement à masquer son étonnement : l'individu devait mesurer un mètre soixante tout au plus. Vouté en avant, il laissait pendre une barbe plus longue encore que celle de l'émissaire local, tressée et décorée de perles argentées ou en nacre.
- Capitaine Molos, s'introduisit-il en levant les yeux pour pouvoir scruter son vis-à-vis. De la marine d'Achaes.
- Jamais entendu parler, répliqua l'autre avant de cracher par terre. Z'avez déchiré nos filets de pêche en entrant dans notre lagon avec votre fichu rafiot !
- La Lorelei, plaça fièrement le marin avec un regard non pas vers la baie, mais vers son bâtiment.
- Vous méritez qu'on brûle ce tas de planches ! Vociféra-t-il de plus en plus fort. D'être balancés à bouffer aux bestioles de la jungle ! Et…
Une bonne vingtaine d'arbalètes apparurent et convergèrent brusquement vers lui comme il s'approchait davantage, pointant un index accusateur en direction du capitaine bien chétif en comparaison. Stoppé net dans sa tirade par la menace, il balaya les envahisseurs du regard en fulminant.
- Fichez le camp d'ici, grinça-t-il néanmoins sans se démonter. Allez pourrir la vie de ceux de Skeggi et…
- Que d'animosité, déplora Molos en secouant la tête et agitant la barbe, les mains croisées dans le dos. J'ai envoyé des prisonniers visiter les profffondeurs pour moins que cela…
Inclinant discrètement la tête, il fit signe à ses hommes qui avec discipline baissèrent leurs armes. Puis, s'étirant les épaules, il ajouta à l'attention de l'homme arborant du cuir reptilien sur son épaule.
- Je suis toutefffois de bonne humeur suite à notre traversée, depuis les principautés. Aussi, plutôt qu'ordonner votre exécution, je me contenterais d'une seule tête et vos réserves de nourriture.
- Que…
- Présente ton meilleur guerrier, le Barbare, ordonna-t-il avec autorité. Qu'il afffronte le mien - il a bien besoin d'entraînement. S'il triomfffe vous nous donnerez vos provisions. Toutes vos provisions. Car nos vivres sont épuisés. Mais tu ne perdras qu'un seul homme.
- Mais… Et si…
- J'ai des lingots de fffer dans ma soute, déclara Molos en esquissant un sourire carnassier et présentant justement l'un d'eux, apparut comme par magie dans sa main. Ils seront à vous et nous repartirons aussitôt. Bredouilles.
Suspicieux, le colon Norse dévisagea le capitaine voûté et à l'œil vif. Puis ses différents matelots aux accoutrements hétéroclites. A première vue ils n'avaient pas l'air bien dangereux, bien moins imposants que ses colons norses. En combats individuels, il croquerait lui-même la moitié de ces arrogants pompeux, un à la fois. En affrontement général par contre, maintenant qu'il avait vu les arbalètes… eux-mêmes avaient épuisé leurs stocks de javelines la veille… il n'était plus si sûr que ses gaillards ne puissent en venir à bout sans pertes conséquentes.
- Boagrus ! Beugla-t-il finalement en acceptant le marché.
Du menton, il fit signe à cet envahisseur, un véritable colosse de plus de deux mètres se détachant des norses sous l'acclamation de ses congénères.
- Lequel de tes rats des mers va bouffer du sable ?
À nouveau, Molos esquissa un petit sourire avant de se tourner à moitié :
- Corus ! Appela-t-il.
Toutefois, aucun des marins ne fit mine de bouger, se contentant d'observer le barbare approchant d'un pas lourd. Jusqu'à ce qu'un nouvel individu ne saute du pont, éclaboussant d'écume le dos de ses camarades à l'impact.
Le dévisageant avec une grimace méprisante, le colon ne put se retenir de persifler :
- Ce gringalet ? Peuh, cracha-t-il avant de tourner les talons en ajoutant : prépare tes lingots, pauvre fou.
Il rebroussa chemin, glissant quelques mots au passage à son candidat vêtu d'un pagne en cuir reptilien, qui ne masqua pas son excitation. Un sourire malsain étiré d'une oreille à l'autre, il poussa un cri de défi en brandissant une lourde épée à deux mains.
Avançant en silence jusqu'à son capitaine, Corus lui jeta un regard dénué d'intérêt, ajustant le bouclier accroché dans son dos.
- Tu m'as promis la gloire, déclara-t-il platement. Ce primitif n'est pas…
- Ni trident ni reta, le coupa Molos avec un regard noir en retour à cette impertinence. Maintenant va.
Avec un soupir, Corus planta ladite arme dans le sable. Puis laissa choir le filet pendu à sa hanche.
- Boagrus ! Encouragèrent subitement les colons norse en encourageant leur champion, approchant des marins à pas prudents. Boagrus !
Boagrus !
- Corus ! Firent écho les envahisseurs en levant leurs armes en écho à ce soutien.
S'étirant négligemment la nuque, ses longues dreadlocks glissant entre ses omoplates, celui-ci s'avança en tirant l'épée courte accrochée à sa hanche.
- J'vais t'écrabouiller l'avorton ! Le menaça le barbare en levant son arme. Puis je te raserais et j'utiliserais ton duvet pour me torcher !
Corus tiqua à la mention de l'usage réservé à ses rouflaquettes, trahissant enfin un semblant d'émotion. Grimaçant, il chargea en gravissant la légère pente, encouragé par ses congénères. Brandissant son arme massive, Boagrus poussa un rugissement en frappant en diagonale avec assez de force pour trancher la tunique légère de son adversaire comme du papier. Mais d'une roulade agile, Corus passa sous la lame en projetant de la poussière dans toutes les direction. Vif, il se releva dans la continuité de son élan alors que l'épée s'était profondément enfoncée dans le sable. D'un revers de sa propre lame, il fit sauter la tête du barbare stupéfait de ses épaules. Sans aucune autre forme de procès.
Derrière lui, Molos poussa un soupir de consternation avant de se masser la tempe de sa main libre.
- Tu parles d'un entraînement, marmonna-t-il dans le silence laissé par les spectateurs des deux camps, abasourdis par ce dénouement éclair. Tuez-les tous. Prenez la nourriture. Brûlez les maisons et balancez les corps à la flotte.
- Que… balbutia l'émissaire barbare ayant entendu l'ordre. Notre accord…
- Oral ou écrit, un accord passé avec un pirate n'a aucune valeur.
Sur ces mots, les flibustiers lâchèrent une volée de carreaux qui siffla au-dessus de Molos et Corus avant de pleuvoir sur les colons encore sous le choc.

***
Modifié en dernier par Essen le 19 déc. 2020, 17:04, modifié 1 fois.

Avatar du membre
Essen
PJ
Messages : 0

Re: [Event RP multijoueur] La Route d'Eldorado

Message par Essen »

Phy'lis, "capitaine" elfe noir"
Image


La silhouette noirâtre du vaisseau flottait avec grâce sur des flots ensoleillés, l'eau engourdie par la pesante chaleur de cet hémisphère semblait proche de stagner dans des miroitements turquoise.
Et par-dessus, les flancs noirs d'un reaver se dressaient, impitoyables. Le navire pourvu d'une elfique laideur balafrait l'océan en s'approchant telle la langue hideuse d'un monstre des côtes verdoyantes, beaucoup trop verdoyantes, de Lustrie.
Et sur le pont, Phy'lis se languissait, allongé sur un divan installé pour son seul plaisir. Les voiles étaient rentrées, et le navire ne se propulsait sur ces eaux calmes que par les réguliers mais pénibles efforts d'esclaves rameurs. Bercé par le tangage, les yeux à demi clos sans pour autant que rien de son environnement ne puisse lui échapper, le "capitaine" de fortune se laissait éventer par un esclave sur sa gauche, tout en lorgnant sans en donner l'air les côtes qui s'approchaient dangereusement.
L'ennui dangereux pénétrait le Druchii à la posture gracieuse. Une de ses mains se promenait avec lassitude sur son torse, se caressant lui-même avec un grand dépit. Eut-il cru lui-même si on le lui avait annoncé que ce qui lui manquerait en premier chez cet aristocrate qui lui payait ses fantaisies, ses habits, sa nourriture et sa protection depuis un bon siècle de cela ne serait ni l'argent, ni la sécurité, mais bien le plaisir qu'ils s'offraient mutuellement chaque soir.
Voilà un trop long moment qu'il avait quitté Karond Kar. Ce n'était pas sa faute pourtant. Il avait certes pris plaisir à se donner en spectacle devant foule, les elfes oisifs pullulant dans les rues de la cité aux esclaves, et il avait fait de beaux discours sur les petites choses que les grands nobles de la cité ne voulaient pas que l'on sache. Forcément, ils avaient voulu sa mort, mais était-ce sa faute à lui s'il ne pouvait empêcher sa soif de popularité de le pousser à recommencer chaque fois que son fortuné mécène lui faisait promettre de cesser ces spectacles grotesques et dangereux ?
De sa main droite, il donna un coup de tapette à mouche d'une virulence inouïe contre les accoudoirs de son siège. Il eut soudain envie de voir tous ses ennemis devant lui, et de les massacrer. Il en aurait été capable, il en était persuadé. Avant de se dédier aux arts dramatiques et de se donner sur scène, avec peu de succès, pour ensuite se donner littéralement, avec bien plus de succès, il avait pourtant été un tueur sauvage. Son corps svelte et presque adolescent, sa peau délicate et sa mine suave faisaient presque oublier son origine bestiale, sa peau cendrée, ses yeux ardents, sa naissance parmi les ombres. Baste. Après tout, cela aussi plaisait à son amant.
Il remua distraitement sa tapette à mouche, sans objectif de frapper un moucheron en particulier, juste le désir de les éloigner de lui. Depuis le début de ce voyage il avait vu tant de ces insupportables insectes qu'il avait presque eu le temps de se faire à leur présence, ou en tout cas de comprendre qu'il ne parviendrait jamais à les exterminer même avec toute la volonté du monde. Ce périple s'annonçait désagréable au possible, mais à la clé, un trésor l'attendait. Un trésor tel qu'il ne serait peut-être plus jamais dépendant de qui que ce soit.
- Ce qu'il peut faire chaud. dit-il avec un regard rouge infâme vers ses esclaves.
Il se demandait s'il ne pourrait pas oublier son inconfort en s'amusant avec l'un d'eux.
C'est alors qu'un bruit de pas pressés lui fit prestement tourner la tête. Sur le pont arrivait un elfe au visage confus. Theyclos. Impossible de ne pas reconnaître cet incapable, la lie de la marine de Karond Kar, l'un des pires corsaires que l'on puisse imaginer, si bas, si couard, si méprisable…
- Messire Phy'lis ! Vous avez vu ! Nous sommes arrivés en Lustrie.
- J'ai bien vu, cher… associé. Vos compétences de navigateur nous ont évité de nous perdre dans l'océan et permis d'échapper aux nombreux dangers qui le parcourent mais… ne criez pas victoire trop tôt, voulez-vous ? Pour l'instant j'essaie de me…
- Par Khaine ! Regardez-moi ça !
Rares sont les elfes plus maladroits que ce Theyclos. La maladresse n'était pas chose commune chez cette race, mais ce corsaire-là était tout sauf commun. Tandis qu'il se dirigeait brusquement vers le bastingage, Phy'lis eut une vue splendide sur la gauche de sa tête et aperçut entre les cheveux blancs délavés l'immonde cicatrice laissée par son oreille manquante. Sans doute cette perte était ce qui lui déséquilibrait la tête. Comment sinon un elfe aurait pu être chassé de la marine ? Celui-là était passé par on ne sait quels chemins tordus avant d'être débarqué à Karond Kar avec interdiction de remonter sur une arche noire, et Phy'lis l'avait au final ramassé dans les rues de la cité portuaire, seul, ruiné, mais avec sur lui une carte si précieuse que le sombre tragédien n'aurait pas pu laisser passer une telle occasion.
Theyclos avait passé un moment à trainer chez les races inférieures, et il était revenu avec cette carte qui valait un trésor. Il avait fallu, pour pouvoir revendiquer l'or des fameuses cités cachées dans la jungle, que Phy'lis intègre ce monstre de démence dans son équipage. Si à l'époque il avait su quel mépris il concevrait à l'encontre de cet énergumène, il l'aurait plutôt assassiné pour avoir la carte. Mais à ce moment-là il avait besoin des relations du vieux corsaire pour recruter parmi d'autres parias, des rejetés, des oisifs sans emploi car des esclaves faisaient tout à Karond Kar. En somme, son équipage était un sous équipage. Fort heureusement, dans cette course au trésor ils n'auraient à affronter que des sous-êtres.
Et puis, Theyclos était le seul elfe en qui il puisse avoir assez confiance, car le seul assez fou pour n'avoir aucune hésitation sur ce voyage. Même les elfes d'armes, d'anciens camarades affrelances que Phy'lis avait embauchés en empruntant pour les payer immédiatement, ne semblaient pas enthousiastes à l'idée de s'enfoncer dans les ténèbres verdâtres et hurlantes de la Lustrie.
- C'est la jungle ! s'exclamait Theyclos, la voix tremblante d'un soupçon de rire. Cet masse infecte et purulente de vie criante ! Galopante ! Hostile ! Cet amas bourbeux, amoncellement gargantuesque unissant en un pandémonium archaïque la pression suppurante de milliards de bêtes et d'insectes qui à l'unisson dans une cacophonie horrible se tuent ! se dévorent ! et forniquent !
Phy'lis eut un geste de lassitude, caressant la mèche de cheveux qui retombait sur son front, et se levant il se dirigea vers Theyclos en remuant sa tapette à mouches.
Le corsaire fou tourna vers lui deux yeux rieurs.
- La jungle dans sa splendide laideur n'est rien moins que la preuve ultime et croupissante que nulle harmonie sous quelque forme qu'elle soit n'existe en ce bas monde ! Un chaos verdâtre et maléfique qui n'a pas de désir, sinon celui de se tordre dans son agonie de pourriture suintante et de tordre le reste du monde avec lui ! La jungle ! La jungle ! Vu comme vous êtes préparé, messire, vous avez toutes les chances de perdre votre peau avant trois jours !
Phy'lis lui donna en une volée une preste gifle avec sa tapette à mouche. Le corsaire parut louper un battement, puis se frotta mollement la joue.
- Merci. dit-il simplement. Lui-même se rendait bien compte que sans une légère pique, ses délires pouvaient le faire glisser trop loin pour qu'il puisse se rattraper.
- Vous finirez par me lasser, Theyclos.
Phy'lis savait ce que cette crise signifiait. Theyclos avait peur. Theyclos était un lâche, de cette race de lâche qui croit donner l'illusion de courage en faisant comme s'il connaissait la nature du danger.
- Quel imbécile serait inquiété après que nous ayions satisfait Khaela Mensha Khaine de tant de sacrifices, n'est-ce pas ? repartit le tragédien.
Le corsaire hésita avant de répondre.
- C'est bien une question rhétorique, n'est-ce pas ?
- Theyclos, vous usez ma patience. Nous autres tragédiens ne sommes pas reconnus pour notre patience, mais pour autre chose.
Par dédain, mais aussi de crainte de se voir rétorquer qu'en tant que tragédien il n'était point reconnu d'aucune façon que ce soit, Phy’lis fit une rapide volte-face et marcha en direction des esclaves qui se tenaient sur le pont avec la volonté d'être des statues, pour satisfaire aux désirs de leur maître.
- Je me souviens d’une tirade à ce sujet.
Et comme s’il se croyait sur scène, il posa un pied sur son fauteuil et se mit subitement à déclamer :


« Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
Le cœur gros de rancune et de désirs amers,
Et nous allons, suivant le rythme de la lame,
Berçant notre infini sur le fini des mers :

Les uns, joyeux de fuir une patrie infâme ;
D'autres, l'horreur de leurs berceaux, et quelques-uns,
Astrologues noyés dans les yeux d'une femme,
La sorcière tyrannique aux dangereux parfums.

Pour n'être pas changés en bêtes, ils s'enivrent
D'espace et de lumière et de cieux embrasés ;
La glace qui les mord, les soleils qui les cuivrent,
Effacent lentement la marque des baisers. »


Il s’arrêta, les yeux fermés, en transe. Une mouche vint se poser sur sa paupière.
Aussitôt il explosa, avec une grimace terrifiante qui balafra son beau visage, il s’approcha d’un pas colérique du plus proche humain, et sans cri, sans autre signe qu’un rictus furieux, il planta ses doigts dans les yeux de l’esclave, lui saisit des pans de visage qu’il arracha, puis il souleva le corps gigotant et le fit basculer par-dessus bord. Puis se tournant vers les autres, toujours forcés au silence et à baisser les yeux, il leur cria, dans leur langue cette fois pour qu’ils y comprennent quelque chose :
- Ores désormais lorsque je déclamerais des alexandrins ce sera de votre devoir de m’applaudir !
Il se retourna d’un air guindé et siffla en conclusion :
- Chacals concupiscents ! Vivement que nous rencontrions d’autres de ces animaux en route, sans quoi nous manquerons d’esclaves bientôt.
Doucement, il écarta ses bras et s’étira avec douceur, comme un petit être insouciant et confiant.
- Noyer des gens est une activité rafraichissante. Je recommencerai sûrement.



***

Avatar du membre
Essen
PJ
Messages : 0

Re: [Event RP multijoueur] La Route d'Eldorado

Message par Essen »

Felbar le Fourbe, capitaine vampire
Image


     
Aussi loin que Felbar s’en rappelait, elle avait toujours été en quête de trésors. Sa génitrice, une vampiresse qui tenait une caravane de voyante à Bourbeville, l’avait plus ou moins épaulé dans cette démarche : Felbar avait débuté en aventurière dans les coins les plus reculés du Vieux Monde et, bravoure ou folie aidant, n’avait toujours craint qu’une seule chose : la faiblesse qui arrive avec l’âge.
     Aussitôt devenue immortelle, Felbar avait poussé son audace encore plus loin : rassemblant un équipage improvisé de pirates morts-vivants, s’emparant d’un navire dont l’équipage prenait du bon temps dans une taverne, l’aventurière avait décidé de s’affranchir entièrement de l’aide des hommes et de sillonner les mers et les océans à l’envi. Les malheureux propriétaires du bateau l’arrosèrent d’injures alors que leur bâtiment s’éloignait du port ; ce fut alors que Felbar s’inventa le titre qui, pensa-t-elle, la rendrait célèbre : la Fourbe.

***
     - Quel est ton nom ?
     - Felbar le Fourbe.
     - Felbar « le » Fourbe ?
     Felbar tiqua : sa génitrice, la diseuse de bonne aventure à Bourbeville, avait expressément insisté auprès de son infante pour qu’elle emploie son titre comme si Felbar eut été un homme et non une femme. Pourquoi ? « Parce que c’est ton destin… lui avait énigmatiquement répondu la voyante. » Depuis, Felbar « le Fourbe » avait acquis une solide réputation parmi les pirates et les parias qui peuplaient la côte de l’isthme de Lustrie. Vraisemblablement, tous pensaient qu’il s’agissait d’un redoutable pirate vampire particulièrement malhonnête et vicieux. Felbar, elle, avait fini par hausser les épaules et acceptait de mauvaise grâce cette reconnaissance qui, au moins, restituait fidèlement voire enjolivait ses rapines les plus lucratives…
     - Felbar « le » Fourbe, oui, vous m’avez bien entendue, gardienne.
     - Mais vous êtes…
     - Une femme, oui, je sais ! Est-ce qu’on peut passer à la suite maintenant ?!
     Pour la défense d’Ignea la prêtresse, gardienne de l’Amaxon, il était difficile de se méprendre quant au sexe de son interlocutrice : un visage grâcieux et imberbe, de longs cheveux blancs et, surtout, des courbes proéminentes, sans parler de la voix, un peu râpeuse, certes, mais indéniablement féminine. L’élégance de l’uniforme de la capitaine, taillé sur mesure, semblait par ailleurs mettre en avant cette dualité des genres qui se profilait dans son nom.
     - Soit, soit… quelle est ta quête ?
     - Trouver les mystérieuses cités d’or !
     Felbar se sentait constamment de bonne humeur depuis qu’elle avait mis la main sur cette carte qu’elle avait acquise sur le corps encore chaud d’un capitaine certainement moins dégourdi qu’elle. Il y était question d’un endroit marqué par une croix sur le continent lustrien… Un rapide interrogatoire des pirates survivants avait suffi pour compléter le tableau : un trésor attendait, un trésor plus vaste et plus immense que tout ce dont la capitaine avait seulement pu rêver. Sa destination prochaine était toute tracée.
     La vampiresse était même déterminée à affronter ce « grand Mon’San’To » dans l’éventualité où cette amazone lui faisait trop perdre son temps. Elle portait de jolies parures, d’ailleurs… Enfin, Felbar n’allait pas s’attarder sur quelques bibelots quand une cité entièrement faite en or l’attendait.
     - Jures-tu, sur la foi que tu portes envers tes dieux, de ne causer ni dommage ni outrage au peuple des amazones ?
     - Je le jure.
     - Alors, va en paix.
     - Z’entendez ça, les cocos ? Levez les voiles, et que ça saute ! GrAaflblabl, n’hésite pas à fouetter cette bande de macaques s’ils trainent de la patte, me suis-je bien fait comprendre ?
     - GrAa…
     Le mort-vivant qui secondait la capitaine s’en alla s’assurer que les ordres étaient proprement exécutés. C’était sans aucun doute le plus capable de tous, à la fois physiquement (Felbar l’avait surpris lors d’un abordage à s’emparer d’un canon adverse et le jeter sur ses assaillants) et mentalement (malgré ses nombreuses phalanges manquantes, même la vampiresse ne pouvait l’égaler lorsqu’il s’agissait de nouer des nœuds). Un atout dans un équipage autrement sans cervelle !
     Le navire péniblement remis en mouvement, Felbar mit le cap droit dans l’estuaire du gigantesque fleuve. La jungle ne l’effrayait pas, les adversaires qu’elle rencontrerait sur la route encore moins. Elle trouverait les cités entièrement faites d’or et s’en remplirait les cales, et débarquerait avec cette cargaison à Bourbeville, et jetterait ces trésors à la figure des abrutis qui passaient leur temps à traquer du menu frétin… L’heure de gloire était proche, elle le sentait.

Avatar du membre
Alicia
PJ
Messages : 137
Profil : For 8 | End 9 | Hab 10 | Cha 12 | Int 11 | Ini 8 | Att 9 | Par 9 | Tir 8 | NA 1 | PV 65/65
Autres comptes : Martin, Yen Xishan

Re: [Event RP multijoueur] La Route d'Eldorado

Message par Alicia »

Alicia de Meissen, contre-amirale de la flotte de la Nouvelle-Altdorf
Image
Le Saint Empire de Sigmar... Une nation autrefois divisée, par les intérêts mesquins d'aristocrates intrigants, aux cours infestées de traîtres et de cultistes, aux guildes remplies de canailles parjures et toujours plus cupides, aux rues remplies de pouilleux fuyant la misère des campagnes, mais également de mutants, venus proférer de sinistres prophéties aux oreilles d'ouailles perdues et crédules, des campagnes où les charrues ne passaient plus, aux puits où l'eau était poison, faute aux cadavres laissés pourrir dedans, fruit des vendettas et guerres civiles incessantes auxquelles se livraient nobles et moins nobles propriétaires terriens. Du chaos dont profitaient les bandits, les hommes bêtes et les mutants pour pulluler comme des asticots sur un corps pourri.... Des Églises, aux fondateurs dévoués à l'Unité et l'Hégémonie impériale sur les autres races du vieux mondes, détournées de leurs buts, plaçant à leur tête arrivistes, cyniques et incroyants, dévoyant le clergé, souillant la foy et la détermination des plus pieux...

C'était une terre de pestilence et de haine, livrée au chaos, à l'anomie, que feu Magnus le Pieu, sacré Empereur par la Grâce des Dieux de l'Empire, avait ressorti des fins fonds de l'enfer pour lui rendre sa grandeur, et détruire l'envahisseur chaotique, purger les forêts des bêtes et monstres les peuplant, et rétablir la loi, l'ordre et la foy, des plages du Nordland aux chaumières du fin fond de la Sylvanie, du delta du Reik aux forêts de l'Ostland.

Et aussi rapidement que Magnus sauva l'Empire de la décadence, du chaos et de la médiocrité, ses successeurs livrèrent celui ci aux mêmes maux qui l'avaient tant affaiblis. Ces mêmes maux que le génial Karl Franz avait eu à annihiler pour accéder à cette charge suprême qu'était la dignité impériale. A imposer son règne sur des princes électeurs rebelles et rétifs à se soumettre à un souverain puissant, véritablement digne de cette noble nation qu'était l'Empire.
L’Empereur Karl Franz est le plus grand homme d’état du Vieux Monde, maître incontesté des arts et des sciences, un innovateur en matière militaire et un valeureux guerrier, n'ayant pas à pâlir au niveau de ses accomplissements par rapport à Magnus le Grand ou même, selon ses plus grands admirateurs, Sigmar lui même... Grâce à ses efforts, l’Empire a prospéré sous son règne. L’École Impériale d'Ingénierie s’est développée, les Collèges de Magie ont gagné en puissance et l’armée a volé de victoire en victoire, soutenue par une industrie et des ateliers toujours plus productifs. Chaque jour, les ingrats minerais de fers sont transformés en acier pour ses armées. Chaque semaine, de nouveaux canons sont fondus pour ses navires. Chaque mois, de nouveaux navires à trois mats sortent des chantiers navals de Neus Esmark.
Les efforts incessants des comtes du Nordland et de l'Ostermark pour accroître leurs marines de guerre sont récompensés par davantage de drakkars norses envoyés par le fond, par toujours plus de navires s'acquittant de l'Öresundstullen. Un effort qui paie, la côte Nord de l'Empire, longtemps ingrate charge pour le Sud, finissant par devenir un façade maritime parvenant à disputer le poids d'Erengrad dans les échanges commerciaux de la mer des griffes. Les flots de Karls d'or et de marchandises se déversent dans les provinces du Nordland, à mesure que Marienburg perd quelque peu de son monopole. Les colonies d'Albion et du nouveau monde voient chaque jour de nouveaux colons impériaux, bons sujets de sa majesté impériale Karl Franz, défricher toujours plus de terres pour la plus grande gloire de Sigmar.

Longtemps divisé, moqué et rabaissé pour ses luttes et querelles intestines, son impuissance à imposer son droit d'ainesse sur les autres nations voisines, que ce soit l'orgueilleuse Bretonnie, l'arrogante Ulthuan, la perverse Marienburg, les fières cités de Tilée ou l'anarchie régnant dans les frontalières, toutes finiront par s'écraser devant la puissance impériale. Das Imperium regiert die Wellen ! Fluctus terrae regnat Et Imperii !!!

En cette ère de progrès et de puissance, l'Empire étend son influence, augmente son commerce et impose sa juste et totale emprise sur le monde. Pas une nation ignore sa gloire ! A la cour même du puissant Cathay, ses ambassadeurs sont reçus avec honneur. Les souverains indisciplinés d'Inja se concurrencent pour recevoir ses envoyés, chacun déployant davantage de trésors que ses rivaux. Le lointain Nippon ouvre ses ports et ses âmes aux mousquets et missionnaires impériaux, tandis que les jaloux gredins et pirates de Marienburg voient leurs marges et monopoles être battus en brèche.
Même ces jaloux et hautains d'asurs ne peuvent qu’accepter malgré eux la puissance de Ses flottes et armées se répandant sur les océans et les continents. Ulthuan est désormais à portée de canons, et ces arrogants longues-oreilles se doivent de composer sur leurs mers et dans leurs colonies avec les marchands et marins de du Saint Empire de Sigmar.

C'est un véritable Âge d'Or que le règne du Puissant Karl Franz, élu de Sigmar et souverain incontesté du Vieux monde. Karl Franz, Nec Pluribus Impar !
Et pour toujours accroître la précision des cartes, pour amener toujours plus de conquêtes jusqu'à la cour impériale d'Altdorf, on épargnait nullement les karl d'or pour financer expéditions vers le lointain. Ainsi avait on financé la première circumnavigation effectuée par une armada humaine. Ainsi avait on colonisé les côtes orientales de la Lustrie. Ainsi de toutes aussi nombreuses expéditions s'étaient lancées dans les jungles du continent inconnu, cet enfer vert où seuls les plus courageux et intrépides s'en allaient, pour revenir couverts de richesses et de gloire... Ou pas du tout.


Alicia de Meissen était de ceux là. Inquisitrice. Exploratrice. Aventurière. Mais surtout loyale servante de Sigmar, de l'Empire et de l'Empereur. Vétérane de l'extermination de l'hérésie norse. Chevalière de l'ordre de la flamme purificatrice. Baronne de Soya. Et contre-amirale de la flotte de la Nouvelle-Altdorf, cette colonie-capitale du Nouveau Monde.
Au départ simple officière de l'expédition aux ordres du Feldmarshall Hoffenbach, elle avait eu à prendre le commandement de cet infâme merdier dans lequel l'homme les avait fourrés. Encore peu aux faits de l'environnement particulier de la Lustrie, l'homme, tout juste débarqué, avait mené l'expédition dans les denses jungles du continent. Problème, tout nouvel arrivant se devait de rester à la Nouvelle-Altdorf, le temps de contracter les maladies que le climat chaud et humide de la région ne manquant de vous offrir en guise de bienvenue. Vos chances de survies étaient alors biens meilleures quelques mois après.
Mais non. Il avait insisté pour partir avant de tomber malade. Une histoire de concurrents marienbourgeois à dépasser, certainement aussi stupides que lui pour ne pas prendre le temps s'adapter au climat local. Ainsi avait elle, en tant que spécialiste de la région, finit par se joindre à son expédition. C'était sa première à lui, mais elle, avait déjà fait l'expérience du coin par trois fois, dont une avec le célèbre Markus Wulfhart, aujourd'hui gouverneur des colonies, depuis la perte malheureuse d'une jambe, partie dans la gueule d'une saloperie de lézard géant.

Les membres de l'expédition comptaient un botaniste du collège ducal de Talabhein, une dizaine de joueurs d'épées importés du continent, plus occupés à suer, jurer et sentir la transpiration qu'autre chose, un élementaliste de l'eau, du
château Teufel, plutôt utile et endurant, une quinzaine de mules et autant de porteurs, deux éclaireurs halflings et une large compagnie d'épéistes et lanciers stirlandais, prélevés à la garnison de la nouvelles Altdorf. Pas de quoi casser trois pattes à un canard, mais au moins assez solides pour ne pas flancher lorsque confrontés à un gros lézard pouvant vous engloutir tout entier ou tout aussi bien vous réduire en purée en vous piétinant. Puis sorti de nulle part, un tueur nain.
Le passage par les marais avait coûté à l'expédition son État major, par maladies et accidents malheureux. Alicia, cinquième dans la chaîne de commandement, avait donc du prendre en charge celui ci, après le décès de ses supérieurs dues à : la maladie - ô quelle surprise - , une grenouille venimeuse, un serpent dans la botte de l'autre, et le Feldmarshall ayant vu son canoë renversé par un dragon des marais, une créature reptilienne dotée d'une solide dentition, se faisant passer pour un morceau de bois flottant dans l'eau, avant de sauter sur une proie facile passant à proximité. Dans le chaos de l'incident, ce dernier avait été perdu, sans doute mangé par la créature, comme plusieurs dizaines de bons soldats... Morr ait leur âme. L'un des sous officiers s'était même fait mordre par des fourmis venimeuses à une occasion ; son agonie avait durée une bonne heure, refusant de se faire égorger proprement, préférant souffrir une heure durant du venin. Le moral en avait pris un coup.
Et puis on avait découvert le premier charnier. Des têtes mises sur des piques, des cadavres suspendus à des lianes, en-dessous desquels quelques jaguars se nourrissaient sur ceux qu'ils étaient parvenus à décrocher. Et à l'autre bout de la clairière, ceux responsables pour ce massacre.
Les cadavres étant humains, mais n'abordant pas de signes impériaux, ce devait être les concurrents évoqués quelques jours auparavant. Quand aux bâtards en armure en face....

Soldats.... Déployez vous en ligne. Vous en avez mare de patauger dans de la boue de latérite, de subir la piqure des moustiques, les morsures des fourmis et tous ces autres foutus parasites si tendres à notre existence ? Réjouissez vous, car en face de nous se trouvent des êtres faits de chaire, de sang, et puants la merde lorsqu'on leur ouvre en grand la bidasse. Et vous savez quelle est la meilleure !? Leurs vivres ! Ce soir nous festoyons avec leurs réserves d'alcool ! Alors ! Qu'en dites vous mes puants plein de sueur et de rage !? Allez vous laissez ces chiens décamper avec leur alcool !? Ou bien irez vous leur donner le bonjour en leur faisant un grand câlin, pour faire afficher à leurs visages un deuxième grand sourire au niveau de la gorge ? leur demanda-t-elle sur le ton d'une mère s'adressant à ses enfants pour leur proposer au choix des choux de Sylvanie ou une tarte aux pommes.


La réponse unanime et bruyante ne laissa aucun doute sur le choix et la motivation des troupes.


C'est bien ce que je pensais, répondit elle tout bas, alors qu'elle sortait de son fourreau cette vieille compagne qui avait si bien tranché, éviscéré et empalé au cours des années...
Alicia, voie du répurgateur

L'innocence n'existe pas il n'y a que des degrés de culpabilités

Profil: For 8 | End 9 | Hab 10 | Cha 12 | Int 11 | Ini 8 | Att 9 | Par 9 | Tir 8 | NA 1 | PV 65/65

Ici la dernière aventure de la déchue.... Eldorado !

Avatar du membre
Essen
PJ
Messages : 0

Re: [Event RP multijoueur] La Route d'Eldorado

Message par Essen »

Qracl'Naui, kroxigor, et Tixyixyon, skink chef de cohorte
Image





      L’équipage du Rat Volant avait le moral dans la cale du navire. Cale qui n’existait plus d’ailleurs, ce qui donnait le ton.
 
      Depuis la barre du… appelons cela un véhicule capable de flottaison, le capitaine actuel réfléchissait longuement à ses options. Crochax, huitième du nom depuis le départ des environs de Skarogne, était en effet en proie au doute. La carte qu’ils avaient récupéré sur un navire de pitoyables choses-hommes les avaient amenés sur les côtes de Lustrie. Or maintenant qu’elles étaient en vue, Crochax le huitième se disait que Crochax le second avait peut-être eu raison de vouloir faire rentrer le navire au port du clan Scorbut. Certes, Crochax le troisième avait aussitôt saisit l’occasion pour le décapiter… Et maintenant que le capitaine en poste y pensait, chaque proposition de faire demi-tour avait été suivie par un remaniement managérial rapide.
 
      Finalement, au Chaos les doutes ! Certains pourraient y voir un signe que l’expédition était vouée à l’échec, mais le capitaine Crochax ne reculait pas devant l’adversité ! Ce qui était pratique pour ne pas avoir à admettre aux amiraux de la Sous-marine que l’expédition n’avait servi à rien. Mais la gloire les attendait !
 
      En tout cas, la jungle éternelle s’étendait à perte de vue et l’embouchure du fleuve Amaxon était tout sauf calme. D’autres misérables embarcations de choses-elfes et choses-hommes se pressaient déjà pour s’y engouffrer les unes après les autres. Pire ! De ce que le capitaine voyait grâce à son maletélescope, certains se tiraient dessus pour se faire une place ! Inadmissible-impensable qu’on lui coupe l’herbe sous la patte, pensa Crochax le huitième en jetant à l’eau son troisième maletélescope de la semaine – ce dernier explosant l’instant d’après dans une cacophonie de systèmes en surchauffe. Comprenant que la carte n’était pas aussi unique que Crochax premier le clamait, le huitième hurla une série d’ordres à ses rats-marins : Que les rat-ogres mutants qui tiraient l’embarcation, les rats-thons, s’activent !

      « Nous avons un trésor à récupérer-voler ! Arrrhhg ! » tenta-t-il de crier pitoyablement à la fin. Mais définitivement, seul Ratkam le Vert, l’unique tentative de variation entre le 4e et le 5e, y arrivait proprement. Quel dommage que cette corde importante ait rompu au mauvais moment. Terrible-tragique, oui-oui.

      Or, peu de temps après la volée d’ordres, un skaven sortit du rang, dague en bois de bastingage à la main, et invectiva l’officier du moment :
 
      « Je suis Crochax le neuvième ! Oui-oui ! Et… BLAM ».
 
      Le pistolet aux proportions dantesques encore fumant, le capitaine actuel se pencha vers la foule amassée sur le pont. Son manteau miteux bien trop grand pour lui jouant étrangement en sa faveur. Ou alors était-ce le nouvellement créé grand trou dans la coque qui prenait l’eau ? Ou bien tout simplement le rat-ogre apathique qui trônait derrière le capitaine qui, dès son ascension, avait compris qu’un garde du corps était pratique. En tout cas, il foudroya du regard son équipage de mutins.

      « Quelqu’un veut devenir le dixième Crochax ? » – Un silence constitué de museaux baissées fut la seule réponse. – « Bien-bien. Alors à vos postes-terriers !! Et que les canons soient prêts-prêts à tirer-brûler ! Ou c’est vous qui servirez de munitions ! »
 
      L’équipage courut alors en tous sens pour tenir son poste. Or, comme certains desdits postes étaient occupés par plusieurs skavens en même temps et que d’autres avaient été changés en fonction des manies des capitaines au pouvoir, le résultat fut surtout un concerto incompréhensible d’hommes-rats faisant semblant de travailler pour ne pas servir de cibles d’entrainement l’instant d’après.

         Quelques heures apocalyptiques plus tard, le Rat Volant s’engouffrait miraculeusement dans le fleuve Amaxon avec un quart d’équipage en moins, mais deux bons tronçons de coque étrangère en plus. De bons résultats, d’après le capitaine. Une fois sûr que la haute mer n’était plus en vue, ledit capitaine décida de faire mouiller son navire pour réparation – ou du moins, encore plus de réparations – dans un renfoncement caché à moitié par la végétation. Un des rats-thons avait été blessé dans les échauffourées et deux mutineries avaient été heureusement empêchée par l’arrivée fort pratique de pirates estaliens. Un peu de calme ne ferait pas de mal. Surtout que quelques membres d’équipage se plaignaient de piqûres d’insectes un peu trop envahissants.

      L’ordre fut ensuite donné de jeter le rat-ogre garde du corps par-dessus bord. Surprenant au premier abord, la décision était en fait logique. C’était une question d’économie et de pragmatisme. Pourquoi avoir un rat-ogre au rabais avec des branchies s’il prenait de la place sur le pont ? Un greffage d’ancre rouillée, une chaine solide et un gain conséquent de place plus tard et le rat-ancre était né. Certes, le capitaine était aussi peu jouasse à l’idée d’envoyer par le fond son assurance-vie-santé ambulante, mais ça marchait.

      Arpentant le pont bancal de son rafiot, heum, glorieux esquif, bien entendu, Crochax huitième du nom observait ses escl… fidèles marins au travail. La moitié de ces derniers récupéraient des troncs flottants dans les environs pour procéder aux réparations pendant que le reste des troupes écopait à toute vitesse pour se garder à flot. Tout allait bien donc. Jusqu’à ce qu’un des troncs ne prenne vie, se saisisse d’un marin malchanceux avec des mâchoires ornées de beaucoup trop de dents et ne l’envoie valdinguer plusieurs mètres plus loin avant de replonger aussi sec.
 
      Pour la première fois depuis le début du voyage, le silence s’installa sur le pont du Rat Volant alors que l’équipage observait avec horreur, eh bien, le vol d’un des leurs avant qu’il ne s’écrase dans les marais environnants. Il y eu quelques piaillements paniqués qui se muèrent en un gargouillis de chair broyées, puis rien d’autre que le calme moite de l’enfer vert. De l’avis du capitaine, ce petit abri forestier d’un vert luxuriant venait de devenir sensiblement plus étouffant. Surtout qu’il lui avait semblé l’espace d’un instant que le tronc tueur avait des écailles.

      « Re… Remontez le rat-ancre ! Vite-vite ! » couina-t-il alors que de la sueur dû à autre chose que la température ambiante s’accumulait sur son front.

      Sortant de leur torpeur et n’écoutant que leur courage, quelques hommes-rats filèrent s’équiper d’armes en tout genre et des coups de feu partirent dans l’eau ou ailleurs, causant une demi-douzaine de pertes. Mais dans le brouhaha naissant, certains gardèrent assez de calme pour obéir. Après tout, le capitaine avait visiblement commencé à recharger son arme de prédilection. La chaine fut alors ramenée péniblement, mais pas bien longtemps car un soubresaut sembla la coincer net. Les hommes-rats des mers tentèrent bien de forcer, mais elle ne bougeait pas d’un poil. Crochax abattu un des vils traîtres fainéants qui sabotait ses efforts, mais cela ne fit rien pour arranger les choses.

      Du moins, c’est ce qu’il pensa sur le moment, car quelques secondes après, la chaîne se libéra d’un coup sec et remonta brusquement. Le choc fut si abrupt que les skavens en charge de la remonter se vautrèrent les uns sur les autres tant et si bien que seul le capitaine put remarquer le problème : la chaîne venait de faire surface et il n’y avait pas de rat-ancre au bout. Ses yeux rouges fixé sur les derniers anneaux tordus par une force inexplicable, le capitaine furibard se jura de se venger de ces misérables maîtres mutateurs et de leurs produits inutiles qui fuyaient tout seul alors qu’on avait besoin d’eux ! Ses plaintes s’arrêtèrent quand l’ancre rouillée s’extirpa de l’eau à haute vitesse avant de retomber sur le pont avec fracas, passant à travers comme s’il s’agissait de papier mâché. Les quelques skavens encore en train d’écoper soupirèrent en chœur de désespoir.
 
      Mais si Crochax le huitième avait retrouvé son ancre, le rat-ogre censé être au bout n’y était toujours pas. Et il avait à présent la terrible impression que les rats-thons n’avaient pas fait surface depuis un moment. Sentant que ce marais allait rapidement devenir son tombeau, le capitaine prit son chapeau estalien extravaguant ainsi que son manteau bouffant et les envoya au visage du premier marin qui passait en hurlant de panique. L’homme-rat abasourdi vit son capitaine le regarder solennellement dans les yeux avant de lui décocher un :
 
      « Bravo-gloire à vous capitaine Crochax dixième du nom. Le Rat Cornu compte sur vous-vous. »

        Un salut surréaliste plus tard et feu le huitième capitaine sauta à l’eau pour rejoindre la berge qu’il voyait non loin. Il disparut avalé par les flots l’instant d’après. Tout comme le rafiot skaven d’ailleurs qui s’éventra en plusieurs morceaux, emmenant avec lui bon nombre d’hommes-rats couinant des insultes envers les écopeurs de service qui essayaient de flotter dans leur seau improvisé.

      Les rares survivants refirent surface au fur et à mesure, crachant de l’eau vaseuse à tout va, s’accrochant à des bouts de bois pourris ou d’autres hommes-rats avec des résultats mitigés. Mais tous finirent par tourner leur regard vers la forme qui ouvrait les flots en ondulant une dizaine de mètres plus loin. Certains reconnurent le tronc. La panique reprit de plus belle. La forme devint reptilienne et il n’était pas seul. Sur son dos, se tenait une sorte de lézard humanoïde de relativement petite taille. Doté de fines nageoires sur ses flancs, sa peau écailleuse détrempée luisait au soleil, mais pas autant que la haine viscérale qui habitait son regard.
 
      « Xa’kota loq ! » piaffa-t-il énergiquement en levant sa lance, sa crête d’un vert vif vibrant avec son cri de guerre.
 
      D’autres lézards se révélèrent alors, nageant à une vitesse considérable autour de la forme massive dont les ondulations continuaient à prendre en amplitude. Il ne fallut pas longtemps à la cohorte pour atteindre ses proies qui hurlaient de terreur en pagayant pitoyablement pour s’éloigner. Trop peu, trop tard, le colosse reptilien plongea et resurgit avec force, dévoilant toute sa masse aux hommes-rats qui se firent happer dans un fracas d’eau et de vase. La dernière chose qu’ils virent fut son masque ouvragé d’os et d’or qui recouvrait sa gueule carnassière. Ceux qui étaient hors de portée se mirent à sombrer subitement, tirés par en-dessous par des forces invisibles. Les uns après les autres, ils coulèrent pour ne jamais remonter, jusqu’à ce qu’il n’en reste aucun.

        La quiétude qui suivit s’éteignit progressivement alors que la jungle se remettait à vivre normalement. Vibrante de vie, alors que les cadavres faisaient surface dans un eau souillée par un sang noirâtre. Puis, les flots s’ouvrirent une nouvelle fois, révélant les prédateurs du jour. Triomphants mais silencieux, ils contemplèrent leur œuvre avec satisfaction. Certains nettoyaient leurs épées et lances du sang qui les tâchaient encore. Tixyixyon, le chef skink de la cohorte leva une main palmée et avec quelques cris brefs et mouvements de crêtes indiqua qu’il était temps de partir. Les blasphémateurs du rat avaient été vaincu, mais il en restait d’autres. Et les sangs-chauds qui étaient déjà passés avaient pris de l’avance, trop d’avance. Quelle que soit leur destination, ils devaient être arrêtés aux noms des anciens. Et…
 
      S’arrêtant dans son discours, le chef de la cohorte se tourna vers le kroxigor masqué qui se tenait encore à moitié dans l’eau, un cadavre de skaven dans la gueule qu’il mâchonnait lentement par intermittence avec moultes craquements visqueux.

        « Qracl’Naui ! » invectiva le skink.

      Le susnommé kroxigor tourna la tête vers son camarade d’éclosion, l’observa un long moment, puis recracha la pulpe d’homme-rat et entreprit de nettoyer crument son masque cérémoniel. Les quelques décorations de bronze et d’or sur son torse clinquant à tout va alors qu’il s’agitait de la sorte.

      Dans un soupir semblable à un sifflement, Tixyixyon donna l’ordre du départ. Puis, avec quelques mouvements agiles, il alla se placer sur l’épaule de son compagnon de toujours qui grogna doucement avant de se diriger dans la direction qu’on lui montra. Certes, il fallut quelques coups de hampe à l’arrière de sa nuque épaisse et des ordres supplémentaires pour lui rappeler qu’il devait reprendre en main sa masse, qui était attachée à son poignet droit par une chaîne, mais dans l’ensemble tout allait bien. Le tupac skink se dit une nouvelle fois qu’il devrait faire comprendre à Qracl’Naui que jouer avec sa nourriture n’était qu’une perte de temps, mais le spectacle avait quelque chose de plaisant. En tout cas, ce fut après une nouvelle prière fervente envers Tzunki que l’équipée s’enfonça dans la jungle, laissant derrière eux un massacre de plus.

        Pourtant, malgré cette victoire, l’esprit du skink était en plein ébullition depuis plusieurs jours. Les slaans ne donnaient pas d’ordre, alors tout était permis. Que les sangs-chauds traversent Tlanxla ou même Chaqua et il leur en couterait. Ils voulaient de l’or ? Ah ! Tixyixyon se jurait de le verser en fusion dans leurs gorges pour leur en faire passer le goût. Le grand Dessein n’avait pas besoin d’eux en ces lieux et ils allaient le comprendre. Ils devaient payer leur affront, chèrement.
 

      La chasse commençait et elle durerait aussi longtemps que le skink le souhaiterait.

-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-*-


Avatar du membre
Essen
PJ
Messages : 0

Re: [Event RP multijoueur] La Route d'Eldorado

Message par Essen »

Capitaine Sarquindi, du Rêve d'Atharti
Image

Plusieurs nuits plus tôt, dans le port de Sardossa. Sur le pont pourri de la Terreur des Abysses, un bandit de grandes routes commerciales fait les cent-pas autour de la table sur laquelle Drekla dessine minutieusement une carte.


Capitaine Kuhboden: se penchant par-dessus l'épaule de Drekla
Alors? Vas-tu finir ma carte?

Drekla:
Oui, j'y travaille

Capitaine Kuhboden :
Dessine-moi mieux la cote, que je me repère bien

Drekla:
Tout sera comme il faut, je mets tous les détails.

Capitaine Kuhboden:
Allez! dépêche-toi! J’appareille au matin.

Harkon: criant depuis le pont inférieur
Tu vas trop lentement! accélère le dessin!
Va plus vite et tant pis si ça manque de soin!

Drekla: soupirant
A vos ordres capitaine. J'ai bientôt terminé.

Harkon: criant depuis le pont inférieur
Et surtout prends le temps de tout lui annoter.

La plume de Drekla fait encore plusieurs aller-retours entre l’encrier et le parchemin.

Capitaine Kuhboden: agacé :
Ça me suffit comme ça. Donne-la moi, mort-vivant.

Harkon: criant depuis le pont inférieur
Et n'oublie pas la croix! c'est le plus important

Drekla: rangeant sa plume
Voilà c'est terminé. Bonne traversée Monsieur.

Capitaine Kuhboden:
C'est ça, c'est ça. Merci. Allez! donne-moi la carte.

Il prend le parchemin des mains de Drekla qui se contente de souffler une fois que l'homme est parti.

-----------------------------------------

Quelques jours plus tard, sur les côtes du Nordland. Le Capitaine Kuhboden est dans un vieux lit, dans une petite pièce pauvrement meublée. Il porte un gros bandage de chiffon brun ensanglanté autour du crâne. Un vieil homme entre et ouvre la fenêtre. Le blessé se réveille en grognant.

Giles:
Ailen ! Viens vouèr ! Y’a l’marin qu’a l’air de bouger.

Capitaine Kuhboden:
J’étais sur mon navire… Que m’est-il arrivé ?

Giles:
T’agite pas mon petiot, c’est pô bon pour s’que t’a.

Ailen: entrant dans la pièce
Il m’a pô l’air en forme quand même ton marin là.

Capitaine Kuhboden:
Il y a eu une tempête… Un monstre…ça me revient
Suis-je tombé à l’eau ?

Giles: s’approchant du blessé pour regarder le bandage
C’est pô beau à r’garder
Y’a du sang de partout et du pus su’l’coté.

Ailen: agacée
Est-ce qu’il avait besoin de v’nir crever chez nous ?

Capitaine Kuhboden : à part et grimaçant de douleur
Je n’entends pas leur langue mais je crois deviner
Que je n’ai dans ce monde plus très longtemps à vivre.

Giles : à Ailen
Tu comprends s’qu’il a dit ?
Ailen:
Pô ben. C’est d’l’étranger.

Capitaine Kuhboden:
La douleur est immense ! Adieu braves paysans !
Quelle tristesse de mourir ailleurs que sur les flots !
Moi le grand capitaine je meurs comme un manant !
Je n’ai eu de cet or qu’offre le monde nouveau
Qu’un rêve de papier…

Dans un dernier geste rageur, il tire la carte au trésor de sa chemise et tombe du lit, la main crispée.

Giles :
Par Sigmar, il est mort.

Ailen :
Vu ce qu’il avait pris, c’était pô surprenant.

Giles: prenant la carte
Qu’est-ce que c’est ce dessin ?

Ailen:
J’sais pô, c’est ben joli.

Giles:
Ça r’semble à pô grand-chose, une fôrme avé une croué

Ailen:
Va m’chercher un clou Giles, j’vais l’mettre là su’ le mur
Ça égaillera la pièce.

Giles:
Si tu l’dis ma bichette.

Ailen:
Qu’est-ce qu’on fait pou’l’marin ? Y faut qu’on l’mette en terre.

Giles:
J’avais déjà prévu un trou pou’ la nouéraude.
Tu sais c’était la vache, celle qu’avait pô l’air ben
Finalement elle va mieux, mais y’a quand même le trou
On va l’mettre là-dedans, et pis faire v’nir le prêtre.


-----------------------------


Le surlendemain, dans une des nombreuses tavernes de Neues Emskrank. Les occupants sont plutôt taciturnes, fermés, d’humeur sombre. Un marin au centre de la pièce essaye de rapiécer un vieux tricorne malgré la pénombre relative de la pièce. Un tout jeune prêtre entre. Il prend quelques instants pour regarder les occupants de la taverne, puis jette son dévolu sur le marin au chapeau et va s’asseoir devant lui. Il ne semble pas à son aise dans cet endroit.

Père Meable :
Bonjour brave marin. Puis-je vous déranger ?

Capitaine Pabob : se coiffant de son chapeau
Sans problème mon père. Je n’ai rien sur le feu.

Père Meable :
J’ai besoin de quelqu’un qui connait bien la mer
Et vous me sembler être tout ce que je recherche.

Capitaine Pabob :
Vous ne vous trompez pas, j’ai vécu toute ma vie
Sur le pont des navires, ou au moins dans les ports.
Que puis-je faire pour vous ?

Père Meable : sortant un parchemin de sa robe
J’ai avec moi une carte.
Une carte marquée d’une croix, et pleine de détails…

Capitaine Pabob : en chuchotant
Une carte dites-vous ? Une carte aux trésors ?

Père Meable :
Je n’ai pas voyagé mais je crois reconnaitre
Une carte de la Lustrie, la terre du Nouveau Monde !

Capitaine Pabob : suspicieux
Ces cartes sont très rares… D’où vous vient-elle mon Père ?

Père Meable:
Je l’ai trouvé chez un couple de paysans
Ils n’avaient pas idée de ce qu’ils conservaient
J’ai pu sans trop de mal les convaincre qu’il valait
Mieux que je la rachète.

Capitaine Pabob :
Je comprends, je comprends,
Si elle mène à de l’or, autant qu’elle ne soit pas
Dans des mains illettrées. Que voulez-vous en faire ?

Père Meable :
Il faut que j’aille trouver le trésor de la carte.
J’ai besoin d’un navire, et d’un bon capitaine.

Capitaine Pabob : souriant de toutes ses fausses dents
J’ai tout ça sous la main

Père Meable : enthousiaste
Quand pouvons-nous partir ?

Capitaine Pabob :
Ola ! Moins vite mon Père. Traverser l’Océan
Ne se fait pas comme ça. Il faut se préparer.
Et puis en ce moment, la mer n’est pas très sûre,
On aurait vu au sud une flotte de pirates
Aux oreilles pointues, de la plus sombre engeance…

Père Meable :
Mais il faut aller vite ! Imaginez un peu
Que quelqu’un d’autre sache, et trouve l’or avant nous !

Capitaine Pabob :
Si vous baissez la voix, personne ne le saura.
Bon, écoutez mon Père, je vais y réfléchir.
Donnez moi cette carte que je puisse l’étudier
Et demain je pourrai vous dire quand amarrer.

Père Meable : soudain méfiant
Je préfère la garder… Ne le prenez pas mal…

Bobby le marin qui fait irruption : Faisant irruption dans la taverne
Alerte ! On nous attaque ! Ils arrivent par le port !
Les pirates elfes noirs ! Fuyez tous ! Ils sont là !


---------------------------------


Le lendemain, dans une cabine du « Rêve d’Atharti ». Le Capitaine Sarquindi est allongé dans une banquette d’une élégance sombre. Il tiens à deux doigts une main humaine qu’il déguste sans paraître accommodé par le tangage régulier du navire. Debout à côté de lui se tient l’un de ses membres d’équipage, visiblement mal à l’aise. La carte au trésor est posée sur une petite table dans un coin de la pièce.

Capitaine Sarquindi :
Comme toujours dans le nord, il est bien trop salé.

Premier marin Druchii :
Capitaine, vous savez ce que votre père pense
De vos goûts culinaires concernant les humains.

Capitaine Sarquindi : croquant une phalange
Et alors ? Il suffit qu’il n’en apprenne rien.
Si jamais ça arrive, je saurai d’où ça vient.

Second marin druchii : entrant dans la pièce en trainant le Père Meable
Capitaine, voici l’homme qui transportait la carte.

Père Meable : en pleure
Messire je vous supplie ! Epargnez-moi! Pitié !

Capitaine Sarquindi : Utilisant son repas pour pointer la carte
Cette carte au trésor, c’est à toi ?

Père Meable :
Pas du tout !
Je ne suis qu’un pauvre homme qui prie toute la journée !

Capitaine Sarquindi : à ses marins
Vous l’avez eu sur lui ?

Second marin druchii:
Il la cachait très mal
Au milieu de ses robes.

Père Meable : Se jetant à genoux
Par Sigmar, oui j’avoue ! La carte était à moi !

Capitaine Sarquindi :
C’est plus honnête ainsi. Dis-moi petit humain
A qui as-tu parlé de ce trésor ?

Père Meable :
Personne !
Enfin… Si… Un marin, mais il est dans vos cales
Il était enchaîné à quelques rames de moi.

Capitaine Sarquindi : reprenant son repas
Très bien. Merci beaucoup.

Père Meable :
Qu’avez-vous faire de moi ?

Capitaine Sarquindi :
Je ne sais pas encore. Mais nous allons trouver.
Que venais-tu chercher si loin de ton couvent ?

Père Meable : hésitant
Je voulais un navire… Pour aller en Lustrie…

Capitaine Sarquindi : Riant
Tu ne manques pas d’audace, pour un humain j’entends.
Et pas de chance non plus, te voilà en pleine mer.

Premier marin druchii:
Si je puis me permettre, il pourrait être utile
Pour battre la mesure de nos nouveaux rameurs.

Capitaine Sarquindi :
C’est une très bonne idée ! Voilà ton choix humain :
Rejoindre ton dieux Morr ou devenir pirate
Sur le plus beau navire que tu verras jamais.
N’est-ce pas une offre honnête ?

Second marin druchii :
Et même plus qu’honnête.

Père Meable : tremblant
Je ne veux pas mourir ! Je prends le deuxième choix !

Capitaine Sarquindi :
Excellente décision. Bienvenue à mon bord.
Mais il te manque encore tes quelques accessoires
Pour être un vrai pirate : Crochet et jambe de bois.
Mais ne t’inquiète pas, tu en auras très vite.

Second marin druchii : souriant
C’est compris Capitaine. Nous allons l’y aider.

Il attrape le prêtre par les cheveux et le traîne hors de la pièce en souriant.

Capitaine Sarquindi : au premier marin
Quand ils auront fini, fais en sorte que sa jambe
Me soit servie ce soir.

Premier marin druchii : avec une grimace
A vos ordres Capitaine.

Capitaine Sarquindi :
Nous risquons de manquer de vivre pour le voyage
Combien d’esclaves avons-nous pris au dernier raid ?

Premier marin druchii:
Vous n’imaginez pas…

Capitaine Sarquindi :
Mais si bien entendu.

Premier marin druchii :
Mais votre père vous a ordonné d’apporter
Des esclaves…

Sarquindi le coupe d’un claquement de langue.

Capitaine Sarquindi :
Il suffit ! Je connais bien mon père.
Il préfèrera l’or que nous allons trouver
En suivant cette carte jusqu’au lieu indiqué.
Allez, assez trainé, va préparer du sel
Pour stocker les réserves. Puis rejoins moi aux rames.

Le marin sort. Le capitaine Sarquindi se lève, marche vers une armoire, en tire une longue épée dont il inspecte le tranchant. Puis, il quitte la cabine en sifflotant.

Avatar du membre
Essen
PJ
Messages : 0

Re: [Event RP multijoueur] La Route d'Eldorado

Message par Essen »

Yelmerion l'Argentée, princesse d'Yvresse
Image


     La disparition pouvait être due à n’importe quoi mais la cour royale d’Yvresse ne croyait pas aux coïncidences. Les suppôts du Chaos n’auraient jamais pu ne serait-ce que toucher la Lame, si puissante était son aura de purification de la Ruine. Quelqu’un d’autre devait avoir trouvé les moyens de s’en emparer. Dans la salle pourtant si spacieuse et si lumineuse du palais de Tor Yvresse, l’ombre de la défaite planait sur l’assemblée de nobles et de hauts conseillers du royaume ; le rapport de la délégation d’enquête envoyée au Kislev faisait état de cette perte inacceptable pour les Yvressii : la Lame Lunaire, confiée au commandant asur en charge du détachement envoyé sur le continent, avait disparu.
     
     Des remarques désobligeantes fusèrent les unes après les autres, la plupart dirigées contre l’incompétence des humains de l’Empire que le détachement avait reçu pour mission d’épauler. La Lame Lunaire était une relique inestimable, les enchantements qu’elle portait s’avéraient souvent à peine suffisants pour contrer les attaques absurdement dévastatrices des hordes démoniaques. La Lame Lunaire était avant tout une relique appartenant à la défense du royaume, et non une arme quelconque que l’on pouvait envoyer en appui à nos « braves alliés du continent ! » Sans la Lame Lunaire, plus de vies elfiques allaient être perdues dans les prochaines attaques des démons ! Quant à annoncer la nouvelle à la Tour Blanche, à qui le vieux maître du savoir et ami d’Eltharion le Sinistre avait juré sur son honneur de préserver la relique qui lui avait été jadis confiée, la cour royale préférait ne même pas y penser.

     La délégation fut la cible suivante des imprécations indignées et des premiers quolibets : leur rapport avait au moins pu comporter des indices quant au possible endroit où la Lame pouvait maintenant se trouver mais les indices présentés pointaient dans tellement de directions différentes que personne ne voulait prendre la responsabilité de prendre une décision. Mis à part les suppôts du Chaos, le rapport faisait mention d’une escarmouche avec des morts sans repos dirigés par un nosferatu puis d’embuscades tendues par des hommes-bêtes… Tout ceci avait été récupéré de l’état-major impérial, dont l’armée était lamentablement arrivée en retard lors de l’affrontement tant recherché avec les adorateurs du Chaos. Le détachement asur, encerclé, eut tenu aussi longtemps qu’il avait pu.

     Avant que les membres de la délégation ne fussent l’objet d’humiliations imméritées, les membres de la lignée royale s’insurgèrent dans le débat : le prince Eltharion étant absent de la cité pour mener le feu et l’acier sur la WAAAGH ! de Grom « la Panse » dans les Terres Arides, c’était son neveu Anaran et ses nièces Anarelle et Yelmerion qui siégeaient conjointement dans la salle du trône. Il fallut que tous les trois donnassent de la voix pour rétablir la concentration de la cour. De plus, lorsqu’il s’avéra que les courtisans donnaient des avis certes valables, mais souvent complètement opposés, les membres de la lignée royale décidèrent de se retirer pour converser séparément avec la délégation passablement secouée.

     Quelques jours plus tard, un navire de guerre quitta la baie portuaire de Tor Yvresse. À son bord avaient pris quartiers deux compagnies de la Garde Argentée et deux compagnies de la Garde des Portes, lanciers d’élite et archers respectivement. Dans la cabine des officiers, une membre de la lignée royale, un commandeur et une magicienne de la cour observaient une carte de tout le monde connu des asurs. Pour tous les trois, l’expédition qu’ils entreprenaient n’avait rien d’ordinaire dans leur quotidien : leurs ressources limitées afin de préserver le secret déshonorant de la disparition de la Lame, ils devaient retrouver la relique perdue coûte que coûte et la rapatrier au royaume, sinon… La nièce d’Eltharion préférait ne pas penser aux conséquences. Quant à leur cap, ils devaient se résigner à se fier pour cela à l’art ô combien mystérieux de la divination, que leur magicienne prétendait maîtriser suffisamment pour trianguler la position de l’artefact.
     Sur le pont, les elfes étaient confiants et croyaient en leur princesse ; le commandeur Lecmentor le Gris était un vétéran des guerres démoniaques ; quant à Azshannar la Ténébreuse, les rumeurs autour d'elle ne faisaient que jaser dès qu'elle s'absentait du pont. Les rumeurs parlaient de nécromancie et d'autre pratiques de magie interdite en Ulthuan... Malgré sa sombre réputation, la magicienne était tolérée en raison de sa puissance déconcertante contre les druchii (qui ne comprenaient pas par quelle grimace du destin une asur maîtrisait la magie noire).

     
     Grande fût la stupéfaction de tous lorsque leur périple les amena droit à l’opposé des contrées froides du Kislev, sur l’embouchure d’un fleuve vénérable que peu d’asurs avaient jusqu’à présent osé naviguer : l’Amaxon, gigantesque serpent aqueux de la Lustrie. La Ténébreuse, à l'aide de ses arcanes, était parvenue à éclaircir l'affaire pour le commandeur et la princesse : en effet, les hommes-bêtes qui dissimulaient la Lame avaient été mi-capturés, mi-décimés par des elfes noirs ; ces derniers auront voulu avoir des esclaves de Lustrie en plus et auront fini tués au fond de l'enfer vert.
     Nullement découragés par ce macabre dénouement, les asurs partirent en recherche de l’artefact à travers les épaisses jungles de Lustrie.
***
     - Je suis la prêtresse Ignea, gardienne de l’Amaxon. Vous qui souhaitez passer, répondez à mes trois questions correctement, sinon vous serez dévorés par le grand Mon’San’To.
     - Quels sont vos question Prêtresse Ignea, gardienne l'Amaxon.
     - Quel est votre nom ?
     - Yelmerion l'Argentée, nièce d'Eltharion le Sinistre et fille d'Athelrion le Vaillant
     - Quelle est votre quête ?
     - Retrouver un artéfact des miens, perdu après des multiples batailles
     - Jurez-vous sur la foi que vous portez envers vos dieux de ne porter ni dommage, ni outrage au peuple des amazones ?
     - Je le jure, aussi sur mon honneur !
     - Alors allez en paix.
     - Merci, et pussiez vous rester en paix éternellement mes sœurs.
     
     « Elfes, en marche! Nous ne sommes pas les seuls étrangers ici, le danger est partout alors restez sur vos gardes ! »

Avatar du membre
Essen
PJ
Messages : 0

Re: [Event RP multijoueur] La Route d'Eldorado

Message par Essen »

* * *
Une petite musique pour bien commencer

     La rivière baigne dans les langues de brumes qui serpentent encore, ensommeillées, dans la lumière matinale qui commence à poindre à travers les nuages sombres. Dans la pénombre, déchirant le mur végétal de la jungle luxuriante, l’entrée béante et gigantesque d’un temple s’étend vers le ciel et déverse elle aussi son flot de brume sur les flots. Ses pierres arborent des gravures qui peu à peu s’effacent face aux éléments. Sur les escaliers usés, moussus et fissurés, deux figures se découpent, faisant face à une troisième, debout dans une pirogue et prête à s’éloigner sur les eaux calmes du fleuve Amaxon.
Image
     « Vous savez ce que vous avez à faire ? »

     Appuyée par un doigt inquisiteur, la voix impérieuse de la prêtresse kalim tranche dans le bourdonnement de la jungle tout autour. La guerrière aigle, à la coiffe de plumes, hoche la tête, bien droite dans son embarcation.

     « Oui, grande prêtresse. Aller à Chaqua, sauver le plus d'artéfacts parmi les plus puissants laissés par les anciens, revenir.
     — Fort bien » approuve la kalim avec un hochement de tête qui fait cliqueter les bijoux pendant à son masque en forme de crâne humain. « Il est essentiel qu'ils ne tombent pas entre les mains des étrangers venus de l'Est.
     — Et les serviteurs des anciens ? demande alors la guerrière. Pas de nouvelles ?
     — Ils n'ont toujours rien fait contre l'invasion des navires étrangers, et nous ne savons pas pourquoi. »

     À côté d’eux, à petits pas mesurés, la noble s’est avancée, et s’immisce dans la discussion d’une voix douce, et pourtant empreinte de fermeté.
     « Qu'ils veuillent les laisser piller les artefacts de leurs anciens est leur choix, comme il est du nôtre de ne pas laisser un tel affront avoir lieu. Comme toujours, nous ne pouvons pas compter sur leur aide. »

     La prêtresse kalim comme la guerrière aigle hochent solennellement la tête dans un moment de silence entendu. L’histoire de leur peuple n’est qu’une longue liste de combats contre l’adversité. Finalement, c’est la guerrière qui relève la tête la première.

     « Et les étrangers, du fait ?
     — J'ai déjà envoyé quelques unes de mes dévotes, répond immédiatement la prêtresse, ainsi que quelques autres ... zélées que je n'ai pu empêcher de partir également. La plupart d'entre elles ont préféré prendre la voie de la forêt. Si vous arrivez à en rassembler, vous pourriez peut-être envisager de saboter l'avancée des k’in-k’ikob.
     — Cela sera fait, grande prêtresse. » répond la guerrière en inclinant la tête derechef.

     Encore une fois, la dame noble lève une main impérieuse.

     « N'oubliez pas que le plus important est de ramener les artéfacts des anciens. Tout ce que vous pourrez sauver nous aidera à renverser Ignea et ses suivantes : l'ouverture de l'Amaxon était la folie de trop.
     — Je comprends, Dame Xoc.
     — Et justement, continue cette dernière en détachant une petite bourse de sa ceinture, avant que vous partiez, nous comptions vous remettre ceci. »

     La grande dame tend à la guerrière le paquet, qu’elle recueille respectueusement dans la paume de sa main, avant d’en tirer délicatement ce qui semble être un œuf de pierre translucide, au cœur duquel semble briller une discrète lumière. La guerrière ne peut retenir un mouvement de recul, qui fait onduler les plumes de sa coiffe.

     « Un œuf du grand aigle… murmure-t-elle dans un souffle. Je… je ne peux pas accepter un tel honneur, ma Dame. »

     Mais l’intéressée referme doucement la main de la guerrière sur la pierre, dans un geste qui se veut rassurant, mais la poigne se révèle ferme et inflexible.

     « Considérez que c'est une preuve de l'estime et de la confiance que nous portons envers vous et vos chances de succès. Ne nous décevez pas, Ixi'ualpa. »

     La guerrière ferme alors les yeux un instant et, après avoir lâché un long souffle, c’est avec une énergie nouvelle dans le regard qu’elle les rouvre.

     « J'y mettrai toute ma volonté. » dit-elle simplement tout en accrochant délicatement la petite bourse à sa ceinture.

     La prêtresse hoche la tête, et le squelette de peinture blanche ondule sur sa peau alors qu’elle recule de quelques marches.

     « Nos prières vous accompagneront. Nous ferons un sacrifice à Amex pour qu'il vous guide jusqu'à Chaqua sans encombre. »

     Avec un dernier salut respectueux aux deux Amazones, Ixi’ualpa pousse doucement la pirogue, et la fait s’écarter de l’escalier sur les eaux encore calmes du fleuve. La prêtresse comme Dame Xoc la regardent s’asseoir dans l’embarcation et s’éloigner en ramant doucement et, peu à peu, la brume l’enveloppe et la fait disparaître à leur vue. Après un court moment passé à scruter le dernier endroit où la guerrière a disparu, la prêtresse kalim se retourne vers Dame Xoc.

     « Vous pensez qu'elle réussira ?
     — Si Rigg le veut. » répond l’intéressée avec un très léger mouvement d’épaules, en signe d’impuissance. « Je place plus d'espoirs sur elle que sur les sauvages droguées à la koka au-delà de toute raison que vous n'avez pas pu empêcher de partir. »

     La prêtresse ne réagit pas à la pique pourtant acerbe que la noble lui a envoyée, et se contente de continuer à regarder dans le lointain.

     « Il est dommage, alors que nous puissions envoyer d'autres guerrières comme elle.
     — Elle est la plus apte à mener à bien cette mission, répond la dame d’une voix ferme. Et nous avons besoin de toutes les mains disponibles ici, la situation est déjà assez tendue en l'état.
     — Oui. Espérons qu'elle nous revienne au plus vite, nous avons besoin de toute l'aide qu'il nous est possible de rassembler. »

     Xoc hoche la tête sans rien dire. Son regard se perd lui aussi dans les brumes. Après un dernier regard sur vaguelettes qui courent sur l’Amaxon, les deux femmes font finalement demi-tour sur les marches et disparaissent silencieusement dans l’entrée sombre et béante du grand bâtiment.
* * *
Ixi'ualpa, Guerrière Aigle des Amazones
Image
* * *

Répondre

Retourner vers « Écrits Libres »