"Melkiel et moi avons jeté notre dévolu sur l'Arabie. Connaissez vous ? C'est une vaste bande de désert au sud de nos terrains de chasse usuels. Les humains qui y vivent pratiquent l'esclavage comme nous. Ils sont assez éduqués et feront je pense de parfaits serviteurs pour les grandes maisons naggarothi. Leur propre marchandise finira sur les champs, les chantiers navals et pour amuser les harpies. Doublement rentable."
Sur le sable, un orchestre jouait ces airs martiaux et lourds si affectionnés par les Druchiis. Une fois salle comble, ils s'arrêtèrent et saluèrent le public qui s'excitait peu à peu. De la loge la plus impérieuse, une figure se dressa. Une femme elfe toute en beauté, vêtue avec des habits aussi excentriques et élégants, sa figure inébranlable se mua en un visage radieux. Elle écarta les bras comme pour étreindre les spectateurs.
"Mesdames et Messieurs ! Sujets de notre bon roi ! Fils et Filles de Karond Kar ! C'est avec une joie non dissimulée que je peux proclamer le début de ces festivités ! J'ai rassemblé des quatre coins du monde toujours plus de bêtes exotiques pour vous distraire ! Aujourd'hui encore l'Arène résonnera de vos cris d'allégresse et des supplications des vaincus !"
Ils hurlèrent comme de beaux diables. À en faire décoller les harpies juchées sur les hauteurs du Colisée avec les reliefs de leur dernier repas. Nahtrelor sourit tandis qu'un elfe de rang inférieur aux côtés de dame Kheldri énonça la liste des sponsors. Il y avait toutes les grandes familles de la ville, des Uroxis aux Drakilos. Quand il annonça les clans Alethi et Fellheart, le marchand ricana et se tourna vers sa partenaire : "Voilà mes Patrons. Et ceux de Melkiel. Ils sont loin d'être les plus raisonnables surtout les Fellheart mais... Les affaires tournent toujours."
Le premier bain de sang allait commencer. Sous les huées de la foule, des gardes druchii poussèrent des esclaves humains frémissants, nus comme des vers ou couverts de haillons, des gueules béantes, entrées et sorties de l'hypogée. Cette masse grouillante et apeurée se retrouva au centre de l'arène.
"Ils ont désobéi à leurs maîtres, ils ont fait acte de sédition, certains ont commis des actes impardonnables envers des Elfes. Ces fugitifs, ces vermines, même les asticots ne voudraient pas de tels misérables ! Mais les Maibd ne les désirent pas. Elles ne désirent que leur sang ! POUR KHAINE !"
Les cris de la foule se turent en l'entendant. Ce bruit qui pouvait tordre les entrailles du druchii le plus vicieux. Ce bruit à vous liquéfier le courage. Le rire des Furies.
Des trappes s'ouvrirent et c'est en bondissant comme des acrobates qu'elles s'élancèrent sur leurs proies. Aussi nues que les esclaves en dehors de la dague et des bottes, les lèvres écumantes d’élixirs concoctés par la Matriarche de la ville, les épouses du Dieu du sang se ruèrent pour la curée.
Ce fut bref. Sauf pour ceux dont les corps furent déchirés par l'acier empoisonné des Fanatiques. Elles s'en donnèrent à cœur joie, arrachant celui de leurs victimes, inondant le sable d'une marée carmine et poisseuse. Certaines dansaient, comme des enfants sous la pluie, hilares, un regard fou qui tranchait avec celui plein de flegme de l'elfe noir classique. Les chairs déchiquetées, les viandes dévorées, le sang répandu sur les corps, le sable et les murs. Et la foule exultait, se prenant au jeu des plus sincères enfants de Naggaroth. Exténuées, ovationnées, comblées, les Maibd saluèrent les plébéiens et les nobles. Les créatures ailées se dépêchaient déjà de disputer les restes aux esclaves chargés de dégager au maximum les lieux avant la suite du spectacle.
Il suffisait à la noble déchue de tourner la tête pour voir les mines blafardes de Günter et de l'esclave blonde, au bord de rendre leur petit déjeuner. Nahtrelor inspecta ses ongles avant de commenter : "J'ai déjà perdu de magnifiques lots de biens à ces folles. Je suis persuadé qu'elles m'ont prise en grippe."
Tandis que les Harpies s'empiffraient au-dessus de leurs têtes, Kheldri annonça la prochaine partie des jeux. Ce seraient les combats contre les bêtes de toutes sortes.
Cela allait durer un bon moment. Avec une montée en flèche de la dangerosité et de la rareté des créatures.
Face aux premiers belluaires, des humains de haute qualité, Norses, Kislevites et autres variétés solides, on lâcha les fauves. Panthères des terres du Sud, grands tigres rayés de l'Orient, les Ours Kodiy'ak de Naggaroth. C'était difficile de savoir si les elfes soutenaient plus les mon-keighs que les lions.
À l'exception d'un rétiaire qui rata sa frappe et qui termina sa carrière naissante la nuque broyée par un lion blanc de Chrace, le combat tourna en faveur des humains. Les fauves blessés en déroute furent repoussés dans les souterrains par le service d'ordre druchii. Les morts traînés par les esclaves.
"J'adore ces lions blancs. Si Kheldri obtient une portée j'aimerais pouvoir en élever un. Cela rendrait les licenciements bien plus distrayants."
Arrivèrent les maquignons brutaux des royaumes du sud. Des bras gros comme les cuisses, une solide crinière noire et de la détermination. Meuglant comme des esprits en colère, les buffles de l'Inja et du Khuresh et les aurochs du Vieux monde se précipitèrent sur le sable, piqué au vif par de sadiques veneurs elfes sur leurs coursiers noirs. Sans armes, les Suderons tiléens et estaliens n'avaient qu'une technique pour ne pas finir embrochés. Et là était tout le sel de cette attraction.
Lorsqu'une bête à cornes approchait son mufle trop près d'un des esclaves, il esquivait avec une pirouette, battant les flancs du bœuf. Les plus expérimentés s'accrochaient même aux cornes des bovins, faisant un saut périlleux pour retomber derrière. Si il y avait de l'art, cela n'était pas au gout de tous. Personne ne finissait piétiné par un troupeau de bêtes à cornes. Et cela ennuyait les elfes plus vindicatifs. Rapidement, on dispersa la troupe de voltigeurs bouviers et les bêtes en nage. La duchesse du Colisée se dressa pour la suite des annonces :
"Ces mises en bouche vous ont diverti, mais le vrai combat peut commencer. Anath Raema sera en liesse en voyant ce que les Maîtres des Bêtes ont ramené en ces lieux. Plus ancien que les Hommes ou les Nains, plus violent que les Ogres, plus féroce que les Léviathans. Enfants de Naggaroth, saluez le Shaggoth !"
Le sol de l'arène s'ouvrit comme une mer déchaînée. Il portait les stigmates de sa capture, mais la chose la plus monstrueuse que Lelith pu voir s'éleva en rugissant, les nuages noirs lui répondant en déchaînant la foudre.
"Là j'avoue, c'est une surprise de taille."
Le mythique dragon-ogre, issu du fond des âges rugit en dressant son arme de guerre. La chose était si colossale qu'elle pouvait fixer les loges sans même se dresser sur ses pattes arrières. C'est là que les maîtres des bêtes, les vénateurs en armure noire, arrivèrent.
Avec leurs lances, leurs fouets et tout leur attirail sadique, le combat commença.
Le Shaggoth balaya l'arène de sa hache monumentale, mais les elfes étaient agiles. Les deux douzaines de chasseurs en avaient maté de plus gros et de plus affamé. Quand il n'essayait pas de les fracasser de son arme, c'est d'un coup de queue qu'il s'adonnait à les faucher. Un druchii malheureux fut précipité contre le mur dans un craquement sinistre avant de se redresser en titubant comme un pantin sans fils. Un autre enfonça sa pique en plein poitrail de la créature centaurine mais l'un des membres supplémentaires de l'affreuse bête l'agrippa. Le hurlement qu'il poussa était bien pathétique avant que le dragon-ogre ne lui arrache la tête. Elle vola jusque dans les gradins, entre terreur et excitation malsaine de la foule.
Goliath contre les frêles mais aguerris trappeurs. Déjà sept ou huit d'entre eux n'étaient plus que pulpe sanguinolente débordant d'armures tordues comme de gros scarabées écrasés par une botte impitoyable. Mais le Shaggoth aussi fatiguait. Les javelots fichés dans son cuir écailleux, les jambes enserrées dans les filets des rétiaires, il grognait. Jusqu'à ce qu'un hardi champion druchii ne lui attrape les cornes avec ses chaines. Tordu en arrière, il ne pu que chuter sur le sable.
La foule était en liesse. Mais pas de coup de grâce au guerrier monstrueux. Les larbins ogres le charriaient à nouveau dans les cachots de l'Arène. La bête était trop précieuse pour ne combattre qu'une fois. Les quinze victorieux se mirent à genoux, casque sous le bras, saluant dame Kheldri sous les applaudissements des gradins. Les autres étaient transportés avec précaution par des gardes elfiques. On ne laissait pas un brave tombé servir de viande à harpies.
On proclama l'entracte, le temps de rendre l'arène présentable pour les combats de gladiateurs. C'était le moment parfait pour se restaurer un peu. Nahtrelor fit monter de l'eau pour les esclaves comme pour eux. Il s'étira un peu.
"Ce que les gens font pour le public. Un dragon-ogre. D'après mon précepteur, ils sont presque éteints. Et Kheldri arrive à nous en dénicher un exemplaire pour les jeux."
Une bonne heure passa. Le ciel d'après-midi s'assombrit doucement. Les spectateurs revenaient à leurs places, après avoir parié sur les combats à venir. Si les monstres et les carnages déchainaient les passions, les combats de gladiateurs relevaient du domaine spéculatif. Les côtes des champions pouvaient représenter une véritable fortune. D'autres essayaient de déceler de futurs princes du Colisée dans la masse des nouveaux combattants.
Ce fut sous les ovations qu'apparurent les différents combattants de la mêlée. Il y avait une guerrière kurgane juchée sur son cheval, une lame courbe dans une main, l'autre sur les brides de son canasson patibulaire. Une véritable boule de hargne mais terriblement mobile. Son opposant était un nain tout en armure, muni d'une énorme hache presque aussi grande que lui.
Deux maitres d'épées cathayens faisaient face à un ogre harnaché d'une armure faite sur mesure. Des soldats impériaux affrontèrent des bestigors à peine relâchés de leurs cages.
D'autres moins intéressants à citer dégainèrent leurs lames. Prêt à tuer pour une vie un peu meilleure à celle des autres esclaves.
La Kurgan tournait en cercle autour du nain, chacune de ses frappes ripait sur l'armure du Dawi. Les hommes-bêtes et les impériaux se massacraient avec un plaisir non dissimulé pour les premiers. L'Ogre se démenait face aux combattants jumeaux. Il en attrapa un qu'il désarticula en grognant, l'autre en profita pour enfoncer son sabre à la jonction du cou et de l'épaule, dans le défaut de l'armure. Le colosse chancela, laissant tomber le tas de viande tiède à ses côtés. Le survivant retira la lame et un flot de sang jailli. Le Buffle s'effondra sous les huées.
"Les parieurs misaient beaucoup sur lui. Le propriétaire des Cathayens vient de gagner une fortune."
La tête cornue du dernier gor roula au sol, de ce gros affrontement n'en réchappait qu'une poignée d'impériaux ensanglantés qui se précipitèrent aux infirmeries. La plupart des autres combats s'achevèrent sur la mort brutale d'un des adversaires, ou plus généralement par un abandon. Le vainqueur repartait avec les honneurs et un succès durable, l'autre terminerait au pain sec et à l'eau pour éponger la fureur de ses maîtres. Mais la voltigeuse kurgan et le nain n'en avaient pas terminé. Ce dernier fit un grand mouvement de hache et faucha les jambes du cheval qui s'était approché bien trop près. La bête s'écroula dans un hennissement d'agonie, sa cavalière roula au sol, mais esquiva le second coup du nain. Sans perdre un instant elle se jeta sur lui et ce fut un pugilat terrible qui commença.
"C'est Melkiel et son frère qui ont capturé la guerrière. Une sacrée expédition dans les terres du Nord."
Le combat s'éternisait, deux boules de haine se cognant au milieu des corps et des mourants. Finalement, deux maîtres des bêtes arrivèrent avec des collets pour attraper et séparer les deux, afin de les trainer jusqu'aux écuries.
Kheldri prit un air amusé avant de commenter :
"N'est ce pas magnifique que de voir autant de hargne chez nos champions ? Heureux sont ceux qui combattent, Khaine les en remercie. Mais la soirée n'est pas terminée. Il reste le dernier combat. Invaincu depuis près de trois ans. Propriété de la grande famille Uroxis. Il nous vient des terres de Bretonnie, en quête de sa déesse il n'a finalement trouvé que Khaine au bout de son périple. J'ai nommé Galahaut de Morainvilliers le champion du Colisée !"
La foule mugit de joie en voyant se profiler le chevalier déchu. Il était marqué dans sa chair et son armure par les innombrables combats menés. Un guerrier invulnérable. Il resta impassible. Kheldri laissa tomber de sa loge une rose qu'il attrapa avant de la glisser à la fibule qui tenait sa cape élimée.
La dame des arènes laissa échapper un rictus avant de poursuivre :
"Le combattant de ce soir est une surprise. Même ses propriétaires ont tenu à rester discret. Car il nous vient de l'Autre rive. Enfant prodige de son clan, épéiste hors-pairs formé par les plus grands précepteurs que nos perfides cousins aient pu trouver. détrônera-t-il le Champion ou périra-t-il ? Faites grand bruit pour Eluhel Lianllach !"
Un asur. Un asur entra dans l'arène. Ils l'incendièrent d'insultes. Ce rejeton de l'autre camp. Celui des renégats et des parjures. Celui qui avait rejeté le bon roi-sorcier. Qui avait condamné les elfes à un déclin inexorable face aux races grossières. Il avait une armure de qualité mais il avait souffert. Il ne s'était pas laissé capturer facilement. L'Asur n'était clairement pas ravi d'être là.
Nahtrelor devint blême. Une de ses esclaves vint lui demander si ça allait, il la renvoya. En bas, les deux guerriers avaient empoigné leurs épées. Le combat serait terrible. L'acier frappa contre le bouclier. Deux guerriers expérimentés qui devaient s'entretuer pour le plaisir d'une cité décadente. Si l'elfe avait la maitrise des Anciens, l'Humain avait la robustesse. Chaque coup devenait plus violent, chaque fois l'autre reculait avec plus de difficulté. Les armures se cabossèrent, les boucliers finirent par terre. En nage, les deux ne s'offraient aucun répit. La foule encourageait le champion face à l'immonde asur. Pourtant c'est lui qui versa le premier sang. Sa lame érafla la cuisse de l'humain à la jointure de l'armure. Il grogna mais ça n'était pas suffisant pour l'avoir. Avec d'énormes frappes de taille, il fit flancher l'elfe. Ce dernier mit le pied sur le bouclier fendu et tomba au sol. Son casque glissa, révélant ses longs cheveux blonds et sa face d'ange espiègle désormais terrifié. Il se retourna pour se redresser aisément mais l'autre se jeta sur lui.
Eluhel tendit la main en direction du public. Et surtout en direction de la loge où se tenait Lelith et son partenaire. Tandis que la lame de Galahaut se glissa sous sa gorge et qu'il empoigna ses si beaux cheveux. Un dernier regard doré chargé de larmes avant qu'il ne devienne terne une fois que le bourreau eut détaché sa tête de ses épaules pour la brandir à la foule déchainée.
Le marchand était muet, sa coupe glissa entre ses doigts, percutant le sol en répandant du vin sur les tapis. Les harpies se précipitaient déjà sur la dépouille chaude d'Eluhel du clan Lianllach.






