Seul sur une île que tous les Bordelins évitaient soigneusement, Surcouf était livré à lui-même dans un paysage surréaliste.
Comment ce qui, de par la taille au moins, avait dû être un des fleurons de la côte ouest bretonnienne pouvait demeurer ainsi, dans l'indifférence générale, une des plus grandes énigmes de ce siècle ? Quels sordides événements s'étaient donc produits ici pour que toute la population se fusse évaporée du jour au lendemain sans que personne n'en eut jamais retrouvé la moindre trace ? Ce pouvait-il que ceux qui s'aventurèrent à s'intéresser au devenir de l'Ile Muette connussent un sort si funeste que rien de ce qu'ils découvrirent de pu parvenir jusqu'à Bordeleaux ?
Ceux qui prétendaient avoir accosté sur ces terres avaient préféré rebrousser chemin avant d'avoir éclairci la moindre parcelle du mystère, fuyant cet environnement inquiétant et ce silence si oppressant qu'il en avait rendu fou plus d'un.
Pour l'heure, le contrebandier n'en était pas encore à se soucier de la diablerie qui occupait les lieux. En effet, un besoin bien plus pressant et impérieux l'obligeait à chercher quelques vivres, de l'eau et peut-être de quoi soigner ses blessures.
En jetant un coup d’œil vers le large, par dessus son épaule, Surcouf constata que le vaisseau de la Marine Royale venait de récupérer les barges et s'apprêtait à mouiller face au port abandonné, alors il s'aventura plus avant dans les rues désertes...
Comme il l'avait supposé, les bâtisses les plus proches des quais avaient toutes étaient « visitées » et il n'y restait plus rien de bien utile... Il fallut donc qu'il poursuivît plus avant ses investigations, s'éloignant toujours plus encore de cet élément qui était le sien, la mer, sur un autre qu'il maîtrisait moins, la terre.
Heureusement, plus haut dans la rue mais à plusieurs centaines de mètres de l'eau, déjà, il trouva ce qu'il cherchait... ou presque. En guise de récipient, il dégota une écuelle de bois, et, pour tout miroir, il dût se contenter d'un morceau de métal poli qu'il lui fallut décrotter durant de longues minutes avant qu'il ne réfléchît quoi que ce fut. Pour le reste, l'endroit ne manquait pas de bois. Le plus souvent vermoulu, certes, mais quelques planches pouvaient encore faire l'affaire pour alimenter un feu.
Au-dessus de Surcouf, un mouvement le tira de son ouvrage : une volée de mouette passait en silence...
