[Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Le Talabecland se trouve au coeur de l'Empire, et ses armées prennent souvent la forme de petites forces d'élites. Helmut Feuerbach est porté disparu, mais sa cour est toujours dans la Cité de Talabheim.

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[MJ] Le Grand Duc
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[Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Message par [MJ] Le Grand Duc » 08 avr. 2018, 23:23






A mille lieux de cette terrible nuit à Talabheim, la vie sur le fleuve s'écoulait avec une quiétude indolente à bord du Weiler, la gabare à voile de Maître Bornoff, marchand de son état.

C'était un jour sans vent, amplifiant encore la tranquillité de cette fin d'après-midi, et la voile du Weiler était repliée. Deux gros percherons tiraient paisiblement le navire depuis le chemin de halage qui longeait la rive garnie de roseaux dont la barge à fond plat ne voguait qu'à quelques mètres. Les lourds chevaux agitaient leurs grosses têtes pour en chasser les mouches, secouant par là-même leurs colliers garnis de grelots. Des platanes jetaient leur ombre sur le chemin en terre et les bords du Talabec, apportant une fraîcheur bienvenue à la chaleur de ce début d'été.

En plus de Weiler, les eaux calmes du fleuve accueillait d'autres bateaux : péniches marchandes, bachots et klippers, barques de pêcheurs qui jetaient leurs filets dans les eaux poissonneuses ou pêchaient à la ligne le brochet et la carpe. La veille, la gabare avait même croisé la route d'un bateau-théâtre, à la coque peinte et aux gréements décorés de fanions colorés. Ils allaient dans un sens ou dans l'autre avec cette même lenteur placide, transportant biens et personnes sur cette voie qui avait permis la grandeur de l'Empire. Les routes terrestres étaient souvent dangereuses et en mauvais état, et les réseaux fluviaux qui reliaient les cités entre elles étaient par conséquent les vraies veines de la nation impériale.

Maître Bornoff était un homme pragmatique et peu loquace, un ostlander typique et exactement de l'acabit qui pouvait arranger des fugitives comme Lucrétia von Shwitzerhaüm et Dokhara de Soya. Le marchand s'était contenté de fixer un prix par tête pour le service de transport jusqu'à Altdorf, et ce sans poser de questions gênantes. Il avait ensuite ordonné à ses membres d'équipage de dormir sur le pont pour libérer le dortoir. Les bateliers s'étaient exécutés, visiblement mécontents, et avaient tendu des cordes sur le pont pour y accrocher des bâches et s'en servir de tentes. Les baronnes et leur suite s'étaient donc installés dans la cabine de l'équipage le temps de la traversée. Le dortoir donnait, d'un côté, sur la cabine personnelle de Maître Bornoff, et de l'autre sur la cale qui contenait une vingtaine d'énormes tonneaux cerclés de fer ainsi qu'une belle pile de madriers en épicéa de l'Ostland, une essence précieuse destinée aux charpentes des aristocrates et bourgeois altdorfers.

Maître Bornoff et son équipage semblaient résolus à ignorer autant que possible la présence de leurs passagers, et les hommes Bratian trouvèrent donc à s'occuper. Ils jouaient aux dés et aux cartes, se racontaient des histoires et rigolaient entre eux, pêchaient depuis le bastingage en prenant l'air et profitaient du paysage. C'était pour la plupart d'entre eux la première fois qu'ils s'éloignaient autant de leur foyer. Marcus semblait particulièrement alerte et apparu tendu les quelques fois où le Weiler croisa un navire des patrouilleurs fluviaux. Mais jamais la barge du marchand ostlander ne fut inquiétée et le capitaine de la garde de Lucrétia commença enfin à se détendre. Seul Hans Zimmer, le palefrenier, ne semblait pas être gagné par la sérénité doucereuse qui régnait ici. Il était inconsolable depuis l'abandon de ses tendres chevaux dans les écuries de la Transborée, au Talagaad, et ce malgré la brave Elsa qui tentait de lui remonter le moral en s’asseyant à côté de lui pour fredonner de vieux airs du pays.

Tout n'était que paix sur le Talabec, et il y faisait bon vivre.


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Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 10 avr. 2018, 20:19

Les paroles que Lucretia avait destinées à Oswald n’avaient pas pour autre visée que de lui délier, peut-être, la langue. Elle ne comptait pas tout à fait sur une réponse dénuée de toute ambiguïté de sa part, mais, après avoir parcouru une petite lieue dans ces souterrains qui n’en finissaient pas, une certaine lassitude avait fini par la gagner. Une réaction, quelle qu’elle fût, demeurait la bienvenue, quand bien même l’homme ne paraissait pas des plus influençables. Le disciple de Ranald qu’il feintait d’incarner avait, après tout, sacrifié sans tergiverser plusieurs de ses sbires pour se lancer dans une mission que bien d’autres auraient qualifiée de suicidaire. Non, cela tenait davantage d’une tentative de discussion plutôt que d’une véritable disquisition. Oswald, une fois de plus, resta fidèle à lui-même.

Il se drapa encore dans ce personnage énigmatique propre à déblatérer des généralités plus ou moins sibyllines, arguant que le libre arbitre n’existait pas, et que chaque être, chaque individu évoluant dans le Vieux Monde avait finement été placé par une entité ou une force qui les dépassait tous. Bien qu’il ne pût la voir, Lucretia lui jeta un regard peu amène dans lequel se mêlait aussi bien l’ennui que le manque d’intérêt face à pareille déclaration. Elle haussa les épaules.

« Libre à vous de penser que vous n’êtes qu’un pion. J’ai, pour ma part, davantage d’ambition et d’estime pour ma propre personne. En vérité, j’en viendrais presque à vous plaindre, mais que je gage que, là encore, le peu de considération que vous portez à ma sollicitude n’est pas le fruit de votre mûre réflexion mais plutôt de celle d’une puissance qui vous dépasse grandement. »

Pour le reste, là encore, les banalités s’étalaient au fil de sa voix, et les deux jeunes femmes n’en apprirent pas davantage qu’elles n’en connaissaient déjà. Dokhara se retrouvait surveillée par des personnes assez influentes pour envoyer à la mort une poignée de sbires afin de la sauver d’autres individus qui, eux aussi, avaient eu assez d'autorité pour inciter l’Inquisition à suivre sa trace. Tout n’était qu’acquisition de pouvoir entre différents groupuscules ou sommités, et tout ce beau petit monde se mettait des bâtons dans les roues afin de faire régresser les avancées d’un camp ou de l’autre. Rien de plus qu’un galimatias d’évidences qui ne les concernerait bientôt plus, Lucretia n’ayant pas pour objectif que de demeurer à la solde d’autrui. Et elle emporterait Dokhara avec elle dans sa quête de liberté.

Ce fut sans plus de conviction qu’elle continua d’avancer dans ce réseau de grottes interminable, mettant un pied devant l’autre dans une série de mouvements trahissant le réflexe machinal. Lucretia laissa ses pensées s’envoler au gré de ses différentes songeries, pourpensant aussi bien sur cette soudaine mission qui lui avait été confiée que sur les derniers et récents évènements. Un certain refus d’obéir se parsemait d’images et souvenirs épars ; ce moment intime passé avec sa consœur dans le coche, la ville de Talabheim vue d’en haut, se découpant dans la nuit alors qu’elle voletait au secours de la jeune femme, la colère, voire la haine, qu’elle avait ressentie en la découvrant délivrée de sa geôle, et le petit merci, ainsi que le simple geste aimant, que Dokhara avait eu pour elle après qu’elle l’eut soignée. Une légère hésitation s’empara de son esprit, qu’elle balaya d’un revers de sa volonté.

Bientôt, une nouvelle source de lumière vint s’ajouter à celle que produisait la bague de leur guide. Devant eux se découpait dans la pierre une brèche, assez grande pour y laisser passer un homme. Ce fut là qu’ils s’arrêtèrent, et Oswald les renseigna sur le chemin à prendre tout en leur adressant ses adieux.

« Quittons-nous donc. Je présume, que, eu égard à notre situation et à celle de vos employeurs, il vaudrait mieux, au contraire, que nous ne nous recroisions pas une nouvelle fois. Toutefois, merci pour l’aide apportée, j’imagine, et surtout pour nous avoir guidées jusqu’ici. »

Lucretia se détourna rapidement de lui pour s’aventurer sur celle nouvelle voie qui venait de lui être montrée. D’un prompt coup d’œil vers le ciel, elle estima le temps restant avant l’aube ; elle avait encore beaucoup à faire si elle voulait que tout fût convenablement paré pour s’engager dans cette fuite incertaine.

Oswald ne leur avait pas menti ; la route qu’elles empruntèrent se révéla conforme à ses indications. Peu de temps après avoir atteint le bosquet, un nouveau petit sentier se présenta aux deux jeunes femmes, puis ce fut au tour d’une bouche d’égout de se découvrir à elles. Continuant selon les explications de leur guide, elles traversèrent un boyau, tournèrent deux fois à gauche, et parvinrent à une échelle qu’elles grimpèrent. L’arrivée au beau milieu des quais du Talagaad fut quelque peu délicate, dans la mesure où deux femmes émergèrent d’une bouche d’égout, mais le voile de la nuit parvint de son ombre à les dissimuler aux yeux curieux et interloqués des rares passants imbriaques.

Tâchant de ne poser aucune question capable de graver dans l’esprit des marins, lesquels se feraient un jour ou l’autre interroger, la carte future qui mènerait jusqu’à elles, Lucretia et Dokhara cherchèrent par elles-mêmes l’embarcation ayant accepté de les accueillir. Après quelques instants de perlustration dans le port isolé de Talabheim, elles trouvèrent la gabare amarrée, dormant paresseusement sur les eaux du Talabec. Se servant de la passerelle reliant la petite péniche à la terre, la Lahmiane monta à bord de la barque afin de prévenir le marchand de leur arrivée. Celui-ci se montra peu curieux, aussi bien sur leurs tenues que par rapport à l’heure à laquelle il venait d’être réveillé, et se contenta simplement de jeter un léger coup d’œil aux alentours. Une aubaine pour la Lahmiane ; Marcus et Hans avaient bien choisi leur homme. Elle se félicita malgré tout d’avoir pu arranger le visage de sa compagne qui, demeuré dans l’état, aurait peut-être soulevé bien davantage de questions. Par ailleurs, pensa-t-elle, les vêtures qu’elles portaient toutes les deux n’étaient certainement pas des plus apparentes au cœur de la nuit. Une autre particularité de l’imagination que voilà ; croire que le plus petit détail attestant d’une faute se voyait comme le nez au milieu de la figure pour quiconque n’en ayant pas connaissance. A l’écart, Lucretia se tourna vers la baronne de Soya.

« Je dois encore aller prévenir mes hommes que nous sommes bien présentes à l’endroit du rendez-vous. J’y vais seule, avec ces moyens qui sont les miens. Ce sera plus rapide, et assurément plus sage. Je reviens. »

Déposant un léger baiser sur les lèvres de son amante, la Lahmiane prit une nouvelle fois son envol dans le ciel de Talabheim. Elle fusa sous la voûte céleste en direction du Petit Kislev, revivant ces remembrances dont elle s’était souvenue durant sa marche souterraine, goûtant à ce sentiment de liberté incomparable que l’on ne pouvait que ressentir dans la vastité de l’espace astral. Il ne lui fallut que peu de temps avant de rejoindre la taverne de la Balalaïka, dans le Petit Kislev, et, presque à regret, la corneille redevint humaine.

A l’intérieur, le tapage nocturne qui avait momentanément brouillé les sens de la Lahmiane lorsqu’elle était entrée pour la première fois dans l’établissement s’était atténué pour disparaître presque complètement ; l’aube reprenait ses droits sur la nuit, et, par la fenêtre, une lueur bleu marine transparaissait sur le fond de l’horizon. Le petit peuple kislévite, après avoir combattu avec hargne la douce étreinte du sommeil à coups de chopes bien remplies et de chansons paillardes, avait finalement succombé à la fatigue. Quelques têtes reposaient, écroulées, sur les tables encore mousseuses des dernières bières renversées ; seule une demeurait relativement alerte. Ses traits s’illuminèrent en voyant apparaître l’étrangère.

« Marcus !, chuchota cette dernière en allant à sa rencontre. Il fait bon de voir un visage véritablement amical. La damoiselle Dokhara est déjà sur la barque que vous avez négociée. Une fois de plus, appelle nos hommes, et rendez-vous le plus vite possible sur les quais ; nous appareillons dans l’heure. »

Il n’en fallut pas davantage pour que le capitaine de la garde ne comprît de quoi il en retournait et s’en allât réveiller sa troupe. Lucretia n’attendit point que tout fût prêt ; tenant à respecter sa promesse le plus rapidement possible, elle tourna les talons, revenant à la gabare en empruntant la voie des airs pour s’en retourner auprès de sa compagne.

D’un pas leste et pressé, elle avança sur le pont de la barge, les sens naturellement en alerte ; l’on n’était jamais trop prudent, surtout après la nuit qu’elle venait de passer. L’Inquisition détenait cette faculté agaçante de pouvoir se trouver partout à la fois, eu égard à son réseau tentaculaire qui s’étendait à travers tout l’Empire et parfois au-delà, et Lucretia craignait qu’elle n’eût déjà retrouvé la trace de Dokhara. En trouvant cette dernière sur l’embarcation, ainsi qu’elle l’avait laissée il y avait de cela une petite dizaine de minutes, elle s’en trouva rassurée, et son comportement s’altéra du tout au tout pour adopter cette attitude détachée et nonchalante qui la caractérisait si bien.

Peu de temps après, ce fut au tour de sa troupe que de les rejoindre, avec ce même comportement suspect et précautionneux qu’adoptent souvent les contrebandiers s’engageant sur une voie inconnue. Les regards glissèrent de part et d’autre des quais, longèrent les différents esquifs alignés sur les flots, et dévisagèrent le marchand qu’ils avaient pourtant rencontré la veille. Si cela n’avait pas déjà été fait, de l’argent changea de main, précédant les poignées qui marquèrent définitivement le contrat. Le capitaine appela son équipage, lequel somnolait à l’étage inférieur, et les bateliers, sur ordre du premier, durent quitter les lieux, les concédant bon gré mal gré aux nouveaux arrivants. L’ouïe affûtée de la Lahmiane perçut nombre de grincements de dents et autres jérémiades, mais, après le temps de la courte colère, vint celui de l’acceptation forcée et du relativisme ; l’on haussa des épaules et l’on se mit en branle. De nouveaux hamacs furent accrochés sur le pont en prévision du prochain instant de repos, et la troupe de la baronne von Shwitzerhaüm, quant à elle, investit les quartiers de l’équipage. Puis on libéra les amarres, rabattit la passerelle, et la barge s’en fut sur les eaux paisibles du Talabec, en direction d’Altdorf.

Lucretia retrouva Dokhara dans la cale, au milieu de ses hommes qui s’activaient à monter à leur tour les hamacs et à déposer leurs affaires. Si nombre de questions continuaient de peser sur sa conscience et d’attiser sa curiosité, elle n’en montra rien. En dépit de sa grande impatience à laisser son amante s’expliquer, l’heure n’était pas encore aux révélations ; trop de monde, trop de bruit. L’atmosphère n’était pas propice aux mystères éclairés et aux divulgations dangereuses. Aussi Lucretia, dans un premier temps, s’occupa-t-elle à déballer ses propres bagages, aidant Elsa dans cette tâche qui était pourtant la sienne. Quelque part, après tant de remue-ménage, s’atteler aux basses besognes apaisait l’esprit et appelait au calme, dans un semblant de tranquillité destiné à tromper la vigilance d’autrui. Si le capitaine du Weiler s’avérait aussi peu loquace qu’il n’était pas curieux, ce n’était peut-être pas le cas de certains de ses hommes, et s’agiter dans tous les sens en murmurant des messes basses ne serait pas pour diminuer les soupçons qui pouvaient peser après une arrivée si tardive.

Enfin, toute la dernière effervescence finit par retomber, et chacun adopta un petit rythme plus tranquille après avoir vaqué à ses occupations. Le clapotis de l’eau contre les œuvres vives renforçait un certain sentiment de sérénité que venait accompagner le doux roulis de la barque, berçant les fugitifs qui, désormais, ressentaient la fatigue s’appesantir sur eux. Les uns commençaient à bâiller et les autres à se hisser dans les hamacs, bien désireux de poursuivre leur nuit de sommeil que l’apparition de Lucretia au Balalaïka avait interrompue. Voyant que tout le monde baissait relativement sa garde et que les paupières se faisaient lourdes, Lucretia se tourna vers Dokhara.

Elle la contempla longuement, avec attention, mais sans jugement particulier. Es qualités de Lahmiane, elle n’était pas véritablement sujette à l’épuisement, ce qui n’était aucunement le cas de sa compagne. Celle-ci, après avoir passé une nuit des plus épouvantables, n’avait certainement pas dormi depuis près d’une journée, et n’avait eu de cesse de craindre pour sa vie et de courir pour s’échapper. Assurément, la fatigue devait dès lors la surplomber sa volonté, dernier rempart contre un sommeil des plus bienvenus que l’adrénaline avait jusqu’ici réussi à repousser. Mais dans la quiétude vespérale de cette barge avançant paisiblement sur les flots, dans cet îlot d’accalmies, entouré de personnes qui veillaient sur elle, sans nul doute n’avait-elle qu’une envie ; se réfugier dans un repos opportun. Lucretia repoussa une fois de plus la curiosité qui l’animait, et guida Dokhara vers son lit.

« Je pense que vous avez bien mérité un peu de repos après les derniers évènements. Le temps des questions viendra plus tard ; demain, très certainement. Mais jusque-là, abandonnez-vous au sommeil. Je veillerai sur vous. »

Elle demeura à ses côtés, laissant la jeune femme se reposer. Elle lui caressa les cheveux avec une lenteur calculée, décrivit des arabesques sur son dos et ses épaules, mais sans jamais pousser ce jeu de l’intimité qu’elles connaissaient si bien. Non, là, la Lahmiane ne souhaitait que manifester sa présence de manière continue, tout en la berçant vers une torpeur des plus profondes. Mais l’assoupissement du corps comprenait son lot de rêves et de cauchemars mélangés, et ces derniers avaient bien davantage de chance de survenir dans l’esprit de Dokhara après ce qu’elle avait vécu. Lucretia veilla à ce que cela n’arrivât pas. S’ouvrant à l’Aethyr, elle recouvrit la jeune femme d’un voile protecteur qui la plongea dans un sommeil sans interruption ni tourment. Ni spectre de l’Inquisition, ni viles remembrances d’un passé qu’elle préférerait occulter ne viendrait se tapir dans les évagations de son âme. La respiration de la baronne de Soya se ralentit bientôt, se calquant sur les rythmes paresseux et les légers ronflements que l’on percevait dans la cabine d’équipage. Et, esseulée dans la nuit, volontairement hors d’atteinte d’un sommeil réparateur, Lucretia veilla.



***



L’aube manqua presque de surprendre la Lahmiane, laquelle s’était réfugiée dans une immobilité attentive. Au travers des œuvres-mortes, une douce lueur commençait déjà à filtrer en rais dorés qui vinrent éclairer la cabine, répandant une agréable chaleur en ce début d’été. Rien n’avait bougé durant la nuit, si ce n’étaient quelques corps qui s’étaient tournés çà et là dans leur sommeil, et aucune menace n’était survenue. Constatant que tout danger était écarté, Lucretia, après un dernier regard en direction de Dokhara, décida de monter sur le pont, armée de son ombrelle.

La clarté diurne l’accueillit dans toute sa splendeur, au beau milieu d’un paysage bucolique. Le monde se parait d’une luminosité nonpareille, embellissant les couleurs pastels qui ne forçaient que plus encore le contraste avec les ombres rafraîchissantes. Les hautes et vertes plantes aquatiques dans lesquelles se dissimulaient grenouilles et libellules ondoyaient sous la caresse d’une légère brise, et les rares nuages que l’on distinguait à l’horizon se reflétaient sur le bleu turquoise de la surface du Talabec. Les arbres aux larges feuilles encadrant les deux rives bruissaient à leur passage, accompagnés de rossignols et autres piverts qui chantonnaient allègrement leur insouciance dans des sifflements aigus. Autour du fleuve, l’activité humaine reprenait doucement son cours après s’être interrompue durant la nuit ; les pêcheurs vivant au bord de l’eau lançaient leur fil et leurs épuisettes dans cette dernière, quelques charrettes remontaient en direction du nord, croisant la route, sur le chemin de halage, des deux chevaux de trait qui tractaient la barge, et les enfants couraient autour des masures, sous la surveillance de leur mère qui étendait le linge humide. Le fleuve même n’était pas en reste ; bientôt, les ondes furent parcourues d’embarcations en tout genre qui dérivèrent au gré du courant. Barques, gabares, voiliers et autres péniches ; ce fut rapidement un ensemble de gréements, de manœuvres, de drisses et de mâts qui inonda le Talabec dans un brouhaha confus de bruits et de clapotis divers. Oui, il faisait bon vivre sur le fleuve. Probablement un peu trop.

A dire vrai, si l’on comptait le nombre d’esquifs qui croisaient les eaux et l’ensemble de petites masures qui ponctuaient les différents hameaux qu’ils dépassaient, le Talabec était assurément aussi peuplé, voire même davantage, que ne l’eût été la voie terrestre. Il demeurait facile de dévisager un individu que l’on remarquait sur le plancher des vaches comme sur le pont d’un bateau, ce qui fit grimacer Lucretia. Trop de monde pour leur propre sécurité. L’on ne manquerait pas, tôt ou tard, de repérer une, voire deux jeunes femmes à la chevelure carmine, et l’information remonterait assurément aux oreilles de l’Inquisition… Ou d’autres, lesquels étaient déjà au courant de leur fuite. Elle eût volontiers profité du paysage, mais l’activité s’avérait finalement trop dangereuse. Elle rebroussa chemin, retournant dans la cale.

Là, Dokhara avait fini par se réveiller après une nuit de sommeil aussi réparatrice qu’ininterrompue, et émergeait sûrement mais lentement.

« Le temps est des plus doux, au-dehors, mais je crains qu’il ne nous faille demeurer à l’intérieur de l’embarcation, la prévint Lucretia. Si nous pensions trouver en ce voyage un calme et un repos bien mérités, peut-être nous sommes-nous fourvoyées. Il y a, sur le Talabec, presque autant de monde que dans une rue d’Aldorf. L’on pourrait nous reconnaître. »

Elle alla voir Elsa, lui demandant de préparer quelque chose pour la damoiselle de Soya, qui devait assurément avoir très faim. La Lahmiane laissa sa protégée récupérer le temps d’une journée qui se forlongea quelque peu. L’équipage du Weiser ne frayait que trop peu avec les hommes de la troupe de Bratian et le marchand veillait à ne pas s’immiscer dans les fâcheuses affaires d’autrui, aussi fallait-il s’occuper du mieux que l’on pouvait. Connaissant le caractère de quelques-uns de ses gardes, Lucretia ne douta pas que, au bout d’un certain moment, ils finissent par échanger avec les bateliers, aussi peu amènes fussent-ils. Mais en attendant, certains s’adonnèrent à la pêche, profitant du beau temps, comme d’autres lançaient des parties de dés les unes à la suite des autres. Tout le monde semblait rapidement s’acclimater à ce voyage, si ce n’était Hans.

Le palefrenier ne paraissait pas se remettre de l’abandon des chevaux qu’ils n’avaient eu le temps de récupérer suite à aux disquisitions de l’Inquisition dans l’auberge de la Transborée. Il affichait une triste mine, se morfondant çà et là, gardant un regard morne et terne sur un horizon qu’il voyait des plus maussades.

« Je ne sais ce que l’avenir nous réserve, Hans, mais j’ai quelques petites idées. Peut-être retrouverez-vous bientôt de quoi commencer un nouvel élevage avec une race de chevaux que vous n’avez jamais contemplée de près. Je pense qu’il s’agira là d’un défi intéressant que vous ne tarderez pas à essayer de relever. »
La promesse était osée, mais l’homme avait besoin de se raccrocher à quelque chose de concret.

Lucretia en profita pour aller voir le capitaine afin de lui poser une question, elle qui n’avait aucunement pris part à la négociation concernant le trajet. Elle tapa à la porte de sa cabine, curieuse de savoir ce qu’elle y trouverait là.

« Je m’excuse de vous interrompre si tôt, messire, mais, selon vous, combien de temps durera le voyage ? Il y a-t-il une escale ou deux de prévue ? »

En ressortant de la cabine, elle s’assura que les quartiers de l’équipage demeuraient vides ; les bateliers s’affairaient sur le pont en vue de la prochaine manœuvre, et les hommes de Lucretia continuaient de s’occuper, ailleurs, à coup de chanson, pêche, concours, entraînement, ou autre jeu de dés. Puis elle s’approcha de Dokhara ; le moment était enfin venu.

« Maintenant que nous nous retrouvons seule à seule, il est grand temps que vous me contiez votre histoire. Tout. Depuis cette nuit où nous nous sommes quittées à cette journée durant laquelle nous nous sommes retrouvées. Ce que vous avez pu faire, ce à quoi vous vous êtes adonnée pour que l’Inquisition vous pourchasse ainsi, la ou les raisons pour lesquelles l’on sacrifierait subitement plusieurs hommes pour délivrer une jeune femme que j’ai découverte misérable sous une bâche de caravane. Je me doute bien, quelque part, de ce qu’il se trame, en vérité, mais je veux vous l’entendre dire de vos propres mots. Et je veux que vous leviez les zones d’ombre qui demeurent. Nous nous sommes engagées l’une envers l’autre pour un voyage des plus singuliers… Et pour bien d’autres choses, plus inexorables encore. Dites-moi. »

Le regard de Lucretia se fixa dans les pupilles de Dokhara. Franchement, droitement, fermement, mais sans jugement. Pas encore.


J’ai donc lancé le sortilège de Repos sur Dodo. Faut bien qu’il serve au moins une fois ce sort. XD
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 17 avr. 2018, 21:53, modifié 1 fois.
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Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises (lvl 1):
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Érudition
- Intimidation
- Alphabétisation
- Sens Accrus
- Vision nocturne
- Connaissance des démons
- Comédie
- Force accrue
- Esquive
- Monte - chevaux
- Coup précis lvl 3
- Arme de prédilection - épée à une main
- Escalade
- Coriace
- Chance
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
- Etiquette
- Intrigue de cour
- Littérature
- Réflexes éclairs
- Linguistique

Dons du Sang:
- Défi de l'Aube
- Innocence Perdue
- Domination
- Ame Profane
- Forme de Familier : Corneille
- Régénération Impie
- Sang argenté
- Sang vif

Escorte :
- 10 hommes d'armes
- un carrosse tiré par quatre chevaux
- Hans le cocher
- Marcus le capitaine de la garde
- Une petite bestiole attachante nommée Dokhara.

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Re: [Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Message par Dokhara de Soya » 17 avr. 2018, 21:36

Marchant deux pas derrière Lucrétia et Oswald, Dokhara tâchait de prêter une oreille attentive à leur conversation. Si leur guide fut, comme l'on pouvait s'y attendre, avare en informations, il exposa néanmoins sa façon de voir le monde et sa propre place en son sein. Un babillage qui agaça la jeune de Soya, qui fronça les sourcils et serra les poings inconsciemment. Elle laissa sa sauveuse afficher son habituelle confiance inébranlable en elle, avant de distiller à son tour son mécontentement.

- Votre petite opération aurait été un échec cuisant si mon amie ne vous avait prêté main forte à deux reprises car vous manquiez de force de frappe, de puissance brute. A dire vrai, je crois que même sans votre concours le résultat eut été le même pour ce qui est de mon évasion. Et maintenant je constate que même sur le terrain des mots, vous êtes un bien médiocre joueur - à quoi bon vous présenter comme fidèle de Ranald si c'est pour être si insensible face à la mort de vos compagnons, puis de prêcher pour une vie dénuée de liberté ? J'en ai déjà vu tant, des comme vous. Vous croyez que vous nimber de mystère vous donne un certain charme, une allure, une prestance. C'est pathétique. Si c'est vous ce que les "puissants qui m'appuient" ont trouvé de mieux pour me secourir, alors je commence à douter de leur utilité. Cette nuit, j'ai perdu mon titre, mes terres, mes biens. Je n'ai plus rien. Je suis condamnée à une vie de fugitive. Et vous m'avez libérée : félicitations. Et maintenant, un sourire, une charade, une tape sur le cul et en selle Dokhara, poursuivez votre mission avec entrain ? "Chacun veille à ses propres intérêts" hein ? Et bien les miens semblent avoir été bafoués sans vergogne, alors vous serez un gentil pion et direz à votre employeur qu'il va devoir augmenter la mise s'il veut toujours que j'accomplisse ma mission. Aujourd'hui il ne me reste rien, ce qui veut dire que je n'ai donc plus rien à perdre. Sinon ma vie, mais dans cette cellule, alors que l'heure de mon immolation approchait, je m'étais déjà résignée à la perdre sans résister - après avoir tout perdu, elle n'avait plus aucun... attrait. Votre "puissance" n'a plus rien sur quoi me faire chanter. Alors quand j'arriverais aux quais d'Altdorf dans quelques jours pour une escale, j'attendrais que l'on vienne me proposer une mise digne de... me motiver.

Puis elle offrit un grand sourire charmeur à Oswald, emprunt d'une innocence feinte mais irrésistible - comme une enfant qui après avoir fait une bêtise, vous charme avec désinvolture pour détourner votre attention.

Dokhara était certes épuisée, assez pour s'endormir contre n'importe quelle paroi de la Souricière, mais elle avait retrouvé toute sa combattivité. Elle était une aristocrate jusqu'au bout des ongles, et cela bien avant que Slaanesh n'empiète dans sa vie. Même enfoncée plus bas que terre, tant qu'elle arrivait à garder sa flamme vivace - la présence de Lucrétia à ses côtés semblait l'embraser plus que jamais - elle garderait son aplomb en toutes circonstances.

Qu'importait la réponse d'Oswald finalement. Dokhara avait seulement eu besoin de ne plus être le pion décrit par leur guide, d'avoir la sensation de retrouver un ascendant sur la situation.

Lorsqu'enfin elles revirent la lumière du jour, Dokhara ne remercia même pas Oswald pour sa participation, contrairement à sa consœur qui s'était affranchie de politesses d'usage. Elle se contenta d'un hochement de tête appuyé, avant de suivre sa compagne. Quelques pas après s'être assurée d'être hors de vue du mage des ombres, elle laissa sa main effleurer "par inadvertance" celle de Lucrétia. Lorsque cette dernière l'interrogea du regard, Dokhara lui répondit muettement avec un discret sourire complice, bien plus sincère pourtant que la mimique provocante qu'elle avait servi à Oswald un peu plus tôt. Une simple marque d'affection, écho de celle prodiguée après avoir été soignée dans la Souricière.

Elles errèrent sur les quais, Dokhara se contentant de suivre Lucrétia sans plus s'impliquer dans leur itinéraire. Elle se sentait en confiance avec la lahmianne, et savait cette dernière apte à trouver le parcours le plus discret pour rejoindre leur destination.

Maitre Bornoff s'avéra être le profil idéal pour deux vagabondes fugitives - un marchand aussi discret que son équipage, qui ne posait pas de questions tant que le prix en couronnes était payé. Il ne s'attarda qu'à peine sur la tenue en jute de prisonnière qu'elle portait, et ne sembla pas voir le sang séché collé à sa chevelure - l'avantage d'être rousse dans l'obscurité.

Lucrétia l'abandonna sur le Weiler après un tendre baiser, partant rejoindre ses hommes de main. Voilà qu'à son tour la lahmianne faisait preuve d'une tendresse qui était presque étrangère à leur complicité habituellement plus en sarcasmes et taquineries. Il fallait croire que l'aventure de cette nuit les avait toutes deux affectées.

Maitre Bornoff ne lui tint compagnie qu'une courte minute, lui signalant qu'il allait prévenir son équipage de leur arrivée, afin qu'ils libèrent leurs quartiers pour elles. Il ne souhaitait pas plus échanger que prêter la moindre attention à ses passagères.

L'adrénaline de la fuite disparue, la fatigue terrassa Dokhara. Ne pouvant rejoindre de lit pour le moment et ne sachant que faire de son corps qui semblait soudainement peser bien trop lourd, elle se traina jusqu'au plat-bord contre lequel elle s'accouda. Si dans un premier temps elle pensait la position suffisamment reposante, ses jambes lui ordonnèrent dans les secondes qui suivirent de bien vouloir leur faire cesser tout effort - aussi décida t-elle de s'asseoir sur le pont, s'adossant à la paroi du bateau. Après tout, cela permettrait de cacher sa chevelure aux dockers qui s'activaient sur les quais, c'était sans doutes plus prudent de faire profil bas. L'équipage en revanche ne put s'empêcher de lui jeter quelques regards en coin. N'ayant pas la force de soutenir leurs muettes interrogations, elle se contenta de clore les paupières.

Elle aurait pu s'endormir là, si la vision des répurgateurs ne s'était pas imposée à son esprit. Une courte seconde, elle se crut de nouveau dans sa cellule, et ne put s'empêcher de rouvrir les yeux pour se rassurer, les battements de son cœur s'étant soudainement accélérés. Ses mains caressèrent le bois du bateau comme pour joindre le toucher à ses autres sens, et bien dissocier la sensation à celle de la pierre froide de sa prison.

C'est bien beau de jouer les dures devant Lucrétia, mais si c'est pour crier de terreur dès que je ferme les yeux, j'aurais peut-être pu m'abstenir...

La fatigue étant trop forte, Dokhara ferma ses paupières à nouveau. Elle ne laissa néanmoins pas son esprit vagabonder une nouvelle fois. Elle n'était plus dans sa cellule, elle se le répétait mentalement. Lucrétia l'avait libérée. La lahmianne l'avait sauvée. Sauvée...

Un pincement au ventre.

Sauvée...

Un vieux doute qu'elle avait enfoui plus tôt dans la soirée refit surface. Elle tenta de le cloisonner, mais c'était trop tard, l'idée germait à pleine vitesse, se faufilait entre les parois qu'elle essayait de dresser mentalement, contournait ses arguments, et insidieusement, répandait son venin.

Une mélodie qui se réécrit.


***


Taladélégation. Elles se rencontrent. Quelque chose les attire irrémédiablement l'une vers l'autre. La lahmiane voit en Dokhara un jouet intrigant. Elle est curieuse. Elle veut manipuler ses mécanismes, la faire bouger selon ses désirs.
Quelque chose l'en empêche. Dokhara est réceptive pourtant. Elle découvre sa nature. Elle l'accepte, l'admire même. Mais Lucrétia ne peut la faire sienne, car sa consœur s'accroche à la vie. A Rhya. A Ingrid.
Elle ne peut vaincre avec ses armes actuelles. Lassée, - frustrée ? - elle quitte la délégation.

Les mois passent. Dokhara laisse libre cours à sa curiosité morbide. Elle se renseigne en se plongeant dans des livres illégaux.

"Les Lahmianes sont peut-être dépourvues de la force brute qui caractérise certaines des autres lignées, mais elles compensent largement cette petite faiblesse par leur ruse, leur fourberie et leurs talents pour la manipulation"

Ruse. Fourberie. Manipulation.

Lucrétia aussi se renseigne. Quelque chose au fond d'elle veut jouer avec celle qui a résisté. C'est un défi qu'elle se lance. faire quitter à Dokhara la voie de la vie pour la non-vie. Pervertir ses croyances, faire tomber ses barrières, et non pas la forcer à abandonner la vie, mais la manipuler pour la voir céder d'elle-même.

Sa surveillance paie. Elle comprend ce qui se trame dans la demeure de Soya, quels sinistres secrets la baronne lubrique cachait. Elle tient son levier. Et lorsque Dokhara quitte Altdorf pour Talabheim, elle y voit l'occasion de l'actionner.

Tout d'abord en Altdorf, où elle offre les preuves irréfutables qu'elle a accumulé contre Dokhara aux répurgateurs. Le jugement est sans appel : elle est coupable. Puis Lucrétia propose de les aider à capturer la baronne fugitive à Talabheim.

Un message est envoyé à la l'Oeil de la Forêt. Dokhara de Soya se rendrait bientôt dans leur ville, et la baronne von Swhitzerhaüm leur dirait quand agir pour la capturer.

Elle engage deux petites frappes dans la cité de Taal et Rhya. Ces derniers se font passer pour des cultistes. Ils intimident Dokhara, la menacent de tuer celle qu'elle aime si elle lui rend visite. Ils l'écartent du chemin de cette pénible rivale.

Puis Lucrétia tombe sur Dokhara "par hasard". Une mesure plus tard, voilà qu'elle lui conte comment elle l'avait vue pleurer dans une clairière, croisant sa route dans une incroyable coïncidence.

Morsure.

Dokhara dort. Lucrétia savoure un morceau qui se déroule sans fausse note. Elle lance un sortilège de détection sur la jeune rousse, pour toujours savoir où cette dernière se trouverait à l'avenir.

La nuit passe.

Elle se lève avant la jeune rousse. Puis elle utilise ses pouvoirs pour dominer mentalement l'aubergiste. La terrifier. Elle devra confier à Dokhara un coffret et un message, soi-disant apportés par un homme cette nuit.

Dokhara descend les escaliers. Lucrétia l'ignore, fait semblant de feuilleter quelques documents.

Les cultistes l'ont empêché de rejoindre son aimée. Les cultistes la menacent désormais d'effectuer une mission impossible à l'autre bout du monde, loin de tout ce qui lui est cher, loin de tout allié. Mais Lucrétia est là, elle. Elle joue sa partition, simule un débat, une résistance, et manipule les mots pour pousser Dokhara là où elle le voulait. Joue les idiotes en parlant de consœurs lahmianes plutôt que de pointer du doigt sa connaissance des réseaux de cultistes impériaux. Dokhara lui demande de l'accompagner dans son périple, comme prévu. N'était-elle pas sa meilleure alliée désormais ?

Elle lui susurre alors l'idée. Mourir pour renaitre. Elle entrouvre la porte qu'elle souhaite voir Dokhara franchir.

Puis Talabheim.

Elles sont immobilisées par un péage. Lucrétia sort du véhicule, et laisse Dokhara seule. Elle domine l'esprit du garde de faction, et l'envoie prévenir les répurgateurs. "De Soya est arrivée. Elle les préviendrait quand agir."

Retour au carrosse. Elle questionne sa consœur sur l'organisation de la journée. Elles finiraient au quartier châtelain pour visiter l'Académie.

Elle simule un inconfort dû au soleil. Serviable et sous son charme, Dokhara s'élance sur la place du marché pour lui chercher une ombrelle. Un homme déguisé en roturier s'approche de Lucrétia. Elle l'informe de leur itinéraire. Qu'elle gagnerait du temps à la Fine Plume, et que l'embuscade devrait être tendue sur la route qui les ramènerait aux portes de la ville.

La journée passe. Dokhara suit cette piste idiote d'animal magique en Inja. Le professeur de l'Académie joue son rôle à son tour, il a été grassement payé pour. Puis le salon littéraire, pour tuer le temps jusqu'au crépuscule.

Les notes s'enchainent à la perfection. Aux répurgateurs de jouer des percussions. Dokhara est capturée. En proie au désespoir, elle se rend compte qu'elle n'a plus rien sinon Lucrétia. Ses alliés, ses dieux, ses amis cultistes, tout le monde l'a abandonné.

Suivant son sortilège, il lui est aisé de savoir où Dokhara est enfermée. Elle avait prévu l'utilité d'Oswald, son vieil ami mage des ombres pour servir de passe-murailles - mais la jeune noble avait elle-même simplifié l'entreprise en obtenant une cellule disposant d'un accès direct à l'air libre.

Puis Oswald les mène consciemment à une embuscade, sachant que leur chemin allait droit dans le territoire d'un gang du Suif. Ce qui permet à Lucrétia de déchainer sa puissance, de faire passer un message à Dokhara, message qu'elle lui répète une fois dans la Souricière.

Elle a tout perdu, mais il ne tient qu'à elle désormais de franchir la porte qui lui offrirait le pouvoir de tout reprendre, et bien plus encore.


Dokhara serait sienne.


***



Elle rouvre les yeux. Elle aperçoit Lucrétia qui la cherche sur le pont, visiblement inquiète. Pourtant dès lors qu'elle l'aperçoit, assise et cachée derrière une poignée de marins accrochant des bâches, elle reprend son masque habituel.
Mais cette inquiétude touchante n'était-elle pas un autre masque qu'elle destinait à Dokhara, jouant de ses faiblesses affectives ?

Peut-être que l'histoire qui venait de défiler dans sa tête était teintée d'une paranoïa alimentée par la pire nuit de sa vie. Et pourtant...

Lucrétia l'avait croisée par hasard en pleurs à la sortie de Talabheim ?
Un messager du culte l'avait magiquement retrouvée dans une auberge qu'elle-même ne connaissait pas ?
Les répurgateurs avaient arrêté un carrosse pour capturer une alliée des puissances de la ruine, mais n'avaient par chance pas pris pas le temps de vérifier si quelqu'un l'accompagnait dans son véhicule ?
Lucrétia était tombée par coïncidence sur un mage des ombres qui l'avait aidé dans son entreprise, et qui s’avérait aussi mystérieux que détestable ? Et qui avait lourdement appuyé sur le fait qu'il ne connaissait pas Lucretia, pourtant baronne du Talabecland dont l'identité vampirique était connue d'une bonne partie de la sphère politique ?


Le cerveau embrouillé, c'est tout juste si elle ne bafouilla pas quelques mots incompréhensibles à la vampire lorsque celle-ci la rejoignit, et l'aida à se relever. Les marins avaient dégagé le plus gros de leurs affaires, elles pouvaient se rendre avec Marcus et ses hommes à l'abri dans la cale.
Elle ne pourrait s'y reposer dans l'instant cependant. Entre les allers-retours de l'équipage, et les hommes de main de Lucrétia qui installaient leurs affaires, il y avait un remue-ménage incessant dans la pièce. la vampire s'affairant elle-même à ouvrir ses valises, Dokhara décida d'approcher le dénommé Marcus, apparemment responsable de la troupe.

- Marcus, c'est cela ? Excusez-moi de vous déranger. Surtout dans cette apparence... déplorable, bien que je commence à croire que vous m'apercevez plus souvent habillée de haillons que de robes à ma taille.

De fait, elle portait toujours ses vêtements de prisonnière. Elle était néanmoins trop fatiguée, aussi bien physiquement que mentalement, pour en ressentir de la gêne. Et quand bien même Lucrétia lui aurait offert de quoi se changer dans l'immédiat, elle n'était pas certaine de pouvoir lever les bras pour le faire.

- J'ai joint aux bagages de votre maitresse un coffret assez lourd. Il contient des biens suffisants pour acheter un manoir à la capitale, et il est actuellement tout ce qu'il me reste de valeur. Pourriez-vous veiller à sa sécurité aussi bien que vous veillez sur les affaires de Lucrétia ? Je vous en serais infiniment reconnaissante.

Elle lui fit un sourire aussi mignon que possible compte tenu de son épuisement, puis s'assit sur un lit proche.

Lucrétia ne vint pas lui demander de comptes, même après que les marins aient définitivement déserté les lieux, même après que ses hommes commencèrent à s'endormir sur leur couchage. Si la réalité alternative qu'elle s'était imaginée ne représentait qu'une once de la vérité, alors il n'était pas étonnant que la vampire aie toute la patience du monde à attendre des réponses qu'elle possédait déjà.

Malgré ses troubles, le confort du lit est trop tentant pour son niveau d'épuisement. Elle se laisse tomber, et s'écroule toute habillée sur le matelas. Elle n'a même pas la force de tirer une couverture sur elle, son corps ne répond plus.

Lucrétia la rejoint. Elle se fait douce, protectrice. Compréhensive envers ses faiblesses humaines.
Ses doigts effleurent le dos de la baronne, sa nuque, ses cheveux. Le contact est agréable.

Malgré l'étrange théorie qui s'était insinuée dans ses pensées, elle n'eut aucun mal à laisser la lahmiane la détendre. Son contact était apaisant. Même si elle n'était que le pion décrit par Oswald dans les mains habiles de Lucrétia, était-ce... si grave ?

Elle était bien, là, dans une pseudo-intimité emplie de douceur avec la vampire.

Les doigts de la vampire diffusèrent peu à peu une sensation de chaleur dans le corps de la baronne. Comme plus tôt dans la Souricière quand elle avait touché son visage.

De la magie ?

Alors... sa quiétude en cet instant n'était-il que lui aussi la source d'un sortilège d'une vampire manipulatrice qui jouait de ses émotions pour se distraire ?

Elle ne put y réfléchir. Le sortilège et la fatigue étaient bien plus forts que les faibles résistances qu'elle pouvait encore leur opposer. Elle s'endormit, pour une longue nuit sans rêves que ni le roulis du bateau, ni les ronflements des hommes d'armes ne purent interrompre.


***


Dokhara se réveilla en douceur. Elle avait passé une nuit excellente, et se sentait d'humeur particulièrement joyeuse. faisant fi de toute obscure pensée qui avait pu la parasiter la veille, ce réveil ne fut accompagné que d'une idée : elle était libre.

Elle ne se leva pas dans l'immédiat, préférant garder un œil entrouvert pour espionner les activités des serviteurs de Lucrétia. Elle se rinça l’œil en observant Marcus se changer sous ses yeux, puis épia quelques conversations. Si les échanges qu'elle écouta n'avaient guère d’intérêt, cela restait amusant de jouer les espionnes quelques minutes, se mêlant à la vie de ceux qui partagent le quotidien d'une lahmiane. Curieusement, leurs échanges ne différaient que peu de ceux qu'elle dont elle avait pu être témoin de la part de ses propres serviteurs, comme si la nature de leur maitresse n'affectait au demeurant que très peu leurs tâches quotidiennes par rapport à la normale. Elsa se souciait de la résistance des vêtements de Lucrétia à l'atmosphère humide d'un bateau, et Marcus rassurait quelques hommes inquiets de s'éloigner de leurs terres natales.

Lorsque soudainement elle sentit le matelas bouger derrière elle, elle faillit bondir de surprise, n'ayant entendu personne arriver. Rattrapant cette frayeur en simulant un étirement matinal, Dokhara tenta de garder une contenance en ouvrant les yeux, contemplant la vampire qui s'était assise à ses côtés.

Il leur fallait rester enfermées. Des mots difficiles à entendre pour une femme qui n'avait certes été captive que quelques heures, mais qui ayant retrouvé sa liberté aspirait désormais à courir dans la nature et respirer l'air frais d'un monde qui s'ouvrait à elle. Tout à coup, l'ambiance chaleureuse du quartier de l'équipage sembla s'évaporer, alors que les quatre parois de bois qui l'entouraient semblaient plus proches que dans ses souvenirs.

Comme la veille, ce fut Elsa et non pas Lucrétia qui s'occupa des besoins rudimentaires de Dokhara. La fidèle servante de la lahmiane s’échina à nettoyer le sang séché sur le corps de la baronne, puis lui servit un petit déjeuner aussi complet que le permettait ses ressources, avant d'aller lui chercher des vêtements. Dokhara refusa poliment une autre robe de Lucrétia - elle en avait soupé de passer pour une idiote dans un style qui n'était pas le sien. Et puis elle n'était plus baronne de toutes manières, alors elle pouvait bien se passer de froufrous pour le moment. Repérant l'un des plus petits hommes de la troupe de Marcus, elle n'hésita pas à jouer de ses charmes pour le convaincre de lui prêter quelques-uns de ses habits de rechange. Il faisait bon sur le bateau, aussi n'eut-elle besoin que d'un pantalon en cuir, et d'une chemise ivoire qu'elle déboutonna sur une bonne moitié de sa poitrine - à défaut d'avoir de quoi remplir les robes de Lucrétia, elle avait l'habitude de mettre en valeur sa féminité dans ce type de vêtements de garçon manqué. Sa longue chevelure rousse qui cascadait sur ses épaules et tombait dans son dos y était pour beaucoup, même si elle déplorait l'absence de son médaillon de Ranald. D'ailleurs, son amante l'avait-elle ramassé ?

- Inutile de rouspéter, lâcha t-elle avec un sourire narquois à la vampire. Les répurgateurs ont gardé votre précédente robe en souvenir de ma divine personne, et je m'en voudrais d'emprunter désormais une autre pièce de votre collection. N'hésitez pas à vous servir dans mon coffret pour vous rembourser cette perte - ce qui est à moi est à vous désormais.

Une bien triste plaisanterie. A part ce coffret, Dokhara de Soya ne possédait plus rien.

Puis les derniers hommes de Lucrétia désertèrent les quartiers de l'équipage, laissant les deux baronnes à leur intimité. Et fidèle à sa partition, elle joua les dernières notes qui allaient conduire Dokhara dans ses filets - il était venu le temps pour la jeune humaine de lui apprendre ce qu'elle savait déjà.

Avait-elle décidé d'adopter sa théorie comme unique vérité ?
Lucrétia l'avait-elle manipulée ? Si oui pourquoi ? Par simple plaisir du jeu ou par véritable désir de créer un lien entre elles ?


Quelle importance au final... quand bien même tout cela n'était que manipulation de la part d'une vampire cruelle, il était bien trop tard pour s'en rendre compte. Il lui suffisait de la regarder pour que son cœur batte à tout rompre, pour que son corps hurle d'un désir presque impossible à contenir, pour que son âme supplie d'être dévorée, pour que sa chair l'incite à profiter d'une nouvelle morsure euphorique. Si Lucrétia tirait les ficelles, alors elle avait été une joueuse admirable et Dokhara ne pouvait que féliciter ce talent - aujourd'hui, elle ne pouvait plus oublier la supplique à Rhya qu'elle avait fait dans sa cellule. Elle l'avait avoué.

Elle l'aimait.

Dokhara soupira. Elle était prise au piège. Tant pis pour son propre destin, elle était désormais liée à la vampire, et elle offrait à cette dernière sa bénédiction pour faire d'elle tout ce qu'elle voudrait.


- Toute la vérité...

Elle croisa son regard, et l'observa de longues secondes sans ciller. Puis lui offrit un sourire étrange.

- Vous serez la première à l'entendre. Je pourrais vous prendre à la lettre et profiter de la période temporelle que vous venez de définir pour ne vous offrir que des portions de vrai, des morceaux d'explication. Mais je vous dois un peu plus que ça, alors... je vais aussi vous parler de ce qui s'est passé avant notre première rencontre. De toutes manières, sans idée précise de ce que vous savez déjà et ce que vous ignorez, je ne peux plus mentir sans risquer de perdre votre confiance et... je m'y refuse.

Une courte pause. Son sourire s'agrandit, devenant plus enfantin.

- Il était une fois, un homme qui s'est battu toute sa vie pour obtenir un titre de noblesse. Il a utilisé tous les artifices possibles et imaginables pour s'élever au pouvoir, pour s'acheter un manoir en Altdorf, des terres dans le Talabecland, une place à la cour de l'Empereur, une réputation chez les plus grands. Mon père, Wildred de Soya, a bâti son propre empire.

Dokhara saisit une mèche de ses cheveux avec laquelle elle commença à jouer, l'enroulant autour de ses doigts

- Il avait une liaison cependant. Une amante qu'il ne voulait pas qu'on découvre. Une magicienne de l'ordre Flamboyant d'Altdorf. Une faiblesse pour un homme qui stratégiquement, aurait du trouver un bien meilleur parti pour agrandir ses ambitions. Mais il l'aimait et ne pouvait se défaire de ces émotions. Quand elle tomba enceinte, il était à deux doigts d'officialiser une union avec elle. Mais elle mourut en couches. A ses yeux... la petite Dokhara avait tué sa mère.

Le sourire de Dokhara s'affaiblit, tandis qu'elle jouait plus nerveusement avec sa mèche.

- Je ne crois pas qu'il était conscient de la haine qu'il me portait. Il m'a élevé pour ne pas trahir le souvenir de sa femme... et en même temps, se promettant de ne plus céder à aucune faiblesse, il décida qu'il ne se fourvoierait plus dans d'inutiles sentiments. Je serais un outil pour son ascension et rien d'autre.

Un soupir.

- Un début bien dramatique pour ma petite pièce de théâtre, n'est-ce pas ? Mais inutile de vous saisir de votre mouchoir de soie Lucrétia, car la suite est d'un registre bien plus pathétique.

Elle leva les yeux au ciel.

- La petite Dokhara a vite compris que se rebeller ouvertement contre son père ne menait nulle part sinon à quelques abus physiques. Alors elle a extériorisé ses problèmes de petite riche autrement - elle est partie en soif d'aventures la nuit, quittant le manoir pour s'encanailler dans les bas quartiers de la capitale lorsque son père dormait ou s'absentait. Elle y a découvert un autre monde, bien plus vivant que le sien. Elle s'y est faite des amis, notamment un groupe de monte-en-l'airs fidèles de Ranald.

A nouveau un soupir.

- Des types gentils, utopistes au grand coeur. Ils volaient aux riches pour donner aux pauvres, vous voyez le tableau. Ce fut aisé d'y trouver ma place - en tant que future baronne, j'étais sans cesses invitée à tout un tas de réceptions chez la petite noblesse. Quel meilleur moyen alors de cartographier les lieux, comptabiliser les gardes, connaitre leurs habitudes, repérer les richesses ? Ranald m'a offert l'idéal de liberté auquel j'aspirais, me permettant de fuir la tyrannie de mon cher père. En échange de quoi je créais mon "réseau de l'ombre". Lorsque mon père trouvait un bon parti, j'utilisais mes nouveaux amis pour faire changer d'avis mes prétendants. On a pas idée du nombre de nobles qui trempent dans des affaires pas nettes pour arrondir leurs revenus, et qu'il est facile de faire chanter...

Dokhara dévia son regard, pour se mettre à observer un point invisible au fond de la pièce.

- C'est plus tard que ça a dérapé. Mon père en avait marre des accidents. Il a trouvé un type irréprochable, impossible à faire chanter, assez riche pour avoir une protection rapprochée impossible à abattre. Ma bande a exploré toutes les pistes, impossible de faire reculer ce prétendant-ci, il était tout simplement inatteignable. Et c'est là que les cultistes se sont pointés.

Dokhara s'arrêta de parler, cette fois-ci pour plusieurs longues secondes. Elle avait une boule dans le ventre, et sa gorge se crispait. Parler de ses errances de jeunesse étaient une chose, parler d'eux... en était une autre. Quand sa voix reprit sa course, c'était pour prononcer son nom comme une détonation.

- Slaanesh.

Silence.

- Je ne sais pas si ce nom vous évoque quelque chose. C'est un Dieu du Chaos, une Puissance de la Ruine. Le Seigneur des Plaisirs, le Corrupteur, le Serpent Suprême, le Prince de la Souffrance. Le genre de nom qu'on chuchote partout dans l'Empire mais qu'on n'ose pas dire à voix haute. A l'époque pour moi, tout au plus une légende révérée par quelques illuminés cherchant à justifier leurs déviances. Bien sûr, les bigots de Sigmar vous inondent chaque jour de prêches incessants afin de vous enjoindre à vous méfier comme de la peste de leur influence. Les répurgateurs brulent de temps en temps quelque hérétique sur la grand place, et la peur que ça engendre pousse les autres à être de bons citoyens. Mais... "ça n'arrive qu'aux autres", "ce sont des fables pour maintenir l'autorité de l'Eglise", c'est facile de se rassurer pour ne pas regarder. Toujours est-il que des cultistes m'ont approché, et m'ont proposé de régler mes problèmes alors que l'étau se refermait dangereusement, et que mon réseau de fidèles de Ranald était à court de solutions. Tuer mon père, et obtenir le titre de baronne qui me revenait de droit.

Impossible de croiser à nouveau le regard de la lahmiane. Quand bien même elle savait déjà une partie de ces informations, Dokhara n'avait pas le courage d'affronter ce qu'elle pourrait lire dans son regard. Elle n'avait pas honte de ses actes, elles les assumait, mais elle craignait la perception qu'en aurait son amante.

- J'ai du jurer fidélité à ce Dieu. Je refusais qu'on m'arrache ma liberté dans un mariage arrangé, je maudissais ce père qui ne voyait en moi qu'une marionnette. Je détestais les fidèles de Ranald pour leur impuissance, après tout ce que j'avais fait pour eux. Aussi les slaaneshis m'ont initié aux plaisirs de leur Dieu et c'était... indescriptible. J'ai fait des choses que même avec votre expérience de vampire vous ne pourriez imaginer, découvert des sensations qui m'ont transcendée. Comme si... comme si l'on m'avait fait croire toute ma vie que le monde se limitait à une cage, et qu'on m'en avait désormais ouvert les portes.

Elle trouve finalement le courage de darder son regard dans les prunelles émeraude de Lucrétia. Ce n'est pas la première fois que la vampire assiste à cette valse d'émotions chez Dokhara. D'abord elle fuit, pour ensuite laisser sa rage éclater, défiant son interlocutrice de la juger un seul instant.

- Ils ont tenu parole, et ont tué mon père sous mes yeux. Je n'ai même pas eu pitié de ce triste individu. Il a quitté ce monde en me voyant heureuse d'avoir participé à son meurtre. Devenant la nouvelle baronne de Soya, j'ai mis au pas mon prétendant, et pensait tous mes problèmes résolus. La suite... vous la connaissez déjà dans les grandes lignes. L'administration d'Altdorf a voulu me coller un régent de force, estimant qu'une femme ne pourrait gérer les dettes de son père. Car l'empire de mon père était fondé sur des fumisteries - il simulait sa richesse en société, mais se battait chaque jour pour ne pas devoir vendre ses biens. La guerre n'a pas été tendre avec la noblesse, condamnée à se prostituer auprès de la bourgeoisie pour survivre. Quoiqu'il en soit, à peine libérée d'un geôlier, on voulait m'en coller un second dans les pattes... jusqu'à ce que la Comtesse Élise de Talabheim me propose de rejoindre la Taladélégation. En échange de mon aide à ratifier ses traités, elle s'occuperait de tous mes petits problèmes administratifs. J'ai sauté sur l'occasion, tant pour la carotte tendue que pour mettre de la distance entre les cultistes et moi. Pas parce qu'ils me faisaient peur, non. Mais parce que je me faisais peur. Pour reprendre ma métaphore précédente, imaginez maintenant avoir vécu dans cette cage, qu'on vous en a ouvert la porte, qu'on vous a montré le monde extérieur, puis qu'on vous a remis dans cette même cage en laissant la porte déverrouillée ? N'auriez-vous pas envie d'aller explorer ce nouveau monde, cette nouvelle réalité qui vous tend les bras... et de vous y perdre jusqu'à ne plus être capable de retrouver votre demeure d'origine ?

Cessant de jouer avec ses mèches, Dokhara joignit les deux mains et commença à tortiller ses doigts. Il était évident qu'elle gérait mal cette situation, à devoir dévoiler tout ce qu'il y a de plus intime à Lucrétia. Mais elle prenait sur elle pour respecter sa promesse, choisissant intentionnellement de lui faire part même de qu'il y avait de plus sombre.

- Il y avait cette soif en moi... Un besoin de sensations, de retrouver ce que l'on m'avait fait découvrir. C'était inextinguible, ça affectait toute ma vie, mes pensées, mes journées. Ça dévorait mon esprit, me réveillait la nuit. J'avais BESOIN d'éveiller mes sens, mon corps hurlait, c'était... terrifiant. Il y avait une seconde moi, cette Dokhara qui fuguait de chez elle la nuit ivre de liberté et de sensations, qui se battait sans cesse contre cette fausse Dokhara, celle qui donnait une image exemplaire à son père pour survivre.

Elle fit un sourire triste à la lahmiane.

- Vous ne m'avez vraiment pas aidée à y voir plus clair. Alors même que j'essayais de me contenir, de réussir à enfermer en moi cette folie qui m'envahissait et de retrouver un semblant de normalité dans mon quotidien, voilà qu'une vampire s'est mise à m'approcher. Une baronne charismatique, une redoutable épéiste, une magicienne apte à réduire la vie à néant, une femme redoutablement sensuelle, une alliée dans de multiples conflits politiques, et finalement une amante à ma hauteur.

Une courte pause.

- J'ai lutté contre vous, et contre moi-même. J'avais peur. Ingrid était un havre de réconfort, de "normalité". Elle faisait davantage qu'accepter mes pulsions, elles les canalisait. En les libérant avec elle, j'étais apte à retrouver le contrôle de moi-même que je perdais peu à peu. Elle était un refuge. Une cachette qui a empêché et les cultistes, et vous, de m'atteindre en profondeur.

Une lueur de tristesse apparait au fond de son regard. Sa voix change également, elle articule plus lentement, comme si chaque mot était désormais plus pénible à prononcer.

- Je m'en suis rendue compte désormais, mais je n'ai fait que choisir la voie de la facilité. Ingrid n'a fait que redécorer ma cellule, laissant la porte ouverte pour me faire croire que j'étais libre, mais m'enroulant dans d'invisibles et confortables chaines qui me maintenaient à l'intérieur. Et lorsque je suis revenue victorieuse en Altdorf, sans plus de gardienne pour surveiller mes entraves, celles-ci ont subi l'usure du temps. En quelques jours ma soif de sensations avait tout dévoré, et c'est à pleines dents que j'ai croqué dans les plaisirs du culte de Slaanesh.

Le faux sourire s'efface. Elle regarde Lucrétia droit dans les yeux, non plus par défi, uniquement pour se livrer toute entière à elle sans détours. Dokhara n'avait pas honte de ses actes, elle assumait pleinement qui elle était, et les erreurs qu'elle avait commise. Peut-être ce séjour en cellule lui avait été bénéfique sur certains points - dos au mur, elle avait réussi à résoudre certaines de ses contradictions.

- Je m'abstiendrais d'entrer dans les détails de ce que j'ai fait pendant les mois qui ont suivi. En échange de leur gigantesque influence politique et d'une ascension fulgurante dans les strates de la cour de l'Empereur, j'ai accepté de devenir le pion des cultistes. Je me croyais maligne alors, mais ne me suis pas rendue compte de l'influence pernicieuse du Seigneur des Plaisirs dans toute ma vie. Il a enflé les vices de tous ceux qui m'entouraient ainsi que les miens. Et a tout... corrompu.

Elle leva une main, doigts écartés puis se mit à énumérer plusieurs personnes, comptant de ses doigts chaque nouvel élément qu'elle ajoutait.

- Rolff, mon chevalier, est mort dans un soi-disant accident. Ruud a été si perverti que son corps a partiellement muté - toute sa compagnie de mercenaires a suivi la même dangereuse pente. Cogneur n'a pas supporté ce qu'il se passait et s'est exilé, jurant de me faire payer mes pêchés. Ingrid a cessé de répondre à mes lettres, et j'ai cessé de lui écrire. Mes alliés des bas-quartiers me tournèrent tous le dos, conscients de ma participation dans plusieurs meurtres. Harold, mon valet, est devenu l'esclave de tous mes plaisirs, un déchet humain me suppliant de m'occuper de lui chaque jour comme un chiot bien dressé. La culpabilité de Rhomgar pour toutes ces années de tyrannie de mon père sans qu'il n'agisse s'est retournée contre lui, et il a développé une forte tendance pour le masochisme. Passion qu'Alda, ma servante, alimentait volontairement. Elle qui était si douce a développé un gout très prononcé dans le plaisir de faire souffrir autrui, aussi bien psychologiquement que physiquement. Si officiellement elle restait ma servante, au sein du culte sa ferveur à infliger plaisir et souffrance la fit devenir officieusement ma supérieure...

Un silence, tandis que Dokhara laisse retomber ses bas le long du corps.

- Slaanesh m'a tout pris sans que je ne m'en rende compte. Obnubilée par l'inspiration qu'il m'offrait dans mes aptitudes tant artistiques que sexuelles, assoiffée de sensations nouvelles et toujours plus extrêmes, je n'ai pas prêté attention à la pernicieuse influence qu'il exerçait sur tout ce que je possédais. Lorsque je m'en suis finalement rendue compte, il était bien trop tard pour réagir.

Un soupir.

- Quand j'ai enfin réalisé, j'ai paniqué. Je me suis déguisée, puis suis partie à la recherche de celle qui avait su me rassurer par le passé. J'ai voyagé jusque Talabheim pour retrouver Ingrid, pour qu'elle me sorte de ce cauchemar duquel je me réveillais. Mais les cultistes n'avaient pas l'intention de me laisser quitter leur giron aussi facilement. Ils m'ont attendu à Talabheim, et ont menacé de tuer la WaldMutter si j'osais l'approcher. J'ai compris à ce moment que j'avais scellé ma destinée, que je devais accepter mon sort. J'avais fait les mauvais choix, j'avais été une idiote, je méritais ce destin. Et puis... un groupe de mercenaires sans foi ni loi menés par un chef sanguinaire a attaqué mon convoi au retour.

Un maigre sourire, peu convaincant.

- La suite vous la connaissez dans les grandes lignes. Les slaaneshis m'ont envoyé un message me demandant de partir en Inja enquêter sur une bestiole légendaire. En échange de quoi ils effaceraient mes dettes. Non pas que je croyais à pareille promesse, mais qu'avais-je de mieux à faire ? La perspective de partir à l'aventure avec une vampire qui m'était chère était bien plus excitante que celle de revenir à mon manoir familial gangrené par une corruption que j'ai embrassé sans réfléchir. Je suppose qu'un membre du culte a fini par se faire attraper par l'inquisition, et a craché mon nom sous la torture. Quant à Oswald, il fait clairement partie de leur réseau également. Notre guide des ombres n'avait pas tort en ce qui me concernait quand il parlait de pion. Je n'ai de ma vie qu'été le pion d'autrui, que ce soit de mon père, de la Comtesse Elise, ou du culte de Slaanesh. A chaque fois que j'ai cru réussir à me libérer de mes chaines, ce n'était que pour mieux me faire capturer par une autre puissance qui me dépasse.

Son regard s'embrase. Malgré le poids de toutes ces révélations, elle n'avait pas flanché devant le regard de son amante.

- Êtes-vous ma nouvelle maitresse désormais, Lucrétia ? Suis-je devenue votre pion ?


Elle avait conclu son récit. Elle n'avait rien omis. La dure et froide vérité, une mise à nu complète et totale, avec les risques que cela comportait. Soit la vampire comprenait le sacrifice de son intimité auquel elle avait consenti, la révélation de toutes ses faiblesses, et comprenait ce que signifiait cette exposition complète de ses vulnérabilités. Soit elle serait dégoutée par cet amoncellement pathétique d'actes futiles que Dokhara avait perpétré, comme une femme jetée à la mer qui ne sais pas nager et se débat de toutes ses forces pour garder misérablement la tête hors de l'eau.

La seule chose que Dokhara avait omise dans ce récit était la place qu'avait pris Lucrétia dans sa vie. La perversité avec laquelle la jeune de Soya aimait à cotoyer la mort qu'elle représentait, l'impuissance avec laquelle elle était dévorée par le désir dès qu'elle la regardait, le bonheur de retrouver les sensations d'affection et de peur que Slaanesh avaient perverti depuis des mois. Le besoin d'être désormais avec elle, si fort qu'il balayait la peur de perdre son humanité.

Parce que lui avouer qu'elle l'aimait, c'était signer définitivement la victoire de la lahmiane. Une victoire qui pourrait se passer d'une autre manche, qui pourrait signifier une fin de partie. Et il était hors de question que Lucrétia gagne. Qu'elle aie été l'instigatrice de toutes les épreuves que Dokhara avait affronté ou non, cela ne changeait rien à une seule et unique réalité : Dokhara était son centre d'attention. Et elle ferait tout pour que cette situation perdure.
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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 20 avr. 2018, 20:59

Le temps des questions était venu, le temps des réponses, le temps où Dokhara devait s’abandonner à Lucretia, et lui confier tout ce qui lui pesait sur les épaules depuis un moment déjà. La baronne le lui avait promis ; elle lui conterait toute son histoire sitôt qu’elles seraient en sécurité, sans aucune oreille intrusive pour venir écouter à la porte ces mystères enfin éclaircis. Certes, en fin de compte, la situation précaire dans laquelle elles se trouvaient toutes les deux ne réunissait peut-être pas complètement les conditions demandées, mais, dans l’instant, rien de mieux n’était à leur disposition. Même si quelque personne que ce fût aurait tout à fait pu venir s’inviter dans la cabine, cette dernière demeurait, pour le moment et si ce n’étaient les deux jeunes femmes, vide de toute occupation. Et Dokhara ne put se soustraire aux interrogations et au regard de sa consœur.

Elle devait parler, respecter sa promesse, se dévoiler au jugement de la Lahmiane. S’exécuter ne fut pas facile ; Lucretia le sentit dans l’expression de sa vis-à-vis. Il y eut ces quelques mots lâchés tels quels, cette suspension du ton s’arrêtant devant la montagne d’éléments qu’il y avait à citer, et ce long regard contemplatif pointé d’un petit soupir. Et la baronne de Soya commença, sur un air subitement enjoué.

Elle amorça son récit bien plus tôt que ne l’avait demandé Lucretia, allant à l’aube de sa vie, et même plus loin encore. Wilfred de Soya, un fragment du passé de la jeune femme, qui, bien qu’elle n’en eût jamais véritablement parlé, avait forgé plus que de raison cette dernière, mais pas comme il l’avait voulu. Une histoire banale, que cet homme, qui avait engendré une fille qui l’était bien moins. Un amour perdu à jamais, un cœur qui se désensibilise, et une bachelette pour en porter l’endosse. L’expression de Dokhara devint alors de moins en moins joyeuse à mesure que s’écoulait le flot de son récit.

Petite déjà, elle avait hérité d’un fort caractère qui l’empêchait de se soumettre aussi facilement aux règles que lui imposait son père, ce qui lui avait valu nombre de punitions corporelles ayant laissé certaines traces, ne serait-ce que dans son esprit. La Lahmiane la reconnaissait bien là ; sa pupille n’avait jamais été de celles qui se font dicter les lois. Trop digne, trop fière, trop explosive et extravertie. Certaines choses ne changeaient jamais. Aussi avait-elle décidé de partir en garouage, de noctambuler dans les rues de la capitale plutôt que de se conformer au joug paternel. Une manière comme une autre de lui faire un croc-en-jambe sans qu’il le sût véritablement, de s’adonner à cette impression de liberté la nuit pour retourner malgré elle, aux aurores, dans sa cage dorée et dans les clous. Lucretia ne put s’empêcher de sourire.

« Amusant à quel point nous étions totalement contraires l’une à l’autre, dans notre jeunesse. Nous aurions pu être deux sœurs comme deux rivales. J’étais bien plus souple, douce et naïve, jadis. Je doute que nous nous fussions entendues. »

En grandissant, elle avait donc frayé avec des fidèles de Ranald lors de ses aventures vespérales, se liant avec la plèbe comme par défi ou injure envers la noblesse à laquelle elle appartenait. Usant de ses privilèges, elle impatronisait ces nouveaux amis au sein de ces soirées mondaines, jouant les pique-assiette, volant l’argenterie que l’on redistribuait aux pauvres. Un petit jeu innocent de prime abord, mais qui cachait déjà, dans le fond, un refus déjà bien appuyé des codes de la société. Puis, inlassablement, avec le corps grandissant et l’âge avançant vers une adolescence plus marquée, vint le temps des soupirants et des fiançailles. Eu égard à la personnalité de Dokhara, cela n’étonna pas Lucretia que de l’entendre avouer avoir éconduit d’une manière ou d’une autre tous ses prétendants. Elle ne put s’empêcher, par arrogance, amusement, mais également pour alléger un peu le récit, de se fendre d’une petite remarque.

« Je suis certaine que ce bon vieux Wilfred aurait vu en moi un parti des plus intéressants, et j’aurais mis au défi vos fidèles que de me congédier. »

Mais en dépit de cette petite taquinerie, le récit prit une tournure plus sombre encore. Les fidèles de Ranald n’avaient été que les prémisses de ce qui avait par la suite suivi. S’accointer de premières personnes plus ou moins recommandables pour terminer en compagnie de dégénérés dont elle avait fini par faire partie. Effectuer deux ou trois larcins par-ci par-là avant de plonger vers des abîmes de dépravations pour se livrer aux pires outrages. Mais ce n’était pas tant les actions en elles-mêmes qui posaient problème que l’entité à laquelle elle s’était vouée. Slaanesh.

Bien entendu que Lucretia en avait déjà entendu parler. A sa manière, elle était l’antithèse de ce qu’ils incarnaient, lui et ses trois autres frères de cet innommable panthéon. Slaanesh. Le dieu de tous les plaisirs, des arts, de la musique, et de bien pire encore. Surtout de bien pire. Les expériences qu’il prodiguait étaient sans appel, incomparables de lubricité, de désir, et d’extase, mais il y avait toujours un prix à payer pour la langueur accordée. C’était là que le bât blessait. L’on abandonnait son âme, véritablement, à une entité qui finissait par s’en régaler. Arpenter les premières marches de ce chemin damné relevait de la stupidité, car, dès lors que le premier pas avait été effectué, il n’y avait plus de rédemption possible, plus aucun retour en arrière. Presque.

La Lahmiane avait bien connaissance de tout cela, et pourtant, elle avait encore et toujours du mal à y croire. Elle savait de sources sûres qu’il s’agissait d’un chemin de perdition. Mais, ès qualités de vampire, elle ne pouvait considérer la chose à sa juste valeur. Slaanesh n’était qu’un nom, pour elle, le refuge de crétins, et le fonds de commerce de ceux les manipulant. Le Chaos dans son ensemble ne représentait qu’un fantasme de faibles, des images fantasmagoriques sans rien de concret, sans rien de tangible. Même si les humains qui s’y adonnaient finissaient inlassablement par disparaître. Etrange paradoxe pour elle de voir tant que gens sombrer dans cette infamie alors qu’elle n’y accordait aucun crédit.

Elle pouvait se livrer à ses plus grands fantasmes sans craindre autres représailles, peut-être, que celles de l’Inquisition, si cela venait un jour à s’apprendre. Elle pouvait se baigner dans le sang de ses victimes sans forcener jusqu’à perdre la tête. Elle pouvait parader au milieu des pestiférés sans jamais attraper leur affliction. Et enfin, elle pouvait demeurer dans ce monde pour toujours, sans que rien ne vînt l’altérer. Mais Dokhara n’était pas taillée du même bois.

Elle y succomba sciemment afin de maintenir un simulacre de liberté. Conserver son libre arbitre et son patrimoine que pour mieux céder son corps et son âme à autrui. S’échapper du carcan paternel pour s’enchaîner auprès d’un maître plus cruel et plus sadique encore. Tomber toujours plus bas dans le sordide et la luxure jusqu’à se faire peur soi-même ; tenter l’impossible pour se dépêtrer d’une situation désespérée, et voir ses proches succomber un à un aux douces promesses susurrées par le Chaos. Les noms que la baronne de Soya cita firent échos à quelques remembrances d’un passé révolu. Cogneur, Rolff, Harold ; autant de personnes que la Lahmiane avait également connues en découvrant Dokhara lors de ses premiers jours dans la Taladélégation. Tous avaient disparu, à leur manière, tandis que la jeune femme demeurait esseulée, victime de ses addictions. Et puis elle avait de nouveau rencontré Lucretia après la petite scène que cette dernière lui avait jouée.

Peu après, dans l’auberge, des fanatiques de Slaanesh avaient contacté leur proie pour lui attribuer une quête insensée ; celle de parcourir le monde pour effectuer des recherches sur une créature mythologique contre la garantie de voir toutes ses dettes effacées auprès du culte. Puis l’Inquisition était arrivée, pour de bon cette fois-ci. Et elle s’était retrouvée dans la situation actuelle, qu’elles connaissaient toutes les deux. Le récit de Dokhara venait de se terminer sur une note bien plus ténue que celle sur laquelle elle avait commencé, encore qu’une petite pointe de défi s’y fût glissée. Etait-elle le pion de Lucretia, désormais, demandait-elle d’un air bravache, une étincelle embrasée éclatant dans ses pupilles.

La Lahmiane lui rendit son regard, mais un regard plus posé, plus réfléchi et maîtrisé. Elle ne doutait pas des épreuves qu’avait dû traverser Dokhara, et de toute la souffrance qu’elle avait endurée, avec malgré tout son lot de plaisirs viciés. Elle pouvait entrapercevoir, sans toutefois comprendre, le cheminement qui l’avait amenée à ce point-là de son existence, si près de la ruine et de la destruction. Nombre de commentaires se heurtèrent aux portes de son esprit, mais la vampire les retint sans rien montrer ; depuis le début, elle s’était fait la promesse d’éviter tout jugement possible. Dokhara, dans sa situation, paraissait accepter sans compromis et sans vergogne ce passé qui était le sien, encore que, devant le visage de Lucretia, elle ressemblât davantage à une petite fille prise en défaut qu’à une cultiste avertie. Seuls les vestiges d’une dignité pour le moment mise au placard venaient de subitement resurgir dans un sursaut d’orgueil.

Son amante venait de lui avouer l’intégralité de sa vie, ou si peu, levant une bonne part d’ombre sur divers secrets qui l'avaient jusque-là toujours entourée. Lucretia se devait d’être franche, à son tour. Si elle s’était juré de ne pas la juger, il n’était pas certain que ce qu’elle avait à lui révéler allait l’enchanter pour autant.

« Seriez-vous devenue ce pion qui est le mien ? Oui. »

Elle laissa sa réponse brève et concise provoquer son petit effet, avant de poursuivre.

« En vérité, je savais, ou m’en doutais, pour tout ce qui touche de près ou de loin au Chaos vous concernant. Vous n’êtes pas la première que je vois basculer entre leurs mains. Je sais depuis le début, depuis ce moment où vous avez reçu cette mission dans l’auberge, quelle était la teneur de cette dernière, quelle était votre destination, et quel en était l’objectif. La flottille à Marienburg, l’expédition pour l’Inja, la créature extraordinaire… Elle fit un petit geste nonchalant de la main. Tout cela ordonné par les cultistes, et non pas par la sororité, comme je vous ai laissé penser que j’y croyais dur comme fer. Non, nullement. Car la sororité, c’était moi. J’ai reçu, en même temps que vous, un message de mes sœurs, portant sur la même mission. »

Sans trahir nulle émotion, Lucretia se leva souplement pour ouvrir ses affaires, et y piocher un certain message.

« Tenez, lisez donc. »

Sur le petit parchemin que Dokhara déplia, celle-ci put y lire les inscriptions suivantes :

« Il est temps pour vous de servir la sororité.

Une flottille doit quitter le port de Marienburg d'ici peu et prendre la route pour l'Inja. A son bord se trouvera une expédition ayant pour mission de capturer une créature et de la ramener à Altdorf. Infiltrez cette expédition. Faites la disparaître corps et biens une fois la créature capturée. Ramenez la dépouille de la créature au Pinacle d'Argent.

L'échec ou le refus sera puni par une éternité de châtiment.
»

Lucretia, revenant sur le lit, s’adossant à son montant, laissa le temps à sa consœur de parcourir le message avant de continuer.

« J’ai prêché le faux pour savoir le vrai, jouant de toutes les ambiguïtés possibles pour vous laisser croire que j’étais dans l’ignorance la plus totale, vous laissant mener la barque, ainsi que la mienne, mener vos recherches sur cette mission qui était la nôtre. Cela m’a permis plusieurs choses ; pouvoir vous observer évoluer, me divertir –c’est dans ma nature, désormais-, et, surtout, laisser retomber le peu d’attention que le monde porte à la sororité pour qu’elle soit complètement redirigée sur vous et sur les cultistes, qui sont, à leur manière, nos principaux ennemis. Ce qui a, semble-t-il, plutôt bien fonctionné. C’eût été, pour moi, une manière des plus déguisées que de vous accompagner volontairement pour, en fin de compte, mener à bien de manière clandestine cette mission que l’on m’a confiée. Sous couvert de votre quête, j’aurais navigué jusqu’en Inja aux frais de vos supérieurs chaotiques, puis, plutôt que de l’analyser et de l’étudier, je l’aurais égorgée avant de trouver quelque moyen que ce soit, et je ne doute pas que j’y serais parvenue, pour la ramener au Pinacle d’Argent. Aussi, oui, Dokhara de Soya, auriez-vous été mon parfait petit pion. »

Une fois de plus, Lucretia considéra ouvertement sa consoeur, profitant des quelques secondes qu’elle lui accordait, afin qu’elle digérât toutes ces informations, pour observer sa réaction. A l’instar de la jeune femme, la Lahmiane n’éprouvait aucune honte sur quelque comportement que ce fût. Plus encore, lui conter cette vérité désormais révélée ne lui posait aucun problème, aucun scrupule. Cela avait été son plan, une stratégie comme une autre, une parmi des centaines qu’elle ébaucherait ou qu’elle avait déjà échafaudées. L’immortalité vous apportait un relativisme certain devant vos pires exactions, et les remords s’en trouvaient balayés, les uns à la suite des autres, face à une longévité qui transformait n’importe quelle épreuve en une simple anecdote.

« Et pourtant, reprit-elle alors, je vous dévoile librement mon plan et celui de celles qui m’ont engagée. Car, si je devais faire de vous mon jouet, alors deviendrais-je à mon tour celui d’autrui, ainsi que l’avait supposé Oswald. Ce que je refuse définitivement, quand bien même certains et récents évènements me facilitent cette soudaine prise de décision.

Eu égard à ce que vous venez de me dire, vos cultistes ont fait pression sur vous en menaçant vos proches ; tentez quoi que ce soit de contraire à leurs directives, et vos serviteurs et votre domaine en pâtiront. Un choix cornélien pour la petite fille pleine de liberté que vous avez toujours été. Mais l’Inquisition semble vous avoir damné le pion en vous coupant l’herbe sous le pied, à vous comme à ceux qui vous tenaient en leur pouvoir. Ils vous ont forcé le choix malgré eux, malgré vous. Vous n’avez plus rien, désormais, ce qui constitue, paradoxalement, l’assurance de la plus grande des libertés. Qu’est-ce qui vous oblige, maintenant, à poursuivre cette route jusqu’en Inja ? Rien. Pour la première fois dans votre vie, alors que vous vous sentez probablement misérable à l’heure actuelle, vous n’avez jamais été autant à ce point libéré de tout carcan.
»

Nouveau regard appuyé, nouvelle pause, nouvelle reprise.

« Quant à moi… Je gage que la raison m’obligerait à poursuivre vers l’Orient afin d’accomplir cette mission que vous venez de découvrir, mais baste. Non, j’aspire également à une toute nouvelle liberté, quand bien même la sororité en aura-t-elle peut-être après moi, étant donné le refus que je leur oppose. Mais qu’importe. Je souhaite recommencer une nouvelle vie, avec vous à mes côtés, si cela vous sied toujours. Pour une humaine, votre tempérament demeure toujours un mystère, parfois, et je ne saurai juger quelles sont vos véritables ambitions. S’engager sur une nouvelle voie dans un pays étranger, arpenter ce dernier en large et en travers, ou vous implanter quelque part et grimper peu à peu les différents rangs dans quelque ville que ce soit… ?

D’une manière comme d’une autre, il nous faudra changer de pays. Nous savons que l’Empire est une région à éviter, car l’emprise qu’y possède l’Eglise sigmarite est bien trop dangereuse pour vous, actuellement. La Bretonnie, es qualités de femmes que nous sommes, est également à proscrire. L’Orient ne me tente pas, avec sa civilisation certainement trop opposée à la nôtre, sans compter un soleil omniprésent. Pour cette même raison, le sud est à proscrire. Mmh…
»

Lucretia pourpensa quelque peu, se mordillant la lèvre, avant de lui couler l’un de ses regards dont elle avait le secret, par-dessous ses longs cils.

« Dites-moi, vous qui semblez être une adepte de la Balalaïka, le Kislev vous tenterait-il pour enterrer cette vie et en démarrer une autre ? »
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 29 mai 2018, 14:39, modifié 1 fois.
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- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

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- Séduction
- Érudition
- Intimidation
- Alphabétisation
- Sens Accrus
- Vision nocturne
- Connaissance des démons
- Comédie
- Force accrue
- Esquive
- Monte - chevaux
- Coup précis lvl 3
- Arme de prédilection - épée à une main
- Escalade
- Coriace
- Chance
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
- Etiquette
- Intrigue de cour
- Littérature
- Réflexes éclairs
- Linguistique

Dons du Sang:
- Défi de l'Aube
- Innocence Perdue
- Domination
- Ame Profane
- Forme de Familier : Corneille
- Régénération Impie
- Sang argenté
- Sang vif

Escorte :
- 10 hommes d'armes
- un carrosse tiré par quatre chevaux
- Hans le cocher
- Marcus le capitaine de la garde
- Une petite bestiole attachante nommée Dokhara.

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Re: [Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Message par Dokhara de Soya » 20 avr. 2018, 21:04

Lucrétia avait eu la politesse de limiter ses interventions à d'infimes plaisanteries tandis que la baronne rousse lui contait la sordide histoire de sa vie. Aussi Dokhara fit l'effort de ne pas couper la parole de sa consœur lorsque vint pour elle le moment de révéler sa propre duplicité dans leur récente histoire. Ce n'était pourtant pas l'envie qui lui manquait de l'interrompre - elle ne possédait pas la même patience que l'immortelle.

Elle avait récemment pris conscience de ne pas regretter le sacrifice consenti pour profiter des bienfaits de Slaanesh. Que tout ce que lui avait dérobé le Corrupteur était un prix nécessaire pour pouvoir transcender sa condition d'humaine et goûter à des plaisirs que personne ne pouvait comprendre. C'était d'ailleurs ce qui avait été le plus difficile à expliquer à Lucrétia - aucun mot n'avait la puissance requise pour exprimer pleinement l'orgasme continu des sensations qu'offrait la divinité, l'extase sans pareille dont on pouvait jouir chaque minute entre ses mains. Sans y avoir goûté soi-même, même une vampire ne pouvait qu'écouter les mots, mais pas les comprendre. Comment, dans ces conditions, justifier l'intérêt d'un tel choix de vie ?
C'est pour la même raison que la révélation de Lucrétia ne l'offusqua pas le moins du monde. Car là aussi, tout était affaire d'acceptation. Elle avait accepté que la lahmianne éveille en elle des sentiments qu'elle ne pensait plus être capable d'éprouver envers quiconque. Elle avait accepté l'aimer. Elle avait accepté de s'accrocher à cette porte de sortie du domaine de Slaanesh, et de prendre le risque de suivre ses désirs égoïstes pour faire vivre en elle la flamme que la vampire alimentait.
Choisir cette voie était une décision personnelle. L'amour est égoïste - on ne souhaite le bonheur de l'autre que pour être aimée en retour, et donc rester heureuse soi-même. Lorsqu'elle avait décidé de demander à Lucrétia de l'accompagner, personne ne l'avait influencée. Elle avait librement choisi de mêler la vampire à ses affaires, et de la mettre sous les projecteurs du Seigneur des Plaisirs et de l'inquisition, lui faisant prendre mille risques sans le moindre remord dans l'unique but d'être à ses côtés. De satisfaire ses besoins narcissiques. D'entretenir des sentiments qu'elle refusait d'ignorer.
Ce choix était le sien, pas celui de la lahmiane. Il était intéressé par ses propres nécessités, des besoins multiples que Lucrétia était en capacité de tous assurer. Une explication du sens du rêve qu'elle avait fait la veille. Amour. Sexe. Rédemption. Puissance. Fuite. Et même... le désir de mourir. Elle était tout ce dont Dokhara rêvait.
Mais Lucrétia est indépendante de ce choix. C'est une vampire, une immortelle dont la manière de penser diffère de ses pathétiques réflexions humaines. Une lahmianne, race réputée pour leur plaisir tiré de la manipulation d'autrui. Il serait bien idiot de croire que ses désirs pouvaient entrer en résonnance avec ceux de Dokhara. De croire que parce qu'elle avait besoin de l'aimer, il en était de même pour elle.
En choisissant Lucrétia, elle avait accepté sa nature-même. Elle avait accepté de n'être qu'un jouet dans ses mains. Elle avait admis l'idée de pouvoir être trahie à tout moment par son amante, car c'était ce qu'elle était, et cela faisait partie de ce qui la rendait si délicieusement attirante. L'amour du danger, le frisson de la trahison, la caresse de la mort.

Lucrétia.

"Aussi, oui, Dokhara de Soya, auriez-vous été mon parfait petit pion. »

La vampire avait gardé une assurance dénuée de tout scrupule alors qu'elle contait ses propres machinations. Elle exposait la vérité sans se soucier du bien ou du mal qu'elle pourrait faire à sa jeune amante.

Alors qu'elle la jaugeait en silence pendant une courte pause de son monologue, peut-être fut-elle surprise de la réaction de Dokhara. Car la jeune baronne, après avoir écouté la révélation sur la duplicité de sa consœur lui offrit en retour un sourire magnifique. Il trahissait un amour rayonnant d'honnêteté, qui ne nécessitait nul mot - chaque trait du visage de la jeune ex-noble dévoilait ses sentiments à cet instant, si bien qu'il eut été impossible pour tout éventuel observateur externe de s'y tromper.

Dokhara commençait à connaître la lahmiane, à savoir comment elle "fonctionnait". S'il était évident qu'elle n'éprouvait nul remord à l'idée de trahir la baronne et à le lui avouer, et que ses mots étaient toujours aussi tranchants que des rasoirs, c'était par ses actes que l'on comprenait ses véritables émotions.
Tout comme la veille. Pas un seul de ses mots dans cette auberge n'avait laissé transparaitre ses sentiments envers Dokhara, bien au contraire. Mais à l'instant où elle l'avait cru en danger, son corps s'était mu de lui-même et elle avait traversé le bâtiment en courant - qui imaginerait une noble si impériale et altière faire une action aussi vulgaire que courir ? - uniquement pour s'assurer de sa sécurité.

Car en cet instant, ce n'était pas le fait qu'elle aie voulu la tromper qui comptait. C'était le fait qu'elle en parlait, et donc qu'elle admette que cet objectif n'était désormais plus d'actualité. Car si elle justifiait ces aveux par le besoin de ne pas être le pion des lahmianes, l'esprit affuté de Dokhara ne s'y laissa guère tromper - Lucrétia n'avait nul besoin d'offrir la vérité pour changer ses plans. Elle eut pu la charmer sans avoir à se mettre en difficulté dans sa position de femme sur laquelle on pouvait compter les yeux fermés.

Elle n'insultait pas Dokhara en mentant - elle s'offrait au naturel, avec ce que cela impliquait sur sa façon d'être. Elle avouait sa fourberie, comme pour rappeler à son amante avec qui elle avait choisi de pactiser.

- A dire vrai, Lucrétia, maintenant que je vous écoute, je m'interroge sur cette notion de pion. Je vous ai dit qu'à chaque fois que je me débarrassais d'un maitre, un autre prenait le relai... mais à la réflexion... est-ce important ? Le fait est que j'ai choisi ce changement. J'ai profité de ce que chaque maitre avait à m'offrir avant de passer consciemment au suivant. Et aujourd'hui, je considère avoir assez profité des dons de Slaanesh, et souhaite obtenir les vôtres...

Dokhara laissa échapper un éclat de rire.

- Bon sang, je ne m'imaginais pas que vous seriez aussi franche en répondant à ma question ! Mais je dois admettre que je trouve cela agréable d'échanger avec vous sans faux semblant pour une fois. Nous n'avions jamais fait cela encore. Espérons néanmoins que cela ne devienne pas une habitude, je crois que je pourrais m'en lasser. Mais puisque nous en sommes là...

La jeune rousse, encore assise sur le lit, se déplaça d'un petit mètre sur le côté. Puis elle enlaça le buste de la lahmiane adossée au montant du lit, collant sa tête contre elle.

- Je dois vous avouer ne pas avoir d'objection à l'idée d'être votre jouet.

Elle leva la tête, puis croisa le regard de Lucrétia, le regard brillant de malice, les lèvres retroussées dans un petit sourire chafouin.

- Attention néanmoins... à tout jeu ses règles, sans quoi il n'y a guère d'intérêt d'y jouer. Je compte sur vous pour les suivre, ou tout du moins, pour tricher avec le talent et la discrétion que je vous connais. Mes précédents propriétaires ont tous échoué à cet exercice.... et je doute que vous souhaitiez les rejoindre dans le panier des perdants.

Elle resserra son étreinte, collant sa joue contre la robe de sa consœur, et laissant désormais ses yeux errer sur un point imaginaire au fond du quartier de l'équipage.

- Je m'étais faite les mêmes réflexions que vous, oui. Ayant perdu tout ce que je possédais, je suis également libre de toute entrave. La soupe rebelle que j'ai servi à Oswald n'avait pour but que de faire croire aux slaaneshis que j'arriverais bel et bien à Altdorf dans quelques jours, et restait intéressée par une possible offre de leur part. Un simple gain de temps pour réfléchir. Car oui, j'ai obtenu d'une bien étrange manière la liberté à laquelle j'aspirais... quoique l'on pourrait débattre de votre présence. Aurais-je été plus libre avec ou sans Lucretia ? Car sans vous, plus personne ne pourrait influencer mes choix, mais ceux-ci seraient alors bien plus restreints et surtout... plus mornes.

Fermant les yeux, Dokhara prit une pause pour respirer l'odeur de Lucrétia. Son étreinte se desserra, tandis que l'une de ses mains glissait tout à fait innocemment sur sa croupe. Si la vampire lui jeta le moindre regard surpris, elle n'en tint absolument pas compte lorsqu'elle rouvrit ses paupières, pour désormais croiser à nouveau ses pupilles émeraudes, les yeux pétillant de luxure.

- Vous souhaitez connaître mes ambitions ? Vous paraitrais-je trop directe si je vous déclarais ceci : "devenir lahmiane, et profiter de l'immortalité pour vous baiser dans chaque parcelle du Vieux Monde" ?

Un grand sourire, tandis qu'elle raffermit sa prise sur les fesses de son amante. Puis elle reprit d'un ton un peu plus sérieux.

- Ne croyez pas que je n'ai ni entendu ni retenu vos mots : vous souhaitez "recommencer une nouvelle vie, avec moi à vos côtés". Cela me convient parfaitement. J'ai fait le tour de mon existence d'humaine de toutes manières, et peut même remercier Slaanesh de m'en avoir montré des pans inaccessibles par le commun des mortels. Mais si c'est le moment de choisir un nouveau départ, celui que vous m'avez proposé semble offrir les perspectives les plus intéressantes, malgré le sacrifice que cela demande. Après tout... en une seule journée à vos côtés, je suis devenue l'ennemie des cultistes de Slaanesh, des lahmianes, et des répurgateurs - vous vous doutez bien que j'ai grand hâte de ce que vont me réserver les journées suivantes. Quant au Kislev, ma foi... le kvas est un alcool tout à fait valable pour fêter ma mort, n'est-ce pas ? La destination m'importe peu finalement, si je suis à vos côtés, et qu'il y a à notre disposition de quoi... s'amuser.

Sans prévenir, Dokhara relâcha tout à coup son étreinte, puis s'éloigna à nouveau, s'installant à l'autre bout du lit avec une moue pensive.

- Mais fi de vos mièvreries Lucrétia. Je me dois de revenir sur ce que vous m'avez appris, car cela mérite de se poser quelques questions supplémentaires. S'il m'est arrivé récemment de vous croire instigatrice des nombreux évènements qui m'ont affectée récemment, je découvre une réalité en demi-teinte. Ainsi donc vous suiviez les instructions des lahmianes, tandis que je suivais celles des slaaneshi... mais tout ceci n'est-il pas... étrange ?

Dokhara leva un index, se mettant à compter sur ses doigts en parallèle de ses réflexions.

- Si l'on reprend la chronologie de nos actions... et en supposant que vous ne me cachiez plus aucun élément... alors il y a quelque chose d'incohérent dans toutes ces coïncidences. Nous avons dormi dans une auberge qui n'était prévue dans aucun de nos deux emplois du temps. Personne ne pouvait prévoir où nous serions cette nuit, à moins que l'une de nous soit suivie de près. Pendant cette même nuit, nous reçûmes donc chacune un message de deux camps différents et ennemis, chacun sachant où nous trouver, concernant la même mission. Passons le fait qu'une vache magique semble déchainer les passions de la moitié de l'Empire, et concentrons-nous sur un autre sujet : non seulement vous et moi sommes surveillées ou tout du moins localisables par mes cultistes et vos consœurs à tout moment, mais en plus les lahmianes ont une avance non négligeable. Car elles étaient au courant de l'expédition et souhaitent la saboter. Supposons maintenant qu'elles savaient que vous m'aviez trouvée, et que j'allais être la responsable de l'expédition qui vous intéressait ? Non... cela ne colle pas. Parce que je ne suis pas nommée dans votre document. C'est curieux non ? Cela parle bel et bien de Marienburg, où vous m'auriez retrouvée de toutes manières si nous nous étions séparées sans que je vous parle de ma mission. Mais pas de moi. Ce qui laisse penser que les lahmianes ne savaient pas que cette expédition me serait confiée. Tout comme les slaaneshis ne savaient pas que je me ferais accompagner d'une vampire : c'est délicieusement ironique. Car Oswald ne vous connaissait pas, n'est-ce pas ? Hors je me rappelle désormais que lorsque la corde me remontait, le rythme était lent au départ, puis soudainement rapide. Comme si quelqu'un avec une force surhumaine avait pris le relais... ce qui me laisse penser qu'ils étaient là avant vous ! Donc les slaaneshis savaient où me trouver, et c'est leur agitation qui vous a aidé à me repérer, c'est cela ?

La jeune de Soya se leva d'un bond, comme si elle venait de se rendre compte de quelque chose d'important.

- Ils savent TOUT LE TEMPS où me trouver. Comment ? Passe encore que je sois suivie dans la Drakwald même déguisée en roturière, et qu'on me retrouve dans cette auberge. Mais dans les cellules de l'inquisition ? C'est un véritable dédale sous-terrain de portes verrouillées et d'escaliers, et avec la surveillance des Museaux il n'y a pas moyen qu'ils aient eu le temps de faire le tour de toutes les cellules avec grille donnant vers l'extérieur pour me trouver. Surtout qu'avec l'obscurité, c'était impossible pour eux de distinguer qui se trouvait dans chaque cellule dix mètres plus bas - la météo était atroce cette nuit, je m'en rappelle bien puisque ne pouvait m'en abriter.

Elle fixa sa consœur droit dans les yeux.

- Lucrétia, je n'y connais rien en magie, mais théoriquement, un sortilège permettant de suivre la localisation de quelqu'un, ça peut exister non ? Si oui, sauriez-vous le détecter et le détruire ? Il faut tout vérifier ! Mon coffret, les dagues d'Oswald, vos affaires, vos serviteurs, et surtout... moi-même. J'ai été soumise à tant de rituels malsains au sein du culte afin d'éveiller mes sens, un cultiste aurait tout à fait pu en profiter pour... me marquer, d'une manière ou d'une autre. Cela ne nous sert à rien de fuir ceux qui souhaitent nous manipuler si l'on ne s'assure pas au préalable qu'ils n'ont plus de moyens de nous retrouver !
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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 23 avr. 2018, 22:49

Dans la sombre promiscuité de la cabine, coupée de cette journée ensoleillée qui régnait au-dehors, Lucretia s’était employée à révéler cet étrange marché qui l’avait liée à la sororité. Elle avait détaillé sa mission et ses pensées, ses raisons d’agir et ses objectifs, sans jamais ressentir ni vergogne ni scrupule. Toutefois, elle n’avait pu s’empêcher de scruter en de différentes reprises le visage de sa consœur à mesure qu’elle racontait sa propre version des faits ; provoquer et voir naître quelque réaction que ce fût chez son interlocuteur demeuraient une activité de tous les jours pour la Lahmiane. Et ce véritable passe-temps venait une nouvelle fois de se réaliser, quoique sous une forme des plus inattendues.

Elle avait déjà pu imaginer la surprise sur l’expression de Dokhara. La surprise d’avoir été trompée, la stupeur d’avoir été menée en bateau, au sens propre comme au figuré, ainsi que l’étonnement que la vampire eût eu une longueur d’avance, potentiellement, sur le plan que devait suivre la baronne de Soya. La colère d’avoir fondé tous ses espoirs, sa fuite, et la perte de son domaine et possession sur un mensonge. Et enfin, la tristesse d’avoir été trahie, la sensation de n’avoir été perçue que comme un pion. Et pourtant, rien de tout cela ne transparut sur les traits de Dokhara. Au contraire.

De l’émerveillement, de la tendresse, du bien-être ; autant de sentiments contraires à ceux qu’elle aurait dû vivre se manifestèrent sur son visage. La béatitude d’une sainte devant son dieu, cette glorieuse contemplation que rien n’arrête. Ou, d’une tout autre manière, l’amour inconditionné d’une petite fille pour celle qui l’a mise au monde. Dokhara rayonnait de mille feux en l'admirant ; la passion sourdait de tous les pores de sa peau alors même que l’immortelle venait de lui avouer sa duplicité. Un comportement imprévisible qui frappa, quoique légèrement, Lucretia, dont la voix perdit en assurance l’espace de quelques secondes avant de reprendre sa tonalité habituelle, ferme et posée.

Lorsque la vampire eut terminé son discours, Dokhara ne tarda pas à compléter ses émotions de mots tout aussi enfiévrés. Elle savait depuis le début que, en changeant de maître, elle ne faisait que se livrer à un autre. Elle ne s’était fait aucune illusion quant à la possibilité de devenir celui de la Lahmiane, mais, plus que d’accepter l’idée, elle l’avait embrassée sans jamais y penser à deux fois. Et après les émotions de son visage et les paroles vint le comportement.

Telle la petite fille qu’elle incarnait parfois à merveille, en dépit de toutes les expériences dégradantes qu’elle avait pu subir mais contre lesquelles le fanatisme slaaneshien permettait de temporairement se protéger, elle se lova contre Lucretia. Laissant reposer sa tête contre l’épaule de son amante, Dokhara se serra contre elle en l’enlaçant fortement, comme si elle cherchait soudainement un havre de paix, ou qu’elle désirait totalement se faire avaler par l’étreinte et le pouvoir de la Lahmiane. Et le ton de sa voix emprunta des nuances douces et rêveuses, explorant les différentes pistes de réflexion qui venaient de lui être proposées.

Oui, elle avait tout perdu, oui, ses terres avaient certainement été brûlées, et, oui, son service ancillaire exécuté. Mais le malheur des uns avait pour lui la fâcheuse tendance de faire le bonheur d’un autre, quoique de la manière la plus cruelle et la plus sournoise qui fût. Dokhara était libre, définitivement libre de toute entrave et de toute pression. Son passé avait été effacé, sa vie d’avant, réduite à néant, et elle n’avait plus d’autre choix que d’aller à la rencontre d’un futur que Lucretia rendrait aussi dangereux que palpitant.

Une main aussi intrépide que matoise se faufila dans le dos de la Lahmiane, descendant jusqu’à la partie callipyge de son corps, avant de fermement s’y agripper. Le verbiage des plus égrillards que lâcha soudainement la baronne de Soya fit rouler des yeux une Lucretia pourtant, d’ordinaire, maîtresse de ses émotions comme de ses réactions, avant de la faire éclater de rire.

« Une sacrée ambition, que je constate là, annonciatrice d’une des plus grandes Lahmianes que la sororité n’ait jamais vue. J’espère que vous ne manquerez pas de leur conter cela lorsqu’elles vous demanderont, un jour, pourquoi je vous ai transformée. »

Ainsi, tant que Lucretia et Dokhara resteraient l’une avec l’autre, tout seyait à cette dernière. Qu’importait la destination, qu’importaient l’avenir et leur objectif. Oui, ce voyage en Inja n’était peut-être plus au goût du jour, là où le Kislev commençait à revêtir les attraits d’un pays de cocagne où il ferait bon vivre. Tant qu’il y avait du kvas, tant que l’on savait s’y amuser, tant qu’elles n’étaient pas séparées.

Toutefois, ces affectations somme toute ingénues n’empêchaient pas la jeune femme de poursuivre le fruit de ses réflexions. Bientôt, elle se mit à échafauder toute une théorie cabalistique liant sororité et culte de slaanesh, interposant les derniers évènements qui avaient ponctué leur existence. Oui, encore, il demeurait étrange que les deux groupes sussent les trouver l’une et l’autre dans une auberge qu’elles-mêmes n’avaient pas prévu de fréquenter. Oui, toujours, il était assez incroyable de constater que, même au sein des Caves, ils pussent la tracer afin d’envoyer une troupe suicidaire la délivrer, au nez et à la barbe des museaux. Ou si peu. Dokhara dévoila là sa théorie ; au cours des cérémonies avilissantes au cœur desquelles elle avait plongé ces derniers mois, nombre de cultistes avaient eu tout le loisir de la soumettre à la magie, de la lier à quelque sortilège que ce fût, de manière à ce que, continuellement, ils eussent sa position en temps et en heure. Il y avait-il une manière de vérifier ses dires et, s’ils s’avéraient exacts, de mettre un terme à cette sorcellerie ? Sans cela, jamais ne pourrait-elle véritablement être libre ; ils posséderaient toujours une longueur d’avance sur elle, un moyen de la rattraper.

Lucretia lui rendit son long regard, devenu subitement sceptique.

« Oui, cela se peut. C’est même fort possible. Mais si l’on vous a enchaînée à pareil maléfice, je pense être en mesure que de le découvrir. Mais il va me falloir, pour ce faire, procéder à de petites vérifications. J’espère que vous êtes prête. »

Sans même attendre de réponse de sa part, Lucretia se fendit brusquement en avant, attrapant les chevilles d’une Dokhara alors debout pour les tirer à elle, la faisant chuter sur le lit. Se positionnant lentement au-dessus d’elle, telle une louve jouant avec sa proie, la Lahmiane la déshabilla du regard, une étincelle malicieuse brûlant dans ses pupilles. Puis, avec une lenteur contrôlée, elle entreprit de retirer un à un le restant de boutons qui fermait les deux pans de sa chemise. Sa tâche accomplie, elle en balaya un vers la droite, usant nonchalamment de son index et de son majeur réunis, dénudant une moitié de buste allant des épaules jusqu’au bassin. Et fit de même avec la partie restante, dévoilant totalement le corps de la jeune femme. Se redressant au-dessus d’elle, enserrant ses genoux autour de ses hanches, elle entendit comme elle nota la respiration devenue plus frénétique de sa consœur ; ses courbes oscillèrent de bas en haut, dans un flux et reflux d’air qui fit étinceler que plus encore le regard de Lucretia.

« Mmh… Je vous saurais gré de ne pas tâcher de me déconcentrer d’une manière comme d’une autre ; je dois me focaliser en tout point pour être certaine de ne rien manquer. »

Conservant cette même lenteur, elle effleura le crâne de Dokhara, passant sa main dans ses cheveux, s’ouvrant aux perturbations intangibles de l’Aethyr. Elle scruta mentalement son cuir chevelu, ses tempes, descendit sur son front, son nez, passant au-dessus de ses yeux pour glisser sur ses joues et sur ses lèvres. Les oreilles ne furent pas non plus épargnées, ainsi que le cou de la jeune femme, que les doigts de Lucretia effleurèrent de part et d’autre dans de longs gestes sinueux qui se rejoignirent sous son menton.

Puis elle attaqua les épaules, contournant la clavicule, les bras et les avant-bras, les mains, et le bout de ses doigts. Elle remonta alors, gardant la même langueur tout en persévérant, curieusement, dans sa quête d’anomalie. Difficile de dire, en vérité, si la Lahmiane agissait de manière studieuse et appliquée, ou si elle en profitait allégrement pour jouer selon ses propres règles bien définies. Ce fut bientôt au tour de la naissance de la poitrine d’être inspectée, avant que les paumes ne s’échouassent sur la rondeur de ses seins. Par mesure de précaution, la vampire y repassa à plus d’une reprise et de manière plus consciencieuse encore ; les cultistes, elle n’en doutait pas, s’y étaient arrêtés en de maintes occasions. Enfin, elle termina par le ventre, dessinant le contour du nombril, s’interrompant sur ses iliaques. Le petit sourire de la vampire ne se fit que plus retors encore. Elle n’eut pas même besoin de prononcer le moindre mot ; il lui suffit de croiser le regard de son amante pour que la respiration de cette dernière s’amplifiât davantage.

A genoux, Lucretia recula modérément, dans de longs gestes placides et mesurés. Puis ses doigts se saisirent des liens maintenant le pantalon de Dokhara, qu’elle dénoua dans cette même attitude joueuse, avant de se glisser sous la couture et de lui retirer ce dernier sans se presser. La taille et les longues jambes de la baronne furent découvertes, et la vêture, négligemment jetée sur le côté.

« Nous voulons être certaines de ne point être retrouvées, n’est-il point ? Et, ès qualités d’ancienne cultiste, je gage que… Enfin, vous voyez, naturellement. »

A l’instar de la partie supérieure du corps de Dokhara, l’autre moitié ne fut pas moins épargnée. Les caresses se démultiplièrent dans des endroits aussi normaux que bien trop osés, se glissant çà et là sur une peau toujours plus sensible. Si les corps de tout à chacun s’enveloppaient des nuances aethyriques que Lucretia pouvait percevoir à tout moment, ce fut surtout, en l’occurrence, nombre de frissons qu’elle recueillit du bout de ses doigts. Enfin, Lucretia termina de prodiguer une série de longues complaintes entre les lèvres de Dokhara, dont le corps se brusqua et se contracta subitement, cherchant une respiration qui lui fit soudainement défaut.

« Bien, maintenant, au tour du dos. »
GD, serait-il possible que tu fasses le test demandé ? J'imagine que d'une taction, Lucretia est capable de percevoir s'il y a quelque chose sur l'entièreté du corps de Dokhara (devant comme derrière). Le fait de "vérifier" partie par partie n'est qu'un jeu de la part de la Lahmiane ; dès le premier contact, elle est à même de savoir, si réussi (?).
Compétences Science et Conscience de la magie !

EDIT : et il y a aussi eu le sort de repos, du coup, qui est passé sous silence. :p
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Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises (lvl 1):
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- Éloquence
- Séduction
- Érudition
- Intimidation
- Alphabétisation
- Sens Accrus
- Vision nocturne
- Connaissance des démons
- Comédie
- Force accrue
- Esquive
- Monte - chevaux
- Coup précis lvl 3
- Arme de prédilection - épée à une main
- Escalade
- Coriace
- Chance
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
- Etiquette
- Intrigue de cour
- Littérature
- Réflexes éclairs
- Linguistique

Dons du Sang:
- Défi de l'Aube
- Innocence Perdue
- Domination
- Ame Profane
- Forme de Familier : Corneille
- Régénération Impie
- Sang argenté
- Sang vif

Escorte :
- 10 hommes d'armes
- un carrosse tiré par quatre chevaux
- Hans le cocher
- Marcus le capitaine de la garde
- Une petite bestiole attachante nommée Dokhara.

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Re: [Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Message par [MJ] Le Grand Duc » 24 avr. 2018, 18:35

Lucrétia incante Repos : 2, réussi.

+1 xpm

Test de Conscience de la Magie (basé sur +1 Int) de Lucrétia : 6, réussi.

Lucrétia ausculta le corps de la jeune baronne, ouvrant ses sens aux variations intangibles de l’Aethyr. Sa vision sur le monde physique se brouilla quelque peu tandis qu’apparaissaient de nouvelles couleurs, des scintillements soulevés par les poussières de magie qui composaient chaque être dans en ce monde. Le regard de la lahmiane transcendait les barrières physiques et planait à travers le corps de Dokhara comme on observerait la chitine translucide d’une chrysalide vide. Elle était alors libre d’examiner les flux métaphysiques qui pulsaient dans cet hôte comme le ferait n’importe quel fluide vital. Différentes essences s’y mêlaient, en proportions confuses. Lucrétia n’avait pas suffisamment étudié les principes fondamentaux des Vents de Magie pour être capable d’identifier clairement ces énergies et de les isoler. L’Immortelle ne voyait là que des sentiers d’étincelles agitées se mêlant les unes et autres, mais ses sens aiguisés lui permirent pourtant de repérer une anomalie dans ces canaux chatoyants.

Un amalgame noir rampait dans ces veines magiques, une graine de corruption logée dans l’un des vaisseaux et nécrosant les bouffées qu’elle traversait. La vampire approcha instinctivement la main au-dessus de ce parasite, déployant sa propre volonté pour plier l’Aethyr et aspirer le parasite hors du système délicat de Dokhara. L’étrange sangsue se recroquevilla en déployant des tentacules vaporeux pour s’accrocher à sa niche, émettant un crissement dans l’esprit de Lucrétia qui fit grimacer cette dernière. La baronne de Soya, quant à elle, eut l’impression qu’on lui plantait une aiguille à tricoter dans la nuque. La douleur était si subite et aigüe que la jeune femme manqua de s’évanouir. Lucrétia continuait de se battre, arrachant peu à peu la petite pieuvre à sa gangue, et cette dernière jaillit de l’enveloppe charnelle en réduisant d’un coup, jusqu’à s’évaporer dans une évocation mauve et à l’odeur de soufre. Dokhara exhala profondément au même instant, le corps en proie à des tremblements douloureux et une sensation de manque lui déchirant soudainement la poitrine.


Tout ce qui est décrit ici tiens de l’invisible, du métaphysique. Seule Lucrétia voit tout ça. Pour toi, Dokha, c’est juste la douleur !!
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Re: [Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 27 avr. 2018, 18:39

En vérité, il n’avait fallu que d’un seul contact à la Lahmiane pour s’apercevoir que le corps de sa compagne avait effectivement été magiquement souillé, d’une manière fourbe et salingue. Elle l’avait ressenti jusqu’aux tréfonds de son âme vampirique, qui ne pouvait apprécier le Chaos, et cette chose, tapie là dans les chairs de Dokhara, lui avait bien fait comprendre à quel point l’inimitié était mutuelle. A sa manière, elle avait feulé, craché, montrant sa haine et son mépris à l’encontre de Lucretia, et de petites vibrations aethyriques lui étaient remontées dans le doigt, dans la main, puis dans le bras, l’obligeant à serrer les dents. Le message était des plus clairs ; quelque action que ce fût qui serait entreprise se solderait dans la douleur, échec comme réussite.

La baronne de Soya devait pourtant supporter cette dernière épreuve. Pour être libre, pour redevenir elle-même, pour être affranchie de toute étreinte infectieuse qui se répandait lentement mais sûrement en son sein. Elle devait être la patiente d’une Lucretia nouvellement nommée chirurgienne, sans les moyens du bord pour atténuer la douleur et les tourments. Alors, celle-ci avait recouru à une manière détournée, et peut-être aussi fourbe. Car il le fallait. Jouer de ses caresses et de ses attouchements pour délier l’esprit de sa compagne et l’envelopper d’une douce torpeur, juste avant la prochaine exaction. La décontracter, la détendre, pour que l’opération se passât, peut-être, plus facilement. Ou, tout simplement, marchander quelques poignées de secondes de bien-être contre une minute de géhenne. A l’insu de la principale concernée.

Lucretia avait dispensé ses attentions de manière croissante, effleurant dans de longues arabesques doucereuses la peau opaline de Dokhara. Parvenue à l’acmé de ses cajoleries en des lieux qui contraignirent la baronne de Soya à se mordre les lèvres par souci de discrétion sans qu’elle ne pût malgré tout retenir de longs gémissements, elle l’enjoignit à se retourner pour continuer ce petit jeu d’inspection qui, vraisemblablement, n’en était plus vraiment une. La jeune femme s’exécuta de bonne grâce, offrant son dos et ses fesses dénudés à Lucretia, qui ne s’en formalisa pas davantage.

Ses doigts caressèrent le cou de sa consœur, effleurèrent ses épaules, et s’immobilisèrent entre ses omoplates. C’était là que se terrait la chose qu’elle se devait d’extraire. S’ouvrant que plus encore aux courants aethyriques, la Lahmiane perçut que plus distinctement sa noire et fuligineuse silhouette, au milieu de tous ces entrelacs multicolores qui formaient la trame de l’intangible. Oui, elle se dissimulait bien là, comme un spectre, comme une vision fantôme enroulée dans une autre dimension autour d’un élément pourtant bien réel. Elle se ratatina sous la menace, avant de chercher à se défendre en se développant subitement, serpentant, étreignant plusieurs de ces fils argentés qui, dans cette autre trame, composaient la psyché de Dokhara. Et, dans le même temps, dans cette réalité qui était la leur, certains de ses minuscules tentacules mouchetés ceinturèrent quelques nerfs et fibres musculaires, s’y accrochant comme si leur vie en dépendait, tandis que son corps parasite se retranchait entre deux vertèbres de son rachis.

Lucretia le sonda ; il resserra son étreinte, et la Lahmiane put ressentir la douloureuse surprise de Dokhara, qui releva subitement la tête dans un petit cri soudain. Sans rien laisser présager de la bataille future qui allait se dérouler entre elle et cet étrange batracien, la vampire plaqua fermement sa main entre les scapulas de sa comparse, l’empêchant de gigoter outre mesure. Et elle se mit à l’ouvrage.

Usant de sa volonté comme d’un scalpel incandescent, Lucretia chercha à découper le plus proprement possible les tentacules qui, à chaque nouvelle tentative, s’enlisaient que plus encore dans les tissus de la baronne. Celle-ci se mit à hurler dans l’oreiller, tâchant du mieux qu’elle le pouvait d’étouffer sa douleur, tressautant, convulsant, battant tant et si bien des jambes dans des mouvements désespérément désordonnés que ses pieds heurtèrent à plus d’une reprise le dos de la Lahmiane, qui n’eut pas d’autre choix que de tenir bon. Continuant d’exercer une détermination nonpareille, Lucretia réussit, petit à petit, à déraciner la chose dont la tête, manquant de se séparer du restant de son corps, fut uniquement retenue par des filaments aussi écœurants que visqueux. Et elle jaillit alors subitement, dénichée, que pour mieux fondre dans l’Aethyr, en proie à quelque acide magique, avant de s’évaporer dans des exhalaisons capiteuses.

Dokhara, allongée sur le lit, chevrotait, encore terrassée par la douleur. Lucretia se détendit alors, voyant sa mission accomplie, et remua légèrement des épaules et du dos ; les talons de la jeune femme, à force de souffrances, avaient bien entamé ses propres scapulas comme sa patience.

« J’espère que vous avez bien apprécié ce BESOIN d’éveiller vos sens et de faire hurler votre corps », grinça-t-elle entre ses dents avec hauteur et condescendance, reprenant les propres termes de la baronne de Soya.

Voilà pourquoi elle exécrait tout ce qui pouvait avoir attrait au Chaos ou à ces choses de pareil acabit. La puissance ou l’importance que l’on recevait de son estime se payait à un prix bien trop élevé, et trop nombreux étaient les crédules prêts à pactiser avec cette engeance. Oui, elle se sentait en tout point supérieure à ces cultistes, oui, elle se sentait bien plus intelligente et réfléchie que ces crétins qui avaient foncé de la manière la plus volontaire qui fût vers un chemin pavé d’embûches et de tourments. Elle considéra Dokhara de Soya, et lâcha un petit soupir lassé.

« Il semblerait que vous ayez eu raison, reconnut-elle alors que la jeune femme se remettait difficilement de sa dernière épreuve. L’on vous aura bien tracée jusqu’au bout, mais vous deviez en être délivrée, à présent. Et moi de même. Nous voilà aptes à voyager où nous le souhaitons, à prendre n’importe quelle voie s’offrant à nous, et à ne plus être suivies. Au moins pour le moment. »
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Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises (lvl 1):
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Érudition
- Intimidation
- Alphabétisation
- Sens Accrus
- Vision nocturne
- Connaissance des démons
- Comédie
- Force accrue
- Esquive
- Monte - chevaux
- Coup précis lvl 3
- Arme de prédilection - épée à une main
- Escalade
- Coriace
- Chance
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
- Etiquette
- Intrigue de cour
- Littérature
- Réflexes éclairs
- Linguistique

Dons du Sang:
- Défi de l'Aube
- Innocence Perdue
- Domination
- Ame Profane
- Forme de Familier : Corneille
- Régénération Impie
- Sang argenté
- Sang vif

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- 10 hommes d'armes
- un carrosse tiré par quatre chevaux
- Hans le cocher
- Marcus le capitaine de la garde
- Une petite bestiole attachante nommée Dokhara.

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Re: [Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Message par Dokhara de Soya » 03 mai 2018, 21:26

- Hey ! Je suis sérieuse vous savez ?

Dokhara offrait à sa consœur perchée sur son corps une petite mine contrite, alors que cette dernière ouvrait sa chemise pour exposer au grand air sa poitrine.
Sous ses vêtements, la peau de Dokhara n'était pas aussi dénuée d'imperfections que son visage. En effet, une cicatrice désormais ancienne entachait - ou embellissait, selon les goûts de chacun - son torse, fine crevasse blanche démarrant en bas de son sein droit, parcourant ce côté de son corps sur une vingtaine de centimètres avant de finir sa course en direction de l'arrière de ses côtes. Un souvenir d'un affrontement qui avait mal tourné, il y a longtemps.

Son agacement de façade céda bien vite alors que les doigts de Lucrétia parcoururent sa tête. Son visage était particulièrement sensible aux caresses, aussi adressa t-elle comme ultime signe de résistance un soupir faussement exaspéré avant de clore ses paupières pour mieux profiter de l'instant. Après une discussion aussi difficile que celle qui avait précédé, voir sa consœur d'humeur si taquine était en soi un réconfort, et malgré ses inquiétudes vis à vis d'un éventuel sortilège de détection slaaneshi, elle n'était pas encline à interrompre le jeu de son amante. Non pas qu'elle le souhaitait vraiment à la réflexion, encore moins lorsque ses doigts descendirent pour s'attarder sur plusieurs zones sensibles.

Plus l'épreuve durait, plus elle devenait à dire vrai à la limite du supplice. Tous les sens désormais en éveil, les caresses de Lucrétia n'étaient que des effleurements au rythme lent et langoureux, dont le passage répété sur des zones particulièrement érogènes éveillèrent tremblements et chair de poule. S'abandonnant à un plaisir bienvenu après leurs récentes épreuves, ses doigts se crispèrent dans le matelas, sa respiration s'accéléra, et quelques rares gémissements vinrent ponctuer les caresses les plus efficaces. Lorsqu'enfin Lucrétia termina sa minutieuse inspection de son torse, Dokhara avait déjà les jambes qui tremblaient d'un désir qui ne pouvait rester inassouvi. Par jeu néanmoins, elle ne rouvrit pas une seule fois les yeux, choisissant en toute impunité de s'abandonner à la vampire, lui faisant toute confiance pour ne pas être déçue.

Elle ne le fut pas.

Lucrétia prit un malin plaisir à ralentir à l'excès chacun de ses mouvements, retirant son pantalon centimètre par centimètre, puis laissant à nouveau glisser ses doigts sur chaque centimètre de la peau de Dokhara à un rythme aussi lent que parfaitement maitrisé. Comme l'on pouvait s'y attendre venant de la part de la lahmiane, elle jouait de son emprise sur les sens de son amante, s'amusant du spectacle que la jeune rousse offrait, son corps se contorsionnant sous l'effet de chaque caresse, chaque minute de préliminaire décuplant son désir. Et lorsqu'enfin vint le moment d'inspecter l'épicentre de son plaisir, la jeune baronne avait depuis longtemps perdu tout sens commun ou contrôle de soi. Les cris de plaisir qu'elle laissa s'échapper de sa gorge retentirent à travers tout le quartier de l'équipage, se moquant éperdument des conséquences - après l'interminable attente que le jeu de Lucrétia avait suscité, si quiconque tentait de les séparer désormais, elle l'égorgerait avec ses dents. Dokhara eut néanmoins la présence d'esprit de se saisir d'un oreiller lorsque vint l'orgasme - un réflexe bienvenu qui lui permit de s'y accrocher de toutes ses forces alors que les vagues du plaisir vinrent la submerger.

« Bien, maintenant, au tour du dos. »

Comme un pantin, Dokhara obéit dans la seconde, non sans échanger au préalable avec Lucrétia un regard concupiscent. Elle ne prononça nul mot, mais la lueur de folie lubrique qui embrasait son regard était inquiétante, comme si elle n'était plus vraiment elle-même.

Exposant son verso à la vampire, cette dernière put y admirer davantage de cicatrices que de l'autre côté. Un poinçon blanc sur l’épaule, et deux estafilades : l’une d’une dizaine de centimètres longeait l’arrière de son bras gauche, tandis que l’autre traversait tout son dos, partant de l’épaule pour finir au niveau de ses reins. Des marques que Lucrétia commençait à bien connaitre - c'était déjà la troisième fois qu'elle avait le loisir de les contempler, témoins peu gracieux des quelques expériences nocturnes de l'ex-baronne qui avaient mal tourné. Des histoires qu'elle n'avait pas encore conté à la vampire ; et qu'elle ne comptait certainement pas narrer en cet instant dédié à la luxure. Il y avait eu bien assez d'évocation du passé pour cette soirée.

Il y avait quelque chose de surprenant dans la jouissance des sens que provoquait Lucrétia. De la même manière que sa simple présence perturbait déjà sa respiration, son rythme cardiaque et sa faculté à garder le contrôle d'elle-même tant physiquement que mentalement, ses caresses semblaient avoir un pouvoir aphrodisiaque inexpliqué. Etait-ce lié aux onze dernières longues journées de privation qu'elle s'était imposée, ou à ses sentiments pour sa consœur ? Car toute lahmiane qu'elle était, Lucrétia ne pouvait en rien égaler les moyens dont disposaient les slaaneshis pour décupler son plaisir. Dokhara n'était même pas sous l'influence du Baiser de la Courtisane, et pourtant, ce premier orgasme avait été un réel délice, plus que prometteur sur l'avenir que lui offrait la vampire. Si ses seules caresses pouvaient faire pareil effet, alors de quoi serait-elle capable une fois que Dokhara l'aurait initiée à des méthodes bien plus innovantes ?

Elle empêcha son esprit de digresser tant sur le passé que le futur, alors que le présent s'avérait déjà plus que satisfaisant. Fermant à nouveau les yeux, elle attendit patiemment que Lucrétia reprenne son ouvrage, impatiente des prochains délices d'extase qui l'attendraient.
Aussi, lorsqu'elle sentit ses doigts glisser lentement sur sa nuque, elle dut chercher au plus profond d'elle-même la patience pour ne pas manifester sa frustration. Il y avait un temps pour le jeu, et un temps pour l'action ! La lahmianne était donc t-elle si peu expérimentée dans l'art de faire plaisir à une autre femme pour ainsi lui faire perdre son temps ?

Dokhara hurla pourtant dans les secondes qui suivirent, mais pas de la manière escomptée.

L'impression qu'on lui enfonçait une aiguille dans la base de la nuque, et que cette dernière remontait jusqu'à la partie supérieure de son crâne. Une douleur irradiante contre laquelle elle ne put dresser aucune barrière, se contentant de hurler sans discontinuer pour empêcher son esprit de céder à la tentation de se réfugier dans un coma protecteur.

Mais cette douleur n'était rien face à ce qui suivit. Lucrétia était en train de lui arracher une part d'elle. La sensation était indescriptible, mais la certitude qui en découlait était limpide : de sa noire magie, la vampire lui volait une part de son âme, une part d'elle-même, de qui elle était. Elle avait vu la morte-vivante dominer l'esprit d'autrui pour qu'ils répondent à ses désirs, et voilà qu'elle opérait le même changement en elle, l'altérant pour son bon plaisir.

- ARRETEEEEEZ !

Elle se débattit de toutes ses forces comme une damnée. Lucrétia étant assise sur ses cuisses, elle plaquait l'ex-baronne contre son lit d'une seule main avec une force implacable, l'empêchant de se retourner. Dokhara frappa de ses talons à répétition dans le dos de son ennemie sans que cela n'aie le moindre effet, pas plus que ses tentatives de se libérer ou de planter ses ongles dans son bras.

Comprenant peu à peu son incapacité à empêcher l'inévitable, Dokhara perdit sa combattivité. Son visage s'écroula dans son oreiller, dans lequel elle pleura en suppliant Lucrétia entre deux spasmes de douleur.

- Par pitié... ne faites pas ça... pas comme ça...

Mais rien n'y faisait. Lucrétia faisait fi de toute distraction, et achevait son œuvre sans aucune forme de compassion. Dokhara sentit cette part d'elle qui se débattait pour ne pas être arrachée, qui progressivement faiblissait alors qu'elle perdait son combat. Jusqu'à ne plus la sentir du tout. Et pour la remplacer, un sentiment de vide plus fort encore qu'elle ne l'avait connu par le passé, lorsqu'elle avait tenté de se détourner de Slaanesh plus d'une journée. Un trou béant saccageant sa poitrine, ayant un besoin désespéré d'être comblé par n'importe quoi, mais qui paradoxalement, absorbait insatiablement tout ce qu'on y jetait sans jamais être repu.

Lucrétia relâcha enfin son étreinte, son travail terminé. Le corps de Dokhara était désormais immobile sur le lit. La vampire se déplaça quelque peu, son fessier quittant les cuisses de sa victime pour s'installer à côté d'elle, lui adressant un sarcasme qu'elle fut bien en peine d'écouter, terrassée par la douleur qu'elle ressentait. Un mal tant physique qui se traduisait par des spasmes résiduels, que mental face à l'impression surnaturelle de manque qu'elle ressentait. Lucrétia lui avait dérobé quelque chose d'important, et elle se sentait incomplète désormais. Et surtout... seule.

Elle ouvrit les yeux pour regarder son agresseur. Et ne ressentit ni amour pour son amante, ni colère pour le monstre qui l'avait dénaturée. Juste la tristesse et la douleur d'avoir perdu quelque chose d'important.

Lucrétia lui rappela alors la raison de ce qui venait de se dérouler.
Oui c'est vrai, elles cherchaient à savoir si les cultistes de Slaanesh avait placé sur elle un sortilège permettant de la suivre où qu'elle se trouve. Absorbée par la spirale du plaisir, elle avait oublié l'objectif initial de ces attouchements, contrairement à la lahmiane qui avait su rester lucide.

Mais que Lucrétia n'aie fait que la débarrasser de l'influence de Slaanesh ou se soit permise de bien plus désagréables libertés, quelle importance ? La cause n'avait pas d'intérêt, car la déterminer ne soignerait pas la conséquence.

Elle se retourna à nouveau dans le lit, mais restait couchée, à ruminer les paroles de la baronne Von Shwitzerhaüm. Les yeux ouverts, elle regardait les poutres du plafond au-dessus d'elle qui la séparait du pont du Weiler. Écoutait les cris des marins sur le pont. Ressentait le lent roulis du vaisseau qui naviguait sur le fleuve tranquille. Respirait l'odeur de bois humide auquel se mêlaient la subtile fragrance que dégageait la lahmiane et l'odeur de son propre corps encore transpirant, et des draps qu'elle avait souillé. Effleurait du bout du doigt le dos de la baronne. Avalait sa salive pour dessécher une gorge qui n'avait que trop crié. Percevait le lent battement de son cœur qui retrouvait sa stable routine.

En cet instant, elle avait besoin de ressentir quelque chose. N'importe quoi pour se sentir vivante, plutôt que ce vide. Elle aurait aimé avoir son violon pour canaliser sa détresse dans sa musique. Ou sa dague, pour que la douleur l'aide à retrouver ses esprits. Quant au sexe, son remède favori, elle devait admettre que cette récente expérience avait douché ce désir-ci pour le moment.

En l'absence de catalyseur, difficile de retrouver du sens à tout ceci. D'intérêt à cette fuite, à sa survie. Mais elle était assez lucide pour savoir que la léthargie n'était qu'une sourdine embrumant ses pensées. Elle ne pouvait pas laisser le vide béant en elle absorber ses chances d'avoir un futur, alors en attendant un éventuel rétablissement, elle ferait illusion, tout comme elle le faisait en Altdorf lorsqu'elle jouait les petites aristocrates modèles quand tout son être souhaitait hurler son ennui.

- Ainsi me voici délivrée de mes poursuivants et libre d'évoluer à vos côtés. C'est une bonne chose.

Elle lui fit un doux sourire. Comme un automate qui activait les muscles demandés pour produire l'effet voulu, la mimique reproduisait à la perfection une émotion humaine malgré son absence d'âme.

Prenant appui sur ses bras encore tremblants, elle se rassit, et prit le temps nécessaire à remonter son pantalon, resserrer sa ceinture et renfiler sa chemise qu'elle reboutonna au même niveau que précédemment. Elle profita du silence qui s'installait pour réfléchir froidement à la situation.

Elle se sentait mal, terriblement mal. Comme si plus rien n'avait de sens, que sa vie était désormais condamnée à perdurer sans plus de relief, à rester terne jusqu'à sa mort. Ce que Lucrétia lui avait arraché était son désir de vivre, sa capacité à être heureuse, tout simplement. Mais elle s'était engagée volontairement dans cette voie. Savait qu'elle s'était condamnée désormais à subir chaque perversion de son corps et de son âme par la vampire. Il n'y avait aucun retour arrière possible. Et devant elle, il n'y avait qu'un seul espoir. Devenir lahmiane, et espérer qu'avec sa mort et sa renaissance, cet horrible trou dans sa poitrine disparaisse.

- On ne peut pas se permettre d'arriver tout sourire en Altdorf - entre les lahmianes, les slaaneshis et les cultistes, j'en ai ma claque d'être sous la surveillance de toutes ces entités qui doivent fourmiller dans la capitale. Alors on va sauter du bateau.

Elle jaugea la réaction de sa consœur avant de poursuivre.

- On passera dans quelques heures à côté de Priestlisheim. C'est là que se trouvent... trouvaient mes terres. Possible que l'inquisition aie déjà saisi mon manoir et mes biens, mais nous n'aurons pas à tant nous approcher. Konrad, un vieil ami de mon père, possède une écurie le long de la route qui longe le Talabec. Il a une dette envers ma famille : même s'il a été averti de ma condamnation, il l'honorera. Il pourra nous fournir des chevaux assez robustes pour nous permettre de traverser le pays vers le nord à rythme soutenu.

A nouveau, Dokhara observe le visage de Lucrétia, guettant son assentiment.

- Nous allons traverser la Drakwald pendant des jours ; je sais le danger que peut receler cette forêt, mais on ne peut pas se permettre d'être vues sur les routes. Après quoi nous allons quitter, probablement définitivement, l'Empire. Peut-être... devriez vous réunir vos gens. Je ne sais pas quel lien vous unit à chacun d'entre eux mais... c'est un voyage dangereux qui s'annonce, sans retour, loin de leurs amis et de leur famille - amis et famille qui pourraient être utilisés pour les faire chanter et les retourner contre vous dans le futur. Par ailleurs, nous serons plus discrets avec un groupe de plus petite taille, sans compter que Konrad n'aura pas assez de chevaux pour tous.

Un mince soupir. Aussi démoniaque Lucrétia pouvait être, Dokhara voyait néanmoins les sacrifices auxquels la vampire consentait pour elle. Toute impériale était-elle, son association à une ancienne slaaneshi risquait de très mal tourner pour elle. En fuyant ensemble vers le Kislev, elle s'attirait les foudres de trois groupes à la puissance démesurée, sans compter les risques pour son foyer, Bratian. Dokhara avait déjà tout perdu sans n'avoir rien pu y faire - quelles que soient les réelles intentions de Lucrétia, elle consentait d'elle-même à subir de lourdes pertes personnelles dans l'unique objectif de rester avec son amante.

Cette pensée aurait du lui faire chaud au cœur.
Mais ce ne fut pas le cas - tout au plus était-ce une donnée mathématique supplémentaire dans son analyse de la situation. Et puis Dokhara commençait à comprendre la façon de penser de sa consœur - pour elle, rien n'avait d'importance. Face à l'immortalité, aucune perte n'est définitive, tout n'est question que de patience pour récupérer ce qui est perdu, et bien plus encore. Leur notion de sacrifice est ternie par leur incapacité à craindre la course du temps. C'est pour cela qu'autrefois Lucrétia avait offert Bratian à Dokhara sur un caprice d'un jour, et pour la même raison que la jeune de Soya avait refusé ce présent.

Dokhara attrapa un foulard qui trainait sur un lit sans se soucier de l'identité de son propriétaire, puis le noua sur sa tête, dissimulant entièrement sa chevelure. Elle saisit ensuite une paire de bottes noires que Lucrétia avait consenti à lui prêter, qu'elle noua solidement, la lahmianne faisant une pointure de plus qu'elle.

- Je vais prendre l'air sur le pont.

Sans plus de cérémonie, elle se leva et joignit le geste à la parole, quittant les quartiers de l'équipage en quelques enjambées. Une fois à l'extérieur, ignorant les étranges regards des marins qui s'attardèrent sur elle, elle partit s'accouder au plat-bord du Weiler, laissant son regard se perdre dans les eaux du Talabec.
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Dokhara de Soya, Voie de l'aristocrate, Noble
Profil: For 8 | End 8 | Hab 10 | Cha 14 | Int 11 | Ini 9 | Att 10 | Par 10 | Tir 8 | NA 1 | PV 59/75
Compétences : Étiquette, Diplomatie, Séduction, Éloquence, Sang-froid, Alphabétisation, Musique (violon), Danse, Chant, Empathie, Bagarre, Résistance accrue (spécialisation alcool).
Fiche de personnage

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Lucretia Von Shwitzerhaüm
Warfo Award 2018 du meilleur PJ - Élaboration
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Re: [Lucrétia & Dokhara] Eaux de jouvence

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 07 mai 2018, 13:23

La douleur de Dokhara avait été palpable, et la moindre tension de ses muscles courbaturés par l’effort et la violence paraissait encore et toujours sourdre de son corps pour s’étioler dans l’atmosphère étouffée et moite de la cale. Les œuvres mortes s’étaient nourries de l’affliction de la baronne, absorbant une partie de ses maux pour la laisser vidée comme un pantin abandonné. Avec lenteur et lassitude, quoiqu’encore légèrement tremblante, la baronne de Soya se retourna sur la couchette, grimaçant difficilement. Puis elle demeura là, allongée sur le dos, les yeux dans le vague. Lucretia la contempla longuement, en silence. La tignasse rousse de la jeune femme s’entremêlait de mèches humides, son front perlait quelque peu de gouttelettes de transpiration, et son teint avait blanchi plus que de raison. Les sortilèges de la Lahmiane n’auraient mieux su faire ; aspirant sa vitalité et sa force, sa magie l’eût laissée dans un état comparable.

D’une voie atone, elle reprit les paroles de Lucretia. Oui, elle était ainsi délivrée d’une partie de l’emprise que les cultistes de Slaanesh avaient toujours eue sur elle. Oui, c’était une bonne chose, et oui, était-elle désormais libre d’évoluer à ses côtés. Toutefois, bien qu’il se fût agit jusqu’alors d’un élément clef dans leur quête, d’un désir auquel Dokhara avait toujours aspiré depuis qu’elle était née, celle-ci n’en retirait nulle joie. Elle demeurait lasse et morne, stoïque et terne, tâchant, certainement, d’oublier, d’effacer les derniers vestiges d’une douleur incomparable.

La coquille creuse qu’elle était subitement devenue se leva mécaniquement pour se vêtir des affaires que Lucretia lui avait retirées. Une série de gestes automatiques, crantés, dégarnis de toute émotion, s’offrit à la vampire. Puis, lorsque ce fut chose faite, la jeune rousse s’abandonna une fois de plus à une sombre méditation, immobile, comme une statue dépourvue de tout éclat. Et elle reprit la parole, froidement pragmatique. Après avoir été pourchassée de la sorte, elle en avait plus qu’assez de toutes ces tribulations, de se cacher, d’éviter de se faire voir. Elle en avait par-dessus la tête de toutes ces entités qui la traquaient et la traqueraient encore. Et, assurément, fourmillaient-elles en Altdorf. Alors il leur fallait sauter du bateau.

Lucretia tourna légèrement son visage dans la direction de sa consœur, arquant un délicat sourcil interrogateur sans toutefois poser la question fatidique. Dokhara explicita le fond de sa pensée.

Les méandres du Talabec les mèneraient d’ici peu à Priestlisheim, non loin du domaine de Soya, que l’Inquisition avait très certainement brûlé, ou, à tout le moins, mis sous surveillance à défaut de s’en être totalement emparé. Si fait, Dokhara connaissait nombre de personnes céans même, si celles-ci demeuraient toujours en vie, dont Konrad, un vieil ami de Wildred de Soya, le père de la jeune femme. Il lui était redevable, et, possédant une écurie, l’homme serait à même de leur fournir des montures afin de tracer leur propre chemin vers le Kislev. Sa compagne cessa momentanément son explication, guettant l’assentiment de Lucretia.

« Une exploration qui pourrait se révéler aussi bénéfique que dangereuse. Mais, si vous avez confiance en ces gens que l’Inquisition a peut-être soumis à la question, qu’ils sont toujours en vie, et qu’ils possèdent encore et toujours ces biens que vous leur prêtez, alors, oui, cela vaut le coup d’être tenté. Car je pense effectivement que faire escale à Altdorf est une bien mauvaise idée, surtout lorsque l’on connaît désormais notre destination. »

Si elle pensait qu’il s’agissait là, en allant côtoyer une nouvelle fois l’Inquisition, de leur projet le plus dangereux, Dokhara vint bientôt la contredire en lui annonçant la suite de son plan. Voyager en traversant la Drakwald, l’un des territoires les plus renommés et les plus hasardeux de l’Empire, pour des raisons plus sinistres et malsaines les unes que les autres. Le mal séculaire que l’on disait régner sous le couvert de ces arbres décharnés n’avait jamais su être radié ; si elles s’engageaient sur pareille voie, même les répurgateurs ne viendraient pas leur mettre des bâtons dans les roues. Une solution presque aussi osée que désespérée.

« Un plan qui me plaît bigrement, en vérité », sourit Lucretia, sincèrement, presque pour elle-même, alors que Dokhara, après un mince soupir tout en s’étant recouvert la tête, se levait pour s’engager sur le pont.

Voilà un début d’aventure digne de ce nom. Voilà qui contrasterait drastiquement avec toute la retenue qu’elle avait dû s’imposer durant ces derniers mois. Dans un monde sans merci où seule la loi du plus fort prévalait, où les faux-semblants n’avaient pu lieu d’être, peut-être pourrait-elle enfin s’affranchir du carcan des règles sociales et, égoïstement, sadiquement, écraser la moindre gêne qui se dresserait devant elle sans craindre les dommages collatéraux. Après tout, ce ne serait certainement pas les hommes-bêtes, pour ne mentionner qu’eux, qui s’en iraient rapporter à l’Inquisition l’immanité des noirs sortilèges jetés par une jeune femme isolée en pleine forêt.

Restait alors à prévenir le petit groupe que formaient les gens de Lucretia. Tout le monde ne pourrait pas la suivre au sein de pareil périple ; pas assez de chevaux, très probablement, et la discrétion, ainsi que la rapidité, prévalait sur tout le reste. De plus, eu égard aux derniers dangers qu’avaient affrontés les deux jeunes femmes, et à la précision des renseignements que possédaient sur elles la sororité, les cultistes, et l’Eglise, Lucretia avait d’ores et déjà décidé qu’elle ne piperait plus mot de rien. Si ses gens devaient la suivre, alors le feraient-ils aveuglément, sans jamais connaître leur destination finale. Ils voyageraient à l’aveugle, selon ses propres dires, devant remettre leur destin entre leurs mains. Nombre d’entre eux l’avaient déjà fait, mais réitéreraient-ils leur serment pour un voyage aussi lointain dont ils ne connaissaient rien ? Elle ne tarderait pas à le savoir.

Imitant sa consœur, elle enfila sa pèlerine, dont elle rabattit la capuche sur sa chevelure. Lucretia avait eu pour idée de retenir cette première lorsqu’elle lui avait manifesté son envie d’air frais, mais elle s’était abstenue. Qu’importait, au final, que l’on vît deux femmes à la chevelure carmine sur une barge s’engageant vers Altdorf alors qu’elles prévoyaient finalement de disparaître en catimini dans la Drakwald ? Mais plus que cela, la Lahmiane le comprenait, Dokhara avait besoin de souffler, de se changer les idées, après la dernière épreuve qu’elle venait de traverser. La douce bise qui soufflait sur le Talabec lui ferait le plus grand bien, la revigorant quelque peu. Elle sortit à son tour sur le pont, non sans s’être munie de son ombrelle.

Là-haut, la même agitation l’accueillit avec son entrain habituel. Les marins manœuvraient çà et là, jouant de leur perche pour rester à bonne distance de la berge, vérifiant le tirant d’eau, amarrant les drisses aux crocs de loff, et tâchant d’ignorer l’équipage de Lucretia qui, de son côté, baguenaudait placidement. L’on profitait du voyage et de sa tranquillité bienvenue, qui jouant aux dés, qui pêchant quiètement, qui discutaillant allègrement. Du coin de l’œil, elle repéra Dokhara, accoudé au bastingage, et la laissa dans ses pensées pour se plonger dans les siennes, en direction de la proue.

Plus loin, par-delà les nombreux coudes que formait le fleuve, se nichait la demeure de son amante, qu’elle n’avait jamais visitée. Elle se demanda à quoi ce domaine pouvait-il bien ressembler, ce qu’avait pu vivre, en de plus amples détails, la jeune Dokhara de Soya, aux prémices de son existences, et ce qu’elle allait découvrir. Car l’Inquisition était assurément passée par là, avec son cortège de violence et de représailles sans demi-mesure, avec son dogme belliqueux et son pardon inexistant. Une idée lui trotta dans la tête ; celle de récupérer ces terres des mains des répurgateurs, de les bouter en-dehors de ses frontières, comme elle l’avait déjà fait, chez elle, avec les ennemis de Bratian. Elle avait déjà annulé son voyage vers l’Inja, pourquoi ne pourrait-elle pas faire de même avec le Kislev ? Combattre fièrement, avec panache et acharnement, rebâtir un fief de ses propres mains, se faire aduler par sa population, ses habitants, ainsi qu’elle l’avait déjà connu ?

Quelque part sur la rive, une chouette, apparemment des plus endêvées, hulula avec véhémence, l’arrachant à ses rêveries. Lucretia secoua doucement la tête, se focalisant sur sa tâche, et s’en alla trouver maître Bornoff. En quelques mots, elle lui expliqua le changement de plan ; effectuer une courte halte à Priestlisheim pour leur laisser, à Dokhara et à elle, ainsi qu’aux quelques personnes les accompagnant, le temps de mettre pied à terre, et de repartir comme convenu pour Altdorf avec ceux qui auraient choisi de demeurer à bord. Le prix resterait le même. Puis elle se porta à hauteur de Dokhara, lui annonçant sa présence d’un effleurement de sa taille avant de s’accouder à son tour à ses côtés.

« J’ai averti notre hôte de cette escale prochaine près de ce domaine qui est le vôtre, tout est déjà réglé. C’est maintenant au tour de mes gens que d’être avertis, ce que je vais faire dès à présent. Je veux que vous soyez présente ; cela vous concerne tout autant. Afin d’éviter un attroupement trop important, et curieux, sur la proue ou la poupe de l’embarcation, et de se soustraire à la vue des chalands comme des marins du Weiler, la cabale aura lieu dans la cale. Dans dix minutes. »

Cela étant fait, la Lahmiane alla trouver Marcus, et lui tint le même discours tout en lui donnant l’ordre de réunir la troupe sous le pont. Et Lucretia se dirigea à l’endroit du rendez-vous, dans les quartiers de l’équipage, attendant que tout le conviviat fût réuni. Et lorsque tout ce petit monde fut regroupé dans la cale, Lucretia se plaça aux côtés de Dokhara, avant de commencer son discours, croisant le regard avec chacun de ses gens.

« Je vous ai réuni ici même, dans l’ombre de cette cale, car nous nous trouvons à un tournant de notre périple. Vous n’êtes pas sans connaître nos derniers déboires, et je vous sais assez futés pour deviner que nous allons à l’avant de nouveaux problèmes. Nous n’allons pas à Altdorf. Nous ne nous rendront pas en la capitale, là où nos ennemis se préparent assurément à nous embusquer. Non ; une nouvelle destination nous attend. Une nouvelle destination que je garderai inconnue jusqu’au bout.

Petit pause éloquente, avant de continuer.

Je sais que je vous ai déjà demandé beaucoup, et que je vous demande en demande certainement plus encore. Je comprendrai bien que votre décision de ne pas me suivre… Et j’espère même que certains opteront pour ce choix. Car oui, je vous offre la possibilité de remettre aveuglement votre vie entre mes mains, sans jamais savoir où nous irons, à l’aube d’un long et dangereux voyage, ou alors, au contraire, de tranquillement poursuivre votre route jusqu’à Altdorf, ou un peu avant, et de remonter jusqu’à Bratian. De risquer votre vie, ou de revoir vos familles, pour ceux qui en possèdent encore. Quel que soit votre choix, je n’en prendrai pas ombrage ; je souhaite un groupe soudé, uni, petit, et discret.

Là encore, elle croisa le regard de chacun des membres de son cortège, qui la contemplaient fixement, avant de désigner sa consœur.

« Que vous choisissez ou non de nous suivre, que nous revenons ou non un jour à Bratian, je voudrais officialiser la chose suivante. Dokhara de Soya, ici présente, va rejoindre notre famille. Ma famille, souligna bien Lucretia avec une emphase marquée, afin que tout le monde puisse comprendre l’évident mais non moins délicat et dérangeant sous-entendu. Elle nous accompagnera tout au long de notre périple, et bien plus loin encore. Elle connaît la destination. Et, en devenant ma consœur… Partagera le même appétit que moi.

Ce fut sur un dernier sourire mi-figue mi-raisin que la baronne Lucretia von Shwitzerhaüm conclut son discours :

A vous de faire votre choix, en tout état d’âme, de la manière la plus libre et la plus franche possible. Sincèrement. »

A toi, GD ! J’espère que tu n’auras pas manqué cette petite dédicace juste pour twa ! :heart:
Sans quoi, ne sachant pas où l’incorporer, mais nous ne manquerons pas d’en faire mention au prochain post, je demanderai, à ma troupe, voire même au marchand, sait-on jamais, à ce que l’on nous donne deux épées courtes (s’il y a une épée normale, je prends, ou alors ai-je toujours ma Lame de Loec cachée dans mes valises ?) à Dodo comme à moi.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 29 mai 2018, 14:41, modifié 1 fois.
Raison : 6 xps / Total : 30 xps
FOR 16 / END 14 / HAB 17 / CHAR 18 / INT 17 / INI 19* / ATT 17 / PAR 13 / TIR 11 / MAG 17 / NA 4 / PV 134/140
Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises (lvl 1):
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Érudition
- Intimidation
- Alphabétisation
- Sens Accrus
- Vision nocturne
- Connaissance des démons
- Comédie
- Force accrue
- Esquive
- Monte - chevaux
- Coup précis lvl 3
- Arme de prédilection - épée à une main
- Escalade
- Coriace
- Chance
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
- Etiquette
- Intrigue de cour
- Littérature
- Réflexes éclairs
- Linguistique

Dons du Sang:
- Défi de l'Aube
- Innocence Perdue
- Domination
- Ame Profane
- Forme de Familier : Corneille
- Régénération Impie
- Sang argenté
- Sang vif

Escorte :
- 10 hommes d'armes
- un carrosse tiré par quatre chevaux
- Hans le cocher
- Marcus le capitaine de la garde
- Une petite bestiole attachante nommée Dokhara.

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