Dorna, en sa citadelle, le soir, morne banquet:
Le Chevalier Otto Von Führ avait rassuré sa maîtresse quant à l'état de ses quelques troupes: certes les soldats avaient souffert des intempéries, mais ils se reposaient maintenant à tour de rôle. Deux étaient en permanence devant la chambre allouée à la Baronne de Bratian. Et le Chevalier lui-même promettait d'y faire sentinelle cette nuit. C'est qu'il était vraiment attaché à sa baronne!... Ceci étant, psychologue, Lucrétia put lire au travers de la fatigue d'Otto une certaine contrariété: cela n'était bien sûr point dirigé contre elle... mais peut-être alors plutôt en réaction des racontars qui se disaient à l'encontre de Lucrétia?ces histoires de vampires, oui... Il n'allait peut-être pas tarder à provoquer quelqu'un en duel ou régler cela par des moyens moins officiels?
Pour ce qui était du chevalier attitré de Dokhara: le vieux Rolff Offramm DesBoisdugué, lui, à part voir d'un mauvais oeil les quelques avances que fit Von Hügel, il paraissait mieux depuis que les gamins Von Schirach et comparse avaient cessé leurs méchantes calomnies. Le prêtre Marguillon était devenu presque comme un confesseur pour lui, un grand ami... comme pour tout le reste de l'équipage de la jeune De Soya d'ailleurs.
Au banquet, Lucrétia étant venue parler à l'héritier Kriegwirr, celui avait chassé tout ennui et fatigue de son visage juvénile:
-Oh oui, bien sûr que j'ai déjà eu à faire avec des "éminentes personnalités" Ostermarkers, avait-il d'abord répondu. Mais sans en dire plus. Il avait du caractère et ne se voulait manifestement pas un pantin que l'on interrogeait à loisir sans rien offrir en échange: Aussi désirable pour lui que pût être l'interlocutrice...
Il poursuivit ainsi d'un ton léger, comme s'il n'avait pas prêté attention à ce que des détails étaient attendus:
-J'ai un petit manoir, à Beechafen, j'y passais beaucoup de temps jadis, quand mon père était à Borkum... C'est chaud, confortable , je suis certain que vous aimeriez cela pour vous "poser", comme vous dites, ma mie... Vous y serez la bienvenue, servie comme une reine! cela vous tenterait-il?
N'y aurait-il pas un peu d'insolence dans ses mots? Et un sourire un peu trop provocateur?... Passés ses premiers émois, et des espoirs politiques qu'il croyait vraiment intéressants, maintenant Pollmar ne commencerait-il pas à se faire un peu désabusé avec Lucrétia, désinvolte, ainsi qu'était sa nature: celle-ci n'était pas très patiente, n'en doutons point.
L'intervention du Mage Flamboyant coupa court à cela, et Pollmar ne se priva pas de sourciller... mais il se retint de rien dire de méchant à son encontre. il se fendit juste de quelques mots à l'attention de la lahmiane:
" Et bien peut-être à plus tard alors... Faites attention à vous, ma belle baronne guerrière, ces gens là vous utiliserons, vous presserons, puis ils vous jetterons quand ils en jugeront le temps venu."
Pollmar n'aimait décidément pas les jeux de cour;
Pas de réactions particulière d'Herr Magister Justus Justinus si ce ne fut ses habituelles mines à la fois énigmatiques et amusées.
Les mêmes mines furent adressée aux mots que lui répondit Dokhara lors de sa "convocation". Cet homme était complètement illisible, que l'on soit empathe ou pas... L'on avait l'impression qu'il calculait tout, et que rien n'était naturel chez lui, mais en même temps il laissait transparaître une grande douceur calme. Diverses marques de magie sur ses traits - notamment ses yeux flambants et luisants - paraissaient attester d'une grande maîtrise de ses arts ignés... mais qu'attendre de moins du Mage de feu de la Taladélégation?
Et ainsi donc, Lucrétia et Dokhara allèrent avec lui rencontrer le Gutsherr et sa garde rapprochée...
Un salon privé. Il ne manquait ni nourritures ni boissons de qualité:
A une longue table rectangulaire, où l'on invita ces dames à prendre place - les mages, de feu et de vie, s'occupant de tirer les sièges avec une froide galanterie - était assis le Gutsherr. Son énorme cerbère de sept pieds de haut tout en fer, le Chevalier Drhud, était debout un peu en avant de lui, sa lame à deux mains posée verticalement devant lui, ses mains énormes et gantées sur le pommeau. La légende Weiss était adossée à un mur, observant surtout Lucrétia.
empathie Dokhara: 14, raté
Peut-être y avait-il comme une ambiance de menace? difficile à dire... En tout cas, c'était assez grave.
Le Gutsherr brisa la glace, sans sourire ni manières:
-Content de vous voir, Mesdames Baronnes. J'ose espérer que votre voyage en carrosse commun ne vous fut pas trop désagréable. Il n'y avait rien d'aimable dans son ton. Ni d'agressif, c'était très neutre, froid. il regarda le Mage flamboyant, puis de nouveaux les baronnes:
Mhmm, vous vous êtes fait des gentillesses dans le cou, m'a t-on dit...
A Dokhara:
-Dame De Soya, vous êtes là uniquement car vous êtes déjà au fait de ce dont nous allons parler... je me permettrai néanmoins de vous demander un peu plus de tenue désormais. Vous êtes de la Délégation de Talabheim. Et toute opprobre pourrait rejaillir sur moi, son dirigeant... Lorsque vous serez de retour en vos terres, libre à vous de forniquer avec des prêtresses ou des vampires ou ce que vous voudrez, mais tant que vous êtes là, cela doit cesser. Froncement de sourcils:
Je vous en prie, tâchez de retenir vos pulsions indues tant que vous êtes dans "ma" délégation... Sinon je sévirai... Merci.
A Lucrétia:
-Mais c'est surtout avec vous que je dois parler, Dame von Schwitzerhäum... Ainsi donc vous êtes bien un vampire.
Il avait dit cela sans ciller, juste comme un fait établi. Il allait au but. Son attitude restait inflexible et concentrée, froide. Par contre il sembla que le géant Lambertus se tendit un peu, ainsi que les mages. Pas Weiss.
- Vous ne me semblez jamais ni décontenancée ni inquiète, mais pour la forme, rassurez vous: Il n'y a aucun répurgateur ni traqueur de vos semblables dans cette pièce, et la question ne sera pas de vous châtier présentement:
Toutefois, si cet aspect de votre, hem, "personnalité", se savait, je serais bien ennuyé. Et à voir comme vous le racontez si légèrement à la première jolie noble campagnarde venue, je m'inquiète...
Or donc, primo: Pouvez vous m'assurez ici maintenant que vous tâcherez de rester plus discrète à l'avenir? Car rien de ce que vous avez instruit à la De Soya dans votre carrossée ne m'est inconnu savez vous?... il apparaît qu'un peu de magie suffit à écouter autrui à distance. Et avec les rumeurs que vous vous traînez déjà, Madame, je crois que faire taire vos bavardages serait une bonne chose pour la Taladégation... Si j'ai pu tout entendre, qui le pourra aussi à Beehafen?
Car, Secondo: Selon mes sources, votre cher ami Alan Feuerbach sera présent au Palais de Beehafen... aura t-il alerté des répurgateurs? des chasseurs de vampires?... Ai je à vous apprendre que, de part la proximité de la province avec la Sylvanie, les chasseurs de vampires de l'Ostermark sont célèbres pour leur obstination et leurs prouesses?
Le GutsHerr se leva lentement, haussant légèrement la voix:
-Je ne veux pas que l'on vous identifie comme une vampire au sein de de la Délégation, Madame: Si tel était le cas, je n'aurais pas le choix, je vous ferai moi même aussi mettre à mort...
Nous vous protégerons, vous soutiendrons, éloignerons les "chasseurs" - regard à Weiss, lequel opina -
mais sachez vous-même vous protéger aussi. ne commettez pas d'impairs. Alan Feuerbach ne doit pas mourir dans des circonstances étranges... ni rien d'étrange ne doit ramener à vous. Cela sera déjà assez tendu comme cela.
Tercio:
En contrepartie... Car oui, vous me serez redevable de ma protection, vampire... il y aura très sûrement certaines interventions que je vous demanderai.
Et vous les accomplirez n'est-ce pas?... Dites moi donc de quels pouvoirs maudits vous disposez, je vous prie.
Sur cela, il se tut. Si sa voix était autoritaire - sans vouloir être agressive - ses yeux avaient toujours évité ceux de Lucrétia...
La pauvre Dokhara devait peut-être se sentir un peu perdue, et complètement négligée par tous...