Le soleil disparaissait lentement sous l’horizon d’un blanc immaculé. Des flocons descendaient doucement des nuages qui couvraient le ciel de la plaine enneigée de Kislev et formaient une mince couche blanche sur les tentes elfiques alignées en nombre. Au centre du campement fortifié, une tente plus grande fichée d’une bannière dessinant un dragon s’enroulant autour d’un phénix trônait. Illuminé par des torches, Eranor attendait en son intérieur, assis sur un tabouret aux formes d’un siège curule posé en face d’une table sur laquelle une grande carte parsemée de figurine s’étalait. Le noble Asur était pensif, il savait avoir commis une erreur en avançant si vite dans un territoire inconnu où les forces du chaos se déchainaient. Pourtant, il savait aussi que le siège que subissaient les humains ne pouvait encore durer, les renforts elfiques qu’il apportait seraient leur seul chance de s’en tirer.
Eranor n’était pas un politicien. Les joutes verbales auxquelles se livraient les siens dans la cour du roi phénix se terminaient invariablement par sa défaite. Mais ceci n’était pas le cas de ses géniteurs. Usant de leurs relations, de corruption et d’arguments frappants, ces derniers avaient réussi à soutenir leur fils au-delà de toute espérance. Ainsi, Eranor Dréanoc, prince elfique reconnu pour ses hauts faits guerriers, avait pu rassembler une force conséquente pour marcher sur les forces du chaos qui menaçaient d’écraser Kislev pour ensuite mettre à bas toute résistance de l’empire. Des terres féériques d’Ulthuan, Eranor avait rassemblé pas moins de vingt mille elfes dont au moins dix-sept mille valeureux caledoriens. Six mille lanciers et cinq mille archers avaient répondu à son appel aux armes à travers toutes les montagnes de Caledor, quatre mille princes dragon accompagnés de deux mille heaumes d’argent s’étaient rassemblés sous sa bannière. D’Hoeth, le vieil ami du noble, Erlendar Azerith, avait rassemblé une vingtaine de mage dont cinq au moins étaient particulièrement expérimentés, protégés d’un millier de maitres des épées, pour l’aider lors de son combat. Du temple d’Asuryan, un autre millier de gardes phénix accompagnaient l’ost elfique et d’Ellyrion et des terres dévastées de Nagarith, deux-cent patrouilleurs elyriens et huit cents guerriers fantômes veillaient sur les troupes. Avec les navires et les marins, Lotherne avait cédé une centaine de baliste serre-d’aigle à l’expédition. L’armée était accompagnée d’une dizaine de phénix cœur de givre, venant terminer leur vie dans un ultime combat contre ce qui voulait annihiler toute vie, d’une autre de grands aigles dont quelques-uns étaient monté par des héros cherchant la gloire sur le champ de bataille et d’une demi-douzaine de griffons. Bien malheureusement, aucun dragon ne suivait la force d’Ulthuan, le roi phénix estimant ces nobles créatures trop importantes pour la défense du continent insulaire pour s’en séparer.
Et pourtant, malgré cette impressionnante force, Eranor redoutait le combat à venir. Sans prendre gare, il s’était avancé dans Kislev et désormais, il ne pouvait plus éviter le combat contre les forces que le chaos avait envoyé pour bloquer la marche Asur et l’empêcher de briser le siège des murs kislevite où l’empereur humain espérait vaincre le mal provenant du nord. Cependant, trop sûrs d’eux, les hommes chaotiques avaient commis à leur tour une faute. Eux aussi n’avaient nullement cherché à dissimuler leur avancée, cherchant même, pensait Eranor, à se faire connaitre des hauts elfes pour que la peur s’empare d’eux. C’était mal connaitre les guerriers impassibles de sa noble race… Les patrouilleurs ellyriens avaient pu donner la composition adverse et leur emplacement avec une grande précision, laissant au général Asur le choix du terrain. De leur côté, les guerriers fantômes avaient cartographié sans peine l’endroit qu’Eranor avait jugé propice à son combat. Mais même avec ces éléments, l’issue était de loin favorable au chaos.
Au moins cent vingt-cinq mille hommes marchaient sur les Asurs, six hommes pour un elfe. L’ennemi disposait de quatre-vingt-dix mille maraudeurs, cinq mille cinq cents maraudeurs montés, deux mille cavaliers du chaos et vingt mille déchus. Mille massacreurs de Khorn formaient la garde rapprochée du prince démon qui commandait à cette force impressionnante accompagné de deux mille cinq cents chiens du chaos, deux mille ogres du chaos et deux mille trolls du chaos. De par l’avancée rapide que nécessitait leur attaque, les chaotiques n’avaient pu apporter d’artillerie, mais quarante mages de Tzeentch, vingt manticores, vingt géants du chaos et dix carnabrutes parsemaient les rangs du chaos.
-Messire, vos commandants sont arrivés.
Eranor releva la tête pour découvrir un lancier tenant entrebâillé le tissu servant d’entrée à sa tente. Il lui fit un signe de main, puis le soldat s’écarta, laissant place à une dizaine d’elfe aux armures suffisamment décorée pour laisser deviner leurs rangs respectifs. La décision du noble de Caledor ne faisait pas l’unanimité, il le savait. Ses officiers auraient préféré faire marche arrière pour sauver l’ost, mais le seigneur des Cimes Stellaires était intraitable : il combattrait le chaos sur ces plaines blanches et vaincrait.
-Les humains arriveront demain dans la matinée. Ils ont monté le camp à quelques dizaines de kilomètres d’ici et prendront la route avant l’aube… Mes patrouilleurs confirment leur rapport, au moins cent vingt mille de ces engeances corrompues.
Eranor se leva regardant ses commandants un à un, le visage impassible.
-Nous ne pouvons abandonner le Kislev, l’avenir du vieux monde en dépend. Ils ont l’avantage du nombre, mais la majorité de leurs forces sont mal armées. Ils ne doutent pas de leur victoire et connaissent mal nos forces, je doute qu’aucun de ces hommes n’ait jamais affronté un Asur… Leur folle arrogance sera leur perte.
-La vôtre nous coutera la vie.
Artelion, le commandant des princes dragon, avait une personnalité forte et supportait relativement mal d’avoir dû être placé sous le commandement d’Eranor, bien plus jeune et ayant participé à bien moins de campagne que lui. Il défiait ouvertement les décisions du général Asur à chaque conseil, mais ce dernier ne doutait pas de sa loyauté une fois sur le champ de bataille, son honneur et son amour pour sa patrie dominant le reste. Le sire Dréanoc prit appui de ses mains sur la carte où étaient placées les statuettes représentant ses troupes.
-Peut-être, mais plutôt mourir pour une juste cause que survivre avec le poids de l’abandon sur la conscience.
Eranor se redressa en déplaçant plusieurs statuettes alors que continuaient les discussions stratégiques. Finalement, elles prirent fin alors que la lune était haute dans le ciel et la tente centrale déversa alors ses occupants. Pendant un instant, seuls restèrent Erlendar et Eranor. Le mage lança un dernier regard de supplique puis disparu à son tour alors que le noble restait sur ses positions. Il se sentait vieillir de plusieurs millénaires… Toute sa jeunesse avait été constituée de rêve héroïque et de combat mythique, d’espoir de se retrouver dans la situation d’aujourd’hui… Ce n’était que maintenant qu’il comprenait réellement ce qu’un tel combat signifiait. L’Asur sentait sur lui le poids de la vie de ses camarades, il entendait les pleurent des mères, la douleur des pères et les lamentations de frères de chacun de ses soldats. Ce n’est qu’une fois que l’on obtient la responsabilité d’une vie que l’on comprend son prix… Et en cet instant, il en avait vingt mille entre les mains. Telles étaient les dernières pensées du courageux général avant qu’il ne se laisse capturer par un sommeil agité.
*** Arrière***
Solénior, du haut du léger surplomb où étaient déployées ses batteries de balistes, contemplait le champ de bataille. L’ost Asur avait été placé en échelons afin de couvrir le plus de terrain possible. Son centre, reculé de quelques dizaines de mètres, était constitué de trois mille lanciers protégeant trois mille des archers, aidés du millier de garde phénix tandis que le flanc droit était tenu par le reste des troupes de milice ainsi que par les maitres des épées protégeant la majorité des mages, le reste se trouvant au centre. Cachées par le surplomb, les créatures volantes elfiques attendaient l’ordre de se dévoiler. Au flanc gauche, les patrouilleurs ellyriens et un millier de hommes d’argent attendaient les ordres alors qu’à l’extrême droite, les princes dragon et le reste des heaumes d’argent étaient directement commandés par le général Eranor. L’armée Asur paraissait impressionnante, aussi immaculée que la neige dans laquelle elle attendait en cette matinée ensoleillée, mais l’adversaire s’avérait plus menaçant encore. Les lignes de maraudeur s’étendaient bien plus que le dispositif haut elfe et les terribles créatures dépassant de leurs rangs avaient de quoi faire frémir même les vétérans les plus expérimentés. Le chaos était organisé en deux grands blocs, l’un à l’avent et l’autre à l’arrière. Il aurait suffi de l’un d’entre eux pour submerger les Asurs… La voix du général se fit entendre, portant jusqu’au commandant des balistes, essayant d’amener l’enthousiasme dans ses rangs.
-Il fut un temps où le monde était sur le point de sombrer dans le chaos et la folie… Il fut un temps où le nord crachait continuellement ses démons et ses créatures maudites pour écraser toute vie sur son passage… Et en ce temps, nous, le peuple béni d’Asuryan, avons pris les armes pour préserver l’ordre et la vie. Nous avons levé nos lances et brandi nos épées contre le mal et alors, les démons majeurs eux-mêmes apprirent à nous craindre. Aujourd’hui, les derniers rejetons de ce même chaos dévastateur ont oublié qui nous sommes et se rassemblent de nouveau face à nos rangs argentés ! Alors, mes frères, montrons leur que nous, nous n’avons pas oublié qui nous sommes et que nous n’avons pas perdu la valeur des millénaires passés !
Des acclamations suivirent la déclamation alors que Solénior affichait un léger sourire. Le moral aide toujours à la victoire mais il doutait que cela soit suffisant en ce jour. Le plan du général était audacieux et pouvait fonctionner, mais même alors, la victoire serait incertaine… Pourtant, Solénior et ses balistaires se battraient jusqu’au bout, tout comme le reste de l’armée. Maintenant qu’ils étaient ici, il n’y avait plus de retour en arrière et les Asurs n’étaient pas du genre à abandonner aussi facilement.
Espérant broyer les rangs argentés des elfes, le prince démon fit avancer ses géants, ses trolls et ses terribles carnabrutes à travers la plaine enneigée. Les commandants avaient tous soupçonné ce mouvement et, profitant de l’avantage de choisir le terrain, ils avaient déjà préparé des repères pour leur indiquer à partir de quelle distance leurs tirs seraient le plus efficace possible. Ainsi, les immenses traits des balistes partirent en premier sur les créatures corrompues, s’enfonçant pour une bonne part dans la chaire des monstres. Alors que ces derniers s’avançaient de plus en plus, les traits des archers s’envolèrent, réussissant au final à amenuiser le nombre de créatures de moitié. Alors que l’impact était imminent, les rangs Asurs s’ouvrir, laissant de larges ouvertures à travers lesquelles s’engouffrèrent les monstruosités tout en recevant encore et toujours les projectiles des balistes. Profitant de la stupidité de leurs adversaires qui peinaient à comprendre ce qui se passait, les hauts elfes refermèrent leur piège et frappèrent de toutes parts de leur longue lance les trolls et les géants. Ce fut en cet instant que, dans un grognement de rage, le prince démon lança le premier de ses blocs à l’assaut du dispositif de son antagoniste en faisant s’envoler ses terribles manticores. Aussitôt, Solénior fit un signe de bras et une moitié des balistes se tournèrent vers le ciel et formèrent un véritable barrage de tir de traits plus petit tandis que les créatures volantes cachées par le monticule recouvert de neige prenaient leur envole. Ces nobles créatures mystiques profitèrent du soleil derrière elles pour faucher les manticores réussissant à passer le barrage de projectile avant d’effectuer des suites d’attaques en piquet sur les premières lignes des maraudeurs dans le but de désorganiser leur charge.
Le combat était lancé et la mort réclamait d’ores et déjà sont dû parmi les hommes comme parmi les elfes.
***flanc gauche***
Mandelion considéra la petite victoire Asur avec circonspection. C’était bien joué de la part du général, mais bien nombreux étaient ceux qui s’avançaient désormais et un combat bien plus difficile s’annonçait. L’immense supériorité numérique des adversaires leur ferait tenter un encerclement pensait-il, et avec raison, car trois mille cinq cents maraudeurs montés dirigeaient la meute de chiens du chaos par la gauche, là où le commandant des patrouilleurs se trouvait. Des milliers de maraudeurs à pied suivaient la marche de la cavalerie pour écraser les Asur présent. La neige encore fraiche ralentissait cependant leur mouvement, laissant à Mandelion le temps de mettre en formation serrée sa cavalerie, les patrouilleurs devant et les heaumes d’argent derrière. Il misait sur l’habilité légendaire des patrouilleurs ellyriens pour l’exécution de son plan mais ne se faisait pas d’illusion quant à ses chances de tenir…
Quand Mandelion jugea son antagoniste suffisamment proche, il fit s’avancer ses troupes, d’abord au trot puis au galop, la neige n’étant pas suffisamment épaisse pour empêcher une charge. La meute de chiens et les maraudeurs montés firent de même et s’élancèrent au plus vite contre les Asur. Alors, Mandelion leva son bras et les patrouilleurs tournèrent pour partir à gauche tout en tirant avec leurs arcs sur les hordes de chaotique. Croyant à un mouvement d’évitement, la cavalerie corrompue commença son mouvement vers la gauche, exposant son flanc à la puissante charge des heaumes d’argent positionnés juste derrière les patrouilleurs. Ces cavaliers elfiques s’élancèrent avec toute la puissance de leurs destriers, fauchant les lignes antagonistes comme du blé mûr. Alors, Mandelion fit tournoyer sa lame étincelante dans l’aire et la troupe de patrouilleur se retourna sur ses poursuivants, semant le chaos et la mort dans sa formation déjà meurtrie. Il n’en fallut pas plus pour que les plus influençables des humains commencent à reculer, bientôt suivi par d’autres jusqu’à ce que la troupe entière ne se dépende, prenant la fuite devant ces créatures enragées qui les découpaient aussi facilement que s’ils n’étaient que des enfants.
Des cris de joie se firent entendre parmi les puissants cavaliers Asur et se turent aussi rapidement qu’ils étaient apparus. Derrière la cavalerie en retraite, des milliers de maraudeurs à pied s’en allaient charger les elfes. Mandelion parvint à remettre en position ses frères d’armes à force de cri et d’aller-retour dans ses rangs et, sans attendre que la distance ne soit trop faible, l’envoya charger les innombrables guerriers du chaos. Avec ses compagnons à ses côtés, Mandelion se jeta dans la mêlée pour un ultime combat. Il était né à Ultuan et mourrait pour l’honneur de sa patrie, comme il l’avait toujours souhaité. La fierté de l’île-continent frappa avec une puissance inespérée la marée interminable des maraudeurs du chaos. Ces derniers maniaient hache et épée et étaient très peu protégés, ce qui les rendait particulièrement vulnérables aux cavaliers, privés d’allonge et de quoi briser la charge. Les Asurs en profitèrent sans modération, le commandant ellyrien rassemblant ses elfes pour reculer et envoyer de nouvelles charges aussi souvent qu’il était possible de le faire. Les lances étaient brisées ou bloquées au travers d’un corps transpercés, mais nul n’abandonnait. Guidé par l’enthousiasme de leur première victoire, chacun poursuivait sa lutte avec une rage encore inconnue de ces pitoyables humains qui avaient cru pouvoir se lever face aux forces légendaires des Asurs.
Le cœur brulant d’une ardeur qu’il n’avait jamais connue, Mandelion coupa la tête de l’humain pétrifié par la surprise à sa droite alors que son pur-sang écrasait de ses sabots le crâne d’un autre adversaire s’étant jeté au sol pour esquiver un autre cavalier. Lui-même n’avait pas soupçonné être capable de faire tant de ravage. Faisant tourner sa monture pour préparer une nouvelle charge il envoya de nouveau sa lame trancher la chair d’un ennemi de plus qui tomba en faisant virer la neige au rouge. Il fit quelques mètres, accompagnés des siens (ayant subi bien peu de pertes) puis retourna avec violence dans la mêlée, piétinant et coupant tout ce qui osait se dresser contre lui. Voulant répéter la manœuvre, il aperçut les troupes rapides qu’il avait fait fuir. Les maudits s’étaient ralliés et avaient profité du combat que les Asur menaient contre l’infanterie légère chaotique pour contourner la formation par la gauche. « Patrouilleurs, avec moi ! » hurla-t-il alors, faisant lever la bannière d’Ellyrion proche de lui. Il chargea ainsi les maraudeurs montés, laissant derrière lui les heaumes d’argent pour affronter seuls l’infanterie. Mandelion repéra un homme tatoué et particulièrement musclé, portant deux haches décorées et ensanglantées qui aboyaient des ordres. Sans attendre, il prit sa direction pour le défier. Il était sans conteste leur chef et le commandant elfe ne voyait son salue que dans la mort de cet homme.
« Viens donc te mesurer à la mort si tu t’en crois capable, humain misérable ! » lança l’elfe d’Ellyrion, provoquant un rictus de son adversaire suivi d’un grognement bestial. Des maraudeurs s’écartèrent, laissant la place aux deux duellistes pour se charger mutuellement. Les haches de l’humain fendirent le ciel pour ne rencontrer que la solide lame de l’Asur, qui répliqua avec célérité d’un revers d’épée, esquivé de peu. L’affrontement continua tandis que les montures se tournaient lentement autour. Les haches trouvaient toujours l’épée sur leur chemin et la lame ne parvenait qu’à infliger de maigres estafilades sur le corps de l’humain. L’une des armes humaines finit par frapper de haut en bas, finissant aisément déviée, tandis que l’autre s’abattait sur le flanc gauche de l’elfe qui ne put ramener sa lame à temps. L’arme traversa son armure et se ficha dans la chair de l’elfe qui laissa échapper une exclamation de douleur, mais la hache avait été trop ralentie par l’armure pour que la blessure ne soit mortelle. Le chef humain voulut retirer son arme de la blessure, mais elle s’avéra bloquée, laissant une seconde de déconcertassions que Mandelion utilisa pour trancher le bras de l’importun. Avec une moue mélangeant étonnement et douleur, le maraudeur contempla son adversaire et ne put que constater sa défaite lorsque l’épée elfique détacha sa tête du reste de son corps, faisant voler une gerbe de sang sur le blanc de la neige.
La sueur dégoulinant de son front, Mandelion profita du répit qui lui était offert pour dresser un bilan de la situation. Le sol était jonché de cadavre et l’épuisement gagnait les rangs Asur. Il était devenu impossible de charger tout en gardant la formation et les patrouilleurs se faisaient littéralement submerger par les humains qui attaquaient par le flanc. Monopolisant les forces qui lui restaient, l’ellyrien fit tourner sa monture et rejoignirent ses rangs tout en criant :
« Retraite ! Sonnez la retraite ! Reculez en formation ! » Puis il héla un patrouilleur
« Allez chercher Eranor ! On ne peut plus tenir, on a besoin d’aide ! ». Les elfes étaient obligés de céder, Mandelion savait que l’armée risquait alors l’encerclement et la destruction, mais rester sur place reviendrait à se faire massacrer… Tout reposait sur les épaules du général Eranor Dréanoc désormais.
***centre***
« Reformez les rangs ! Maintenez la formation et préparez-vous à l’impact ! » Baelis avait pu constater avec bonheur que son appréhension n’était pas fondée. Le piège contre les géants et les trolls avait fonctionné avec des pertes minimes de son côté. Mais la joie fut de courte durée car les maraudeurs s’étaient mis en mouvement… Observer près de soixante-quinze mille hommes s’avancer vers soi quelque chose de particulièrement affolant et il devait agir au plus vite pour que ses unités subissent la charge dans les meilleures conditions possibles. Et même alors, il n’était pas certains que la formation ne tienne bien longtemps… La plupart des ogres du chaos s’avançaient contre lui et Baelis distinguait le mouvement des chiens du chaos dirigés par au moins trois mille cinq cents maraudeurs montés visant à contourner son flanc gauche pour encercler les elfes. Le millier de heaume d’argent et les quelques deux-cent patrouilleurs ellyriens se tenaient prêts à bloquer la manœuvre mais ils ne tiendraient pas longtemps face à tant d’ennemis…
« Abaissez les lances ! » L’impact était imminent, plus que quelques secondes…
« Pour Asuryan et pour Ulthuan ! » Les maraudeurs couraient par milliers et vinrent s’écraser contre les lanciers elfiques. Les lances frappèrent avec célérité et précision, fauchant des ennemis par centaines avant même qu’ils n’arrivent à porter un coup, mais à chaque humain tombant avec un bruit étouffé dans la neige fraiche, deux autres lui succédaient en hurlant de plus belle. Les ogres avaient pris pour cible les gardes phénix encadrant les lanciers, croyant pouvoir balayer ces soldats en quelques instants. Leur méconnaissance les conduisit à un prompt trépas, les hallebardes tranchantes comme des rasoirs découpaient les lourds guerriers corrompus avec une facilité étonnante et les flèches des archers avaient des cibles faciles en ces monstres de grande taille.
Les guerriers du chaos se jetaient dans la mêlée comme des gobelins courant à l’abattoir. La formation serrée des lanciers leur permettait de frapper sur trois rangs et la taille de leurs lances conjuguées à l’agilité naturelle des elfes faisait que la plus grande partie d'assaillant finissait transpercée avant même de s’approcher des miliciens elfiques. Pourtant, la rage du combat et la soif de sang des soldats humain paraissaient sans limite. Ils continuaient inlassablement à charger et à se jeter à leur propre mort, jusqu’à ce que certains parviennent à frapper les solides boucliers Asurs, protégés des pointes par les cadavres de leurs camarades défunts. Mais les bras ne failliraient pas, le premier rang en vint à laisser tomber ses lances et à dégainer ses lames forgées avec finesse. Chaque elfe pouvait abattre deux humains, mais, toujours, un troisième arrivait et d’autres encore se bousculait derrière lui. Baelis, en première ligne, continuait le massacre, tranchant et découpant tout ce qui avait l’audace de s’approcher de lui. Il surveillait le plus souvent possible les flancs de sa troupe, assaillis par les unités d’ogre du chaos, mais les gardes phénix tenaient ferme, tombant ou tuant sans mot dire et sans ne jamais ne serait-ce que frémir face à leur sort. Ces élites avaient l’aide des bataillons d’archers qui criblaient de flèche les cibles faciles offertes par les ogres et les aigles ainsi que les phénix restant avaient permis de faire reculer l’assaut des monstruosités engendrées par le chaos.
Le corps-à-corps durait encore et encore. Baelis savait que ce n’était qu’une question de temps avant que le flanc gauche, tenu par les cavaliers sous les ordres de Mandelion, ne cède face au flot interminable d’ennemi. Alors, il ne pourrait tenir son corps d’armée, qui serait broyé par un étau mortel. De même, ses lanciers finiraient inévitablement par s’épuiser alors que de nouvelles troupes fraiches affluaient en continu du côté de l’adversaire. D’ailleurs, un nouvel arrivant tenta d’assaillir Baelis par sa gauche, ne recevant comme récompense qu’un prompt coup d’estoc venant transpercer sa poitrine et ressortir par son dos. Mais à peine le commandant elfique eut le temps de retirer son arme qu’un
« Attention messire ! » fusa et le vétéran fut projeté au sol. Baelis se releva promptement pour découvrir un ogre, reliquat des restes du bataillon perdu dans les lignes, dont l’énorme masse venait de littéralement défoncer le crâne du porte-bannière qui s’était élancé pour sauver son officier supérieur. La bannière chût devant les yeux stupéfaits des lanciers dont le moral commençait à fluctuer. Voyant ses troupes perdre lentement tout espoir de survie face à cet océan d’ennemi, Baelis se débarrassa de son bouclier et se jeta sur la bannière du seigneur Dréanoc tandis que l’ogre écrasait un pauvre malheureux tentant vainement de se protéger de son bouclier.
« Tenez bon mes frères ! Tenez-bon, par Asuryan ! Nul ne peut s’opposer à la colère de Caledor ! » Hurla alors Baelis tout en brandissant bien haut la bannière de la maison Dréanoc représentant un dragon s’enroulant autour d’un phénix. L’ogre fut instantanément attiré par les appels de l’officier Asur et envoya sa masse du haut vers le bas pour écraser l’importun, mais celui-ci fit un petit bond de côté, évitant la lourde arme tribale. Baelis lança alors sa lame dégoulinante de sang dans un arc de cercle mortel qui traversa le gras de son ennemi sans le blesser sérieusement. L’ogre tenta alors de balayer l’espace devant lui avec un beuglement, mais ne trouva que le vide laissé par un pas en arrière du commandant haut elfe, qui répliqua par une nouvelle entaille de bas en haut qui fit gicler le sang à nouveau. Une nouvelle tentative d’écraser son opposant fut un échec et la pointe de l’épée elfique vint percer le flanc de la créature. Celle-ci lança alors son bras gauche vers l’elfe, l’attrapant avant qu’il ne puisse retirer son arme. Il jeta sa masse et l’agrippa de sa seconde main sous les épaules, soulevant l’Asur à la hauteur de sa tête. Baelis, étouffé par l’étau des poings de l’ogre, agrippa la bannière de ses deux mains et enfonça le bois renforcé d’acier dans l’œil de son opposant. Ce dernier hurla, lâchant l’elfe par réflexe. Alors, Baelis retira la bannière et la planta de nouveau dans la blessure, encore et encore jusqu’à ce que l’ogre s’effondre sur le dos et que l’Asur se trouve debout sur le cadavre, appuyé sur la bannière profondément enfoncée dans la tête de son ennemi.
Baelis enleva sa lame encore enfoncée dans le flanc de l’ogre et porta la bannière haute au-dessus de lui. Malheureusement, son combat l’avait sorti des lignes et l’avait avancé parmi l’ennemi et ce dernier ne se priva pas de lui faire remarquer. Un maraudeur sauta sur l’Asur qui parvint in extremis à parer l’attaque avant de tuer l’humain, bien vite remplacé par deux autres. Le premier n’eut même pas le temps de porter son attaque avant de succomber mais le second parvint à planter son arme dans la cuisse du preux commandant. Baelis se vengea en éventrant l’impudent, mais la hache d’un nouveau maraudeur vint frapper de son tranchant son ventre. L’acier traversa son armure et se ficha profondément dans la chaire, faisant mettre un genou à terre à Baelis. Dans un ultime effort, il envoya sa lame dans un coup d’estoc qui transperça son antagoniste puis son bras tomba, incapable de ne soutenir ne serait-ce que son poids. Haletant, Baelis considéra les cadavres entassés sur la neige, ses frères d’armes qu’il rejoindrait bientôt. Il attendait qu’une arme humaine vienne en finir de lui, un genou à terre, ne tenant en position qu’avec l’aide de la bannière pleine de sang, mais un vent de panique semblait souffler dans les rangs du chaos alors que les Asur avançaient d’un pas ferme. Quelque chose s’agitait au loin… Mais un voile noir tombait lentement sur la vision de Baelis et, après une ultime expiration, il chût dans la neige baignée de sang.
***flanc droit***
Erlandar voyait le début du plan d’Eranor s’effectuer sans accroc. Les forces du chaos s’étaient certainement attendues à une victoire facile et, comme tout adversaire dans ce cas, avaient grandement sous-estimé la résistance elfique. Mais il y avait matière à penser que le prince démon ne se ferait pas avoir une seconde fois aussi facilement. Le premier bloc de maraudeur s’avançait déjà vers les lignes elfiques, empli de rage et assoiffé de sang. La majeure partie des déchus se tenait face aux troupes autour du mage, prêts à en découdre, et déjà les vents de magie s’agitaient. Les soldats hauts elfes allaient mener un combat difficile, mais il ne se déroulerait pas que sur le plan physique. Erlandar savait les mages du chaos deux fois plus nombreux que leur vis-à-vis elfique et leurs pouvoirs dévastateurs pourraient mettre un terme à tout espoir de remporter le combat. Aussi avait-il exhorté à ses disciples de ne pas essayer de jeter de sort offensifs dans le but de monopoliser le plus de puissance possible contre la magie démonique. Les armées n’étaient toujours pas au corps-à-corps que de brutaux déchainements des vents de magie se firent sentir par les mages. Aussitôt, Erlandar s’affaira, avec l’aide de ses confrères, à défaire le travail des chaotiques, défaisant leurs sorts comme l’on enlève file par fils ce qui constitue une tapisserie.
L’archimage était si concentré qu’il ne remarqua qu’à peine que les chaotiques avaient heurtée les lignes de lanciers et de maitre des épées des Asur. Les deux tiers de ces formidables guerriers étaient sur le flanc droit de l’ensemble elfique, protégeant les mages, le reste couvrait le flanc gauche et empêchait tout encerclement. Le positionnement en échelons des forces elfiques s’était révélé très efficace contrairement à ce que l’intuition aurait tendance à faire croire. Le centre était en retrait et espacé de plusieurs dizaines de mètres du flanc droit, mais la brèche laissée était en vérité inexploitable. Que des forces essaient de prendre à revers les maitres des épées en profitant de l’espace creux et elles exposeraient leur flanc aux terribles gardes phénix ainsi qu’aux tirs de baliste et d’archer. Que ces mêmes forces essaient de s’enfoncer plus pour prendre à revers les gardes phénix et elles exposeraient cette fois leur arrière aux maitres des épées qui se feraient un plaisir de démontrer leur talent extraordinaire tout en se trouvant en ligne directe avec les archers du flanc droit. Les Asur avaient alors pu étendre leur ligne au-delà de ce que leur nombre leur permettait, rendant tout encerclement global plus complexe à mener.
Mais cette position n’empêchait pas le chaos d’envoyer une bonne partie de sa cavalerie s’occuper du flanc gauche, ça, Erlandar l’avait repéré malgré la concentration constante que lui demandait sa tâche cruciale. Contre les cibles peu protégées que donnait le chaos, les maitres des épées se révélaient d’une efficacité remarquable. À chacun de leur coup ou presque, un homme s’écroulait, un membre en moins ou le ventre ouvert et l’adversaire suivant n’avait qu’à peine le temps d’approcher avant de subir le même sort. C’était une véritable muraille de lames virevoltantes que les Asurs formaient. Ceux qui affrontaient les lanciers, quant à eux, peinaient à s’en approcher, devant pénétrer un mur de pointes aussi aiguisées que des rasoirs avant d’approcher d’un elfe protégé du bouclier de son camarade. Si la situation semblait favorable, Erlandar n’était pas dupe, les elfes finiraient par fatiguer et par ployer sous le nombre comme la roche finit par s’écrouler sous l’érosion de l’eau. Tout n’était qu’une histoire de temps. Profitant d’une brève accalmie, Erlandar jeta un coup d’œil dans la direction du flanc gauche, espérant qu’il puisse tenir la cavalerie qu’il avait vue se jeter sur lui. Distinguant ce qui lui semblait être une anomalie, il fit s’élever la terre sur laquelle il reposait prenant une soixantaine de centimètres de hauteur pour constater avec appréhension que les cavaliers de Mandelion allaient se retrouver à engluer dans un combat contre des milliers de maraudeurs tandis que s’en rassemblaient d'autres derrière, ralliés par leur chef soufflant dans une corne sans discontinuer.
Alors, Erlandar su qu’il devait tenter le tout pour le tout. Sans son aide, les mages ne parviendraient certainement pas à maintenir l’ascendant sur leurs homologues chaotiques, mais l’armée serait entièrement détruite s’il n’agissait pas pour aider le flanc gauche en difficulté. Tout en se reposant au sol, l’archimage commença son incantation, ressemblant autour de lui les huit vents de magie. Il les manipulait comme un peintre, ses pinceaux, il les tressait avec minutie et élégance jusqu’à obtenir le résultat qu’il espérait. Enfin, il envoya toute la puissance qu’il avait accumulée vers le flanc gauche. Il s’était attendu à devoir outrepasser les dissipations adverses, mais à la place de manipulation des vents, il sentit ces derniers affluer avec une force inespérée autour de lui. Une puissante brise accompagnait son sort, se mêlant à lui avec grâce pour transformer la beauté même en une magnificence telle qu’on en voit qu’une fois dans sa vie. Irrésistible, le sort parti, insufflant la force d’Asuryan en personne dans les cœurs des Asurs formant le flanc gauche. Satisfait, Erlandar ne pouvait plus que contempler les charges répétées des elfes, écrasant tout sur leurs passages et survivant aux blessures qui auraient été fatales à un être normal.
Eranor, quant à lui, n’avait pas attendu que les géants du chaos ne chargent pour débuter son mouvement. Il avait lancé les princes dragon et le millier de heaume d’argent qui l’accompagnaient au trot vers la droite. Le prince démon avait repéré sans peine la position et le déplacement du général elfique et avait positionné ses deux mille cavaliers du chaos et ses deux mille autres maraudeurs montés en face des princes dragon. Ces troupes s’étaient mises en mouvement en même temps que les Asurs pour empêcher toute tentative d’encerclement et furent prestement suivies d’une dizaine de milliers d'autres maraudeurs. Eranor continuait cependant d’avancer, étirant les lignes toujours plus tout en gardant un œil sur ceux qui suivaient son mouvement parmi ses adversaires. Derrière lui, les corps-à-corps s’étaient déjà lancés et le second bloc constituant l’arrière de l’armée du chaos s’était mis en marche pour épauler l’avant qui s’était heurté à plus de résistance que prévue. Pourtant, Eranor continuait de trotter plus à droite encore. Les chevaliers chaotiques avaient entrepris de se rapprocher lentement pour préparer une charge sur le groupe du général Asur mais, inlassablement, il continuait vers la droite jusqu’à ce qu’enfin arrive ce qu’il attendait.
Le seigneur des Cimes Stellaires avait tant et si bien étiré les lignes qu’une brèche était apparue entre le centre et le flanc gauche du dispositif du chaos, laissant un espace libre entre Eranor et le prince démon. Le général leva le bras et le cor des princes dragon sonna, alors se dévoila le plan du noble Asur. La totalité de la cavalerie pivota et partit au galop en direction de la brèche alors que se dévoilaient les guerriers fantômes, caché depuis le début de la bataille par la cavalerie. Ceux-ci chargèrent les cavaliers du chaos et les maraudeurs montés qui, pris par surprise, ne purent réagir pour bloquer celle des Asur. Comprenant la menace, les maraudeurs à pied essayèrent de bloquer la puissante charge mais des groupes de heaume d’argent régulièrement détachés du gros de la troupe chargeaient les humains désorganisés qui s’échinaient tant bien que mal à refermer la brèche.
Des unités du second bloc parvinrent enfin à se placer sur le chemin de la puissante cavalerie elfique pour essayer de stopper son avancée. Dans celles-ci, l’un des mages chaotiques se trouvait et ressentait l’emprise des Asur sur les vents de magie s’affaiblir. Il voyait là une fenêtre d’action pour envoyer sa puissance réduire en miettes ces elfes prétentieux qui osaient défier la domination des dieux du chaos. Rassemblant ses forces, il commença son incantation, attrapant les énergies des vents de magie qui l’entouraient et les faisant fusionner pour en tirer une force dévastatrice. Avant même que la menace ne se rapproche trop, il envoya sur elle toute sa haine et sa cruauté sous la forme d’une immense boule enflammée aux reflets verdâtres. La création du Dhar frappa les cavaliers de plein fouet dans une gerbe de flammes et de fumée. Un rictus moqueur apparut alors sur le visage déformé du mage, voyant l’ultime baroud d’honneur des elfes vaincu si facilement. Mais il disparut aussi vite qu’il n’était apparu alors qu’un reflet étincelant du soleil sur la lame du général Dréanoc, en première ligne, traversait la fumée qui se dissipait. La dernière chose que le monde se souviendrait de lui serait sa peur mêlée à son incompréhension alors que la lame d’Eranor découpait son crâne en deux et que les fiers princes dragon écrasaient les lignes des maraudeurs.
Les hommes faisaient de bien piètre adversaire face aux meilleurs chevaliers du monde connu, succombant par dizaines sous les armes scintillantes du peuple d’Ulthuan. La stupeur avait fait son effet, l’armée adverse commençait à se désorganiser, les cavaliers chaotiques essayaient de se désengager de leur combat contre les guerriers fantômes pour attaquer les soldats sous le commandement d’Eranor et la résistance s’affaiblissait. Eranor cria un ordre au sonneur de cor à ses côtés, trois coups retentirent et une moitié des princes dragon, sous le commandement d’Artelion, se rabattit vers les ennemis qui avaient engagé le combat contre la partie du flanc droit Asur tenue par Erlandar. Les humains n’eurent même pas le temps de former une ligne correcte avant que le choc ne renverse les premiers rangs tandis que les troupes à pied elfiques commencèrent à se mettre en marche. La formation qui s’était placée entre Eranor et le prince démon céda, laissant le noble général partir au galop avec plus d’un millier de prince dragon en direction du commandant démoniaque, uniquement protégé par ses gardes d’élite. Mais il ne put que constater avec rage que le démon avait déjà commencé à reculer, rappelant le maximum de ses troupes pour les sortir de ce carnage et affronter l’elfe en un jour plus propice. Eranor se lança alors à sa poursuite pour en finir une bonne fois pour toutes, mais un patrouilleur illyrien, blessé et les armes couvertes de sang, vint le haler.
« Mandelion ne tiendra pas plus longtemps, il a besoin d’aide ou son unité entière va se faire massacrer mon général ! ».
Avec un juron, Eranor arrêta ses cavaliers et prit un instant pour observer le champ de bataille. Sur le flanc droit, les maraudeurs étaient en déroute. Les cavaliers du chaos faisaient une retraite pour rejoindre leur commandement et ceux qui avaient attaqué les forces d’Erlandar se faisaient massacrer par l’avancée des soldats et les charges des princes dragon. Au centre, l’intégralité des unités provenant du second bloc des maraudeurs reculait, abandonnant à la mort ceux du premier bloc qui n’étaient pas parvenu à percer les lignes Asur. Celles-ci s’étaient mises en marche et la panique s’était emparé des survivants du chaos, qui refluaient en tous sens. Sur le flanc gauche, une moitié des forces en présence suivait les ordres de son général et reculait, mais ceux qui continuaient la lutte mettaient à mal les troupes de Mandelion, gardant une large supériorité numérique. Eranor ne pouvait se résoudre à abandonner les siens et mena ses chevaliers elfiques en direction du flanc gauche de son armée pour retomber sur l’arrière des hommes du chaos. Revigorées par l’apparition de leur général, les forces du flanc gauche soutinrent la contre-attaque de l’Asur par une dernière charge, dévastant les rangs humains qui, voyant le reste de l’armée les abandonner et leur arrière se faire massacrer, sombrèrent dans la panique.
Le bras d’Eranor était en feu à force de tailler dans les troupes ennemies mais il continuait inlassablement son œuvre, galopant entre les corps des morts. Mais sa monture finit par glisser sur un tas macabre de corps ensanglanté, faisant choir dans le rouge sanguinolent de la neige le général Asur. Il se releva néanmoins sans peine et sans blessure, la chute ayant été amortie, mais se retrouva nez à nez avec un humain portant une armure du chaos complète et un lourd espadon. Ce champion bouillait de colère face à la fuite des siens et continuait son carnage, les forces décuplées par sa rage infernale. Il chargea l’Asur, l’arme haut au-dessus de lui et la lança en direction de son antagoniste. Eranor fit un rapide pas de côté, évitant la lourde lame et en profita pour effectuer une attaque de taille avec son épée décorée, qui ne put que ricocher sur l’épaisse armure du soldat du chaos. Aussitôt, avec un grognement rageur, ce dernier releva son arme et la fit tournoyer mais l’Asur intercala son épée sur la trajectoire, faisant glisser l’espadon qui termina sa course dans la neige. D’un revers, Eranor fit ricocher une nouvelle fois son arme sur l’armure du chaos, incapable de la traverser. Le combat dura encore une poignée de minutes, l’un ne parvenant pas à percer la défense de l’autre qui ne pouvait enfoncer son armure. Mais finalement, profitant de ce que le champion du chaos relevait son arme pour frapper de toutes ses forces, Eranor envoya la pointe de son arme juste sous le casque de l’ennemi. L’épée traversa le cou de l’adversaire, juste entre le casque et le plastron, et fit gicler le sang jusqu’à l’armure de l’elfe. Pendant quelques secondes, l’humain resta debout, gargouillant dans son propre sang, essayant de lancer tout de même son impressionnante arme sur le général elfique, puis il s’écroula sur le dos, retirant par la même l’épée qui était plantée dans sa gorge. En avant, des cavaliers Asur avançaient pour rejoindre leur commandant, tout autour, les guerriers du chaos fuyaient pour tenter de sauver leur vie. Le combat arrivait à son terme.
***
L’ambiance au camp était bien différente cette fois. Les troupes fêtaient cette victoire inespérée face à un ennemi en large supériorité numérique et le coucher de soleil s’accompagnait de joie plutôt que d’appréhension. Pourtant, comme lors du jour précédent, Eranor était assis devant une carte, attendant la venue de son corps d’officier. Ce n’était qu’une bataille de gagnée, une belle bataille certes, mais pas celle qui sauverait l’empereur humain assigné et le Kislev aux abois. Les pertes du côté des elfes étaient étonnamment faibles, dans les deux-cent cinquante tuées et mille cinq cents blessés, tandis que près de trente mille humains gisaient sur la neige, entouré de la majorité des créatures géantes corrompues qui s’étaient avancé sur l’armée Asur. Mais les survivants qui étaient parvenu à fuir étaient encore nombreux et au moins les deux tiers étaient avec le prince démon, de retour vers le siège et encore d’autres forces démoniaques. Enfin, les officiers arrivèrent dans la tente d’Eranor, leur nombre réduit d’un quart et un autre quart couvert de bandage sanguinolent.
-Nous ne devons pas nous attarder ici. Si nous faisons assez vite, nous pourrons rattraper les forces du prince démon avant qu’elles ne rejoignent leurs alliés du siège, et ainsi affaiblir la pression du chaos sur l’empereur humain. Avec l’aide des troupes venant du sud…
-Les troupes n’iront pas plus loin. La voix d’Artelion avait provoqué un silence pesant.
Vous avez remporté une magnifique victoire aujourd’hui, seigneur Dréanoc, mais continuer à avancer reviendrait à suicider nos frères sur encore plus de troupes du chaos, et pas contre des maraudeurs cette fois. J’ai fait un rapport de la situation à la cour du roi phénix, et il m’a accordé le commandement de l’armée pour un repli en ordre jusqu’au navire. Nous rentrons.
-Je ne rentrerais pas ! Continua Eranor en se levant avec colère.
Quoi que dise le roi phénix et quelles que soient vos magouilles politiques, l’empire des hommes a besoin de nous ! Je n’abandonnerais pas nos alliés à une mort certaine aux mains du chaos ! L’empire tout comme le Kislev ne doit pas tomber pour le bien de tous et jamais je ne reculerais !
-Vous pouvez soit rentré avec l’armée et être accueilli en héros sur Ulthuan, soit vous jeter au-devant d’une mort certaine et de l’oubli de votre nom dans un combat perdu d’avance, à vous de choisir…
-Mon choix est fait, dès demain, je marcherais sur l’armée démoniaque, avec ou sans le consentement de la cour. La survie de nos alliés dépend de nous, ne l’oubliez pas ! Eranor lança un regard à chacun de ses officiers, cherchant leur soutient dans son combat. Mais tous reculèrent, ne laissant que Solénior, le maitre des balistes, et Mandelion, dirigeant le peu de patrouilleur restant et les heaumes d’argent. Avec tristesse, le général regarda droit dans les yeux son ami Erlandar, mais celui-ci secoua la tête.
-Je ne peux pas regarder mes camarades se jeter dans une mort certaine… Rentrer, c’est l’unique solution…
L’aube se levait sur l’armée, prête à se mettre en marche. Pourtant, le gros des troupes reculait, ne laissant que deux mille heaumes d’argent et quelques balistes au seigneur des Cimes Stellaire, continuant son chemin vers ses alliés assiégés.