La jeune femme avait bien su profiter de son temps de parole. Elle avait parlé et dit en grande partie la vérité, sans toutefois se lancer dans des explications trop précises, complexes et qui devaient autant que possible rester secrètes et ignorées de tous pour dans l'intérêt général. Pour autant, son discours, s'il sonnait vrai, n'avait pas totalement convaincu le suspicieux lieutenant. Ce dernier n'était pas du genre qu'on peut berner facilement, et avait plutôt tendance à pécher par excès de prudence que par impétuosité. C'était un homme réfléchi, mais peu entreprennant, qui détestait et craignait le risque comme la peste, et essayait logiquement de l'éviter ou de le minimiser en toutes circonstances et à tout prix. Cela expliquait qu'en dépit de ses qualités intellectuelles et de son potentiel, il n'ait jamais été le patron, mais le conseiller, le gestionnaire, le stratège, en bref, l'homme de l'ombre. Le manque de charisme peut à la rigueur être compensé dans les milieux criminels, et l'on pouvait s'élever au plus haut sans cette qualité, mais en revanche il était autrement plus difficile de parvenir à se niveau et d'y perdurer sans vouloir se mouiller et prendre des riques.Test de charisme : 12. Le pire est évité.
Au bout des trentes secondes accordées, les hommes de main rentrèrent comme ordonné dans la pièce, et leur chef leur fit signe que tout allait bien. Il lui fallait maintenant vérifier la véracité des dires d'Elena, essayer d'en savoir plus pour se mettre à l'abri si besoin était, et tenter de voir s'il ne pouvait pas trouver un moyen de tirer un profit de cette situation. Assurément, il était très mal à l'aise de savoir que sa prisonnière n'était pas seule, et encore plus quand il savait la toute-puissance et les droits illimités de l'organisation para-ecclésiatique pour laquelle elle prétentandait agir. Mark parla à l'oreille d'un de ses hommes, puis les gardes ressortirent et le laissèrent une nouvelle fois seul dans la pièce avec son interlocutrice.
-D'accord, je t'accorde un délai, le temps d'envoyer mes hommes vérifier si tu dis vrai. En attendant, admettons que tu sois celle que tu prétends. Pourquoi te laisserai-je partir ? Quel intérêt y aurait-il si je suis déjà condamné. Et parle-moi aussi du rôle de Franck. Etait-il un mouchard, un espion infiltré, et si oui, était-il seul ?
Enfin, pourquoi êtes vous venue seule dans cet endroit ?
Le ton se voulait maîtrisé, mais nul doute que le lieutenant était extrêmement inquiet, confronté qu'il se retrouvait (ou croyait se retrouvé) à des risques potentiels énormes. D'un autre côté, pousser trop loin le bouchon risquait de le faire paniquer et il pourrait alors se montrer dangereux, car c'était bien un criminel, et il n'héisterait pas à faire feu s'il se croyait acculé ou s'il était trop tendu.
