-Rosa Marienburg, révolutionnaire, trois jours avant son assassinat à Nuln.
Un éclair frappe au-dessus du manoir des Von-Waldburg. L’illustre famille, ou du moins cette branche, s’est réfugiée de la tempête qui frappe la capitale depuis ce matin. La pluie battante, la foudre et le vent froid ne sont qu’un ajout, comparé à l’autre tempête qui se dessine au loin.
Le manoir, grand et spacieux, situé à la frontière du Mauerblumchen, est entouré d’un jardin composé principalement de haies et de petites statues décoratives. Ancien, sa rénovation il y a quarante ans lui a redonné une seconde, ou plutôt, une quatrième jeunesse. La plupart du temps, une dizaine de Von-Waldburg y résident. Ce n’est pas le cas aujourd’hui.
À l’intérieur, des serviteurs se pressent, la plupart sont en retard sur leur tâches à cause de la tempête. C’est dans le salon qu’une tout autre préoccupation provoque un ouragan. Les journaux et fiches de presse, comme le ‘Altdorf Spieler’ ou le ‘Corps Céleste’ sont formels. La crise économique, suite à des actions de la Guilde des traders du Dockland, vient d’empirer encore. Les salaires viennent de chuter. Une petite chute, oui, mais une chute quand même. Cette chute vient de provoquer un véritable tremblement de terre chez les Von-Waldburg.
« C’est un scandale ! »
En frappant du poing sur la table, l’oncle Hubert semble tout particulièrement remonté. Homme grand, à la bedaine et moustache imposantes, le retraité profite de ses jours à la gestion du manoir et la fortune de la branche familiale Altdorfeuse. Sa collerette cache entièrement son cou, tandis que sa canne repose contre son siège. Assis, son petit chien poilu sursaute face au choc sur le meuble alors qu’il prenait sa sieste sur ses cuisses. Sa pilosité entièrement grise, et ses yeux qui le sont tout autant le vieillissent, alors qu’il n’a que cinquante ans.
« Si les choses ne redeviennent pas normales, on fonce droit vers le mur !
Vous exagérez, père, ce n’est pas parce que les socialistes prendront quelques sièges de plus au Conseil d’Altdorf que nous sommes en danger. »
De sa voix au nez-pincé, la cousine Linde semble bien moins préoccupée que l’ancien officier. Ses yeux bleus pétants fixent un article de ragot du Spieler, tandis qu’une servante s’occupe de remettre en place sa coiffure sophistiquée. Son volume de cheveux presque roux rend la chose bien difficile. Linde est très petite, mesurant à peine plus qu’un jeune adolescent, cependant, elle n’a strictement rien à envier sur sa beauté. Ses habits sont toujours plus luxueux que les autres aristocrates, elle peut se le permettre, elle. Femme carriériste, elle est architecte. Un peu plus âgée qu'Augusta, elle vit une vie légèrement à part.
« Je veux dire, ce n’est pas parce que la paie de la plupart des habitants baisse que nous sommes si affectés, si ? »
L’air énervé et chaud d’Hubert, devient froid et grave tandis que ses yeux deviennent plus petits et s’assombrissent. Il s’enfonce dans son siège, et sa main vient caresser le dos de Buddy, son chien, et non pas un autre serviteur Bretonnien.
« Le problème, c’est que la fondation de notre richesse, notre poule aux œufs d’or, le pilier principal, est menacé en conséquence. Je parle de nos immeubles sur l’autre rive. »
La branche de la capitale de la famille ne détient pas sa richesse d’un poste très influent, ou encore d’investissements bancaires. Non, la grande majorité de la fortune familiale, vient des rentes. Grand propriétaire terrien, ou du moins d’un point de vue comparatif, les appartements fournissent des sommes colossales de rente. Les loyers étant ceux de la capitale, soit les plus élevés au monde. L’oncle Hubert serre les poings tandis que son expression se crispe.
« Si jamais la paie de l’Altdorfer diminue… Alors beaucoup ne pourront plus payer leur loyer, nos loyers ! »
Soudain, l’expression jusqu’ici plutôt désintéressée de Linde, devient pâle au point ou même son maquillage ne peut cacher la blancheur de son visage. Elle regarde autour d’elle, et ses mains commencent à trembler. La perspective de perdre une goutte du luxe qui entoure sa vie est une torture. Elle n’est pas la seule.
« Je.. je - non enfin. On ne peut pas se le permettre ! Est-ce qu’on ne peut pas les vendre et partir sur investissement plus stable ?
Non, ça impliquerait de changer l’entièreté des contrats des locataires, ça prendrait des années, une décennie même. »
Malgré son statut, Augusta sait bien que l’administration de la capitale est toujours débordée face à la surpopulation massive de la ville. Sans payer des frais supplémentaires, la plupart sous la forme de pots-de-vin, les affaires courantes prennent du temps. La loi est terriblement compliquée, souvent des articles et des lois se superposent dans une débâcle totale. Il faut de véritables maîtres avocats pour espérer toujours s’en tirer, et ceux-ci savent bien faire reconnaître leur talent par des factures salées.
« Augusta, ma chérie, je vais avoir besoin de ton aide. Actuellement c’est le Conseil d’Altdorf qui m’importe, les parlementaires vont réagir, avec force. J’ai besoin que tu délivres une lettre au Graf Liepmund Holzkrug, son conseil nous sera crucial. Il faudra te rendre à la Diète Impériale dès demain. En carrosse bien sûr. »
Holzkrug, l’une des plus puissantes familles de l’Empire. Liepmund est actuellement le chef de la famille, mais aussi et surtout de la Chambre Noire. Les services secrets impériaux. Des centaines d’histoires ont fusé à son sujet, mais il s’avère être un redoutable politicien depuis les dernières années. Sans parler de son rôle en tant que Haut-Seigneur Ambassadeur du Conseil du Reikland.
« Si tu as des questions… »




