[Mini-jeu] [Situation & RP] Rampdecennium : Marienburg doit survivre.

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Mini-jeu] [Situation & RP] Rampdecennium : Marienburg doit survivre.

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Quelque part dans le Middenland,
Sur la route de Rottuk à Miredorf.


La nuit d’hiver obscurcissait l’atmosphère toute entière. Dans les cieux, de lourds nuages gris couvraient une voûte céleste sans soleil, et une neige abondante tombait par lots de flocons, lentement, vers le sol, couvrant la forêt en dessous d’une vaste cape blanche, gelant les flaques d’eau, recouvrant les routes et le sol. Il faisait si sombre, que la moindre petite étincelle se voyait à des lieues et des lieues à la ronde… Forçant les hommes si nombreux tapis dans l’obscurité à se tapir tels des animaux, se collant entre eux pour se protéger du froid, sans même une petite bûche pour se réchauffer, pas même une pipe de tabac pour embraser leur organisme.

Au milieu d’un campement retranché, le drapeau à la sirène du Westerland avait souffert — déchiré à moitié, le pavillon impérial du prince de Calden flottait, non devant une impérieuse tente brodée d’or, mais devant une simple charrette recouverte d’une bâche. Les soldats, dans le noir, s’activaient dans tous les sens, tirant des caisses, sifflant des ordres, poussant des charrettes tractées par des chevaux, pour amener au front des munitions et des vivres, et pour ramener vers l’arrière des blessés, qui ne cessaient de s’accumuler — surtout des blessures par flèches, tirées par des archers Hochlander volontaires dans l’armée de l’Empereur Ulricain Todbringer, mais aussi, à présent, pour des engelures graves. Les médecins prenaient les blessés débarqués, observaient les blessures, recouvraient avec des bandages après avoir désinfecté les plaies… …Et puis, un homme en blouse blanche alla s’approcher d’un lieutenant en uniforme pour lui chuchoter quelque chose : « Celui-là s’est blessé volontairement ». Deux minutes plus tard, des archers de la Maréchaussée arrivent pour saisir un garçon aux doigts de pied arrachés, afin de l’emporter de force, tandis qu’il hurle et implore pitié pour se débattre — ce sera la cour martiale pour ce lâche déserteur, prévient le lieutenant.

Des chevaux reviennent à toute vitesse. Un homme saute au sol, et est salué par plusieurs soldats : il course vers la bâche du prince de Calden. Il la tire, et dessous, assis par terre comme quelque seigneur de la guerre Ungol, le chef des armées du Westerland éclaire à la bougie, planqué sous sa toile, des cartes et une boussole devant lui, où il trace du bout du doigt des mouvements. L’homme se met à genou, le salue — c’est le duc de Gamay, le fils adoptif du colonel de Baen, et homme de confiance de Calden, qui se présente à lui. Gamay, autrefois, faisait la une de Marienburg-Match presque chaque semaine : beau, séduisant, populaire, il sortait avec une actrice de théâtre, la grande Dieuwertje, à une époque où les gens de Marienburg aimaient s’intéresser au show-business et aux scandales de paparazzi. Avant que des gens meurent de faim et qu’on mange vivant des maires, c’est-à-dire. Gamay a beaucoup changé : barbu, les yeux couvertes de cernes, des blessures encore vives sur son visage, il a la voix rauque, a cause d’un puissant gaz qu’il a inhalé — il serait mort sans le courage exemplaire de la 5e franche-compagnie d’infanterie du Suiddock, « les gamins de Barazul », qui ont traversé une brume grouillante et des marais transformés en sable mouvants, par quelques maléfices terribles permis par magie noire, afin de tirer de là leur commandant. Pour un garçon qui comme tant d’autres jeunes officiers pensait à une guerre glorieuse et rapide, cette expérience proche du Faucheur avait été un réveil…

Gamay donne une situation simple, et directe. Il sait que Calden, assis en tailleur tout seul, n’a plus âme au protocole et à la majesté de son rang :
« Sire. Des éclaireurs rapportent que des ennemis arrivent de Middenbrach. On parle de plusieurs centaines d’Ulricains en marche. Ils ont avec eux quelques sorciers, et un géant de Norsca. Thugenheim les dirige. »

Calden ne répond pas. Il continue de tracer sur sa carte. Pourtant, il n’est pas perdu dans le mutisme : il utilise une petite épingle pour faire saigner le bout de son index, et il trace une croix rouge qui descend ensuite de la région de Middenbrach, un ignoble pays de marais pas si différent de ceux où les Jutones vivent.

Gamay, mal à l’aise, insiste :

« Sire, si les forces de Thugenheim font jonction avec celles de Todbringer, nous allons devoir nous battre à 1 contre 3, voire 1 contre 6 dans certains secteurs. Ils ont une imposante force de frappe.
Je sais que les colonels Bodson et de Courcelles vous l’ont déjà conseillé, mais peut-être devrions-nous réduire notre ligne de front pour mieux les affronter… »


Calden attrape la carte. Il calcule. Le prince a une éducation militaire complète : il a étudié sur les bancs de l’école, lu les textes de grands généraux conquérants du passé — il a une expérience pratique, que ce soit en tant qu’officier supérieur de la Légion Étrangère de Bretonnie, ou comme commandant-en-chef de l’ORSF, le corps d’élite de l’armée coloniale du Westerland. Il n’a jamais battu en retraite. Il a résisté à cette opinion toute sa vie. C’est un homme de front, de choc, qui croit en l’importance mythique du moral, de la supériorité guerrière, de la croyance en la victoire qui amène la victoire. À Porto Sabra, quand ses régiments ont débarqué sur l’île, il a ordonné qu’on brûle les barques de débarquement, afin que personne ne soit tenté par la retraite…
Mais c’est un homme qui, toute sa vie, a été habitué à affronter des ennemis plus faibles que lui : des hordes de pirates, des chefferies Orques du Mont Orcal, des tribus indigènes d’Alkebulan… Jamais il n’a eu à combattre un ennemi plus nombreux, plus armé, possédant des forces surnaturelles. Soudain pris d’une certaine mélancolie, Calden hoche de la tête.

« Avait-on vraiment l’espoir d’une victoire rapide, ou est-ce qu’on a été trompés, Lucain ?
Nous vaincrons contre quoi que ce soit que nous balance Todbringer à la gueule. Mais je ne serai pas celui qui enterrera l’armée du Westerland dans la neige. Nous avons déjà perdu beaucoup trop de valeureux…
Je te charge de couvrir notre retraite. On se replie vers Jutzenbach, avec les blessés et l’équipement. »

De Gamay le cache, mais il est soulagé. Il salue militairement Calden, se relève, et s’en fuit en courant pour aller prévenir ses hommes et organiser la retraite, la marche pitoyable et terrible sous la neige et dans le noir, fuyant comme un chat échappant à une bande de chiens…

Sitôt seul, Calden reste fixe, figé sur place. Puis, une idée terrible lui vient en tête. Soudain pris d’une étrange énergie, le voilà qui va fouiller dans la charrette. Il fait froid hors de la toile : le vent lui engourdit ses doigts, mais il sait ce qu’il cherche. Un coffret, qu’il jette au sol. Un cadenas, fermé par une combinaison que lui-seul connaît. En transe, il ouvre le nécessaire.
À l’intérieur, il y a une petite statuette. Un fétiche d’un peuple noir. Une sorte d’horrible statuette représentant une créature ressemblant vaguement à un homme, avec une grande bouche et de petits yeux.
Calden frotte la statuette.


Image

Wellentag 10. Vorhexen 1979.
-14°C.
Rijk gelé.



La Mariusplein est noire de monde. La neige et le froid n’ont pas découragé les Marienbourgeois. Pas plus que la faim, la haine, la rancœur. Pas plus que l’état d’urgence, et le souvenir de l’horreur de la nuit du 12 Ulriczeit. Autour de la statue de Marius, dressés sur l’estrade, des archers de la Maréchaussée attendent avec des lances-grenades, prêts à tirer de la fumée dans la foule. Autour des bâtiments publics, du palais de justice et du Staatsraad, des Coiffes Noires avec boucliers et matraques attendent. Tout le monde craint le plus terrible : une bastonnade générale. Il y a des banderoles, on siffle, on chante des chansons. Beaucoup de monde est mélangé dans cette foule, qui est chauffée à blanc — la majorité des urbains ont voté Manœuvre il y a deux ans, et on voit encore des drapeaux rouges bien nombreux dans cette foule ; mais il y a maintenant également des drapeaux noirs avec des sarisses rouges dessinées — des Phalangistes, le tout nouveau parti créé par le mouvement Légionnaire. Ils n’ont pas perdu de temps pour disséminer leurs banderoles et rassembler leurs fidèles pour tenter d’occuper la rue. Et puis, il y a des drapeaux du Westerland, de la ville, de la campagne. Des drapeaux militaires, ou des emblèmes de guilde. Et des religieux, qui sont venus assister à ce déferlement.

Pourquoi défilent-ils ?

Tout le monde sait que le Staatsraad doit rouvrir. Tout le monde sait que l’armée du Westerland a subit une terrible défaite, autour d’un patelin inconnu du Middenland : à Miredorf, plusieurs milliers de soldats du Westerland sont morts, même des officiers, et on sait que des sévices terribles ont été infligées à des prisonniers de guerre, leurs frères d’armes. Dans le même temps, beaucoup ont appris les révélations du député Barazul, qui a vu de ses propres yeux la cité ennemie de Schilderheim être empoisonnée, et des gens innocents mourir ou être gravement blessés de façon indiscriminée, tués même dans leurs domiciles où ils étaient réfugiés.. Même si les sondages semblent massivement soutenir le conflit, impossible de savoir si la foule est encore pro ou anti-guerre ; et c’est justement ce que craint la Maréchaussée. Déjà, en certains endroits de la ville, des bagarres ont éclaté entre partisans des deux camps. La proclamation de Mobilisation Générale doit être votée aujourd’hui. Entre ceux terrifiés à l’idée d’aller servir dans une guerre qu’on est en train de perdre, et ceux terrifiés à l’idée que les parlementaires trahissent le pays et se soumettent aux Ulricains terroristes de Middenheim, la paix semble impossible.

Le long de la Mariusplein, une artère est dégagée par la police. C’est de là que des taxis ne cessent de venir, pour déposer les députés par groupes. Les Seigneurs et Entrepreneurs sont arrivés les premiers, avec le gouvernement, flanqués d’un solide renfort de l’ORSF — ils sont allés conquérir l’Atrium, dans lequel des spectateurs ont été triés sur le volet : beaucoup de journalistes et de gens de la société civile. Les Sigmarites, participant à la coalition, ont suivi juste derrière — ils se sont pris une volée de cailloux de la part de gens de la foule, remontés contre le Reikland et la situation actuelle : les Archers ont vite chargé pour attraper les responsables. Les Colombes d’Ingrid Pien, ensuite, on subit des huées déterminées des spectateurs les plus bellicistes, mais sont rentrés très vite et sans faire d’histoires. Les Manœuvres et les Collectivistes, parvenant coup sur coup, ont failli provoquer une bagarre générale, entre ceux hurlant leur soutien et ceux qui voulaient en découdre, sans qu’on sache quel parti a été visé. Le tout nouveau parti des Progressistes est apparu progressivement et discrètement, sans fanfares — les pacifistes ont offert une ovation généralisée à Hermant Bovaas et Julia de Broodt, mais les bellicistes les ont couverts d’insultes, de quolibets, et de menaces à peines par leurs slogans de : « À bas les traîtres ! ». Enfin, les Phalangistes ont fait leur petite attraction. Helena van Volendam est apparue avec ses députés non dans des habits civils, comme à leur habitude, mais dans des pseudo uniformes militaires, bleu-marine, et totalement noir pour celui de Marc Waer et de quelques-uns de leurs assistants. Au lieu de se diriger directement vers l’Atrium, comme les policiers les incitaient assez vivement à faire, Helena van Volendam est passée à travers la foule, en offrant saluts Jutones et poignées de main devant des Marienbourgeois gonflés à bloc, et scandant son titre terrible : « Leider ! Leider ! Leider ! »

À l’intérieur du Hall du Peuple, tous les chauffages étaient allumés, pour essayer d’éloigner le froid. Avec les portes closes, on entendait dehors le vrombissement un peu étouffé d’une foule immense, qui tapait sur des tambours, récitait des slogans, hurlait pour la Paix ou pour la Guerre — pour l’instant, il fallait l’admettre, les « Leider ! Leider ! » et les « Vive l’Impératrice ! » « À bas le Reikland ! » semblaient gagner sur les « Paix entre les peuples ! » « Pain, Paix, Liberté, Justice ! »…


À l’intérieur de l’hémicycle, les députés prenaient place. Un silence pesant semblait gagner tout le monde. L’ambiance était froide. Tant de choses avaient eu lieu depuis la dernière séance… Un nouveau parti résolument puissant d’extrême-droite s’était formé, dans le sang des Marsouins Rouges sur l’Avenue de la Concorde. Julia de Broodt et Hermant Bovaas avaient cassé les rangs de deux grands partis formés, et maintenant, avec un petit groupe de députés, ils tentaient de tenir le centre au milieu des Colombes et des Indépendants. Les Seigneurs avaient gagné un nombre important de députés et sénateurs, tout contents qu’ils étaient d’avoir étouffé dans l’œuf un début de grève générale — mais les Manœuvres, frappés au niveau de leur popularité dans les sondages et dans le massacre de leurs enfants, constituaient encore un groupe soudé et solide : Horenbout et Dekeyser, autrefois constamment en conflit, étaient maintenant collés l’un à l’autre, épaule contre épaule — l’un était interventionniste, l’autre pacifiste, quelle opinion allait triompher chez eux ?

Lors du dernier vote des crédits de guerre, il avait s’agit d’un vote à huis clos, entaché d’un horrible vice de procédure : l’ORSF avait pris en otage l’assemblée pour obtenir la signature. Mais aujourd’hui, les bancs des spectateurs étaient pleins, et l’immense foule dehors, des centaines et des centaines de personnes, formaient une pression qui alourdissait les cœurs des parlementaires…

Le gouvernement prenait sa place devant le siège de messieurs Reynier Fagel et Wolfhert van Arnemuiden, respectivement président du Burgerhof et président du Rijkskamer. De nouvelles têtes connues remplaçaient des anciens de la politique. C’était, clairement, un fort mouvement à droite : entraient au gouvernement, par exemple, une grande propriétaire agraire et coloniale pour défendre l’agriculture, dame Isabella van Buik ; ou alors, un ami de la Maréchaussée incarnant la droite dure pour la justice, monsieur Jacques de Heere ; et mieux encore, un ultralibéral économique pour le budget, l’honorable Lancelot Winkler.
Alors même que ce gouvernement avait promis de larges concessions aux syndicats pour empêcher la grève, de Lémine voulait clairement marquer l’obstination de sa ligne par ces nouvelles nominations. De quoi insulter doublement la gauche, et probablement remettre en cause beaucoup de choses…


Il y aurait de quoi débattre et s’invectiver, c’était certain. Mais le vote d’aujourd’hui était bien peu politique. C’était probablement bien plus le futur de la nation qui était entre les mains des députés et sénateurs.
Inspirés par la députée Anna Jakob, une idée étrange venait de naître dans l’esprit de certains : conditionner le vote de la Mobilisation Générale à la nomination du colonel-général de Baen comme stathouder. Ce titre, « stathouder », « lieutenant-général », était celui qui était attaché à toutes les fonctions de pouvoir du Westerland — au moins, juridiquement, pour son versant est, le « pays Jutone ». Par tradition, les barons van Buik transmettaient ce titre d’héritier en héritier — c’était historiquement pourtant une dignité élective, une confirmation électorale du Staatsraad suite à une nomination princière, mais le grand-père de Julian III avait confisqué cet usage au parlement. Parfois, le stathouder était nommé par le grand-baron dans des situations d’urgence : le colonel de Baen, par exemple, avait été temporairement stathouder lors du putsch de 1951.
Que les parlementaires confisquent la nomination de stathouder à l’Impératrice, en forçant sa main, serait un immense renversement de pouvoir…
…Et difficile de croire que la monarchie laisserait faire cela sans réagir.


Un héraut d’armes vint dissiper les murmures et les conversations basses des députés. Portant la livrée à la sirène du Westerland, il hurla :

« Votre attention, votre attention !
Honorables députés et sénateurs de la Nation, l’Impératrice Magritta, le Stathouder de la nation Lodewijk van Buik, le Conseil Privé et des membres de confiance de l’entourage Impérial se présentent ! »


Une foule de gens entraient dans l’Atrium. Des militaires de l’ORSF, tout d’abord. Ils étaient, il fallait le dire, moins inquiétants que la dernière fois : un peu partout, on voyait des Coiffes Noires de la Garde Parlementaire avec des hallebardes qui étaient en faction. Il ne s’agissait plus, aujourd’hui, d’une prise d’otage, et un combat entre parlementaires et Lodewijk finirait plutôt en fusillade interposée que en simple rafle d’élus de la nation…
Puis, le stathouder Lodewijk, qui portait un magnifique costume militaire, avec, à sa ceinture, dans un fourreau serti de bijoux, le Croc Runique des Endales, « Nourrit-les-Corbeaux », forgé par le Nain Alaric le Fol pour honorer le combat de Marbad, mort pour Sigmar au Col du Feu Noir. Ensuite entraient des huissiers, des laquais, divers membres du Conseil Privé, des vieux messieurs de l’administration et de la bureaucratie du Westerland, connus ou non…

…Et puis, quelques étranges têtes, qui firent des haut-le-cœur à certains.

Ludgar von Wittgenstein était là. Le patron des « Marcheurs de Brumes », le chef du sordide et secret « BSIE », le service de renseignement de la nation, ne se montrait normalement jamais en public, et certainement pas aux parlementaires. Mais il était là, dans un beau costume, un monocle sur son œil, accompagné de quelques hommes en costume de bourgeois, avec un pins représentant un berger dans la brume, le symbole du service secret…

Agnès Bernauer était aussi là. « L’Ogresse », la prêtresse semi-hérétique de Halétha, était en costume de rurale, avec un gros manteau de fourrure d’ours, et des bandes molletières à la place de chaussures. Elle avait couvert son visage de peintures tribales, qui lui donnait une apparence de monstre païenne sorti d’un conte qu’on racontait aux enfants — et elle était accompagnée de femmes vêtues comme elle, portant des peaux, des amulettes en osselets, des bracelets de pierres semi-précieuses, et des arcs longs dans le dos.

Kempfin se faisait tout petit, mais il n’échappait pas aux regards de tout le monde, surtout des bancs de gauche. « Le Grand Kempfin » était le plus grand romancier et auteur littéraire de tout le Westerland, avec des livres vendus dans le Vieux-Monde tout entier, on disait que même Louis XIV le lisait. Socialiste absolu, Kempfin se battait pour un monde meilleur, et ses romans fort bien écrits dénonçaient des injustices du quotidien : la vie des mineurs, l’alcoolisme, le difficile travail des femmes employées dans les grands magasins… Il avait co-écrit « l’Avant-Garde », le programme politique de sire Lodewijk, et il était peu étonnant de le voir parmi ses fidèles.

Fabio Bergamaschi, le talentueux inventeur Tiléen, arrivait également. Celui dont le nom était maintenant connu de tout Marienburg, entre son invention fantastique de poêles à air invisible, et, à présent, la nouvelle comme quoi son entreprise fabriquait des armes terribles, des « gaz de combat », fumée inodore et incolore qui provoque des apnées sèches sur des populations innocentes… Le Tiléen semblait recroquevillé, et agité, et était suivi de quelques personnes en costumes rapiécés et pas très élégants, les cadres de son entreprise Maldini Solutions.

Et puis, il y avait la générale d’armée Mayken Verthust. Une très belle femme, grande, portant un bel uniforme bleu-noir avec quelques médailles. Orpheline recueillie par les sœurs Shalléennes, elle avait suivi une brillante carrière d’officier, sauvant le Westerland il y a cinq ans d’une harde d’hommes-bêtes sortis de la Drakwald en employant des tactiques novatrices. C’était elle qui avait fondé le corps des « Escadrons d’Assaut », qui avaient fait merveille dans le Reikland — des fantassins sur-armés et avec un très fort esprit de corps, qui opposaient leur feu et leur moral très supérieur en première ligne pour briser les formations ennemies. Mayken Verthust était persuadée que les innovations technologiques, dont les fameux « Panzers » qui n’avaient pas encore été utilisés au front, pouvaient permettre de gagner toutes les guerres du futur. En tout cas, elle avait gagné une certaine popularité en négociant avec les Elfes de la Laurelorn, accompagnant sœur Bernauer dans cette étrange mission…



Enfin, pour finir, il y eut l’Impératrice.

Magritta entrait avec, derrière elle, deux fillettes qui portaient sa robe. Elle était vêtue, comme la dernière fois, d’une imposante robe dorée, avec sa couronne sur son crâne et son maquillage pour faire plus âgée que ses quatorze ans voulaient bien lui donner. Et elle avait, près d’elle, l’étrange prêtresse de Sigmar, la « Sœur de Mordheim » au crâne rasé.

Tous les parlementaires se levèrent, et retirèrent leur couvre-chef. Les Phalangistes offrirent un salut Jutone. L’Impératrice alla à la tribune du président, Reynier Fagel et Wolfhert van Arnemuiden courbèrent le dos, et elle s’installait, près de Wolfgang von Paulus, représentant de la chevalerie, qui s’agenouilla devant son trône pour lui présenter Ghal Maraz, le marteau sacré et unique de l’Empereur, symbole de sa souveraineté — même si, actuellement, il y avait sept Ghal Maraz en circulation dans l’Empire. La Garde des Sceaux, et grande-prêtresse de Véréna, Karlotta Eschen, récita la prière habituelle :

« Les Dieux soient avec vous. » »

Invitant la réponse des députés :

« Et avec leurs Esprits. »


« Prions.
Dieux et Déesses, ayez pitié de nous. »


« Dieux et Déesses, ayez pitié de nous. »

« Véréna, guidez-nous.
Notre Seigneuresse, Déesse de la Vérité et de la Justice, accordez à notre Impératrice et Son gouvernement, à tous les membres du Parlement et à tous ceux en position de responsabilité, la conduite de Votre Esprit. Que nous ne menions jamais la Nation faussement par l’amour du pouvoir, la volonté de plaire, ou des idéaux indignes — que nous laissions de côté les intérêts particuliers et les préjugés, et que nous gardions dans nos consciences la responsabilité d’améliorer les conditions pour toute l’Humanité ; Véréna, que Ton Royaume de justice vienne et que ton nom soit sanctifié.
Amen. »


« Amen. »

« Iudicate egeno, et pupillo: humilem, et pauperem iustificate. Eripite pauperem: et egenum de manu peccatoris liberate. Nescierunt, neque intellexerunt, in tenebris ambulant: movebuntur omnia fundamenta terræ. Ego dixi: dii estis, et filii excelsi omnes. »

Le cérémonial accompli, un valet en livrée s’assit au sol avec une pancarte, et Magritta, avec une voix traînante et incertaine, lit son discours :

« Seigneurs et Membres des deux chambres du Conseil d’État. »

Elle souffla pour se donner du courage.

« Nous vous réunissons ce jour p-pour… Pour une situation… Grave… L’Impératrice… entend les… Les… Cris du peuple dehors… »

La foule grondait. Elle hurlait et frappait ses tambours, même si les murs étouffaient la grogne de centaine de personnes.

« Pour répondre à… L-l-leurs a-att-attentes… Face à nous, se dresse, un… Un im-pi-pi… Impi-impitoyable ennemi… Le Midden-land, Middenland, et la religion d-u-u-Ulric, qu-qui appelle, à la de-destruction de la nation… »


« Bizarre, je croyais qu’on était en guerre contre le Reikland… »

Joost Francken avait soufflé tout seul. Mais le silence était tel que tout le monde l’avait entendu. L’Impératrice devint toute blanche, et continua :

« Je… Nous, nous pr-promets, promettons, que, n-n-n-notre nation ne laissera point faire, nos, nos adversaires, et que… Que nous infligerons, à nos ennemis, to-toute notre sa-sainte et nécessaire ri-riposte, pour, heu, vaincre, et, heu, permettre à… À Marienburg de tri-triompher de, hé bien, bah, la situation, actuelle…
Je-… Nous demandons au-aux parlementaires, de… Donner à la nation les… Les moyens, matériels, et, et humains et matériels, et, heu, militaires, pour… Pour soulever… La nation… Enfin, le peuple, et… Permettre de… Poursuivre les objectifs… Poursuivre la victoire — la victoire finale.
Nous… Laissons humblement… La parole au… Gouvernement, en qui nous… Toute notre confiance… »


Magritta s’assoupit dans son trône. Alors, la générale Mayken Verthust alla devant le trône. La grande et belle officière, jeta devant elle des notes, et elle commença un discours bref, et à la volée, avec une cadence parfaitement pète-sec et nonchalante, comme un capitaine qui parlait à ses bidasses.

« Mesdames messieurs, je serai brève.
J’ai été nommée par le duc de Hollum pour poursuivre une politique militaire avec un objectif politique simple, résolu, déjà exposé, et pour lequel vous avez déjà voté. Je vais donc rappeler cet objectif histoire qu’il soit bien clair et qu’on ne se perde pas en conjonctures un peu absurdes : le Reikland et le Middenland nous ont déclaré la guerre et ont décidé d’étouffer notre nation par le blocus. Nous allons lever ce blocus. Nos deux objectifs n’ont pas changé : Nous voulons ouvrir de force le Rijk, sécuriser des points d’appuis sur cette artère sacrée, défendre nos frontières contre toute hostilité extérieure, et, également, réassurer la prééminence de l’Impératrice Magritta dans une élection qu’elle a en fait déjà gagné.
Actuellement, une trêve a été ordonnée par le Grand Théogoniste du culte de Sigmar dans le Reikland. Par ordre du stathouder Lodewijk van Buik, nous avons décidé d’observer cette trêve. Néanmoins, considérant que le prince du Reikland, sire von Neurath, ne la respectera probablement pas, nous avons décidé de renforcer les défenses de nos positions. Nous tenons fermement les monts Skaag, qui sont aisément défendables, et une longue bande de terre liée par une route sacrée et praticable, qui va de la cité de Prie jusqu’aux marais de Uhland. Le général et secrétaire-général de la Milice, Frederik Dessau, a déjà commencé à dresser d’imposantes fortifications et creusé des réseaux de tranchées, flanqué par sa droite par nos forces alliées de la dynastie von Trott, tandis que nous sécurisons les villes fortifiées que nous avons prises en d’autres endroits du front. Lorsque le Reikland rompra ainsi la trêve, nous serons prêts à fortement tenir.
Notre ennemi urgent et actuel est le Middenland. Suite à la défaite — il n’y a pas d’autres mots — de Miredorf, le Middenland a repris la poursuite des opérations. Il semblerait que, les villes révoltées de la Drakwald aient finalement décidé de rejoindre Todbringer. Carroburg, pourtant composée pour près de la moitié de Sigmarites, a décidé d’ouvrir grand les portes et de permettre à l’armée de Todbringer d’hiverner tranquillement sur leurs bases. Le Prince de Calden ne pouvant plus couvrir le front, son armée a débuté une retraite afin de raccourcir ses lignes de ravitaillement. Néanmoins, nous avons enfin des bonnes nouvelles : il semblerait que les armées du Middenland aient stoppé leur avancée, car le front de Jutzenbach-Scheinfeld est couverte par nos forces, et l’hiver devient si dur que même les Ulricains ne peuvent plus marcher dans la neige. Il y a des échanges sporadiques de tirs et des duels d’artillerie, mais nous tenons la ligne.

L’objectif de mon directoire est donc le renforcement de toutes nos positions. Je souhaite lever massivement le nombre de militaires que nous avons dans notre nation. Avec l’envoi de nos dernières Troupes d’États, la levée des réservistes, et surtout, l’enrôlement des classes 71 à 77, nous pourrions avoir un solide appui humain, qui sera doublé d’un immense effort industriel pour armer tout ce beau monde. Nous allons envoyer 10 000 soldats professionnels renforcer le prince de Calden, et 30 000 réservistes territoriaux et engagés neufs — plus 30 000 supplémentaires dans le Reikland. La mobilisation populaire, que vous allez voter, risque de prendre une grande partie de notre jeunesse : en comptant uniquement les hommes de 20 à 26 ans, et en excluant les inaptes et le personnel essentiel qui devra être exclus, on devrait tout de même avoir plus de 60 000 mobilisables. Notre population de 1,5 million d’habitants est peut-être plus faible que celle du Reikland, mais notre peuple est plus facilement mobilisable et plus prompt à défendre le drapeau… Si vous lui donnez l’impulsion.

Pour renforcer encore ce nombre, nous comptons sur le mercenariat. Des contrats d’engagements sont prévus avec des alliés des von Trott dans tout le Vorbergland. Nous recruterons aussi des Norses et des Tiléens. Je remercie mon prédécesseur, le directeur van Merlen, qui a négocié plusieurs de ces contrats que nous signerons, et qui nous permettront d’engager probablement près de 8000 mercenaires de diverses natures au front. Nous négocions aussi âprement avec le roi de Bretonnie, Louis XIV, afin d’avoir la permission d’engager des compagnies d’aventure de Bretonnie, mais nous verrons cela plus tard…

Pour protéger notre frontière occidentale, nous avons prévu de remplacer les Troupes d’État en faction en Endalie par des soldats de l’armée territoriale, surtout des volontaires de religion Ulricaine, ou des personnes aux origines Reiklandaises ou Middenlandaises — il sera ainsi plus aisé de traiter de cette manière, pour éviter les désertions. Nous allons également renforcer notre défense coloniale, et former des compagnies franches des Troupes Coloniales et renforcer les recrutements de l’ORSF, afin d’éviter que nos colonies ne soient prises d’assaut pendant que nous sommes occupés sur le Rijk — il en va de la sûreté de la patrie.

Pour faire tout cela, nous avons besoin d’hommes, de crédits, et d’une volonté politique puissante. Je ne vous cache pas que, en tant que directrice des armées, je n’ai pas l’intention de faire les choses à moitié. Je souhaite réinstaurer au front une très forte discipline, et j’aurai besoin de vos accords pour certaines dispositions légales — notamment des droits de réquisition et des punitions militaires appropriées. Rien ne sera tabou dans ces discussions.

J’ai confiance dans le gouvernement pour obtenir les subsides nécessaires et pour mobiliser la nation. Mais votre coopération est souhaitable.
Je reste évidemment à votre disposition si vous avez d’autres questions sur la conduite de la guerre. »

Elle ramassa son papier, et alla s’asseoir. Elle avait dit tout ça d’une traite, sans aucune pause : un huissier se rua pour lui offrir un verre d’eau.

Le stathouder Lodewijk, lui, se leva à son tour pour prendre la parole :

« Chers parlementaires, je ne répéterai pas ce que j’ai prononcé lors de mon allocution.
L’épreuve qui va s’abattre sur le Westerland sera importante, et terrible. Nous avons besoin, aujourd’hui, d’afficher un front uni. De ne pas nous diviser en questions vaines, de ne pas nous séparer par idéologie, religion, ethnicité… De ne pas poignarder notre armée dans le dos. De ne pas réclamer des privilèges, et de comprendre que, à présent, la guerre va influencer notre quotidien. Des pénuries, des privations, de grandes difficultés économiques, des deuils personnels nous attendent tous. À travers cette épreuve, l’armée, les corps constitués, les services de renseignement, le personnel diplomatique, le patronat, et surtout, l’Impératrice, m’ont renouvelé leur confiance et je dispose, avec le titre de stathouder, de l’autorité absolue pour permettre un seul objectif : La victoire. Je mets la totalité de mon intégré morale et physique dans cet objectif. Si je devais faillir, je serais puni de la plus sévère des façons. Si je devais réussir, je rendrai au Westerland tous ses outils démocratiques et restaurerai la liberté à notre nation.
Je demande non juste votre neutralité, ni un simple assentiment, mais plutôt, que vous me rejoigniez dans cet effort surhumain, dans la vitalité dans notre nation. Le Westerland est la nation la plus humaine, la plus développée, la plus productive et efficace du globe terrestre — nous ne laisserons pas des conservateurs et des arriérés ténébreux nous étouffer et nous faire mourir lentement dans l’ombre.
La lumière nous attend, et nous y entrerons ensemble, dans un nouveau monde. Dans un nouvel ordre.
Le peuple dehors, le hurle. »


Il avait été déterminé dans son discours. Froid, autoritaire, et avec des yeux qui montraient toute sa résolution.

Le vice-président toussa, calma sa quinte avec un verre d’eau, et salua le stathouder :

« L’Impératrice peut se retirer, nous allons pouvoir débattre de l’ordonnance présentée aux députés et sénateurs…
– Non. »

Lodewijk se tourna vers le président du Rijkskamer. Il bégaya.

« N… Non ?
– L’Impératrice et le Stathouder ne se retireront pas. Nous avons porté aux corps constitués une ordonnance impérieuse qui engage la totalité de la nation. Il serait hypocrite de se retirer. Nous sommes ici pour la nation.
– Mais, sire… Il est d’usage… Il est d’usage que la monarchie ne… Prenne part ni aux débats, ni aux votes du Staatsraad…
– Ce privilège du Staatsraad servait quand le Staatsraad se limitait à ses prérogatives initiales. Le monde a changé. Je l’ai dit : Le peuple et les corps intermédiaires sont avec moi. Je suis la Nation, et je me tiendrai donc devant elle.
L’Impératrice reste ici. »


Magritta serra ses mains dans l’accoudoir.

Lodewijk restait devant, à la tribune présidentielle.

Les poings sur le pupitre…

…il se prépara à affronter les parlementaires.
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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Mini-jeu] [Situation & RP] Rampdecennium : Marienburg doit survivre.

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Rijkskamer de 1980 (Lecture optionnelle)

Le Rijkskamer cesse d'être joué par les joueurs, et reprend sa fonction de Chambre Haute du Parlement ; Lorsque vous voterez des lois, le Rijkskamer relira ce que vous avez voté et pourra soit approuver entièrement, soit amender le texte et vous le renvoyer avec des justifications - vous avez le droit d'ignorer l'avis du Rijkskamer et voter le texte initial, ou prendre en compte leurs remarques et leurs amendements, ce n'est maintenant plus qu'une chambre de "conseil".
Elle a néanmoins une grande importance car leur but est de faire des lois conformes à la loi et respectueuses des traditions et des corps constitués du pays. Plus cyniquement, le Rijkskamer sert beaucoup à la stathouderin qui peut faire appel à eux pour ralentir le parcours législatif d'une loi, de même que vous pouvez faire appel à eux si une loi vous gêne et vous souhaitez la ralentir ou la tuer dans l’œuf...


1) Membres de droit : 3 sièges actuels, comme suit :
Le colonel Dirck de Baen van Queborn, Indépendant - Héros de Marienburg
Wolfhert van Arnemuiden, Pro-Seigneurs — Sire-Chambellan d’État, également président du Rijkskamer
Wolfgang von Paulus, Pro-Seigneurs — Sire-Maréchal d’État, premier chevalier du Royaume, champion de l’Impératrice.


2) Sénateurs cléricaux (« Princes de la Foi »), 11 sièges divisés comme suit :

Shallya : 2 sièges — Philippa d’Alembert (Indépendante), évêchesse de Teltow et primate des Endales ; Else Berg (pro-USD), évêchesse de Marienburg et primate des Jutones.

Manann : 1 siège — Hendrick ter Brugghen (Indépendant), Patriarche de la Mer, grand-prêtre de Marienburg, du Westerland, et de tout le culte de Manann ; également un amiral de droit de l’Amirauté du Westerland.

Véréna : 1 siège — Henk Huizinga (Pro-Phalange), syndic du consistoire cacciniste Vérénéen de Marienburg (Seule congrégation de Véréna du Westerland étant reconnue par le concordat ; les autres congrégations sont considérées comme indépendantes) ; également juge suprême de la Haute-Cour.

Haendryk : 1 siège — Melchior d'Hondecoeter (Pro-Entrepreneurs), éparque du culte de Haendryk pour Marienburg et le Westerland, reconnu œcuméniquement comme le grand-prêtre mondial de Haendryk ; également premier gouverneur de la Banque de Marienburg.

Mórr : 1 siège — Rijckaert Adriaenssen (Indépendant), abbé-général de l’Ordre du Suaire pour les Jutones & Endales, prêtre du cimetière du Deedesveld.

Myrmidia : 1 siège — Ludmilla Ubac (Pro-Seigneurs), capitaine-générale du temple de Myrmidia de Broekwater, grande-prêtresse du culte de Myrmidia pour le Westerland.

Sigmar : 2 sièges — Hellmuth von Jungfreud (Pro-UFSO), lecteur pour la province du Westerland ; Cassandora (Indépendante), Matriarche des Soeurs de Sigmar de Mordheim (Culte non-concordataire)

Karog : 1 siège — Paul Jespers, abbé du monastère de Terwaal (Indépendant), « premier parmi les pairs » du culte de Karog (Culte non-concordataire).

Halétha : 1 siège — Agnès Bernauer, prêtresse itinérante de Halétha (Indépendante), « première parmi les pairs » de son culte (Culte non-concordataire).


3) Sénateurs nobiliaires (« Pairs du Royaume »), 16 sièges, divisés comme suit :

Van Buik : 4 fauteuils pour la famille (Isabella van Buik, Pieter-Hendrik van Buik, Mauritz van Buik, Honorius van Buik), 3 pro-Seigneurs et 1 pro-Phalange — Pairie du Westerland

Van Buuren : 1 fauteuil, Kaspar van Buuren, baron d’Aarnau, pro-Seigneurs — Pairie du Jutonesryk

Van der Maacht : 1 fauteuil, Alexander van der Maacht, pro-Phalange — Pairie du Jutonesryk.

Van der Kraat : 1 fauteuil, Lucebert van der Kratt, pro-Phalange — Pairie du Jutonesryk.

Van Rietveld : 1 fauteuil, Hannes van Rietveld-Zandt, pro-USD — Pairie du Jutonesryk.

Van Haagen : 1 fauteuil, Karl van Haagen, pro-Entrepreneurs — Pairie du Jutonesryk.

Van Onderzoeker : 1 fauteuil, Charlene van Onderzoeker, pro-Entrepreneurs — Pairie du Jutonesryk.

Van Hoogsman : 1 fauteuil, Paul-Léon van Hoogsman, pro-Progressistes — Pairie d’Endalie.

De Roelef : 1 fauteuil, Juliette de Roelef, pro-Phalange — Pairie d’Endalie.

Van Zandt : 1 fauteuil, Frédérique van Zandt, pro-USD — Pairie d’Endalie

Den Euwe : 1 fauteuil, Lukas den Euwe, pro-Progressistes — Pairie d’Endalie.

Van Volendam : 1 fauteuil, Antonius van Volendam, pro-Phalange — Pairie d’Endalie.

Van Merlen : 1 fauteuil, Jean-Baptiste van Merlen, pro-Seigneurs — Pairie d’Endalie.


Familles n’ayant pas de membres sénateurs actuellement, mais qui peuvent se représenter à la cour des Pairs et se présenter au Rijkskamer pour participer aux débats sans vote

Pairie d’Endalie :
De Croy
Van Doesburg
De Lémine
De Heere

Pairie du Jutonesryk :
Van Schledt
Van Arnemuiden
Van Queborn
von Wittgenstein



4) Doyens de l’Université du Westerland — Collège Baron-Henryk, 6 sièges, comme suit :

Félix de Muelenaere, recteur du collège Baron Henryk (pro-Phalange)
Doyenne de la faculté de droit (Karlotta Eschen, pro-USD)
Doyenne de la faculté de médecine & chirurgie (Marie Hammer du Saar, Indépendante)
Doyenne de la faculté d’Arts Libéraux (Luciana Ipato, pro-Phalange)
Doyenne de la faculté d’économie (Tjaarke Maas, pro-Progressistes)
Doyen de la faculté de navigation & cartographie (Dirck Sen-Tsu, pro-Phalange)


5) Membres nommés par le Stathouder :

Les membres restants sont nommés par le Stathouder. Ils sont choisis parmi une variété de prêtres, les anciens directeurs et présidents des chambres législatives, les anciens ambassadeurs ou secrétaires d’État, les anciens juges suprêmes de la Haute-Cour, procureurs du Grand-Baron, contrôleurs des finances, officiers militaires et amiraux, les hauts-responsables de l’Instruction Générale ou du directoire de la Santé & des Sports, toute personne ayant « servi la nation par son mérite », ou toute personne ayant payé plus de 3000 guilders de taxes trois années d’affilé.


Composition politique (53/53) :

Phalange : 9 (fixes) + 11 (Choix de Stathouder) = 20
Indépendants : 8 (fixes) + 0 (Choix de Stathouder) = 8
Seigneurs : 8 (fixes) + 0 (Choix de Stathouder) = 8
USD : 4 (fixes) + 2 (Choix de Stathouder) = 6
Entrepreneurs : 3 (fixes) + 1 (Choix de Stathouder) = 4
Progressistes : 3 (fixes) + 1 (Choix de Stathouder) = 4
Manœuvre : 0 (fixes) + 2 (Choix de Stathouder) = 2
UFSO : 1 (fixes) + 0 (Choix de Stathouder) = 1



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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Mini-jeu] [Situation & RP] Rampdecennium : Marienburg doit survivre.

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

« MARIENBURG ! MARIENBURG ! MARIENBURG ! MARIENBURG ! »

Dans les rues, on hurle mon nom.

La cité-lumière a beaucoup changé. Et on scande répétitivement, dans un cri mortifère, un cri de rassemblement avec une étrange portée. Marienburg la cosmopolite, Marienburg la diverse, Marienburg la porteuse de l’espoir du monde entier, celle de l’égalité et de la liberté, s’est maintenant muée dans un sombre cortège de jeunes gens au poing levé, et de vieux vétérans ayant sorti de leurs placards leurs uniformes pour claudiquer le long des rues des îles qui me composent.

Dans une ruelle, deux Marsouins Rouges collent à la hâte une affiche de l’Internationale Ouvrière. Ils s’enfuient en courant quand une voisine Tiléenne à l’étage leur hurle dessus de partir — c’est une vieille dame qui ne veut pas voir les sarissophores rôder dans son quartier.
Dans une fabrique, un patron grassouillet retire son haut-de-forme alors qu’il parcoure le plateau de son usine — il est ému par les destructions, les machines cassées, les murs couverts de graffitis, les cendres de ses tableaux qui ont été mis à l’incendie lors du Grand Soir fantasmé de l’hiver dernier. Mais, au fond de son cœur, il est aussi ému par les quelques noms peints le long d’une fresque représentant une dame blanche évoquant Shallya — deux des jeunes filles tuées par la Maréchaussée travaillaient dans son quartier, et une partie de lui a gros sur la conscience.
Au premier étage d’une boulangerie, un ex-taulard montre à sa femme un collier d’or qu’il a pillée sur la tombe violée d’un ancien Nain de Marienburg — il se vante avec joie, un sourire d’une oreille à l’autre, du pognon qu’il va se faire en refourguant le collier à un prêteur sur gages, tandis que sa compagne est inquiète et prie Sigmar qu’il ne se fasse pas choper. Les deux sont au chômage depuis maintenant des mois et ne touchent plus un rond pour survivre. Ils ignorent que le collier est le cadeau qu’une mère avait fait à son fils mort sur un chantier pour assécher le Suiddock il y a huit cents ans.
Dans une chapelle perdue du Kruiersmuur, une prêtresse de Shallya invective une foule de fidèles. Le doigt levé, la vieille dame en robe blanche sermonne, contre la haine, la rancœur, la méfiance — elle ordonne violemment la nécessité de l’amour et du pardon. Elle lit tous les jours le journal, angoissée — elle sait que son fils est volontaire dans l’armée de la duchesse de Tahme, Galopee von Trott, et tremble de savoir de quels odieux crime le bambin qui jouait avec des petits soldats quand il avait huit ans se rend aujourd’hui coupable.

Silencieusement, des ouvriers ont remplacé leur brassard rouge par un brassard noir. Ils portent le long du Suiddock un tout petit cercueil, au-dessus de leurs têtes. Des policiers les regardent faire ; par un respect venu dont-ne-sait-où, l’un d’entre eux retire son képi, ce qui provoque des haussements de sourcils de la part de ses collègues. Les ouvriers s’arrêtent sur les bords du Reik. Ils lèvent le poing. Ils chantent. On descend le cercueil à la mer, avec des cordages, et on le leste pour le couler, tout au fond de moi, le plus profondément possible, aller le faire dormir au cœur du Delta qui a servi de refuge aux Jutones il y a deux mille années.

Le Nain Fafnir Barazul restera à jamais une énigme. Mais on aura beau mentir sur lui, le diffamer, l’invectiver, le traîner dans la boue… Je protégerai ses os, et il fait à présent partie de moi. Pour l’éternité.



« Ce n'est jamais dans l'anarchie que les tyrans naissent, vous ne les voyez s'élever qu'à l'ombre des lois ou s'autoriser d'elles. »

— Marquis de Sade




ACTE II.



Wellentag 8. Pflugzeit 1980.
Marienburg.




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Il n’y a enfin plus de neige. Avec l’équinoxe de printemps, il semblerait que le froid glacial qui a emporté l’année 1979 soit enfin révolu. Mais le temps n’est pas plus clément pour autant. Il pleut. Il pleut toute la journée. Du matin au soir il pleut. Les rues qui ne sont pas pavées sont dégoulinantes de boue. Les canaux se remplissent. L’épaisse fonte des glaces provoque des crues — cela panique les habitants, mais on les assure qu’une société d’ingénieurs d’origine Tiléenne, « Maldini Solutions », garde bien solidement et utilement les pompes ancestrales des Nains pour prévenir toutes destructions avec la montée des eaux. Les habitants y croient-ils ? L’angoisse ne les quitte jamais vraiment, surtout lorsque, en jetant leur regard vers le fleuve, ils voient le débit du Reik accélérer. Les bateliers, ceux qui ont reprit le travail (Il y en a de plus en plus…) doivent donner tout ce qu’ils ont pour manœuvre sans s’accidenter le long des berges et des quais de la cité portuaire.

Le parlement va rouvrir. Apeuré, énervé, en colère. Tant de choses ont eu lieu. Tant de révélations, d’horreurs. Un résultat aux élections sans parti clair. Un pogrom contre les Nains. Des meurtres politiques. Une quasi-guerre civile évitée de justesse. Et puis, soudainement, en à peine quelques jours, l’arrestation du stathouder, le duc de Hollum, l’immense Lodewijk van Buik — aujourd’hui enfermé dans l’asile, tandis que la presse imprime des preuves accablantes prouvant que celui qui aurait dû diriger le pays a vendu des arquebuses à répétition à la mafia Valantina. A-t-il provoqué tout seul la meurtrière guerre des gangs, ou a-t-il seulement fait un profit dessus ? Pour le quidam, c’est la même chose, la même trahison insupportable.

Les gens ont besoin d’ordre, de morale, de la fin de la chienlit et du chaos. Alors, ils l’ont obtenu…



La Mariusplein est noire de monde. Mais il n’y a plus véritablement de conflit possible. La Phalange a triomphé. Au lieu d’avoir des opinions diverses, on ne voit plus sur la grande-place que des drapeaux estampillés de sarisses, et on n’entend plus qu’un seul cri répétitif : « LEIDER, LEIDER, LEIDER, LEIDER ! » — évidemment, de grands militaires musclés et couverts de médailles, et de jeunes loups à moustaches et portant des chemises bleues moulantes sont des visages attendus dans cette masse hurlante. Mais il n’y a pas qu’eux. Il suffit de jeter un œil dans la foule pour s’en convaincre : une femme enceinte, un vieux papy, une petite fille font tous le même salut Jutone, dressés sur des parapets ou des échafaudages de bâtiments en rénovation, pour essayer de se faire voir du nouveau chef du pays. C’est un plébiscite. Marienburg, au moins en apparence, au moins dans la « foule » (Qui n’est pas le « peuple »), veut son Leider.

Les députés et sénateurs se retrouvent dans l’Atrium. Ils redécouvrent les tableaux et les statues. Il n’y a pas eu de dégradations ou de destructions, hormis une, parlante : Le Grand Théogoniste Ottokar, le chef du culte de Sigmar qui, au VIe siècle, a demandé à l’Empereur Sigismond de réunir les Jutones à l’Empire et béni l’expédition militaire qui a créé le Westerland, n’a plus de tête. Sa statue de marbre blanc a été décapitée net, et s’il garde encore ses attributs de Théogoniste, son fléau d’arme et ses insignes gravés dans la pierre, il a été mis à mort par une scie et un burin. Un symbole. Arnolf Guderian, important prêtre Orthodoxe, tire la tronche ; il fait le signe de la comète devant la statue, suivi par quelques Sigmarites très discrets. Il est difficile de ne pas lier le Grand Théogoniste du passé, ayant conquis le Westerland, avec le Grand Théogoniste d’aujourd’hui, qui a refusé le sacre à Magritta, provoqué la guerre civile, et aujourd’hui, le Reikland est en train de gagner la guerre… Henk Huizinga, nouveau syndic de Véréna pour Marienburg, dirige la messe traditionnelle qui ouvre la législature. Beaucoup de socialistes et tous les anarchistes boycottent et quittent l’Atrium en voyant ce jeune Phalangiste violent et terrible lever les mains au ciel et répéter en reikspiel les formules traditionnelles.

Les députés prennent place. À droite, s’ils soutiennent le gouvernement. À gauche, s’ils le refusent. Dans les bancs du milieu, s’ils sont neutres. La chambre du Burgerhof est très différente de l’Atrium en hémicycle où jusqu’ici députés et sénateurs étaient mélangés ; les deux chambres sont à nouveau séparées. Il s’agit maintenant pour les députés de pénétrer dans une salle bien plus petite, sans tableaux, sans insignes de luxe, sans orfèvreries ; une table au milieu, des bancs serrés, une ambiance d’arène, ou même de fosse dans un concert. En haut, tout autour, des spectateurs : des journalistes, des gens de la société civile, et beaucoup, beaucoup de Chemises Bleues. Des centaines de Chemises Bleues. Il y en a partout. Les miliciens du parti d’extrême-droite sont arrivés en force. Ils font comme s’ils prenaient en otage la chambre.

Reynier Fagel, ex-Seigneur devenu membre de l’USD, reprend sa place habituelle de président du Burgerhof. Il a l’air fatigué, il a d’énormes cernes autour des yeux. Il serre la main à Siemen Bruxau, devenu en quelques sortes grand organisateur du parti, et celle d’Ingrid Pien, qui lui offre un sourire bien réconfortant. Le président de la chambre prend place à sa tribune, et c’est alors que les directeurs entrent.

Le colonel de Baen est ici. Il a repris son uniforme de colonel-général de l’armée. Il est beau. Il ressemble à un lion. Une énergie qui l’avait quittée à la mort de son enfant, il y a des années de cela, semble l’habiter à nouveau. Il salue de la tête Fagel, avant de prendre sa place à droite de la chaise du directeur-président. Lukas Horenbout, grand homme de gauche, porte un costume noir fort simple et propre, et il prend place à gauche. Le reste du gouvernement prend des chaises à côté et en bas, avec autour d’eux leurs papiers et leurs nécessaires d’écritures.

Et puis, elle arrive. Et alors, il y a des murmures, des râles, ou des silences. Helena van Volendam est ici. Elle monte à la tribune. Elle ne porte pas son uniforme militaire habituel, mais un élégant costume noir à cravate, un costume d’homme, qui lui donne un air de dandy, surtout avec ses cheveux roux courts noués dans une tresse derrière la tête, à la manière des chevaliers Bretonnis élégants d’Oisillon. Elle salue Reynier Fagel avec un fort mouvement de menton, puis prend place au milieu. Le président de la chambre ordonne :

« De l’ordre, de l’ordre !
Madame la directrice-présidente, Helena van Volendam, va tenir un discours de politique générale. Il est rappelé à cette honorable chambre que les discours de politique générale se tiennent dans le calme, sans interruption autorisée.
Madame la présidente, la parole est à vous. »


Helena se lève. Elle regarde ses notes, les poings sur la table. Puis, avec théâtralité, elle prend une grande inspiration. Son ton est dur, acéré, et plein d’ironie.

« Honorables. »

Elle marque une pause. Elle donne du bruit au silence.

« J'accomplis aujourd'hui dans cette salle un acte de déférence formelle envers vous, pour lequel je n'attends aucune gratitude particulière.

Pendant de nombreuses années, de trop nombreuses années, les crises au sein des gouvernements ont été résolues par le biais de manœuvres plus ou moins tortueuses et sournoises : des arrangements de couloirs, des accords de petits intérêts, de constants et contre productifs retournement de vestes. Las, alors que même les élections récentes, survenues dans un contexte d’anarchie, n’ont pu mettre au pouvoir une majorité stable, le peuple Westerlander, pour la première fois de notre histoire récente, a poussé par son action un Stathouder à la démission, et formé pour lui-même un régime entièrement nouveau, sans passer par les censures et louvoiements parlementaires.

Je soutiens que cette Révolution a ses droits ; et j'ajouterai, par souci d’honnêteté, que je suis ici pour défendre et confirmer cette Révolution Nationale, en l'inscrivant intrinsèquement dans l'histoire de la Patrie comme une nécessité pour sa sauvegarde et son développement ! »


Les Chemises Bleues dans les tribunes des spectateurs trouvent qu’il y a beaucoup trop de mots. Mais leurs chefs se mettent à hurler de joie. Alors, il y a des applaudissements, des cris, et une liesse immense qui résonne partout dans la chambre.
Les députés, tant ceux de l’opposition, que ceux soutenant modérément le gouvernement, regardent silencieusement, inquiets…

« Du fond du cœur, je remercie tous ceux qui ont permis ce sursaut salvateur, parlementaires comme civils. Je remercie mes Quinquevirs et mes chemises bleues, sans qui nos rêves d’un monde nouveau seraient à jamais restés couchés sur le papier ; je remercie les directeurs du gouvernement m’ayant précédé, les députés et sénateurs du Bloc Loyaliste, de l’USD, des Progressistes, dont la réponse unie a menée à ma nomination ; et je ne peux m'empêcher de me souvenir avec plaisir de l'attitude des classes ouvrières et des jeunesses socialistes, qui ont indirectement encouragé et renforcées la phalange par leur solidarité, active ou passive. Je pense également exprimer les sentiments d'une grande partie de cette assemblée, et certainement de la majorité de la race endalo-jutone, en rendant un hommage chaleureux à notre souveraine qui, en acceptant d’être bien servie par ceux qui ont constamment défendu tant la nation que sa légitimité, a permis au courant phalangiste, frais et ardent, né en réponse aux maux de notre époque, de se déverser dans les artères usées de l'État parlementaire.

Avant notre arrivée ici, on nous a demandé de toutes parts un programme. Ce ne sont malheureusement pas les programmes qui manquent au Westerland - les législatives récentes l’ont prouvée -, mais les hommes ayant la volonté de les mettre en œuvre. Tous les problèmes du siècle ont depuis longtemps été résolus en théorie, mais la volonté de mettre ces solutions en pratique a fait défaut. Le gouvernement actuel incarne cette volonté ferme et décisive ! »


Helena van Volendam prend une autre page de son discours. Quelques mots la guident. Elle aborde la situation militaire en relevant le torse.

« La guerre sur le Rijk, dont dépend la survie même de la Nation, est notre priorité absolue. Ce conflit juste, au lieu de réunir le peuple dans l’effort commun, n’a provoqué que divisions et troubles - par l’action d’acteurs incapables de définir des objectifs clairs, et d’un ennemi ankorite insidieux, qui n’a cessé de profiter de nos divisions par des appels à la paix factices et des menaces indignes. Je réaffirme donc ici les raisons qui pousseront ce gouvernement à persévérer, et qui constitueront nos intransigeantes conditions pour pouvoir clamer victoire sur le front.

Nous voulons que Magritta van Buik puisse régner sur l’Empire en son bon droit, tiré de son élection à l’unanimité. Nous voulons que le Westerland, plus jamais, ne soit soumis à la disette ou au blocus par des puissances étrangères. Nous ne considérerons donc le Westerland victorieux que lorsque Sa Majesté pourra régner sur Altdorf, dans l’optique d’ensuite la faire couronner à Nuln - et que la vallée du Rijk constituera un territoire pleinement annexé à notre espace vital. 

Pour accomplir ces objectifs, il est évident qu’une armée forcée au combat, et des combattants engagés sans volonté de servir, ne sauraient convenir. Les grèves récemment advenues sur le front, qui auraient conduit à une défaite certaine si ce n’était pour la victoire phalangiste à Holthusen et mon emploi de l'article 16, sont symptomatiques d’un mal profond. Si des punitions s’imposeront, les coupables ne sont pas à trouver chez d’honnêtes pères de famille poussés à la trahison par des manipulations, mais chez les agents théogonistialistes et pacifistes qui ont été l’écho de l’abjecte propagande adverse. Nous ne les laisserons pas répandre leur poison plus longtemps. La survie de la nation nécessite un effort commun à laquelle tous devront se joindre, et qui la rassemblera dans la lutte contre l’ennemi véritable : l’Ankorite. Contre ces faux sigmarites qui se disent pouvoir décider en son nom de l’héritier de l’Unificateur, et financent des anarchistes dans nos villes. 

Nous allons mener une intense campagne de recrutement et de réarmement, pour remettre sur pied une armée de mercenaires et de soldats professionnels, motivés, aux soldes rehaussées, aux officiers issus de nos universités, et dont les méritants soldats seront récompensés par des terres dans les territoires conquis le long du Rijk. Nous allons peu à peu réformer la Milice Provinciale pour, à mesure que l’évolution du conflit le permettra, en faire une véritable Milice Volontaire pour la Sécurité Nationale qui ne souffrira plus jamais de mutineries - non pas remplie par la conscription, mais par de véritables soldats semi-réservistes à la loyauté incontestable. 

Nous allons gagner cette guerre, et nous allons le faire inspiré par la sagesse du Colonel De Baen, et de son neveu, l'héroïque duc de Gamay ! »


Comment ne pas gagner en parlant du colonel de Baen ? Le héros de la République, celui qui a sauvé la démocratie en 51, est aujourd’hui à la droite du Leider. Avec son uniforme impeccable, le vieux lion se contente de grogner et de lever sa tête à la manière d’un bouledogue.

Alors, Helena change de page, et aborde la situation diplomatique.

« Dans ce combat, notre pays n’est pas dépourvu d’alliés. 

À la consternation des cyniques qui espéraient voir notre entrée en fonction marquée par le rejet, nombreux sont les souverains du Vieux Monde à avoir renouvelé nos amitiés, et célébrer l’ascension d’un gouvernement enfin apte à lutter contre von Holswig et ses sbires cosaques et ungols. Nous comptons leur rendre cet enthousiasme, et laver les affronts trop nombreux subis par notre patrie à l’internationale. 

La doctrine de neutralité qui en est coupable, laquelle n’a pû ni assurer notre prospérité, ni nous préserver face à un conflit d’une telle ampleur, doit être abandonnée. Nous avons l'intention de suivre une politique qui sera digne et en même temps compatible avec nos intérêts nationaux. Nous ne pouvons pas nous permettre le luxe d'une politique d'altruisme insensé ou d'une capitulation totale devant les désirs des autres. Ma formule est simple : « Rien pour rien ». Ceux qui souhaitent obtenir de notre part des preuves concrètes d'amitié doivent nous donner la même chose en retour. Nous ne tournerons pas le dos à nos partenaires existants, et nous continuerons à commercer et échanger  avec toutes les nations y trouvant un arrangement mutuel, qu’elles se trouvent sur les rives de la mer de griffe ou des mers du sud - d’autant plus celles qui, comme Olricstaad ou Miragliano, sont prêtes à soutenir activement nos légitimes revendications. Mais il est évident que l’ordre de l’ancien monde arrive à son terme, et que notre diplomatie doit maintenant s’axer autour de cet impératif vital : la victoire sur le Rijk, à tout prix et par tous les moyens ! 

Dans les prochaines semaines, une attention toute particulière sera portée à nos compatriotes, Jutones comme Endales, dont nous souhaitons établir avec les nations-soeurs des liens solides et apaisés. 
Le Nordland, dont les troupes viendront bientôt nous soutenir dans l’effort de guerre, est un vieil allié du Westerland. Que Jutonesryk et Was Jutone soient enfin réunis au sein d’une même nation est un souhait porté par tous les fils de Marius, et que je compte rendre réalité : l’accord déjà conclu au sein de cette assemblée avec le Grand-Baron Gausser-Ostrein n’est qu’un prélude à de plus grands projets, et nous entendons renforcer avec lui la coopération permise par nos traités et par la Hanse Impériale. 
Mais s’il est capital que notre main reste tendue par delà la Lei, il est aussi bon de la voir s’ouvrir au-delà des montagnes grises. La période récente a été marquée par des tensions vives avec notre voisin bretonnien, lesquelles ne peuvent être laissées proliférer si nous entendons permettre un avenir serein. Face à la guerre qui nous oppose aux usurpateurs, et en raison des liens de sang unissant les descendants de Marbad, l’intérêt national nous dicte de tourner la page, et de permettre un apaisement franc avec le royaume de Bretonnie. La rencontre diplomatique qui aura bientôt lieu avec le Duc Gahériet, sera l’occasion de concrétiser une entente nouvelle, et un partenariat souhaitable entre nos deux pays, qui ont tous deux plus à gagner amis qu’adversaires. 

Le temps des disputes est passé. Les enfants des tribus d’antan doivent se soutenir s’ils souhaitent survivre à cette terrible décennie. Tout sera fait pour que l’Union du Westerland puisse adopter la forme qui lui a toujours été destinée : celle de Provinces Unies des Jutones, des Endales, des Breto-Endales et des Thuringiens. »


Guderian tord ses lèvres. Il semble triste.

Helena change de page, et aborde à présent la situation économique.

« Bien entendu, une nation ne peut briller à l'extérieur de ses frontières que si elle est apaisée à l'intérieur des siennes - et ne peut espérer vaincre qu’avec des bases économiques solides, capables de supporter une guerre prolongée. Les conflits sociaux récents, s’ils trouvent leurs sources dans des complaintes légitimes, ont fait un mal incommensurable à notre nation, en alimentant ses divisions dans une période où doit prévaloir l’unité. Fort heureusement, l’union sacrée s’est re-forgée au cours des derniers jours, par un traité commun entre toutes les grandes forces politiques : des Accords Corporatistes, que nous présenterons prochainement au Staatsraad, et qui permettront enfin de mettre fin à cet hiver sanglant. Enfin nos braves pourront-ils bénéficier de congés, d’horaires raisonnables, de retraite et d’assurance ! Ce gouvernement ne compte pas faire simplement appliquer le sixième accord de sortie de grève des quinze dernières années, qui ne ferait que poser un pansement à un système branlant et à bout de souffle. Non ! Ces Accords seront les fondations d’un système totalement nouveau, national-syndicaliste, capable d’unir autour d’une vision commune du travail employeurs comme salariés, lesquels doivent nécessairement aller main dans la main.

Celui qui parle de travail parle de la bourgeoisie productive et des classes ouvrières dans les villes et dans les champs. Il ne s'agit pas de privilèges pour les uns ou pour les autres, mais de la protection de tous les intérêts qui sont conformes à ceux de la production et à ceux de la Nation. Le prolétariat qui travaille, et dont le bien-être nous préoccupe, non par faiblesse démagogique, n'a rien à craindre, rien à perdre et tout à gagner d'une politique financière qui préserve l'équilibre de l'État et empêche la faillite, qui aurait des effets désastreux, surtout parmi les classes les plus modestes. Ceux qui nous traitent de sbires du capital pour avoir rouvert la bourse, sont les mêmes qui oublient sciemment que par sa fermeture, elle condamnait des milliers de foyers à ne pas pouvoir toucher d’allocations - et que la grève qui paralyse le pays depuis des semaines, fait avant tout souffrir un prolétariat aux abois, lequel ne peut ni recevoir salaires, ni payer loyers. 

La phalange n’a jamais été l’ennemi du prolétariat. Elle a parfois été l’ennemi du socialisme, oui. Et encore, seulement en réaction, puisqu’elle ne s’est imposée comme tel que lorsque le socialisme s’est érigé en ennemi du Westerland. Nous nous sommes toujours montrés prêts à accueillir les forces de gauche, pour peu qu’elles se montrent raisonnables et patriotes : notre coalition et notre gouvernement comprennent nombre d’individus qui, il y a encore quelques semaines ou quelques mois, faisaient campagnes pour les Collectivistes ou le Front Populaire, quand ils n’en étaient pas la tête de liste. »


Lukas Horenbout lève les yeux à la Leider à côté de lui. Il a un sourcil arqué. Il semble en colère. Mais Helena se contente de ricaner fort, un rire qui porte dans un écho le long de la salle :

« Allons allons. Quand je parle de la gauche, j’y inclus aussi nos chers Horenboutistes, car jamais auparavant il n'y a eu d'échange de correspondance aussi touchante qu'il y en a actuellement entre le vice Directeur-Président et le Front Populaire. Entre l'honorable Horenbout et la gauche, il n'y a que la rancune éphémère d'amants qui se sont disputés, et non les dégâts irréparables de véritables ennemis. »

Les Chemises Bleues sont hilares. Contre leur gré, quelques Collectivistes rient aussi. Horenbout, lui, ne sourit même pas à la blague. Il se contente de regarder droit devant lui, et de ne pas montrer sur son visage la moindre réaction.

« De manière similaire, la Phalange n’est pas l’ennemi des syndicats ou des guildes. Au contraire, nous reconnaissons que grâce à elles, des forces techniques en contact direct et quotidien avec la réalité économique peuvent faire entendre leur parole, et nous souhaitons étendre leur rôle comme assemblée d'union, d'opinions et de travail. Le problème qui touche les syndicats ne provient pas d’eux : mais de leur monopole par une force politique, à qu’il a trop souvent suffit de claquer du doigt pour les obliger tous à l’arrêt, les transformer en milices et en corps contre l’Etat, y compris donc quand de telles actions mettaient en danger la survie nationale, et par elle la survie des syndicats eux-mêmes. 

La liberté d’association qui sera désormais la règle ne doit pas être considérée comme une restriction, mais comme une libération - car s’il existe entre les socialistes et le Bloc de Sureté National l'inimitié d’anciens amants, il y a entre les socialistes et les guildes la violence d’un couple abusif. Comment désigner autrement l’action d’un partenaire qui, devant un conjoint souhaitant lui échapper, vient l'assaillir par la force pour l’obliger à rester ? L’action même engagée par le parti Manoeuvre à l’égard de la Fraternité des Pilotes et des Marins, qui comme la Guilde des Verriers avant elle, ne souhaitait que pouvoir choisir en conscience son affiliation - ou à plus petite échelle, par des Marsouins payés à fracasser les ouvriers désirant retourner à l’emploi. Demain, chaque travailleur du Westerland sera libre de choisir ceux qu’il estime au mieux le représenter - et chaque guilde sera libre, sans influence maligne, de poursuivre ses activités par sa propre gouvernance ; comme on l’appelle déjà de vive voix à Texel ou Leydenhoven, où ne tarderont pas, j’en suis sûr, à naître guildes et syndicats shalléens ! »


Helena tend la main à sa droite, vers les députés Eugénie Lombrac et Erik Cantina. Puis, vers la gauche, en direction d’Ingrid Pien et Siemen Bruxau. Visiblement, elle a décidé de courtiser les modérés conservateurs et religieux…

Elle change de page, et de ton, tout en achevant sa vision.

« Tout cela sous la supervision d’un État généreux, qui, tout en bénissant les revendications du monde ouvrier et en œuvrant pour le bien-être du prolétariat, n’aura plus jamais à risquer la destruction par le caprice d’une faction unique. Une perspective heureuse, partagée par l’ensemble de l’arc parlementaire, y compris par le parti Manoeuvre ! Il est bon de voir les socialistes prêts à reconnaître leurs erreurs passées pour que tous puissent avancer ensemble, comme le national-syndicalisme l’a toujours recherché. »

Des Manœuvres acceptent par des hochements de tête. D’autres n’en peuvent plus : Ils huent, lèvent la main, lancent des accusations. Reynier Fagel est obligé de taper de son marteau et de crier « DE L’ORDRE ! DE L’ORDRE ! », pour que le calme revienne. Le Leider les ignores, et continue encore plus férocement :

« Cette vision corporatiste sera la base de notre politique de redressement économique, mais n’en constituera pas l’unique chantier.

Le Westerland est dans une situation de déficit sévère, contre laquelle nous luttons déjà : en plus des Accords Corporatistes, qui auront le double avantage de remplir notre budget et de libérer du salaire réel, les trois premiers projets de cette législature suffiront, une fois entièrement appliqués, à résorber le déficit de l’heure. D’autres mesures devront être prises selon la nécessité, mais ce gouvernement sera prêt à faire son devoir pour éviter une crise de la dette. 

L’inflation record qui fait souffrir tant de ménages sera régulée au plus vite - si l’urgence sociale nous impose dans l’immédiat de bloquer les prix de certaines denrées, nous entendons rapidement obtenir de la Banque de Marienburg la réévaluation du guilder, et doter le Westerland d’une monnaie forte. 

La production est un autre défi auquel nous comptons rapidement répondre. Les grèves successives ont paralysés toute notre industrie, dont l’intense mobilisation sera pourtant nécessaire si nous entendons mettre sur pied et équiper une armée digne de défendre notre espace vital. Avec leur fin, nous entendons relancer la machine industrielle de ce pays, et faire d’une pierre deux coups face à la double problématique de la guerre et d’un PIB qui peine à décoller. Notre nation abrite des esprits géniaux, capables d’inventer des technologies prodigieuses, tout comme il a des armateurs et des industriels prêts à les fabriquer. Nous allons développer un véritable complexe militaro-industriel, et faire entrer le Westerland en économie de guerre - mais nous allons le faire de manière à permettre l’entière participation des industries de ce pays, et non pas en laissant la logistique de nos troupes à quelques sociétés opaques et cachées du grand public. S’ils ont peiné à s’instaurer sous les mandats de mes prédécesseurs, il est de l’avis de ce gouvernement que de grands projets de relance sont également bons pour l’économie, et que l'État paternaliste ne doit pas avoir peur de mettre la main à la pâte pour fournir lui-même des opportunités d’emplois. Nous financerons un grand programme de travaux publics qui luttera contre le chômage, et permettra la rénovation de nos infrastructures vieillissantes et de nos logements manquants. 

Enfin, concernant le volet économique, nous n’ignorons évidemment pas d’où notre nation tire avant tout son existence : sa terre, et ses eaux. 

Les campagnes, touchées par la crise climatique et la crise structurelle, doivent être pacifiées. Nous comptons entreprendre un immense projet de restructuration pour une agriculture d'avenir, encourager le retour d’un grand nombre de paysans à la terre, et permettre une transition de notre production agricole pour la rendre plus compétitive sur les marchés internationaux, et permettre à ceux en vivant de profiter par leur labeur d’un niveau de vie plus élevé. Nous n'oublions pas la ruralité : l'État se montrera généreux, dans la mesure du possible, tout comme il l’a été avec les  urbains. 

Il en est de même pour le Grand-Océan. Le Westerland, béni par Manann, ne peut se réaliser pleinement que par l’entreprise coloniale, que nous entendons soutenir et encourager, rejoints dans cette tâche par tous les hommes de commerces et entreprises privées qui souhaiteraient suivre notre inspiration. La lutte contre la piraterie et la sécurité de nos colonies seront assurées : nous ferons le nécessaire afin que les routes maritimes et les comptoirs soient à nouveau protégés comme il se doit, tâche pour laquelle nous accordons toute notre confiance aux gouverneurs récemment nommés. » 


Les bancs d’extrême-gauche murmurent entre eux. Ils piaillent. C’est donc avoué et déclaré haut et fort. Ils ont beau avoir Horenbout au gouvernement, ils ont beau avoir une femme noire et un homme cathayen dans les bancs des directeurs, la colonisation continuera, sans aucune limite.

Helena prend une autre page, et aborde maintenant l’ordre public.

« Ce climat de crise sociale et d’impunité devant la loi n’a plus lieu d’être. Pour que la nation puisse se rebâtir, l’harmonie doit être rétablie, et avec elle, l’ordre. Ce gouvernement a déjà fait la preuve de son efficacité en la matière, en permettant la reprise des mairies occupées, et en obtenant des socialistes la fin des occupations d’usine. Dans l’optique d’assurer la réconciliation nationale, nous sommes prêts à nous montrer cléments avec tous ceux qui feront preuve, comme eux, de bonne volonté, soutiendront le retour à l’ordre, et l’effort national dans la lutte contre l’ennemi Ankorite. Mais si des jusqu’au-boutistes refusent la paix sociale et persévèrent dans des actes illégaux, qu’ils ne s’attendent à aucun pardon et aucune pitié. L'État n'a pas l'intention d'abdiquer pour qui que ce soit, et quiconque s'oppose à l'État doit être puni. »

À nouveau, des bancs de gauche crient et se plaignent. Cela fuse d’accusations. Joost Francken se met debout, et crie : « Leydenhoven ! ». Mais Helena vocifère :

« Il est fort, et prouvera sa puissance de manière égale contre tous, même contre l'illégalisme phalangisme, car il s'agirait désormais d'un illégalisme irresponsable qui n'aurait plus aucune justification. Il ne faut pas oublier qu'à côté de la minorité qui représente la politique militante proprement dite, il y a un million-cinq cent mille excellents westerlander qui souhaitent travailler, qui par leur splendide natalité perpétuent notre race, et qui demandent et ont le droit d'obtenir d'être libérés de l'état de désordre chronique qui est le prélude certain de la ruine générale ! »

Les bancs de droite applaudissent en soutien. Le Leider sourit, en continuant :

« L'Etat phalangiste formera une police parfaitement organisée et unie, d'une grande mobilité et d'un haut niveau moral, sur le modèle appliqué récemment à Marienburg et en Grande-Endalie, que nous comptons étendre à l’ensemble de la nation. Face à la menace du SLAG et du crime organisé, les milices, brigades provinciales et unités de police locales n’ont plus de raison d’être : nos forces de l’ordre doivent bénéficier d’un organigramme clair et unifié, qui donnera toute latitude au régime pour écraser les ennemis de l’intérieur.  Les préfets seront, plus que jamais, les agents de l’autorité étatique. Leurs pouvoirs seront renforcés, de manière à leur permettre, de manière décentralisée, de faire respecter la loi dans l’ensemble de l’Union. 

Le laxisme complice appliqué par mon prédécesseur à la charge de Stathouder n’est en rien semblable à ma manière de faire. Oubliez le temps des amnisties constantes, des libérations d’anarchistes et du don d'armes à des gangs criminels. Si les Huyderman et les Valantina souhaitent une guerre, ils l’auront : ce gouvernement s'attellera à mettre en place une justice véritablement punitive, et nous comptons bien débarrasser la nation des parasites criminels qui ont osé la saigner. Le nombre de lieux de détentions sera grandement accru - de même que nous allons significativement réduire la quantité d’armes en circulation. Le calme reviendra au Westerland, coûte que coûte. »


Applaudissements sincères, sur tous les bancs de droite, fort, répété.

Helena savoure un peu ce plébiscite, avant de toussoter et de prendre une voix étrangement plus calme, et presque douce. Celle d’une mère aimante.

« Pour ce faire, on ne peut néanmoins espérer que la répression seule agisse en solution miracle. S’il est nécessaire de redonner à l’Etat sa puissance et sa capacité d’agir, un travail préalable doit aussi s’imposer pour soigner le corps social. S’il souhaite faire déposer les armes, l'État doit aussi désarmer les esprits.

L’éducation est l’outil par lequel il compte y parvenir. L’école ne doit pas simplement être un lieu d’enseignement des savoirs élémentaires : mais un lieu où est modelé le futur citoyen, lequel doit apprendre à servir sa patrie avec honneur, dans le respect de la nation et du Foyer Divin. L’instruction publique Baenite, héritée du Colonel, est un cadeau précieux qu’il nous faut conserver et chérir. Nous souhaitons désenclaver les territoires du Westerland, et permettre le développement de l’éducation - primaire comme secondaire - dans toutes les provinces. Rien ne doit empêcher d’humbles fils de paysans de devenir des fonctionnaires de l’Etat de demain : que les inégalités ayant trop souvent empêché des esprits talentueux d’atteindre leur plein potentiel soit enfin aplanis, est un engagement que nous prenons envers toute la jeunesse de ce pays. 

Que le plus grand nombre puisse accéder à une éducation supérieure est une chose saine : à condition que cette éducation elle-même le soit. Trop longtemps, l’Etat s’est refusé à surveiller les curriculums et savoirs dispensés dans les grandes écoles, un aveuglement ayant mené à des drames aussi récemment qu’au mois de Brauzeit dernier : je rappelle à la mémoire des honorables ici présents l’exemple de Hans Höch, professeur du Baron Henryk, inculpé pour sédition et meurtre après avoir encouragé au cannibalisme lors des émeutes de Leydenhoven. Si nous regrettons son assassinat, et que son sort aurait dû être laissé entre les mains de la justice d’Etat et non de la vindicte populaire - il est indéniable qu’il y a actuellement un problème avec certains  programmes contraires aux valeurs de la nation. Nous entendons accroître le contrôle sur l’éducation supérieure, afin que ceux profitant de la générosité de l'État ne l’utilisent pas pour propager contre lui des idées nocives - de la même manière que nous avons déjà entrepris de lutter contre les œuvres encourageant la subversion. 

Outre l'éducation de l’esprit, le bien-être physique est une nécessité toute aussi grande. L’Etat se portera d’un puissant soutien à toutes les associations et organisations s'occupant de l'éducation physique de la jeunesse, notamment en vue de l’organisation des futurs Jeux Tylosi : nous voulons un pays au peuple sain et aux foyers nombreux. Tout comme les Accords Corporatistes mettront en place des congés maternités et des départs à la retraite facilités pour les mères, le but de l'État National-Syndicaliste est de promouvoir le foyer maternel, où la mère dirige l'économie domestique. Nous lutterons contre le proxénétisme, et continuerons à soutenir les familles par des incitations économiques diverses. La lutte contre l’alcoolisme et le narcotrafic, déjà entamé sous la précédente législature, redoublera d’effort : la dépendance est un mal ankorite, et un tare dont nous ne pouvons nous permettre qu’il corrompe les endalo-jutones. »


Applaudissements forts à droite, à nouveau.

Mais alors, Helena prend une pause. Elle attrape un verre d’eau qu’un huissier en uniforme lui tend. Elle humidifie sa gorge. Il est l’heure d’aborder la situation civique du pays.

« Modeler l’Homme du Nouveau Millénaire impose des considérations éducatives, sanitaires, mais aussi civiques. Le citoyen est forgé par les institutions qui l’entourent. Et il y a, au Westerland, une crise des institutions : de tout côté, on voit la liberté de conscience attaquée, la légitimité issue du peuple supplantée par un gouvernement de juges, le communautarisme s’imposer face à la nation… Il faut en finir avec ce système déliquescent, et dont les derniers mois ont prouvé qu’il était incapable de résoudre le moindre problème. Nous sommes à l'aube d'un nouveau départ. Afin d'assurer notre sécurité et notre stabilité, l’Union doit être réorganisée, pour une société sûre et sécurisée, capable de préserver ses convictions les plus chères.

Parmi celles-ci, nous comptons au premier plan le respect de nos croyances et des Cieux. Jamais le phalangisme n’a cherché l’opposition avec la Crèche : notre programme au sujet des temples, largement explicité à Klessen puis à la grande cathédrale d’Aarnau, en est une preuve suffisante. Nous ne comptons pas parmi les partis qui, dans les pages de L’Humaniste, se sont vantés de vouloir déposséder les terres des domaines concordataires. Le phalangisme ne pratique ni ne prône l'anticléricalisme, ou ne cherche l’amitié de quelque organisation ayant comme objet le reniement de la foi ; on peut affirmer, par exemple, que le phalangisme n’est en aucune façon lié au libre-marchandisme. Cela ne devrait toutefois pas être source d'inquiétude, car à mon sens, le libre-marchandisme est un immense écran derrière lequel se cachent généralement des choses insignifiantes et des hommes insignifiants… Le Westerland est prêt à protéger tous les cultes et toutes les croyances humaines contre le matérialisme athéiste, pourvu qu’ils se rangent fermement sous le gardiennage de l'État, et il est notre opinion que le Concordat est un édifice laissé inachevé, qui doit être renouvelé : nous comptons, entre autres, y inclure dès que possible les cultes de Karog, Halétha, et Sigmar, comme ordonné par notre deuxième projet de loi. 

Tout comme nos institutions religieuses, notre système juridique doit être repensé. Nos tribunaux et cours sont minés par la corruption, le népotisme, les conflits d’usages et les juridictions invraisemblables - rongés par leurs rivalités internes, quand ils ne débordent pas même sur les responsabilités d’autres corps nationaux. Est-il acceptable que la parole d’une loge de juges au-dessus de tout contrôle puisse à elle seule contredire la volonté populaire, et celle du parlement qui en est issu ? La séparation des pouvoirs tant vantée dans notre pays n’en est pas une, simplement un artifice servant à cacher la prédominance d’un organe sur un autre. Au lieu d’assurer l'État de droit, la justice est devenue un État dans l'État : une situation que nous ne pouvons tolérer, et face à laquelle des réformes s’imposeront. »


Pause. Helena perd son sourire, fait la moue, attend un instant que les émotions passent, que les mots aboyés à gauche ou à droite, les applaudissements ou les complaintes se taisent. Puisque les mots les plus durs et les plus idéologisés attendent de sortir. Ils sortent alors que ses yeux brillent et se posent presque sur un député après l’autre, chacun des presque deux-cents parlementaires qui doivent se rendre complices de ses décisions.

« Notre foi doit être respectée par tous. Notre loi doit être appliquée partout. Mais tout cela restera impossible, tant qu’il existera, au Westerland, une cinquième colonne cherchant à s’affranchir des deux, et qui a prouvé son incompatibilité à vivre avec nous en harmonie... »

Des députés s’avancent sur leurs sièges. Qui va être désigné comme l’ennemi ?

« ... Les derniers mois ont été éprouvants pour tous. Des familles se sont déchirées. Des compatriotes vivant jadis en harmonie en ont été réduits à se considérer comme ennemis mortels. Il n’est pas faux d’affirmer, comme vous en avez tous conscience, que nous sommes passés à peu de chose de la guerre civile - la plus terrible de toutes les guerres, celle qui oppose le frère au frère et le père au fils. 

Pourtant, même dans ses heures les plus sombres, l’humanité a trouvé la force de surmonter ses divisions. Phalangistes et socialistes, pourtant opposés dans une lutte quotidienne, avec des pertes s’élevant dans les centaines, ont sû donner une chance à la paix. Droite et gauche, qui s'invectivaient depuis Klessen et Marienburg, ont pû trouver des terrains d’ententes, et mettre de côté leurs divisions lorsque le moment l’exigeait. Le Colonel De Baen, Lukas Horenbout… des hommes avec qui on nous aurait pensé à jamais adversaires, ont sû prendre la mesure de l’instant, et acceptés de nous rejoindre pour tenter de poser les bases d’une réconciliation nationale. Car, avant toute chose, avant la région dans laquelle nous sommes nés, avant la famille dans laquelle nous avons grandi, avant l’idéologie qui nous anime, nous partageons le même sang, et la même nation. Nous sommes humains, et nous sommes Westerlanders. »


Des mots doux.

Tués par une phrase assassine.

« Deux choses que les Nains ne seront jamais. »

La députée Kharsworn défie Helena du regard. Le député Fogger s’enfonce dans son siège, comme s’il avait été frappé par une balle d’arquebuse. Il a l’air apeuré.

« Nous avons devant nous un peuple qui, ayant prétendu vivre avec nous, ayant prétendu respecter nos usages, a montré à quel point son mensonge était grossier. Voilà un peuple qui ne connaît ni l’entente, ni le pardon, ni la conciliation, et qui a dévoilé à quel point il pensait peu de choses de ceux l’ayant naïvement accueilli. Voilà un peuple qui, pour une demi-douzaine de siens, s’est montré prêt à noyer 200 000 des nôtres. Les nains ont prouvé pourquoi ils ne peuvent pas rester à nos côtés. Les Westerlanders ne doivent pas vivre sous la menace constante de l’extermination à la moindre offense perçue d’une race civicide, incapable de vivre avec notre foi, nos lois et nos coutumes. 

Pour qu’un tel événement ne puisse jamais plus se reproduire, nous allons entreprendre l'œuvre approuvée par la totalité du gouvernement précédent, et entendue par les représentants de la race Dawi. Ce gouvernement procédera à l’affectation des Nains du Westerland hors de notre pays, dans des modalités qui seront présentées à ce parlement à de futures échéances. »


Cela en est trop.

Joost Francken, le plus à gauche de tous les députés, tête de liste anarchiste, lève son poing, et frappe son pupitre. Il se dresse debout la seconde d’après. Et il crie, si fort, qu’il postillonne hors de ses lèvres :

« VIVE L’UNION DES PEUPLES ! VIVENT LES COMMUNAUTÉS ! VIIIIVENT !!!! »

Reynier Fagel est d’accord avec lui ; il frappe timidement de son marteau en lançant un simple : « De l’ordre ! » ; les bancs de gauche applaudissent. Mais aussi des modérés sur les bancs de droite. Même Lukas Horenbout, pourtant juste à côté de Helena, se hasarde à taper dans ses mains. La diatribe de Helena semble soudain perdre en force…

Mais après avoir été décontenancée pendant deux secondes, Helena leva son doigt en l’air, et, pleine de fiel, elle se tourna vers Joost Francken pour immédiatement mettre fin à sa tentative de lutter :

« Et parmi ces communautés, il y a autant d’honnêtes citoyens du Tempelwijk, du Messteeg, du Nipponstad, du Zijdemarkt et du Wijnzak, qui sans notre intervention, auraient été laissés à Manann et noyés ! Nous nous sommes portés au secours de tout Marienburg, et nous continuerons à défendre l’ensemble des Westerlanders ! Mais pour la protéger, l’Union des peuples ne peut être laissée foulée du pied par des menaces de sécessions, et par le meurtre de députés ! »


Les députés de la Phalange se lèvent alors à leur tour, et huent Francken. Les opposants et coalisés modérés baissent leurs mains, et se plient à cet argument. Joost Francken, défait, se rassoit, l’air presque groggy.

Alors, Helena reprend, impitoyable :


« Ce projet d’ensemble, je le mènerai à bien quoi qu’il en coûte, et quels que soient les obstacles. Je ne veux pas, tant qu'il est possible de l'éviter, gouverner contre la volonté du Burgehof ; mais cette chambre doit comprendre la position particulière qu'elle occupe à présent, et l’équilibre nouveau des institutions amené par la Révolution Nationale. Je laisse aux sombres zélateurs du super-parlementarisme le soin de discourir, plus ou moins plaintivement, sur tout cela… »

La menace est claire. Elle pèse dans l’air.

« À ceux qui entendent s’enfermer dans la lamentation, et comparent déjà le titre de Leider à celui de Dictateur, ne vous en privez pas, car je me reconnais pleinement dans l'exercice de ce rôle. Comprenons-nous, je ne suis pas un despote. J'aurais pu porter notre victoire beaucoup plus loin, et je m'y suis refusée. J'ai imposée des limites à mon action, guidée par l’idée que la vraie sagesse est celle qui ne s’abandonne pas après la victoire. Avec 10 000 jeunes gens, armés jusqu'aux dents, prêts à tout et presque mystiquement prompts à obéir à mes ordres, j'aurais pu punir tous ceux qui ont calomnié et jeté de la boue sur le phalangisme. J'aurais pu faire de cette salle grise et lugubre un bivouac pour mes sarisses ; j'aurais pu laisser fermé le Staatsraad et former un gouvernement exclusivement composé de phalangistes ; j'aurais pu, et je ne l'ai pas voulu. Mais je suis bien un dictateur, au sens classique. Tout comme ceux de l’antique Remas, j’ai été dotée de pouvoirs exceptionnels pour tirer la patrie de l'abîme, et parce que je suis prête à en porter le fardeau jusqu’à ce que finisse ma régence. J’assume, et j’assumerai l'entièreté des décisions que m'amèneront à prendre l’exercice du pouvoir, car elles seront toujours guidées par cette céleste mission : protéger l’Union, et protéger son peuple. Grand bien fasse aux pudibonds que ce constat dérange, et qui perdureront dans une opposition aveugle. Gardez vos nuits tranquilles, vos mains propres, vos idées préconçues, les œillères couvrant vos yeux brillants de supériorité morale. Condamnez, et laissez faire. »

Beaucoup des socialistes et progressistes baissent la tête.

« Aux autres, maintenant. À ceux qui ont à cœur, avant toute chose et envers tout, l’harmonie sociale, la victoire du Westerland, le retour à l’ordre, et qui comprennent les sacrifices nécessaires à leur réalisation… je vous offre une paume ouverte, et non un poing fermé. Je n’entends pas exclure la possibilité d'une coopération volontaire, que j’accepterai cordialement, qu'elle émane de députés, de sénateurs ou de simples citoyens compétents. L'exécutif que j’ai nommé en est l’exemple le plus parlant. J'ai formé un gouvernement de coalition, non pas dans l'intention d'obtenir une majorité absolue, dont mes fonctions me permettent de me passer, mais pour rassembler autour de la nation souffrante tous ceux qui, au-delà des questions de parti et de sectarismes idéologiques, veulent la sauver. Je ne peux que remercier à nouveau les hommes et femmes m’ayant rejoint dans cette grande entreprise, et qui ont accepté de partager avec moi les lourdes responsabilités de l'heure. Par leurs affiliations et leurs parcours divers, mais qui convergent en cet instant historique, ils font honneur à l’idéal porté par la Phalange, en incarnant la synthèse des gloires du passé et des aspirations futures ! »

On applaudit Helena si fort que les oreilles en tremblent.

« Les luttes intestines et les conflits stériles cessent aujourd’hui. Prolétaires et bourgeois, roturiers et nobles, fidèles de la foi et anticléricaux... Tous peuvent être rassemblés dans cette Union Nationale que nous incarnons, et qui n’a pour préoccupation première que le devenir du Westerland. Notre gouvernement repose sur une base formidable dans la conscience de la nation et est soutenu par les meilleurs éléments de nos jeunes générations. Il ne fait aucun doute qu'au cours de ces derniers jours, un pas énorme a été fait vers l'unité spirituelle. La patrie s'est retrouvée, et l’humanité avec elle. »

Les Phalangistes frappent sur leurs pupitres d’approbation sauvage.

« Messieurs, mesdames, ne lancez pas à la Nation des paroles inutiles. Travaillons plutôt, avec des cœurs purs et des esprits prêts, à assurer la prospérité et la grandeur de notre maison. Nous avons, chacun d'entre nous, un sens religieux de la difficulté de notre tâche. Le pays nous encourage et attend. Nous ne vous donnerons pas d'autres mots, mais des faits. 

Les dieux bénissent le Nouveau Millénaire. 
Heil Westerland. »


Karl Röhm se dresse debout, et offre un salut Jutone, vite reprit par quantité de monde. Et le même cri d’approbation résonne alors : « LEIDER, LEIDER, LEIDER, LEIDER !!!! »
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