"Chef, nous arrivons."
Azok se tourna vers Malvis.

Derrière Malvis, la silhouette des jumeaux Kurt se détachait du reste de la troupe.


Le Drakal Baldur se tenait devant eux. Cet immense camp qui rassemblait toutes les tribus de la région une fois tous les 5 ans. En l'espace d'une petite semaine, la plaine désertique aux herbes jaunies s'était couverte des tentes et des étendards de chaque clan. Les plus puissants comme les plus modestes chefs de guerre s'y étaient rassemblés, appelés par une tradition qui durait depuis les temps immémoriaux. Comme tous les autres, Azok avait aussi répondu à l'appel et avait amené sa propre troupe vers la mer, là où se tenait le rassemblement. Un non-initié n'aurait vu qu'un immense chaos mais l’œil expert du jeune chef décrypta rapidement cette forêt de tentes de peau et de bois.
Chaque partie du Drakal Baldur était soigneusement délimitée. Des tribus qui étaient en perpétuel conflit tout au long de l'année devait désormais cohabiter durant les deux semaines que durerait l'évènement. Aux limites des groupes de tentes, les fanions et les symboles de chaque tribu flottaient fièrement, défiant quiconque de traverser cette ligne invisible de non-retour qui constituait la plus solide des murailles. Une certaine tension était palpable au travers des allées et venues des guerriers. Chacun jaugeait la force de l'autre avec méfiance, réfléchissant pragmatiquement à ses chances de survie en cas d'explosion d'un conflit. Certaines tribus occupaient un espace de plusieurs centaines de mètres. D'autres se résumaient à quelques tentes contenues dans un cercle des quelques pas.
Parmi les groupement les plus importants, Azok repéra le serpent-dragon des Ouroboros, un clan de guerriers sanguinaires qui rassemblait des centaines de membres. Leur chef, Alorak le noir, était un champion des dieux et s'était employé à se forger une solide réputation en massacrant en combat singulier tout inconscient qui croisait son chemin, qu'il soit roi ou paysan.

Non loin du campement Ouroboros, le camp des Skulz bordait la mer. C'était fondamentalement un clan de marins qui écumaient les mers du monde connu et inconnu à la recherche de ports à piller. D'où il était, Azok pouvait observer les voiles immaculés des navires avec lesquels ils étaient arrivés. Le Turzik, un monstre marin à cornes était leur symbole. Il ornait le bouclier de leur chef, Tur'ag.

La troisième tribu la plus puissante était celle de Kan'nnon'Barzgul; le clan Dirak. Des cinq grands clans qui régnaient sans conteste sur la toundra, c'était sûrement le plus mystérieux. L’œil violet qui leur servait de symbole prouvait leur allégeance au maître architecte Tziintch. Contrairement aux autres chefs, Kan'nnon'Barzgul était un homme réservé et certainement pas un guerrier.

Plus au nord du Drakal Baldur, des hennissements de chevaux annonçaient la présence des Ungh, un peuple de cavaliers. A leur tête, Dai Khan, était un homme perfide et cruel.

Dai Khan était sans doute avec Alorak, le chef le plus virulent et le plus violent. Il emmenait régulièrement ses guerriers dans des razzias meurtrières contre les autres tribus et contre le nord de l'Empire des fils de Sigmar. Parfois même, lorsque les proies venaient à manquer, il attaquait les clans qui lui étaient alliés, simplement parce qu'il le pouvait.
Le cinquième clan, celui des Varlings, n'était manifestement pas encore arrivé. D'après ce que Malvis avait dit à Azok, c'était un clan du sang qui honorait Kharn, dieu de la haine plus que n'importe quelle autre divinité. Du fait de leur proximité géographique, ils entraient régulièrement en conflit avec les Ungh, mais aucun des deux camps n'avait encore réussi à prendre le dessus.
Les cinq fléaux était le nom officieux pour parler de ces cinq clans, et par extension de leur chef, qui fédéraient par le pouvoir et la crainte tous les autres. Si l'on voulait survivre dans les désolations nordiques, il fallait obligatoirement se placer dans les bonnes grâce d'un des fléaux ou s'élever par soi-même et devenir assez puissant pour qu'ils nous laissent tranquille, ce qui n'était jamais complétement garanti. La plupart des petits clans, même celui dont provenait la troupe d'Azok était sous le joug d'un ou plusieurs fléaux.
Le principe était simple, quiconque le voulait devait descendre dans le cœur de l'arène et crier au public assis sur les gradins ses réclamations. Si quelqu'un s'opposait à cette demande, il devait descendre dans l'arène et s'engageait alors un combat à mort entre les deux protagonistes. Le survivant obtenait tout pouvoir quand à l'issu du débat et nul ne pouvait contester son autorité. Pour le commun des mortels, cela se résumait souvent à une simple demande de compensation envers une offense faite.
Mais c'était une tout autre affaire pour les chefs de guerre. En effet, l'immunité relative conférée par le Drakal Baldur H'Ankol en poussait plus d'un à réclamer des terres ou à affirmer sa position de pouvoir. Pour Azok, c'était l'occasion rêvée de se préserver de toutes représailles de la part de son ancien clan. Dans l'absolu, la participation des chefs n'étaient pas obligatoire, mais les clans les plus modestes devaient souvent envoyer leur commandant par soucis de crédibilité. C'était l'apanage des tribus les plus puissantes comme les fléaux que d'envoyer des représentants. La descente d'un des cinq fléaux en personne dans l'arène signifierait sûrement l'ouverture d'une guerre totale à travers toutes les désolations.
Au fil du temps, le Drakal Baldur H'Ankor s'était ainsi progressivement transformé en source d'informations permettant de jauger l'équilibre politique. Les chefs descendaient dans l'arène et annonçaient les actions de leur clan durant les 5 années précédentes et les clans qui s'y opposaient descendaient alors dans l'arène. Bien sûr, cela n'empêchait pas les conflits de continuer tout au long de l'année mais seul un inconscient réclamerait quelque chose qu'il ne peut pas protéger.
Azok devrait sans doute demander de l'aide à Malvis quant à la stratégie à adopter. La nuit commençait à tomber et un peu partout apparaissaient les lueurs vacillantes d'un océan de torches. D'ici deux jours, les festivités commenceraient et il n'y aurait plus de marche arrière possible.


