C'est ainsi que Sarkas, prenant acte de l'acceptation de son père, avait pu partir, l'esprit tranquille. S'il venait à lui arriver malheur, ou si la baronnie avait besoin d'un héritier avant que sa quête de soit finie, son frère pourrait prendre le relais.
Il partit donc avec peu de bagages et avec la recommandation de son père. Arrivant au village construit aux abords du château, il chercha un groupe ou une caravane en partance pour la Gasconnie. N'en trouvant malheureusement pas, il dû se résoudre à parcourir les chemins seul.
La route lui fit du bien. Restant sur les chemins, il n'avait que rarement de soucis, son maigre paquetage n’intéressant que peu les brigands, d'autant que la vue de l'épée lui battant le dos éloignait les plus avides d'entre eux. Passant de villages en villages, il prenait du temps pour observer le pays, ayant jusque là très peu voyagé. Trouvant généralement le gîte et le couvert, en l'échange de services, ou à défaut, de quelques pièces, il parcourait la Bretonnie.
C'est lors de ce trajet qu'il croisa le groupe de Daven. L'homme, un grand brun, dont la peau était tannée par le soleil, l'avait d'abord regardé d'un oeil méfiant lorsque Sarkas était arrivé à proximité du camp de la troupe, peu avant que la nuit soit trop noire pour continuer. Arrivant à se faire accepter pour la soirée, le jeune noble appris l'histoire de ces hommes, qui, ayant tout perdus, s'étaient tournés vers la vengeance plutôt que de s'enfermer dans le chagrin.
Le hasard fût heureux pour le jeune homme, car ce groupe allait dans la direction de la Gasconnie, et ils partirent donc de concert le lendemain. Les jours suivants, passés avec les miliciens, furent une seconde bouffée d'oxygène pour l'apprenti chevalier. Voyageant avec des gens, certes de basse naissance, mais néanmoins de bien meilleure compagnie que bien des nobles, il avança d'un pas plus léger que lorsqu'il était solitaire. De plus, si la première soirée avait été celle de la méfiance vis à vis de l'inconnu, et donc relativement tendue, les suivantes furent dédiées à la fête, et Sarkas profita du plaisir simple de s'assoir au coin du feu, d'écouter les histoires, de voir ces hommes qui profitaient de la vie malgré ses mauvais tours, et de chanter avec eux lorsqu'il connaissait les chansons, tentant d'apprendre celles qu'il n'avait jamais entendu auparavant.
*Je me demande si c'est à cela que ressemblera la vie de chevalier errant, lorsque je pourrais partir sur les chemins librement. Bien sûr, je ne serais plus simplement à battre la campagne pour me déplacer d'un endroit à l'autre, et devrais sûrement bien plus me défendre que maintenant, mais si je peux continuer à profiter de la compagnie d'une joyeuse troupe, ce n'en sera que plus supportable.*
Les jours passants, Sarkas et ses compagnons arrivèrent à Ferignac, où ils avaient convenu de se séparer.
Après des adieux dans la bonne humeur, se promettant de se revoir, Sarkas pris le chemin du château du seigneur. Contrairement à ce qu'il aurait alors pensé, il fût heureux de retrouver l'ambiance citadine, avec son brouhaha perpétuel, les odeurs du marché maraicher, les maisons à colombage, les pavés sous ses pieds ... Déambulant tranquillement, il arriva jusqu'à la demeure du maître des lieux.
Après une brève entrevue avec ce dernier, à qui la lettre de recommandation suffit pour lui voir offrir la nuit et le diner, il se dirigea vers sa chambre. Arrivé à celle-ci, il s'assit sur le lit, moelleux, et se rendit compte que les journées à vadrouiller et les nuits à la belle étoile l'avaient rendu fourbu. Il profita du temps avant le diner pour demander au service du château de quoi prendre un bain, après quoi il fit une sieste.
N'ayant pas envie de laisser mauvaise impression au seigneur qui l'accueillait généreusement, il se leva, se prépara, enfila des habits un peu moins sales que ceux qu'il avait gardé pendant son trajet, se peigna avec application, et parti un peu avant l'heure du repas vadrouiller autour de la salle à manger, afin de ne pas arriver en retard, mais de pouvoir surveiller les entrées dans celle-ci, pour ne pas non plus être le premier à s'y installer.