« Vous êtes bizarre vous les humains quand même, tu veux pas retrouver les tiens ? ‘Fin, si ils jugeaient que l’envoyé était plus important que ce qu’ils font, ils seraient restés tu crois pas ? Toi qui vois. Allez, rentre à l’intérieur, tu logeras dans la paille près de boucs par contre. »
Sur ces mots, Arnaud rentre à l’intérieur. Pendant toute cette journée, sous la pierre froide cachant le soleil, il se repose. Enfin, un véritable repos, sans crainte, sans peur. Son corps, si on lui donnait l'occasion, pourrait hurler de joie. Ses muscles douloureux peuvent enfin l’être moins. Ses paupières lourdes, portant encore la fatigue d’une journée de plus, se ferment. Il dort enfin, et il dort bien. Quand il se réveille, il n’a pas besoin de prendre un peu de temps, il se lève tout de suite. Ses courbatures ont disparu comme par magie. Ses bleus sont devenus bruns, et il se sent comme neuf, ou presque.
S’occupant comme il peut, il croise les nains, et discute avec. Il s’agit d’une branche du clan des Longs-Marteaux. Ils ont récupéré cet endroit très récemment, il y a moins de trois ans pour être exact. Des Urkis, des orques et des gobelins, pensaient qu’ils pouvaient rester ici. Grave erreur, ils ont été massacrés brutalement quand une troupe du clan est venue nettoyer l’endroit. Depuis, ce petit fort est un avant-poste nain vers Orquemont. Étant donné que la chaîne de montagne est enclavée dans le Royaume de Bretonnie, les nains peuvent se montrer plus accueillants que d’habitude.
Un des nains, un peu plus âgés, raconte quelques histoires sur les lieux. Il explique alors, qu’autrefois, un puissant Dragon habitait ces montagnes. Que sous la terre, des galeries importantes ont été creusées par des mineurs intrépides. Malgré la désolation de ses terres, et la destruction apparente, il y a quelque chose qui reste profondément ancré dans la mémoire de la pierre. La culture. Bien que de nombreuses choses changent, il est difficile d’oublier réellement ce qu’était le passé. Ce nain raconte alors comment de nombreuses actions de ses ancêtres, ont créé des coutumes. Il se permet même une remarque. Que même chez les Bretonniens, c’est strictement pareil.
Sans qu’ils ne s'en rendent compte, le temps passe, et désormais, quand il sort la tête de la porte principale, le soleil est désormais plus vers l’ouest que l’est. C’est l’après-midi. Regardant vers la cime des roches dessinant la route, des formes apparaissent. Hautes et allongées, elles sont nombreuses, se tenant en plusieurs files. Des cavaliers. Une dizaine, leur armure rutilantes au soleil, et leur monture avançant à pas motivé. Arnaud n’en est pas certain, mais d’un souvenir plus tellement proche, il pense qu’il s'agit de gentilshommes, et non pas de seigneurs. La différence lui échappe hélas, son manque d’éducation et surtout d’instruction frappe encore.
Ces voyageurs se rapprochent alors de la forteresse, et en quelques minutes, se trouvent au palier de l’entrée ! Quelques nains, vaquant à leurs tâches, saluent poliment, mais sans plus. Ces nouveaux-venus parlent Bretonniens, avec un accent totalement inconnu pour Arnaud. Certains portent une héraldique, un fond bleu et un oiseau. Le carrosse s’arrête après que le cocher tire les rênes. Il descend de l’avant, avant de se diriger sur le flanc. Le silence règne en maître. Un bruit similaire à une serrure qui s’ouvre résonne alors sur le plateau, et une des portières est ouverte. Sur les deux marchepieds, une femme descend.
Sa longue cape bleu profond descend jusque derrière ses genoux, les contours sont faits de fils d’or. Elle porte un gilet tressé dans un tissu inconnu , et sa robe à motifs descend jusqu’à ses chevilles. Elle porte des gants fins. Son visage est beau et affiné. Son nez est plutôt fort, mais droit. Ses yeux sont verts, en amandes, lui donnant un regard acéré. Ses joues sont légèrement creusées. Sa peau est d’une blancheur surprenante, intacte, sans aucune trace, rides, cicatrices ou saleté. Elle porte une tiare et des boucles d’oreilles, toutes en or. Ses cheveux noirs sont dans un immense chignon qui lui sert presque de couronne. Elle est grande, très grande à vrai dire. Son corps est plutôt fin, et son cou est long.
Une femme plus que riche, plus qu’importante. Une femme qui dépasse les autres d’innombrables échelons. Son regard balaie l’entrée sans porter plus d’attention. Soudain, Arnaud se sent paralysé, ses poumons se bloquent, ses muscles sont pris de crampes soudaines et sa voix est éteinte. Le poids de la montagne toute entière lui tombe sur la colonne, pourtant, il ne bouge pas d’un cil. Quand elle termine son observation, le jeune pèlerin reprend contrôle de son corps. Jamais de toute sa vie il n’avait ressenti une telle chose, c’était presque trop pour lui.
Un des hommes qui accompagnait le carrosse continue de discuter avec deux nains locaux. Il acquiesce de la tête, avant de se diriger vers lui. Ses lourdes chausses d’acier tapent contre la roche sous ses pieds. Il relève sa voix, et parle.
« Toi, j’ai des questions à te poser. Qu’est-ce que tu fais ici ? Tu es un mercenaire ou simplement un spadassin ?
Fais-tu partie des hommes qui ont accompagné Sire Caron de Quenelles, seigneur de Boisfort et Hersévert ? »
Les questions du gentilhomme sont dites avec un ton tout sauf gentil, mais bel et bien autoritaire. Sa peau est légèrement plus bronzée, et il porte une moustache. Cependant, Arnaud ressent quelque chose de bizarre, il ne sait pas dire quoi…


