[RP libre][Théophile de Maledané] Une dernière fleur à Montfort

La Bretonnie, c'est aussi les villes de Parravon et Gisoreux, les cités portuaires de Bordeleaux et Brionne, Quenelles et ses nombreuses chapelles à la gloire de la Dame du Lac, mais aussi le Défilé de la Hache, le lieu de passage principal à travers les montagnes qui sépare l'Empire de la Bretonnie, les forêts de Chalons et d'Arden et, pour finir, les duchés de L'Anguille, la Lyonnesse, l'Artenois, la Bastogne, l'Aquilanie et la Gasconnie.

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Théophile de Maledané
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[RP libre][Théophile de Maledané] Une dernière fleur à Montfort

Message par Théophile de Maledané »

"Longtemps je me suis couché de bonne heure. Pourtant, même ma bougie éteinte, mes yeux ne se fermaient pas et j'avais beau m'invectiver et ordonner: «Je m'endors !» rien, tout bonnement rien, ne m'arrachait à cette douce vision que la nuit faisait venir dans ma chambre à coucher. Et, une demi heure après que l'obscurité ait envahi ma vision, la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil me secouait ; je n'avais pas cessé durant cette étrange transe de penser à ce que je savais. La nuit faisait plus que m'inspirer alors, elle était moi autant qu'Ils étaient elle.

Quel être vivant, après tout, n’aime pas, dans le miracle des apparitions de cet espace immense et noir, avant toute cette méprisable lumière avec ses couleurs, ses rayons et ses ondes, l’apaisement et la douceur de son omniprésence quand elle est le véritable jour de nos existences ? C’est elle, ainsi que l’âme intime de la vie, que respire l’univers gargantuesque des astres. Le cosmos, dans son aspect le plus enhardi de miasmes, nage en dansant dans l’azur de ses flots. C’est elle que respire l’étincelante pierre en éternel repos, et la plante méditative et le sauvage, l’ardent, le multiforme animal, et plus que tous encore le magnifique étranger avec ses yeux pensifs, sa démarche sans poids et ses lèvres mélodieuses, délicatement closes. Comme un monarque de la Nature, ici-bas, elle appelle chaque force à des métamorphoses innombrables, noue et défait sans fin les unions, de sa céleste image auréolant chaque être sur cette terre. Sa seule présence révèle la magnificence des royaumes d'au delà de ce monde.

C'est en scrutant longuement les ténèbres que leurs visages déroutants apparaissent sous nos yeux ; moins terrifiants que dans les cauchemars que l'on se raconte, mais plus déterminants encore car leur appel est d'autant plus irrésistible. Tous ceux qui scrutent les ténèbres durant leur enfance savent ce qui est, reconnaissent leurs noms lorsqu'ils les entendent, et savent de quelle direction proviennent leurs voix ; c'est pourquoi tous les enfants qui scrutent les ténèbres rechignent à laisser Morr les bercer.
Comme moi, ils voient, et ils veulent savoir…"






"V'lez savoir par où c'est le nord ?"
Le mendiant avait un air aussi ahuri que possible, au point qu'il eut été surprenant qu'il n'exagérasse pas le trait à dessein. Tout son corps rachitique tremblait dans ce qui pouvait aussi bien être de la peur qu'une excitation mal réfrénée. C'étaient deux sentiments que l'aspect de Théophile de Maledané faisait souvent naître chez ceux qui le regardaient. Sa silhouette altière et son visage qui avait la beauté de celui d'une jeune fille semblaient impressionner ce vieil homme au point qu'il devait s'agripper à son bâton de marche pour ne pas s'effondrer.
"Oui, le nord. Je ne connais pas l'itinéraire mais je sais que je dois aller au nord alors indiquez moi le nord, je vous prie…"
La voix du chevalier errant était une voix douce à laquelle il donnait des intonations grinçantes. Le son produit avait quelque chose de perturbant, de contre nature.
"Dites moi comment trouver le nord, et je vous récompenserai… correctement."
Le mendiant s'agrippa des deux mains à son bâton. Il réfléchit avec une ardeur incroyable pour sa condition. Il regarda le soleil, fronçant les sourcil, baissa son mufle vers le sol, contempla les arbres qui parsemaient la montagne, puis parut presque bondir de joie.
"Par là m'sire ! J'crois ben qu' c'est par là.
- Et à quoi le vois tu ?
- Aux arbres m'sire. La mousse des arbres.
- La mousse ?
- Oui m'sire. La mousse verte su' les arbres. Elle pousse que du côté où c'est le nord. Ç'comme ça que j'sais m'sire. J'crois ben que c'est partout comme ça."
Les yeux de Théophile s'illuminèrent. Se tapotant les lèvres avec l'index, il prit une moue pensive.
"Tu veux dire, que si je vais toujours dans la direction où est la mousse sur les arbres, j'irai toujours au nord ?
- Ptêt ben.
- Et c'est toujours valable où que l'on se trouve ?
- Ptêt ben.
- C'est une information utile ça.
- Pour sûr m'sire."
Théophile afficha un sourire narquois en tournant ses talons vers les arbres. Ne voyant pas la mousse de ce côté, il en déduisît que le nord était en face de lui. Que cette histoire de mousse était amusante. Cela avait de quoi émerveiller son âme d'enfant.
"Très utile comme information ça m'sire. Très utile. Grâce à c'que j'vous ai dit v'serez toujours capable de r'trouver le nord. Ça mérite ben une récompense… comment que vous disiez ? correctement s'pas ?"
Théophile émit un ricanement caustique.
"Oh oui, cela mérite récompense. Une grande et belle récompense. Oh réjouis toi chancre méprisable car pour m'avoir prodigué cet enseignement je t'accorde de ne pas t'éviscérer. Pas tout de suite du moins. Pas aujourd'hui disons.
- Qu… quoi ?
- Dépêche toi de partir avant que je ne change d'avis. L'odeur délétère de ton haleine excite la partie de moi qui voudrait t'enfoncer tes propres intestins dans la gorge."
Le chevalier leva soudain des yeux emplis d'étoiles vers le lointain et comme s'il voyait sous ses yeux une pure merveille il ajouta avec l'air de réaliser une chose très importante:
"Ou mieux. Je pourrais arracher tes organes, sortir ton estomac de ton ventre et l'ouvrir au dessus de ton visage pour que la bouillie de son contenu se déverse sur ta peau, emplisse tes yeux tes narines et ta bouche."
Il eut un autre ricanement avant de lancer d'une voix devenue soudainement beaucoup plus froide, noire, et dure:
"Cours!"
Il ne fallut pas le lui dire deux fois. Le mendiant partit aussi vite qu'il le pût en claudiquant avec son bâton. Théophile ne lui accorda pas un regard et se mît en marche au milieu des arbres. Il vérifia qu'il y avait de la mousse de l'autre côté de ceux qu'il voyait, et s'estima satisfait. Vérifier qu'aucun arbre n'avait de mousse des deux côtés ne lui serait même pas venu à l'esprit.


Théophile, armé de cette nouvelle information était non pas incapable de se perdre mais incapable de comprendre qu'il était perdu. Ce jeune chevalier n'avait pas la moindre notion de géographie. Il savait que son objectif était au nord. Il croyait qu'il faudrait pour cela monter au nord aussi droit que possible, avec peut-être un petit détour par l'empire ou le Kislev. Cela pouvait être un voyage intéressant. Théophile ne se faisait pas d'illusion sur un point: ce voyage serait long, mais ce n'était que meilleur ainsi. Il aurait tout le loisir d'admirer les afflictions et les fléaux qui affligent le monde en tous ces différents endroits.
Seulement, après plusieurs minutes de marche, il sentit son sang battre dans tous ses membres en répandant une forte chaleur.
"J'aurais dû le tuer."
"Tu aurais dû le tuer!"
"Nous aurions dû le tuer !"
"Nous n'aurions pas dû le laisser vivre. Non ! Jamais ! Nous aurions dû le tuer ! Le châtier ! Lui arracher chaque membre un par un !"
"Du calme. Nous en tuerons d'autres."
"Non, nous sommes ratés ! Tout est raté ! Nous ne valons rien !"
"Silence ! Je sais que je suis un être admirable et je ne laisserai personne me dire le contraire. Si tu continues de penser ainsi, sors d'ici, pars, ne me fait pas perdre plus de temps."
"Nous tuerons. Il nous faut du sang. Du sang clair et chaud. Il doit ruisseler sur notre corps. Nous donner la joie et le mérite ! Du sang. Oui ! Du sang ! Le sang est si beau ! C'est la plus pure et voluptueuse matière du monde. Si délicate et acide à la fois. Sa teinte nous anoblît comme des parures cramoisies. Cherche le sang mon petit ! Cherche le et procure le toi ! Pour toi. Pour nous. Pour les dieux. Le sang est ce qu'ils ont créé de plus beau, et ce que tu as de plus beau à leur offrir. Cherche mon petit ! Cherche !"
"Je t'interdis de m'appeler mon petit. Je suis… ! Je suis… ! Je suis… !"
"Quoi ?"
"Qu'importe tant que j'ai du sang pour me laver ! Il me purifie ! Il est doux et il est pur ! C'est le plus sacré des fluides !"
"Cessez de l'importuner ! Il doit trouver son chemin."

Ce fut la fin, et le silence revint. Mais les yeux injectés de sang de Théophile étaient désormais à l'affût. Son corps tremblait presque comme il s'efforçait de marcher le plus dignement possible. Puis quelque chose bougea dans son champs de vision. Immédiatement, il leva son épée qu'il tenait dans sa main gauche, toujours rangée dans son fourreau, et en saisit le manche de sa main droite.
L'homme devant lui s'arrêta dans sa course en dérapant sur les branchages qui couvraient le sol. C'était un homme trapu, épais par endroits, rachitique à d'autres. Un échantillon bien dégradant de l'espèce humaine. Sont front chauve était plissé au point de former une ride longue comme un mono-sourcil. La tunique blanc sale qu'il portait ne permettait pas vraiment de l'identifier, mais, jetée sur son épaule comme un lourd gourdin, il avait une colossale pioche en acier. Ce n'était pas un ustensile utile pour couper du bois, cet homme n'avait donc rien à faire ici. Personne n'avait mieux intégré que Théophile ce raisonnement très bretonnien: quelqu'un qui n'est pas là où il devrait être à faire ce qu'il devrait être en train de faire est potentiellement un hors la loi. Cela ne faisait bien sûr aucune différence à ses yeux. En fait il aurait même préféré tuer un innocent. S'il en croyait les voix, leur sang était d'autant plus savoureux. Néanmoins, par un mélange de calcul raisonnable et de pulsions déraisonnables, le visage de Théophile se fendit d'un immense sourire alors qu'il prenait en une fraction de seconde sa décision. Ses yeux lorsqu'ils s'abaissèrent sur cette vermine humaine étaient si méprisants et cruels qu'il était surprenant qu'ils ne suffisent pas à tuer.
"Hu ?" fit l'homme d'une voix graveleuse. "Qu'ess vous êtes ? T'ention, t'y t'écarte point je…"
Il avait à peine ouvert la bouche que d'un geste expert Théophile avait sorti sa lame du fourreau. Sa langue vint lentement lécher ses lèvres comme s'il se préparait à un festin.
"Oh oui ! Le sang !"
"Tranche le méthodiquement ! Il ne doit pas t'échapper !"

Le mineur patibulaire était toutefois un homme sur ses gardes, et en voyant le chevalier il avait fermement empoigné sa pioche qui lui servait d'arme et dont il n'avait, à coup sûr, aucune peine à se servir pour percer des crânes au vu de la façon très calculée dont il leva le pic de la pioche en orientant parfaitement la pointe vers la tête de Théophile. Mais ce dernier n'était pas assoiffé de sang sans avoir les moyens de se procurer de quoi étancher sa soif. Son geste fut si rapide et si meurtrier que de bien meilleurs guerriers que le mineur n'auraient pas été capables de réagir. Il avait levé son arme, oubliant de protéger la partie la plus vulnérable du corps qui était aussi celle dont le bruit flasque de lacération était le plus plaisant à l'oreille de Théophile.
Son épée fila de gauche à droite en déchirant profondément l'abdomen de l'homme. Le geste était vif, adroit, méthodique, et d'une puissance phénoménale. La chair céda sous la lame et la large ouverture qui s'ouvrit laissa pendre les entrailles déchirées de la pauvre victime. Un fluide qui n'était pas seulement du sang tomba en un bloc aqueux qui éclata au sol dans une grande flaque visqueuse. Il y eut un instant où le mineur resta parfaitement immobile. Peut-être la douleur ou l'horreur le paralysaient complètement, sa pioche levée toujours prête à donner un coup qui ne viendrait jamais. Ses yeux écarquillés ne se baissèrent pas sur les morceaux de boyaux qui dépassaient de son ventre. Il frissonna comme s'il eut souhaité être déjà mort.
Il en était un en revanche qui avait savouré cette déchirure avec délice. Le chevalier trouva dans la violence de ce coup d'épée une violence magnifique. C'était beau. Il fallait qu'il continue. Il avait envie de recommencer. Si le monde n'était fait que de coups d'épée aussi cruels et violents que celui ci... que de magnifiques guirlandes d'entrailles l'on pourrait voir décorer les horizons du monde. Des fleuves de sang s'écouleraient partout en de magnifiques ruissellements vermeils. Des cadavres figés dans des hurlements de terreur sourde orneraient leurs rives chatoyantes. La souffrance infligée par cette seule petite attaque était un miel exquis, et Théophile en voulait encore.
Il leva son épée bâtarde, et se prit à la fantaisie d'ouvrir le crâne de son adversaire. Il savait qu'il y avait une affluence de sang remarquable dans ces zones là, et il voulait vérifier encore à quel point celui-ci pouvait s'écouler vite et abondamment. Au loin il entendit le bruit de sabots qui approchaient, mais son esprit était si concentré sur la beauté de cet instant qu'il ne leva pas les yeux. Il voulait tuer cette victime. Personne ne pouvait la lui voler. C'était sa proie. En cet instant si on avait voulu l'attaquer, Théophile eut été incapable de se protéger car tout en lui voulait ajuster ce dernier coup d'épée avec l'espoir de le rendre aussi dévastateur que le premier.
Dans un effort désespéré, le mineur qui vit venir cette attaque là de loin voulut détourner la lame qui s'abattait vers sa tête avec le fer de sa pioche. Contre toute attente, il y parvint, et le chevalier corrompu, fort de sa malsaine excitation, vit son épée glisser sur la pioche, l'angle de son tranchant se détournant. La lame s'affaissa et plutôt que de frapper le crâne de l'homme selon le bon angle pour tout trancher et fendre sur son passage, elle vira sur le côté et effleura le visage, son tranchant aiguisé arrachant au passage un grand morceau de peau juste au dessus de l'œil gauche.
Cette blessure là fit hurler l'homme, et comme Théophile l'escomptait, bien que ce soit quelque peu décevant, le sang qui jaillissait de cet endroit était si abondant que la chose aurait pu paraître absurde. Un voile pourpre enroba très vite l'intégralité du visage de l'homme, cachant sa vue derrière un linceul rouge. Affolé et dérouté par cet aveuglement horrible, il poussa un râle magnifique, savant mélange de douleur transcendante et de panique totale. Il laissa tomber sa pioche qui lui avait au final été de bien peu d'utilité et tituba avant de s'effondrer sur le sol en geignant. Théophile appuya sa botte sur la plaie immense de son ventre et lui cracha avec un mépris souverain:
"Décevant. Tout bonnement décevant. Vous ne m'avez même pas fait saigner. La prochaine fois tâchez au moins d'être plus nombreux."
Le combat (jets effectués par MJ Bugman):

Théophile attaque, 6, ça passe
Parade: 14, échec
Paysan subit 24+10+18+3-8=47 dégâts, perte de 75% des pvs il ne peut attaquer au tour suivant.
Théophile attaque encore: 9
Parade du paysan, 6, ça passe mais il meurt quand même
Son regard se posa sur un morceau d'intestin qui dépassait largement de la bedaine lacérée de l'homme. Qu'il eut été bon de le saisir, de le triturer, l'astiquer juste pour le plaisir. Que c'était excitant ce morceau de muqueuse découpé, cette peau flasque dont l'emplacement était merveilleusement contre nature en étant hors du ventre de l'animal. Comme un enfant qui veut jouer avec une cochonnerie trouvée par terre, Théophile ressentit une irrépressible envie de le saisir, de jouer avec, de le mettre dans sa bouche, de le presser jusqu'à faire éclater ses parois, de rire en étant éclaboussé de fluides nauséabonds avant de recommencer. Il avait envie de voir ce qui se passait s'il introduisait son doigt ou sa langue à l'intérieur, ou encore tout simplement de le déchirer entre ses mains comme on déchire les feuilles des arbres pour voir comment c'est fait dedans sans au final rien voir de plus que l'œuvre de la soif de destruction la plus enfantine. Et après tout, qu'est ce qui, désormais, pouvait l'empêcher de faire tout cela ?
La réponse lui vint lorsque le bruit de sabots s'approcha avant de s'arrêter. Théophile leva un regard innocent vers la silhouette qui venait d'arriver.
Le cheval bai était une bête plutôt trapue mais robuste, musculeuse et aux sabots larges. Sans doute un animal dont le sang avait été sélectionné pour en faire un destrier capable de se déplacer en terrain montagneux presque comme un bouquetin. Juché dessus se trouvait un jeune et beau chevalier. Il portait une broigne de fer, et une épée à la ceinture. Le regard qu'il lança vers Théophile et le corps à ses pieds que quittait la vie était un regard plus curieux qu'autre chose. Mais lorsqu'il se posa sur le visage de Théophile, on pût voir ce noble personnage être comme secoué d'un frisson, comme si un cauchemar de son enfance venait de repasser devant ses yeux en un éclair. Il secoua un peu les épaules puis détailla plus attentivement le jeune chevalier errant.
Théophile lui fit son plus beau sourire, qui n'était pas déjà assez terrifiant sans les tâches d'hémoglobine qui maculaient ses vêtements, son visage et s'accrochaient même dans ses longs cheveux noirs. Malgré tout, le nouvel arrivant comprit vite qu'il avait affaire à un chevalier errant, l'accoutrement et l'armement de Théophile ne laissant pas beaucoup de doute.
"Messire, je vous dois des excuses." s'exclama l'étranger. "Je pourchassais ce fugitif et j'ai failli. J'espère que vous n'êtes pas trop gravement blessé ?
- Nulle inquiétude, mon ami. Ce sang n'est aucunement le mien. Mais dites moi, c'est un fieffé à vous ?"
Le jeune homme sur son cheval parut hésiter un peu avant de répondre.
Modifié en dernier par Théophile de Maledané le 10 déc. 2020, 22:44, modifié 3 fois.
Théophile de Maledané, Chevalier bretonnien chaotique
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Lien Fiche personnage: wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_theophile_de_maledane
Image "Il les sème derrière lui et ils flottent sur l'horizon
Les lettres se contorsionnent et hurlent en chœur son nom
Les mots sans guide flottent tels des feuilles de nénuphar
Le papier saisit ces péchés d'encre et lentement s'en pare
La lumière s'épaissit et s'altère au contact de ces mondes
Et quand l'œil curieux imprudemment les sonde
Ô sinistre voix de son obscure victoire
L'esprit s'effiloche, se tord sans le savoir
Que de beauté dans ces mânes déchirées
Que de succès pour mon âme tourmentée
Oui, accueille moi aube de souffrances
Insère mon être dans tes mandibules de démence
Que tes crocs disparates sur moi se referment
Je vais rendre…"

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Théophile de Maledané
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Message par Théophile de Maledané »

"Essaye de faire bonne impression !"
"Tue-le !"
"Essaye de faire bonne impression !"
"Tue-le !"
"Souris, fais bonne impression !"
"Tue-le !"
"Il est plutôt beau. Il faut faire bonne impression."
"Tue-le !"

Le chevalier approcha lentement sa monture, les yeux rivés sur le corps.
"J'avais ordre de ramener ce fugitif ou de l'éliminer, mais vous ? Pourquoi l'avez vous tué au juste ? De ce que j'ai vu il ne vous menaçait pas."
Le sourire de Théophile perdit tout ce qui lui restait d'éclat. Il baissa les yeux vers le corps en fronçant les sourcils.
"Je suis rapide à comprendre, et cet homme qui courait en brandissant une pioche me paraissait suspect. J'ai voulu l'arrêter mais…" il haussa les épaules "il est mort bien vite. C'est de sa faute s'il est aussi faible."
Et il lança un regard fielleux à ce chevalier dont la présence l'empêchait de s'amuser avec le cadavre de sa victime comme il le devrait.
C'était un jeune homme qui ne devait pas avoir une vingtaine d'années. Un faciès noble et carré sans défauts. Viril. Un fin duvet lui servait de barbe et de moustache, signe que Théophile interprétait comme une trace de vanité puérile. Ses cheveux châtains étaient longs et libres de leurs mouvements, des mèches éparses entourant sa tête d'une crinière clairsemée. Dans des creux qui paraissaient taillés dans son visage au ciseau à bois, ses yeux brillaient, emplis d'arrogance et de mépris.
Image
Il descendit de cheval, mais maintint sa monture par la bride alors qu'il s'approchait. Visiblement il était plus intéressé par le corps que par Théophile.
"Vous ne l'avez pas raté.
- Ha, guère surprenant. Bien idiot celui qui ose me défier frontalement."
Il n'était pas très judicieux de se poser en triomphateur sanglant devant ce jeune chevalier, mais dans l'euphorie de la victoire, Théophile s'en fichait. Son regard courait déjà sur la nuque de l'étranger, cherchant un moyen de le tuer rapidement, juste au cas où. Il sursauta presque quand cet homme darda sur lui un regard pénétrant.
"Je ne me suis pas présenté. Je suis Fernand de Rovec, chevalier errant. Et vous êtes ?
- Chevalier errant moi aussi, Théophile de Maledané, pour vous servir."
À ces mots il tendit la main comme s'il voulait faire une poignée de main, mais le dénommé Fernand ne bougea pas la sienne du pommeau de son épée. Rien que pour cela, Théophile sentit un immense besoin de lui arracher le bras pour le châtier.
"Tous les humains sont les mêmes, arrogants et inconscients de leur infériorité. Il faudrait tous les massacrer. Tous jusqu'au dernier ! Quand les dieux m'en auront donné le pouvoir je me chargerai d'occire chaque humain ne leur ayant pas prêté allégeance. Je les exterminerait un par un !"
"Maledané… ce nom me dit quelque chose."
Théophile se crispa. Parfois la réputation de son père le précédait. C'était extrêmement désagréable qu'on lui rappelle que cet être maudit était son géniteur. Heureusement, Fernand ne parut pas se rappeler où il avait entendu le nom de Maledané.
Il ramassa la pioche du mineur et la chargea sur son cheval. Il lança un remerciement expéditif, sec. En y regardant bien, Théophile comprit que cet homme avait peur. Il refusait de se l'admettre, mais il était profondément terrifié.
"Tue-le !"
"Tue-le !"
"C'est la meilleure occasion."
"Non. Ce n'est pas le moment. Plus tard. Plus tard tu le tueras de façon bien plus belle."

Surprenamment, Théophile se sentait presque tétanisé. Il regarda le chevalier monter sur son cheval en tremblant avec une indécision suspecte. Serait-il capable de le tuer maintenant ? Sûrement. Mais les voix lui disaient de mettre toutes les chances de son côté. Cet homme là était beau et méritait bien mieux qu'une mort rapide et muette. Il fallait attendre le bon moment pour le faire tomber du haut de son arrogance.
"M'sire ?"
En même temps que cette nouvelle voix, le trot d'une mule se faisait entendre. Un petit homme patibulaire et rougeaud, le visage enduit de transpiration, arrivait en soufflant derrière le chevalier.
"M'sire, vous auriez pu m'attendre. J'ai cru un instant que je vous avais perdu."
L'homme saisit une outre de vin à sa ceinture et en but une gorgée pour se remettre de ses émotions.
"Je ne pouvais pas vraiment t'attendre Bouillot. Je devais rattraper un fuyard.
- Oui da. Z'avez réussi à l'avoir m'sire ?"
Fernand hésita une seconde avant de répondre en désignant Théophile:
"On peut remercier cet homme pour l'avoir arrêté avant moi."
L'écuyer tourna difficilement sa grosse tête vers Théophile qui était en train d'essayer d'analyser la situation. Ils étaient deux et avaient des montures, un combat était une mauvaise idée. Au lieu de cela, il salua en déclamant à nouveau son nom pour le nouvel arrivant.
"Un autre ch'valier ? Ah ça si c'est pas un coup de chance, pas vrai m'sire ?
- Bouillot, tais toi s'il te plaît.
- Mais m'sire, z'y avez dit qu'on cherchait des ch'valiers ?
- Peu importe. Merci pour votre aide sieur Théophile, et sur ceux adieu."
Fernand fit faire volte face à sa monture et repartit, son écuyer haussa les épaules et le suivit après avoir repris une gorgée de vin. Théophile les regarda partir. Les voix étaient revenues, et elles lui susurraient que ce chevalier serait un met délicieux à tuer le moment venu.
"À très bientôt, sieur Fernand de Rovec."
Tentative de faire une bonne première impression avec un jet de charisme: 20. Magnifique échec critique, je remercie Bugman chaleureusement. Vraiment, c'est exactement ce dont j'avais besoin. Merci encore.
* * * Le sous bois occupait assez peu d'espace au fond. Il ne fallut pas beaucoup plus d'une heure à Théophile en suivant toujours la direction indiquée par la mousse pour quitter le couvert des arbres. Et une fois qu'il eut débouché sur un espace éclairci, il s'immobilisa. Comment être sûr qu'il marchait toujours vers le nord à ce moment là ?
Il se retrouvait au milieu d'un petit défilé entre deux hauts pics dont il n'apercevait pas les sommets. Ici l'herbe était grasse et brillante dans le soleil du soir. Théophile s'arrêta pour admirer la vue.
Il commençait à fatiguer, et à ressentir la faim aussi. Mais ce paysage méritait qu'il y porte son regard, au moins pour le jauger.
Le soleil illuminait le défilé selon un angle aigu qui d'un côté faisait resplendir la flore et de l'autre étendait son ombre. Cette alliance de ténèbres et de clarté était aussi agréable qu'offensante à regarder. Les pétales de quelques fleurs renvoyaient leurs couleurs plus intensément dans ce jeu de lumières blafardes. Théophile savoura ce tableau avec un brin de contrition. Il eut été mieux d'agrémenter encore la vision en y ajoutant quelque chose de déchirant, comme la rougeur d'un soleil couchant qui teinte les cieux de vermeil, ou une haie de roses épineuses dont les pétales dans ce clair obscur révèleraient toute la splendeur de leur beauté potentielle. Ou plus simplement, une tâche de sang qui colorerait l'herbe et lui donnerait un éclat déchirant sur le vert, une aube de couleurs disharmonieuses cassant la monotonie fade de ce paysage champêtre.
Mais d'ailleurs, n'était-ce pas une tâche de sang qui se détachait en un minuscule point sur l'herbe ? Une flaque rougeâtre qui se distinguait très nettement au loin, dans un recoin d'herbes hautes.
Après une intense réflexion de deux secondes, Théophile s'approcha de la chose. Il voulait mieux voir ce dont il s'agissait pour en savourer tout l'apport esthétique à ce paysage. Il s'imaginait trouver un animal mort ou blessé dont le corps en souffrance par sa tâche colorée de vermeil créerait la déchirure qu'il espérait dans cette monotonie des couleurs. En fait il trouva mieux qu'un animal. Là, allongé dans l'herbe, saignant, soupirant, haletant ; c'était un humain. Mieux, un jeune homme. Mieux encore, il avait un écu, c'était un chevalier.
Théophile resta un instant à l'admirer. Son corps était jeune et beau, maculé d'un fluide qui rehaussait la blancheur délicate de sa chair. Il devait avoir le même âge que Théophile, était imberbe et avait de longs cheveux étalés sur le sol autour de sa tête. Il avait les yeux fermement clos, et respirait bruyamment par la bouche comme si ça allait réduire la douleur. Son cou fin et lisse était délicieusement exposé, frémissant dans un rythme que Théophile trouvait sensuel. Le bas de son corps était couvert de rouge, qui se mêlait avec la couleur pourpre de sa tunique. Il avait une estafilade au bas du flanc, une autre sur la hanche, et enfin un petit poignard rudimentaire était fermement enfoncé dans sa cuisse droite qui tremblotait de douleur. À côté de lui reposait son écu qu'il tenait fermement de la main gauche. On y voyait un blason assez simple que Théophile ne connaissait pas: en coupé avec en haut de sinople à la barque de sable dont la forme rappelait un croissant de lune, comme une sorte de drakkar, et en second d'azur sans autre meuble. Cela paraissait représenter une barque noire voguant sur des flots calmes et bleus sombre. Théophile n'avait jamais cru nécessaire de mémoriser parfaitement la signification des meubles héraldiques et il ne prit pas la peine de chercher à se rappeler ce que son oncle lui avait appris à ce sujet.
Théophile, pour mieux admirer ce corps souffrant qui décorait si merveilleusement le paysage, posa la pointe de son fourreau sur le sol et prit appui sur le pommeau de son épée pour se pencher. La magnifique petite trainée de sang qu'avait laissé cet individu en se déplaçant jusque là avec sa blessure avant de s'effondrer prenait la forme de tâches larges comme le poing se répandant à intervalles réguliers depuis l'autre bout du défilé. Théophile aurait pu passer des heures à regarder, mais le bruit qu'il fit éveilla l'attention du blessé. Jusque là celui-ci avait été trop préoccupé par sa douleur pour percevoir l'approche d'un étranger. Il remua soudainement sa main et agrippa la pied de Théophile.
Il entrouvrit vaguement ses yeux, révélant qu'ils étaient embués de larmes. Ce chevalier avait pleuré tant sa blessure lui faisait mal. Théophile trouva cette pensée amusante.
Le blessé le regarda fixement, l'analysant comme il le pouvait. Dans sa situation il ne voyait presque pas, mais il reconnaissait une silhouette humaine.
"F… Fernand ?
- Non. Je m'appelle Théophile de Maledané. Laissez moi deviner, vous avez été attaqué par des mineurs fous ?
- Non… les… les gobelins… s'il vous plaît qui que vous soyez il faut me ramener au fort. Il n'y a pas d'autre endroit où on pourra me soigner." il ajouta avec un sanglot: "j… je veux pas mourir comme ça…"
Théophile pesa rapidement le pour et le contre. Cet individu connaissait-il Fernand ? Il avait parlé d'un fort. Tout s'assemblait comme les pièces d'un puzzle dans son esprit pour au final ne rien donner de concret sinon cette simple idée: cet individu pourrait non seulement le guider vers Fernand de Rovec, mais aussi et surtout le guider vers un endroit où il y aurait un lit et à manger. Théophile étant parti pour son errance littéralement sans rien planifier, il n'avait ni nourriture ni couchette. C'était une aubaine qui se présentait à lui.
"Je ne sais rien de la région. Je ne sais pas où est ce fort.
- Je vous indiquerait le chemin… il est… caché… c'est tout près… aidez moi juste…
- Je vais vous aider à marcher, oui."
Théophile passa son épée sous son aisselle droite et tendit son bras gauche. Le jeune chevalier au sol s'y agrippa et Théophile parvint à le relever délicatement. Comme l'autre ne voyait pas bien son visage, Théophile se permit de sourire en le voyant grimacer de douleur. Il passa son bras sous le sien, le soutenant pour que sa jambe blessée n'ait pas à toucher le sol.
"Tenez vous bien mon ami. Par où dois-je aller ?"
Le blessé ouvrit grand ses yeux et fit un effort pour reconnaître son environnement.
"Par là… contournez la montagne… celle à l'est… par la gauche… vous verrez une petite gorge sur la droite…"
Théophile se mît en marche avec ce corps appuyé sur son épaule. Quel sentiment grisant que cette chaleur qui montait dans ses intestins au contact de ce jeune homme. Sentir son corps chaud et doux, sa peau sous le mince tissu de sa tunique pourpre, le savoir faible et à sa merci, enduit d'un liquide délicieux comme l'est le sang. Pour un peu Théophile aurait aimé profiter de la situation pour tâter ce compagnon aux endroits qui attisaient son intérêt. Il est presque miraculeux qu'il s'abstint tout le trajet durant de déchirer les vêtements du chevalier.
Il s'enfoncèrent dans une petite gorge qui s'ouvrait sur la droite. Théophile dut maintenir fermement son infortuné compagnon comme il descendait une pente très abrupte. Ils débouchèrent dans un petit vallonnement avec à leur droite une sorte de grande grotte. Un petit ruisseau courait entre les montagnes et s'enfonçait dans la grotte.
"C'est ici… juste là."
Il désigna la grotte. Un instant Théophile crut qu'il n'y avait rien mais, ce qu'il avait un instant pris pour une stalagmite gigantesque s'avérait être une illusion due à la perspective. C'était une tour, oui, une grande tour avec des meurtrières. Et au fond de la grotte on voyait ce qui était en fait la muraille d'un fort. C'était impressionnant. On avait ici littéralement muré une grotte pour en faire une forteresse. De larges escaliers menaient aux portes du fort. C'était très sombre comme endroit, et cela semblait perdu au milieu de nulle part, mais c'était bien une forteresse bretonnienne. Pourquoi l'avoir construite ici ? Théophile n'en avait rien à faire. Il lui importait qu'ici il devait bien y avoir quelque chose à boire ou à manger. Et des lits surtout. Oh, et accessoirement de quoi soigner son camarade bien sûr.
Théophile de Maledané, Chevalier bretonnien chaotique
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Image "Il les sème derrière lui et ils flottent sur l'horizon
Les lettres se contorsionnent et hurlent en chœur son nom
Les mots sans guide flottent tels des feuilles de nénuphar
Le papier saisit ces péchés d'encre et lentement s'en pare
La lumière s'épaissit et s'altère au contact de ces mondes
Et quand l'œil curieux imprudemment les sonde
Ô sinistre voix de son obscure victoire
L'esprit s'effiloche, se tord sans le savoir
Que de beauté dans ces mânes déchirées
Que de succès pour mon âme tourmentée
Oui, accueille moi aube de souffrances
Insère mon être dans tes mandibules de démence
Que tes crocs disparates sur moi se referment
Je vais rendre…"

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Re: [RP libre][Théophile de Maledané] Une dernière fleur à Montfort

Message par Théophile de Maledané »

C'était une construction assez grossière renfoncée dans la montagne, de grosses pierres mal polies agencées sans aucun sens esthétique pour former une muraille. Aux étages supérieurs, de larges fenêtres d'où perçait l'éclat des torches témoignaient que des gens vivaient ici ; au pied du mur, d'obscures tunnels menaient vers les profondeurs, vers des mines sans aucun doute. Entre les deux bien sûr s'apercevaient quelques meurtrières qui surveillaient l'entrée de la grotte.
Le fort en lui même était accessible par un petit pont en planches qu'on dressait par dessus un fossé ridicule profond d'environ un mètre.
Théophile, en dépit de sa bien modeste grâce en cet équipage, fut accueilli avec joie par les valets qui s'occupèrent d'emmener son blessé auprès du barbier du château, l'homme le plus indiqué pour des opérations chirurgicales dans ce milieu pouilleux dépourvu de médecin ou de prêtresse. Théophile apprit qu'il avait sauvé la vie d'un dénommé Christian de Neuville, chevalier errant lui aussi.

C'était là le fort de Fendroc, qui protégeait une mine secrète dans la montagne. Son emplacement était secret sauf des chevaliers que le gouverneur du fort, un dénommé Sire de Vallmont, avait fait quérir en hâte. Lorsque Théophile se retrouva devant l'homme en question, il pût enfin comprendre ce qui se tramait dans ces monts.
Sire de Vallmont était un homme épais, les joues grasses et amicalement bedonnantes, la carrure enveloppée dans une cuirasse de graisse qui ne faisait ironiquement qu'ajouter à sa noblesse. Son visage affectait de refouler une profonde préoccupation pour se révéler digne et hospitalier dans le même temps.
Image
Sa tenue était composée d'une tunique bleue sombre et d'une cape jaune constellée de fausses déchirures où s'apercevaient un velours blanc. Il avait fait venir à lui Théophile dans la plus grande salle du fortin, où se trouvaient déjà agencées les tables en vue du dîner. Aux côtés de sire de Vallmont, comme son bras droit, Fernand de Rovec était là qui fronçait les sourcils en voyant arriver Théophile. Sans doute avait-il espéré que ce chevalier dérangé se perde dans les montagnes sans jamais trouver le chemin vers Fendroc. Théophile de Maledané, en reconnaissant ce visage, lui adressa un fin sourire tandis qu'il saluait d'une courbette le gouverneur du fort.
"Messire, je me présente: Théophile de Maledané, chevalier errant. Pour vous servir…"
Fernand eut un reniflement nerveux alors qu'il s'efforçait, avec toute la dignité possible, de dissimuler son immense gêne en la faisant passer pour du dédain. De Vallmont, pour sa part, paraissait au contraire bienveillant. Les circonstances, de toute manière, ne lui laissaient pas le loisir d'être regardant sur les chevaliers qu'il accueillait.
"Sieur de Maledané, c'est la Providence qui vous envoie. Je ne saurai trop vous remercier de nous avoir ramené Christian, ni trop vous implorer de rester ici pour les jours qui viennent, car j'ai bien peur que nous ne puissions nous passer du soutien d'aucun chevalier en cette heure.
- Vraiment ?" le regard de Théophile glissa durant une seconde vers Fernand qui détournait les yeux ailleurs comme si cela suffisait à éluder la question.
"Parfaitement. J'ai même envoyé des hommes ratisser la région à la recherche du moindre combattant de passage. Pas plus tard que cette matinée, Fernand de Rovec, ici présent, le premier chevalier à s'être joint à nous, a dû chevaucher pour rattraper un déserteur qui voulait quitter la mine. Nous avons besoin de tous les bras disponibles, et ces serf osent fuir leurs responsabilités. C'est bien le genre de choses qui m'a toujours mis hors de moi."
Aucun commentaire, bien sûr, ne fut fait concernant l'état dans lequel Fernand avait rapatrié le fugitif.
"Mais qu'est-ce donc qui peut tant vous préoccuper ?" demanda Théophile. "Ces travailleurs ne sont pas autorisés à quitter le fort, c'est que vous vous préparez à un combat.
- C'est exact." une ombre passa sur le visage de de Vallmont. "Des peaux vertes. Ils ont repéré le fort malgré son emplacement qui, vous l'aurez remarqué, ne permet pas de le trouver aisément. Le chef orque qui se fait appeler Gaz Pèt'lé'j'noux a eu l'audace d'envoyer un gobelin ici pour nous prévenir qu'il attaquerait avec toute sa bande. Nous ne savons pas d'où sortent ces peaux vertes précisément, mais si ils sont tellement confiants qu'ils nous demandent instamment de nous préparer pour leur arrivée, c'est qu'ils doivent être confiants en leur nombre, ces barbares.
- Je vois. Ils veulent un beau combat, ou ce qu'ils considèrent comme tel. Et bien quoi qu'il en soit, j'en serai !"
Théophile avait en cet instant l'air décidé, prêt à défier l'armée d'orques. Tenant son épée par le fourreau en présentant le manche au gouverneur de Fendroc, il avait cet air sincèrement déterminé à se tenir à ses paroles qu'une personne indécise ne pouvait imiter mais qui en revanche était des plus facile à rendre pour un individu capable de changer d'avis d'un extrême à l'autre aussi rapidement que le faisait Théophile. Il promit de rester et défendre Fendroc jusqu'au dernier souffle en mettant son épée au service de de Vallmont, et il était sincère, pour le temps que cette promesse lui semblerait valable.


Il y avait peu de convives, mais tous les résidents nobles du fort s'étaient retrouvés à banqueter dans cette salle. De Vallmont occupait la place d'honneur, évidemment, avec à sa droite Fernand avec qui il discutait ardemment. À sa gauche, son fils, Geoffroy de Vallmont. Un jeune chevalier qui ressemblait tant à son père que les voir l'un à côté de l'autre paraissait comique. Pour autant leur différence, outre dans le degré de décoloration des cheveux, s'exprimait surtout dans leurs postures respectives et leurs manières d'être. Le gouverneur était un homme posé, aussi noble assis que debout, et d'un maintien digne mais bienveillant. Il n'émanait de lui aucune arrogance particulière. Geoffroy en revanche était assis comme si on l'y avait forcé, se remuant sur son siège comme s'il allait en bondir pour se saisir de la nourriture qui passait à sa portée.
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À la table se trouvaient également des dames. La femme et les trois filles du gouverneur de Vallmont, ainsi que son plus jeune enfant, un garçonnet de onze ans. Il y avait aussi un autre chevalier que Théophile n'avait pas encore vu, un homme sombre à la mine patibulaire, le visage pâle comme un linge et de larges cernes sous les yeux. Celui-là ne disait pas un mot et mangeait chaque bouchée comme si ce devait-être la dernière de sa vie.
Enfin, l'invité que même Théophile fut surpris de voir, fut Christian de Neuville lui même. Il n'était pas en parfait état et semblait encore faible, mais une rapide opération pour lui retirer le poignard planté dans sa hanche et quelques potions l'avaient remis en état de participer, modestement, au banquet.
La pitance était variable, du bouquetin et du daim chassés par Geoffroy et Fernand, des vins sortis de la cave du gouverneur, et du pain blanc, essentiellement.
Théophile de Maledané ne se privait de rien. Son corps réclamait sa nourriture depuis plus d'une journée. Il était aussi fatigué qu'affamé, mais pour l'instant la faim l'emportait sur le sommeil. Les voix n'étaient pas revenues depuis qu'il avait commencé à manger, alors, inquiet, il se mît à boire. En moins de temps qu'il ne lui en fallut pour s'en apercevoir, il avait vidé son verre, puis un autre, puis un autre, puis une bouteille. Sire de Vallmont, trop heureux de faire plaisir à ses invités, n'hésita pas à ordonner qu'on fasse apporter d'autres bouteilles sitôt que Théophile le lui demanda. Alors que le noble expliquait à Théophile la provenance et l'importance de chacun de ces vins, le jeune chevalier, ne lui prêtant qu'une oreille distraite, vidait chacun de ses verres plus vite que le précédent. Chaque fois, une délicate sensation d'apaisement se déversait dans tout son corps pour disparaître la seconde d'après. Alors il prenait un autre verre, sans réfléchir. L'alcool engourdissait ses muscles et le sommeil rendait ses paupières lourdes. De Vallmont renonça à converser avec lui quand il comprit que Théophile ne répondait à aucune de ses questions. Cependant, le chevalier buvait et s'empiffrait impunément en savourant l'hypocrisie de son entourage qui le contemplait en souriant comme pour l'excuser, car il en était conscient, il se bâfrait. Seulement, contrairement aux autres, il était parfaitement conscient de ses actes. Alors que les convives sombraient petit à petit dans les vapeurs de l'alcool, Théophile, qui pourtant en avait bu plus qu'eux, gardait une part de son esprit bien plus éveillée. Que c'était grisant de se vautrer dans la gourmandise ainsi alors que tout le monde le voyait, en était conscient, et ne disait rien. De Vallmont l'ignorait sciemment, Geoffroy prêtait plus grande attention à sa propre pitance, le chevalier dont Théophile ignorait le nom semblait pour sa part presque envier son allégresse tandis que Christian, lui, l'imitait en veillant à vider et remplir ses verres selon le même rythme que Théophile, sûrement en bonne part pour inhiber la douleur que lui faisait encore sa blessure. Fernand de Rovec jugeait certainement l'errant en cet instant, mais de toute manière ce dernier s'en amusait plus qu'autre chose.
Test d'endurance (jet par MJ Bugman) 7, réussite de un.
Étant donné la quantité d'alcool qu'il a bu, on peut croire que Théophile n'est pas tout à fait maître de lui même, pourtant il semblerait qu'il soit encore conscient et alerte lors de ce qui suit.

D'un coup, Théophile sent quelque chose. La force surnaturelle qui avait pris place dans ses tripes pour lui permettre de digérer tout ce que son appétit lui mettrait dans l'estomac parut se déplacer, et sa tête fut gagnée d'une inspiration brutale. Il fit rouler ses yeux sur l'assistance, remplit à nouveau son verre, et le leva devant ses yeux pour le contempler d'un regard où se lisait un chagrin mépris mêlé d'une étonnante résignation. Dans un langoureux effet théâtral, il se leva brusquement de sa chaise, renversant un peu de vin sur la table au passage. Tous les regards se tournèrent vers lui. Très précisément, il souriait intérieurement, mais grimaçait extérieurement. En cet instant de perdition totale où il ne retrouvait plus le sens de son esprit, si tant est qu'il en ait jamais eu un, l'inverse eut été autant pertinent. Il déclama d'une voix forte et déchirante, que rendait tremblotante les écartèlement théâtraux qu'il lui faisait subir pour lui donner plus de candeur morbide et de rage tranchante, ces vers acides:
"Ô de notre bonheur toi le fatal emblème
Salut de la démence et libation blême,
Ne crois pas qu'au sombre esprit du corridor
J'offre ma coupe vide, où souffre un monstre d'or
Je t'observe avec ire, seigneur des linceuls
Depuis au delà de nos plans j'aperçois ton œil
Flétries de galimatias abscons, tes infâmes spores
Se déversent sans un bruit sur la masse de nos corps
Corrompu dans ton être, tes cris sont bondissants
Des flammèches violettes qui brûlent en gémissant
J'aperçois tes longs crocs, tu viens pour nous châtier
Nous les non encore morts lassés de se cacher
Tu heurtes la vision, ta masse se contorsionne
Je fuis ta colère, supplie que tu pardonnes
Un sang généreux enfin nous anoblît
Quoi est ce donc de cela qu'on se nourrit ici ?
Messieurs buvez! Mesdames dormez!
C'est dans notre sommeil qu'il vient nous égorger
Qui se rit avec orgueil de sa néfaste influence
Connait avec effroi d'indicibles dépendances
L'ombre crie et se rompt, les miasmes se déversent
Et ce temps là je tombe comme une averse
Nul…"

Et ce dernier mot rompit le charme. Sa transe lyrique cessa comme elle avait commencée. Dans le silence soudain de l'assemblée, il avait parlé en fixant cette créature d'autres plans d'existence que même ses yeux à lui ne pouvaient voir. Puis son regard avait coulé sur chaque membre de l'assistance, tous glacés, certains tremblants. Puis son silence. Sa tête lui tournait. Rendant fière figure du dernier vers de son immonde poème, il laissa ses jambes se dérober sous lui et tomba, se laissant choir en pleine conscience pour se soustraire à une chose que son esprit lui faisait taire. On crut qu'il était ivre. Bien mieux: il était fou.

Il avait fallu qu'on le soulève et le porte par les épaules jusqu'à sa chambre à coucher tandis que ses lèvres s'agitaient encore pour extirper des verbes inintelligibles. Sommeil et ivresse n'étaient que deux précipices menant vers un même rêve, et lorsqu'on le plaça, avec assez peu de ménagements sur son lit, il s'agita un peu, chassa les valets d'un geste et se roula dans ses draps. Il finit tout de même, dans un effort proche du somnambulisme, par se tirer, yeux à semi-clos, du lit, pour chercher une robe de nuit qu'il trouva placée à ses côtés. D'un maigre regard il ausculta sa chambre. C'était une pièce simple, mais fort mal éclairée. La lumière des lunes ne parvenait pas jusqu'aux tréfonds de cette grotte et l'obscurité était presque totale. C'est presque à tâtons qu'il repéra une étroite fenêtre devant laquelle se trouvait une petite table d'écriture pour rédiger des lettres, et ailleurs une chaise sur laquelle était posée sa robe de nuit. La porte faisait face à la fenêtre, mais il n'eut pas le courage de chercher à voir ce qu'il y avait derrière. Un bâillement secoua son mince visage. Il se gratta la nuque, puis se décida à se déshabiller. Il ôta sa cape qu'il rangea sur la chaise, puis sa tunique et ses chausses. Une fois dévêtu, il resta un long instant debout dans les ténèbres, fixant la noirceur qui flottait devant lui. Il songea. Mais même cela lui était douloureux tant le sommeil gagnait son corps. Cette journée avait été longue et éreintante. Il avait marché le jour durant dans ces montagnes, s'était fait un ennemi par un simple regard, un potentiel ami grâce à un acte charitable, et au final se retrouvait incapable de songer au lendemain. Une part de lui songeait à Christian, et à ce corps si beau qu'il avait tenu si près de lui, à sa merci. Cela excitait certains de ses sentiments qu'il ne comprenait pas encore. Avec de la chance il tuerait bientôt. Il lui fallait s'empresser, il le savait, de conforter sa nouvelle allégeance par des sacrifices pour les puissances de la ruine, mais il ne savait rien encore de ces choses là, et ignorait comment s'y prendre. Faire couler le sang des orques satisferait-il les dieux noirs ? Il espérait que oui. Sinon, si les âmes de ces pathétiques créatures n'intéressaient pas les puissances de la ruine, sans doute pourrait-il compenser en tuant des humains en leur nom.
Il poussa un soupir, et ramassa la robe de nuit qu'il enfila avant de se glisser dans ses draps. Il était assez bien placé pour savoir que les rêves portaient conseil en la matière.
Et les rêves portèrent…
Modifié en dernier par Théophile de Maledané le 22 nov. 2020, 12:11, modifié 2 fois.
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Image "Il les sème derrière lui et ils flottent sur l'horizon
Les lettres se contorsionnent et hurlent en chœur son nom
Les mots sans guide flottent tels des feuilles de nénuphar
Le papier saisit ces péchés d'encre et lentement s'en pare
La lumière s'épaissit et s'altère au contact de ces mondes
Et quand l'œil curieux imprudemment les sonde
Ô sinistre voix de son obscure victoire
L'esprit s'effiloche, se tord sans le savoir
Que de beauté dans ces mânes déchirées
Que de succès pour mon âme tourmentée
Oui, accueille moi aube de souffrances
Insère mon être dans tes mandibules de démence
Que tes crocs disparates sur moi se referment
Je vais rendre…"

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Re: [RP libre][Théophile de Maledané] Une dernière fleur à Montfort

Message par Théophile de Maledané »

Que le froid était bon. Cette divine fraicheur lui glaçant délicatement la peau excitait chaque cellule de son corps. Fut un temps le froid lui était une sensation désagréable à laquelle il faisait tout pour se soustraire, mais il avait découvert à quel point il était stupide de raisonner de la sorte. Le froid était inéluctable, il vous poursuivait partout et chaque hiver vous étiez condamné à grelotter. Pourtant les humains refusaient de faire le simple effort. Ils se tuaient à chercher des moyens de se couvrir ou de repousser cette force mystérieuse qu'est le froid. Des fourrures pour s'en vêtir, du bois pour alimenter un feu… ils tentaient tout quand il suffisait de réfléchir et de faire ce simple, ô si simple effort. Il suffisait d'y penser, de le songer, de le vouloir, pour que d'un coup le picotement de froid qui court sous la peau se change en agréable caresse chaleureuse. Oui, il suffisait de faire cet effort là, simplement, de chercher dans son propre esprit le problème et de le supprimer. C'était par pur conformisme que les humains souffraient du froid. Il suffisait de comprendre que le froid n'était pas nécessairement désagréable, qu'il pouvait devenir un véritable plaisir. Il en allait de même de toutes les souffrances, on pouvait les transmuter en plaisirs. La souffrance et la douleur étant des choses inéluctables, les changer en jouissances était le simple et meilleur moyen d'être en permanence heureux. Au fond, c'étaient les autres qui n'avaient rien compris, eux qui voyaient l'inéluctable en général comme un fléau. Étaient-ils trop bêtes ou trop faibles pour faire cet effort intellectuel, pourtant si simple ? En tout cas, lui, il savourait le froid comme il savourait tout ce que le monde lui envoyait d'affliction. C'était ce que lui avait révélé l'une des voix, celle dont le bruit semblait le bourdonnement de nuées de mouches.
Quoi qu'il en soit, Théophile se sentait bien ici. Il était dans le noir le plus total. Il avait froid. Il ne se sentait pas tout à fait seul. Il était entouré de la brûlante froideur de ses protecteurs. Dans cette pénombre aveugle, il serrait ses bras sur ses maigres côtes et se balançait de gauche et de droite avec une joie d'enfant, comme s'il se berçait lui même. Autour de lui, le silence était un ricanement sorti de milles gorges en souffrance. Lui même mêlait sa voix à cette platitude embrasée, chantonnant de sa voix d'enfant une berceuse apaisante. Ô que le froid était bon. Ô que ce silence était rassurant. Que les ténèbres étaient inspirantes.
Mais dans une mimique sourde, comme si un tac de trop avait retenti quelque part dans l'espace temps, Théophile un instant se tût. Il laissa sa voix se rétracter comme un mauvais tragédien qui, suivant le script à la lettre, s'arrête sans explications pour laisser la réplique suivante lui répondre. Une voix s'éleva, une voix qui avait cette sorte de clarté indicible, étonnante dans cette aura de ténèbres opaques.
"J'entends tout !"
La voix était relativement faible, comme le rayon d'un phare qui pointe dans la direction opposée, elle semblait chercher à qui elle s'adressait.
"J'entends tout !"
Théophile qui crut voir venir un nouvel ami partageant sa vertueuse souffrance se redressa sur ses courtes jambes de petit garçon, eut un sourire innocent, et levant une petite patte vers la direction où il cherchait la provenance de la voix, il demanda, pantelant, dans le noir:
"Vv… vous entendez les v… voix, vous aussi ?"
Il avait un sourire hilare et bête, s'attendant à ce qu'il ne lui arrive que du bien. Mais alors un tremblement étrange fit vaciller les ténèbres. Elle bougeait, elle fuyait, l'obscurité chérie détalait devant ce qui approchait.
"J'entends tout !"
Et du sein de la mer de noirceur, une balafre hideusement dorée se manifesta. Un trait de lumière paralysant et intense, si irradiant de malheur et de stagnante oppression, se fit paraître sans coup férir tel un monstre cauchemardesque se délectant de la terreur qu'inflige sa seule intolérable présence.
"J'entends tout !"
Théophile veut crier mais sa gorge est paralysée, comme crispée par les mains d'une force immonde et dure comme l'acier. La délicatesse de l'obscurité sur sa peau fine s'éloigne au profit d'une glaçante brûlure qui heurte son fragile être avec la violence d'un maillet. Les voix, ses alliés, s'emportent en cris de haine à l'encontre du nouvel arrivant. Insultes et colères se dépêchent comme des tentacules noirs et visqueux contre ce rempart mouvant de lumière absconse qui, inarretâble, rejette ces grappins noirs et se meut comme une limace horrible vers le pauvre enfant terrifié qui cherche par tous les moyens de son corps à se libérer d'une étreinte incompréhensible et paralysante.
"J'entends tout !"
Les voix amies continuaient de fustiger ce colosse de clarté intolérable, lui rappelant sa place et sa faiblesse. "Va-t-en ! Tu n'as aucun pouvoir ici !" "Fuis comme tous les lâches de ton espèce. Ta présence nous importune !" "N'approche pas abomination ! Celui-ci est déjà à nous ! Tu ne l'auras pas." "Va donc dépenser ce qu'il te reste d'énergie sur des êtres plus à ta portée s'il en reste encore en ce monde. Celui-ci est sous notre protection."
La masse rempante et dorée ralentissait son allure clairsemée, semblant hésiter. Mais encore une fois elle répéta à Théophile, plus distinctement que les autres fois:
"J'entends tout !"
Une femme, vêtue d'une robe pourpre à la mode bretonnienne se tenait perchée au sommet d'une tour. Ses cheveux noirs de jais étaient découverts. Elle retira ses gants noirs qu'elle posa sur un créneau, puis elle leva un pied qu'elle posa sur le rebord. Elle se pencha et, d'une impulsion se jeta dans le vide. De là où il était, Théophile voyait l'ensemble en plan fixe, la tour, la femme, le sol. Et dans un réflexe incontrôlable il ouvrit une gueule garnie de crocs pointus, pointa vers elle un doigt crochu, et avec un éclat de rire horrifique et atrocement muté il cria aussi fort qu'il le pouvait:
"AH AH AH ! MEURS DONC ! MEURS DONC PROSTITUÉE ! MEURS ! TU L'AS MÉRITÉ !"
Puis, de honte, il se cacha la bouche avec ses petites mains d'enfant, et comme une fillette apeurée qu'il était, il se replia sur lui même en demandant pardon et en pleurant à chaudes larmes. Il se mît en boule, la tête entre les épaules, et laissa couler tant de larmes qu'il eut peur de se dessécher. Il eut envie de partir, d'en finir, de ne plus rien voir, alors il se força à ouvrir les yeux. Il se força, se força, alors qu'un cri de souffrance lui parvenait depuis l'endroit de la chute. Il se força. Il se força, il se forç…

* * *
Et Théophile se réveilla enfin. Il fallut plusieurs longues secondes à son esprit pour se rappeler, d'une part où il était, et d'autre part qui il était. Tout lui revint comme un fil alors qu'il se levait de son lit. Il scruta la pénombre de sa chambre, comme pour constater qu'il n'était plus dans un rêve. Non, vraisemblablement il était éveillé. Aucun de ses rêves n'était aussi moche. Et puis, il avait une féroce et redoutable envie de faire pipi.
Il se tira de ses draps avec la plus grande peine du monde, et s'étira les membres. Il eut un instant de vertige comme il s'était levé brusquement et dut se tenir à la table pour ne pas s'évanouir. Le voile noir enfin passé, Théophile bailla. Il s'ausculta lui même rapidement, constatant deux choses, l'une que le rebord de son lit avait été si fortement pressé contre sa cuisse qu'il en avait encore mal, et l'autre que son envie d'uriner était telle que sa robe de nuit en était déformée à l'endroit qu'il ne sied guère de nommer. Tout en reprenant ses esprits il se caressa mollement et d'une main distraite les cheveux pour constater s'il n'avait pas été décoiffé, puis d'un œil un peu moins endormi, il chercha la porte. Il ne lui semblait pas avoir vu de pot de chambre ici, mais il devait bien y avoir, quelque part, des latrines dans ce maudit fortin.
Test pour entendre à travers la porte, jet effectué par MJ Bugman: 18. Encore un échec à la façon de Théophile. On applaudit bien fort.
Peut-être y eut-il une étincelle au moment ou sa main se posait sur la poignée, un semblant d'hésitation qu'il ne s'expliqua pas, un frisson, un étonnement impromptu. S'il avait tendu l'oreille à cet instant il aurait sans doute perçu quelque chose, mais son empressement et son hébètement étaient tels qu'il ne songea pas un instant, ouvrit la porte et se précipita dans le couloir avec le mince espoir que personne ne le surprendrait. Hélas, dans son mouvement, et avant même que ses yeux n'aient perçus les formes qui se dessinaient dans cette semi pénombre éclairée seulement par une bougie, son épaule gauche toucha quelque chose de mou et de chaud, qui poussa un juron. Comme par réflexe, Théophile dirigea ses mains vers la chose pour la tâter et comprendre ce dont il s'agissait. C'était agréable au toucher, mais ça lui répondit d'un grognement en le repoussant avec virulence.
"Mille million de ventrebleu ! Sieur de Maledané ?
- Tiens, la voix de Fernand…"
Théophile, toujours un peu perdu, se frotta les yeux et regarda plus distinctement. Il était blotti tout contre le chevalier errant dont la face était illuminée par la bougie qu'il tenait à la main. Théophile colla son bras contre le torse de Fernand pour s'assurer qu'il était bien réel, puis recula d'un pas avec une mine surpris.
Un rire se fit entendre à sa droite. Bien que la lumière soit chiche, il n'y avait pas beaucoup à hésiter avant de reconnaître l'épaisse silhouette de Sieur de Vallmont. Théophile se trouvait maintenant entre les deux, ne comprenant pas comment il était passé de sa chambre à cet endroit. Il faisait encore nuit, pourtant les deux hommes étaient habillés, là où Théophile était encore en robe de chambre. D'ailleurs il en conçut une certaine gêne, d'autant que ce vêtement fin et léger ne dissimulait pas une certaine bosse mal placée. Théophile joignit ses deux mains en avant et se redressa, comme un enfant de cœur, il adopta sa mine la plus innocente.
"Messire ? Je ne… heu… ne fait-il pas encore nuit ?

- Si fait. Mais…" De Vallmont le regarda de la tête aux pieds, hésitant. "En fait nous parlions justement de vous avec sieur de Rovec, et je défendais l'idée que…
- Inutile de vous en préoccuper, sieur de Maledané." Interrompit Fernand de Rovec avec une certaine fermeté. "Nous vous expliquerons tout le matin venu. En attendant…"
Qui que ce soit d'un peu plus alerte aurait clairement distingué qu'aucun des deux n'était tout à fait à l'aise, surtout Fernand qui semblait au seuil de la panique. Théophile avait beau être presque nu et désarmé, Fernand le regardait tout de même avec une crainte drapée dans son mépris, et se reculait encore comme s'il tenait à être hors de portée des mains de Théophile.
Ce dernier haussa peu vigoureusement un sourcil.
"Il y a quelque chose que vous devez me dire ?

- Non non.
- Fort bien. En ce cas, je vous prie de m'excuser mais je vais… où allais-je déjà ?"
Il tourna sa tête vers les deux extrémités du couloir.
"Y a-t-il des latrines à cet étage ?"
Aussitôt, Fernand bondit sur l'occasion et désigna à Théophile la direction opposée à celle que lui et le gouverneur suivaient.
"Par là !
- Oh…
- Allez-y, ne vous inquiétez pas de nous. Nous ne faisions que passer."
Peut-être les dieux, ou un dieu, avait-il prévu en réveillant Théophile à cet instant précis, que l'errant corrompu mettrait le doigt sur quelque chose de particulier. Pourtant, Théophile resta plus intéressé par sa vessie que par les balades nocturnes du gouverneur de Fendroc et de Fernand de Rovec. Il salua prestement les deux chevaliers et se tourna vers sa destination pour s'y rendre sans se retourner. Alors que les deux hommes dans son dos disparaissaient avec empressement, lui marchait calmement dans le noir. Le froid de la pierre faisant légèrement grelotter ses pieds et ses mollets nus.

En retournant se coucher, Théophile avait presque oublié cette rencontre nocturne. Il se tourna mollement dans son lit pendant quelques petites heures avant qu'un trait de soleil filtrant par sa fenêtre vienne justement poindre douloureusement sur son visage, l'éveillant dans une grimace de désagrément. Il se releva et se trouva étonnamment bien réveillé. Son corps avait bien géré l'alcool ingurgité la veille, aussi il bondit sur ses pieds et s'étira chaque membre avant de s'habiller. Sa toilette faite, Théophile se rendit sans surseoir dans la salle principale où avait eu lieu le banquet de la veille. Il souhaitait s'entretenir avec le maître des lieux sur la façon dont devrait s'organiser les défenses du fort. Cette fois son esprit était centré sur ce qui était vital, et il se sentait prêt à affronter cette journée et toutes les surprises qui pourraient venir avec. Du moins le croyait-il.
Théophile de Maledané, Chevalier bretonnien chaotique
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Image "Il les sème derrière lui et ils flottent sur l'horizon
Les lettres se contorsionnent et hurlent en chœur son nom
Les mots sans guide flottent tels des feuilles de nénuphar
Le papier saisit ces péchés d'encre et lentement s'en pare
La lumière s'épaissit et s'altère au contact de ces mondes
Et quand l'œil curieux imprudemment les sonde
Ô sinistre voix de son obscure victoire
L'esprit s'effiloche, se tord sans le savoir
Que de beauté dans ces mânes déchirées
Que de succès pour mon âme tourmentée
Oui, accueille moi aube de souffrances
Insère mon être dans tes mandibules de démence
Que tes crocs disparates sur moi se referment
Je vais rendre…"

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Théophile de Maledané
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Re: [RP libre][Théophile de Maledané] Une dernière fleur à Montfort

Message par Théophile de Maledané »

"Bon matin gentils messieurs !"

S'exclama Théophile en franchissant la porte, sa réplique transpirant une joie de vivre si puérile et décomplexée qu'elle ne pouvait assurément émaner que d'un être névrosé et désespéré cherchant sans espoir le courage de continuer à inspirer et expirer de l'air lors des prochaines vingt-quatre heures.
Lui répondit l'écho de sa propre voix dans une grande salle vide. Presque vide en fait, puisqu'une paire d'yeux se posèrent sur lui avec un calme qui apaisait presque à lui seul la brûlante gêne de cette situation.

"Bon matin, sieur de Maledané. Du moins je le vous souhaite meilleur que le mien."

C'était le seul chevalier dont Théophile n'avait pas encore entendu le nom. Il l'avait vu la veille, lors du banquet, un homme sombre, blanc comme un mort, aux longs cheveux noirs et à la barbe courte mais dense comme une forêt de buissons épineux.
Image
Sa mine allongée sembla prendre un peu d'éclat lors de l'entrée rayonnante du beau Théophile. Pour un instant du moins.
Sa silhouette drapée d'habits noirs était ici un tableau des plus navrant. Théophile se fit la réflexion qu'en guise de peinture il aurait appelé ce que cadrait justement son champs de vision: «seuil navrant», ou bien «faut-il…?» ou bien encore pourquoi pas, «déplorable déploration». Ce dernier titre lui paraissait plutôt pas mauvais.

L'homme se tenait sur une chaise, pour la moitié inférieure de son corps en la posture de l'avachie et la moitié supérieure de celui qui se clos sur lui même. Devant ses bras croisés sur la table, un verre et un pichet, tous deux remplis de vin, patientaient sans qu'il ait même le courage de plus en boire. Sans doute sa tristesse désolante eut elle été discrète, s'il y avait eu qui que ce soit d'autre dans la pièce. Mais de fait, point de foule, juste des murs tapissés d'un blanc sobre où se découpait la silhouette du noir chevalier.
Théophile se rendit compte qu'il en savait fort peu sur cet individu. Était-il seulement noble ? Habillé de sombre et renfrogné comme il l'était, il n'en avait presque pas l'air. La curiosité du chevalier errant fut piquée, et comme un caprice il eut envie de tout savoir sur cet individu, de le mettre dans sa poche. Alors, avec une grâce aérienne, il vint en un mouvement large en fioritures mais à la douceur céleste s'asseoir sur une chaise juste à côté du sieur esseulé. les pupilles légèrement dilatées, la tête penchée à droite en révélant la fraîche blancheur de son jeune cou, Théophile demanda avec une innocence toute feinte mais une préoccupation réelle :

"Qu'est-ce donc qui vous fait le matin si pénible messire… messire… ?

- De Villegagnon. Henry de Villegagnon.

- Salut, alors, sieur de Villegagnon."

Et Théophile de lui offrir une poignée de main.

"Je m'inquiète de vous voir si morne. Racontez moi tout !"

Le chevalier lui faisant face parut immensément surpris, mais un sourire, comme d'apaisement, secoua un coin de sa barbe dense.
Puis disparut comme son regard devenait soudainement plus triste et se détournait de Théophile pour pointer vers le vide.
L'errant corrompu comprit alors quelque chose qui l'ébranla profondément. Il se reconnaissait en cet homme. Dans cette posture, il se voyait lui même, mais ce qu'il avait sous les yeux était une version plus barbue, plus usée, ne s'étant jamais, comme lui, libérée de ses entraves. Il vit dans son regard les yeux d'un homme qui cherchait depuis des années le courage de pleurer, et qui en cet instant faisait tout pour retenir les larmes tant attendues car il était observé par quelqu'un.

Je connais...
Tu connais...
Il connait...
Nous connaissons en effet.
Ah ! Tu te reconnais dans ce faible ?
Vois ce que tu aurais pu devenir si tu n'avais pas prêté l'oreille aux conseils de la folie.
Je veux l'aider. Le prendre sous mon aile au plumage chatoyant et m'en servir.
Oui ! Ouiiiiii ! Prends le pour toi !


Finalement, Théophile réagit. Était-ce par pur calcul, ou bien une autre raison ? Lui même n'aurait su le dire. Il toucha doucement l'épaule de son interlocuteur en disant:

"Je vous sens pris d'une violente tristesse. Mais pourquoi ?

- Je vais vous dire pourquoi… J'ai honte de faillir ainsi devant vous cependant. Je ne devrais pas gâcher l'orgueil de la jeune génération de chevaliers avec mes… pessimistes visions."

Il chercha le regard de Théophile et le trouva, prêt à le recevoir.

"J'ai servi sire de Vallmont pendant deux décennies. J'ai rapidement prêté serment à sa personne, alors que j'étais à la fin de mon errance, jurant de défendre ce fort et de garder le secret de son existence. Mais en ce jour j'ai l'impression que de Vallmont m'a trahi… qu'il a… En fait j'aurais dû m'en apercevoir avant."

Il prit son verre d'une main presque tremblante et but une rasade pour se redonner du courage.

"Savez vous, ce sentiment qu'on vous fait faire des choses… pour ensuite rejeter toute la faute sur vous… mais que dis-je ? Non, vous êtes bien trop jeune. Mais par où commencer ?
Vous avez sûrement pu deviner que sous ce fort se trouve une mine secrète. On extrait de l'or en quantités impressionnantes. Les mineurs sont soumis à des règles très strictes, car l'existence seule de cette mine est un secret. Elle n'est présente sur aucune carte, et quiconque en parle…"


Il s'abstint de finir cette phrase.

"Le gouverneur m'a chargé depuis longtemps déjà de gérer les mineurs. De m'assurer qu'ils travaillent correctement et… suivent les règles. Mais récemment, comme les orques ont envoyé des menaces, sieur de Vallmont a pris des mesures que je… que même moi je ne cautionne pas. Plutôt que de leur ordonner de rentrer chez eux, loin d'ici, pour les mettre en sécurité, il leur a tout bonnement interdit de quitter les mines. Il prétend qu'il aura besoin de leurs bras pour défendre le fort face à l'attaque des peaux vertes, mais il a surtout peur de ne pas rentabiliser sa mine. Il sait que beaucoup d'entre eux vont mourir, alors il les fait travailler sans trêve, sans dormir, depuis plusieurs jours, pour qu'ils rentabilisent les pertes."

Il prit une grande inspiration. Théophile l'écoutait, son visage se déformant au fur et à mesure pour imiter ce que serait celui d'un homme horrifié.

"Ils tombent comme des mouches. Ils tombent de fatigue, se blessent, ou se révoltent. Et je dois gérer ça. Je dois réprimer… encore… et encore… et encore… je… je n'arrive plus à dormir simplement, lorsque je suis dans mon lit, mes bras s'agitent comme pour ordonner encore aux hommes d'armes de frapper. J'ai eu beau implorer le gouverneur, il m'a ri au nez. Il rit toujours. Il croit, ou prétend croire que c'est le devoir des serf de crever à la corvée, comme un simple combustible à son économie. Mais… je ne crois pas que ce soit le cas."

Il se tut. Théophile pensa à dire quelque chose, mais il préféra rester silencieux et passer un bras par dessus l'épaule du chevalier, un geste très osé, un contact qui ne seyait point à la noblesse, mais que pourtant Henry de Villegagnon accepta presque sans s'en rendre compte.

"J'ai cru que je pourrais vivre toute ma vie sans jamais remettre en cause le jugement du gouverneur… mais cette nuit ça a été… ça a été…

- Que s'est-il passé cette nuit ?

- Vous n'êtes pas au courant ? Il n'est pas venu vous le dire cette nuit ?"

Théophile haussa les deux sourcils.

"Me dire quoi ?

- Il est vrai que vous nous aviez déjà quitté, hier, quand il a évoqué cette histoire. Ah, quelle impressionnante insouciance. J'aimerais pouvoir m'amuser comme vous l'avez fait…
Enfin, sieur de Vallmont a évoqué la légende selon laquelle il existerait, dans la région, une fleur au nom… franchement imprononçable… qui apporterait la victoire à celui qui la trouve. Et cette nuit, en catimini, pfuit."


Avec un sourire triste, il mima de la main le mouvement de quelque chose qui s'envole.

"Que voulez vous dire ?"

- Ce sal… ce cher Fernand de Rovec a convaincu le gouverneur de partir à la recherche de cette fleur. Cette nuit ils sont venus uniquement me prévenir qu'ils partaient et me laissaient le fort. Alors que les orques sont sans doute à moins d'un jour ou deux de nous tomber dessus. De Vallmont, son fils et de Rovec sont partis avec armes et armures à la recherche de cette… fleur… nous laissant à nous deux ainsi qu'à cet infirme de Christian le soin de défendre SON fort."

Un mot, le seul depuis le début de ce discours, avait été prononcé plus haut que les autres. C'était là la manifestation la plus foudroyante de colère que puisse manifester Henry de Villegagnon.

"Mais… mais c'est terrible. Le gouverneur vient bien de fuir le fort qu'il a devoir de défendre juste avant l'attaque. Il a détalé comme un voleur en vous laissant avec ses responsabilités ! Et les mineurs… ces gens sont coupés de leurs familles ! Emprisonnés alors qu'ils sont innocents ! Je comprends maintenant pourquoi j'ai aperçu, hier, Fernand qui pourchassai l'un d'entre eux. Le pauvre homme avait réussi à s'enfuir…"

Théophile se leva brusquement et marcha en rond avec colère.

"Ce Vallmont… Ce Vallmont… il n'a rien d'un chevalier ! Rien ne nous dit que cette histoire de fleur n'est pas une fabulation pour pouvoir être loin quand les hordes vertes déferleront sur nous, ou lorsque les mineurs réclameront justice. Il veut faire tomber toute la culpabilité sur vous qui êtes innocent ! C'est hideux !"

Henry resta coi quelques instants, le regard perdu.

"Je ne crois pas qu'il nous abandonne… le reste de sa famille est encore ici, dans le fort…"

Théophile se rapprocha soudain, les deux mains posées sur la table, son buste souple penché en avant jusqu'à ce que son visage soit presque au contact de celui du sieur de Villegagnon. Ses longs cheveux pendouillaient devant ses épaules, accentuant la sensation de proximité. Il y eut une longue, très longue seconde de silence pendant laquelle Théophile le regarda dans les yeux, puis sourit.

"Alors c'est peut-être notre chance. Sieur de Villegagnon, vous avez fidèlement servi ce gouverneur pendant des années, mais il a rompu ses serments avant vous. Vous vous êtes livré à moi, et vous n'êtes pas un homme froid et insensible comme vous essayez de vous en persuader. Vous n'avez aucune envie de porter le poids de la responsabilité de tout ce qui arrive dans ces mines. Seul vous n'auriez pas pu grand chose, mais à nous deux…"

Et il lui tendit une main, Henry la regarda, décontenancé, il réfléchit, puis la lui serra.

"Au fond j'y songeais moi même." Dit-il. "Je serais criminel si je laissais les choses telles qu'elles sont."

Les deux hochèrent unanimement la tête.

"Quels sont les effectifs du fort ?

- Les hommes d'arme sont soixante-dix en comptant les officiers. Les mineurs deux cent trent… non, deux cent vingt huit." Un soupir. "Trois hommes ont été blessés au cours de la nuit.

- Foi de Maledané, ça ne durera plus ! Le rôle des chevaliers est de protéger les serf, et ce travail intensif, cet esclavage plutôt, ce n'est rien moins qu'un massacre déguisé !

- Vous avez les mots justes, sieur de Maledané."

De Villegagnon se leva en un bloc, le visage plus ferme, redressé dans l'allure décidée de qui compte faire quelque chose qu'il aurait voulu faire depuis longtemps, et jetant sa cape par dessus son épaule en un geste violent, il s'exclama:

"Venez ! Nous allons nous armer, puis libérer les mineurs. Par la Dame, j'entends d'ici les cris de son peuple que l'on tue. Suivez moi, nous descendrons dans les mines et remonterons après avoir remis les choses en leur place. Nul homme ne devrait faire son devoir par la terreur. Nous défendrons tous ce fort, ensemble, par devoir de courage !"

Et les deux hommes de sortir de la salle. Théophile dissimulant son amusement alors qu'il marchait derrière Henry qui ouvrait la marche d'un pas décidé. Théophile ne savait pas encore trop vers quoi il se dirigeait, mais son esprit était en train de tisser des plans et des prévisions pour l'avenir. C'était une sensation immensément gratifiante pour lui, de se savoir saboteur de destins, et modeleur d'avenir. Les voix se confondaient en croassement de corbins satisfaits.
Jets de charisme de Théophile, jets effectués par MJ Bugman: 1, réussite critique.
Décidément, tout s'emboîte comme il faut. Le rouage du destin est enclenché, et les dieux nous regardent.

all according to keikaku
Théophile de Maledané, Chevalier bretonnien chaotique
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Re: [RP libre][Théophile de Maledané] Une dernière fleur à Montfort

Message par Théophile de Maledané »

Théophile ne savait pas encore vers quoi il allait, mais à n'en pas douter il avait mis le doigt sur une faiblesse qui était à la fois celle du fort et celle de Villegagnon. Avec verve, il persuada son camarade qu'il leur fallait par tous les moyens faire remonter les mineurs à la surface, briser leurs chaines, et s'assurer que tous les hommes en ce fort soient prêts à se battre fièrement lorsque les orques viendraient.

Les tréfonds puaient la mort et la sueur. La suie des torches avait noirci tout ce qui aurait pu être blanc en ces lieux. Les murs, les corps, les âmes…
Les mineurs n'avaient pas dormi pendant des jours, sinon lorsqu'ils s'évanouissaient. Ils étaient faibles, blessés, éreintés, mais ils avaient une chose qui leur conférait l'avantage: rien à perdre.

Pourquoi n'eurent-ils aucun mal à se fier au discours de Henry de Villegagnon ? Ils auraient pu se fier à n'importe quoi et n'importe qui. Une voix dans les ténèbres venait leur crier leur souffrance et leur libération. Une autre s'y joignit, appelant à haïr le gouverneur, le seul responsable. Ils étaient de bêtes bretonniens, formatés par des millénaires d'obéissance, l'idée même de se révolter contre la noblesse en tant que tel ne leur serait jamais venue à l'esprit. Mais avec deux chevaliers de leur côté, ils crurent que leur cause était donc juste. Ils avaient besoin de cette présence, car sans elle ils se pensaient incapables de quoi que ce soit, mais avec ils se croyaient invincibles. Les quelques contremaître qui refusaient de faire quoi que ce soit en l'absence du gouverneur se firent défoncer le crâne à coup de pioche. Henry aurait dû s'apercevoir à ce moment là que tout allait échapper à son contrôle, mais il n'en fit rien. Lui même tant séduit par Théophile, il était empli de haine.

"Remontez à la lumière avec moi ! Prenez vos pioches et toutes les armes que vous trouverez ! Si la garnison corrompue nous bloque la voie, nous la balaierons !"
Daine et Djinn m'ont fait des jets de dés sur Discord pour régler les détails de cette bataille. J'expliquerait comment j'ai géré la chose à la fin du post pour ne pas "divulgâcher". Pour autant, dites vous que le résultat global était couru d'avance.

Les mineurs étaient à quatre contre un, et l'effet de surprise fut total. Il n'y avait que soixante hommes d'armes de faction dans le fort, et ils s'attendaient à tout sauf à une attaque de l'intérieur. Le secteur de l'infirmerie où se trouvaient dix hommes plus ou moins légèrement blessés, ainsi que Christian de Neuville, fut intentionnellement contourné. Ces hommes entendirent le raffut et le choc des combats, mais ils avaient reçu l'ordre en cas d'assaut de se retrancher dans l'infirmerie et de n'accueillir que les blessés qu'on leur enverrait. L'attaque des mineurs, menés par leurs deux chevaliers, fut si bien menée qu'on sécurisa en premier les alentours de l'infirmerie, la coupant de toute information. Dans les ténèbres des tréfonds du fort où se trouvait cette section, on croyait que les orques étaient à l'origine de l'attaque.

Les mineurs purent difficilement exploiter leur nombre, car ils se battaient dans les étroits couloirs du fort. Les hommes d'arme, équipés de haches et de rondaches, et protégés par des jaques, purent, l'instant de surprise passé, répliquer avec virulence aux assauts adverses. Ils formèrent des murs de boucliers dans les couloirs, et avec des coups de hache mesurés qui taillaient comme de rien les chairs sans défenses des mineurs, ils érigèrent des murailles de cadavres devant eux. Mais les mineurs ne reculaient pas. Ils brandissaient de lourdes pioches avec une haine féroce, et le fer passait au travers toutes les défenses. Lors de la première escarmouche, Théophile intervint derrière les mineurs, les appelant à être impitoyables, mais lorsqu'un groupe d'hommes d'armes déposa les armes, les mineurs exténués déjà acceptèrent cette reddition puis se lancèrent plus avant à l'assaut.
(Théophile encourage à la cruauté:16)
Les hommes d'armes étaient dispersés par petits groupes et, grâce aux indications de Henry, ils étaient aisément pris au piège, attaqués par les deux côtés d'un couloir. Lorsque le premier groupe fut ainsi pris en étau, les hommes se rassemblèrent vite épaules contre épaules. L'officier qui les menait ordonna à ses hommes de ne pas quitter cette position. Pourtant, encouragé par le fait qu'un groupe déjà s'était rendu en abandonnant le combat, Henry de Villegagnon émergea de la masse des mineurs furieux pour implorer les hommes d'armes de se rendre sans effusion de sang. Le sergent, au centre de son cercle de bouclier, lança au chevalier un regard au mépris infini.
"On n'a d'ordres à recevoir que du gouverneur de Vallmont !"
Le sieur de Villegagnon vit alors les mineurs se jeter sur les hommes d'armes avec une frénésie redoublée. Ils avaient vu le sergent mépriser le chevalier, leur chevalier. Cela éveillait en eux une fibre d'agréable justification de leur violence. Les hommes d'armes se battirent, tuèrent, des dizaines d'hommes s'effondrèrent en pleurs en tenant leurs membres sanglants avant que le mur de boucliers ne s'effrite et s'écroule. Tous les hommes d'armes furent tués.
Henry encourage la clémence: 16)
Par la suite, les mineurs furent plus furieux que jamais. Ils hurlaient qu'il leur fallait tuer tous les hommes d'armes, et Théophile, l'esprit fendu en deux par son immense sourire de corbin, encourageait avec charisme à la férocité la plus impitoyable. Le groupe de soldats suivant eut beau vouloir se rendre, Théophile lui même se jeta sur eux avec les mineurs. Le massacre fut total, et on s'enivra de sang.
(Théophile encourage la cruauté: 4)
Par la suite, la violence ne fit que monter crescendo. Alors que sieur Henry tentait chaque fois qu'il le pouvait de demander aux soldats de déposer leurs armes, aucun n'obéissait. Le doute et l'incompréhension leur fit perdre toute raison, et ils se battaient sans réfléchir. Chacun des deux camps se fit de plus en plus extrême et plus virulent.
(Henry encourage la clémence: 15)
Dans le même temps, Théophile exultait. Discret, il voguait d'un lieu à un autre dans la marée d'hommes sales qui l'encourageaient avec des:

"Nous sommes avec les chevaliers en noir ! Ceux en noir sont nos chevaliers !"

Théophile encourageait, et achevait les blessés au sol. Chaque fois qu'il voyait un homme d'armes cesser de combattre, il criait qu'on le tue, et on le tuait.
(Théophile encourage la cruauté 5)
En désespoir de cause, les derniers hommes d'armes, courant et fuyant à travers des couloirs où la mort les guettait de tout côtés, ne purent que se réfugier en haut du fort quand les mineurs remontaient des profondeurs. Là, il y avait le symbole le plus improvisé de la victoire: les appartements de sieur de Vallmont.
Il y avait un étage entier pour sa famille, sa femme et ses enfants, mais ils se réfugièrent tous dans une seule chambre devant laquelle le restant des hommes d'armes non morts ou rendus s'attroupèrent en un mur de boucliers.
Les mineurs étaient tous barbouillés de sang. La fatigue des derniers jours ne les avait pas quittés, mais ils avaient fait exploser leurs dernières réserves d'énergies dans la bataille. Il y eut un instant de flottement incroyable, où les deux camps se regardèrent en chien de faïence. Alors, le chevalier Henry émergea, la foule s'écartant sur son passage. Avec la force d'un espoir mutilé, il implora les hommes d'armes de se rendre en leur promettant qu'il ne leur arriverait rien. Mais comment aurait-il pu être convaincant, chevalier noir émergeant d'un océan de gueux ensanglantés. On lui cracha une insulte.
(Henry encourage la clémence: 18)
Aussitôt Théophile émergea avec un cri guerrier que reprirent tous les mineurs. Le dernier assaut commença, sanglant, improbable, absurde au delà de toute conception. On eut cru un instant que les corps allaient s'accumuler jusqu'à bloquer le passage, mais finalement, harassés, les hommes d'armes jetèrent leurs armes pour implorer sans être entendus.
À la seconde où le combat était gagné, comme le lâche qu'il avait décidé d'être uniquement pour ce genre d'occasions, Théophile se précipita en avant, trancha les gens qui ne bougeaient pas, et encouragea les mineurs à écraser ceux qui restaient. Il poussa un cri de victoire souriant en levant une épée entachée du sang d'un adversaire qu'il n'avait pas lui même vaincu.
(Théophile encourage à la cruauté: 7)
Henry resta prostré devant la porte rougie de sang, complètement hébété. Des frémissements spasmodique faisaient gigoter son épaule et la moitié de son visage. Terrifié et, fasciné, était-ce cela le début de la démence ? Il était pris d'une indécision submergeante, quoi que cela veuille dire. Il tremblait de peur.
À qui avait-il fait serment ? À qui devait-il obéir ? Il voulut se persuader que ce n'était pas de sa faute si cette insurrection foudroyante avait été aussi atrocement violente, mais il s'apercevait par cette occasion qu'il l'avait en fait toujours désirée ainsi.
Il se demanda sincèrement s'il n'était pas encore temps de faire marche arrière, mais c'est alors qu'il aperçut Théophile, triomphant, souriant, au milieu du carnage, qu'il comprit qu'il ne pouvait rien, car Théophile le fascinait et le terrifiait.


L'errant corrompu enfonça la porte, pénétrant avec une fière virulence dans la salle ou quatre jeunes femmes et un garçonnet attendaient épouvantés. Avec une malignité époustouflante, il leur fit une révérence.

"Mesdames, je vous prie de vous rassurer. Ce qui se passe ici n'a rien contre vous. Je suis chevalier, et mon devoir est de protéger la veuve et l'orphelin, aussi je vous assure que vous serez en sécurité. Je sais que vous devez être choqués, mais restez calmes et il ne vous arrivera rien."

En face de lui, ils étaient sous le choc, mais il appela Henry et lui demanda de les faire sortir. Le noir chevalier, surpris, vint et avec une révérence invita les gens à le suivre en dehors de cette pièce. Ils hésitèrent bien, mais au fond Théophile dans la même pièce qu'eux était plus terrifiant que tout le reste. Sitôt qu'ils furent sortis, l'errant corrompu fouilla la pièce d'un rapide regard. Il vit une dague qu'il saisit et rangea dans son manteau. Pas encore satisfait, il ouvrit avec violence une table de nuit où il saisit quelques pièces avant d'éparpiller le reste sur le sol. Il ne prit pas même la peine de compter ce qu'il avait volé.
En sortant de la pièce, il cria aux mineurs:

"Messieurs, vous avez formidablement combattus. Servez vous de ce que le gouverneur ne vous a pas payé, tout est à vous. Sa nourriture, son vin, son or. Moi et sieur de Villegagnon nous portons garants que ce n'est pas du pillage: c'est une rétribution forcée par les lois de la justice."

D'un pas léger, comme celui fier d'avoir accompli son devoir, il suivit Henry, qui menait en tremblant la famille du gouverneur en fendant la foule. Théophile les montra du doigt.

"Et comme je suis de bonne foi et amoureux de la justice, je vous laisse, vous les travailleurs qu'on a exterminés, décider du sort de ceux là."

Un regard. La surprise était générale. Oh que c'était bon ! Renverser l'échiquier, briser toutes les attentes, les acquis. Il venait en une phrase de retourner dans la boue les privilèges de la noblesse. Son cœur tordu par le chaos avait envie de voir des roturiers juger des nobles. Il était certain qu'un dieu, quelque part dans le labyrinthe de l'absurdité humaine, se réjouissait chaque fois que le monde se retournait brusquement de la sorte.

Devant le regard interrogateur de Henry, Théophile haussa les épaules en souriant.

"C'est eux qui seront les plus impartiaux des juges. Sur ceux, je dois descendre à l'infirmerie. Une chose à régler pour la suite."


La bataille était dès le départ censée être une victoire des mineurs. En discutant via Discord, Djinn puis l'Insondable m'ont lancé des dés sans vraiment savoir comment j'allais les utiliser.

Concrètement, la première suite de dix d20 m'a permis de déterminer les pertes des mineurs: 111.
111. (11 + 6 + 4 + 18 + 6 + 16 + 12 + 18 + 16 + 4 = 111)
Ça veut dire que chaque homme d'arme a abattu en moyenne un peu moins de deux gus environ. Sachant que les hommes d'armes étaient pris par surprise et submergés sous le nombre, et que plusieurs d'entre eux se sont rendus sans combattre, ça me parait cohérent. Les 111 représentent uniquement les morts et les blessés graves (qui concrètement ne passeront pas la nuit)

Ensuite, l'Insondable m'a fait une série de sept jets de d20.
81. (16 + 16 + 4 + 15 + 5 + 18 + 7 = 81)
J'ai décidé de m'en servir comme de test de charisme consécutifs en alternance entre Théophile et Henry de Villegagnon. Pour déterminer lequel des deux commençait, j'ai tiré à pile ou face de mon côté. Manque de pot pour les hommes d'armes, c'est tombé sur Théophile, on a donc eu: 16(Théophile) 16(Henry) 4(Théophile) 15(Henry) 5(Théophile) 18(Henry) 7(Théophile)

Ça s'est joué à vraiment peu que la bataille ait un tout autre aspect. Henry aurait persuadé la quasi totalité des hommes d'armes de se rendre. Le hasard a voulu qu'il en soit autrement. Les dieux du chaos ont parlé.

Théophile de Maledané, Chevalier bretonnien chaotique
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Image "Il les sème derrière lui et ils flottent sur l'horizon
Les lettres se contorsionnent et hurlent en chœur son nom
Les mots sans guide flottent tels des feuilles de nénuphar
Le papier saisit ces péchés d'encre et lentement s'en pare
La lumière s'épaissit et s'altère au contact de ces mondes
Et quand l'œil curieux imprudemment les sonde
Ô sinistre voix de son obscure victoire
L'esprit s'effiloche, se tord sans le savoir
Que de beauté dans ces mânes déchirées
Que de succès pour mon âme tourmentée
Oui, accueille moi aube de souffrances
Insère mon être dans tes mandibules de démence
Que tes crocs disparates sur moi se referment
Je vais rendre…"

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Théophile de Maledané
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Re: [RP libre][Théophile de Maledané] Une dernière fleur à Montfort

Message par Théophile de Maledané »

C'avait été une victoire foudroyante. La plus foudroyante et la plus brutale des victoires. Les vainqueurs comme les vaincus n'avaient pas encore eu le temps de digérer tout ce qui s'était passé en moins d'une journée, sur la décision de deux chevaliers au réveil pénible qui avaient entrainés une sanglante révolte, comme un caprice.

"N'ai-je pas raison ?"

La voix acide de Théophile jetait un froid silence. On avait, en une fraction de seconde, réalisé que quelque chose clochait, dangereusement.
Les mineurs, couverts de sueur et de sang, se tournèrent lentement vers ces êtres qui leur étaient jetés en pâture.
Aussitôt, la mère de famille réagit. Elle dressa sa tête dans cet air dédaigneux des puritains devant des prostituées, les narines retroussées, le menton relevé, avec toute l'assurance qui restait en elle.

"Comment osez vous. Vous n'avez aucun droit ! Si vous touchez à un seul de nos cheveux, mon mari vous fera tous pendre !"

Ses cris restèrent sourds. Le silence lui répondit comme un mur écrasant tout argument. Elle promit que son mari reviendrait les punir tous. Elle poussa des cris. Mais elle était si pitoyable que ses menaces auraient pu faire doucement rigoler sans la gravité de la situation. À la place, un silence religieux se fit. On n'avait plus aucune crainte de ce gouverneur de pacotille maintenant. En fait, après s'être tirés vivants d'un tel bain de sang, la plupart des hommes n'auraient plus été capables de savoir encore ce qu'est la peur pour un bon moment.
Théophile jubilait. Son esprit retors et assoiffé de violence se projetait déjà les images de la foule hurlante mettant en pièces cette pauvre famille. Il les voyait déjà, ces visages rouges, défigurés de colère, s'abreuvant du sang et des entrailles de ces enfants. Il les voyait si bien que ses propres yeux ne pouvaient plus voir les véritables mineurs tels qu'ils étaient. Placides. Essouflés. Blancs. Leurs respirations se calmaient, et ils résonnaient avec plus de douceur et de recul désormais.

"Allons ! Ces menaces sont outrageantes ! J'ai promis de protéger ce peuple. Et puis, vous n'êtes pas juge ici ! C'est à ces braves messieurs de décider votre sort…"

Je sens cette déviation. Les choses ne sont pas telles qu'elles devraient être. J'entends le malaise général. N'est-il pas un peu trop grand ce malaise ? Si ? Mais au fait, pourquoi je me sens mal moi ?
J'ai dit quelque chose de travers ? Non, je suis en train e dire quelque chose de travers. Pourquoi je parle moi ? Attendez ! Ce n'est pas comme ça que ça doit se passer !
Ils me regardent. Ils me regardent. Ils me regardent moi ?
Du calme. Ils ne peuvent pas voir. Non. Ils ne peuvent pas…


"Un tel comportement… mérite… châtiment … n'est ce pas ?"

Ils me voient.
Ils me voient n'est-ce pas ?
Une ombre s'étend sur la foule. Je ne peux pas réfréner une petite fierté gaillarde en réalisant que cette ombre, c'est moi. Et elle est colossale.
Non ! Non ! Parle normalement. Vois leurs regards. Ils te voient. Calme ton jeu.
Je fais une petite révérence, calme, mesurée, et je dis comme pour m'excuser:


"Je… Ça n'est qu'une suggestion… j'entends… je veux dire…"

Pourquoi ça se passe comme ça ? Pourquoi j'entends ma propre voix ?! Arrêtez ! Arrêtez ça ! C'est un supplice ! Tais-toi ! Tais-toi ! Tu fais empirer les choses. Ils vont te voir. Ils vont te haïr. Ils vont te tuer. Laisse… Laisse… Arrête…! Arrête, je t'en supplie !

"Vous…v… VOUS demeurez seuls juges, après tout."

Je souris. Je souris. Pourquoi ? Pourquoi suis-je ici ? Dans cette situation ! Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Il faut que je m'échappe d'ici. Ils en voient trop. Laisse tomber l'affaire et cours ! Et tais-toi donc ! Tais-toi ! Arrête de parler ! Pourquoi je m'entends ?! Je ne devrais pas ! Les choses ne sont pas à leur place ! Je… ARRRRRG !

*
hurle petite ombre, hurle à travers l'éther. appelle, appelle, appelle ta mère. ta génitrice, la grande, l'aube obscure, les ténèbres. chante petite ombre, berce moi dans mon sommeil.
*
Il subit un grand moment de solitude, où sa solitude envahit tout et chacun. Elle empestait. Elle infestait. Elle exultait. En fait, un morceau de son âme s'était fendillé, et on pouvait voir à l'intérieur. Des ténèbres d'une si ineffable noirceur et d'une profondeur si glauque et violacée que toute la salle fut plongée dans l'obscurité où sa silhouette inhumaine, de sang balbutiant et décadent, mutait ses spires rougeoyantes en un sourire plus abominable que le pardon.

"Hem hem. Enfin, voyez cela… vous même. J'ai… une autre affaire qui m'occupe et qui nécessite que je m'y porte. J'y vais sans attendre. À bien…tôt !"

Et Théophile de faire volte face pour déguerpir dans l'escalier. Sans courir, il pressait gracieusement le pas avec une gêne n'étant pas naturelle.
Les mineurs se virent distraits de ce… curieux ballet, par les cris d'un enfant. Le fils du gouverneur, il avait beau avoir fait tous les efforts pour se retenir de pleurer, comme un grand, comme un noble, il éclata aussi brusquement que l'averse. Sa mère, sans même réfléchir, prit le grand garçon dans ses bras. Ses sœurs se pressèrent autour de la figure maternelle, sa grande robe et sa coiffe rappelant la structure protectrice d'une chapelle. Il n'y eut pas besoin de plus de mots. Les mineurs avaient des familles, des femmes et des enfants, et leur plus grand désir était de les revoir. Vivants. Sains. Heureux si possible. Aucun n'aurait eu ni l'envie ni le courage de priver un homme, fut il le pire homme du monde, de sa progéniture. Il est des choses qu'aucun humain sain d'esprit ne peut supporter, ni de voir, ni de subir, ni de faire. Ces braves roturiers étaient sains d'esprit.
Le MJ bugman a réglé la situation en trois jets de dé:
La manche se fera en trois jets, la femme du gouverneur qui menace, Théophile qui encourage au meurtre (sous des faux airs de justice) et les enfants pour le pathos.
- 12, échec, il menace, il tempête mais les mineurs savent qu'il ne peut rien actuellement (et ils l'ont toujours mauvaise).
- 20, soit tout le monde t'as vu prendre une dague, trahir tes serments de chevaliers (ce sont des mineurs mais même le paysan le plus crotté du pays sait qu'un chevalier est sensé défendre les femmes et les enfants) ou autre. Dans tous les cas, il est probable qu'ils te voient tel que tu es, la soif de sang et la haine dans les yeux.
- 4, les pauvres sont en larmes, chaque père dans l'assemblée sent son cœur se serrer.
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pasmoipasmoipasmoipasmoipasmoipasmoipasmoipasmoipasmoi
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Théophile recouvra son calme une fois revenu au bas de l'escalier. Il respira à plein poumon avec son incurable parodie d'une joie de vivre. Devant la porte de l'infirmerie, il s'étira la colonne vertébrale, et se donna de petites tapes sur les joues. Il retrouva vite son sourire, un sourire réussi cette fois, et son assurance qui allait avec. Il savait exactement ce qui lui restait à faire et, mieux comment il devrait le faire. Il avait même déjà en tête le mensonge qu'il sortirait. Il l'avait déjà prévu depuis…
Depuis combien de temps l'avait-il prévu au fait ?
Depuis…
"Tais toi et poursuis le plan."
Théophile ouvrit brusquement la porte menant à l'infirmerie et dévala les trois marches pour entrer dans un couloir mal éclairé, puant la poussière et les médications, et où plusieurs lances brillaient, pointées droit vers lui, avant de retomber toutes au repos. Il y avait trois hommes d'armes dans le couloir, et le reste était occupé à soigner malades et blessés qui se trouvaient répartis dans les chambres disposées à droite et à gauche le long du couloir.
"Ardez ! C't'un ch'valier une fois !
- Crénom de bonsouère, c't'y l'sieur de Maledané. Dit'nous m'sire, quoi t'est-ce que s'qui s'passe là haut une fois ?
- Les orques." Répondit Théophile avec empressement. Il y avait encore du sang sur ses habits et son épée, mais il leur expliqua rapidement sa (fausse) provenance.
"Les peaux vertes ont attaqué, c'était leur avant garde. Mais on les a repoussés. Pas le temps. Vous inquiétez pas. Où est Christian ? Christian de Neuville. Menez moi à lui, c'est urgent !"
Un homme d'armes déglutit et lui désigna une chambre. Théophile s'y rua comme si sa vie en dépendait. Il y trouva un infirmier dans l'entrebâillement de la porte, portant des fioles à bout de bras. Théophile le pria de sortir avec assez de hâte.
"C'est urgent ! La sécurité du gouverneur en dépend !"
Et une fois tout le personnel hors de la pièce, Théophile ferma la porte derrière lui. Il y avait une clé dessus, prévue pour qu'on puisse se claquemurer dans l'infirmerie, alors le chevalier ne se priva pas de verrouiller la porte.
Pendant toute l'action, il s'était trouvé sous le regard ébahi de Christian. Le très jeune errant était à moitié assis sur un lit, ses membres immobiles comme s'il n'avait été qu'une poupée de chiffon. Seul son visage était suffisamment raide, curieusement fixe, un froissement sur son front déformant son beau visage par une posture perplexe.

"Théophile ? Ah, c'est toi… vous… enfin…"
Image
Il lui avait fallu une belle poignée de secondes pour remettre un nom sur le visage de l'errant corrompu. D'autres associaient instantanément la face de Théophile de Maledané à des choses immondes et désagréables, malgré son objective finesse de traits. Ce n'était point le cas de Christian de Neuville. Quand il avait vu ce visage pour la première fois, ses yeux étaient embués de larmes et de douleur. Mais il se souvenait surtout d'une voix suave et de bras chaleureux qui l'avaient extirpés de son désespoir alors qu'il se croyait condamné à périr seul au milieu de nulle part en se vidant de son sang. Il l'avait ensuite vu, à côté de son épaule, ce visage désormais rassurant, alors que Théophile l'aidait à marcher. Alors désormais, en le reconnaissant, il se sentait à nouveau rassuré, même si ses mains frissonnaient légèrement. Mais il n'avait aucun contrôle sur ce genre de petits spasmes. En fait, le jeune Christian de Neuville avait perdu le contrôle sur beaucoup de choses. Il voyait flou lorsque Théophile s'avança vers lui à toute vitesse, ce que ce dernier devina aisément.

"Tu peux me tutoyer Christian. Nous sommes entre compagnons. Nous sommes seuls… Christian… ça va ?

- Ce n'est rien. On m'a… fait… boire… une… potion assez étrange qui élimine la douleur et de plus il faut dire que j'ai… encore… un peu… la… migraine depuis ce matin je crois que je n'aurais pas dû boire tant que ça hier soir mais vois tu j'avais… mal… à… ce… moment… là."

Il secoua la tête, comme si ça allait remettre ses idées en place. Puis un sourire doux, ingénu, véritablement ingénu celui là, se dessina sur ses lèvres.

"Mais je t'en… vous… t'en prie. Tu voulais me parler ?

- Mon pauvre ami," fit Théophile en s'asseyant sur le lit à côté de lui. "cela a dû être pénible d'être seul entouré de tous ces… roturiers…

- Oh, tu sais, les infirmiers sont… mais au fait, tu as du sang sur…

- Oui, les orques sont venus. Tu as sans doute entendu le raffut. Mais ils ont été repoussés. Seulement, je dois te demander une chose."

Théophile, alors, tourna sa langue dans sa bouche, à la recherche de la meilleure approche. Délicatement, il posa une main sur celle de Christian. Celui-ci la regarda un instant, gêné, mais trop faible et trop timide pour se défaire de ce contact.

"Je suppose que le gouverneur, sieur de Vallmont, est venu te réveiller cette nuit toi aussi."

Le gouverneur était parti à la recherche de ses chimères avec les deux chevaliers en qui il avait le plus confiance. Fernand de Rovec, d'une part, et son propre fils Geoffroy de Vallmont. Pour autant, il ne serait tout de même pas parti sans dire à personne où précisément il allait. Par pure sécurité, il fallait qu'en cas de force majeure, on puisse le rejoindre.

Pour en avoir parlé avec Henry de Villegagnon avant de descendre dans la mine, Théophile savait que le noir chevalier n'en avait pas été informé, ce qui avait fortement émoussé sa confiance envers le gouverneur. Après tout, n'était-ce pas une réaction logique en sachant qu'un suzerain qu'il servait depuis une vingtaine d'années lui faisait moins confiance qu'à un chevalier errant arrivé quelques semaines plus tôt comme ce faquin de de Rovec ?
Théophile lui même, évidemment, était tant craint et pris en mauvaise confiance par le susmentionné Fernand de Rovec que le gouverneur n'avait pas même osé - et pourtant il avait hésité un instant - le prévenir de son expédition. Théophile avait été obligé d'écarter l'hypothèse qu'il ait dit à sa femme où précisément ils allaient, d'une part parce qu'un bretonnien ne mêle pas sa femme de ce genre de problème, et d'autre part parce qu'il était peut-être trop tard pour l'interroger. Théophile était persuadé, à tort ou à raison, que s'il remontait l'escalier, les mineurs le lyncheraient sans hésiter.

Que restait-il ? Mettre dans la confidence un roturier ? Que nenni. Un roturier peut vendre une information, ces gens là n'ont pas d'honneur et d'ailleurs on ne leur demande pas d'en avoir. Or Fernand ne voulait pas que Théophile puisse savoir où ils allaient. S'il leur avait fallu informer quelqu'un, par prudence, en espérant qu'il ne révèle rien, ce devait être le dernier chevalier restant. Un garçon tendre et inoffensif, trop innocent pour être déloyal, trop affaibli pour être soupçonné.

"Oui, cette nuit messire de Vallmont et Fernand sont passés me voir… pourquoi ?

- Il est tous passé nous voir. Il disait aller à la recherche d'une fleur. Tu te souviens ?

- Oui… oui. La… Edsch… err… edel… Edelwanorde ! C'est ça !"

En prononçant ce mot, ses yeux s'ouvrirent plus intensément et avec bien plus d'énergie que jusqu'alors.

"Sieur de Vallmont est venu me parler à ce sujet… c'était en pleine nuit et j'étais…" il préféra rougir en silence que de dire à haute voix qu'il était complètement ivre. "mais je m'en souviens oui…"

À ce moment, Théophile lui attrapa fermement les deux mains et les leva jusqu'à son cœur, tout en rapprochant son buste de Christian. Ce dernier était plutôt confus, perturbé au plus haut point par ces gestes. S'il avait encore eu toutes ces facultés, il aurait sans doute repoussé gentiment les mains de Théophile, mais maintenant il se trouvait saisi entre ses pattes, tanguant légèrement sous l'effet du mouvement, comme si il était un vase à moitié rempli dont le liquide remue en sens inverse de celui où l'on agite le récipient.

"Christian. J'ai besoin que tu me dises où est parti le gouverneur précisément. À quel endroit est-il allé chercher cette Edel…chose."

Le jeune chevalier blessé écarquilla doucement ses petits yeux.

"Pourquoi ?"

Théophile se lança alors dans son explication. Les orques étant repoussés, la horde verte repartait vers "ailleurs dans les montagnes". Mais le gouverneur étant quelque part là dedans, dans ces montagnes, il y avait un risque pour que la direction dans laquelle les orques étaient partis soit celle où se trouvaient les trois chevaliers. Auquel cas ils étaient en grand danger, et il fallait se rendre à leur rescousse ou au moins les prévenir que les orques allaient dans leur direction.
Ce mensonge était convaincant, mais confus, ce qui le rendait d'autant plus convaincant. D'autant que l'anxiété et la hâte de Théophile étaient réelles. Il était pressé, pressé de partir d'ici avant que les mineurs ne se rendent compte à quel point ils avaient été dupés. Pressé de trouver Fernand et de le tuer comme les voix avaient dit.
Mais aux yeux de Christian, cela ressemblait à une inquiétude véritable pour le sort des trois chevaliers de sortie. Même si son cerveau, inhibé par l'alcool et les drogues, n'avait pas compris l'intégralité du raisonnement, il chercha à se souvenir de quoi il s'agissait. Aussi bien les vapeurs qui rendaient son corps flasque que la trop grande proximité de Théophile qui tenait toujours fermement ses deux mains n'étaient pas là pour l'aider à se remémorer ce qu'on lui avait dit cette nuit.
Il tourna la tête vers la droite en levant les yeux, à la fois pour fouiller dans sa mémoire et éloigner son visage de celui de Théophile.

"Euh… à vrai dire je… heu… ils me l'ont dit, oui. Ils m'ont dit où ils allaient, c'était un sommet très particulier au nom bizarre. Mais je l'ai mal entendu et mal compris et mal mémorisé et… et… non désolé vraiment je… crois… que… je… ne… peux pas m'en souvenir mais… au… fait… pourquoi… ils… ne… t'ont pas dit…?"

Théophile l'interrompit, vivement, trop vivement, de manière presque agressive.

"Allons, je t'en prie, vraiment, essaye ! Essaye de t'en souvenir !"

Alors Christian fit l'effort nécessaire. Durant quatre dixième de seconde. Puis annonça :

"Non, désolé, je ne peux pas. Je crois que j'ai aussi trop bu, et même si je m'en rappelais je serai pas capable de prononcer ce nom dans mon état. Hem. Maintenant… t…tu… tu veux bien… heu… juste… lâcher mes mains s'il te pl…"

Il le lâcha dans un geste brusque, et en même temps il sortit de lui, ne ressentant plus rien de ce que ressentait Christian. Revinrent en un torrent sa rage, son sadisme, son désir, mais aussi sa panique. Les mains de Théophile n'abandonnèrent pas Christian bien longtemps, car elles vinrent se fixer à sa gorge, le secouer, l'étrangler à moitié, et Théophile de lui hurler dessus avec acharnement:

"Tu le sais où il est ! Souviens toi ! Dis le moi ! Dis le !"

Ce changement brusque avait surpris le jeune homme qui, trop drogué et affaibli pour hurler ou se débattre, avait une bouche ouverte, des yeux exorbités, perdu, déboussolé, comme si Théophile lui avait montré ses parties génitales.

"Où ! Où est-il !

- hh… u…hh… une montagne… hh… c'était… c'était… hh… le mont… quelque chose… le mont…"

Un rictus balafra le coin des lèvres de Théophile. Ce n'était pas un sourire, c'était une grimace de carnassier, une tension des lèvres qui laissait voir les canines. Sur un visage comme celui de Théophile, c'était terrifiant. Soudain le jeune errant, sauveur et ami, était devenu un démon au visage suintant de sang et à la bouche violète, dégoulinante de lave multicolore. Théophile plaqua sa victime sur le lit, et comme il était au dessus de lui il lui cracha au visage. Christian gémit, comme si cette salive le brûlait au contact.

"Hh… ce… hh… ça… hh ça devait être… hh… le mont dres… hh … le mont Drespoir… hh… je m'en souv… il l'a dit… une falaise au nord est… je… hh… suis déjà allé… hh… voir… au pied de la… très haut… hh … faut du matériel pour esca… hh … lader… hh…"

Il suffoquait de plus en plus. Théophile ne l'étranglait pas si fort qu'il en soit asphyxié, mais assez pour lui faire mal, et le terrifier. Pourtant, en cet instant, c'est surtout le visage du chevalier qui glaçait le sang. Cela ne l'empêcha pas de très vite se calmer. Son rictus vile disparut, laissant plutôt sa peau et son visage se remodeler pour laisser apparaître un mince sourire candide.
Il redressa son ami jusque la position assise. Christian, retrouvant tout son souffle, resta prodigieusement paralysé. Ses yeux grands ouverts incapables de cligner. Ses lèvres tremblotaient doucement. Ses épaules, elles, frémissaient avec une agitation excessive.

Il ne comprenait pas.
Ni ce qui s'était passé, ni ce qui suivrait. Il était complètement dans les vapes. En fait, il ne savait plus qu'est-ce qui était vrai et qu'est-ce qui était une hallucination. Une seule chose se sentait : il avait peur. Mais trop peur pour que cela veuille dire quelque chose.

Sans aucunement lui demander son avis, Théophile, avec un grand sourire chaleureux, entoura son ami de ses bras et le serra contre lui très fort. C'était un grand câlin. Une grosse embrassade. C'était agréable. Théophile ne se souvenait pas d'avoir jamais fait ça, avec qui que ce soit. C'était bon cette chaleur, cette sensation de presser contre soi plus que de la matière, un être, un être vivant, plein d'une chaleur dont la nature est propre à celle du vivant. C'était beau. C'était bon. C'était bon.
C'était bon.
Mais il manquait quelque chose. Alors après une bonne minute de câlin, avec une main qui faisait tout le tour du dos de Christian, Théophile sortit sa dague. Sans s'éloigner, son visage toujours joue contre joue avec celui, tremblant, de Christian de Neuville, Théophile approcha sa lame de sa gorge.

Un mouvement rapide, bref, sans fioriture et presque propre pour ce que c'était. Il posa ses lèvres sur celles de Christian et les retira instantanément. Un contact d'une fraction de seconde. Presque rien. Aucun ressenti. Aucun sentiment.

Un mouvement lent. Précis. Incisif. Les mains tremblantes de l'excitation et de la rage du meurtre. Il enfonça sa dague dans la carotide de Christian, il la fit danser dans la chair, lui imprima un va et vient, la sortit avec autant de violence que permis, arrachant sang, chair et peau dans le processus. Le sang gicla sur sa droite, imbibant les draps. Christian lui même, n'avait rien compris. Rien. Tout était incompréhensible, la chaleur, le froid, la souffrance. C'était un viol. On avait violé la raison, et le bon sens. Christian porta une main à sa plaie immonde, eut un gémissement de ventre que sa gorge ne laissa pas sortir, et perdant contrôle du peu qu'il contrôlait encore, s'effondra sur son propre sang.

Théophile essuya consciencieusement la lame de la dague avec deux doigts, l'index et le pouce, qu'il suça ensuite goulûment. Puis, avec une satisfaction incommensurable, son regard affable se posa sur le corps gentillet du garçon qui hoquetait d'agonie. Une envie le prit, et Théophile caressa d'une main le ventre de Christian comme on caresse un chat qui ronronne. Il ronronnait bien, en s'étranglant dans ses propres fluides.

Avant de quitter la salle, Théophile releva la tunique de Christian et embrassa le cadavre sur le nombril. Il ne pouvait pas aller plus loin. Il ne le pouvait pas encore. Il n'était pas…

Il couvrit avec les draps, et se redressa. Il poussa un léger soupir, et s'étira tous les membres un par un.
"Hmf."
Ses paupières papillotèrent un temps alors que ses yeux cherchaient la porte. Avec des pas souples, il se dirigea vers elle et l'ouvrit pour apercevoir Henry de Villegagnon. Il n'y avait personne d'autre que lui dans le couloir. Vraisemblablement, il avait donné des ordres pour qu'ils soient seuls.
Il regarda Théophile d'abord d'un regard qui ne trahissait rien sinon une grisaille si rongée que même ses yeux en étaient décolorés. Puis un sourire insensé se dessina sur ses lèvres, et ses épaules se secouèrent d'un rire qu'il voulait réprimer. Il se tint le visage dans une main en se retournant, comme s'il ne voulait pas laisser Théophile être témoin de ce spectacle.

"Vous êtes complètement fou savez vous ?… sieur de Maledané."

Il leva ses yeux vers le plafond, et le contempla un moment. Fasciné.

"Pourquoi le suis-je aussi ?"

Théophile, silencieusement, s'approcha de lui à pas feutré, et en posant une main sur son épaule, il se dressa sur la pointe des pieds (Henry était plus grand que lui) et lui chuchota à l'oreille:

"C'est plus supportable quand vous les laissez parler sans leur répondre. Contentez vous d'écouter."

Il s'écarta brusquement, et sur un ton qui était tout autre dit:

"Le gouverneur est apparemment parti vers une falaise nommée le mont Drespoir. Je suppose que vous connaissez ? Venez. Ne perdons pas de temps. Nous devons les retrouver avant qu'ils ne fassent des bêtises."
Merci à MJ Bugman, toujours, pour ses jets dans l'interrogatoire de Christian
Test de charisme, 9, ça échoue de justesse (je considère que l'amitié donne un bonus mais que le fait qu'il soit complètement drogué file un malus (vraiment il plane x))
Test d'intimidation, 2, large réussite
(si tu avais voulu faire le jet pour l'égorgement, ça aurait été un beau 3 ^^)
Théophile de Maledané, Chevalier bretonnien chaotique
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Image "Il les sème derrière lui et ils flottent sur l'horizon
Les lettres se contorsionnent et hurlent en chœur son nom
Les mots sans guide flottent tels des feuilles de nénuphar
Le papier saisit ces péchés d'encre et lentement s'en pare
La lumière s'épaissit et s'altère au contact de ces mondes
Et quand l'œil curieux imprudemment les sonde
Ô sinistre voix de son obscure victoire
L'esprit s'effiloche, se tord sans le savoir
Que de beauté dans ces mânes déchirées
Que de succès pour mon âme tourmentée
Oui, accueille moi aube de souffrances
Insère mon être dans tes mandibules de démence
Que tes crocs disparates sur moi se referment
Je vais rendre…"

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Re: [RP libre][Théophile de Maledané] Une dernière fleur à Montfort

Message par Théophile de Maledané »

Henry de Villegagnon avait apparemment eu une initiative intéressante, celle d'ordonner aux hommes d'armes restants dans l'infirmerie, sans autre explication, de regagner le dernier étage. Ce qu'il advint de cela, Théophile ne le sut jamais. Lui et son complice chevalier quittèrent rapidement le fort sans rendre de compte à personne, Henry suivant encore docilement Théophile. Pour l'instant.

Le mont Drespoir n'était pas inconnu. Une falaise abrupte après une montée raide et glissante. On disait l'endroit hanté par toutes sortes d'esprits, et les paysans prétendaient connaître moult légendes sur ce mont, et des raisons pour lesquelles les voyageurs entreprenant son ascension faisaient tous des chutes mortelles. On les retrouvait toujours fracassés au bas de la falaise, dépouillés de toutes leurs possessions terrestres et dans le plus simple appareil, avec de profondes contusions dans leurs mollets, comme si cette pente n'était point faite pour qu'un corps humain puisse la monter.
Pour Henry, les choses étaient moins fabuleuses, le secret de l'inascensible sommet tenait en un mot : gobelins.

Théophile, suivi du noir chevalier parvinrent en vue de ce pic rocheux. Les montagnes grises en cet endroit semblaient un découpé de dents pointues prêtes à mordre le ciel, et ce que Henry désigna d'un doigt nonchalant comme le fameux Drespoir n'était ni plus impressionnant ni plus menaçant. La pente d'un côté s'élevait droite, et sur l'autre face ce n'était qu'un abrupte mur de rocaille peu rassurante. Au pied de la chose brillait un feu, dans la lumière duquel on distinguait la silhouette bonhomme et bien connue d'un gros chevalier.

De bonne santé et de bonne humeur, Geoffroy de Vallmont faisait le guet à sa manière des plus laxiste, préparant un déjeuner rapide dans une petite marmite. L'expédition des chevaliers était prévue pour durer toute une journée, car eux aussi avaient bien prévu que le mont soit infesté de gobelins. Pourtant le nettoyage semblait déjà avoir été fait, en témoignaient quelques cadavres verdâtres empilés assez loin de la pitance pour ne pas gêner.
Geoffroy était assis sur une pierre, se prélassant après avoir rudement mis à l'exercice ses mollets en montant et combattant dans les pentes abruptes de ces montagnes. Il fallait les mollets d'airain des roturiers montfortais pour être insensible aux efforts qu'exigeaient les montagnes grises. Geoffroy semblait serein, reposé, heureux en attente de plus de bonheur.

Henry de Villegagon aurait voulu l'approcher. Ce qu'il désirait après tout, c'était ramener le gouverneur au fort pour le forcer à assumer ses responsabilités. Mais il fut arrêté dans son geste par un bras tendu et tremblant de frémissements suspects. Théophile le fit reculer et posa ses deux globes de fiel qui lui servaient d'yeux sur le rondelet blondin qui lui servirait de nouveau jouet pour passer sa colère. Il s'avança à pas lents, veillant à ne pas faire de bruit en marchant. Il aurait désiré être discret, s'approcher en goupil et frapper avant d'être vu. Neutraliser ce jeune homme qui devait être la sentinelle lui semblait essentiel. Pour autant, Théophile, à son grand dam, était un chevalier. Jamais il n'avait appris quoi que ce soit des bases de la discrétion, et marcher en silence ou couvrir sa silhouette avec l'environnement n'étaient dans son esprit que des concepts, une idée qu'il se faisait de ce qu'étaient les hors la loi de ce pays. De là à les mettre en pratique, il y avait un univers.

Alors Geoffroy le vit. Le jeune chevalier parut étonné, mais pas alarmé. Du moins, il le fut assez pour se lever sur son séant, son épée qui était sortie du fourreau, fermement serrée dans sa main. Comme la silhouette approchait, il plissa ses yeux pour la reconnaître en demandant qui va là.
Il reconnut Théophile avec une crispation dans tous les muscles de son corps. Ses yeux s'écarquillèrent tandis que l'errant corrompu était à un grand bond de lui.
Théophile sourit. Il portait toujours son fourreau dans sa main gauche, sans l'accrocher à sa ceinture. En l'occurrence, sa main droite tâtait amoureusement le pommeau de son arme.

"Sieur Geoffroy, je requerrais humblement de pouvoir parler à votre père…"

Il aurait fallu que Geoffroy soit un imbécile pour ne pas saisir que quelque chose n'allait pas. Il ne savait pas quoi bien sûr, mais sur le trajet, Fernand de Rovec lui avait fait part de ses pensées sur cet étrange nouvel arrivant. Il donnait l'impression d'un homme violent, ça tous le sentaient, mais Fernand lui savait qu'il l'était réellement. Un homme sensé ne pouvait pas se sentir en sécurité dans une telle situation. Les yeux de Geoffroy dardèrent sûr un point devant lui, Théophile suivit son regard.
Là, posé assez négligemment devant le feu, il y avait un cor de chasse. Logique. La sentinelle devait bien pouvoir prévenir les deux autres si les peaux vertes pointaient le bout de leur nez. Hélas, il avait regardé le cor sans s'en saisir immédiatement, Théophile le vit, releva ses yeux vers Geoffroy…
Son regard changea.

Il dégaina et frappa en un même geste. Preste, mais peu précis. Motivé par une débilitante colère et la brusque réalisation d'une nécessité : celle de l'empêcher de souffler dans ce cor coûte que coûte. Geoffroy n'eut qu'à sursauter comme l'aurait fait n'importe qui et la lame passa à une coudée de son ventre. Il ne resta pas sous le coup de la surprise plus d'une fraction de seconde. Il tourna en un claquement sec son regard et sa lame sur Théophile pour se ruer sur lui, fer en avant.
Le pauvre sans doute fut rendu balourd par son indécision. Les serments de chevalerie encore frais dans sa tête de jeune homme lui disaient bien qu'il ne devait pas attaquer un autre chevalier, il lui semblait du moins que c'était dit dans ses vœux. En tout cas, en se fendant, il passa si loin et si profondément à côté de Théophile qu'il plongea allègrement son pied droit dans le feu. Le retirant vivement en un réflexe salvateur, il offrit à son rival assoiffé de sang la providentielle ouverture qui lui octroyait son droit d'exiger le premier sang.

La lame serait allée se loger dans le cœur sans un volte face salvateur et une parade in extremis qui dévia la lame vers le bas du ventre, déchirant la veste de cuir et dessinant sur la peau tendre et tendue du chevalier une grande estafilade comme la chair en garderait à jamais le souvenir pour le restant de la courte vie de Geoffroy.
Défends toi ! Donne-moi de la difficulté Ha !
Tu perds ton temps. Tu devrais…
Silence ! Pas en plein combat ! Frappe ! Tue ! Tords ! Tranche !


Le moulinet suivant de Théophile n'était plus guidé par ses yeux injectés, et rata sa cible de loin. Depuis son point de vue éloigné, Henry de Villegagnon qui avait décidé de ne pas s'approcher ne pouvait pas voir dans cet échange raté la rage et la frénésie de Théophile. En fait, ce dernier calma un peu l'ardeur qui l'avait possédé jusque là en voyant l'épée de Geoffroy passer largement devant lui.
Le fils du gouverneur était si désemparé par la situation qu'il en avait perdu ses notions d'allonge, et frappait Théophile depuis beaucoup trop loin. Mais Théophile avait une épée bâtarde, et pour la même distance, son ennemi était à sa portée. Alors il réfréna son souffle, et leva son épée dans une posture d'escrime classique. Choisissant judicieusement son positionnement de jambes, il se campa en une position stable, et leva sa garde au niveau de son visage, la lame parfaitement horizontale formant une figure à la grâce presque aussi chevaleresque que ce que Théophile aurait dû être. Un mouvement synchronisé des deux bras. Le métal froid fendit l'air et atteignit le front de Geoffroy. Puis le même mouvement synchronisé des bras en sens inverse et Théophile retrouva exactement la même position.

Pas Geoffroy.

Il avait senti la lame heurter son front sans protection, déchirer peau, chair, muscles, et entailler son crâne. Un flot sanguin intolérable inonda sa face, le faisant reculer en larmes et en sang. Il mît un genou en terre, autant pour s'avouer vaincu que pour ne pas tomber à la renverse, aveuglé de rouge et de douleur comme il était. Il planta la pointe de son épée dans le sol et leva une main, paume ouverte, pour dissuader Théophile de continuer ses assauts.

"Je me rends… Arrêtez bon sang… Je m'avoue vaicu, ça vous va ?... chiennerie !… bon sang quelle… aarh…"

Théophile regarda le corps de Geoffroy se tordre et se lamenter avec une grimace assurée, ses lèvres dressées en un bec fier. Il y eut un éclair où son regard fusa sur le cor qu'il arracha au sol pour le soupeser et finalement le ranger sur lui.

Puis il tourna ses yeux, son visage, et ses épaules vers le rat infâme et méprisable comme toute cette espèce maudite et toute cette noblesse de pacotille et ces vanités absconses et moisies de chevalerie amère et haïssable qui geignait à ses pieds.
Quel plaisir c'eût été de le tuer sans plus patienter. Théophile sentait déjà le sang lui couler le long de la bouche et du menton. Non, ça c'était de la bave. Il s'essuya rapidement et considéra le petit tas de viande devant lui. Geoffroy s'était rendu, mais il n'était pas complètement vaincu ou hors de combat. Il essayait de lever les yeux sur son triomphateur, mais les fermait à cause du sang qui dégoulinait sur son visage. Ses blessures n'étaient pas encore mortelles, mais la situation était parfaite pour lui asséner un dernier coup d'épée. un coup propre et sale à la fois. Un qui sectionnerait ses artères et ferait voltiger son sang comme de jolis petits éclatements de feu d'artifice liquides. Et ce serait avec un son si doux. Celui de la chair qui se déchire et du sang qui s'écoule et de l'âme qui geint alors qu'elle quitte le corps et des tripes qui se relâchent et des muscles qui se dilatent et des os qui s'entrechoquent et du corps qui s'affaisse et tombe et des miasmes q…
Théophile sentit un souffle d'une froideur incommensurable lui mordre la nuque. Une chose lui parut clairement :
On…
Le…
Re…
Gar…
Dait…


C'était comme se masturber avec un prêtre le regardant par dessus son épaule. Ou sa mère. C'était indécent. C'était indécent. Il n'était pas encore assez déviant pour accepter cela.

Mais pourquoi au fond ?

Dégouté par sa propre réaction, il se prit le visage dans une main comme s'il allait vomir. Non. Il ne pouvait manifestement pas tuer Geoffroy. Pas maintenant. Pas sous les yeux de sieur Henry de Villegagnon. Ça ne marcherait pas. Ça ruinerait tous ses plans. Tristesse. Il lui fallait remettre cela à plus tard.

Mais était-ce le bon choix ? Cette fois ce n'étaient pas les voix qui avaient soufflé, il n'avait donc pas d'excuse. Geoffroy ne risquait-il pas de réussir à fuir ? Non ? Si ? Les voix ! Les voix ! Que me disent elles ! Que me disent elles ! Je suis perdu !
Oh non… oh non ! Ça ne doit pas ! Ça ne doit pas ! Ne me lâche pas comme ça ! Ne me laisse pas faire ça moi même tout seul ! Continue de le faire à ma place ! Continue je t'en supplie !
reprends ta place, jeune fils mal damné
Théophile hésita. Il rabaissa doucement la lame qu'il avait levée sans même s'en rendre compte. Puis se tourna vers Henry de Villegagnon. Lui fit un sourire apaisé, celui de quelqu'un qui était libéré d'un lourd poids. Et d'une main il lui fit signe d'approcher.

"Venez Henry, je vais avoir besoin de vous pour le ligoter."

Henry de Villegagnon ne dit rien pendant un temps. Son visage, son regard et sa voix étaient devenus noirs et opaques. Puis il émit un soupir et se rapprocha.

Avec sa dague, Théophile découpa des morceaux de tissu dans la cape de Geoffroy. Henry de Villegagnon se chargea de lier les mains de l'homme qui se laissa faire sans se débattre.

"Je ne comprends pas ce que vous voulez… quoi ? C'est la fleur qui vous intéresse ?"

Théophile ne répondit pas. Geoffroy était toujours incapable de voir correctement avec le sang qui ruisselait sur son visage.

"S'il vous plaît… faites moi au moins un bandage…"

Théophile faisait quelques pas souples autour du feu en réfléchissant à la suite de ses plans. Il avait épargné Geoffroy, mais il lui faudrait revenir le tuer plus tard. Ce ne serait pas difficile avec une victime ainsi blessée et désarmée. Mais il ne devait plus rester aucun témoin lorsqu'il aurait fini.

"Je suppose que votre père et sieur de Rovec sont là haut ?" fit-il en s'arrêtant net.

"Oui, et nous avons trouvé la fleur edele… œdem… adalwar… waro…

- Edelwanorde.

- Voilà c'est ça ! Elle pousse nichée dans un creu de la falaise difficile d'accès alors on a passé la journée à chercher un moyen de l'atteindre. Je faisais le guet au cas où les gob… mais en fait, si vous êtes tous les deux ici… qui garde le fort ?"

Théophile coupa court par un claquement de doigt décontracté.

"C'est parfait. Je m'en vais trouver le gouverneur et Fernand pour discuter. Sieur Henry, je vous recommande de garder Geoffroy avec grande attention."

Théophile fit alors un geste curieux sans raison pour un œil extérieur, mais il appliqua sa main gantée sur sa propre joue, puis l'intérieur de son coude, son ventre, et sa cuisse, le tout en se regardant lui même d'un regard dépité.

Frustrante constatation: il n'était toujours pas blessé. Il aurait aimé que son doigt touche queque plaie douloureuse, le faisant chuinter en s'y enfonçant, ou que ses gants soient souillés de son propre sang afin qu'il puisse le goûter. Il était sûr que son propre sang devait avoir un goût merveilleux.

Il haussa les épaules et se tourna vers le mont Drespoir qui étendait toute sa longueur évocatrice à se dresser devant ses yeux avides.
Enfin voilà le moment.
Le moment ! Le moment !

Fernand de Rovec. Ce nom… ce nom…
Nous le tuerons. D'une manière ou d'une autre. L'occasion parfaite se présentera. Son corps tombera du haut de cette falaise et s'écrasera en un flasque amalgame de chair liquéfiée et d'os brisés dont se repaitront charognards et gobelins !
Je pourrais lui crever les yeux aussi ? Ces yeux marrons qu'il a si beau et qu'il a utilisé pour me juger !
Si l'occasion se présente mon petit. Sois sage et patient, tu auras peut-être droit à cette fantaisie.
Que diantre vous prend, meute de chacals coprophages, de m'appeler encore PETIT !
Laissez-le. Si vous l'agacez il va encore faire une bêtise.
Il le faut bien pourtant. Ce petit pourrait bien faire une erreur fatale sans nous.
Vous ? Vous croyez vraiment qu'il dépend de vous ?
Tu n'es pas encore assez fort pour exiger de nous…

Mais… Mais… je n'ai rien dit moi !
Tu penses d'autant plus. Ça pue la pensée.
Ah ah ah ! On va tuer ! On va tuer !
Silence ! Vous le déconcentrez !


Les jets de combat ont été effectués par le MJ fée enchanteresse. Merci à lui.
Jet de discrétion de Théophile : 19, échec de 11 → Théophile est repéré par Geoffroy
Jet d’observation de Geoffroy (INI+INT/2) : 18, échec de 11 aussi → sire Geoffroy se lève avec son arme en demandant qui va là, mais il ne se sent pas assez en danger pour souffler dans sa corne.

Théophile s’approche assez de Geoffroy pour l’attaquer tout de suite, sans bonus (Il a lamentablement échoué son jet de discrétion), mais sans malus non plus (Geoffroy a tout autant minablement échoué son observation).

Début du combat à l’avantage de Théophile.

Jet d’attaque de Théo : 15, échec.
Jet d’attaque de Geoffroy : 20, échec critique. Sa riposte est si maladroite qu’il offre à Théo la chance d’une nouvelle attaque d’opportunité.
Jet : 3, cette fois ça passe.
Jet de parade de Geof’ : 4, ça passe aussi.

Localisation : 14 (Le poitrail)
[(18)+24+(7)+(1)] – [(10)+(11)+(7)]
= 22 PV de perdus. Il lui en reste 48.

Henry regarde sans rien faire.

Tour 2.

Jet d’attaque de Théo : 17, échec
Jet d’attaque de Geof’ : 18, échec.

Henry regarde sans rien faire.

Tour 3 :

Jet d’attaque de Théo : 6, réussite
Jet de parade de Geof’ : 16, échec

Localisation : 1, en pleine tête.

[(18)+24+(1)+(3)] – [(10)]
= 36. Il lui reste 12 PV.

Geoffroy se considère comme étant en danger de mort.

Jet de courage de Geoffroy : 13, échec de (END+INT/2 avec un bonus de +2 = 11) 2. Plutôt que de sonner son cor, ou tenter de s’enfuir, Geoffroy recule et implore la pitié de Théo.
Il est toujours armé et n’est pas considéré comme hors-combat ; mais il est assez secoué pour que, si tu tentes de l’achever, tu gagnes un bonus à ton attaque.
Selon ce que tu choisis de faire avec lui, Henry qui te regarde pourrait réagir différemment.

Oui.
En définitive, Théophile est trop lâche pour se risquer à décevoir Henry de Villegagnon. Il espère que Geoffroy ne bougera pas d'ici et que quand il reviendra en ayant éliminé les autres, Geoffroy sera là pour qu'il l'achève.

Théophile laisse Henry et Geoffroy au pied du mont Drespoir. Les deux pourront donc discuter en son absence. L'affaire reste à suivre…


* * *


Verte et tapageuse campagne de Bretonnie
Terre des muses, terre cent fois bénie
T'ai-je jamais regardé, si belle que tu sois
D'un promontoire si haut pour moi qui suis si bas ?
Ô lande à la verdure bientôt cramoisie
J'apprendrai au monde comme ta beauté est maladie
Et me dressant tel la virile expression de râles envoûtants
Je précipiterait dans les limbes tout ton monde agonisant
J'explorerai tes fondements une lame à la main
J'écraserai tes cols et tes montagnes à coup de poing
Je brûlerai tes forêts, j'égorgerais tes bêtes
Aplanirai tes sommets, et me mêlant à la fête
Je ferai une farandole de tous tes grands saints
Décapités, qui jamais ne retrouveront ton sein
Fatigué, je te trouverai, je te trouverai ô ma mie
Qui que tu sois, ou que tu sois, par moi tu seras occis
Et sur les décombres fumants de ta civilisation rampante
Je danserais au rythme doux des bacchantes
Je festoierai des chairs de tout ce qui t'est sacré
Et emplirai tes cieux des ailes de noires destinées
Oh diaphane terre qui m'enfanta, un monstre
Blêmis devant moi, j'apporte la pénombre
Est-il un seul mal que tu ne m'aie déjà fait
Ou que je ne te ferais subir, ô pays damné

Théophile se gratta la tête d'une main, écarta les bras, fit de grands gestes de noyé tandis que ses jambes le hissaient lentement et péniblement vers le sommet.


Sifflement… couard… ô emphase cyclique des ténèbres malodorantes… baiser mélodieux… un murmure… un murmure… qui tue… ah !… fallait-il qu'il tue ?…il est dans l'embrasure de la noirceur… il se demande toujours comment… oui, comment… comment avancer… comment reculer… comment… quoi ?… marcher, oui… comment avancer… comment reculer… comment marcher… comment… quoi ?… oui ramper… comment avancer… comment reculer… comment marcher… comment ramper… et tout ça… tout ça… il ne sait comment faire… il ne sait pas… ni pourquoi… ni comment… ni, petit ignorant insignifiant qu'il est… ce qu'il veut… ce qu'il désire… pouah haha ha… désire… mais un jour… oui… un jour… il s'est regardé… il s'est vu… il s'est vu… et il a compris que pour une fois… oui pour une fois… ce jour… ce jour qu'il se regardait… il n'était pas en cet instant… cet instant là… en train de souffrir… pouvez vous imaginer ?… il n'était pas en train de souffrir… il avait bien ses yeux injectés, mais pas… non… pas du tout… sa souffrance… oh les dieuxpouah haha ha… les dieux… avait-il cessé de souffrir ?… mais pourtant il parlait toujours… ô il parlait toujours… tout le temps… quoi ?… oui, il parlait… toujours… tout le temps… oui… il parlait… il parlait toujours… tout le temps… pourtant il ne disait pas un mot... pas un mot... mais il parlait...oui, il parlait… toujours… tout le temps… oui… il parlait… il parlait... et se faisait du mal à lui même… lui même… son propre sang… et il sourit toujours… oui… il sourit… et son sourire… - quoi ? Non ! Lui ! LUI !!!-


Il s'arrêta dans sa marche pour se tenir la tête avec les deux mains. Pourquoi ça lui faisait mal ? À quoi pensait-il de si douloureux ?

"Pourquoi est-il douloureux de penser ? Pourquoi les odeurs sont-elles malveillantes avec moi ? Pourquoi les bruits m'embrassent-ils jusqu'à m'étouffer ?"

Il prononça ces mots à haute voix dans le vide, et le vent des altitudes les emporta en les déformant dans une brise acerbe. Théophile poursuivit son ascension. La main sur son épée. Sa si fidèle épée qui avait le pouvoir d'une peluche sur un enfant. C'était son équivalent d'une poupée à fée, capable de l'empêcher de devenir autre chose, de cesser d'être et de disparaître, tant qu'il la gardait tout contre lui.
Il essuya ses lèvres endolories avec sa langue. Il haleta sous l'effort de la marche. Mais finalement, avec un relâchement de joie dans tous ses muscles, il accepta sur son visage le plus malsain des sourires au moment où il aperçut devant lui le dos de sire de Vallmont.

"Plus de corde messire !" criait la voix de Fernand.

Et sire de Vallmont se déplaça en avant, d'un pas prudent et mesuré. Théophile pût voir qu'il tenait entre ses mains une épaisse corde, laquelle était à son extrémité attachée à une racine. L'autre bout plongeait dans le vide de la falaise.

Le moment était venu de terminer la chose.
Théophile de Maledané, Chevalier bretonnien chaotique
Profil: For 9 | End 8 | Hab 8 | Cha 8 | Int 8 | Ini 8 | Att 11 | Par 8 | Tir 8 | Foi 0 | Mag 0 | NA 1 | PV 60/60
Lien Fiche personnage: wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_theophile_de_maledane
Image "Il les sème derrière lui et ils flottent sur l'horizon
Les lettres se contorsionnent et hurlent en chœur son nom
Les mots sans guide flottent tels des feuilles de nénuphar
Le papier saisit ces péchés d'encre et lentement s'en pare
La lumière s'épaissit et s'altère au contact de ces mondes
Et quand l'œil curieux imprudemment les sonde
Ô sinistre voix de son obscure victoire
L'esprit s'effiloche, se tord sans le savoir
Que de beauté dans ces mânes déchirées
Que de succès pour mon âme tourmentée
Oui, accueille moi aube de souffrances
Insère mon être dans tes mandibules de démence
Que tes crocs disparates sur moi se referment
Je vais rendre…"

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Théophile de Maledané
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Re: [RP libre][Théophile de Maledané] Une dernière fleur à Montfort

Message par Théophile de Maledané »

"Longtemps je me suis couché de bonne heure. Pourtant, même ma bougie éteinte, mes yeux ne se fermaient pas et j'avais beau m'invectiver et ordonner: «Je m'endors !» rien, tout bonnement rien, ne m'arrachait à cette douce vision que la nuit faisait venir dans ma chambre à coucher. Et, une demi heure après que l'obscurité ait envahi ma vision, la pensée qu'il était temps de chercher le sommeil me secouait ; je n'avais pas cessé durant cette étrange transe de penser à ce que je savais. La nuit faisait plus que m'inspirer alors, elle était moi autant qu'Ils étaient elle.

Et moi de penser, de songer à ce que mon avenir mortel et tortueux réserverait à la noirceur de mon âme. Indistinctes tortures qui déchirent en douceur mes mânes d'enfançon. Que je souffre, oui, lorsque je contemple les ténèbres, et que cela m'est bon. Je ne saurais prédire d'existence sans que la noirceur la plus absolue soit au centre de ce qui vit. L'existence elle même n'est que déchirement de ce qui est noir, se débattant sous une pluie amère de lumière blessante et immobilisante. Non, les ténèbres me font voir plus loin, et pourtant je n'ai qu'un désir lorsque je les contemple. Chaque fois que mes yeux exorbités restent ronds et ouverts fixés sur l'insaisissable forme qu'est la noirceur, cette ombre enfumée qui n'est qu'obscure présage, le seul désir en moi, celui qui supplante tous les autres et est toujours le même, faisant taire mon âme, mon esprit, et même Leurs voix...

Je veux dormir !"





Théophile s'éveilla d'un sursaut morbide en apercevant devant lui le dos si aguicheur de de Vallmont.
Brutal élancement dans tous ses membres. Il tenta bien de réprimer la part de lui qui voulait simplement s'élancer vers cette silhouette appétissante, mais ce fut trop fort pour lui. Sa langue émergea pour caresser ses lèvres, et il poussa un ricanement.
"Vas-y ! Avance ! charge ! fonce ! Fais toi plaisir !
Le moment est venu ! Le moment est venu !
Oui, pour toi le moment est venu, tu peux charger sans crainte. Tout se passera selon le plan.
Fais nous confiance. Tu ne peux pas échouer.
Évidemment ! Je suis... JE SUIS ...
uneinsignelarvemalfaitedépréciableméprisableratéerejetonindignesansfoinicœurincapableincompétenthaïssableaussitraitrequelâchesansespoirderéussirquoiquecesoitdanslecourttempsquiestimpartiàsaridiculepetitepitoyableexistence

Baste ! N'écoute pas ces billevesées ! Tu es invincible !
Fais couler leur sang ! Je veux du sang !" Le tien !


De Vallmont tourna la tête et dans un écarquillement, il comprit immédiatement ce qui venait sur lui. Mais, honorable chevalier, il ne lâcha pas la corde de son camarade, à la place il lui cria de s'alerter et le tira pour le faire remonter. De Rovec, secoué par ce mouvement inverse de celui qu'il attendait, eut juste la capacité de s'agripper au rebord de la falaise tandis que le gouverneur poussait un autre type de cri. Une inspiration brutale, paniquée, tachée de sang.

Théophile de Maledané avait chargé avec une célérité motivée par un mélange de frénésie et de panique. Il ne voulait pas devoir affronter qui que ce soit à la loyale, alors il frappa de taille, en visant le flanc de de Vallmont, la précision de son coup poussa le perfectionnisme vers sa limite, en contournant le bras du gouverneur qui aurait pu bloquer la lame pour que le métal puisse se ficher dans ses entrailles avec toute la puissance nécessaire pour faire trembler d'effroi n'importe quel guerrier.
Un hoquet de terreur et de souffrance. Mais pas suffisant pour mettre à genoux un chevalier aussi persuadé de sa propre vertu, comme c'est souvent le cas chez ces naïfs bretonniens.
Vallmont dégaina, et fit l'effort de se retourner, permettant à la lame de Théophile de glisser dans ses chairs, et donna lui même un coup auquel Théophile ne se serait pas attendu. Son sourire disparut immédiatement, comme une lame lui déchiquetait l'épaule.

"Ahh mon... ohh que c'est..."

Plus douloureux qu'il ne l'imaginait. Plus agréable aussi. Mais il ne pouvait pas apprécier la chose. Il s'était crû jusque là comme un dieu du combat, invincible et cruel, condamné à triompher; Capable de triompher de tout.
"De tout ! Oui, puisque je t'assure que tu peux triompher de tout !
Les dieux aiment le sang ! Qu'importe sa provenance !
Muah aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha aha ahaha aha ha haha ha aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha aha ahaha aha !
Stop ! Arrêtez ! Ne riez pas dans ma tête ! Ne riez pas dans ma tête ! Je vous interdis de rire tant que vous serez dans ma tête ! Je vous l'interdis !
Et pourquoi cela, petite larve ? Qu'est-ce que ça te fait que je puisse...
Je ne tolèrerai pas ! Je ne supporterai pas ! Vous ne pouvez pas rire ! Vous pouvez tout mais pas rire ! sinon... sinon... c'est trop douloureux quand vous riez... ne riez pas... faites tout mais pas ça... donnez moi au moins l'illusion d'être sain d'esprit...
Muah aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha ! Huahuah aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha ! Hahuah aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha !
NON petite larve...
Je commande... Je...
Stop ! concentre toi sur le combat !"


De justesse, le second assaut de de Vallmont échoua à l'atteindre, mais au même moment, Théophile vit de Rovec atteindre la surface de la falaise et se relever.
Il était si beau, ce brave chevalier musclé avec sa fine moustache et ses cheveux au vent flottant devant les hautes cimes des montagnes grises. Cet air déterminé sur son visage comme il dégainait, c'était beau, c'était beau, c'était beau !
Théophile se prit à imaginer cette même expression de détermination, cette même machoire tendue, mais dans un contexte plus intime. Théophile eut alors un geste étrange. Avec l'adresse de quelqu'un pour qui son épée est une extension de son corps, il fit passer celle-ci dans sa main gauche d'un jonglement.
Sa main droite plongea vers ses braies, là, entre ses jambes, il saisit quelque chose.
C'était son espoir encore de gagner ce combat sans heurt. C'était ce qui faisait de lui l'abominable chevalier parjure qu'il était et adorait être
Il dégaina alors en un geste son pistolet. Même de Vallmont eut un geste de recul, il se serait attendu à tout sauf à cela.
C'était la première fois de sa vie que Théophile se servait d'une telle arme en situation de combat. Il avait bien fait quelques tirs pour l'essayer, juste après avoir arrachée cette arme au corps exsangue d'un marchand impérial. Elle allait enfin servir, brisant les lois absurdes de la chevalerie. Quelle merveilleuse excitation ! En cet instant j'étais transi d'une joie sans borne à l'idée de démontrer en un seul geste, un seul mouvement de mon doigt la supériorité de mes anti-valeurs sur les principes despotiques de ces deux maudits chevaliers. Sincèrement, je ne crois pas que j'aurais pu mesurer l'ampleur de mon sourire à l'instant où je pressais la détente en visant Fernand de Rovec. Mes yeux.... dans ses yeux.... j'aurais pu les arracher... les goûter... les lécher.... me baigner dans ses fluides et me torcher avec !
Théophile actionna le mécanisme, le ressort, le rouet, tout tourna, il y eut une étincelle, et puis rien. RIEN ! pas même une minuscule flammèche. Rien. ce n'était pas par son manque de visée ou son inexpérience que le chevalier corrompu avait échoué son tir. Simplement une malchance sans borne, traitresse, infâme...
"Dommage pour toi.
Hein ? Ce n'était pas censé se dérouler ainsi.
Tu es fait comme un rat maintenant.
Ton atout pour te tirer d'affaire en toute situation vient de te mettre dans la pire situation possible.
Comme je te plains.
Comme je nous plains.
Allons ! Bouge ! Défends toi ! Ils ne sont que deux et tu es assez adroit pour les égorger l'un comme l'autre !
Pfouah aha pathétique tentative.
Exactement tel que planifié... mon petit."


"Ne m'appelez jamais Petit !" hurla-t-il à haute voix, le reste de son corps paralysé comme si seule sa tête avait réalisé ce qui venait de se passer.

Au même moment, de Rovec, peu sensible à l'émoi du jeune errant, saisit cette ouverture et plongea, lame en avant vers le pauvre petit buste non protégé de Théophile. Ce dernier paniqua, leva sa main comme s'il allait parer mais, sa main tenait un pistolet.
Étrangement, il trembla, comme un enfant qui a peur quand on lui raconte une histoire effrayante la nuit tombée. Ses lèvres s'écartèrent, pour ne rien laisser sortit. Ses yeux papillotèrent. Son échine fut secouée.
De rovec extirpa d'un geste large, sanglant et sale, la lame enfoncée dans le torse de Théophile. C'était une blessure horrible, j'étais pantois pendant une seconde, incapable de réaliser que moi, j'avais été blessé à ce point, de manière aussi sale et brutale. Que c'était moi, qui ressentait toute cette douleur, cette envie de hurler à m'en déchirer les poumons, de tomber aux genoux de mon vainqueur pour supplier sa clémence et des soins.

Théophile eut un mouvement de recul brusque, avec une seconde entière de retard, ce qui lui permit tout de même de voir passer la lame de de Vallmont loin devant lui. Mais en cet instant il était tant désemparé, et ses yeux si exorbités qu'ils en louchaient, et il ne voyait que des formes floues, floues et hostiles. Des choses qui voulaient sa mort. Tout voulait sa mort. Pourquoi ? C'était injuste. Il avait mérité de gagner.
Il reprit son épée dans la main droite, et donna un coup en arc de cercle devant lui, sans se rendre compte que tout était trop loin pour qu'il puisse les atteindre.
Peine.
Pénible.
Souffrance.
Ô voile risible de nos espérances,
À toi ai-je donc prié en vain sur l'autel de la démence ?
Que n'ai-je sacrifié à ta divine puissance ?
Rovec frappa derechef. Un coup maladroit, mais qui toucha, déchira la cape, lacéra la peau. Théophile ne fit rien pour se défendre. Il souffrait.

"Misérables chiens...vous m'abandonnez ? Comme lui... comme eux... comme vous tous...jamais là quand j'en ai besoin..."


Un redressement brusque. Un regard rouge sang posé sur de Vallmont.

"Désolé messire, mais c'est entre lui et moi."

De Vallmont haussa un sourcil, mais il comprit au moment où il reçut la botte de Théophile en pleine poitrine, faisant basculer sa lourde masse par dessus le rebord de la falaise. Son poids le fit choir et peut-être... peut-être vit-il alors qu'il tombait le temps se distordre et se ralentir comme ses yeux se posaient sur la fleur maudite source de sa fin et de sa chute, forme torturée et immonde de la plus souveraine beauté multicolore et iridescente qu'en ce monde les dieux les plus sournois et fous eussent créés pour remplir les panses des fous et des mutants !
Image

Il poussa le cri le plus indigne d'un chevalier qui soit au monde, et on ne put percevoir que le bruit fou que faisait sa masse en cotte de maille en s'écrasant totalement aus sol. Théophile ayant tout le loisir d'imaginer de quelle façon tous ses os avaient été réduits en poudre. Fernand de Rovec aussi. Il en trembla, le pauvre.
"Le pauvre ?
Tu l'aimes ? Pouah haha ha !
Je le hais.. je le hais.,; je le hais..
Du calme mon petit... ce n'est pas ton père
Petit ! Petit ! Toujours petit ! Vous n'avez pas ce droit !"


Théophile s'avança d'une démarche chaloupée imbibée de sang. La démarche d'un cadavre qui se persuadait d'être encore en vie, à moins que ce ne soit celle d'un animal bien vivant qui imaginait son corps déjà inerte. Quoi qu'il en soit, il frappa de Rovec d'un geste peu vif, au moins autant que celui qu'eut de rovec au même instant. L'un comme l'autre étaient fatigués. Leurs deux lames se heurtèrent. Un instant, on aurait pu croire que cela s'arrêterait là, et qu'ils recommenceraient, mais non. Théophile, dans son sang rouge sur le noir de sa cape sentit un agréable frisson, trop agréable, trop, douloureux, douloureux, horriblement douloureux, secouer son échine.
Un simple geste, sans fioriture, juste le minimum de grâce dévolu à un bretteur tel que lui, et de Rovec laissa son arme lui échapper des mains.
À
MA
MERCI !
Il était à ma merci en cet instant là, là, j'étais couvert de mon propre sang, j'avais du mal à respirer, un trou faisant s'écouler du sang dans un de mes poumons. Je respirais du sang, et cela m'excitait. J'étais durci comme un diamant. Le diamant c'est beau, ça brille, et puis c'est dur ! c'est dur !
Et je l'ai regardé, un sourire complice, je l'ai regardé. Il m'a regardé. Je l'ai regardé. Je lui ai suggéré. Il a refusé.

Théophile ressemblait à un monstre. Un monstre tremblant, grelottant, vacillant, titubant comme au bord d'un précipice. Non, pas "comme". Il était au bord d'un précipice. Possible de l'abattre, alors.
Possible de l'abattre, alors.
Possible.
Alors...
Fernand de Rovec redressa sa fière stature. Il était beau. Il était beau.
Vermine !

Théophile, n'était pas en assez bonne posture. Il prit une grande inspiration, et sentit un parfum le nourrir, le renforcer. Il ne la voyait pas, mais à quelques mètres de là, une fleur se fanait doucement, ses pétales se décrochant mus par une force invisibles, pour venir flotter par un vent incohérent jusque devant ses yeux. Des pétales déformés, un pollen empoisonné, et Théophile pencha la tête.

"Fernand de Rovec... le sais-tu...? le sais-tu...? Les dieux du chaos ne m'ont pas encore abandonnés !"

Coup d'estoc. Puissant. À même de déchirer un homme en deux. Miracle répugnant. Rovec l'esquiva. L'épée, au lieu de s'enfoncer dans son cœur, se coinca entre le bras et l'aisselle.

"couic ?!!"

C'est le bruit qu'émit Théophile lors du sursaut inhumain qui fit vaciller sa tête. D'un geste sec, si sec que sa musculature entière sembla se tendre à en faire exploser les veines, il extirpa son épée de là où elle était logée.

Rovec tenta de le frapper du poing, mais ces muscles tendus ne pouvaient que faire ricocher un assaut aussi pathétique. Il essaya alors de le frapper au visage. Rien. Il le manqua. Trop tard.
Le geste fut répété. Au niveau de l'aine cette fois. L'épée traversa de Rovec du ventre jusque dans le dos, ressortit couverte de sang et de morceaux d'organes. De Rovec serra les dents. Théophile sourit. Du sang. Du sang. il y en avait partout. C'était dégoûtant.
Fernand tenta le tout pour le tout. Des deux mains, il agrippa les épaules de Théophile, et poussa de toutes ses forces pour faire tomber les deux d'entre eux dans le vide. Théophile le regarda droit dans les yeux d'une haine redoublée. Vraiment, c'était ça un chevalier ?
Qu'il était laid, vu de près.
Théophile retira sa lame et tenta à nouveau de frapper. Ses yeux embués par la fatigue et le sang ne virent même pas ce qui se passait.
"Je... ne..vois
Que du rouge ! Que du Rouge !

C'est mauvais signe. c'est très mauvais signe. Tu es mort !
Non ! Pourquoi serais-je épuisé maintenant ! Pourquoi ne pourrais-je pas frapper plus vite, plus fort ! Plus...
Trop tard, trrop tard, trop tard
Pauvre petit.
Muah aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha ! Huahuah aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha ! Hahuah aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha ! Muah aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha ! Huahuah aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha ! Hahuah aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha !Muah aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha ! Huahuah aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha ! Hahuah aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha !Muah aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha ! Huahuah aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha ! Hahuah aha ahahahahahah ahahah ahahahh ahahah ahhah ahahhahahaha ahaha !"


Théophile pleurait. Du sang. Il y en avait trop. On le frappait. Pourquoi on le frappait encore ? Il avait fait une bêtise ? Il était sûr de ne jamais avoir fait une bêtise de sa vie. Quoi ? Il avait gagné. Il avait gagné son combat. Il avait tout fait pour mériter de gagner. Pourquoi on le tapait encore. Pourquoi ? Pourquoi tout était cruel avec lui ?
JE TE HAIS ! JE TE HAIS GÉNITEUR MAUDIT QUI A OSÉ FAIRE L'OFFENSE LA PLUS IMMONDE À MON ÂME EN LUI INJECTANT CE MIASME PURULENT QU'EST LA VIE !
J'ai peur... j'ai peur.. s'il vous plait...quelqu'un...
Je ne peux pas ! Je ne peux pas raconter ! Qui ? Qui est là ? Qui est censé raconter ? Les voix où êtes vous ?!


Il sombra dans un abîme de désespoir décoloré. Des ténèbres que nulle poésie ne pouvait encore sonder. Pas même la sienne. Ses promesses et ses visions s'évanouirent parmi les autres turpitudes. En revanche on continuait de le frapper. On s'acharnait sur son cadavre. C'était sombre. Il avait peur. Sa voix n'existait pas. Il avait peur. Il appela sa mère. Il avait peur.


Pas comme ça... pas pour toujours...pas à jamais... non ! non ! je ne veux pas être perdu dans les ténèbres à jamais ! je veux rêver ! je veux être autre chose ! ne pas être moi sans pouvoir rien faire pour l'éternité !


Pour la première fois, il pensait. C'était terrifiant, plus glaçant que tout ce qu'il avait vécu jusque là. Il avait peur. Il pria pour que les voix reviennent. Elles ne revinrent pas. Il avait peur. J'avais peur.

"Je n'ai pas mérité cela, je n'ai pas mérité cela, les dieux savent que j'ai des choses à faire, des plans à accomplir, je ne peux pas finir comme ça, les dieux m'ont abandonné, j'ai peur je ne veux pas me taire, je ne veux pas du silence, pas du silence éternel, le silence me fait peur, s'il y a un dieu qui m'entend qu'il me réponde, par pitié pas du silence éternel pas de lui, pas de ça par pitié non maman s'il te palit retrouve moi, aide moi, sors moi de là je ne peux pas, je ne veux pas, s'il te plait mère au secours..."


Et cependant, derrière un voile, des coups tombaient. On le frappait toujours. Des poings acharnés, rendus fous, assoiffés de sa chair, s'échinaient à le mettre en pièce. Et pour chaque coup il entendait:

"Tout ! J'entends tout !"



Ô ténèbres diaphanes...
Je t'ai haï...
tant...
si vite...
J’ai méprisé l’horreur lucide d’une larme,
Quand , sourd même à mon vers sacré qui ne l’alarme ,
Quelqu’un de ces passants, fier, aveugle et muet,
Hôte de son linceul vague, se transmuait
En le vierge héros de l’attente posthume.
Vaste gouffre apporté dans l’amas de la brume
Par l’irascible vent des mots qu’il n’a pas dits.
Le néant à cet Homme aboli de jadis :
« Souvenir d’horizons, qu’est-ce, ô toi, que la Terre ? »
Hurle ce songe ; et voix dont la clarté s’altère,
L’espace a pour jouet le cri : « Je ne sais pas ! »Image


Jets effectués par MJ le Faussaire
Discrétion de Théophile : 14, raté
Tour 0 :
Réaction de Vallmont - 15, il tire son ami et te laisse son dos dégagé.
Test de FOR : 9, de justesse.
Rovec escalade le reste : 20, il perd ce tour, le prochain, et aura un malus sur ses attaques au tour d'après.

Tour 1 :
Théophile charge Vallmont : 2 - aucune parade possible ; Vallmont à 30/60 pv (en comptant coups puissants)
Rovec grimpe.
Vallmont se retourne, ne bascule pas (3), dégaine et frappe en arc de cercle : 7 - parade de Théophile, 6 - 17 pv perdus ; Théophile à 43/60pv

Tour 2 :
Rovec se relève, et dégaine.
Vallmont attaque (en même temps que Théophile) : 17, rien.
Théophile voit le 2v1 se former, et dégaine le pistolet, histoire d'en finir : 19, échec critique, puis 10 = "L'arme chauffe, mais rien ne sort." => Il faudra recharger, et donc gâcher ton unique NA. Dans cette situation, c'est du suicide.

Tour 3 :
Rovec attaque 2 - parade ... pas avec un pistolet ! - Théophile tombe à 18/60pv
Vallmont enchaîne, et presse l'avantage pour s'éloigner du vide - 15, rien.
Théophile reprend son arme, et frappe - 18, rien.

Tour 4 :
Rovec tape - 3, parade ... 7, oui ! - Théophile tombe à 9 pv
Théophile pousse Vallmont - 1, critique ! Suivi de 12, la corde rompt sur le coup, envoyant Vallmont 10 mètres plus bas, qui emporte arme, armure et diginité avec lui.

Tour 5 :
Rovec est déstabilisé, il agira en même temps que Théophile.
Théophile - 16, rien.
Rovec - 20, il est désarmé.

Tour 6 :
Rovec va-t-il se rendre ? 6, pas aujourd'hui.
--- Dépense de pdc de Khorne pour booster les dégats, et achever ce malotru ----
Théophile attaque, dos à la falaise - 20, Rovec coince la lame sans subir de dégats

Tour 7 :
Rovec frappe à mains nues - 12, rien.
Théophile dégage son arme

Tour 8 :
Rovec tente un uppercut - 17, rien.
Théophile - 2, imparable sans arme - Rovec tombe à 24/60 pv

Tour 9 :
Rovec bouscule Théophile, cherchant à l'envoyer dans le vide, ou de s'y envoyer tous les deux s'il le faut - 3 v 2, Théophile l'emporte de peu, personne ne bouge.
Théophile frappe à bout-portant, à +2 - 16, toujours rien....

Tour 10 :
La fatigue s'en mêle. Tout le monde à la même INI.
Vu vos pv et vos armes, c'est la mort subite.

Rovec - 6 , parade... 18... - 16 pv enlevés, tu tombe à -7pv.
Théophile - 16, ça touche sans percer la chair

Théophile tombe à -7 pv,.
Il décède,
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Théophile de Maledané, Chevalier bretonnien chaotique
Profil: For 9 | End 8 | Hab 8 | Cha 8 | Int 8 | Ini 8 | Att 11 | Par 8 | Tir 8 | Foi 0 | Mag 0 | NA 1 | PV 60/60
Lien Fiche personnage: wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_theophile_de_maledane
Image "Il les sème derrière lui et ils flottent sur l'horizon
Les lettres se contorsionnent et hurlent en chœur son nom
Les mots sans guide flottent tels des feuilles de nénuphar
Le papier saisit ces péchés d'encre et lentement s'en pare
La lumière s'épaissit et s'altère au contact de ces mondes
Et quand l'œil curieux imprudemment les sonde
Ô sinistre voix de son obscure victoire
L'esprit s'effiloche, se tord sans le savoir
Que de beauté dans ces mânes déchirées
Que de succès pour mon âme tourmentée
Oui, accueille moi aube de souffrances
Insère mon être dans tes mandibules de démence
Que tes crocs disparates sur moi se referment
Je vais rendre…"

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