Je pars du principe que l'aveugle se montre coopératif tant qu'il s'agit de l'examiner et qu'il n'y a rien de particulier à déceler chez lui
Klarentza jeta un rapide coup d'oeil circulaire. L'endroit semblait parfait. Ils avaient pénétré parmi les décombres d'une bâtisse en ruine dont le épaisses poutres noircies laissaient supposer qu'elle avait du être de taille imposante, peut-être le hall d'accueil d'une guilde ou la salle de réception d'un bourgeois quelconque. Dans les deux cas, les lieux avaient été consciencieusement pillés et des planches de bois semblaient même avoir été arrachées dans les coins plus ou moins épargnés par l'incendie qui avait du mettre un terme à la splendeur de l'édifice. Le sol était poussiéreux dans le passage et noir de suie dans les recoins, signe manifeste que l'endroit était déserté depuis un bout de temps déjà. Le plafond, de son coté avait presque totalement disparu pour laisser entrevoir le bleu du ciel dans lequel se découpait une tour à moitié effondrée.
Observant l'aveugle famélique qu'elle avait conduit (pour ne pas dire trainé) jusqu'ici, elle se fit la remarque que bien à l’abri dans la guilde de Nurgle, la jeune fille avait été relativement épargnée par la rudesse de ces derniers mois. Bien entendu, les temps étaient durs pour tout le monde ce qui faisait que sa vie n'avait plus rien de l'opulence des lointaines années de son enfance dorée, mais elle parvenait néanmoins à vivre décemment - ce qui était loin d'être le cas de cet homme qui lui apparaissait de plus en plus comme une loque humaine. A cette pensée, elle se demanda à nouveau si elle parviendrait à tirer quelque chose de lui. C'était peu probable selon elle, mais que risquait-elle à tenter le coup ?
Epoussettant machinalement ses mains sur le revers de sa cape, elle s'approcha de l'aveugle en lui demandant de s'allonger sur le sol, face vers le ciel. Lui palpant rapidement les bras puis le torse, la jeune fille se rendit rapidement compte qu'il n'y avait pas grand chose à tirer de lui et que son état nécessitait essentiellement du repos et une meilleure alimentation. Pour ce qui était de ses yeux, elle distinguait à présent le pus qui avait du suinter des orbites percées jusqu'à les recouvrir entièrement, donnant ainsi l'illusion qu'elles étaient entièrement teintées de blanc. Détachant sa besace tout comme le glaive de son père qui pendait à sa taille, elle les posa tous deux de coté, un peu en retrait et s'agenouilla pour se pencher sur l'homme allongé. Tandis que ses longs doigts frôlaient la jambe de son patient, une idée lui vint à l'esprit. En un instant, elle fit jaillir l'un des couteaux qui ne la quittaient jamais et trancha en un geste expert ce qui restait des haillons protégeant la cuisse de l'aveugle. D'un geste, elle fit disparaître sa lame avec la même prestance qu'elle l'avait fait apparaître et elle vit qu'elle ne s'était pas trompée: la chair ainsi mise à nue présentait un large hématome bleuâtre, presque noir. Se penchant vers la tâche en affichant une feinte curiosité, elle fit mine de suivre un glyphe prétendument tracé dessus, celui signifiant "troisième bras".
- c'est bien ce que je pensais, murmura-t-elle.
Se redressant quelques peu pour se pencher vers le visage du vieil homme, la jeune fille lui assura qu'il était marqué par un glyphe du chaos ce qui expliquait pourquoi la guérisseuse n'avait rien fait pour elle. A la vérité elle avait même fait preuve de miséricorde en ne le dénonçant pas aux répurgateurs. Après un léger temps de réflexion, elle précisa qu'il était possible qu'à ce moment là les signes fussent moins visibles et que la prêtresse n'y ait guère prêté attention.
Dans tous les cas, elle lui affirma qu'elle pouvait l'en débarrasser en l'amputant dès maintenant de cette tumeur qui, si elle n'était pas soignée sous deux jours, grandirait de manière démesurée jusqu'à devenir un bras surnuméraire, un dard, un tentacule ou toute autre aberration issue du chaos qui le désignerait immanquablement comme un mutant. Sur ce, elle ajouta que mieux valait perdre un bout de cuisse qu'une jambe ou la vie. Laissant place au silence, notre chirurgienne en herbe laissa sa victime méditer ses paroles. S'il refusait de se faire opérer sur le champs, nul doute que la bosse qui ne manquerait pas d'apparaitre suite à son hématome le ferait changer d'avis.
Et pour ça, il lui suffisait d'attendre quelques heures...