Désormais, j'étais seul en compagnie de l'informateur, lequel avait un peu forcé sur l'alcool. Une proie facile. Je sentais la sécurité de cet homme compromise. Comme dit précédemment, on ne trahit pas les forces de l'ombre sans en payer le prix. N'ayant pas réussis (et ayant failli le payer cher) à laisser une marque sur son alliance, je devais impérativement garder cet homme en vue. L'autre était remplaçable. De toute façon, son intérêt étant lui aussi porté sur "Magor", il viendrait forcément un moment où nos routes se recroiseraient.
Considérant que j'avais là l'opportunité de commencer un travail d’infiltration et d'enquête, je vins rejoindre le vieil homme et m'assis à ses côtés. Me penchant sur mes bras croisés, j'engageai la conversation en prenant le bel accent d'Altdörf:
- Si je puis me permettre, un homme comme vous ne devrais pas boire trop. Les lieux ne semblent pas propices à un retour chez soi en état d'ivresse sans s'inquiéter de sa bourse ou de sa vie.
Je fis une légère pause, le temps pour moi de faire un tour de salle avec les yeux, cherchant le jeune roublard, puis de reprendre en fixant mon homme:
- Rudolf Käsner, d'Altdörf. Vous permettez que nous partagions une bouteille? Après tout la vie ne vaut pas la peine d'être vécue sans prise de risque!
Bien sûr je m'attendais à ce qu'il m'envoie promener. Mais cela valait le coup d'essayer. Je n'avais rien à perdre.

