La rencontre se fit dans un grand fracas, alors que les épées rencontraient les boucliers, que les lances rencontraient les os et que d’anciennes armes rouillées pénétraient la chair, provoquant des hurlements de douleur faisant vriller les tympans. Les cris d’agonie couvraient de loin le hurlement silencieux des morts-vivants, qui recevaient sans un bruit les coups portés et inspirait la terreur aux mortels. Là où un squelette tombait, Vanish en relevait dix, mais la encore, vingt soldats accouraient pour les combattre. Le vampire ne cessait de réanimer des cadavres, mais au bout d’un certain moment, sa volonté mentale ne put être assez mobilisée pour en créer d’avantage, et l’Aethyr reprit sa trame tranquillement autour d’eux.
Devenu fou furieux par son incapacité à relever d’autres revenants, Vanish tira sa lame au clair et se rua dans les étages inférieurs du donjon, suivit de près par sa progéniture, avant de sortir du bâtiment. En bas, les brèches au travers des murailles vomissaient une grande quantité de soldat qui venait d’en finir avec les mort-vivants. Vanish chargea avec une vélocité et une fureur que la jeune femme ne lui connaissait pas. Bon nombre de soldats trouvèrent la mort avant même d’avoir réalisé ce qui leur arrivait. Vanish exécutait une danse démente, terrifiante mais gracieuse, apportant à ses adversaires ce que la nature ne pourrait jamais offrir au vampire. Les soldats prirent peur à la vue de cet être qui tranchait des membres et des têtes si rapidement que seule une silhouette imprécise était visible, et que son épée n’était plus qu’un mince trait ensanglanté à travers la nuit.
Une quinzaine, voir le double de soldats trouvèrent la mort avant de commencer à s’organiser. Et durant cette période, une dizaine tomba encore. La cavalerie lourde finit par charger avec à leur tête un homme en noir qui ressemblait étrangement à Van Helsirr, et sous les yeux horrifiés d’Ombeline et d’Albrecht, Vanish se mit à fuir. Ils ne purent accepter ce qu’ils virent, leur père baissant les bras et s’enfuyant à travers le dédale de rue de Steingart et poursuivit par des cavaliers au galop, dont le fracas des sabots frappant le sol allait se répercuter sinistrement sur la pierre des habitations. Mais le vampire fut bientôt rattrapé et transpercé par une première, puis une seconde lance, avant de s’immobiliser, le corps crispé. Alors le répurgateur à qui il avait tourné le dos deux jours auparavant s’arma de son pistolet, et lui tira une balle dans le crâne. Vanish sembla flotter un instant dans les airs, avant de s’écrouler sur les pavés, probablement mort. Van Helsirr descendit lentement de son cheval, certain d’obtenir la victoire sur cet adversaire inanimé et pour être sur de bien faire son travail, s’empara de son épée, et trancha proprement la tête de Vanish sous le regard épouvanté de ses enfants.
Ombeline savait que cette vision allait la hanter pendant de nombreuses années. Pour la première fois de sa vie, elle avait vu la mort de l’un des siens, de l’une de ces créatures imbus d’elle-même et certaine de leur supériorité vis-à-vis des hommes. Elle venait de vivre l’anéantissement d’un être supposé immortel et impossible à vaincre et pour qui les humains n’étaient que du bétail. Et pourtant, l’agneau venait de tuer le loup. La jeune femme avait conscience que si elle était immortelle, elle n’en demeurait pas moins invincible, que la mort pouvait toujours surgir la où on l’attendait le moins. Cependant, à force d’entendre que les humains n’étaient qu’une race inférieure, méprisable, et que rien ne pourrait porter préjudice aux vampires, elle avait fini par oublier sa vulnérabilité. Sur les remparts qui menaient au donjon, la réalité de la vie lui apparaissait dans toute sa limpidité une seconde fois, la première ayant survenue le jour de sa transformation.
Non, contrairement à ce que disaient les siens, ils n’étaient pas tout puissant, non ils n’avaient pas le contrôle sur tout même après des centaines d’années d’existences, et oui, même un minable petit humain pouvait avoir raison d’eux.
En bas, un bûcher était en train d’être constitué à la va-vite afin de brûler les restes du vampire, et de le faire disparaitre une bonne fois pour toute pendant que les cavaliers criaient à tue-tête le nom de leur dieu. Van Helsirr se retourna alors dans leur direction, et les désignant, ordonna à ses hommes de les abattre. Ombeline regarda alors Albrecht, tout semblait perdu, sa misérable vie allait prendre fin, quelques mois à peine après sa transformation. Son frère jeta rapidement un coup d’œil aux soldats qui approchaient, et soudainement, une impitoyable résolution se lut dans son regard.
«
Suis-moi » lâcha t’il d’une voix glaciale. Ombeline le regarda sans comprendre.
«
Où ça, nous sommes encerclés, nous ne pouvons…
-
Tais-toi et suis-moi ! » cracha t’il alors qu’il s’empoignait de force de la jeune femme, et la menait en direction du donjon. Une fois à l’intérieur, il consentit à la lâcher, et s’engagea vers les étages inférieurs, s’enfonçant toujours plus profondément dans la terre.
Les deux vampires descendirent un vieil escalier qui aboutissait aux cryptes de la forteresse. Albrecht ouvrit une lourde porte de bois et regarda Ombeline.
«
C’est ici que nous nous quittons.
- Comment ça ? demanda Ombeline qui n’aimait pas du tout la tournure que prenaient les événements, et encore moins le sourire mystérieux qui venait de naitre sur les lèvres de son frère.
- Va jusqu’au bout de la crypte, et dans un recoin à gauche, tu trouveras un mur de pierre, et dans une niche, un petit levier. J’imagine que tu connais la suite…
- Que... Comment tu sais ça ? Je n’en ai jamais entendu parler !
- Il ne voulait pas que tu sois au courant, ça devait servir uniquement si lui ou moi étions en danger » finit par avouer Albrecht les yeux baissés après un petit temps d’hésitation.
Ombeline n’en revenait tout simplement pas, elle se sentit trahit une foi de plus. Elle savait bien que son géniteur et elle n’étaient pas dans les meilleurs termes, mais pas jusqu’à comploter sur sa mort d’une manière détournée, si les choses tournaient mal comme en ce moment même. Si Albrecht n’avait pas était la, elle aurait certainement connue le même destin que Vanish, au mieux.
Son frère lui glissa dans les mains une petite bourse de cuir, assez bien remplie, et lui ordonna d’aller trouver sa cousine Hildebarde Von Stremt à Nuln. Elle voulut protester à cette idée, mais au même moment des bruits se firent entendre au dessus d’eux, les militaires venaient d’envahir le donjon. Albrecht, paniqué que ces derniers puissent découvrir Ombeline, et voyant que celle-ci s’opposait à sa décision, la poussa de toute ses forces, avant de claquer la lourde porte de bois, plongeant la jeune femme dans l’obscurité. Surprise par le geste de l’homme, elle n’avait pas pu rétablir son équilibre et s’était affalée dans les escaliers, tandis que ses mains et ses avants bras heurtaient douloureusement le sol de pierre. Elle se releva doucement en gémissant, avant de se retourner vers la porte. Quel idiot ! Imbécile ! Que voulait-il prouver en la laissant toute seule, et en partant combattre vers une mort certaine ?! N’aurait-il pas pu tout simplement venir avec elle ? La jeune femme ne comprenait pas cette décision.
Ou alors pensait-il que les hommes fouilleraient tôt ou tard l’intégralité du donjon et finirait par trouver ce mécanisme secret, pourtant caché au fond d’une crypte, et voulait en se sacrifiant lui laisser une marge d’avance. Crétin. Ce n’était pas parce que pour lui le mécanisme paraissait évident à trouver que ça l’était pour tout le monde ! Et voilà qu’il se dérobait à sa vue, et à son existence. Si Ombeline laissait la rage monter en elle, ce n’était que pour mieux dissimuler le chagrin qui risquait de miner ses espoirs et son envie de vivre. Elle avait réellement vécu l’impensable cette nuit. Un vampire qui se faisait trancher la tête sous ses yeux, et un autre qui se sacrifiait pour elle. Le sacrifice d’un vampire… était-ce seulement possible ? Eux qui jouissaient pleinement d’une vie éternelle, se rendait compte de la chance et du pouvoir qui leur avait été conféré, et de ce fait, craignaient plus que tout la mort, bien que jamais ils ne l’auraient accepté. Seule la mort, autrement que par la vieillesse, pouvait mettre un terme à leur existence gorgée de plaisir, d’apprentissage et de toute-puissance.
Quoi qu’il en soit, Albrecht venait de démontrer le contraire. En même temps, ce n’était pas n’importe quel vampire. C’était son frère de sang, et il venait de mourir pour elle. Ravalant son amertume, Ombeline décida de respecter le choix du jeune vampire, et de profiter de l’avance qu’il lui avait laissait pour s’éloigner le plus possible de ce lieu maudit à tout jamais.
Bien que les ténèbres l’entouraient, elle put se diriger dans trop de problème dans la crypte, découvrant des tombeaux vieux de plusieurs centaines d’années, des gisants recouvrant le corps sans vie d’anciens dirigeant de Steigart. D’autres caveaux en revanche avaient été profanés, principalement les plus récents, dont les lourds couvercles de pierre reposaient à terre, brisés par une force inconnue.
Alors elle se retrouva au fond de la cave, et se tournant vers la gauche, distingua en effet un petit mur de pierre. Il se distinguait à peine du reste des parois du souterrain par sa façade peut-être moins abimée, plus lisse. Elle s’en approcha et glissa sa main dans un interstice, ou elle sentit un objet métallique qu’elle tira. Alors, probablement par un système de poulie et de contrepoids, qui semblait avoir rouillé vu le bruit lors du déclanchement, le mur de pierre se souleva d’un bon demi-mètre, permettant à une Ombeline à genoux de s’évader de la forteresse de tous ses malheurs.
Elle arriva alors dans une sorte de galerie, probablement creusée par une ancienne rivière souterraine. La roche était encore humide, et l’air y était moite, la jeune femme avait l’impression d’être entourée d’une fine pellicule de vapeur qui imbibait ses vêtements d’eau, les faisant se coller à sa peau. Elle se releva, et continua sa route, avant de poser le pied par mégarde sur une sorte de pierre qui s’enfonça légèrement, et un grand bruit retentit dans son dos, manquant de la faire sursauter. Le passage venait de se refermer, et le mécanisme s’était remit en place, prêt à un nouvel usage. De ce fait, à moins que par une chance extraordinaire un des hommes découvre le passage, nul ne la suivrait par le chemin qu’elle allait emprunter. Il semblerait que rien ne permette d’ouvrir le muret de ce côté, aussi continua t’elle son chemin dans le noir ambiant. Après n long moment, un léger courant d’air chaud caressa sa peau, informant Ombeline qu’elle n’allait pas tarder à sortir de cet étroit boyau.
En effet, minutes plus tard, elle déboucha sur la forêt au Nord-Ouest de Steingart, par une fissure à peine visible creusée dans la falaise. Si jamais quelqu’un avait eu vent de cet interstice rocheux, il n’aurait aperçu là que l’antre d’une créature qu’il n’aurait mieux fallut ne pas déranger, et aurait probablement continué son chemin.
Et à présent, et ce depuis bientôt une heure, elle courrait dans la forêt. Si au début elle avait adopté un rythme plus tranquille, se contentant de marcher vite, elle avait rapidement voulut mettre le plus de distance entre elle et Van Helsirr. Elle tentait de se faire la plus silencieuse possible, et bien que de temps à autre, une brindille craquait sous ses pas légers, ce petit bruit de faisait que répondre au fourmillement nocturne du bois, empli de bruissements d’animaux et d’insectes. Au loin le hululement d’un hibou retentit, tandis que non loin d’elle, elle percevait le grattement d’un renard en quête de nourriture. Elle ralentit finalement son allure, s’estimant être hors de portée de l’inquisition, et marcha simplement parmi les arbres dont la cime semblait faire corps avec la voute céleste parcheminée d’étoiles, tout en restant vigilante. Une paix intérieure sembla l’habiter malgré les récents événements, en redécouvrant la fraicheur de l’air extérieur après avoir passée plusieurs semaines dans une forteresse habitée par des cadavres.
Cette quiétude lui permit de réfléchir à ce qu’elle allait faire, aux différents choix qui s’imposaient.
Si autrefois elle avait nourrit l’espoir de se débarrasser de Vanish et de revenir la tête haute à la Cour de Nuln, affirmant avoir doublement réussit sa mission à la fois en découvrant le mystère des squelettes attaquant Steingart, mais également en se débarrassant de l’homme qui avait tout organisé, ces espoirs là étaient à présent réduit à néant. Elle ne pouvait plus se permettre de se représenter devant la comtesse Emmanuelle Von Liebewitz alors que cette dernière venait d’envoyer un répurgateur enquêter sur sa propre disparition. Que dirait-elle pour justifier son absence longue de plusieurs mois ? Et que dirait-elle lorsque Van Helsirr présenterait son rapport en déclarant que Steingart avait été un repaire de vampires ? Tout le monde la soupçonnerait, et elle risquait bien de finir sur le bûcher, d’autant plus que le répurgateur connaissait son visage et serait plus à même de la reconnaitre.
En revanche, elle pouvait suivre le plan d’Albrecht, aller trouver sa cousine à Nuln et se fondre dans la société. Qu’avait-il dit la concernant ? Qu’elle était orpheline, très malade mais riche, et qu’Ombeline pouvait la remplacer. Ce dernier point l’intriguait. Comment pouvoir la remplacer, elle n’avait aucun droit sur elle, aucun lien familial en rapport avec la cousine d’Albrecht. A moins qu’elle lui ressemblait trait pour trait ? Non, c’était tout bonnement impossible, et la jeune femme éluda cette idée. Il restait aussi la question de savoir où cette damoiselle pouvait bien habiter. Dans un couvant ou bien dans une belle maison, en compagnie de domestique pour l’aider à combattre la maladie ?
Et quelle maladie également ? Si elle était sûre de toucher une partie de l’argent à sa mort, peut-être pourrait-elle l’aider à passer de l’autre côté de la barrière. Orpheline et son frère à présent décédé, elle ne devrait plus manquer à grand monde, et si elle était si malade que ça, Ombeline doutait qu’elle ait un mari, et encore moins des enfants.
D’une pensé, elle remercia Albrecht de l’avoir guidée sur cette voie qui pourrait se révéler être très lucrative, et peut-être amusante. Heureusement que Nuln était une grande ville, la seconde de l’Empire à vrai dire, et la première dans tout ce qui touchait au domaine de l’art et de la vie sociale. La « Couronne aux mille joyaux étincelants » comme les gens l’appelaient parfois était une ville très prisée, très visitée et extrêmement vivante, grâce à son université comportant les érudits qualifiées comme les plus sages du monde, université dans laquelle même des étudiants en provenance de la lointaine contrée d’Arabie venaient parfaire leur études. Elle abritait également le Collège Impériale d’Artillerie, ou les Comtes Electeurs et autres nobliaux aisés envoyaient leurs fils afin de former de futurs maitres artilleurs de l’armée de l’Empire. Avec tout ce beau monde, Ombeline ne doutait pas de pouvoir se fondre facilement dans la masse sans risquer de croiser d’anciennes connaissances de son vivant.
A présent il restait le problème de parvenir jusqu’à Nuln. La jeune rescapée savait que Steingart se situait au Sud-Est du Wissenland, tandis que Nuln étaittout au Nord de cette même province. Y arriver ne serait pas une tâche facile. Si elle se rappelait bien de ses cours de géographie qu’elle avait il y avait même pas deux ans, elle pouvait faire la route à pied ou en bateau jusque Pfeildorf, et une fois dans cette ville, ce dernier moyen de transport semblait être inévitable pour finir son voyage jusqu’à la Cité-Etat. La jeune femme s’arrêta un instant afin de compter le nombre de pistole que lui avant donné son frère. Il y avait quatre-vingt pistoles, un compte rond, et Ombeline reconnu bien là l’esprit pratique d’Albrecht.
Remettant toutes les pièces dans la bourse de cuir, elle reprit sa route en direction du rivage, où elle pourrait envisager la suite de son trajet.
Voilà, fini!

Je te rassure tout de suite Archi, tu n'auras plus d'aussi long post' que ça (enfin, je pense bien). Comme je l'ai dit, c'était juste pour fignoler la transition entre deux rp. j'espère que c'est plus ou moins crédible et que ça colle avec l'idée que tu avais.
A toi =)