[Helveticus Matix/Gob'] Acte 2.1 : Les Rouages de la Connaissance

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[MJ] Le Gob'
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[Helveticus Matix/Gob'] Acte 2.1 : Les Rouages de la Connaissance

Message par [MJ] Le Gob' »

Savoir et Pouvoir
Acte II : Les Rouages de la Connaissance


Quatrième Loi universelle
"La Raison est appréhension de la Connaissance."


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***


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Mars, berceau du Mechanicus.

Sous des cieux perpétuellement obscurcis par une pollution millénaire, la surface de la fascinante planète rouge est bien plus hétérogène que celle d'autres mondes-forge. Descendant de l'Anneau de Fer, douze structures élancées relient le titanesque complexe spatioportuaire à la planète, descendant depuis l'orbite jusqu'au sol rougi du premier monde-forge. Depuis la base de l'un de ces gigantesques Elevatus, un observateur ne pourrait que s'émerveiller des dimensions inouïes d'un tel ouvrage, dont l'origine remonte à travers les âges. En effet, de même que les ruches industrielles martiennes comptent parmi les premières cités-ruches jamais érigées, moult autres vénérables édifices parsèment la surface de ce monde, cœur palpitant du Segmentum Solar. Si toutes ces installations ne sont plus nécessairement utilisées, certaines ayant été délaissées au fil des ans, Mars fourmille néanmoins encore et toujours d'une incessante activité, principalement souterraine, dont les émanations demeurent observables depuis les cieux comme autant de chapes opaques et toxiques. Les secrets de l'atmosphère artificielle perdus à l'issue de l'Âge Sombre de la Technologie, les manufactures martiennes n'ont en effet eu d'autre choix que de creuser encore plus profondément sous la surface, enfouissant toute vie dans les entrailles de la planète rouge.



Un silence de plomb régnait au sein de la vaste plateforme accueillant Helveticus, ainsi qu'une foule d'autres acolytes et technoprêtres, le long du Dodecai Elevatus Secundus. Ils se trouvaient tous confinés dans cet espèce de hall d'embarquement, dont le déplacement rapide les précipitait en direction de la planète. L'habitacle, quoique massif, ne comportait pas la moindre vue vers l'extérieur, de sorte que les passagers devaient s'en remettre à leur mémoire archivée pour visionner le paysage extérieur. Immobile, dans un coin de ce bloc aux murs nus, flanqué seulement de son serviteur et de son servocrâne, Helveticus s'était rallié au mutisme collectif, plongé dans ses pensées. Car il avait en effet matière à réfléchir. Palpant machinalement la nouvelle prothèse bionique ayant remplacé la chair de son bras et de son oeil gauche, les souvenirs des opérations -la sienne, et celle de Tekh- occupaient sa mémoire et ses cogitateurs. Si, dans chacun des deux cas, tout s'était déroulé de sorte à lui donner pleine et entière satisfaction, d'autres réflexions s'étaient bien vite imposées et le préoccupaient. A ses côtés, la forme massive du serviteur Tekh, désormais modifié pour correspondre à ses attentes, patientait, en veille, son imposante carcasse reposant sur de multiples membres articulés. Son corps était bouffi, courbé, bossu, condition préalable au stockage de matériel d'écriture. De part et d'autres de son tronc, en lieu et place de ses membres, deux mécadendrites à vocation scripturale pendaient, inertes. Du crâne, il ne restait pas non plus grand chose de reconnaissable, une machine à imprimer sur parchemin s'étant substituée à la majorité de sa mâchoire. Si la responsabilité d'un tel serviteur, gracieusement modifié à bord du Lex Machina par les subordonnés de l'Adeptus Majoris Skeptis, avait quelque chose de grisant, les deux trésors qu'il transportait devaient occuper toutes ses pensées.

Sise au sein d'une caisse anonyme, la cyberchape était fermement arrimée au dos de Tekh le serviteur, un autre geste de la part de l'Adeptus Majoris, afin de soustraire la vénérable relique aux regards jaloux. Inutile de dire qu'il comptait certainement au premier rang desdits envieux, à en juger par les regards qu'il n'avait cessé de porter à l'objet aussi longtemps que ce-dernier s'était trouvé dans son champ de vision. Mais, peut-être plus intrigant encore, dissimulé dans une cavité secrète sous la tête quasiment amovible de Tekh, se trouvait la forme cubique du coffret de stase, dont le mystère demeurait plein et entier. Helveticus avait pourtant passé un temps considérable, au cours du voyage retour, à en scruter les moindres détails dans le secret de sa cabine personnelle, hélas en vain. Il n'avait pu dénicher la moindre ouverture, ni le plus discret mécanisme permettant l'ouverture du coffret. En dépit de ses tentatives, l'objet demeurait imperméable à ses avances. Sa curiosité à l'égard de cette cargaison était donc certainement intacte, brûlante, dévorante, de même que sa probable frustration.

Quittant finalement les infrastructures de l'Elevatus Secundus, Helveticus ne perdit pas une seconde, progressant au sein des complexes souterrains de Mars, se méfiant du moindre passant. Sa destination était le Mont Pavonis, ou plutôt ses profondeurs au fond desquelles l'attendait son géniteur et maître.


***

Contrairement à leurs précédentes entrevue, Kryptaestrex Matix ne tarda pas à recevoir son rejeton. Helveticus n'eut pas à s'annoncer pour que s'ouvrent, l'une après l'autre, les épaisses portes mécaniques le long des sinueux couloirs du repaire du Magos, jusqu'à une pièce froide, sombre, dénuée de tout ornement superflu. Au beau milieu de cet espace, installé sur une chaire en céramite ornementée, siégeait Kryptaestrex, flanqué de ses quatre servocrânes. La silhouette familière, intégralement mécanisée quoique encore humanoïde, demeura de marbre devant l'arrivée de sa progéniture. Sans bouger d'un pouce jusqu'à ce que lui fut témoigné le respect dû à son rang, le Magos laissa régner sur les lieux un silence pesant, tandis qu'il jaugeait du regard les moindres détails de l'apparence nouvelle de sa créature. De longues minutes passèrent, insoutenables, glaciales, avant que l'éminent personnage ne prenne brièvement la parole par le biais de l'un des servocrânes flottant autour de lui.

Quinzième Loi universelle.


Sur cette laconique déclaration, le silence retomba sur la pièce souterraine comme une chape de plomb.
Un gobelin inspiré a écrit :Pour toute réclamation ou problème, traversez la forêt et rendez-vous à la Caverne aux Champignons. Mais prenez garde aux vapeurs de bonnet-de-fou...
A l'entrée de la grotte se tient le gobelin : ses vêtements sont crasseux, et ses yeux vitreux. Plusieurs champignons d'une taille impressionnante pendent en grappes à sa ceinture. Dans l'une de ses mains, il tient une feuille d'arbre roulée en cylindre, dont l'extrémité fumante dégage les même fumerolles que celles qui planent lourdement au-dessus de sa tête. Il tire une bouffée de son étrange et longue cigarette, expire ensuite tranquillement par le nez, tout en dévisageant son interlocuteur d'un air rêveur. Puis, il prend la parole, d'une voix cassée, grave et enrouée, comme s'il avait quelque chose de très important à vous chuchoter :


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"Pourquoi cet air si sérieux ?
Écoute-moi bien, voyageur égaré.
Il y a quelque chose dont je voudrai te parler.
En tout temps, en tout lieu, tu dois bien être conscient que :

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En cas de non-respect de ces quelques règles,
Tu serais confronté à cet étrange animal,
Qui du forum régit le Bien et le Mal :
Le Modo, en vérité, créature fort espiègle."

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Un gobelin douteux a écrit :

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Helveticus Matix
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Re: [Helveticus Matix/Gob'] Acte 2.1 : Les Rouages de la Connaissance

Message par Helveticus Matix »

Pour une meilleure lisibilité, il est conseillé de télécharger la police utilisée : http://www.fontpalace.com/font-details/Binary+CHR+BRK/
Bonne lecture :)
Le temps se faisait long sur la plateforme. L'acolyte s'occupait en analysant d'inutiles données qu'affichaient ses capteurs : données atmosphériques, densité des particules fines présentes dans l'air, résultat de ses simulations protocolaires. Ces dernières n'avaient plus grand intérêt, la quantité de facteurs inconnus dépassant le tolérable. Aucune prévision ne dégageait un pourcentage satisfaisant. Pour le reste, Matix devrait se fier à son plan et l'adapter au fur et à mesure, méthode si barbare qu'elle en était écœurante.

A son retour sur Mars, Helveticus n'avait pas retrouvé la sérénité attendue. Certes, l'architecture massive, unique, la symphonie mécanique omniprésente et les effluves toxiques le bercèrent gracieusement dans un sentiment d'appartenance à cet habitat. Mais ses retrouvailles avec la planète rouge s'étaient faite de manière glacialement impersonnelle. Il n'avait même pas pu contempler la planète rouge, alors qu'il se trouvait déjà dans l’ascenseur atmosphérique.

Pour cela, Helveticus ne pouvait s'en vouloir qu'à lui-même. Un élément crucial manquant le rendait aveugle à la véritable beauté de se monde, observable même enfermé dans quatre murs blindés. La vision noosphérique, une ouverture vers un nouvel univers où l'information circulait, omniprésente telle un mouvement atmosphérique. Ici, la plateforme pouvait bien se trouver au milieu de l'espace, cela ne ferait aucune différence. Tel un chat de Schrödinger, l'acolyte ne validerait l'existence de la pièce suivante qu'une fois ses portes ouvertes. Seul le vrombissement constant trahissait la présence d'une structure planétaire.

Matix observa sa nouvelle main gauche, faisant jouer ses doigts dans un tintement métallique agréable. Il la porta ensuite à son œil bionique, satisfait de voir que les nerfs artificiels de son bionique étaient efficaces. Sa vision artificielle était bien plus performante que sa précédente et pitoyable lunette. Les schémas, diagrammes et autres systèmes de transmission de données étaient infiniment plus détaillés et savamment organisés. De plus, ils s'adaptaient en temps réel aux images que le bionique captait, détourant chaque élément visible pour afficher en surbrillance chaque donnée récoltée. Ses processeurs étaient légèrement plus sollicités pour permettre ces analyses éclairs, mais l'effort valait la chandelle.

Pourtant, l'acolyte n'était pas encore totalement... accoutumé à ces corps étrangers. Jusque-là chacun de ses nouveaux implants était invisibles à ses propres yeux, observables uniquement pas le monde extérieur. Les implants corticaux, le bionique respiratoire, l'UIC, le mécadendrique, même la lunette, se trouvaient sur des parties de son corps qu'il ne pouvait réellement observer. A présent, son œil et son bras gauche n'étaient plus... humains.

Comment pouvait-il raisonner de la sorte? Jamais Helveticus n'aurait pensé ressentir ce genre de sensation, lui qui s'était dégoûté de son propre bras pourrissant et se retenant de l'arracher lui-même. Lorsqu'il l'avait vu, en se réveillant sur la table d'opération, négligemment posé dans un bac avec son œil nu, Matix avait sentit son cœur manquer un battement. Une crise identitaire s'était répandue dans sa tête, fuyant ses protocoles comportementaux et plantant ses griffes dans chacun de ses synapses. Le sentiment s'était rapidement retrouvé dans une impasse avant d'être rattrapé par les protocoles et cruellement étouffé, mais ses échos demeuraient toujours, la trace de ses griffes toujours présente dans le crâne de l'acolyte.

Plus le jeune adepte se rappelait de ses derniers jours sur le Lex Machina et plus il était mal à l'aise. En effet, la fin du voyage avait révélé bien des choses sur lui-même à Helveticus, notamment lors de l'opération de Tekh. L'acolyte s'était toujours vanté de la gestion de ses sentiments humains, gardant la logique et l'implacabilité d'une machine. Mais en voyant ce corps abominablement déformé, mutilé, tel un drap déchiré et horriblement recousu, Matix avait ressenti un tel mal être qu'il en aurait vidé son estomac s'il en était capable. Une donnée organique si puissante qu'elle semblait aussi fondamentale que le besoin de respirer, gravée au plus profond de l'ADN, celle qui faisait qu'une tranche de viande donnait faim mais qu'un membre sectionné déclenchait un puissant dégoût. La vision du corps utilisé comme un simple outil malléable avait révulsé l'organisme de l'acolyte dans son ensemble.

Lorsque Helveticus avait reposé son regard sur le Genetor, il avait été frappé par l'horreur, voyant chacun de ses implants comme un corps étranger planté dans son corps. Honteux, l'acolyte s'était installé nu dans la pièce obscure, laissé seul et misérable et priant pour que son anesthésie se fasse rapidement. Durant son sommeil, ses implants corticaux lancèrent un reboot général du système et un assainissement des données. Une purge en somme. Mais le réveil et la vision de ses membres amputés avaient porté un nouveau coup au moral de Matix.

A présent, ces sentiments anathèmes s'étaient atténués grandement sans vraiment disparaître. L'acolyte avait bien plus à faire avec l'inquiétude qui le rongeait de plus en plus, aussi bien pour les événements à venir que pour la paranoïa vis-à-vis des autres membres de l'Elevatus Secundus. Helveticus posa sa main mécanique sur la caisse abritant la Cyberchape, drainant une dose de courage bienvenue dans cette situation oppressante.

Les autres membres de l'ascenseur n'inspiraient pas la moindre dose de confiance, la plupart si intensément modifiés qu'ils n'avaient même plus silhouette humaine. En d'autres circonstances, le jeune adepte se serait émerveillé au point de jalouser ces structures si originales et élevées, mais il savait que si la caisse laissait passer la moindre information sur son contenu, alors la jalousie serait tournée vers lui. Et alors, Matix ne serait plus en sécurité.

Son plus proche voisin, une sorte de bulle métallique lévitant à un mètre du sol et doté d'innombrables membres tentaculaires, faisait preuve d'un irrespect effarant. Un semblant de tête sous capuchon d'où émergeait de multiples optiques, était située sur la partie inférieure de la sphère, comme pour volontairement moquer l'architecture organique de son ancien corps. Elle était encadrée de deux manipulateurs articulés un peu trop baladeurs.

Le code fondamental du Technoprêtre semblait être la curiosité au détriment de la bienséance. Sa masse bourdonnante se rapprochait de plus en plus des possessions de Matix, ses membres ombilicaux léchant les surfaces de la caisse hermétique et mirant en détail la structure de l'étrange serviteur du jeune adepte. La sueur commença à perler sur le crâne d'Helveticus, détail que le parasite remarqua et qui l'incita à redoubler de curiosité, au point même de tenter de forcer l'ouverture de la vaste caisse.

L'acolyte, qui jusque là n'osait pas recaler un supérieur, sentit qu'il était enfin légitime de mettre le Technoprêtre à sa place. Il envoya une vague assourdissante de données colériques, traduisant des actes de propriété, des résidus de son ancien code sacré (disparu depuis l'accomplissement de sa mission, mais dont l'acte d'effacement témoignait), le tout orné d'une flopée de ligne de règlement et autres lois mettant en cause l'attitude de l'intrus. La bulle gronda, ses membres tentaculaires se rétractant dans une attitude offensive et sa masse se positionnant au dessus de l'acolyte. Il semblait prêt à plonger vers Matix pour le réduire en morceaux, seul obstacle face à ces étranges cargos.

Si les autres membres de l'ascenseur n'avaient pas bougé d'un pouce, Helveticus put sentir la myriade d'optiques posés sur lui. La sphère l'avait apparemment sentie aussi, bien consciente que son futur crime aurait de nombreux témoins et que même son rang ne le mettrait pas à l'abri des retombées. Ses membres se détendirent et il s'en alla flotter dans un coin de la vaste plateforme. Jusqu'à la fin du trajet, ses optiques ne quittèrent pas l'acolyte. Matix comprit que le Technoprêtre n'en avait pas fini avec lui.

Lorsque l'ascenseur arriva enfin à destination, Helveticus ne se perdit pas dans la contemplation de son environnement et partit comme une flèche, envoyant une foison d'ordres à la structure lente de Tekh pour qu'il accélère la cadence. L'acolyte prit bien soin de prendre un chemin, certes plus long, mais plus densément peuplé vers le Mon Pavonis. MOC, qui avait pris de la hauteur, envoyait régulièrement des données pour informer son maître que la bulle était toujours derrière eux.

Malgré tous ses efforts, Matix voyait la foule s'amoindrir à mesure qu'il se rapprochait de sa destination. Et la sphère était toujours là, l'acolyte pouvant presque capter son effroyable bourdonnement se rapprochant.

A présent seul, du moins sans compter son poursuivant, Helveticus tenta à nouveau d'accélérer l'allure mais se retrouva freiné par son propre serviteur. Il était hors de question d'abandonner le cargo à ce parasite et l'acolyte préférait mourir de ses froids manipulateurs plutôt que de prendre la fuite. Mais la peur l'affectait de plus en plus, si bien qu'elle finit par supplanter sa quarantaine et à plonger son hôte dans la panique.

Matix arriva enfin devant la porte du Magos Kryptaestrex, mais n'en fut aucunement rassuré. La dernière fois, ce dernière l'avait fait attendre un long moment avant de le recevoir et, d'après les calculs de l'acolyte, la bulle aurait tout le temps de s'occuper de lui avant que cela n'arrive. Le bourdonnement se rapprochait de plus en plus, la masse effrayante de cette araignée en lévitation se détachant lentement d'un pan d'ombres à la jonction de deux couloirs. Il le savait, si la créature avait toujours un visage, Helveticus aurait pu voir un sourire cruel s'afficher.

Un soudain bruit de pression fit sursauter l'acolyte : la porte s'ouvrait! Lorsqu'il regarda de nouveau l'embranchement des couloirs, la sphère avait disparue.

C'est donc comme la première fois, empressé et en sueur, que l'acolyte franchit les deux lourds battants. Au moins il se sentait plus présentable, ayant moins de chair à exposer, la sensation d'être plus "habillé" que la dernière fois. La pièce n'avait pas changée, toujours aussi dénudée de la moindre décoration superflue, même pour un membre du Culte. A une chose prêt cependant : une chaire était à présent installée au fond de la pièce, sur une estrade, assurant ainsi à son utilisateur de bien dominer la pièce. Pourtant, la formidable taille de ce dernier lui assurait déjà ce caractère intimidant.

Helveticus fut malgré lui surpris de découvrir son maître dans cette posture. Il n'avait pas imaginé un instant que le Magos soit capable de prendre cette position, mais ses mécanismes gracieux cachaient apparemment bien des subtilités. Un silence pesant s'installa dans la pièce après que l'acolyte et son serviteur chargé l'aient pénétrée. Helveticus exécuta toutes les marques de respect nécessaires, ce qui lui prit plus d'une minute, et fut content de ce répit, lui permettant de calmer son organisme après sa course stressante dans les couloirs de Mars. Mais le silence perdura, tandis que les servocrânes tournoyaient calmement autour de leur Alpha.

L'un deux parla sans crier gare, ce qui fit sursauter le jeune disciple. La Quinzième Loi Universelle. Il était évident que Kryptaestrex testait sa progéniture et le voulait voir réciter le-dit texte. Pris par surprise, l'acolyte chercha dans sa mémoire pour la trouver. Lui qui se complaisait dans sa classification minutieuse dans des dossiers et sous-dossiers savamment triés se rendait compte à présent que son système était loin d'être efficace. Il balbutia quelques longues secondes avant de trouver la loi en question, puis la récita d'un Lingua Technis clair, bien que vacillant.


"La chair est faillible, mais le Rituel honore l'Esprit de la Machine"


L'acolyte s'inclina ensuite quelques secondes pour laisser le temps à ces paroles sacrées de remplir la pièce avant de s'évaporer. Puis, il se redressa avant de reprendre la parole d'une voix bien plus assurée.

Magos Kryptaestrex, je me présente devant vous pour vous informer de la réussite de la mission sacrée que vous m'avez confié. La sonde anathème a été détruite.

Si vous le désirez, je peux vous faire un rapport détaillé de mon voyage, mais avant cela, je souhaiterais vous informer d'une découverte que j'ai fait sur le monde d'Arak VII


Sur ses paroles, l'acolyte orienta gracieusement ses mains vers le cargo de Tehk et s'écarta du passage de son serviteur. L'homme-pupitre s'avança de quelques pas lourds, puis tourna le dos au Magos pour lui exposer l'imposant caisson. D'une simple ligne de code prononcé dans un grésillement binaire, Helveticus libéra les verrous et la boîte s'ouvrit dans ballet de vapeur dépressurisée. Lorsque la fumée se dissipa, la Cyberchape fut dévoilée, plus belle que jamais.
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Helveticus Matix, Voie du Technoprêtre
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Re: [Helveticus Matix/Gob'] Acte 2.1 : Les Rouages de la Connaissance

Message par [MJ] Le Gob' »


Krypaestrex opina lentement du chef pour saluer cette parfaite récitation de la Quinzième Loi du dogme du Mechanicus, manifestement satisfait. Au cours du silence religieux qui s’ensuivit, le patriarche reprit la parole, comme pour ponctuer la précédente déclamation par la loi suivante.


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« Et rompre avec le Rituel, c’est rompre avec la Foi. »


Ces maximes étaient loin d’être d’anodines devises : elles constituaient de véritables mantras censés guider les actes des membres du Mechanicus, du plus simple aspirant au plus haut Magos. Elles étaient le credo de l’organisation, les piliers de la foi en l’Omnimessie. De fait, il n’était pas concevable de transiger dans l’application de ces préceptes fondateurs, et leur récitation était chose courante, au cours de célébrations, comme en guise de formule de salutation, ou même pour signifier le terme d’une conversation.

Comme Helveticus entamait son compte-rendu, Krypaestrex sombra dans un mutisme intéressé, écoutant sa progéniture avec la plus grande attention. Conformément à son propre plan, Helveticus narra l’intégralité de son épopée sur Arrak VII, n’omettant aucun détail, à l’exception notable de son incursion à l’intérieur de la sonde anathème, et de sa découverte du coffret de stase. A mesure qu’il progressait dans son récit, l’un des servocrânes de son seigneur et maître vint flotter aux alentours de la cyberchape, s’attirant évidemment l’attention de l’acolyte qui ne pouvait de toute façon s’interrompre. Un autre vint récupérer, par le biais d’un de ses appendices, les données précises du rapport d’Helveticus, incluant notamment un enregistrement de l’extérieur de la sonde et de son explosion, afin que Krypaestrex le consulte dans ses moindres détails. Tout ceci était consenti par l’acolyte, qui n’avait néanmoins guère d’autre choix étant donné sa situation.

Lorsque vint le moment d’évoquer les circonstances d’acquisition de la cyberchape, et de l’incident impliquant Seth, Krypaestrex sembla réagir imperceptiblement, avant de retrouver son immobilité solennelle comme si rien ne s’était produit. Mais Helveticus, quoique absorbé par son rapport à fort enjeu, ne manqua pas de remarquer ce détail, et put assigner prudemment une faible quantité de ressource de ses cogitateurs à l’établissement de conjectures relatives aux implications de cette réaction. Ce-faisant, il fut en mesure de clore son rapport en bonne et due forme, mentionnant notamment l’indigence des conditions de vie de la population locale d’Arrak VII, ainsi que leur mépris des principes du Mechanicus.

Test de CHA (bonus de +2 compte-tenu des précisions apportées en MP concernant la teneur de ton rapport) : tu obtiens 11, c'est donc, avec le bonus, une assez bonne réussite. On peut donc considérer que tu n'as pas éveillé la suspicion de Krypaestrex.

Test de Perception (en l’occurrence, basé sur l’INT pour interpréter la réaction de Krypaestrex ; malus de -4) : 4, réussite en dépit de la difficulté, d’où les précisions suivantes :
- Krypaestrex a tressailli non pas lorsque tu as mentionné la découverte de la cyberchape, mais bien juste après que tu as évoqué la périlleuse situation qui était la tienne dans le vaisseau en ruines
- la rapide reprise de contenance du Magos permet de raisonnablement supposer une volonté de dissimuler sa réaction.

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« Si le culte de l’Omnimessie a bien vocation à s’étendre parmi les étoiles, le monde d’Arrak VII ne relève pas pour l’heure de notre juridiction. Il fut déjà relativement… osé… de ma part de t’y envoyer sans en informer les autorités compétentes. »


Ayant ainsi sobrement éconduit l’agacement d’Helveticus concernant la situation à Arrak VII, Krypaestrex se leva de son trône de céramique dans un harmonieux concert de mécanique bien entretenue, dominant de toute sa taille sa créature, portant son attention sur la cyberchape.


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« Ton succès dans cette mission est à la hauteur de mes attentes.

Tu as également bien agi en ramenant cette précieuse relique sur Mars. Ton ordination au rang de technoprêtre est amplement méritée, et sera célébrée une fois que tu auras reçu de l’Omnimessie les bienfaits à la hauteur de ta valeur.

Archive toutefois le reproche suivant : tu as pris un risque non mesuré une fois ta mission accomplie.

Pour cela, je te réprimande : tâche de te souvenir que ton existence sert les desseins de l’Omnimessie, et qu’il ne t’es pas encore acquis d’en disposer à ta guise. »
Un gobelin inspiré a écrit :Pour toute réclamation ou problème, traversez la forêt et rendez-vous à la Caverne aux Champignons. Mais prenez garde aux vapeurs de bonnet-de-fou...
A l'entrée de la grotte se tient le gobelin : ses vêtements sont crasseux, et ses yeux vitreux. Plusieurs champignons d'une taille impressionnante pendent en grappes à sa ceinture. Dans l'une de ses mains, il tient une feuille d'arbre roulée en cylindre, dont l'extrémité fumante dégage les même fumerolles que celles qui planent lourdement au-dessus de sa tête. Il tire une bouffée de son étrange et longue cigarette, expire ensuite tranquillement par le nez, tout en dévisageant son interlocuteur d'un air rêveur. Puis, il prend la parole, d'une voix cassée, grave et enrouée, comme s'il avait quelque chose de très important à vous chuchoter :


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"Pourquoi cet air si sérieux ?
Écoute-moi bien, voyageur égaré.
Il y a quelque chose dont je voudrai te parler.
En tout temps, en tout lieu, tu dois bien être conscient que :

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En cas de non-respect de ces quelques règles,
Tu serais confronté à cet étrange animal,
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Re: [Helveticus Matix/Gob'] Acte 2.1 : Les Rouages de la Connaissance

Message par Helveticus Matix »

L'acolyte récita la totalité de son rapport sans la moindre interruption. Habituelle, durant la conversation de deux membres du Culte, le flot de données allait dans les deux sens, même lors d'un monologue. Notifications de réception, de validation, d'approbation ou de demande d'approfondissement. Simples signaux, silencieux ou non, visant à assurer que le maximum d'informations soit tiré de l'échange. Si leur langue numérique n'avait pas une cadence infiniment supérieure à celles organiques, alors les moindres conversations prendraient des heures, voire des journées entières.

Mais ici, rien. A part quelques rares signaux l'incitant à continuer, Helveticus avait l'impression de parler à un mur sans le moindre circuit imprimé. Il dû même se rappeler à plus reprises que la structure magnifique qui se trouvait devant lui était active. C'était très perturbant, mais pas forcément une mauvaise chose. Si Kryptaestrex ne s'embarrassait pas de demandes superflues, c'était peut-être qu'il avait confiance en son subordonné. Passé la sensation de malaise que ressentait l'acolyte, il ressentit une immense fierté à cette idée.

C'était peut-être une bonne chose que le Magos ne soit pas intrusif. Helveticus sentait, malgré ses protocoles de dissimulation, beaucoup de ses préoccupations bourdonner dans son crâne. Des préoccupations qu'il n'avait pas encore l'intention de révéler à son supérieur. Le cube de stase, le message de l'Ordo Machinum, les propres craintes de l'acolyte sur la possibilité d'une infiltration au sein même du Culte. Matix ne pouvait se permettre de dévoiler cela à quiconque avant d'avoir regroupé plus d'informations.

Son mécadendrite optique ne quitta pas le servocrâne du Magos de son œil bleuté, s'assurant qu'il ne s'égare pas trop sur les circuit du serviteur de l'acolyte.

Alors qu'il détaillait l'accrochage résultant de la récupération de la Cyberchape, le jeune adepte perçut quelque chose. Une réaction infime, subtile mais involontaire, avait agité la structure de Kryptaestrex. Une légère montée de température de ses systèmes, ainsi qu'un frétillement de ses circuits, pile au moment où Helveticus avait parlé du danger imminent de la singularité causée par Seth. Dans un recoin de ses cogitateurs, l'acolyte se lança dans une analyse minutieuse de cette réaction pour y dégager un diagnostique crédible.

Il y avait une incohérence étrange dans la réaction de son supérieur : ce n'était pas lorsque Matix avait détaillé la naissance de la singularité, véritable manifestation hérétique à l'encontre du Dieu Machine, mais lorsque le jeune adepte avait mentionné la proximité immédiate du danger et les risques encourus par sa propre personne. Incapable d'en dégager le moindre sens, Helveticus laissa ses diagnostiques en suspend en attente d'informations supplémentaires.

Une fois que l'acolyte eut terminé son rapport, conclut par sa mention de la situation sur Arrak VII, Kryptaestrex prit enfin la parole. Le jeune adepte se sentit alors enseveli par le flux de données, sonores ou pas, dégagé par pareille entité, signe de son rang hautement plus élevé. Tout comme le Majoris Skeptis, le Magos balaya la requête de son disciple d'une simple mention de la juridiction sur ce système. Il rajouta même que l'expédition de son disciple ne remplissait pas la totalité des normes requises pour être pleinement validée.

Si la parole d'un supérieur était presque divine, Helveticus s'agaça silencieusement de cette réponse. Il n'appréciait pas de voir l'influence du Culte tout puissant, détenteur de la Vérité Véritable, être ainsi stoppée par pareille broutille. Mais ce sentiment anathème fut rapidement soufflé par les paroles suivantes du Magos. Après s'être levé pour dévoiler la magnificence de son corps, il félicita son acolyte pour le succès de sa mission, le promouvant au rang de technoprêtre.

Bien que s'attendant à cette ordination, Helveticus chancela. Après tant d'années de prières et de dévotion totale, ses effort allaient enfin être récompensés. Il allait s'élever un peu plus vers la Machine et pourrait ainsi la servir bien plus efficacement. Son œil s'embua et bien qu'il tenta de se contenir, quelques données extatiques s'échappèrent de son crâne pour se répandre dans la pièce. Ce n'était pas très protocolaire, mais Matix doutait fortement que quiconque ait pu se retenir de ce genre de réaction lors de leur première promotion au sein du Culte.

Avant que le presque technoprêtre ne remercie son supérieur pour l'honneur qu'il venait de lui faire, ce dernier reprit la parole. Une réprimande, aussi inattendue qu'incohérente. Helveticus l'archiva immédiatement, avant même d'en avoir dégagé le moindre sens. Il relança ensuite les diagnostiques démarrés un peu plus tôt en y ajoutant ces nouvelles données. C'était toujours, voir encore plus, incompréhensible.

Helveticus était un acolyte, soit au plus bas de la hiérarchie de la prêtrise de Mars. Il n'était doté d'aucun implant d'une réelle valeur et restait donc un élément dispensable. Certes, bien moins que les vulgaires serviteurs ou encore le citoyen moyen de Mars, mais comparé à la récupération d'une relique telle que la Cyberchape, la question de s'analysait même pas. Pour un technoprêtre, la situation demanderait cependant une analyse approfondie : son Savoir, mais surtout la combinaison des implants/reliques, définirait si la mise en danger de son corps en vaudrait le coup.

Mais Matix n'était pas un technoprêtre quand il avait accompli sa mission sur Arrak VII, aussi la réprimande de son supérieur n'avait pas le moindre sens. Pire, elle allait à l'encontre même des principes de l'Adeptus Mechanicus. Inciter un membre du Culte à s'éloigner de son devoir était un crime dont même un Magos n'était pas à l'abri. Helveticus ne s'était pas mis en danger par simple intérêt personnel (inexistant d'ailleurs), mais pour servir le Dieu Machine. Conformément au protocole, il avait pesé le pour et le contre et était instantanément arrivé au diagnostique suivant : dispensable comparé aux objectifs de sa mission improvisée.

Alors quoi? Kryptaestrex était-il défaillant? Les propres protocoles inquisiteurs de l'acolyte foudroyèrent douloureusement son crâne de réprimandes à cette simple pensée. Était-il au courant du coffret de stase? Pourquoi ne l'aurait-il pas mentionné à son disciple, le châtiant par la même occasion pour avoir omis ce détail?

Deux probabilités plausibles se dégagèrent des diagnostiques de l'adepte :
- Kryptaestrex était au courant pour le coffret de stase et s'attendait à ce que son disciple le lui rapporte. Mais il était surveillé, jusqu'à sa propre demeure, et préférait donc laisser Helveticus dégager les secrets du coffret par ses propres moyens, sans risquer de trahir son existence. Comme Matix avait mis sa vie en danger après avoir récupéré le coffret, c'était toute l'opération qu'il avait mis en jeu.
- Kryptaestrex gardait quelque chose sous silence. Quelque chose au sujet de l'acolyte. Quelque chose de très important au point de rehausser considérablement la valeur de son existence. Ceci avait-il un rapport avec le contact que Helveticus avait établi avec un Esprit de la Machine? Ou surtout avec les injonctions protocolaires d'origines mystérieuses qu'il avait subi à chaque fois que sa vie était en danger?

Plus il approfondissait et plus Helveticus penchait vers la seconde probabilité. Il se rappelait en effet de ces lignes de code d'origine inconnue mais prenant presque le contrôle de son corps dans les moments les plus désespérés.

Dans tout ce vacarme de diagnostiques, une donnée se dégagea soudain, supplantant toutes les autres : il avait plus de valeur qu'il ne le pensait jusqu'alors et il pourrait peut-être en tirer quelque chose. Après s'être incliné et avoir remercié respectueusement le Magos pour l'annonciation de son ordination, l'acolyte se redressa pour tenter sa manœuvre, véritable coup de poker qui pourrait se retourner fatalement contre lui.


Magos, au risque de paraître déplacé, j'ai une requête à vous soumettre.

Au cours du retour de ma mission, j'ai pu étudier la Chair Véritable dans le respect de la bienséance envers les reliques sacrées. J'ai senti une connexion s'établir, un contact. Je ressens une certaine obligation à son égard, et c'est pourquoi je propose mon corps pour en gérer la protection, l'élévation. Grâce à votre réprimande, je me sens grandi de sagesse et capable de protéger pareille entité... comme elle pourra me protéger moi-même.

J'ai bien conscience du caractère présomptueux de ma requête. Bien d'autres membres du Culte plus sages et vénérables seraient désignés pour cette tâche divine. Mais je me sentais obligé de vous soumettre cette demande et en subirai le châtiment si elle vous semble intolérable.


Si sa requête était osée, Helveticus misait tout sur l'étrange réprimande de son supérieur pour lui faire prendre sa décision. En effet, couplé à une entité sacrée, la valeur auto simulée par l'acolyte s'en verrait décuplée. Il ne mettrait plus sa vie en danger sans raison suffisante et même alors, la Cyberchape lui assurerait une protection importante.
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Helveticus Matix, Voie du Technoprêtre
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Re: [Helveticus Matix/Gob'] Acte 2.1 : Les Rouages de la Connaissance

Message par [MJ] Le Gob' »

Test de CHA à -3 pour cette demande effrontée : 3, bonne réussite.
Il y avait quelque chose d'intrigant dans le comportement de Krypaestrex, le Magos semblant être retombé dans ses pensées après avoir félicité et réprimandé son agent. Helveticus avait bien conscience que sa demande n'était pas seulement effrontée, elle frisait l'insolence, tant sur le fond que sur la forme. Il n'était pas d'usage -et pour une bonne raison- pour un acolyte de solliciter de la sorte une faveur d'un supérieur hiérarchique d'un tel rang. Ses processeurs le lui criaient par ailleurs en continu depuis que l'idée avait seulement effleuré son esprit : l'audace d'une telle demande était quasiment synonyme de mise en danger, d'autant plus que la tolérance du Magos à ses incartades était tout sauf démontrée. Helveticus devait prendre garde à ne pas outrepasser l'utilité de son existence pour les desseins de son géniteur.

Cela étant, les observations de l'aspirant technoprêtre corroboraient l'intuition somme toute faillible, humaine, que le moment était propice à une telle demande. Et les faits ne tardèrent pas à lui donner raison, car la laconique réponse de Krypaestrex allait se révéler aux antipodes des spéculations alarmistes de ses froids cogitateurs.



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« Ainsi soit-il.

Va, maintenant. Il est temps.

L'Omnimessie sait tout, de toute chose Il connaît la raison. »

L'ordre était clair, sa requête acceptée, le sens des mots sans équivoque : en citant ainsi la Huitième Loi, le Magos lui signifiait son congé, et lui accordait sa bénédiction en vue de ses modifications à venir. Le silence n'était pas sitôt retombé sur la salle obscure que la silhouette massive de Krypaestrex se figea de nouveau, sombrant dans un mutisme méditatif, son attention désormais perdue dans les limbes. A l'évidence, il en avait fini avec cette conversation, éludant toute autre préoccupation de son dévoué serviteur pour se plonger dans un état de veille contemplative. Reconnaissant que nulle question supplémentaire ne trouverait réponse ni même écoute, Helveticus n'avait plus qu'à quitter les lieux.

Comme il faisait volte face après avoir salué une nouvelle fois la silhouette immobile au centre de la pièce, la question de sa destination émergea enfin dans son esprit jusque là encombré de préoccupations à la priorité bien supérieure. Mais la silhouette voûtée qu'il rencontra sur le seuil devait pourvoir à cette préoccupation, lui intimant silencieusement l'ordre de la suivre. Si Helveticus s'exécuta, son serviteur fermant la marche derrière lui, ses cogitateurs s'affolèrent bien vite à nouveau, le mettant en garde contre un détail aux inquiétantes implications : l'apparence dudit individu ne lui était pas inconnue, une rapide vérification faisant état d'une physiologie en tous points identique à celle du Genetor l'ayant déjà opéré à bord du Lex Machina. Même faciès lourdement augmenté, même attirail dorsal de bras mécadendrites à vocation chirurgicale, la correspondance était parfaite. Était-ce à dire que Krypaestrex avait placé à son insu ses sbires pour encadrer son récent voyage ? Alors même que ses cogitateurs s'efforçaient de démêler les hypothèses les plus probables, Helveticus ne pouvait néanmoins se résoudre à cesser de marcher vers son destin. Les mots de Krypaestrex étaient clairs : il avait mérité son ascension, et c'est vers cela qu'il se dirigeait maintenant. Même s'il l'avait souhaité, il n'est pas certain que l'aspirant technoprêtre aurait été capable de détourner ses pas : l'ordre intimé par Krypaestrex avait force de loi, et la moindre de ses routines protocolaires internes le sommaient d'obtempérer.

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Au terme de leur progression au sein du dédale des profondeurs du Mont Pavonis, l'anonyme Genetor fit pénétrer Helveticus au sein d'une pièce exiguë aux nombreuses similitudes avec celle ayant vu l'opération de son bras ainsi que son œil. Les dimensions en étaient à peine supérieures, les même monceaux de machineries et autres membres mécadendrites pour l'heure inanimés saillant des murs et pendant du plafond. Occupant l'espace restant, une poignée de servocrânes médicaux lévitaient pesamment, comme dans l'attente de leur prochain patient. Comme Helveticus approchait, tout à sa pieuse transe, on le débarrassa du moindre de ses oripeaux fatigués par le voyage, avant de le laisser prendre place sur la froide table d'opération. Ainsi allongé, Helveticus entendit s'élever plusieurs cantiques sacrés harmonieusement coordonnés, tandis qu'un brouillard d'encens emplissait la pièce d'odorantes fumerolles, nimbant l'acolyte d'un épais linceul. De part et d'autres de la table d'opération, les murs furent parcourus d'un frisson, et dans un concert de cliquetis, plusieurs mécadendrites murales commencèrent à s'animer. L'air, devenu rapidement étouffant, irritait son œil organique, l'incitant à clore cette paupière. Bientôt, l'aspirant technoprêtre sentit un long bras d'interface se connecter à sa propre unité d'impulsion cérébrale, émettant à l'intention de ses systèmes une requête, celle d'enclencher une mise en veille profonde et généralisée des systèmes, de façon à faciliter la prise en charge externalisée de l'opération, et de limiter les séquelles cognitives de cette dernière.

Quelques instants plus tard, les murs et plafond frissonnèrent à nouveau, achevant de s'animer en mécadendrites chirurgicales, une multitude d'appendices mécanisés se refermant en un fourmillement incessant sur l'acolyte inconscient.


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***


Au réveil, Helveticus bénéficiera désormais des augmentations structurelles suivantes, ne pouvant aisément être retirées.

La Cyberchape, ou "chair véritable", est une ossature de métal, de câblages électriques et de transmetteurs à impulsions, solidement rivetée à la colonne vertébrale et à la partie inférieure de la cage thoracique. A l'avenir, lors de l'obtention de nouveaux implants, cet endosquelette constituera la base d’implantation subdermale de ces nouveaux appareillages. Les serviteurs de l’Omnimessie font souvent référence à cet appareillage sous le nom de "chair véritable". Celle d'Helveticus présente la particularité de vouer le bénéficiaire à une position voûtée, sa colonne vertébrale à jamais condamnée à subir la courbure très prononcée de l'antique structure : il ne pourra donc plus se tenir droit. En contrepartie, ce précieux artefact servira de support nécessaire à la plupart de ses augmentations ultérieures, contribuant également à lui fournir une forme de protection.

Le Potentia Inductorium, ou Transformateur de Puissance, est un accumulateur conçu pour stocker l’énergie, niché au coeur de la structure de la cyberchape. Ces transformateurs peuvent se présenter sous différents aspects, depuis les petites batteries cristallines jusqu’aux énormes Galvinators électriques récupérés sur des moteurs de véhicules. Un bon nombre des bossus que l’on croise dans les rangs de l’Adeptus Mechanicus peuvent attribuer leur déformation au poids du transformateur primitif qu’ils utilisent. C'est également le cas pour Helveticus, qui se trouvera alourdi par ladite batterie sise en ses entrailles.

La Noosphère est un réseau de communication relativement récent dans l'histoire du Mechanicus. Les secrets de la communication noosphérique ont été découverts ppar l'explorator Laszlo, avant l'union de Mars et de Terra. En se rendant sur les terres de Gyptus, dans le cratère Kebira, Laszlo a découvert un grand complexe funéraire recelant de vastes et anciennes sépultures, et plusieurs trésors technologiques tels les dessins de la noosphère. Développée ultérieurement et propagée au sein des mondes forges, la technologie d'accès à la noosphère permet à un prêtre du Mechanicus équipé des implants appropriés de visualiser des informations sous leur forme la plus pure, exprimées dans un langage distinct du binaire, l'hexamatique. Pour Helveticus, cela signifie dorénavant -et tant qu'il se trouve dans un environnement équipé pour le maintien d'un champ de communication noosphérique- que des quantités phénoménales d'informations lui semblent évoluer dans l'air, comme en superposition à ce qu'il perçoit. Cette "réalité augmentée" facilite l'accès à l'information ainsi que son transfert entre terminaux dûment équipés, rendant bon nombre de données concernant un objet (et dans certaines limites, un individu) directement accessible à la lecture.

Toutefois, une période d'adaptation est nécessaire, et devra être observée afin de marquer une progression dans l'aisance d'usage de ces bénédictions mécaniques. Ainsi, là où les contraintes de la cyberchape nécessiteront pour ainsi dire de réapprendre à marcher, l'exploitation du potentiel de la noosphère demandera des années de perfectionnement, comme si Helveticus réapprenait conjointement à respirer et à lire.
Un gobelin inspiré a écrit :Pour toute réclamation ou problème, traversez la forêt et rendez-vous à la Caverne aux Champignons. Mais prenez garde aux vapeurs de bonnet-de-fou...
A l'entrée de la grotte se tient le gobelin : ses vêtements sont crasseux, et ses yeux vitreux. Plusieurs champignons d'une taille impressionnante pendent en grappes à sa ceinture. Dans l'une de ses mains, il tient une feuille d'arbre roulée en cylindre, dont l'extrémité fumante dégage les même fumerolles que celles qui planent lourdement au-dessus de sa tête. Il tire une bouffée de son étrange et longue cigarette, expire ensuite tranquillement par le nez, tout en dévisageant son interlocuteur d'un air rêveur. Puis, il prend la parole, d'une voix cassée, grave et enrouée, comme s'il avait quelque chose de très important à vous chuchoter :


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"Pourquoi cet air si sérieux ?
Écoute-moi bien, voyageur égaré.
Il y a quelque chose dont je voudrai te parler.
En tout temps, en tout lieu, tu dois bien être conscient que :

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En cas de non-respect de ces quelques règles,
Tu serais confronté à cet étrange animal,
Qui du forum régit le Bien et le Mal :
Le Modo, en vérité, créature fort espiègle."

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Un gobelin douteux a écrit :

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Re: [Helveticus Matix/Gob'] Acte 2.1 : Les Rouages de la Connaissance

Message par Helveticus Matix »

Alors qu'il prononçait sa requête, l'acolyte sentit son crâne bourdonner d'injonctions d'annulation, immédiatement balayées par d'autres indiquant que s'interrompre de la sorte aurait des conséquences tout aussi néfastes. Matix continua donc, ignorant les propositions de ses cogitateurs pour tenter de détourner le sujet plus ou moins habilement. Il n'aurait su dire si c'était un pressentiment humain, ou un écho cybernétique subconscient, mais il ne pouvait se résoudre à abandonner.

Une fois sa demande terminée, le silence régna de nouveau dans la pièce, mais aussi dans le crâne d'Helveticus. Des injonctions supplémentaires n'avaient plus lieu d'être, le mal était déjà fait et une série de calculs silencieux étaient en traitement continu pour tenter de définir les conséquences de ce blasphème.

La réponse de Kryptaestrex fut si brève, si inattendue malgré les pressentiments de l'acolyte, que ce dernier dû repasser mentalement les informations sonores qu'il venait de capter. La faveur avait été accordée puis décorée d'une mention de la Huitième Loi que Matix ne sût pas tellement comment interpréter. Une nouvelle mise en garde? Un moyen subtil de faire comprendre à son acolyte que le Magos était au courant de ses projets? Loin d'être convaincu, Helveticus archiva tout de même ses inquiétudes dans une banque de données facilement accessible. Elles seraient régulièrement traitées dans ses calculs d'anticipation et ses diagnostiques de simulations.

L'entretien était terminé et plus aucune parole ne serait traitée par le Magos somnolent. L'acolyte respecta cependant le protocole et salua son supérieur solennellement avant de quitter la pièce, suivi de MOC et de son pupitre. Avant même qu'il n'établisse un itinéraire pour répondre à la faveur accordée par Kryptaestrex, la porte de la pièce obscure s'ouvrit. Une lumière intense aveugla les optiques de l'acolyte et le força à fermer l’œil. Lorsqu'il fut adapté à l'éclairage du couloir extérieur, il put enfin détailler la silhouette voûté qui se tenait sur le seuil.

En quelques secondes, Helveticus identifia le même Genetor qui l'avait opéré sur le Lex Machina. Instinctivement, il fit jouer les joints de ses nouveaux doigts mécaniques. L'entité silencieuse l'escorta dans les dédales du Mont Pavonis et l'acolyte le suivit sans même avoir donné l'ordre à ses jambes d'entrer en motion. Soit la perspective de sa future opération le plongeait dans une sorte de transe étrange, soit les directives du Magos contrôlaient directement le corps d'Helveticus. Soit les deux. Le voyage sembla à la fois long et court, le jeune adepte préférant laisser ses protocoles gérer le déplacement et réciter haut et fort des cantiques interminables.

Tout comme dans le Lex Machina, la salle d'Abjuration n'avait rien d'extraordinaire. Helveticus s'en surprit et fut légèrement déçu. Il pensait que pour la jonction d'un corps et d'un tel artefact, quelque chose de bien plus grandiloquent serait organisé. Une assemblée de serviteurs et d'acolytes agenouillés dans la prière, des décorations symboliques recouvrant les murs et le plafond. Rien de tout cela n'était présent dans la pièce aux proportions juste suffisantes et aux artifices absents. Peut-être était-ce à cause du caractère inédit de l'opération? Les vastes cérémonies opératoires n'étant réservées qu'aux adeptes confirmés du Culte et même la Chair Véritable ne permettait pas de faire entorse au règlement. Une erreur selon l'acolyte qui trouvait qu'un tel artefact méritait plus de considération.

Lorsqu'il pénétra dans la pièce, Helveticus remarqua l'essaim de servocrânes lévitant lentement dans sa direction. Un peu intimidé, il se laissa faire, soulevant les bras pour leur permettre de découper sa tunique cérémonielle. Le sang, le pus, la sueur et la crasse l'avaient rendue bien moins souple, nécessitant parfois un moindre effort pour la décoller de la peau de l'acolyte. Il aurait été obligé de consulter ses archives pour se rappeler de la dernière fois qu'il l'avait ôtée, ses rituels d'entretiens quotidiens n'étant réservés qu'aux membres mécaniques de son corps.

A présent nu pour la première fois depuis des mois, voire des années, le jeune adepte se sentit terriblement vulnérable. Sans parler de la honte terrible d'exposer ainsi la faiblesse de sa chair, déjà à lui-même mais au Genetor présent. Matix observa sa propre silhouette. Malgré le traitement qu'il lui avait fait subir, elle restait celle d'un homme élancé trentenaire, bien qu'un peu rachitique. Un bouillon de sentiments accablèrent l'acolyte : de l’écœurement, mêlée à une curiosité étrange et une intimité presque agréable.

Ses augmentations s'étaient majoritairement cantonnées à son crâne, peut-être parce que c'était une des seules parties visibles de son corps. Son bionique respiratoire, dont les tuyaux s'implantaient dans son torse pour rejoindre les poumons artificiels, ainsi que son bras mécanique récemment ajouté, étaient les rares exceptions.

Des murmures s'élevèrent dans la pièce, gagnant en intensité pour finir en cantiques magnifiquement orchestrés. Servocrânes et autres vox dissimulés chantaient de concert pour rendre hommage à l'Omnimessie et à ce qu'ils s'apprêtaient d'accomplir. Matix se laissa bercer sans mal, rassuré de voir que son opération ne serait pas totalement dénudée de cérémonie. Pour lui, cela suffisait et il alla s'allonger sur la table d'opération, son visage tourné vers le plafond. Peut-être aurait-il été plus judicieux de s'installer sur le ventre étant donné la nature de l'opération, mais cela n'avait aucune importance : les machines de la pièce le manipuleraient sans mal durant leur travail. Helveticus voulait, au moins durant le peu de temps d'éveil qui lui restait, observer l'environnement dans lequel il se trouvait.

Les cantiques gagnèrent en intensité et les murs se mirent à cracher de l'encens cérémoniel si doux aux narines de l'acolyte. Il ferma son œil organiques tant la fumée s'épaississait, mais garda le reste de ses optiques allumés. Son mécadendrite fureta encore un bon moment, jusqu'à ce que les injonctions transmises directement par son unité d'impulsion cérébrale rende tous les systèmes de l'acolyte somnolents. Toujours conscient, il observa les appendices chirurgicaux prendre vie et analyser son corps.

Après un rapide diagnostiques, certains murs de la pièce se dérobèrent pour engloutir certains des appendices et en libérer d'autres, plus adaptés au travail à venir. Ils s'agitèrent presque furieusement pour réchauffer leur mécanisme avant de se figer puis de s'orienter d'un seul mouvement vers leur proie.

Helveticus sentait sa conscience s'endormir, une vague cybernétique se répandant dans ses systèmes pour les endormir l'un après l'autre. En d'autres circonstances, une telle infiltration de son esprit aurait été tétanisante. Mais ici, l'acolyte n'aurait aimé être nulle part d'autre dans la galaxie. Alors que les mécadendrites s'approchaient et que les optiques de Matix s'assombrissaient de plus en plus, il ressentit un bonheur et une fierté jusque là inimaginables. Quelque chose d'autre bourdonnait dans le crâne de l'acolyte, un autre sentiment tout aussi fort mais presque totalement étouffé par ses propres cogitateurs.




Helveticus ouvrit ses deux yeux, s'adaptant presque immédiatement à la lumière ambiante. Il se sentait bien comme il ne l'avait jamais été. Sans savoir pourquoi, l'acolyte contempla ses mains et ses avants bras. La chair, les muscles, lui procuraient un plaisir intense. Il passa ensuite ses doigts sur son visage pour le définir, glissant sur ses paupières, les courbures de son crâne et enfin sa mâchoire. Matix ouvrit ensuite sa bouche pour toucher ses dents, les compter et les recompter, leur contact étant d'une pureté infinie.

Le jeune adepte se leva, s'émerveillant devant la mécanique organique à l'oeuvre, si parfaitement complexe et simple à la fois. Son esprit était clair, vide, sans flux de données constant lui indiquant le détail du moindre protocole nécessaire à chaque mouvement. Il n'avait même pas à anticiper ou à penser comment bouger, son corps le faisait pour lui, répondant à des ordres silencieux dans une symbiose parfaite. Il allait bien et le sentait, sans le biais de diagrammes complexes et inutiles ou de diagnostiques pompeux.

Sous ses pieds, le sol était délicieusement irrégulier, la terre s'infiltrant entre ses doigts qu'il remuait en ce but. Devant lui, une plaine offrante l'accès à une forêt infinie, si richement dense que l'obscurité était presque totale sous les feuillages. Derrière lui, des montagnes perçant les cieux, dégageant une puissance intimidante. Au dessus de lui, le soleil régnait en maître, sa cours de nuage n'osant pas obscurcir son regard flamboyant.

Matix inspira pendant une trentaine de minutes, ses poumons sains semblant capable d'absorber tout l'air de ce monde. Lorsqu'il arriva enfin à saturation, il expira lentement, une heure durant, rendant à la nature ce qu'il lui avait pris. Puis il s'allongea et se rendormit immédiatement.

Un murmure, une plainte lointaine, le tira de sa torpeur. Lorsque Helveticus rouvrit les yeux, il vit une grande pique de métal crevant le sol à quelques mètres de lui. Inquiet, il se releva pour remarquer que d'autres piques émergeaient tout autour, formant un cercle dont il était le centre. Il vit une nouvelle pique surgir avec une violence innommable, lui infligeant une douleur indicible. Les murmures se rapprochèrent, gagnant en intensité. Matix put discerner des hurlements atroces, vociférant des paroles abominables.

D'autres piques surgirent, refermant le cercle de plus en plus. Pris de panique, l'acolyte courut vers la seule ouverture restante, parvenant à s'échapper de justesse. Il ne s'arrêta pas de courir pour autant, les hurlements se rapprochant toujours plus et le sol tremblant sous ses pieds. Helveticus courut comme un possédé, ses poumons s'affaiblissant rapidement au point que chaque souffle devint un calvaire.

Risquant un regard en arrière, il vit les piques grandir et s'élargir de plus en plus. Finalement, le sol se souleva dans un vacarme terrible, libérant l'immense structure mécanique qui s'y était cachée. Le cercle de pique se referma pour avaler la terre, puis s'ouvrit de nouveau, gueule béante et affamée. La bête se tourna dans un grincement vers l'acolyte en fuite et après un court flottement, propulsa son corps dans sa direction.

Matix tenta d'accélérer, mais son corps ne suivit pas. Il contempla ses bras, à présent squelettiques et ses jambes se brisèrent comme des allumettes sous l'effort. Face contre terre, il lui était impossible de se relever, ses muscles atrophiés lui empêchant tout mouvement. Derrière lui, la bête était toute proche. Lorsqu'elle referma sa gueule sur le dos du pauvre homme, ses dents de métal déchirèrent sa chair, ses muscles et ses os.

Puis, plus rien.




Quelque chose n'allait pas. Le monde autour de lui hurlait, des cris abominables essayant de se synchroniser sans le moindre succès. Helveticus ouvrit son œil qui fut immédiatement noyé dans un flot de sueur. Il cligna plusieurs fois, en panique totale, incapable de comprendre ce qu'il se passait. C'est là que la douleur le frappa pleinement. Chaque nerf de son corps était en ébullition, comme si de la lave circulait dans ses veines. Dans un spasme de surprise, l'acolyte se rendit compte que son tronc était entièrement immobilisé. Mais le mouvement des muscles et des tendons multiplia sa souffrance par mille. Découvrant un stade de torture irréel, inconcevable, Matix poussa un hurlement binaire et cybernétique si fort que ses vox saturèrent avant de lâcher. Quelque chose n'allait vraiment pas.

Il était suspendu au dessus de la table d'opération, le visage dirigé vers cette dernière. Des câbles, des chaînes et des barres de métal étaient rivetées sur ses membres pour le maintenir en l'air et l'empêcher de faire le moindre mouvement. Il y avait du sang, tellement de sang, sur des serviettes jetées au sol ou dans des seaux presque remplis. La table était écarlate. Bien qu'il ne pouvait pas bouger, l'acolyte remarqua en périphérie de sa vision d'autres tables. D'un coup d’œil de son mécadendrite, il reconnut, posé nonchalamment dessus, des monceaux de chair et des morceaux d'os. Quelque chose de très grave était arrivé.

Où qu'il regardait, la vision d'Helveticus était terriblement parasitée. Des signes hexamatiques, mélange de mathématiques divines et de symboles religieux, apparaissaient et disparaissaient tout autour de son point de focus au point d'en devenir illisible.

Ses protocoles l'empêchaient de respirer à sa convenance pour éviter tout mouvement excessif sur sa cage thoracique. Matix étouffait et, désespéré, il annula ses directives et son bionique respiratoire inspira profondément dans un bruit de pompe mécanique. L'acolyte paya immédiatement son erreur. Quelque chose craqua sous le déploiement des organes respiratoires artificiels et une marre d'aiguilles semblèrent se planter dans toute sa colonne vertébrale. Les poumons bioniques se remplirent de sang et les pompes du jeune adepte situés à la place de sa mâchoire crachèrent un liquide écarlate. Quelque chose sonna dans la pièce, couvrant à peine les hurlements ambiants abominables et un mécadendrite pointu se planta dans le torse de Matix pour vider ses poumons et colmater la plaie.

La vague de requêtes d'endormissement se manifesta de nouveau dans le crâne de l'acolyte, mais ce dernier la balaya, en panique, sentant sa vie en danger. Pourquoi était-il là? Pourquoi lui infligeait-on une torture pareille? Quel esprit pervers avait-il pu imaginer pareille souffrance à infliger?! Il devait absolument se libérer, s'enfuir, le plus loin possible. Son vox réinitialisé, Matix retrouva la parole, parasitée par la douleur, mais aussi par le sang ayant coulé de son bionique.


Krrrrrr. Pitié. Krrrrrrr. Par l'Omnim... Krrrrrr. Laissez-moi partir! Krrrrr.

Pour toute réponse, il eut les hurlements incompréhensibles provenant de partout dans la pièce. Helveticus avait envie de vomir, mais la machinerie artificielle de son organisme ne le lui permettait pas. Dans son crâne, une débauche totale de chaos régnait : tant d'information de douleur devait être mise en quarantaine, mais la quantité et la virulence était si grande que ces données passaient entre les mailles du filet, ou plutôt le déchiraient, faisant subir à l'acolyte un calvaire infini, sans frontière.

Le mécadendrite optique de Matix battait furieusement dans les airs avant d'être agrippé et maîtrisé par deux servocrânes. Il repéra cependant MOC dans un coin de la pièce. Helveticus lui hurla de lui venir en aide, mais son pauvre serviteur était lui aussi immobilisé, luttant furieusement contre ses entraves pour secourir son maître, mais en vain. L'acolyte hurla de nouveau, appelant au secours, sans que cela ne gêne outre mesure son geôlier.

Si la douleur était aussi grande, on pourrait penser qu'il était impossible de la dépasser, qu'elle était uniforme. Eh bien non, car le pique, le palais royal de cette souffrance, se situait dans sa colonne vertébrale. Comme une erreur, une donnée erronée, cette dernière déployait un calvaire si grand que Helveticus ne voulait pas se risquer à quantifier. Le simple fait d'y penser libérer une nouvelle salve de torture toujours plus haute que la précédente.

Et à cela se mêlait un incompréhensible malaise d'étrangeté, comme lorsqu'un soldat ramasse ses propres tripes sans comprendre. Helveticus sentait la douleur dans la partie inférieure de son corps, mais de manière éloignée. Pas étouffée, mais physiquement éloignée. Un diagnostique bordélique affirma qu'en effet, son bassin et ses jambes se trouvaient à une distance anormale par rapport au reste du tronc, donnant un sentiment de désaxé à l'ensemble.

Sa colonne vertébrale était plus longue, les vertèbres ayant été découpées pour être soudées à d'autres, mécaniques. C'était une des raisons de ce niveau de douleur : chaque nerf de la colonne ayant été sectionné pour être reconstitué ensuite, enflammant l'ensemble du réseau nerveux de son corps. Mais pourquoi? POURQUOI?!

Une silhouette entra enfin dans la périphérie du champ de vision de Matix. L'acolyte pleura, supplia qu'on mette fin à ses souffrances, mais l'entité resta sourde. Lorsque son œil parvint à se poser sur son ravisseur, les symboles hexamatiques apparurent à nouveau. Helveticus fut surpris de les comprendre sans avoir besoin de décryptage et lut :

Adeptus Majoris Gene[tor] Typhor Sykh
Bien d'autres informations se mêlaient à cette identification, comme le détail et la fonction de chacun de ses appendices visibles. Helveticus ne comprenait pas comment ces données lui étaient accessibles et il n'avait pas la tête à approfondir le sujet. Il avait pris sa décision : il fallait que ça cesse, immédiatement. Il ne pensait pas que son corps pourrait survivre encore longtemps à tant de torture, mais refusait d'attendre.

Il devait faire vite pour souffrir le moins possible, mais était bien conscient que cela ne pourrait être instantané. Il allait encore plus souffrir, mais au moins serait-il libéré. Brusquement, il prit une profonde inspiration, sentant son organisme lui hurler de s'arrêter. Matix n'en fit rien, inspirant et expirant furieusement, parodie morbide de ce qu'il avait rêvé dans son sommeil. Il contractait aussi les muscles de son bassin et de son torse, incapable de bouger mais faisant tout de même d'énormes dommages à son corps. Helveticus faillit s'évanouir sous l'agonie, mais ordonna à ses cogitateur de le maintenir éveillé : il devait finir le travail, il devait se suicider.

Soudain, la mystérieuse injonction se souda dans son crâne, comme toutes les autres fois où sa vie avait été en danger. Comme un coup de massue, elle balaya tous les systèmes de l'acolyte et plongea ce dernier dans un sommeil sans rêve.




Son réveil n'en fut pas vraiment un, du moins pas totalement. Cette fois, on prit la précaution de réactiver la plupart de ses systèmes corticaux pour qu'ils puissent réorganiser leurs données et dresser plusieurs diagnostiques. Un calcul froid et totalement anesthésié. Lorsque Helveticus rouvrit enfin les yeux, il savait déjà où il se trouvait et pourquoi. Les hurlements, ou plutôt les cantiques des servocrânes, s'étaient tus et il était à présent seul dans la pièce.

L'acolyte ne se sentait pas bien pour autant. Une immense partie de ses processeurs étaient réquisitionnés pour canaliser au maximum toutes les informations de douleurs qui parvenaient à son cerveau, réduisant considérablement leurs autres fonctions. Hagard, l'esprit fonctionnant au ralenti, Matix vivait un mal-être terrible. Si ses sensations nerveuses étaient endormies, son corps trouvait d'autres moyens de lui transmettre le calvaire qu'il endurait. Un ressenti sourd, étouffé, mais bien présent, provoquant des nausées abominables. Il se sentait comme une maison hantée dont chaque mur, chaque objet, abritait un esprit hurlant cherchant à s'échapper.

L'acolyte n'était plus suspendu, à présent assis sur une chaise sur mesure qui avait probablement émergé d'un des murs de la salle d'Abjuration. Heureusement, de multiples appendices/accoudoirs sortaient du trône pour offrir un appui stable au torse et aux bras du jeune adepte, réduisant considérablement le point qu'il avait sur les épaules.

Helveticus utilisa son mécadendrite optique pour s'observer. Il était déjà habillé, une tunique rouge aux symboles du Culte le recouvrant des pieds à la tête, laissant juste émerger la Cyberchape de son dos. Cette dernière avait déjà reçu tous les rituels post-opératoires, sa surface encore luisante des huiles sacrées qui avaient été appliquées. Sa silhouette était impressionnante, la Chair Véritable paraissant bien plus immense à présent fixée à son dos. C'est la première fois qu'il réalisa à quel point sa vie avait changé : plus jamais il ne pourrait se redresser, condamné à porter cette masse infern... divine sur ses épaules à jamais.

Un vrombissement constant accaparait les capteurs auditifs de l'acolyte et il se rendit rapidement compte que cela ne provenait pas de la machinerie de la salle d'Abjuration. C'était le Potentia Inductorium, fixé à son dos, qui l'accompagnerait jusqu'à sa mort. Le bruit n'était pas désagréable, berçant les oreilles de Matix et apaisant son mal-être. Il contempla son propre visage mais ne reconnut pas sa chair, si squelettique, son œil profondément enfoncé dans son orbite et cerné de noir, de jaune et de violet. "Un cadavre aurait meilleure mine" se dit-il. Mais il n'avait pas la force de s'en inquiéter. Il n'avait même pas la force de réfléchir correctement.

Helveticus comprenait à présent l'horrible expérience qu'il avait vécu. Lors de ce genre d'opérations, il était normal de réveiller le patient un peu plus tôt pour qu'il puisse participer aux rituels post-opératoires. Les technoprêtres confirmés pouvaient endurer ce genre de douleur sans trop de difficultés, leurs puissants processeurs régulant les informations nerveuses pour les rendre vivables. Mais Matix n'était pas encore un technoprêtre et il ne disposait pas d'implants corticaux capables de gérer aussi efficacement une telle quantité de données. Le réveiller avait été une terrible erreur, causée par la rareté de ce genre d'Abjuration sur un sujet si jeune et peu préparé.

Kryptaestrex l'avait-il pris en compte dans ses calculs? L'opération étant le parfait châtiment à sa requête blasphématoire? Impossible à dire mais cette simple idée terrifia le jeune adepte.

Helveticus n'avait plus réellement conscience de son nouveau corps. Sa masse, son poids étaient considérablement augmentés, mais pas que. Lorsqu'il tenta de bouger son bras droit, ce dernier ne réagit pas. A la place, un long appendice terminé d'une pince à quatre doigts se courba pour entrer dans son champ de vision. Surpris, Matix fit un mouvement brusque et d'autres appendices s'agitèrent, balayant la pièce et renversant un table d'outils chirurgicaux. L'acolyte se rappela que la Cyberchape était dotée d'une flopée de membres ombilicaux émergeant à la base et sur les côtés de son dos. Il devrait apprendre à utiliser ces membres supplémentaires, tout comme il l'avait fait pour son mécadendrite optique. Mais il y en avait tellement! Des interfaces de connexions, des pinces utilitaires, des mains de manipulations.

Après plusieurs minutes d’accommodations, Matix se sentit capable de contrôler maladroitement deux des appendices. Il tenta de se lever mais ne bougea pas d'un pouce, d'abord à cause d'un profond malaise causée par les sensations étouffées, mais aussi parce qu'il ne parvenait plus à soulever son propre poids. S'il était allé jusqu'au bout, il aurait basculé en avant et se serait probablement broyé le crâne sous la masse de la Chair Véritable.

Helveticus reprit ses esprits et voulut retenter l'expérience, ses appendices prenant appui sur le sol. Au dernier moment, il remarqua un signal envoyé par MOC, juste en dehors de son champ de vision. Incapable de tourner la tête pour l'instant, Matix l'observa avec son mécadendrite optique. Le servocrâne pointait ses membres ombilicaux vers un canne en fer posée contre le mur. Elle était ornée du symbole du Mechanicus et avait probablement été posée là pour que l'acolyte s'en serve.

Après avoir plus ou moins efficacement récupéré sa nouvelle canne à l'aide d'un de ses nouveaux membres, Helveticus s'appuya dessus à deux mains. Ses appendices se calèrent au sol et, dans une synchronisation hasardeuse, l'acolyte parvint à se lever. L'effort fournit fut immense et perdura, Matix parvenant à peine à garder son équilibre. Il avait l'impression d'avoir une forteresse sur le dos. S'il chutait, il n'en avait aucun doute, son corps fragile n'y survivrait pas.

L'acolyte fit son premier pas de quelques centimètres et s'arrêta, épuisé. Il n'y arriverait jamais, se dit-il, il s'évanouirait avant de mourir sous sa propre structure, pitoyablement. Mais malgré cet attitude défaitiste, il fit un deuxième pas, puis un troisième, ses appendices rétablissant son équilibre au dernier moment en s'appuyant sur un mur ou le sol. Matix espérait que la canne ne céderait pas, misant tout son poids dessus.

Les pas s'accélérèrent, puis s'espacèrent, atteignant la vitesse vertigineuse de deux ou trois kilomètres par heure. D'autres appendices se joignirent à la démarche arachnide, traînant mollement sur le sol avant de trouver un nouvel appui. Aucune grâce n'était présente, seulement le désespoir de survie.

Des heures durant, l'acolyte avança dans les dédales du Mont Pavonis sous l’œil attentif de MOC. Il faisait de longues pauses toutes les dix minutes, trouvant un support assez vaste pour sa silhouette et s'évanouissant à plusieurs reprises. Il regagna ses quartiers, ne trouvant aucun réconfort à retrouver sa chambre froide et métallique. Épuisé comme jamais, Helveticus ne souhaita qu'une seule chose : s'allonger et dormir. Mais même cela lui était à présent impossible, son nouveau squelette ne lui permettant pas pareilles positions.

Gagné d'un profond désespoir, Matix s'assit contre un mur. Il sentait quelque chose de chaud couler sur son dos mais n'avait pas la force d'y prêter attention. Malgré l'inconfort, la nausée et les malaises, il s'endormit immédiatement d'un sommeil sans rêve. Sa dernière pensée fut pour sa futur cérémonie de canonisation, terrorisé à l'idée de devoir subir pareille épreuve dans cet état misérable.
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[MJ] Le Gob'
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Re: [Helveticus Matix/Gob'] Acte 2.1 : Les Rouages de la Connaissance

Message par [MJ] Le Gob' »

Accablé par les implications de sa nouvelle condition, Helveticus avait longtemps erré le long des couloirs du Mont Pavonis, en rasant lentement les murs dénués d'ornements, aveugle à toute autre considération que sa pénible conscience de l'instant présent. De la bénédiction de l'Omnimessie, il ressentait les bienfaits en sa chair, bien plus profondément qu'il ne l'avait jamais rêvé. Recevoir une cyberchape de cette facture à la veille de son ordination n'était pas seulement un fait exceptionnel, mais bien un vertigineux privilège, une immense responsabilité pesant déjà sur ses épaules d'un poids considérable. Ce moment, il n'avait osé en rêver, ses cogitateurs en avaient maintes fois estimé l'improbabilité, mais en était néanmoins réduit à claudiquer sans destination, comme en quête de cette félicité qui tardait à se manifester. Son être entier était en crise existentielle, déchiré entre doctrine et intuition, entre la certitude d'avoir reçu une faveur à nulle autre pareille et la douleur indignée de chaque fibre de sa chair devant cette profonde violation de son intégrité corporelle. Son réveil importun au beau milieu de l'opération constituait un traumatisme d'une violence inouïe dont il peinerait à se remettre, un souvenir terrible dont l'amertume mordait encore ses chairs. Ébranlé en son for intérieur par cette expérience, l'acolyte ressentait encore par moments l'horrifiante impression que l'opération n'était pas achevée, que ce pesant carcan enserrant sa colonne vertébrale constituait en fait une extension de l'angoissante salle d'abjuration. Ayant détecté sa détresse, ses systèmes internes multipliaient les routines d'apaisement, tentant successivement de calmer son rythme cardiaque, de régulariser sa respiration, de faire taire ses pensées les plus délétères. Hélas, pour attentionnée que fût la machine en cet instant, ses efforts automatisés ne suffisaient guère à soulager Helveticus de l'outrage subi par son humanité, de l'infinie solitude étreignant son cœur serré. C'est la mort dans l'âme qu'il chercha refuge dans un profond sommeil, aspirant à noyer son malaise dans l'oubli.
Test d'END à -3 pour la gestion du traumatisme physique et psychologique, hors bonus désormais conféré par la cyberchape : 6, échec de peu.
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***


Helveticus s'éveilla en sursaut, suant abondamment, grelottant dans le noir. Une obscurité rampante nimbait les parois de sa petite cellule, l'aveuglant sous une chape opaque. Depuis combien de temps sommeillait-il ainsi, transi de froid, en l'absence de toute lumière ? Comme il se mouvait, prenant d'instinct appui de son dos contre le mur nu, une indescriptible angoisse le saisit dans la nuit. Un sentiment effroyable, la prise de conscience d'une perte incommensurable. Parcourant maladroitement son corps de ses mains moites, l'acolyte ne put trouver nulle des bénédictions de l'Omnimessie. Il était seul, abandonné dans les ténèbres. Son cœur manqua plusieurs battements. L'accablement le gagna, et le sol se déroba sous ses pas, étouffant sa plainte et son désespoir.

Il reprit conscience dans l'obscurité muette de paupières closes qu'il ne pouvait animer. Étendu dans un océan de limbes, il dérivait inéluctablement vers un horizon inconnu, figé dans une rigidité cadavérique, étouffant derrière ses propres lèvres. Une voix susurrait à son oreille des paroles dans une langue qu'il comprenait sans la connaître, lui enjoignant d'écouter.

Il se sentit sombrer, englouti comme pour mieux rompre avec cette détestable réalité. L'oubli s'accrochait à lui, s'agrippant à ses membres frigorifiés, comme pour l'en empêcher. Il se souvint d'un sombre hangar qu'il n'avait jamais foulé, d'une massive porte qu'il n'avait jamais franchie, d'un imposant crâne le jaugeant sans le voir. Il sut, sans les lire, les symboles couronnant l'intimidant ornement. Il se reconnut dans le nom épargné par les éons.

Il entendit l'appel.

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***


L'éveil fut brutal. L'aspirant technoprêtre émergea paniqué de son rêve, essayant simultanément d'ouvrir les yeux, d'inspirer pour ne pas étouffer, de se mouvoir, et de crier son désarroi. Ce-faisant, il se heurta au mur contre lequel il s'était endormi, fut ébloui par l'éclairage de sa cellule, et demeura finalement prostré, contraint par la vénérable armature pesant sur ses épaules. Il jeta un regard hagard aux alentours : Tekh était toujours en veille dans un recoin de la pièce exiguë, Moc lévitant un peu plus proche.

Un rapide état des lieux plus tard, certitude fut acquise que le jour était celui de son ordination, seules quelques heures le séparant de ce moment tant attendu. Il était sale, confus, et tremblait. Pour couronner le tout, une série de signaux en Lingua Technis émanait de derrière sa porte, lui signalant la présence de deux acolytes venus le préparer dans le respect des rites de l'Omnimessie.
Un gobelin inspiré a écrit :Pour toute réclamation ou problème, traversez la forêt et rendez-vous à la Caverne aux Champignons. Mais prenez garde aux vapeurs de bonnet-de-fou...
A l'entrée de la grotte se tient le gobelin : ses vêtements sont crasseux, et ses yeux vitreux. Plusieurs champignons d'une taille impressionnante pendent en grappes à sa ceinture. Dans l'une de ses mains, il tient une feuille d'arbre roulée en cylindre, dont l'extrémité fumante dégage les même fumerolles que celles qui planent lourdement au-dessus de sa tête. Il tire une bouffée de son étrange et longue cigarette, expire ensuite tranquillement par le nez, tout en dévisageant son interlocuteur d'un air rêveur. Puis, il prend la parole, d'une voix cassée, grave et enrouée, comme s'il avait quelque chose de très important à vous chuchoter :


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"Pourquoi cet air si sérieux ?
Écoute-moi bien, voyageur égaré.
Il y a quelque chose dont je voudrai te parler.
En tout temps, en tout lieu, tu dois bien être conscient que :

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En cas de non-respect de ces quelques règles,
Tu serais confronté à cet étrange animal,
Qui du forum régit le Bien et le Mal :
Le Modo, en vérité, créature fort espiègle."

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Un gobelin douteux a écrit :

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Re: [Helveticus Matix/Gob'] Acte 2.1 : Les Rouages de la Connaissance

Message par Helveticus Matix »

Helveticus se réveilla dans un spasme de terreur. Le mouvement brusque arracha un cri de douleur binaire à l'acolyte, à la fois rassurant et démoralisant. Il sentait de nouveau le poids de l'Omnimessie sur ses épaules, sa poigne sur ses os et sa morsure sur sa chair. La source de sa souffrance et de son salut. Il n'était plus seul, sans pour autant être entier, un trou béant creusé dans son dos. La peur s'était dissipée, mais le malêtre accablait à présent le jeune adepte, son corps n'ayant toujours pas accepté l'injure de la Chair Véritable.

Matix sentit ses pensées se vider, ses protocoles purgeant cette réflexion de soi blasphématoire. Il s'était habitué à cette sensation désagréable, comme si une tierce personne aspirait les concoctions de son cerveau par une paille pour les verrouiller dans une boîte inaccessible. Ce drain, en plus de chercher à tuer dans l'oeuf toute réflexion hérétique, avait aussi pour but de taire toute pensée susceptible de perturber leur hôte. Des protocoles sensés calmer l'esprit de l'acolyte et apaiser son agonie quotidienne.

Helveticus se rendit compte trop tard que la mise en quarantaine était en train de grignoter le rêve qu'il venait de faire. Futilement, il tenta d'agripper les fragments de souvenirs restant, mais les protocoles les lui arrachèrent des mains. Matix savait qu'il était passé à côté de quelque chose d'important, de très important, mais dans la confusion de son réveil, il n'avait pas eu le temps d'analyser son rêve/cauchemar. Plus rien ne pouvait être fait, le coffre de quarantaine ayant déjà débuté à déchiqueter ses pensées.

Sentant le désarroi de son maître, MOC vint léviter autour de lui. L'acolyte tenta de relever la tête pour contempler son servocrâne, mais se résigna sous la douleur. Il étouffait, les pompes de son bionique respiratoire ne parvenant pas retrouver un rythme régulier, leurs filtres obstrués par des gouttes de sang coagulé. Il devait fournir un effort considérable pour garder son oeil ouvert, fixant la silhouette endormie de Tekh pour calmer son esprit et son organisme.

Helveticus rattacha tout son être sur son serviteur comme si sa survie en dépendant. Il ressentait un mélange de compassion et de culpabilité à son égard. Tekh devait se sentir infiniment plus mal que lui, sans vraiment avoir conscience de son propre état. L'acolyte sentait une affinité s'établir avec lui, un lien fort créé à partir d'une souffrance partagée. Mais c'était Matix qui était la source de cette souffrance, l'ayant imposée à son serviteur et à lui-même. Il était l'origine du mal, ravageant tout sur son chemin vers un but dérisoire.

Cette fois, la purge fut physiquement douloureuse, les protocoles siphonnant sans ménagement le raisonnement de l'acolyte. Ne se souvenant même plus de la cause de cette nouvelle souffrance, Helveticus se mit à pleurer, accablé de désespoir. Chacun de ses sanglots agitait sa structure et l'élançait toujours plus, provoquant une nouvelle vague de larmes. Un cycle pitoyable de douleur et de pleurs qui semblait infini.

Une bonne quinzaine de minutes plus tard, Matix retrouva son calme, sa peine ne valant plus le coup d'être exprimée par rapport aux blessures subies. Après un court diagnostique, l'acolyte conclut avec horreur qu'il avait dormi pendant deux jours. Sa Cyberchape l'avait maintenu en vie, injectant diverses concoctions nutritives dans son organisme. Helveticus ne put se résoudre à regarder ses pieds. Il sentait le contacte d'un liquide dont il ne voulait pas diagnostiquer l'origine.

L'acolyte capta les signaux en Lingua Technis, son sursaut lui arrachant une plainte binaire étouffée. S'il n'en comprit pas tout de suite l'origine, la réalisation de l'approche de son ordination le foudroya presque physiquement. La cérémonie devait se dérouler dans quelques heures à peine! A l'aide de son mécadendrite optique, Helveticus observa son triste état. Il n'était pas présentable, pauvre carcasse souillée et malade offrant un abominable spectacle.

Matix tenta de se relever, sans le moindre succès. Il aurait au moins aimé être debout pour accueillir ses invités, retrouvant ainsi un minimum de dignité. Mais même cela, son corps le lui refusa. Résigné, le jeune adepte envoya une timide réponse positive pour inciter les acolytes à entrer.

La porte s'ouvrit, dévoilant de multiples silhouettes, dont deux humaines. Les acolytes faiblement modifiés étaient accompagnés d'un essaim de servocrânes, plusieurs regroupés pour porter un chargement. Leur visage serein se crispa soudain, l'un levant sa manche pour couvrir ses narines encore humaines. Le jeune adepte reprit rapidement contenance, ne parvenant pourtant pas à totalement masquer son dégoût. Helveticus était toujours dans la même position, défait, incapable de lever la tête pour observer les nouveaux arrivants.


Requête : assistance //

Les deux acolytes s'écartèrent pour laisser passer l'essaim de servocrânes. Ces derniers déposèrent leur chargement dans un coin de la pièce, puis virent tournoyer autour du presque technoprêtre. Matix leur envoya une injonction pour lui laisser un peu d'espace, puis souleva mollement les appendices de sa Cyberchape. Les bras ombilicaux s'accrochèrent à de solides tuyaux dépassant du plafond. Une fois ses appuis sécurisé, Helveticus ordonna à l'essaim de se fixer à sa structure pour que leurs forces combinées puissent le soulever.

De manière plus ou moins synchronisée, le jeune adepte tira sur ses appendices tandis que les serviteurs faisaient chauffer leurs propulseurs. Il n'avait plus de force dans les jambes et leurs efforts sembla insuffisant. Matix craignait à présent de basculer en avant, ce qui aurait des conséquences probablement des conséquences fatales. Il releva douloureusement le crâne pour fixer les deux acolytes immobiles devant lui, incapable de définir si la scène qu'il leur offrait les intimidait ou les dégoûtait d'avantage.


REQUÊTE : ASSISTANCE IMMEDIATE //

L'injonction cinglante sortit les jeunes adeptes de leur fascination distante. Ils se précipitèrent pour soutenir le poids de l'immense Chape, évitant ainsi la catastrophe. Libéré de sa propre masse, Matix put enfin prendre appui sur ses jambes. La douleur s'était étrangement inversée : elle n'était plus causée par la gravité, comme si la Chair Véritable cherchait à s'enfoncer toujours plus profondément dans son dos sans ménager les organes et les os. A présent, c'était comme si on tentait de lui arracher un harpon du corps, les jointures et les soudures à même les os ou la chair n'appréciant guère cette nouvelle répartition du poids.

Mais Helveticus s'en fichait. Il se tenait debout et non plus écroulé dans son propre jus. Les appendices consolidèrent leurs prises et le presque technoprêtre se sentit capable de soutenir sa propre structure pour l'instant, non sans que MOC ne lui ait apporté sa canne en métal. Epuisé mais retrouvant un semblant de dignité, le jeune adepte pouvait enfin débuter les préparatifs de son ordination.

Après avoir ôté le torchon dégoulinant ayant servi de vêtement à Matix à la suite de son opération, les deux acolytes commencèrent par laver leur futur supérieur. Helveticus préféra ignorer les seaux débordant de compresses usées recouvertes de pus ou de sang, son organisme se battant toujours avec acharnement pour recracher ce corps étranger.

Des premiers rituels d'assainissement furent exécutés sur sa silhouette nue. On lui transféra ensuite une vague de données pour lui expliquer la conformité vestimentaire de la cérémonie à venir, mais aussi offrir quelques choix de personnalisation. Les caisses rapportées par les servocrânes contenaient tout le matériel nécessaire et bien plus. Helveticus définit mentalement un schéma précis, revenant plusieurs fois en arrière ou rajoutant quelques détails supplémentaires avant de l'envoyer aux acolytes. Ces derniers, assistés des servocrânes, s'exécutèrent immédiatement, plusieurs outils jaillissant de sous leurs manches pour découper, clouer, poncer ou encore coudre selon les plans.

La magnifique tenue de cérémonie, qui ne quitterait presque jamais le corps de Matix, avait été minutieusement ajustée et recousue pour être faite sur mesure. Le tissu que revêtait les technoprêtres était une oeuvre d'art en soi, complexe calligraphie le rendant à la fois épais, flexible et très résistant. Elle recouvrait l'acolyte des pieds à la tête. Couleur rouge Mars, Helveticus s'était permis quelques décorations. Chaque ouverture de la robe (au niveau de la capuche, des bras et des pieds), était ornée du blanc dentelé rendant hommage au Culte.

Mais ce n'était pas ces quelques détails qui donnaient toute son originalité à la nouvelle tunique de l'acolyte. Grâce à la fibre même du vêtement, il lui était possible de modifier précisément sa pigmentation. En effet, à la manière des electoos, ces tatouages changeants si prisés au sein de l'Impérium, une profusion de circuits imprimés étaient dissimulés dans le tissu. Ainsi, l'acolyte pourrait faire apparaître ou disparaître des symboles sur son vêtement.

Malheureusement, ce procédé était limité et, si Helveticus était bel et bien capable de transmettre ces données à sa tunique, leur répartition était trop disparate, aléatoire, pour offrir une lecture compréhensible. Il ne comprenait pas la raison de cette perte d'information, persuadé qu'il passait à côté de quelque chose. Les données étaient envoyées et traitées, elles n'étaient juste pas visible. Les cogitateurs surchargés par la mise en quarantaine de la souffrance constante de l'acolyte ne purent approfondir le sujet, Matix manquant de sombrer dans l'inconscience sous l'effort d'une telle réflexion.

Quelques légères modifications furent aussi apportées à la Cyberchape. Des réserves d'encens sacrés étaient à présent dissimulés dans de petits compartiments de sa structure, lui permettant de diffuser en continu son odeur si caractéristique à l'aide de petits orifices savamment répartis. Elle se mélangerait ainsi avec les expulsions de vapeurs qui s'échappaient régulièrement de l'engin.

Enfin venaient les autres décorations plus superflues mais si nombreuses qu'elles apportaient un poids additionnel significatif à l'ensemble. Des lignes de codes sacrés imprimées sur du vieux parchemin étaient fixés un peu partout sur le dos et le haut du crâne de Matix. Les sceaux en cire rouge représentant l'autorité par le symbole du Culte. Une armée de cierges recouvraient la Cyberchape, lui donnant une allure d'étrange chandelier. Le chapeau cylindrique de l'acolyte était lui aussi ornés de plusieurs bougies à l'aide de petites chandelles fixées à sa paroi. A son sommet se trouvait un autre encensoir fumant, laissant croire à une surchauffe de ses cogitateurs.

Un electoo fut aussi gravé sur le front du jeune adepte. Un petit rouage noir et simple mais en constante rotation, représentant ainsi les préceptes de la Force Motrice.

Les préparatifs terminés, acolytes et servocrânes s'éloignèrent que l'imposante structure qu'était Helveticus. Sans ajouter un mot, leur matériel fut soigneusement rangé et ils quittèrent la pièce après un salut plus protocolaire que sincère. Intérieurement, l'acolyte avait prié pour qu'ils se proposent de l'aider à se rendre au lieu de la cérémonie, mais ce douloureux pèlerinage incombait à son unique personne.

Il avait encore plusieurs heures avant son ordination et calcula son itinéraire. Une petite demi heure à pieds était nécessaire pour s'y rendre, mais avec son handicap actuel, le jeune adepte serait en retard s'il ne partait pas immédiatement. Cette simple pensée l'emplit d'une panique paralysante : il n'était ni prêt, ni capable de subir pareille épreuve. Son seul souhait était de dormir jusqu'à ce que sa peine et sa douleur ne soient qu'un ancien souvenir. Mais il n'avait pas le choix, une telle injure à l'égard de l'Omnimessie et de son devoir résulterait par une suppression immédiate, quelle qu'en soit la raison.




Helveticus n'avait plus conscience d'où il allait, ni de ce qu'il était. Préventif, il avait installé un programme indépendant pour diriger ses jambes à destination, mais le reste de son corps l'avait déjà oubliée. Agrippant sa canne de métal décorée, l'acolyte avait l'impression à chaque pas que le suivant le tuerait. Mais les implacables protocoles le forçaient à avancer, ne prenant que quelques secondes de repos lorsque les signes vitaux de leur hôte devenaient critiques. Les appendices étaient d'une aide salvatrice, assurant un certain équilibre à cette silhouette chancelante.

Il aurait été facile de retracer l'itinéraire de l'acolyte. Il laissait derrière lui une forte odeur d'encens et de vapeur. Sur le sol, les gouttes de cire des cierges à lente consommation se mêlaient à de petites traînées de sang. En effet, les dessins dentelés arrières du bas de sa robe n'étaient plus visibles, à présent aussi rouges que le reste de sa tunique.

Sur sa capuche, des stalactites de cires tombaient devant ses yeux, obstruant un peu plus sa vue à chaque pas. Il avançait de ce rêve flou décoré de blanc, délirant de paysages aussi insensés qu'infinis.

Alors qu'il traversait (sans le savoir) une passerelle suspendue au dessus d'un immense hangar, des signaux passèrent au rouge, synonyme que les protocoles allaient accorder une courte pause à Matix pour qu'il ne tombe pas dans les pommes. Ses jambes s'arrêtèrent et les appendices prirent appui, accordant un répit aux muscles torturés de l'acolyte. Ses sentant à nouveau capable d'organiser ses pensées, il se tourna vers la barrière de la passerelle pour observer son environnement.

Helveticus eut soudain une impression de vide béant, chose qu'il n'avait jamais ressenti jusque-là dans sa contemplation des titanesques structures du Mechanicus. Un sentiment étrange l'accabla, le sommant d'ouvrir les yeux alors que ses paupières étaient déjà rétractées. Instinctivement, sans comprendre comment, il le fit, et c'est alors qu'un nouveau monde s'offrit à lui.

La vision noosphérique. Dans sa constante confusion, l'acolyte avait oublié que le dispositif avait été installé durant son opération. Ses jambes se dérobèrent, les appendices couinant sous l'effort soudain mais réussirent à garder leur équilibre. S'il avait eut une mâchoire, cette dernière se serait décrochée pour rouler sur le sol. C'était... tout bonnement... indescriptible.


Omnimessie.

Matix avait prononcé ce murmure binaire sans s'en rendre compte. Il ne ressentait plus rien d'autre que l'instant, la souffrance s'étant momentanément évaporée. Son dos, son corps, l'horreur qu'il vivait, tout cela n'était plus qu'un flux d'information mêlé à un univers d'information. Il n'y avait plus de matériel ou d'immatériel, seulement ce flot continu, calme, magnifique. Des symboles hexamatiques, traduisant les mathématiques divines, couvraient toutes choses, et bien plus. Un océan si dense que Matix le croyait physique, pesant, malléable.

Chaque objet, chaque structure de son environnement avait été remplacés par des données lisibles. Elles ne prenaient pas la forme des objets en question, se manifestant plus comme des nuages condensés s'entremêlant, mais un simple coup d’œil permettait d'identifier la matière, la texture, les proportions, la fonctionnalité, la densité, la masse, la non-masse, les coordonnées précises et une infinités d'autres informations. Instinctivement, l'esprit comprenait l'objet analysé et le représentait mieux qu'un regard ne pourrait jamais le permettre.

En contemplant sa propre tunique, Helveticus comprit la raison de ses interrogations lors des préparatifs : les petits symboles hexamatiques coulaient à la verticale sur le vêtement, transmettant la totalité des données souhaitées. L'information n'était pas perdue, juste invisible à l’œil nu, transmise en rideaux de lignes de codes accessibles seulement à ceux dotés de vision noosphérique.

Pour la première fois de sa vie, Helveticus Matix "voyait".

Il se rappela avoir déjà vécu une infime partie de cette expérience après son opération, lorsqu'il avait pu clairement identifier le technoprêtre Biologis qui l'avait torturé. Mais c'était incomparable avec ce qu'il était en train de vivre actuellement.

En plus des nuages de données hexamatiques représentant chaque élément, matériel ou immatériel, du vaste hangar, un autre courant existait. Un flux mouvant, fleuve ou vent, circulant en continu au travers de la matière et sans le moindre rapport avec son environnement proche. C'étaient des données qui venaient de Mars toute entière, une offrande généreuse à quiconque était capable de les lire. L'acolyte prenait conscience de machines se trouvant à des milliers de kilomètres de là, tout en comprenant la moindre de ses caractéristiques. S'il se laissait emporter par le flux, alors il pouvait circuler dans ce dernier et capter toujours plus de données. Armé de temps et de patience, l'acolyte pourrait ainsi s'informer de chaque micro élément composant ce monde, allant du simple grain de poussière aux machines les plus formidables.

Ou presque. Car si les données étaient belles et bien présentes, certains symboles étaient totalement incompréhensibles pour le jeune adepte. Ce n'était pas une question de savoir mais d'accessibilité, Helveticus n'ayant pas encore le rang lui permettant d'aborder de tels sujets. Ces derniers étant réservés aux hauts technoprêtres et aux Magos. Même alors, Matix n'était pas convaincu que toute donnée soit offerte à la lecture.

Grisé par cette "dimension noosphérique", l'acolyte ouvrit un peu plus son esprit, plongeant sans prudence dans ce flot éternel. Ce qui devait arriver arriva : Helveticus ne prit conscience que trop tard de son inconscience. Le flot était bien trop dense pour un intellect novice tel que le sien. Si l'information existait belle et bien, il fallait la traiter pour la comprendre et, même si la vision noosphérique permettait un traitement presque instantané, l'accumulation finissait par engendrer la surcharge. Même un Magos équipé des plus puissants cogitateurs d'analyse ne se risquerait pas à pareille entreprise.

Et Matix s'était jeté sans prudence dans la gueule du loup.

Helveticus se réveilla avec une migraine infernale. Un rapide diagnostique l'informa que quelques uns de ses cogitateurs avaient grillé avant que le fameux "protocole inconnu" ne le plonge dans un coma artificiel. Toujours équipé de sa vision noosphérique, l'acolyte regarda autour de lui. A chaque fois qu'il focalisait sa vision sur un point précis, il se sentait à nouveau plonger dans le flux. Il sentait alors le protocole inconnu se manifester et devait fermer les yeux pour échapper à une nouvelle catastrophe. Pris de nausées qu'il ne pouvait pas physiquement exprimer, le jeune adepte décida de restreindre son accès à la noosphère pour ne pas risquer de sombrer à nouveau. Le flux était beaucoup moins dense, mais au moins ne s'exposait-il plus à perdre pied.

Une goutte de sang coula sur son crâne et l'aveugla. Si les dommages n'étaient pas irréparables, il n'en restaient pas moins sérieux. Ses capacités de traitement de l'information étaient légèrement diminuées, mais ce petit handicap avait des conséquences désastreuses. Cela signifiait que moins de données de douleur pouvaient être mises en quarantaines et Helveticus en sentit pleinement les effets. De plus, sa vision noosphérique restreinte actuelle ne le libérait plus des sensations. L'information n'était plus lue mais belle et bien subie.

Décidément, le destin s'acharnait, chaque instant de répit se payant au centuple.

Pour couronner le tout, une alarme fit vriller le crâne de l'acolyte. La cérémonie débuterait dans 32,27 minutes et, avec sa démarche actuelle il y serait dans... 1 heure, 14 minutes et 51 secondes. Son ordination allait se transformer en exécution!

Plus souffrant que jamais, mais gagné de l'énergie du désespoir, Matix se propulsa en avant, ses appendices furieux raclant le sol pour le faire avancer plus vite. Ignorant ses alertes ou les plantes de son corps, l'acolyte ne s'arrêta pas, sentant la menace du protocole inconnu planer au dessus de son esprit. Sans s'attendre à une réponse, il déchaîna dans son crâne des données explicatives : s'il s'arrêtait maintenant, il serait exécuté. Contre toute attente, le protocole sembla le comprendre et se rétracta. Le jeune adepte se sentit même armé de forces supplémentaires!

Il allait à présent 1,8 fois plus vites que dans la vitesse prévue dans son itinéraire. Ce n'était pas suffisant. 4,9 km/h, 5,2 km/h, 5,7... Helveticus continuait d'accélérer, sentant les fibres son corps se déchirer toujours un peu plus. La chimie humaine était bien plus efficace que ses mises en quarantaine actuelles, il sentait certes la douleur, mais la terreur était plus forte.

Entraîné par la panique qu'irradiait son maître, MOC se fixait sur la Cyberchape pour la soulever autant que possible. Cet infime paramètre pesa lourd dans les calculs de Matix qui avait bien conscience que, sans son serviteur, l'entreprise n'était mathématiquement pas possible. Sa silhouette tordue claudiqua ainsi dans le calvaire le plus total, des panaches de fumé s'échappant de la Chair Véritable à chacune de ses enjambées.

14 secondes. Helveticus arriva 14 secondes avant le début de la cérémonie. Il aurait pu arriver à l'instant précis où les portes se seraient ouvertes, mais s'évanouir au début de son ordination aurait des conséquences tout aussi désastreuses que d'arriver en retard. L'adrénaline redescendue, l'acolyte ne parvenait plus à s'oxygéner correctement. Il ordonna à sa Cyberchape de baisser la température de son corps et de calmer son organisme à l'aide d'un cocktail de drogues et autres mixtures chimiques. MOC donna quelques coups de soudures douloureuses aux endroits où les plaies du jeune adepte étaient les plus béantes.

Aveuglé par la sueur, le sang et la cire, Matix n'osait contempler le triste spectacle qu'il devait offrir. Les cierges s'étaient presque tous éteints, MOC s'empressant de les rallumer l'un après l'autre. A l'aide de ses appendices, l'acolyte réorganisa ses ornements pour tenter de sauver les meubles.

Il n'était pas prêt. 5 secondes. Il n'en était pas capable. 3 secondes. Que ça s'ARRÊTE!! 1 seconde.


Omn...ssie// ..de-.oi dans c..te é..euve

Réglée comme une horloge, la porte imposante s'ouvrit, la lumière vive irradiant le visage déjà aveuglé d'Hevleticus.
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Helveticus Matix, Voie du Technoprêtre
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[MJ] Le Gob'
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Re: [Helveticus Matix/Gob'] Acte 2.1 : Les Rouages de la Connaissance

Message par [MJ] Le Gob' »

S'avançant en claudiquant jusqu'à passer l'embrasure de la porte aux massifs double battants, Helveticus s'en remit pieusement à la bienveillance de l'Omnimessie. Marchant à la rencontre de la lumière émanant de l'intérieur de la salle de célébration, l'acolyte sur le point d'être ordiné technoprêtre allait machinalement, mécaniquement, son esprit déjà submergé d'émotions. C'est le cœur empli d'humilité qu'il put prendre la mesure de la longue chapelle, contemplant successivement les détails de son sol dallé, la solennité de ses allées latérales à colonnades, la hauteur de sa voûte enfin, bien plus élevée que la salle n'était large. Sous ses pieds se succédaient d'antiques pavés marqués en leur centre de rouages, leurs contours parfois érodés d'avoir été foulés avant lui par tant de ses aînés. De part et d'autre de l'espace central, une majorité des travées latérales semblait aujourd'hui condamnée par un écran de systèmes et rouages savamment intriqués, pour l'heure immobiles et silencieux, barrant vue comme accès aux galeries latérales. Ainsi allait-il aussi du fond de l'abside, à l'extrémité opposée de la chapelle, derrière l'estrade vers laquelle se dirigeait lentement l'acolyte, et que dominait le crâne sis dans un rouage, emblème du Mechanicus. De chaque côté, le long des murs pendaient de longs appendices mécadendrites, enroulés autour des colonnades, convergeant vers le socle du siège central, le reliant aux deux étranges piliers le flanquant de part et d'autre.

La stupéfaction l'étreint aussi, devant la foule d'acolytes ainsi rassemblés, leurs manteaux pourpres formant pour lui une impeccable haie jusqu'aux marches d'une estrade au centre de laquelle un imposant trône était sis. De leurs silhouettes encapuchonnées s'élevaient chants et cantiques, chacun s'acquittant d'une tâche préalablement confiée, se montrant la digne partie d'un corps clérical dépassant les simples individualités. Alors qu'Helveticus les dépassait péniblement, croulant sous le poids de ses ornements, les participants rejetaient successivement leur capuche sur leurs épaules, révélant autant de crânes rasés dont émanaient moult circuits et appendices connectiques laissés apparents. Leurs visages étaient neutres, leur regard vide, et l'acolyte comprit qu'il s'agissait là d'aspirants ayant échoué ou déçu leur maître, de fait voués à ne jamais progresser plus avant sur la voie que lui-même empruntait à cet instant.

Il se trouvait également étourdi par une profusion de sons dont les synchrones échos déferlaient en cascade autour de lui, émanant tout à la fois des anonymes allées latérales, des cordes vocales parfois augmentées de l'impassible assistance, et d'une poignée de servocrânes lévitant calmement au-dessus de celle-ci. Plusieurs textes étaient simultanément incantés, la majorité des spectateurs impavides récitant de longs et graves cantiques en Lingua Technis, tandis que les serviteurs en apesanteur déclamaient les préceptes de l'Omnimessie. Les deux premières rangées de l'assistance demeuraient quant à elles silencieuses, dans l'anonymat de l'ombre de leur capuche. Helveticus avait été à leur place auparavant ; acolytes prometteurs, on leur avait permis d'assister à l'ordination d'un de leurs aînés. Lorsqu'il les dépassa finalement pour s'avancer vers les marches de l'estrade, leur chœur frémit, entonnant une liturgie solennelle, répétant les Seize Lois Universelles du Mechanicus, censées receler la clé guidant toutes leurs actions.

Gravissant une à une les marches, prenant garde à ne pas rompre ce-faisant son précaire équilibre, Helveticus fut suivi par la montée en puissance des chants de l'hétéroclite chorale derrière lui, talonné d'une clameur allant croissant. Une étrange félicité le saisit enfin alors qu'il se hissait au sommet de l'estrade, faisant face au trône monumental. Quelque part sur sa droite, une silhouette encapuchonnée issue du premier rang s'avança pour le rejoindre, s'immobilisant au bas des marches avant de décliner un nom en Lingua Technis -son nom, Helveticus Matix.

Le silence se fit alors rapidement, ne demeurant plus que l'impassible litanie des servocrânes. L'air était comme électrique, empreint d'une tension palpable. Enveloppé d'un nuage d'encens et de senteurs sacrées, Helveticus savait -pour l'avoir déjà vu- ce qu'il lui restait à faire. Il était d'usage que le technoprêtre ordiné inaugure la célébration par l'exécution d'un rituel honorant la Force Motrice, auquel succéderaient plusieurs heures de chants, cantiques et de méditation collective sur les préceptes de l'Omnimessie. L'ordiné serait épaulé en tout instant de la cérémonie par l'un de ses aînés chargé de lui dispenser le sacrement, et de lui remettre à l'issue de la célébration les attributs et bénéfices de son nouveau rang.


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Un gobelin inspiré a écrit :Pour toute réclamation ou problème, traversez la forêt et rendez-vous à la Caverne aux Champignons. Mais prenez garde aux vapeurs de bonnet-de-fou...
A l'entrée de la grotte se tient le gobelin : ses vêtements sont crasseux, et ses yeux vitreux. Plusieurs champignons d'une taille impressionnante pendent en grappes à sa ceinture. Dans l'une de ses mains, il tient une feuille d'arbre roulée en cylindre, dont l'extrémité fumante dégage les même fumerolles que celles qui planent lourdement au-dessus de sa tête. Il tire une bouffée de son étrange et longue cigarette, expire ensuite tranquillement par le nez, tout en dévisageant son interlocuteur d'un air rêveur. Puis, il prend la parole, d'une voix cassée, grave et enrouée, comme s'il avait quelque chose de très important à vous chuchoter :


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"Pourquoi cet air si sérieux ?
Écoute-moi bien, voyageur égaré.
Il y a quelque chose dont je voudrai te parler.
En tout temps, en tout lieu, tu dois bien être conscient que :

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En cas de non-respect de ces quelques règles,
Tu serais confronté à cet étrange animal,
Qui du forum régit le Bien et le Mal :
Le Modo, en vérité, créature fort espiègle."

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Un gobelin douteux a écrit :

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