Emporté qu'il était par son élan lorsque son camarade avait libéré son emprise, le tueur avait bondi sur la première araignée géante qui s'était avancée vers lui, donnant un mouvement du bas vers le haut de son bras droit qui donna un violent coup d'une hache de Grimnir parfaitement équilibrée en plein dans sa mouille. Si l'araignée n'en était pas officiellement morte sur le coup c'était tout comme avec ce qui lui servait de tête fendu en deux et à l'agonie. Sans trop abuser, on pouvait attribuer le premier mort de la partie à Dwaidu. Néanmoins ce dernier, sans même s'en être rendu compte tant la folie meurtrière avait envahit son esprit, avait prit lui même un bon coup de mandibule en plein dans la poitrine et une plaie ouverte traçait une ligne rouge sang sur son sein gauche. S'était-il lui même empalée sur l'arme de sa victime, ou cette dernière avait elle eut le temps de porter une attaque avant le trépas ?
Personne n'avait envie de se poser la question et déjà Dwaidu, toujours emporté par le bond qu'il avait fait au début du combat venait de transpercer la première ligne des arachnides pour se retrouver face à une nouvelle adversaire. Alors qu'il avait fait un petit saut en l'air avec son premier mouvement d'attaque, le tueur retombait cette fois lourdement sur le sol en effectuant un mouvement inverse de son bras gauche qui tenait une lourde hache à double tranchant qu'il vint abattre du haut vers le bas. La lame forgée par un ingénieur du meilleur des peuples en matière d'artisanat n'eut aucun mal à trancher net antennes, mandibules et une patte de l'araignée qui se trouvait sur sa route. Une blessure presque mortelle qui poussa l'animal à prendre la fuite.
Deux attaques et deux ennemis en moins. Le tueur était à la hauteur de la réputation de ses ancêtres. Et pourtant, il l'ignorait mais en effectuant cette seconde attaque il avait reçu une seconde blessure, au bras droit cette fois. L'esprit, et surtout un esprit dérangé, avait parfois la capacité de court-circuiter une information comme la douleur ce qui expliquait probablement que Dwaidu ne s'était pas encore aperçu de son état qu'on pourrait définir de gravement blessé. Ce dernier était toujours animé du désir de tuer tout le monde et convaincu d'en avoir la capacité.
Seul un observateur extérieur qui se serait tenu à l'écart des combats aurait cependant remarqué un détail qui trahissait le piteux état dans lequel il se trouvait. Certes Dwaidu était un coriace, un dur au mal, et tenait toujours sur ses deux jambes là où d'autres se seraient déjà écroulés. Mais son élan élan meurtrier avait prit fin et le jeune nain fit même un petit pas en arrière pour se remettre sur ses appuis et attendre la prochaine attaque au lieu d'en être à l'origine.
Alors qu'il s'était aventuré un peu trop loin dans les lignes adverses, seule l'action de son camarade à présent blessé à son tour, Vardid, avait empêché que Dwaidu se retrouve isolé et encerclé. En effectuant son petit pas en arrière, le tueur venait de se replacer épaule contre épaule avec son camarade pour reformer une ligne de défense. Dwaidu échangea un rapide coup d'oeil avec Vardid, un coup d'oeil qui voulait dire « je suis là », les deux combattants savaient qu'ils n'étaient pas seul dans la bataille et rien ne pouvait plus gonfler le courage d'un nain que de savoir qu'un autre valeureux nain se tenait à ses côtés. Sans trop savoir pourquoi cela lui revenait en tête en cet instant, une vieille chanson qu'il avait entendu de la part d'un de ses aînés lorsqu'il était encore à l'entraînement et destiné à devenir un guerrier de son clan vint à sortir de la bouche de notre intrépide tueur. Les premières paroles un peu hésitantes au début et audibles uniquement de Vardid comme pour lui insuffler du courage en cet instant critique, la voix gutturale de Dwaidu s’amplifia au fur et à mesure des versets pour couvrir le vacarme du combat.
Et vois ceux de ton peuple à tes côtés.
Regarde les se tenir la tête bien droite
Et faire face à nos ennemis sans lâcheté.
Resserre les rangs et forme la ligne
Plus forte que haches et boucliers
Notre solidarité nous rends dignes
Fils de Grimnir tu es un guerrier !
Regarde à ta gauche, regarde à ta droite
Et rappelle toi les victoires de nos pères
Oubli toutes tes pensées ingrates
Car nous sommes à tes côtés mon frère.
Chanté en khazalide, le chant n'était malheureusement pas compréhensible par Martin le seul humain de la troupe bien qu'en tant qu'être sensible à l'art il pouvait ne pas rester complètement indifférent au ton de ce chant de guerre.
Un peu sonné sans oser se l'avouer, le tueur avait un peu oublié son objectif de transpercer la ligne ennemie pour fondre sur le leader, il allait maintenant abattre l'une après l'autre les araignées qui viendraient tâter de sa lame... et il aura bien l'occasion de s'occuper de son cas après... ou pas.
