[Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Les Principautés Frontalières ou les Royaumes Renégats, ont toujours été le théâtre d’innombrables batailles, guerres, conquêtes et défaites. La plupart des habitants des Principautés s’accommodent néanmoins de la situation, dans ces contrées où le moindre manant peut devenir roi en un jour pour connaître une mort ignoble le lendemain.

Les forêts des Principautés Frontalières regorgent de gobelins des forêts, d'elfes sylvains, etc. A proximité se trouve Barak-Varr, et les célèbres Pics Sanglants, remplis d'Orques.

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[MJ] Le Roi maudit
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »

"Le véritable combat que mène l'Homme n'est pas contre les Orques, les barbares ou même l'envahisseur. Non. Il est contre la Friche. Lorsque vous cessez de gagner le terrain contre les bois, ils reprendront avec autant de lenteur que de détermination l'avantage. Et dans la friche, ce n'est pas l'honnête paysan qui a l'ascendant. C'est le bandit, le forestier, l'exilé ou même la bête. C'est dans les forêts que s'amoncellent les puissances de la Ruine. Munissez-vous d'une hache et faites votre devoir, fils de l'Empire."
Alexei Johannes, Cinquante Festag dans les forêts du Nord

Les Principautés frontalières. Cette mince bande de terre que l'Humanité avait arraché aux orques. Plusieurs fois à vrai dire. De mémoire de nain ou d'elfe, ce n'était pas moins que trois grandes guerres informes et violentes qu'avaient menées les Hommes pour s'emparer des collines desséchées et des champs caillouteux surplombés de forteresses en ruines. Mais le temps des héros était loin. Les Chevaliers avaient cédé leur place aux mercenaires, aux brigands et aux ambitieux qui rêvaient de se tailler une part du gâteau, peu importe le gout ou son fourrage. Et quand les Hommes ne se battaient pas contre l'extérieur, ils se battaient entre eux. Et quand ils se battaient entre eux, ils étaient à la merci de l'extérieur.

Et ce n'étaient pas les menaces qui manquaient dans les Principautés. Ni les traces de leur passage. Le chemin se fit moins grand, moins entretenu. Les broussailles et les pins mangeaient bien plus le bord de la route. Pourtant, les traces de sabots ne manquaient pas. Et dans les deux sens. Des bancs de cavaliers s'étaient déplacés. Les bois se faisaient plus touffus. Et pour cause. Au loin coulait une rivière. Cependant, pas de village, pas de hameaux, pas la moindre ferme. Des arbres, le bruissement des feuilles. Et la mort au bout du sentier.


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Jet d'inté : 8, réussite
"Je propose de marcher en ligne droite. Sans s'arrêter."
Il y avait toutefois un détail qui sauta à l'œil de l'Amazone. Ce qui avait fait ça, n'était pas humain. Ce n'étaient pas des lames qui avaient fait les plaies grossières sur les corps grisâtres. Ce n'étaient pas des piques ou des flèches de qualité qui dépassaient des jointures de l'armure. Elle avait assez combattu les Qharis dans la jungle pour différencier les armes des hommes de celles des autres peuplades de la jungle.
Ce qui avait tué n'était pas humain. Et ils étaient entrés sur son domaine.
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

Au fil des jours suivant notre départ précipité de l’auberge, l’ambiance revint au beau fixe et Kidd retrouva sa bonne humeur habituelle. Le soleil était moins intense et le vent avait faibli, rendant notre progression moins pénible. Nous évitions consciencieusement les routes trop importantes et les lieux où la civilisation semblait reprendre ses droits, préférant à la place nous frayer un passage sur des sentiers escarpés, certainement empruntés uniquement par quelques bergers ou des clandestins souhaitant passer aussi inaperçus que nous.

Dans cette partie des frontalières, la nature était plus riche et, bien que cela soit très éloigné de la luxuriante vitalité de la jungle, je trouvais le paysage plus à mon goût. Après avoir fait preuve d’une prudence extrême pendant les deux premiers jours, nous avions décidé que nous pouvions nous autoriser à faire un petit feu le soir, afin de nous réchauffer l’estomac avec un peu de tisane, voir même en une occasion de faire cuire un grand lièvre rachitique que Kidd avait réussi à attraper par je ne sais quelle prouesse. Notre réserve de pain sec et de fromage était épuisée depuis longtemps et il ne nous restait que très peu de viande séchée, mais je n’arrivais pas à me résoudre à m’approcher des petites bourgs que nous apercevions au long de temps à autre pour racheter des provisions et nous devions donc nous contenter pour la majorité des repas de fruits ou de graines.

Cependant, à mon réveil le cinquième jour, lorsque Kidd me secoua doucement l’épaule pour m’annoncer qu’il était temps de se mettre en marche, je me rendis compte que la météo avait changé. Le ciel était lourd et chargé de gros nuages gris qui volaient bas, donnant l’impression que le paysage entier avait rétréci. Pourtant, cela ne nous empêcha pas de ranger nos affaires et de nous remettre en route, avançant inlassablement en direction de Myrmidens malgré le temps capricieux. Plus la matinée avançait, plus le fond de l’air devenait frais, et je craignais que la pluie ne finisse par arriver. Par précaution, je demandais à Kidd de déplier la lourde toile de pêche étanche que j’avais récupérée à Matorca en travers du dos de notre mule pour laisser nos affaires au sec. Nous ne fîmes même pas de pause le midi, souhaitant avancer le plus possible avant une potentielle averse et en début d’après-midi, nous arrivâmes devant l’entrée d’un petit bois dont les arbres denses lui donnaient un aspect sombre et peu engageant.

Sans plus tergiverser, je m’engageais, Kidd sur les talons, sous le couvert des arbres, me réjouissant de pouvoir profiter de la voûte protectrice constituée par un arceau de feuillage et de branches en cas de pluie. Pourtant, plus nous avancions, plus ce qui nous avait semblé n’être qu’un gros bosquet semblait finalement profond et inquiétant. Dans la forêt, les bruits étaient étouffés, tout semblait plus calme et aucun d’entre nous n'osait plus parler, de peur de troubler l’atmosphère oppressante du lieu. Au bruit, je devinais que la pluie avait commencé à tomber, mais protégés par les branchages, nous n’en sentions que quelques gouttes et je me félicitais d’avoir atteint cet abri à temps.

Alors que nous poursuivions toujours notre avancée, suivant une sorte de piste slalomant entre les arbres et dont le sol était parcouru d'empreintes plus ou moins récentes d’hommes et de chevaux, je sentis la mule se tendre, comme si quelque chose la dérangeait. À plusieurs reprises, elle renâcla, chose qu’elle n’avait encore jamais fait depuis le début de notre périple, et ses oreilles étaient tendues, droites, comme si elles étaient aux aguets. Je compris finalement ce qui inquiétait notre compagnon à quatre pattes lorsque mon regard finit par être attiré par un petit monticule étrange à la limite de mon champ de vision. En m’approchant, je m’aperçus que ce que j’avais d’abord pris pour un objet inanimé, puis pour une carcasse d’animal, était en réalité un être humain. Ce que je croyais être un écheveau de corde, un licou ou le collier d’un cheval, était un tas de haillons. La créature était un homme à l’allure cadavérique. Sa peau était terne et grisâtre sous une fine couche de terre mêlée à du sang, on aurait dit du bois mort.

Je me retournais vivement vers Kidd qui ne semblait pas encore avoir vu le corps et, je lui fis signe de ne pas faire de bruit, tout en désignant le cadavre d’un signe de tête. Il mit un moment avant de voir ce que je lui montrais et de blêmir lorsqu’il comprit enfin. Je continuais de m’approcher lentement avant de m’apercevoir que d’autres corps gisaient à proximité du premier. Au total, je dénombrais quatre cadavres, tous des soldats en armures qui semblaient avoir été tués dans un combat d’une extrême violence si j’en croyais l’expression figée sur leurs visages.

- « Qu’est c’qui a fait ça à ton avis ? » murmura Kidd en arrivant à ma hauteur.
- « Par qui, mais quoi… » dis-je en réponse, et comme il haussait un sourcil interrogateur j’enchainais. « Regarde les traces sur leurs corps, ce ne sont pas des marques laissées par une arme. »
- « C'est qui qui pêche le varech, et les emmerdes qui vont avec ? » dit le gamin pour toute réponse, citant une chanson populaire dans les ports de Sartosa.

Pour ma part, j’essayais de comprendre ce qui avait pu se passer. Je m’approchais du premier corps et m'agenouillais à côté, examinant la blessure et l’état de décomposition du cadavre. Après cet examen rapide, je jugeais, non sans un frisson, que la mort était très récente, elle ne devait dater que du matin même, ce qui voulait dire que la créature qui avait fait ça pouvait encore être dans les parages. En revanche, un détail me troubla, augmentant encore plus mon malaise : les armes des soldats avaient disparu, ce qui voulait dire que, sois je me trompais et il ne s’agissait pas d’une attaque de bête sauvage, soit quelqu’un était déjà passé là avant nous et ne s’était pas gêné pour dépouiller les morts de leur matériel.

J’étais une fille de la jungle, j’avais chassé et tué de nombreux qharis s’étant aventuré trop en avant sur notre territoire et j’avais également lors de mes patrouilles déjà vu certains d’entres eux ayant péri sous les assauts de bêtes sauvages, tout comme j’avais déjà tristement découvert le corps de certains de mes sœurs parties chasser une créature dangereuse, pour trouver la gloire aux yeux Kalith et des anciennes, mais qui avaient succombé dans leur duel mortel face à la nature. J’étais donc convaincu qu’ici, un animal était à l’origine de ce massacre, ce qui voulait donc dire que, au mieux, nous avions une bête féroce dans les parages, au pire, nous avions une bête féroce et des hommes aux intentions inconnues dans les environs. En bref, notre situation n’avait rien d’enviable.

Me redressant, je retournais en hâte vers Kidd qui m’attendait sur le chemin, tenant la mule par son licol. Je l’attrapais vivement par la manche avant de lui dire :
« On est pas seuls ici, trouve de quoi fabriquer une torche, et on fou le camp de ce bois de malheur » et tandis qu’il se hâtait d’obéir, je me préparais à un éventuel combat. J’enlevais mon lourd manteau de voyage, afin d’être libre de mes mouvements en cas d’attaque et je m’équipais de toutes mes armes, vérifiant qu’elles étaient prêtes à servir, puis je m’attachais les cheveux en arrière pour être sur qu’ils ne me dérangent pas en cas d’affrontement. J’avais demandé à Kidd de faire du feu, car je savais que certaines créatures, aussi imposantes soit-elle en avait peur et je voulais mettre toutes les chances de mon côté pour éviter un affrontement avec celle-ci, car au vu des blessures sur les corps des quatre hommes d’armes, j’avais peur que cela vire au massacre.

Pendant ce temps, le gamin, à l’aide de la chemise de laine que je n’avais pas reportée depuis la nuit à l’auberge, avait finit par réussir à faire deux torches grossières, mais qui ferait l’affaire, au moins pendant quelques temps. J’allumais la première, lui intimant l’ordre de garder l’autre au cas où, et de me suivre à quelques mètres d'intervalle. Enfin, je m’avançais vers l’intérieur du bois sombre, pénétrant les petits nuages de vapeurs venus du sol, une épée dans une main, la pointe vers le bas, et la torche dans l’autre main, tendue vers l’avant. La lumière des flammes sur mon bras nu faisait ressortir d’une étrange manière les dessins de mes tatouages et sa chaleur me donnait un peu de courage, tandis que j’avais l’impression de plonger vers l’inconnu, entraînant Kidd à ma suite.

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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »

Jets : 19
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20 (et d'autres et j'en passe)
Oui. On va rire
L'odeur douçâtre de la mort et de l'humus. Cela rappelait presque la maison. Enfin non, la Jungle était chaude. Ici, il faisait froid. Alors que c'était l'été. Très froid. La Jungle était chaude, les girons des mères immortelles étaient chauds. L'étreinte des hommes et des femmes était chaude, rassurante. Mais ici, pas de Syrasse, pas de Fabrice, aucune de ses sœurs, aucun faciès amical.
Kidd, Kidd n'était pas là. Les arbres la fixaient avec amertume.

Image Le sol était poisseux, l'odeur permanente, son ventre, tordu. Ses tripes liquéfiées. Comme celles accrochées aux branches. Oui. Les branches. Et les restes accrochés dessus. Les crânes. Que le lierre enserrait. L'odeur. Cette pourriture. La mort des arbres, les arbres étaient morts, la mort des hommes que la nature assimilait. Comme tous ces Qharis qu'elle et ses sœurs avaient exécuté. Envoyé dans l'humus et dans la mort. Où était l'âne, où était Kidd ? Pourquoi elle sentait qu'il était là ? Alors qu'il n'était pas là. Ni l'âne, ni le gamin. Le gamin qui deviendra homme. Qui est homme.
L'Amazone ouvrit son œil valide. Aucun son ne s'échappa de sa bouche. Juste la bile diluée par la salive devenue pâteuse. On la portait. Ce n'était pas Syrasse. Ni l'une de ses soeurs. Il sentait la peur. Elle n'entendait rien. Mais elle voyait tout. Les visages sur les arbres. Les visages braillards. Hurlant. En transe. Ils avaient mal comme elle, ils avaient froid comme elle. Ils étaient en colère, perdu, isolés, affamés et destructeurs. Comme elle. Ils étaient bien loin, si seuls.

Kidd s'écroula, il rampa dans l'humus, se retourna. Du sang coulait de ses lèvres, de partout, quand il parlait dans le silence sourd qui vrillait les tympans de la jeune femme, des postillons rougeâtres lui tombaient dessus sans qu'elle puisse les essuyer. Les êtres noirs se rapprochaient. Eux aussi souffraient, eux aussi étaient en colère. Le mousse souleva son pistolet. Tira. Le bourdonnement lui déchira les oreilles jusqu'aux orbites.

COURS.

Elle avait marché au travers du bois. Sa main laissa une empreinte sanglante sur l'écorce creusée. Les rictus cruels des sillons crâneurs se repaissaient de cette sève interdite. Elle aussi. La colère la soulevait avec bien plus d'aisance que ses propres jambes. En enjambant les corps brisés et velus des êtres noirs. La Jungle, comme la Forêt, ne se souciait pas de qui l'engraissait. Hommes et être à cornes, tous pourrissaient, tous nourrissaient ces arbres maudits. Tous combleraient sa faim. Même le plus fidèle des veules.
Vouté au-dessus de l'encensoir. Il était affreux. Bête et homme, entre deux mondes immondes l'un comme l'autre. Un Qhari muté, ou une bête devenue Qhari, comment ne pas le haïr. Lui et ses muscs, ses parfums. La résine se consumait dans la terre cuite et dégageait cette odeur.

Celle de l'humus et de la mort, cette odeur douceâtre.
Elle tira. De sa propre arme. La créature partit sans achever ses psaumes noirs. Et quelqu'un la regarda faire. Du couvert de la Jungle, si loin.

Image Méfie-toi de l'Homme doré. Nola était à genoux. Couverte de sang en train de sécher avec la boue et la sueur. Mais pas le sien. Pas de blessures. Elle avait froid. Elle était nue. Crasseuse. Les lambeaux de peau et de chair sous ses ongles. La pâte rosâtre sur la crosse de son pistolet. Putain, où était-elle ? Où était Kidd ? Et pourquoi il y avait tant de ces êtres immondes mi-hommes mi-bêtes morts autour d'elle ?
Au loin, un braiment.
Ainsi en était-elle à suivre les complaintes des ânes pour retrouver son chemin. En espérant que ce soit bien un âne qui avait crié.
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

Est-ce les braiments de l’âne, ou bien le froid qui me sortirent de ma torpeur ? J’étais bien incapable de le savoir. Totalement désorientée et abrutie par une migraine violente qui tambourinait contre mes tempes, je me relevais tant bien que mal en m’aidant de l'appui d’un arbre proche tout en regardant autour de moi. Je me tenais au milieu de ce qui avait dû être un campement, totalement ravagé, comme si un raz-de-marée l’avait traversé. Au sol, des corps de créatures à mi-chemin entre l’homme et l’animal gisaient ça et là, parmi les décombres, certaines présentant de simples blessures tandis que d’autres étaient affreusement mutilées.

Je fus saisi d’un haut-le-corps et me penchais en avant, crachant plus que vomissant de la bile, sentant mon estomac se contracter douloureusement alors qu’une sueur froide descendait le long de mon dos. C’est à ce moment que je me rendis compte que j’étais nue, totalement nue. Sous mes ongles, je devinais des lambeaux de peaux, comme si j’avais tenté de me défendre en griffant mes agresseurs, mais à part cela, un rapide examen m'apprit que je ne souffrais d’aucune blessure. Du sang couvrait pourtant une bonne partie de mon corps, mais il semblait que ce n’était pas le mien, ce qui, dans la situation où je me trouvais, était déjà une bonne nouvelle.

Pourtant, je ne parvenais pas à comprendre ce qui c’était passé dans le camp d’hommes-bêtes et surtout, pourquoi étais-je sorti indemne de tout cela alors que les créatures avaient, pour leur part, étaient massacrées jusqu’à la dernière. Je m’avançais de quelques pas et butais contre un objet. Je me penchais pour le ramasser avant de constater qu’il s’agissait de mon pistolet, lequel était encore chargé, mais dont la crosse était couverte de morceaux de chair.

Je me déplaçais de la manière la plus discrète possible, avançant telle une ombre à travers le camp. Me retrouver nue dans une forêt n’était pas quelque chose de nouveau pour moi, j’avais durant mon enfance parcourue la jungle de Lustrie dans le plus simple apparat bien des fois, mais ici, dans cette forêt inconnue, je me sentais soudain bien vulnérable et une tension constante me tiraillait la nuque pendant que j’explorais les vestiges du camp. J’évitais de trop m'attarder sur les corps mutilés, étant déjà parvenus à la conclusion que je ne connaissais pas de créatures capables d’infliger ce genre de blessures et me contentais donc de fouiller les affaires jonchant le sol.

Tandis que mon corps était occupé à retourner machinalement le petit campement, ou du moins ce qu’il en restait, mon esprit, lui, se torturait pour trouver une explication à ce qui venait de se produire. Se contorsionnant en tous sens, il essayait de mettre bout à bout, dans une suite logique, les bribes de souvenirs qui me revenaient en mémoire, mais il ne parvenait à rien de concluant. Je me rappelais m’être avancée, une torche à la main en direction des corps d’hommes d’armes que nous avions découvert, mais ensuite, plus rien, si ce n’est des fragments d’images, de sons et de visions qui s’emmêlaient de façon désordonnée. Ce dont j’étais sûr, c’est d’avoir vu Kidd tirer un coup de pistolet, mais sur qui ? Et puis cette vision qui était à nouveau revenue « méfies-toi de l’homme doré », qu’est-ce que cela voulait dire ? Et d’ailleurs, où était passé Kidd ?
Me redressant, je refis un tour complet du campement, balayant l’ensemble du désastre de mon œil valide, et fus soulagée de ne pas apercevoir de tignasse rousse. En revanche, je m’interrogeais sur ce qui avait pu advenir du gamin, et par la même occasion, de mes affaires.

Enfin, me revint en mémoire une vision particulièrement inquiétante dont je peinais à me rappeler les détails, celle d’un homme, ou d’une créature, je ne parvenais pas à m’en souvenir, penché au-dessus d’un encensoir et psalmodiant des paroles incompréhensibles, était-ce lui la cause de tout ce désordre ? Ou bien était-ce encore le fruit de mon imagination enfiévrée ? La migraine qui me martelait le crâne ne cessait d’augmenter et je décidais de renoncer à fouiller plus en détail le camp. Par ailleurs, je craignais que les braiments de l’âne ne finissent pas attirer un nouveau mal dans ma direction et je me décidais donc à partir à sa rencontre pour le calmer et profiter des vivres qui, je l’espérai, seraient toujours dans nos affaires sur le dos de l’animal.

Tenant toujours mon pistolet chargé dans la main, je m’avançais donc, totalement nue au milieu de la forêt, prenant à un moment conscience de l’illogique de la situation qui, si elle n’avait pas été aussi terrible, m’aurait sûrement fait sourire, et espérant de tout cœur que Kidd soit également vivant, non loin de là, et qu’il se laisse lui aussi guider par les appels de notre bête de somme.
Modifié en dernier par [MJ] Le Roi maudit le 20 oct. 2022, 21:41, modifié 1 fois.
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »

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Jet de volonté : 15, ouf
Les bois étaient silencieux. Seul l'occasionnel bruit de l'âne brisait cette chape sinistre. Elle était bien consciente cette fois-ci, bien que toujours légèrement somnolente. Les herbes de ces êtres de malheur n'avaient rien à envier aux plantes que humaient les mères immortelles dans leurs transes religieuses.
Toutefois, elle ne pouvait s'empêcher de se sentir observé. Il y avait des choses ici avec la même connexion à la nature qu'elle, ou bien une connexion proche. Il y avait des choses anciennes que sa présence perturbait. Les Bois n'aimaient pas être dérangé. Ça n'avait pas été dur à comprendre.
Elle arriva jusqu'à un semblant de sentier. Une trouée verte d'herbe piétinée. Elle vit même la marque des fers. Des chevaux. Ou plus de ces êtres mi-hommes mi-bêtes ? Il ne restait qu'à le savoir...

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L'Orée des bois était un cauchemar. Deux forces inarrêtables s'étaient percuté pour ne laisser qu'une pulpe ensanglantée et encombrée d'os brisés. Des corps par dizaines. Hommes-bêtes comme Qharis. Chevaux comme chevaliers cuirassés qu'on avait décortiqués comme des langoustes. C'en fut trop, et l'odeur des humeurs du ventre pourrissantes à l'air libre lui fit rendre ses propres boyaux et quatre jours de viande séchée au moins. Elle avait fière allure la fille de la jungle à cet instant-là.
Dans ce charnier ignoble, elle reconnut les mêmes tenues que les hommes du relais, que les hommes morts le long de la rivière. Que les Hommes de Dielterburg. Elle reconnut les blessures des Hommes-bêtes. Les mêmes que dans leur camp. Et elle entendit le tonnerre des sabots.
Des cavaliers, ils arrivèrent vite et fort, elle était cernée. Leurs armes et les armures avaient bien servi.
"HALTE !"
L'un d'eux sauta de sa monture fourbue, et décrocha sa cape usée. Il la jeta aux pieds de la sauvage. "Ton frère t'attend."
Sous bonne garde, elle traversa le champ de bataille. Jusqu'à une sorte de campement à l'improviste. On bandait les blessés, on rassemblait les mourants. Tous la regardaient comme si elle était descendue des cieux, ou si elle avait surgi des entrailles de la Terre.
Et près d'une latte et d'un âne attaché à un piquet, une silhouette frêle, celle d'un adolescent tardif. Aux cheveux roux. Couvert de bleus, de plaies qu'on était en train de lui recoudre et de bandages si serrés qu'il avait l'air de la momie qui végétait tranquillement chez le père de Fabrice. "J'ai fait... Au mieux." Il toussa.
Une masse s'approcha. Colossale. Grand comme un Saurus. Il avait encore le sang séché des Hommes-bêtes sur son plastron.

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"Je suis Ferdinand d'Ambrandt. Seigneur de la région, et chef de ces Hommes. Tout d'abord, je tenais à vous remercier pour votre aide contre les Hommes-Bêtes du Bois Flétri. Maintenant, j'aimerais savoir ce que vous êtes, et ce que vous fichez ici."
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

J’étais totalement désorientée et je peinais à assembler les événements des dernières heures. Je me sentais encore un peu nauséeuse et totalement perdue, comme si le fleuve de la vie avait poursuivi sa course pendant que j’étais resté coincé dans un bras mort au milieu des vieux troncs moisis. Autour de moi, c’était le chaos, des montures écharpées, des cavaliers brisés et des hommes-bêtes couvert de flèches et de morceaux de lances, le tout englobé par une odeur de charogne déjà bien présente malgré le peu de temps qui avait dû s'écouler depuis l’affrontement. Autour de moi, la dizaine de soldats encore capable de marcher s’affairer à venir en aide aux blessés et à entasser les corps des créatures sur un tas de bois installé au milieu d’un champ.

Pourtant, malgré ces scènes de désolation, je ne pus m'empêcher de sourire à la vue de Kidd, mal en point, mais vivant, qui se tenait assis contre un chariot, gris de poussière, un filet de sang encroûté coulant de son front blessé et dont un soldat s’occupait de panser les blessures. Alors que je m’avançais dans sa direction, serrant autour de mes épaules la cape qu’un des militaires m’avait donnée pour couvrir ma nudité, je fus apostrophée par un colosse en armure qui semblait être le chef de la petite troupe.

« Je suis Ferdinand d'Ambrandt. Seigneur de la région, et chef de ces Hommes. Tout d'abord, je tenais à vous remercier pour votre aide contre les Hommes-Bêtes du Bois Flétri. Maintenant, j'aimerais savoir ce que vous êtes, et ce que vous fichez ici » déclara le nouveau venu sans préambule. Je l’étudiais rapidement du regard : grand et massif, il portait sur son dos un lourd bouclier et tenait dans sa main une lance de cavalerie. Sa lourde armure était encore couverte de sang et lui-même semblait ne pas avoir totalement recouvré son souffle. Me dominant de deux bonnes têtes, il me toisait d’un air sévère, attendant visiblement des explications claires et rapides de ma part. Le souvenir d’une conversation dans l’auberge de Dielterburg avec l’une des serveuses de l’établissement quelques semaines plus tôt au sujet du Duc D’Ambrandt me revint en mémoire, et je jugeais qu’il faudrait certainement faire preuve de prudence avec cet homme.

Jusqu’à présent, les soldats s’étaient montrés plutôt amicaux, quoique bourrus, avec moi, et je prenais conscience pour la première fois que notre présence à Kidd et à moi pouvait sembler suspecte. Alors qu’il s’impatientait, attendant toujours ma réponse, je bafouillais : « laissez-moi récupérer mes affaires et prendre des nouvelles de mon frère, je répondrai ensuite à toutes vos questions monseigneur. » Il grogna, mais me fit un signe de tête approbateur et s’écarta de mon chemin, interpellant deux de ses hommes pour qu’ils accélèrent leur travail.
Sans demander mon reste, je me précipitais vers Kidd qui, un rictus de douleur sur le visage, m'accueillit néanmoins avec un large sourire :
- [color=##FFBF00]« J’ai fait... au mieux »[/color] dit-il entre deux toux.
- « Oh Kidd ! » je l’attrapais par les épaules et le serrais contre moi avant de reculer d’un pas et de demander « Que s’est-il passé ? Je me rappelle m’être avancé dans le bois lorsque nous avons trouvé ces hommes morts, puis ensuite plus rien… »
- « Aucune idée Nola, je te suivais avec l’âne, quand d’un seul coup, t’es tombée à moitié évanouie. »
- « Comment ça à moitié ? » dis-je perplexe.
- « J’sais pas, t’étais allongée par terre, mais tu étais agité de spasmes bizarres, t’avais de la mousse au coin des lèvres, je pensais que tu faisais une attaque, donc j’ai essayé de te tirer à travers les bois pour nous mettre en sécurité, quand la horde d’hommes bêtes est arrivée. » il eut un frisson en prononçant ces derniers mots. « J’ai voulu les repousser, mais ils m’ont attrapé pour m’emmener au cœur de la forêt. Heureusement, la troupe du seigneur d’Ambrandt a débarqué à ce moment et c’est devenu un putain de merdier. Alors que la bataille semblait tourner en notre défaveur, t’as débarquée d’un coup sans prévenir, comme si tu étais possédée et tu t’es jetée au milieu de la mêlée comme une furie. Après, j’ai été percuté par un cheval, j’ai perdu connaissance et à mon réveil t’étais plus là et personne ne savait me dire ce qu’il était advenu de toi. »
- « Je… Je n’ai aucun souvenir de tout cela » dis-je tandis que j’enfilais mes affaires, l’esprit de plus en plus confus suite aux dernières révélations du gamin.

Après ces quelques mots, c’est l’esprit encore plus troublé que je me dirigeais vers notre âne pour récupérer les quelques affaires de rechange qu’il transportait depuis notre départ de Matorca. Puis, mon petit paquetage sous le bras, je me mis en quête d’un point d’eau afin de me débarrasser autant que possible du sang qui couvrait encore mon corps, sans pour autant oser trop m’éloigner de la présence rassurante des soldats. Je finis par trouver une petite mare stagnante peu profonde à laquelle je n’osais même pas boire, n’arrivant pas à juger de la propreté de l’eau. Je me contentais donc d’une toilette sommaire mais appréciable.

Alors que je revenais vers le camp après avoir revêtu une tenue plus habituelle pour moi, le soldat qui m’avait offert sa cape pour me couvrir se porta à ma rencontre. De taille moyenne, il avait l’air d’être un homme d’expérience et devait avoir presque le double de mon âge. Ses cheveux naguère bruns tendaient maintenant vers un gris uniforme et son regard marron avait la lassitude de celui qui a vu trop de champs de bataille. Il présentait une vilaine ecchymose sur la pommette gauche qui commençait déjà à virer au violet, mais ne semblait pas y prêter attention. Alors que je lui tendais sa cape, le remerciant de sa sollicitude, il me sourit, avant de me présenter mes deux lames qu’il tenait derrière son dos. Il m’expliqua les avoir retrouvés plantés dans le corps d’un homme bête et les avoir reconnus comme étant les miennes, car il était rare de voir ce genre d’arme dans les frontalières. Je sentais qu’il m’évaluait de son oeil expert, parcourant du regard les muscles de mes bras et de mon ventre et s'arrêtant brièvement sur mes cicatrices, puis, alors que je rangeais mes deux sabres dans leur fourreau, il déclara sur le ton de la discussion :
- « Vous êtes une terrible combattante même les hommes bêtes semblaient effrayés ! »
- « Hé bien… je.. je défends les miens, c’est normal. » répondis-je, prise au dépourvu.
Il retira son gant et me tendis une main caleuse, plus habituée à tenir une arme qu’une plume « je me nomme Fabio, puis-je vous demander votre nom ? »
- « Je m’appelle Maria, et voici mon frère Paolo » dis-je en désignant Kidd d’un mouvement du menton.
Il allait enchaîner quand son commandant arriva à nouveau dans notre direction. Se plantant à côté de son homme en soufflant, visiblement peu désireux de s’attarder dans le coin.
- « Maintenant que vous avez retrouvé vos biens, peut-être accepterez-vous de m’expliquer qui donc vous êtes et ce que vous fichiez dans ces bois ? »
- « Nous sommes juste un frère et une soeur, voyageant en direction de Mymridens. Les dieux soient loués de vous avoir placé sur notre route. Sans vous j'ai bien peur que.. » je n’achevais pas ma phrase, chacun comprenant parfaitement le sens lourd de mon silence.
- « Méfiez-vous de Myrmidens. Les Fausses idoles y sont légion » répondit le seigneur d’Ambrandt après un court moment de réflexion.
- « Que voulez-vous dire ? » demandais-je après une courte hésitation.
- « Des faux dieux, des hommes faux. Le mal a imprégné la ville. »
- « Le mal semble avoir imprégné bien plus que Myrmidens » dis-je en désignant d’un large geste circulaire le carnage autour de nous.
- « Ces bois ont pris la vie de bien des voyageurs. Mais heureux sont les hommes... Et la femme, qui ont contribué à en vaincre ces fléaux. Rentrons à Ambrandt. Vous y recevrez l'hospitalité et les soins. C'est le minimum que je puisse faire. »
Je restais muette devant l’offre du duc de nous accueillir dans sa demeure. D’une part, sa présence mettait mal à l’aise sans que je sache en expliquer la raison et d’autre part, j’avais déjà perdu bien assez de temps durant les derniers jours pour ne pas vouloir m’attarder davantage. Pourtant, ce genre d'offres étaient difficiles à refuser.
- « La route jusqu’à Mymridens est encore longue et dangereuse » ajouta Fabio, rompant le silence qui avait suivi la proposition du Duc « en outre, je crains que votre frère ne soit pas en état de poursuivre son chemin sans avoir reçu de meilleurs soins. »
Je me mordis l’intérieur de la joue de dépit, avant de me décider à répondre au Duc, plaquant un timide sourire sur mes lèvres.
- « Votre offre nous honore mon seigneur. C’est avec plaisir que nous nous joindrons à vous. »

Le soir n’était plus très loin quand nous quittâmes avec l’ensemble de la petite troupe le camp de fortune installé pour la journée, laissant derrière nous la mort et la désolation. Je marchais en fin de convoi, tirant la longe de notre âne sur lequel était installé Kidd. Il avait d’abord refusé d’être transporté à dos de mulet alors que je marchais à côté mais, après seulement quelques pas, il avait dû se rendre à l’évidence que son entêtement ne ferait que nous ralentir.

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Nous avançames ainsi durant deux bonnes heures dans un silence lourd et pesant simplement rompu par les bruits des chevaux et de temps en temps par un gémissement de douleur étouffé émanant de Kidd. La plupart des hommes allaient à pied excepté les quelques cavaliers composant la troupe. Pour ma part, j’étais perdue dans mes pensées, essayant de trouver un sens à cette journée folle et tentant de débloquer de nouveau mes souvenirs. Par moments, je me frottais les tempes avec les doigts pour chasser les dernières traces de la terrible migraine qui m’avait suivi depuis l’affrontement dans la forêt. J’étais épuisé et la faim me tenaillait, faisant gronder mon ventre, pourtant, je n’osais pas penser au moment où je pourrais enfin aller me coucher, car j’avais peur de revivre les cauchemars des dernières heures. Plus que la bataille en elle-même, dont je ne gardais qu’un souvenir diffus, c’était les visions étranges et la perte de contrôle qui s’en était suivi qui m'avaient le plus traumatisé.

Plongée dans mes sombres réflexions, je ne me rendis compte que tardivement que le Duc s'était arrêté proche d’un petit cours d’eau, immobilisant toute la colonne à sa suite. Alors que chacun mettait pied à terre pour se dégourdir les jambes, ou au contraire, s'asseyait pour se reposer et boire un peu d’eau fraîche, j’en profitais pour prendre des nouvelles de Kidd. J’allais me rendre à la petite rivière pour lui apporter à boire quand le soldat à la cape, Fabio, s’avança dans notre direction, me tendant une outre pleine. Surprise de tant de sollicitude, je finis par lui sourire avant m’en saisir et de la porter à mes lèvres pour boire plusieurs longues gorgées, puis de la tendre à Kidd. Tandis que le gamin se désaltérait, je tendais l’oreille pour écouter le seigneur d’Ambrandt parler à l’un de ses hommes. Plus je l’écoutais, plus son accent me rappelait celui de Fabrice. Je finis par en arriver à la conclusion que l’homme était d’origine Bretonienne, ce qui d’ailleurs , du peu de connaissance que j’avais de ce territoire, collait bien à la lourde armure qu’il portait. J’eus un léger pincement au cœur à la pensée du pirate blond, il me semblait que cela faisait une éternité que nous nous étions dit adieu alors que j’avais seulement quitté Sartosa depuis quelques semaines.

Lorsque nous reprîmes la route, peu de temps après cela, Fabio amena sa monture à ma hauteur, puis, ralentissant, il me tendit une main pour me proposer de terminer le chemin à dos de cheval plutôt qu’à pied. J’hésitais dans un premier temps, mais il insista et je finis par me laisser convaincre, au grand soulagement de mes jambes qui commençaient à fatiguer après une telle journée. L’homme était bavard et tandis que nous avancions, il me parla de la région, désignant tantôt une petite crête, tantôt un petit bois en les nommant. Si j’étais gênée de la proximité physique entre nous, il me fallait bien reconnaître qu’il avait une conversation agréable et je me surpris à le relancer en lui posant quelques questions sur les frontalières. Je sentais son souffle sur mes cheveux tandis que ses deux bras m’entouraient, tenant les rênes de sa monture. Après les sombres heures de l’après-midi, cela me faisait du bien de profiter d’un moment de complicité avec cet inconnu.

Ce n’est qu’à la nuit tombée que nous parvînmes enfin en vue du château du Duc d’Ambrandt. En voyant enfin se dessiner la promesse d’un repas chaud, d’un bon bain et d’un lit, la petite troupe qui traînait la patte depuis une bonne heure eut soudain un regain d’énergie, et c’est avec un nouvel élan que nous nous engageâmes sur la route menant vers les lourdes portes de la fortification.

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Modifié en dernier par [MJ] Le Roi maudit le 20 oct. 2022, 21:41, modifié 1 fois.
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La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

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[MJ] Le Roi maudit
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »



Image Le Sir Fabio
Image Il y avait un sourire de soulagement sur le visage des hommes. On rentrait à la maison. Si la forteresse n'avait plus la prime jeunesse du temps des croisés, elle restait monumentale. Et surtout, l'Amazone n'avait pas déambulé les deux dernières années de sa vie sur le bois des pontons pour ne pas reconnaitre les signes d'une restauration. Le Château du Duc reprenait vie. Reprenait force. Le village était ceint d'une solide palissade doublée d'un fossé et de pieux. Les quelques bougres accrochés à des potences que le vent d'été agitait doucement rappelaient le sort des téméraires venus se briser les crocs ici.

Des sentinelles ouvrirent les portes. La plèbe les attendait. Dignement. Les époux se retrouvèrent, on pria pour les blessés et on pleura les morts. Ces rustres, ces barbares armés, la fange brutale et grossière qui ne parlait qu'en grognant, ces gens-là étaient des héros. Fabio lui parla :
"Quand le Duc est arrivé ici avec son armée, les gens étaient réticents. La région a connu bien des guerres entre roitelets. Mais il nous a offert quelque chose d'inestimable : La Paix. Et c'est pour la maintenir que les gens comme nous partent au combat. Pour eux tous. Et tous ceux qui nous rejoignent."
"Se battre pour la paix, en voilà une noble cause." dit-elle avec une pointe de sarcasme dans la voix. "D'où le Duc est-il venu ? J'ai entendu son nom à plusieurs reprises en traversant des villes et villages, mais je ne connais pas son histoire."
"Je vous en parlerai plus tard. "

Ils franchirent les portes du château. On mit pied à terre, les chevaux allèrent aux écuries bien peu remplies. Si le château faisait encore pâle figure, il y avait un édifice majestueux niché dans la Basse-Cour. Un temple. Une chapelle. Le Duc regarda ses hommes. On conduisit les blessés aux soins. Il conclut sobrement.
"Je m'en vais prier la Dame."
Un des chevaliers beugla qu'ils avaient quartier libre. Beaucoup suivirent leur souverain. Les autres allèrent panser leurs montures ou leurs blessures, se laver, manger, se reposer. Avant la suite des évènements. On lui parla d'un banquet le soir même. Pour célébrer la victoire. Mais pour l'instant, il y avait bien assez à faire et à préparer.

Les couloirs du château avaient d'une certaine manière l'allure des temples de ses Soeurs-Mères ou des cales de l'Aslévial. Sombres, sobrement décorés. La pierre nue n'offrait que peu de réconfort. Ils n'étaient pourtant pas dénués de vie. Servantes, soldatesque, maçons et autres ouvriers. Artisans. Elle croisa même dans une grande salle transformée en atelier un bottier qui lui proposa de refaire ses semelles contre une somme modique. La Forteresse était une véritable petite ville, ou même un navire. Cinglant les airs sur sa falaise crâneuse.
L'Amazone alla se décrasser après l'excursion champêtre. Les bains étaient dans les profondeurs du château, aménagés dans des galeries anciennes. Les bains taillés à même la roche étaient sobrement séparés par quelques paravents, mais il n'y avait pas grand monde. Quelques servantes tapis dans un coin de la nef de roche, des soldats se remettant des évènements dans un autre, elle avait presque les lieues pour elle.
Nola goûtait seule les délices d'un bain chaud. Alanguie, paupières closes, elle se détendait dans la pénombre. Quelques bougies brûlaient, diffusant une lumière tamisée dans la vaste pièce souterraine. Ses cheveux remontés en un chignon lâche et sa nuque reposant sur le rebord du bassin, la jeune femme respirait paisiblement, un fin sourire aux lèvres, ses seins affleurant de l'eau sombre. Elle n'ouvrit qu'un œil et n'esquissa pas un geste pour cacher sa poitrine quand le chevalier entra.

"J'ai fait monter vos affaires dans une chambre par une servante. Votre âne est aux écuries. Et votre frère se repose."
"Vous êtes très prévenant avec moi, chevalier. Je ne sais comment je pourrais vous remercier pour tout cela..."
"Secourir sans attendre de récompense fait partie des vertus de la Chevalerie, Dame Maria." Il esquissa un sourire tout en se dénouant le corps dans l'eau. Il était jeune, déjà marqué. Entre pirate ou guerrier, quelle différence ? L'un avait prêté un serment à un seigneur, l'autre à un capitaine. Les deux se battaient. Les deux rêvaient de gloire. Et les deux semblaient aspirer à la liberté qu'elle pouvait offrir.
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

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Jet de charisme sur Fabio : 1 (pour toute la soirée)
Je ne répondis pas, laissant le silence s’installer entre nous. Je n’avais pas été surprise lorsque l’homme s’était déshabillé pour me rejoindre dans le bassin, je m’y étais même attendue et pour dire vrai, cela ne me déplaisait pas. J’ignorais tout des vertus de la chevalerie, en revanche, j’étais bien au fait de mes charmes et de leurs vertus à eux et j’avais depuis longtemps compris le désir que je suscitais chez le chevalier. Pourtant, dire qu’il était beau ou séduisant aurait été un mensonge, mais il émanait de lui un charme indéniable et il dégageait une virilité puissante qui me plaisait.
- « Mais en réalité, vous nous avez tout autant secouru que l'inverse. Vous auriez vu la surprise sur le visage de mes compagnons. »
Il se tenait face à moi, ses bras reposant sur le rebord du bassin et le corps immergé jusqu’à la poitrine.
- « Pour être honnête.. Je ne garde qu'un souvenir diffus de la bataille » soufflais-je tandis que son regard se perdait dans la contemplation de l’eau quelques instants. « Je pense que nous avons simplement eu la chance de nous rencontrer au bon moment. »
- « La vie n'est qu'une succession de rencontres, chanceuses ou malencontreuses. Jusqu'à la dernière rencontre. Avec Morr le Père. » Il rigola « Je m'en excuse, humour de soldat. »
Il s’avança dans ma direction, lentement, le souffle court, ne faisant presque aucun bruit dans l’eau. Malgré la pénombre, je voyais briller dans son regard une lueur d’une excitation qu’il peinait à contenir. Comme il arrivait proche de moi, je tendis ma jambe hors de l’eau dans sa direction et je posais mon pied contre sa poitrine, l’immobilisant.
- « Morr peut bien attendre un peu » répondis-je avec un sourire en coin, avant d’enchaîner « et est-ce que l’homme qui partage mon bain accepterait de me parler un peu de lui ? »
- « Si la femme qui partage le mien accepte aussi de faire de même. » Il inclina la tête sur le côté. « Que désirez-vous savoir ? Je me nomme Fabio Oliveira de Guadalquera. Je suis né et ai fait mes armes en Estalie. »
Sans me départir de mon sourire, je fixais mon regard dans le sien et, avant de répondre à sa question, je laissais mon pied nu glisser contre sa peau, descendant de son torse jusqu’à son ventre, avant de disparaître à nouveau sous l’eau, entre ses jambes. Mon sourire s’élargit davantage au contact de son membre, dressé comme un soldat au garde-à-vous que je taquinais quelques secondes avant de répondre.
- « il me semble pourtant que c’est vous qui m’y avait rejoint… mais soit, je m’appelle Maria Guerra, j’ai grandi dans un petit village proche de Remas, puis ensuite, je me suis un peu… perdue. Comment un soldat d’Estalie se retrouve à servir un duc étranger sur une terre étrangère ? »
- « Une succession de rencontres, bonnes ou mauvaises. »
Il avait glissé l’une de ses mains sous l’eau, attrapant mon mollet pour remonter un peu ma jambe à la surface et la caressait délicatement, continuant d’essayer d’avancer vers moi. Souriant toujours, j'inclinais la tête de côté tandis que la pression qu’il exerçait augmentait lentement, m’obligeant à contracter ma cuisse.
- « Et le duc dans tout ça ? Vous m’aviez promis d’en dire plus à son sujet. »
- « Le Duc. J'étais déjà dans les Principautés quand je l'ai rencontré. Il vient de Bretonnie. Il a bu le Graal. Et depuis, il veut corriger les maux de ce bas-monde. Et il a décidé de commencer ici, il y a à faire comme vous l'avez vu. »
D’un revers de la main, il écarta mon pied de son chemin, sans que je ne cherche à lui résister et s’avança. S’installant entre mes jambes écartées, il me plaqua contre la paroi de pierre, son visage s’approchant à quelques centimètres du mien. Maintenant collés l’un à l’autre, je sentais pleinement la tension et le désir qui l’habitait, et je décidais de m’en amuser encore un peu.
- « Le Graal ou autre chose... » dis-je en haussant les épaules. « L'influence du Duc semble importante. S'étend-elle jusqu'à Myrmidens ? »
Il frémit tandis que je caressais son torse, du bout des doigts et ses mains se glissèrent sous l’eau pour arriver sous mes fesses. Sans un mot, il me souleva légèrement alors que je l’entourais de mes jambes et il fit quelques pas en arrière, m’emmenant avec lui.
- « Pas exactement. Leurs rapports sont... Peu cordiaux. Myrmidens n'aime pas les rivaux. Et nous en devenons un de jour en jour. »
- « Dommage... c'est là-bas que nous nous rendons mon frère et moi. »
Nous dérivions lentement dans le bassin, collés l’un à l’autre, comme une seule entité. J’avais passé mes bras autour de son cou et me pressais contre lui, les petits clous de fer dorés perçant mes seins frottant doucement contre les poils de son torse viril. Ses mains caressaient le bas de mon dos et mes fesses et nos visages étaient si proches maintenant que je sentais l’air qu’il expirait par le nez, alors que sa respiration devenait de plus en plus saccadée.
- « Beaucoup de gens s'y rendent. C'est une grande ville. Selon les perspectives locales. Tout semble plus grand ici. »
Il sembla penser que cette phrase pourrait conclure la discussion et avança ses lèvres pour embrasser les miennes. Me tenant toujours à lui par mes jambes serrées autour de sa taille, je me rejetais en arrière, esquivant de peu son baisé et me laissais flotter sur le dos, me maintenant à la surface en battant légèrement des bras tandis qu’il me soutenait, passant ses mains sous mes reins.
- « Je vois, et toi ? Cela fait un moment que tu es dans la région, tu dois bien connaître la cité non ? »
Il ne réagit pas à ma dérobade, mais je le sentais prêt à céder, ne répondant à mes questions que pour accélérer le moment où je m’offrirais à lui. Cela m'amusait, j’avais, durant ma jeunesse, assister à des scènes ou certaines de mes sœurs plus âgées parvenaient à rendre fou d’envie pour elles, des hommes qu’elles avaient attaquées, blessées et capturées et qu’elles condamnaient à la mort et j’avais appris à ces occasions la meilleure façon de torturer ces qharis, en se jouant de leurs désirs.
- « J'y suis passé quelques fois. Mais j'aime l'appel des grands espaces. La ville est presque aussi grande que les petites cités de Tilée. Il y a une haute et une basse ville. Toute la péninsule est à eux. Ils l'ont bardé de fortins, de petits bourgs. Et de gardes pour faire payer l'octroi. »
Il me soutenait toujours d’un bras, mais son autre main caressait mon ventre, descendant à chaque aller-retour de plus en plus bas, finissant même par arriver jusqu’à mon entre-jambe. Bien que ce soit moi qui menais le jeu depuis le début, je dus néanmoins me faire violence pour résister à l’envie de mettre moi aussi fin à cette conversation pour me jeter sur lui. Entre mes seins, le petit médaillon offert par Fabrice avant mon départ flottait au gré des vaguelettes que nous provoquions, mais je décidais de ne pas y prêter attention.
- « Huuuuuumm... Je devais rejoindre un homme à Matorca, mais la ville a été attaquée par des pillards avant que je ne le rencontre. On m'a dit de demander après des hommes du nom de Felipe, Dubreuil, Gonzalo, Schloesing, quelque chose comme ça, et de les chercher à Myrmidens. Mais la route est semée d'embûches, la survie est compliquée sur ces terres. »
- « Vous en avez des amis... Ou des ennemis. »
Je devais reconnaître que l’homme était plein de maîtrise, mais obnubilé par son excitation, il commençait à s’impatienter et ses réponses étaient de plus en plus courtes. Ce qui m’arracha un petit rire qu’il interpréta comme une réaction à sa dernière réponse plutôt que comme une moquerie concernant son empressement.
- « Pas autant que vous apparemment. J’ai vu que le fort était en travaux. Le duc et ses partisans préparent une vraie place forte pour s’y retrancher » dis-je dans un souffle.
Je me redressais, contractant mes abdominaux sous sa main caressant mon ventre et repris ma position contre sa poitrine, un bras autour de son cou, l’autre posé sur son torse et je laissais le bout de ma langue remonter le long de son cou. Un frisson le parcourut au contact de ma bouche sur sa peau et il resserra sa prise sur mes cuisses.
- « Un souverain se doit d'avoir une demeure à son image. Ne vous méprenez pas. Ferdinand est un homme bon. Peut-être même trop bon pour ces contrées. Nous, on survit. On s'adapte. Malgré les marques que le temps nous laisse. »
Ses mains agrippaient si fort mes hanches que s’en était presque douloureux et je sentais son entrejambe dressé frottait contre le bas de mon ventre.
- « J'ai rencontré une femme qui venait d'un petit port du nom de Detburg, quelque chose comme ça » dis-je tout en effleurant du bout de mes doigts une cicatrice sur le torse du soldat « et je ne crois pas que "bon" soit le mot qu'elle est utilisé pour décrire ton Duc. Mais si tous les gens d'ici pense comme toi, alors j'imagine qu'elle parlait à tort ».
Il me plaqua avec rudesse contre le rebord du bassin, mon dos claquant contre la pierre et dans un souffle rauque, parla comme réfléchissant à haute-voix.
- « Detburg... Dietelburg ! Une sordide affaire. Le seigneur Dotlaff. Le Duc lui avait proposé de le rejoindre. Après tout, un Duc à des vassaux. Il avait fait écorcher l'envoyé. On y est allé à quatre douzaines. On a fait comprendre que sa sauvagerie devenait intolérable. Il y a même eu un procès et ... »
Sans lui laisser le temps de finir sa phrase, je posais mes lèvres contre les siennes. Il réagit directement, sa main attrapant l’arrière de mon cou tandis que l’autre se posait à côté de mon épaule, agrippant le rebord du bassin pour nous stabiliser.
Je sentis le moment où il s’abandonna, se collant toujours plus à moi. Il m’embrassa fougueusement, animé par une sorte de désir dévorant, ses doigts se prenant dans mes cheveux. Nos dents, nos lèvres, nos langues se touchant et s’emmêlant.

Alors que notre baiser durait, comme si aucun de nous deux ne voulait détacher sa bouche de celle de l’autre, je descendis ma main entre ses jambes. Il se raidit de plaisir lorsque je saisis son membre entre mes doigts pour commencer à lui faire du bien. J’agissais lentement, avec douceur, car si nous étions à l’abri des regards, l’intimité des bains n’était pas totale et l’on pouvait nous entendre.

Enfin, au bout de longues minutes, un tremblement violent le traversa des pieds à la tête, et avec un soupire de plaisir, il décolla sa bouche de la mienne et plongea son visage entre mon cou et mon épaule. Après quelques instants, sans rien ajouter, je me détachais de lui, le libérant de l’emprise de mes jambes et me dirigeais vers les marches permettant de quitter le bain. Je pris mon temps pour sortir de l’eau, sentant son regard braqué mon dos tandis que je longeais le bassin, puis j’attrapais une serviette posée sur le rebord et, tout en me séchant, je lui dis, un sourire salace au coin des lèvres :

- « Considère cela comme un remerciement pour aujourd’hui. Et peut-être ce soir pourras-tu me montrer l’étendue de ta vigueur ». Sans attendre de réponse de sa part, je sortis de la pièce, le laissant planté là, hébété, mais heureux, un sourire un peu idiot sur le visage.

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Une fois sortie des bains, on me conduisit à travers un dédale de couloirs et d’escaliers jusqu’à la chambre qui m’avait été attribuée. Je n’aimais pas marcher dans ces sombres corridors de pierre ou la lumière ne perçait que par de petits interstices dans les murs, je me sentais oppressée et j’avais de plus toujours la peur que l’immense édifice ne s’effondre sur lui-même. Ces immenses constructions étaient certainement l’une des choses qui m’avait le plus marqué à mon arrivée dans le vieux monde. Si les géants de bois utilisés par les qharis pour envahir nos jungles représentaient déjà une curiosité fascinante pour mon peuple, cela n’était rien comparé aux jungles de pierre des villes et aux immenses châteaux, dont je ne parvenais toujours pas à comprendre par quel miracle ils ne finissaient pas par s’écrouler sous leur poids. Une fois, un marin m’avait expliqué que cela consistait à un assemblage savant de contreforts, de poutres et à un calcul précis de la répartition des masses, mais malgré tout cela, je préférais largement me trouver hors des entrailles de ces immenses bâtisses.
Complètement perdue et désorientée, je m’en remettais totalement au jeune page chargé de me guider jusqu’à mes quartiers. Après un long moment, nous finîmes par arriver devant une porte à laquelle il toqua avant d’en pousser le battant et de s’écarter pour me laisser entrer. Il referma la porte derrière moi et je soupirais, contente de me trouver enfin un peu seule.
« Hé bien vous vous êtes perdue en route ? » Je sursautais et me tournais dans la direction d’un provenait la voix. Une vieille femme à l’air sévère se tenait dans le coin de la pièce, un coffre de vêtements posé à ses pieds dont certains étaient déjà étendus sur le dossier d’un fauteuil. Je voulus parler et m'apprêtais à lui demander sans ménagements de sortir de ma chambre mais elle me prit de cours.
« Le banquet démarre dans une heure alors il n’y a plus de temps à perdre. Approchez-vous de la fenêtre que je vous examine un peu, je .. oh.. qu’est-ce que.. » elle marqua un temps d’arrêt quand son regard se posa sur la cicatrice barrant mon œil. Puis, elle se reprit et m’attrapa par le bras pour m’installer à côté du fauteuil où elle avait déjà entrepris de préparer des tenues. « Déshabillez-vous » continua-t-elle tout en fouillant dans un sac pour en sortir un lourd peigne en os. « Mon dieu cette tignasse, je vous préviens, je viendrais à bout de tous les nœuds, et ne vous avisez pas de vous plaindre. »
Étonnement, j’étais tellement surprise par le caractère implacable de cette drôle de veille femme que je me surpris à lui obéir sans protester. Détachant le nœud de la chemise que j’avais enfilée à la sortie des bains, je la laissais tomber à mes pieds et me camper à l’endroit désigné. Elle haussa un sourcil et eut un hochement de tête réprobateur à la vue de mon bras tatoué et de mes autres cicatrices révélées par ma nudité, mais eut le bon sens de ne rien ajouter.
Tournant autour de moi, elle marmonna pour elle-même « évidemment, si personne ne me prévient que la fille qu’on me demande de préparer est plus musclée que les deux tiers de la garnison, c’est plus marrant. » et tandis que je me tournais pour la suivre des yeux elle claqua des doigts, m’intimant l’ordre de ne pas bouger.
Alors que j’avais toujours fait de ma nudité une force, sachant que rares étaient les hommes qui y restaient insensibles, je me sentais bizarrement fort mal à l’aise face à cette vieille femme qui me scrutait sous toutes les coutures d’un air sévère. Enfin, après un court moment de réflexion, elle finit par dire « La verte fera sans doute l’affaire. »
S’ensuivit une longue fouille dans les fins fonds du lourd coffre de bois qu’elle avait fait monter avec elle, jusqu’à ce qu’elle finisse par en extirper une longue robe au tissu fin et délicat, d’un vert sombre et profond. S’approchant de moi, elle la tendit à bout de bras au niveau de mon épaule, et son œil expert fit des allers-retours vif entre la robe et moi. Ce n’est qu’à ce moment-là que je réalisais réellement ce qu’elle était en train de faire et tandis qu’elle continuait de marmonner, je lui dis :
- « Il est hors de question que je mette une de ces robes. »
- « Vous préférez y aller nue ? » dit-elle sans même me regarder « bon alors cessez de dire des bêtises et laissez-moi réfléchir. »
- « Mes vêtements habituels feront très bien l’affaire. »
- « Je les ai envoyés chez les blanchisseuses pour qu’ils y soient lavés et reprisés, je pense qu’ils en avaient bien besoin. »
- « Mais je… »
Elle claqua de la langue.
- « Jeune fille, j’habille la famille d’Ambrandt depuis des années et il est hors de question que je vous laisse débarquer en guenille à un banquet organisé par le Duc. Maintenant, taisez-vous et enfilez ça ».
Me résignant, j’attrapais le vêtement qu’elle me tendait et entrepris de l’enfiler avec son aide. Après avoir bataillé un moment, nous finîmes par venir à bout de la robe et je pus me diriger vers un miroir pour m’observer tandis que la vieille femme disait « Finalement, ce n’est pas mal du tout. Je ne ferai pas mieux de toute façon. »

J’étouffais un hoquet de surprise devant l’image que me renvoyait la glace. La robe était en satin vert, ses manches longues étaient parcourues de fils d’argents remontant jusqu’aux épaules. Elles me serraient les bras, mais d’après la servante, cela était simplement dû au fait que je ne répondais pas au standard physique des jeunes filles de Bretonnie. Au niveau de la poitrine, le tissu était en velours, d’un vert plus foncé et les bretelles de fer qui y étaient dissimulées soulevaient mes seins, mettant ma poitrine pourtant plutôt modeste en avant. La robe laissait mon dos entièrement nu, tenant derrière ma nuque par une petite chaîne d’or et elle s’évasait à la taille, tombant en larges plis épais autour de mes jambes, ne me permettant même plus de voir mes pieds. Je devais reconnaître que l’habit était magnifique, pourtant, je me sentais déguisée et empotée ainsi engoncée dans toute cette masse de tissus.

Fouillant encore dans son coffre, la vieille femme en sortit une paire de sandales de cuir toute simple qu’elle me tendit, en me faisant signe de venir m’asseoir devant elle dans le confortable fauteuil. Alors qu’elle s’occupait de coiffer mes cheveux, je ne pouvais m’empêcher de manipuler le corset de ma robe, essayant de trouver une position plus agréable. En effet, je me sentais à l’étroit dans le précieux vêtement, mais j’avais beau le tirer dans tous les sens, rien n’y faisait.

« Arrêtez, vous allez finir par l’abîmer enfin » pesta la gouvernante exaspérée. Elle s’écarta quelques instants, prenant du recul pour contempler le résultat de son travail, ce qui me permit de me regarder à nouveau dans le miroir. Elle avait proprement démêlé la masse de mes cheveux et avait fait deux petites tresses qui entouraient ma tête. Je n’avais pas le souvenir d’avoir déjà vu mes mèches rebelles aussi bien domptées et cela me tira un sourire.
Après encore quelques préparatifs qui me parurent interminables, et une dernière dispute concernant le petit bracelet de cuir que je portais toujours à la cheville et que je refusais d'enlever, de même que la petite chaîne en argent reliant le lobe de mon oreille à l'hélix, elle sembla me juger digne de me présenter au banquet. Moqueuse, je lui dis :
- « Heureusement que toutes les femmes ne mettent pas autant de temps à se préparer. »
- « Je ne vous contredirais pas la dessus » admit-elle et j’eus la surprise de la voir sourire pour la première fois.
Elle m’avait retiré les bagues que je portais habituellement aux mains et qui étaient selon ses termes “grossières et pas du tout adaptées à la situation” et m’avait asperger d’une brume de corps dégageant une puissante odeur de jasmin et d’orange puis avait déclarée tout en rangeant ses affaires : « Lorsque la cloche de la chapelle sonnera, tâchez d’être devant les portes de la grande salle. Une dernière chose également, tâchez de vous tenir convenablement, dans le doute, attendez et faites comme les autres » avant de s’en aller sans un regard en arrière.


L’infirmerie se trouvait hors du château, dans un bâtiment attenant à la petite chapelle située dans la cour. Avec avoir suivi le jeune page qui était mis à ma disposition dans le labyrinthe de couloirs, descendu plusieurs escaliers, traversé quelques grandes salles grouillantes d’activité, je me retrouvais enfin à l’air libre sur la place étroite entre le château et ses remparts. Je traversais la cour avec précaution, tâchant de ne pas salir ma tenue, non par réelle considération pour le vêtement, mais pour m’éviter de terribles représailles de la part de la gouvernante et arrivais enfin dans le petit cloître longeant la chapelle. Une femme vêtue d’une longue robe blanche et portant un châle gris me guida ensuite jusqu’à une large pièce ou plusieurs lits étaient alignés de chaque côté d’un couloir central.
L’infirmerie était bien remplie, la plupart de ses occupants étant des membres de l’expédition à laquelle nous nous étions joint par la force des choses Kidd et moi. Le gros de l’activité devait être passé car lorsque je m’avançais dans la pièce, un calme certain y régnait. Ca et là, des femmes portant la même tenue que celle qui me guidait s’affairaient encore auprès des patients et on entendait quelques gémissements ou plaintes, mais la plupart des hommes étaient déjà occupés à récupérer.
Les lieux étaient propres et bien organisés, et j’eus l’espace d’une seconde la vision de Hertzog, le maître-chirurgien de l’Aslevial s'affairant dans son infirmerie couverte de sang et de crasse après une bataille en mer, et un frisson me parcourut l’échine. Kidd était installé dans un lit sommaire, mais à l’allure confortable tout au fond de la pièce. Sur le dos, un oreiller lui calant la tête, il avait les paupières closes et semblait respirer paisiblement, profitant d’un repos bien mérité. Je m’approchais de lui en silence et lui saisit la main qui dépassait de sous la couverture de laine posée sur lui. Je regardais un instant son visage tuméfié, me maudissant de l’avoir entraîné dans cette aventure. Il faisait peine à voir et je me demandais même avec inquiétude s’il pourrait reprendre la route rapidement. Un instant fugace, l’idée de le laisser derrière moi, à l’abri des remparts du château m’effleura l’esprit et je me promis de reconsidérer la question plus tard.
Comme il dormait, je décidais de le laisser tranquille. D’une main, je soulevais la mèche de cheveux barrant son front pour y déposer un baisé. Alors que je me redressais, il ouvrit difficilement les yeux, comme peinant à s’extraire de sa torpeur et finit par me sourire. Gênée d’avoir été surprise en plein geste de tendresse, chose qui ne me ressemblait pas, je lâchais précipitamment sa main.
- « Nola… c’est bien toi ? » dit-il perplexe en regardant ma tenue de haut en bas.
- « Maria » répondis-je en murmurant « je ne voulais pas te réveiller. »
- « J’ai cru un instant que c’était une vision céleste » dit-il avec un sourire mi-farceur, mi-sincère.
- « T’es pas si mal en point si t’arrives encore à dire des conneries » m’exclamais-je en lui mettant une petite tape affectueuse sur le haut de la tête. « Je vais te laisser te reposer, je reviens te voir demain matin. »
Je le serrais dans mes bras en douceur, mais alors que je m'apprêtais à me retourner, il dit :
- « No.. euh, Maria, le chevalier.. Fabio »
- « Oui ? »
- « Je .. rien .. je pense que tu lui plais, c’est tout. »
- « Ah.. Possible, tout a été si vite depuis cette après-midi .. »
Lorsque je sortis de l’infirmerie, la cloche de la chapelle sonna, annonçant l’heure du début d’un banquet que je redoutais. J’aurais donné n’importe quoi pour pouvoir me contenter d’aller me reposer dans un lit confortable, plutôt que de jouer les courtisanes dans une tenue qui me paraissait toujours ridicule, mais je n’avais guère le choix. Pressant le pas, je me hâtais vers la grande porte ouverte d’où filtrait la lumière d’un grand feu, espérant que pour une fois, tout se passerait bien. Alors que je traversais de nouveau la cour, je croisais quelques groupes de gardes dont les couleurs attirèrent mon attention. Ils ne portaient pas l’emblème du Duc d’Ambrandt et ne semblaient pas être en poste, mais simplement attendre que l’on fasse appel à eux. On attendait visiblement d’autres invités de marque pour la soirée et cela acheva de me troubler.

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Modifié en dernier par [MJ] Le Roi maudit le 20 oct. 2022, 21:42, modifié 1 fois.
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La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

Nola Al’Nysa, Voie du Forban
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par [MJ] Le Roi maudit »



Jet d'agilité : 5, tu t'en sors pas trop mal avec la robe
Jet d'inté pour le savoir vivre, la politesse : 19, woops.
Jet de résistance à l'alcool : 15, bof.
La grande salle était tout aussi sobre que les autres. Pourtant, la chaleur du grand foyer en son centre était réconfortante. On avait disposé les longues tables en quarts tout autour. Les soldats et la piétaille était attablée sur trois d'entre elles. On se tenait à carreau pour le moment. Mais les cœurs étaient légers. Une victoire et des invités de marque. Voilà de quoi bien célébrer la journée ! Les effluves de viandes rôties, de bières, de vins, de ragout. Tout cela était... Incroyable. Son petit page vint la placer sur une chaise sur la plus grande des tables. Un domestique commença alors à nommer les invités qui entraient tour à tour dans la salle :

"Sir Léonard de Banquestre et Mathilde de Bouvrois ! Le Boyard Piotr Petrovskof et le Boyard Pawel Zaboratansko."

À sa gauche vint s'installer une jeune femme de son âge, à la longue chevelure noire et aux yeux d'un bleu sombre. Elle portait une robe violette et lui adressa un sourire sobre mais chaleureux. En face d'elle, un chevalier, grand, barbu, d'âge mûr. Il salua Maria-Nola comme si elle était la Duchesse de Praag. En face d'elle, un autre barbu, mais portant une curieuse coiffe en fourrure ronde, aussi grand et grisonnant que Léonard, tout aussi souriant, et un autre plus jeune, le poil noir comme la nuit. Ils se saluèrent tous. Mais heureusement pour elle. Fabio arriva, annoncé comme le Sir Oliveira de Guadalquera et il se glissa à sa droite.
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Bien d'autres noms furent gueulés. De toute sonorité, de toute origine. Mais un dernier imposa le calme comme si l'hiver était tombé :
"Le Duc Ferdinand d'Ambrandt, Souverain de Fer-Isle. Châtelain de la Butte-aux-Loups, chevalier honoré de l'Artois, chevalier du Graal. Son gendre le baron Simon de Rochetôt, châtelain de Rochetôt. Son épouse Ludivine de Rochetôt. Leurs enfants, Ludovic, Bohémond, Étienne, Sabine et Flore."

Si le Duc semblait d'âge mûr, il semblait avoir le même âge voir même une prime jeunesse sur sa fille et son gendre. Ils vinrent remplir un bon tiers des sièges libres et centraux, bien trop près du petit groupe où elle s'était retrouvée. Le Duc resta debout et tout le monde eut le réflexe de se lever. Même Nola.
"Messires, mesdames, mes invités et mes soldats. Je suis heureux de vous accueillir dans l'enceinte de ma forteresse ce soir. La lutte sans répit que nous menons contre le Mal et la Ruine ne nous empêche pas de savoir nous réjouir d'une victoire. Le Bois-Flétri sera plus sûr désormais. Et cela grâce au sacrifice de bien des preux. La Dame, louée soit-elle, a mené notre bras armé en ce jour. Louons les morts, célébrons les vivants. Et prions mes chers. Prions pour ce bon repas et pour un lendemain débarrassé de la souillure !"

Les mains se joignirent. Les yeux se fermèrent. Et on pria, la Dame du Lac. Mais une voix familière ne s'empêcha pas de souffler aux oreilles de l'Amazone :
"Moi je connais une Dame des Bains qui nous a mené à la victoire, et elle a très bien guidé sa main ce soir encore."
Un coup de coude complice et il se replaça. Lorsque les prières furent terminés, les invités se regardèrent, et les présentations commencèrent tandis que les premiers plats arrivèrent : Des aspics de charcuterie et de viande froide.
"Des Boyards, vous êtes bien loin de chez vous, Sir Zaboratansko et Sir Petrovskof, j'ai tant lu sur le Kislev." La jeune femme avait un regard lumineux en regardant les deux hommes qui se servaient déjà des chopes de bière.
"On pourrait dire de même de seigneurs bretonniens très chère dame." Le plus imposant rigola. "Mais vous pouvez m'appeler Piotr, et mon neveu Pawel. Après tout, nous sommes ici comme des amis de la famille."
"Léonard ne vit pas bien loin. Son château n'est qu'à deux journées de trot au nord. Et puisqu'il semblerait que je vais résider un bon moment chez lui." Elle se tourna vers l'Amazone. "Et vous ? Êtes vous loin de chez vous ?"
Nola répondit la même chose qu'à Fabio. Pawel, le jeune noble Kislevite demanda alors, crâneur, si les deux étaient en couple. La Réponse fut cinglante : "Posez la question à l'intéressé."
Le fameux s'étouffa avec sa mousse mais reprit contenance. "Disons que nous retardons encore un peu avant de prononcer les voeux. Il faut profiter de la vie tant qu'elle dure, et nous n'avons pas la chance des elfes ou du Duc de ce côté là."
Levant un sourcil et s'essuyant la bouche d'un revers de la main avant de parler, elle se tourna vers son amants des bains : « Des elfes ? Quel est le rapport avec le Duc ? »

Ce fut Dame Mathilde qui répondit avec la sagacité d'un oiseau enfermé trop longtemps avec des Livres.
"Le Duc Ferdinand a bu le Graal. Les élus de la Dame sont dotés d'une vie bien plus longue que celle du commun des Mortels. Le Roi Louen Coeur-de-Lion était déjà adulte et vigoureux à la naissance de mon père."
« M'ouais. » dit-elle en haussant les épaules, « Vu l'état dans lequel se trouve le coin j'sais pas si c'est bien intéressant de pouvoir s'y attarder un siècle. Enfin, peut-être que d'ici la quelqu'un aura rétablis un semblant d'ordre. »
"Mais quelle effrontée ahah !" Le chevalier estalien fit signe à un serviteur, qu'il remplisse plus que généreusement l'assiette de Maria-Nola, histoire de l'occuper sans créer d'incident diplomatique."Combien de temps votre trajet doit-il durer messires ?"
"Encore de nombreux mois mais un défi est un défi. Le tour des Montagnes du Bord du Monde se fera ! Kuban et nos Ogres sont prêts à retourner toutes les pierres entre ici et la maison pour y parvenir."
« Des ogres ? » s'exclama-t-elle, mais avant qu'elle ne puisse continuer, la main ferme de Fabio lui serra la cuisse. Elle se contenta de marmonnais sa fin de se phrase pour elle même « De vraies saletés ça. »
Indifférent, le chevalier bretonnien tourna la tête vers une des autres tables, où des hommes d'armes chantaient une paillardise en tapant des coudes sur le bois massif. "Le Bougre s'entend à merveille avec Kuban je tiens à dire."
"J'ai cru comprendre que vous aussi vous aviez eu affaire aux hommes bêtes dans le duché de Bastogne ?"
"Ces engeances sont partout. De plus en plus nombreuses. Elles attaquent les voyageurs. Torturent, pillent, massacrent. Et ni la Bretonnie ni les Principautés n'ont autant de forêts que l'Empire. Imaginez, vivre isolé au milieu des arbres. En craignant tout ce qui vit au delà de la lisière."

Puisque les autres semblaient s'être enfin décider à arrêter de l'embêter avec leurs conversations vides de sens et d'intérêt, elle en profita pour reporter son attention aux tables installées de part et d'autres de celle du Duc. La, l'ambiance y était tout autre, on s'amusait, on chantait et on ne se compliquait pas à forcer la discussion avec son voisin.
Le ventre bien rempli, elle se cala confortablement contre le dossier de sa chaise, regardant les gens du peuple ripailler avec un petit sourire au coin des lèvres. Comme les débats semblaient s'attarder autour des créatures peuplant les forêts du vieux monde, elle se senti obliger d'intervenir « Si vous avez peur des forêts par ici, qu'est-ce que vous feriez dans les jungles de Lustrie. » dit-elle, interrompant l'homme qui était en train de parler. Puis, se rappelant sa fausse identité, elle ajouta « Enfin, si on en croit les histoires des marins qui disent en être revenus. »
Curieuse, hâtive à l'idée d'en apprendre plus se pencha pour dévisager la "Rémassienne" : "Racontez nous ? Les contes de marins sont toujours si exquis à entendre."
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Nola Al'Nysa
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Re: [Nola Al'Nysa] Bien loin de chez nous

Message par Nola Al'Nysa »

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La dénommée Mathilde me regardait fixement, attendant la suite de mon récit. Dans l’excitation du moment, elle avait même posé une main sur mon bras, mais la retira vivement lorsqu’elle me vit loucher dessus.
- « On raconte que là-bas, la forêt s’étend à perte de vue, que le continent tout entier n’est qu’une gigantesque jungle luxuriante peuplée d’animaux et de créatures sauvages. Entre ces arbres gigantesques, la lumière peine à passer et l’homme est ramené à sa juste proportion. L’immensité de cette nature rend humble, qu’on le veuille ou non. Nombreuses sont les expéditions qui ont disparu, avalées par la jungle et nombreux sont les hommes qui, se pensant invincibles, ne sont jamais revenu de cet enfer vert. »
- « Cet endroit regorge pourtant de richesses » intervint le Sir Léonard de Banquestre « or, il serait dommage qu’ils restent inexploités. Après tout, les animaux n’en ont pas l’utilité si ? » ajouta-t-il, déclenchant quelques petits rires dans l’assemblée.
- « La jungle est loin d’être déserte et uniquement peuplée d’animaux » dis-je d’un ton plus froid que la convenance ne l'aurait voulu.
- « Et qui donc pourrait bien vivre dans ces bois, alors même que toute la puissance militaire, technologique et logistique de notre continent n’arrive pas à en venir à bout » plaisanta le Sir de Blanquestre, visiblement très heureux de faire l’étal de sa connaissance sur le sujet.
La colère commençait à monter en moi et je serrais si fort mon poing sous la table que je sentais mes ongles pénétrer ma chaire.
- « Il y a un peuple qui domine ces terres et les défendent contre les envahisseurs. »
- « Quelques sauvages, tout au plus. Le jour où un roi, un seigneur ou même un noble fortuné décidera d’aller s’y établir, ils seront chassés ou soumis. » conclut-il en levant son verre.
Tandis que les autres répondaient à son invitation, portant eux aussi leur verre à leurs lèvres, mon regard passa un bref instant sur le couteau posé devant moi. D’expérience, je savais que si je décidais de frapper ce chien vantard de Léonard, il n’aurait pas le temps de réagir avant que mon coup ne l’atteigne. La simple vision de cette scène me calma quelque peu, et c’est d’une voix plus douce que je lui dis :
- « C’est un peuple de femmes. Elles sont les descendantes d’une déesse. La jungle et ses trésors sont à elles, et elles seules sont capables d’y survivre. Depuis toujours, elles ont repoussé les envahisseurs en quête d’or et d’aventures, et elles continueront de le faire jusqu’à la fin des temps. »
- « Vous devriez écouter un peu moins les racontars des marins, ils ont tendance à confondre leurs fantasmes avec la réalité » s’exclama Léonard, heureux que l’attention de la moitié de la table soit sur lui « cela dit, il faut reconnaître qu’ils ont une sacrée imagination. J’imagine que cela fait son effet auprès des jeunes femmes » et tout en rigolant, il se retourna vers son voisin de table pour trinquer avec lui.
« Moi vos histoires m’intéressent » dit la voix douce de Mathilde à côté de moi « à l’occasion, vous pourriez m’en raconter davantage » proposa-t-elle avec un sourire sincère.

Menue, la peau pâle et les yeux safres, elle avait des cheveux châtains encadrant un visage fin de leurs boucles brunes. Elle était jeune, autant que moi de ce que je pouvais en juger. Je lui souris en retour, ne sachant pas quoi lui dire. Troublée de m’être laissée emporter à parler de la jungle avec autant de détails, je décidais de me faire discrète pour le reste du repas. L’arrivée d’une nouvelle vague de plats m’offrit la diversion nécessaire pour que les conversations s’orientent à nouveaux sur des sujets plus ennuyeux, mais sur lesquels au moins, on n’attendait pas ma participation.
Jetant un coup d'œil sur le côté, je surpris Fabio qui m'observait, l’air songeur. Comme nos regards se croisaient, il me sourit tout en remplissant à nouveau mon verre.

Tandis que des serviteurs tirés à quatre épingles et portant la livrée du seigneur d’Ambrandt faisaient le tour des tables, en commençant par la nôtre, pour y déposer une quantité astronomique de plats en tout genre, des ménestrels, jongleurs et acrobates entrèrent par une petite porte dérobée. Pendant qu’ils venaient s’aligner en ligne devant la table ducale pour présenter leurs respects au seigneur et à ses invités, je parcourais du regard notre table couverte de mets et de vins. Le souvenir de longues semaines de traversée en mer avec pour seule nourriture des biscuits durs comme de la pierre et infestés d’asticots me revint un instant en mémoire et je me demandais ce que pouvaient bien manger les membres de l’Aslevial en ce moment, tandis que je participais au plus gros festin qu’il m’est était donné de voir.

N’ayant jamais participé à un repas de ce genre, je fus étonné quand, alors que trois services étaient déjà passés, on continua d’apporter de nouveaux plats. M’étant déjà rempli l’estomac plus que nécessaire, je me retrouvais bien embêtée de ne pouvoir profiter des curiosités culinaires qui s’offraient à moi. Pendant que les autres convives, plus habitués à picorer dans chaque plat qu’à prendre des grosses portions comme je l’avais fait, continuaient à profiter du dîner, je me contentais donc de boire en silence, écoutant les conversations.

Les vins que l’on servait étaient excellents, certains étaient parfumés d’épices tandis que d’autres étaient secs et brut. Cependant, ils avaient pour point commun de monter rapidement à la tête. Cela associé à mon manque de sommeil des derniers jours, un rude combat dans la journée et la chaleur qui régnait dans la salle, j’eus bientôt l’esprit un peu ailleurs. Les yeux ronds, je regardais les deux Kislevites déchirer des volailles entières, avant de les faire descendre à grandes rasades à un rythme effréné. J’étais stupéfaite de la quantité de nourriture qu’ils arrivaient à ingurgiter, cela d’autant plus qu’à ma droite, la jeune Mathilde offrait un spectacle tout autre, piochant à peine quelques morceaux de viande quand un serviteur lui présentait un plat.

Après que l’un des ménestrels ait manqué de m’assommer par une balade racontant les aventures d’un chevalier errant, la soirée s’anima davantage. Il semblait que la cavalcade de plat touchée à sa fin et pendant que les serviteurs s’empressaient de débarrasser les plats et assiettes, les occupants des tables inférieurs se levaient déjà, repoussant leurs bancs contre les murs de la salle afin de se libérer un espace pour danser et laisser les artistes exercer leurs talents. L’ambiance à notre table restait plus calme, mais les divers vins n’avaient pas fait leurs effets que sur moi et je sentais mes voisins plus relâchés, tandis qu’on nous amenait des liqueurs et des pâtisseries fourrées aux fruits.

Enfin, le Duc se leva et sa dame au bras, s’avança dans l’espace dégagé suivi par d’autres couples afin d’ouvrir le bal. Des cris d’encouragements fusèrent depuis le fond de la salle, lancés par des convives, heureux de voir la soirée s’accélérer. Fabio me regardait avec insistance, un sourire sur les lèvres. Quand je compris ce à quoi il pensait, je lui dis sèchement : « même pas en rêve, trouve toi une autre cavalière. »
Il fit une mine faussement boudeuse, puis se leva, partant en quête d’une partenaire à faire tournoyer sur la piste. Je n’avais pas voulu le lui avouer devant les autres invités, mais je ne connaissais absolument pas les danses qui se pratiquaient ici. Évidemment, j’avais déjà participé aux danses rituelles sous la houlette des anciennes dans la jungle, j’avais également dansée avec les marins et pirates dans plusieurs ports, si tant est que l’on puisse appeler cela de la danse, mais au vu de la chorégraphie impeccable qui se jouait sous mes yeux, je fus heureuse d’avoir refusé l’invitation de mon amant de la soirée.
Je regardais ma voisine qui ne s’était pas levée pour danser non plus, et d’un geste du menton lui désignait le Sir Léonard qui tournoyait sur la piste au bras d’une femme blonde d’âge moyen et lui dis :
- « Vous laissez votre époux danser avec une autre que vous ? »
- « Oh… Ce n’est pas mon époux, il est mon protecteur. C’est par lui que j’ai connu le Duc d’Ambrandt » dit-elle avec un rire discret.

Après quelques danses, le Duc retourna s’asseoir, laissant la piste à ses invités de marque ainsi qu’aux gens du peuple. L’ambiance était détendue, mais les deux catégories de convives évitaient tout de même de se mélanger. Comme je commençais à m’ennuyer, je fus attiré par les tables inférieures sur lesquelles ceux qui comme moi n’avaient pas le goût à la danse s’adonnaient à des jeux en tout genre. Mathilde étant maintenant occupée à danser dans les bras du Boyard Piotr Petrovskof et Fabio faisant tourner la fille du Duc au bout de son bras, je me levais sans que personne ne me remarque pour me diriger vers une table ou un groupe d’hommes s’étaient lancé dans un concours de bras de fer. Ils semblèrent au début un peu gênés de ma présence, mais très vite, le naturel repris le dessus et ils redoublèrent même d’efforts pour impressionner celle qu’ils prenaient pour une dame de bonne naissance.

Au bout d’un moment à les regarder s’affronter, j’eus moi aussi l’envie de participer à leur jeu. Pourtant, il y eut un moment de flottement que je leur demandais qui souhaitait m'affronter lors de la manche suivante.
« Alors les gars ? On a peur de se prendre une raclée par une femme » lançais-je avec un sourire moqueur à la petite troupe amassée autour de la table. « Je vous promets de ne blesser personne » poursuivis-je comme aucun candidat ne se présentait. Finalement, après avoir jeté quelques coups d'œil furtifs vers la table de son seigneur, un homme à la carrure impressionnante finit par se décider. D’un bras, il écarta son camarade qui était assis en face de moi pour prendre sa place et avec un sourire, posa son coude sur le plateau de bois et me tendis la main :
« Attention Dan, blesse pas la demoiselle ! » dit un homme derrière moi en riant.
« Allez-y m’dame, apprenez-lui l’humilité ! » commenta un autre.

L’excitation montait parmi les spectateurs et, sans plus de cérémonie, je saisis la main de mon adversaire et braquais mon regard dans le sien. Le duel commença et le sourire de l’homme disparut rapidement quand il se rendit compte que je lui tenais tête. Il avait pensé m’écraser en une fraction de seconde, mais je tenais bon, serrant les dents. Mieux, je commençais à gagner du terrain, son bras descendant petit à petit vers son côté de la table. Je vis les mâchoires de l’homme se serrer et une veine ressortir sur le côté de son crâne chauve. Au prix d’un énorme effort, il commença à inverser la tendance, ramenant dans un premier temps nos mains à leur point de départ. Les jointures de nos doigts étaient blanches tellement nous serions fort et je sentais mon épaule s’enflammer tandis que mes muscles se plaignaient de ce mauvais traitement. Je serrai le poing de mon autre main, mais à mon grand dépit, l’homme continuait d’asseoir sa domination et je voyais maintenant ma main descendre inexorablement du mauvais côté de la table. Dans un dernier effort, je réussis à stabiliser le duel une quinzaine de secondes en grimaçant, puis, avec un soupir de dépit, je dus rendre les armes et m’avouer vaincu.

Des cris de félicitations et des applaudissements pour nous deux jaillirent de la foule lorsque ma main heurta le bois. Je me redressais en même temps que mon adversaire et, un franc sourire aux lèvres, il me tendit sa main et me félicita. Quelques-uns des hommes présents autour de nous osèrent même me congratuler d’une tape sur l’épaule, jusqu’à ce que l’un d’eux, sûrement trop alcoolisé, se permette de me claquer les fesses. La seconde d’après, son visage rencontrait violemment le plateau de la table tandis que je le tenais par le cou, sans que personne ne trouve rien à y redire. Après lui avoir envoyé un violent coup de genou dans les côtes, je le relâchais, sous les rires et les acclamations de mes nouveaux amis et je me levais pour retourner à ma table.

Alors que je levais les yeux vers l’endroit où se trouvaient les invités du seigneur d’Ambrandt, je fus surprise de voir une bonne partie de la tablée qui me regardait. La dame Mathilde riait en tentant de dissimuler son sourire derrière une main. Fabio, lui, me regardait d’un air sidéré, les yeux ronds tandis que les deux Boyards semblaient se demander quelle était cette drôle de jeune femme qu’on avait installée à leur table pour le repas. Le sir Léonard lui avait le visage neutre, mais son regard exprimé sans aucun doute sa désapprobation, tout comme celui de la fille du Duc qui me fusillait de ses yeux noirs. Son père lui semblait plus perplexe mais peu enchanté par mon comportement également.

Sans me démonter, je m’en retournais à pas tranquille jusqu’à ma place ou je m’assis, attrapant mon verre de vin et le portant à mes lèvres. Pourtant, au fond de moi, je m’intimais l’ordre d’arrêter de me comporter comme une idiote et de me faire discrète pour la fin de la soirée. Au fond de la salle, les gens du peuple avaient repris leurs jeux et je regrettais fort de ne pouvoir me joindre à eux, car au moins parmi les gens simples, on savait s’amuser.
Finalement, au bout d’un interminable moment, la soirée finit par toucher à sa fin lorsque les principaux convives et le Duc en personne se retirèrent pour rejoindre leurs appartements. Trop heureuse de pouvoir enfin m’éclipser, je filais discrètement sans saluer les personnes avec lesquelles j’avais partagé ma table durant la soirée.

À ma grande surprise, lorsque je sortis de la salle, le jeune page qui me guidait depuis mon arrivée au château se présenta à moi pour me proposer de me raccompagner à ma chambre. Sans demander mon reste, je lui emboîtais le pas et quelques instants plus tard, c’est avec un soupir de soulagement que je me laissais tomber dans le lourd fauteuil de ma chambre. Profitant enfin d’un moment de calme et de solitude, je défis les lanières de cuir de mes sandales et me massais les pieds. Cette journée m’avait paru interminable et pourtant, lorsque j’en faisais le bilan, il me semblait que je ne m’en étais pas trop mal tirée.

Des coups légers frappés à la porte me tirèrent de mes réflexions. Saisissant ma dague qui avait été déposée avec le reste de mes affaires sur une chaise, je m’avançais en silence vers la porte et, tenant l’arme cachée dans mon dos, l’entrouvrit. Le visage de Fabio se dessina dans l’ouverture, souriant et le regard dénotant une certaine excitation, il me lança : « Tu ne pensais tout de même pas me fausser compagnie si facilement j’espère ? »
Je souris avant de m’écarter pour le laisser entrer. Remarquant l’arme que je tenais maintenant le long de ma jambe il déclara avec un petit rire « drôle de façon d’accueillir des gens dans sa chambre. Je nous ai ramené de quoi prolonger un peu la soirée. » et il exhiba de derrière son dos une cruche de vin ainsi que deux verres et un bol de fruits secs.
- « Tu es un homme plein de ressources Fabio Oliveira de Guadalquera » dis-je avec un sourire taquin.
- « Surtout lorsque je suis stimulé » répondit-il en haussant les épaules.
- « Peut-être que si tu m’aidais à me débarrasser de cet instrument de torture, je pourrai être un stimulant encore plus efficace » lui lançais-je tout en lui présentant mon dos nu et la petite chaîne retenant la robe autour de mon cou dont je peinais à attraper le fermoir à l’aveugle.
- « Tout ce que tu voudras ! »
Sans se faire prier, il posa son chargement sur le bureau installé dans le coin de la pièce et se hâta de me venir en aide. Passant ses mains sur mes hanches, il se colla un instant à moi, respirant le parfum de mes cheveux. Puis, après avoir déposé un baiser dans mon cou, ce qui me donna quelques frissons, il s’occupa d’ouvrir le petit mécanisme et m’aida à me débarrasser avec délicatesse de la superbe tenue.
J’eus la sensation d’enfin respirer lorsque le vêtement tomba en cercle autour de mes pieds. Sans plus chercher à me contenir, je me retournais et, maintenant complètement nue, je l’embrassais.

Il m’attrapa par les cuisses et me souleva brusquement pour me jeter sur le grand lit qui n’attendait que nous. J’émis un petit cri de surprise en retombant lourdement sur le dos tandis que Fabio, debout au pied du lit, ôtait à son tour sa chemise et ses chausses. Nu à son tour, il se pencha vers le pied du lit et attrapa une de mes chevilles de sa main pur m’attirer violemment vers lui. Puis, il se laissa tomber sur moi et commença à embrasser chaque centimètre de ma peau avec une passion dévorante qui semblait le consumer de l’intérieur. À genoux sur le sol devant le lit, il finit par descendre son visage entre mes cuisses et je me crispais de plaisir. D’une main, je m’aggripais à ses cheveux, les tirants et les martyrisant au rythme des tremblements qui me traversaient le corps.

Alors qu’il remontait, s’invitant enfin sur mon lit afin de m’embrasser longuement, le désir me frappa comme un coup-de-poing dans le ventre. Tandis qu’il me pénétrait, je le fis brusquement rouler sur le côté, prenant le contrôle. Il me laissa donner le rythme un moment, se contentant de s’accrocher à mes jambes de chaque côté de lui, puis à son tour, tenta de me désarçonner, tout en continuant d'agiter son bassin au rythme de mes hanches. La lutte dura de longues minutes, c’était comme un combat, sauf qu’ici, il s’agissait de se battre pour entrer dans la peau de l’autre. Parfois sous lui, parfois sur lui, je lui offrais ce que seule une descendante de Rigg pouvait offrir à un homme. La vigueur d’une fille de la jungle, s’offrant d’elle-même, pleinement et avec désir. Lui-même débordait d'énergie, se démenant comme un beau diable, faisant le don du meilleur de ce qu’il avait. Enfin, alors que je le chevauchais depuis un moment, ma main serrant fermement sa gorge, le souffle de plus en plus court, je sentis sa jouissance venir en même temps que la mienne. Il y eut un instant magique, hors du temps, un instant rien qu’à nous ou nous nous regardâmes sans ciller tandis que nos corps étaient traversés de spasmes, puis je me laissais tomber sur le côté, cherchant à reprendre mon souffle tandis que sa poitrine se soulevait frénétiquement.
Le silence tomba sur la pièce. Nous nous tenions l’un à côté de l’autre, sur le lit, laissant notre respiration s’évaporer, profitant du retour au calme. Une odeur musquée planait dans la chambre. Fabio semblait vidé de toute énergie. Il se leva néanmoins pour aller chercher la cruche de vin et le bol de fruits secs, puis me servit un verre avant de s’installer en tailleur à côté de moi.

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Nous prîmes notre temps pour boire et goûter les fruits délicieusement sucrés. Ensuite, Fabio s’allongea à nouveau à mon côté et, tout en embrassant ma peau couverte d’une fine couche de sueur, il fit courir ses doigts le long de mon corps. Partant de mon entrejambe, il remonta d’abord à la cicatrice que je portais juste au-dessus de l’aine, s’attardant plusieurs minutes dessus. Ensuite, il remonta sur mon ventre en suivant la ligne de mes abdominaux, pour s’arrêter de nouveau un long instant sur la cicatrice sous mon sein gauche. Je sentais ses doigts faire des allers-retours le long de ces marques que la vie m’avait donné, comme s’il cherchait à en connaître l’histoire par le toucher. Puis, il termina de remonter sur mes seins, ma gorge et enfin sur mon visage. Ses doigts effleurèrent d’abord la cicatrice cachée par mes cheveux sur ma tempe pendant que son regard était plongé dans le mien, avant de venir toucher la cicatrice de mon œil mort. J’eus un geste de recul à cet instant, et d’un bras, je repoussais sa main. Il ne chercha pas à parler ou à s’excuser et se contenta simplement de contempler les tatouages que je portais sur les bras, représentant Sotek et Kalith.

Ensuite, il vint de nouveau se positionner sur moi et je murmurais contre son oreille « tu as encore de la vigueur ? » tout en caressant à mon tour les diverses blessures et cicatrices qui couvraient également son corps. Nous étions deux créatures que la vie avait abîmées, deux survivants qui avaient toujours refusé d'accueillir la mort, deux amants qui, cette nuit, cherchaient du réconfort l’un chez l’autre. Le contact de mes doigts sur sa peau finit de rallumer le désir chez lui et, alors que je le sentais près à repartir pour un nouveau combat, je lui souris « prends garde à ce que je n’aspire pas toute ton énergie ». Il me sourit en retour avant de m’embrasser.

Sous l’éclat tamisé d’un faible rayon de lune qui perçait par la petite ouverture dans le mur du château, nous fîmes à nouveau l’amour, avec cette fois beaucoup plus de douceur et de tendresse. Nos corps ne faisaient plus qu’un et, dans la passion du moment, nous avions perdu toutes notions de temps et d’espace. Alors que nous en terminions une nouvelle fois et qu’il se laissait tomber avec un soupir d’enchantement à côté de moi, je me redressais et prenant position sur lui, j’approchais ma bouche de la sienne. Il dut penser que j’allais l’embrasser, au lieu de quoi, je lui mordis la lèvre de mes dents, faisant couler un timide filet de sang sur son menton. Je trempais le bout de mes doigts dans les quelques gouttes de liquide carmin et dessinais grossièrement un symbole sur son torse et sur sa tempe, reconnaissant ainsi sa valeur aux yeux de Kalith.

J’aurais été bien en peine de dire l’heure qu'il était lorsque je m’allongeais enfin contre lui, ma tête reposant sur son torse et l’une de mes jambes sur les siennes. Le jour n’était certainement plus très loin, mais après une journée si longue et riche en émotion, le sommeil vint me chercher rapidement. Un sommeil sans rêve, un sommeil réparateur comme je n’en avais plus connu depuis un long moment.

« Tu es une bénédiction.. » l’entendis-je murmurer avant de sombrer définitivement.
Modifié en dernier par [MJ] Le Roi maudit le 20 oct. 2022, 21:42, modifié 1 fois.
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La vie est un chemin qui se parcourt dans un seul sens. On peut choisir sa destination, réfléchir quand on arrive à une intersection, ralentir, accélérer, décider de ne plus refaire les mêmes erreurs, mais on ne revient jamais en arrière.

Nola Al’Nysa, Voie du Forban
Profil: FOR 11 / END 8 / HAB 9 / CHAR 8 / INT 9 / INI 8 / ATT 11 / PAR 11 / TIR 9 / FOI 0 / NA 1 / PV 65
Mon histoire : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_nola_al_nysa

Dessins de Nola Al'Nysa réalisés par NmForka :
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