[Anne de Lanneray] Des comptes à régler

La Bretonnie, c'est aussi les villes de Parravon et Gisoreux, les cités portuaires de Bordeleaux et Brionne, Quenelles et ses nombreuses chapelles à la gloire de la Dame du Lac, mais aussi le Défilé de la Hache, le lieu de passage principal à travers les montagnes qui sépare l'Empire de la Bretonnie, les forêts de Chalons et d'Arden et, pour finir, les duchés de L'Anguille, la Lyonnesse, l'Artenois, la Bastogne, l'Aquilanie et la Gasconnie.

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[MJ] Katarin
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[Anne de Lanneray] Des comptes à régler

Message par [MJ] Katarin »

Anne de Lanneray, fille de feu Marota de Lanneray, meurtrière du Seigneur Colart de Lanneray son père, ainsi que de ses deux fils, Galois de Lanneray et Clamens de Lanneray, dernière héritière en vie des terres Lanneray, épouse d'Armand de Lyrie septième du nom et mère du huitième, sorcière de Slaanesh et ancienne dirigeante de la cabale du serpent d'Aquitanie, inspira l'air du Vieux Monde pour la première fois depuis deux mois.

Elle se releva péniblement, une terrible migraine l'assaillant à la seconde où elle avait esquissé son premier mouvement. Elle porta une main à son front humide, puis réalisant sa capacité à pouvoir de nouveau interagir avec la réalité, laissa son doigt parcourir les traits de son visage. Laissant s'échapper un soupir d'extase, elle retira son gantelet, et passa de longues minutes à effleurer ses sourcils, ses yeux, son nez, sa bouche, ses oreilles, et chaque partie de son corps qui n'était pas recouvert par son encombrante tenue.

Comme acceptant enfin de croire en cette réalité improbable, elle se mit à sourire bêtement, avant de faire quelques pas et de s'écrouler sur le sol. Roulant sur le dos, elle agita ses bras et ses jambes comme une enfant, et éclata d'un rire nerveux. Elle était vivante ! Vivante ! Au diable cette migraine, aucune douleur ne pourrait chasser avec assez de force la joie de sentir à nouveau le contact de l'air contre sa peau.

Mais son allégresse fut pourtant de courte durée, interrompue par des cris dans le lointain. Des voix inquiètes, qui résonnaient, qui appelaient. Des explosions, des flashs de lumière, puis de nouveau le tumulte des appels.
Elle reconnaissait chaque intonation, quand bien même elle n'avait jamais rencontré personnellement certains de ces individus. Cela lui suffisait pour comprendre qu'elle ne pouvait se permettre de jubiler trop longtemps sur sa condition : un danger approchait, un danger terrible qui faisait naître en elle un mélange de peur et de colère.

Hors de question de perdre ce qu'elle venait de retrouver sur un coup de sang : prudence était mère de sûreté. Regardant autour d'elle, elle se remémora la cachette parfaite pour échapper à cette bande de gêneurs. Pénétrant dans le sombre bâtiment, elle referma la porte derrière elle pour se retrouver dans l'obscurité, juste avant que son pied ne percute les restes métalliques d'un souvenir vaincu. Se repérant uniquement à l'intuition et à sa mémoire des lieux, elle se saisit de tout ce que ses mains purent trouver au sol pour les jeter dans le contenant à proximité, puis elle contourna ce dernier pour aller chercher l'imposante protection de pierre posée contre son rebord. Ignorant sa migraine, elle profita de sa vigueur nouvelle pour bander ses muscles et soulever l'objet au poids considérable, le ramenant à l'horizontale, en équilibre transversal sur son réceptacle.

Les voix s'approchaient, mais elles arrivaient trop tard. Anne enjamba la paroi de pierre, s'allongea dans le contenant aux côtés de tout ce qu'elle avait jeté à l'intérieur, puis utilisa une dernière fois la vigueur nouvelle de ses bras musclés pour refermer le couvercle sur elle.

Et dans les ténèbres totales de ce lieu claustrophobique, elle murmura :

- Tout va bien se passer mon trésor, ne t'en fais pas.


Jet de mental, malus de -6 : 10, raté.

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[MJ] Katarin
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Re: [Anne de Lanneray] Des comptes à régler

Message par [MJ] Katarin »

Anne patienta des heures dans son carcan de pierre. Ici elle le savait, elle était à l'abri - jamais les chevaliers n'auraient l'idée d'ouvrir une tombe centenaire pour désacraliser une poignée d'os moisis, quand bien même une piste les y mènerait directement. Seule la prophétesse était à craindre : elle l'avait vaincue dans le hall, mais elle était alors différente, entité errant entre la vie et la mort, disposant de pouvoirs qu'elle n'était pas certaine de pouvoir invoquer à nouveau dans l'enveloppe de son fils. Peut-être serait-elle capable de la vaincre en duel, peut-être pas : mieux valait donc s'abstenir de risquer cette vie nouvellement acquise sur un pari qu'elle ne pourrait truquer. Si son désir d'égorger cette catin faisait douloureusement accélérer son rythme cardiaque et lui prodiguait d'agréables sensations dans le bas-ventre, elle contrôla donc cette émotion pour la faire refluer au fin fond de son esprit.

La prudence avant tout. La vie de son fils en dépendait.

Mais penser à Armand était tout aussi douloureux, sinon davantage. Chaque souvenir l'évoquant qui remontait dans le flux de sa mémoire était comme une épine supplémentaire qui se plantait dans son cœur. Elle avait tant sacrifié pour lui, toute sa vie, pour qu'il finisse par la trahir. Elle était morte de son fait, et alors même qu'au-delà du voile elle l'avait appelé pour qu'il vienne se faire pardonner de ses erreurs, il l'avait trahie une seconde fois, en refusant d'aller à sa rencontre, préférant se cacher comme le dernier des lâches.

IL DOIT PAYER

Le contact gelé d'une lame contre sa nuque. La pointe se plante doucement dans sa chair, laissant couler quelques gouttes de sang le long de sa gorge. La dague miséricorde est prête à faire ce pour quoi elle était conçue : égorger un chevalier sans défense.

Contrôlant sa respiration, Anne imposa une volonté de fer sur l'agitation de ses émotions destructrices. L'écho de la banshee était encore là, avec tout sa colère et sa haine. Symbiose n'avait pas guéri son âme fragmentée, il n'avait fait que... réunir l'ensemble. Ce n'était pas sur la gorge d'Armand que la lame se plantait, mais sur la sienne. Il... était elle, et elle était lui. Ce nouveau paradigme était étrange, difficile à assimiler, à appréhender.

Chaque chose en son temps : avant de décider ce qu'elle allait faire de cette nouvelle chance qui lui était offerte, et du sort qu'elle réserverait à son fils et donc à elle-même, il lui fallait tout d'abord survivre. Et pour ce faire, elle ne pouvait laisser de pensée parasite venir troubler sa quiétude : Armand avait brisé les sceaux de Morr qui protégeaient cet endroit, et Symbiose avait peut-être laissé une empreinte sur elle que la prophétesse pouvait détecter : impossible de savoir ce que cette pétasse était capable de ressentir ou non.

Inspirant et expirant avec calme, Anne s'affranchit de ses émotions, travailla à faire disparaître son aura, et s'endormit paisiblement dans son cercueil.


***


Lorsqu'elle quitta le mausolée, le soleil était déjà haut dans le ciel. Elle avait dormi comme un bébé, et pour cause : son esprit n'avait pas connu le repos depuis des mois déjà, quant à Armand si son corps avait été sommairement revigoré par Cécilia, il portait encore les séquelles d'un trop grand nombre de combats successifs. Son armure était en piteux état, ses côtes étaient fracturées des deux côtés, son pied gauche avait un appui fragile sur le sol à cause de sa cheville foulée, et son poignet comme ses doigts présentaient de vilaines croûtes ensanglantées que chaque pression rouvrait systématiquement.

Quand bien même Anne n'était pas dérangée par les multiples signaux de douleurs que transmettaient les muscles d'Armand à son cerveau, elle se désolait de laisser son fils dans un état aussi lamentable. Sans trop y croire, elle prononça quelques incantations en passant la main sur sa cheville, et eut l'éagréable de surprise de constater que son changement d'enveloppe lui permettait encore de faire appel à la magie primaire, quand bien même sn harnois en métal parasitait sa concentration. Une douce chaleur vint auréoler sa blessure, et quelques secondes plus tard, son pas pouvait redevenir plus sur, la douleur ayant totalement disparue.

A bien y réfléchir, peut-être avait-elle été imprudente que d'utiliser un sortilège sans vérifier au préalable que la prophétesse ait bel et bien quitté les lieux : mais une dizaine d'heures s'étaient écoulées entre le moment de ses recherches dans le château et le réveil d'Anne : au vu de l'amour manifeste qu'elle portait à Armand, il était fort peu probable qu'elle se soit attardée en ces lieux. Tout au plus avait-elle du préserver les apparences en remuant quelques débris pendant une petite heure, avant de repartir la crinière rousse au vent, tâchant de conserver le peu de dignité qui lui restait.

Alors qu'elle traversait le cimetière pour rejoindre le château, Anne s’arrêta soudainement pour réfléchir à l'éventualité d'abandonner l'armure d'Armand derrière elle : tout cet équipement métallique était abîmé, pesait une tonne, faisait un bruit abominable, et la ralentissait affreusement. Il était vrai que l'habit faisait le moine dans leur triste duché, et Armand allait avoir besoin de son attirail clinquant s'il voulait tenir convenablement son rôle de seigneur... mais elle ne pourrait lancer de sortilèges efficacement tant qu'elle serait aussi stupidement bardée d'acier. Elle s'attela donc à défaire les sangles retenant son armure, ainsi que le crâne d'Armand premier du nom qu'elle écrasa sous son soleret de manière dédaigneuse. Après avoir passé de très longues minutes à se tortiller pour retirer chaque pièce d'équipement, elle se décida à abandonner également l'horrible épée bâtarde de son fils : outre l'énergie déplaisante qui émanait de cette lame, le simple souvenir du nom qu'il avait osé lui donner suffisait à réveiller la banshee en elle, accentuant son désir de trancher sa propre gorge.

Désormais vêtue uniquement de cuir et de lin, son épée abandonnée contre une tombe, c'est animée d'une terrible colère qu'elle escalada les marches de marbre blanc, puis ouvrit en grand la porte de la chapelle pour se précipiter à l'intérieur.

A sa plus grande surprise, elle découvrit qu'un chevalier était présent en ces lieux : Casin Baillet, risible ancien amant aux poèmes aussi ennuyeux que son visage quelconque, venait d'interrompre quelque stupide prière à la Dame pour lever la tête et apercevoir son ancien compagnon d'infortune.

- Ar... Armand ? Nous... on te croyait perdu ! C... Comment ?

Il était livide, tellement blanc qu'on aurait pu le croire mort. Rien de surprenant à cela : il avait subi la veille le contact d'un revenant et l'impact d'un sortilège noir : c'était déjà un miracle qu'il tienne encore debout. Anne lui décrocha un sourire triste qui se voulait rassurant : mais ne contrôlant encore que difficilement ce nouveau corps, n'apparut sur le visge de son fils qu'un rictus un peu effrayant.

- J'ai pourtant survécu, sire Casin.

Elle se tint les côtes, exagérant une douleur qui ne la gênait pourtant que peu.

- J'ai vaincu Anne de Lyrie... c'est terminé, sire Casin. Vous... nous pouvons nous délester de ce fardeau. Elle... elle est plus heureuse où elle est désormais, je le sais.

Elle s'avançait vers lui, au centre de la chapelle désormais illuminée par les rayons du soleil. Mais le chevalier semblait mal à l'aise : instinctivement, il recula de quelques pas en arrière, tandis que sa main glissait vers la garde de son arme.

- Où est-ce que vous étiez ? On vous a cherché dans tout le château, en vain. Sire Rollet est reparti à castel Aquitanie annoncer votre mort victorieuse, tandis que Dame Mélaine et Sire Albert sont partis accomplir leur devoir à Derrevin. Je suis resté ici pour... me recueillir. Mais jamais je n'aurais cru que vous... Qu'est-ce qu'il s'est passé, Armand ? Comment avez-vous survécu ?

- Anne... elle m'a attirée dans une embuscade. On s'est battus dans le mausolée de mon ancêtre, qu'elle avait scellé par magie noire. Ses sortilèges... ils ont réduit en poussière mon équipement - je l'ai vaincue de justesse grâce à la Dame, mais son sortilège ne s'est pas dissipé pour autant et j'ai eu beau hurler depuis la tombe, vous ne perceviez pas ma voix. Je... je m'étais résigné à mon sort et pensais que j'allais mourir de mes blessures, la fatigue l'a emporté sur ma détermination, et je me suis endormi après avoir perdu tout espoir que vous puissiez jamais me délivrer. Mais les rayons du soleil et la bénédiction de la Dame ont du avoir raison du sortilège, car à mon réveil la porte s'était ouverte. C'est bien moi Casin, je vous le promet !

Le chevalier Baillet restait clairement méfiant. Quand bien même les mensonges d'Anne se tenaient, qu'il semblait évident que Casin avait envie de les croire, il n'arrivait pas à abandonner sa vigilance dans pareil endroit maudit.

- Si... si c'est bien vous Armand, alors dites-moi comment vous avez baptisé votre épée. Celle que vous ne portez plus à la taille. Celle que la bénédiction de la Dame aurait du protéger des maléfices de votre mère.

Anne aurait pu mentir davantage pour gagner sa confiance. Elle connaissait son nom. Il aurait été facile d'improviser quelque fable, dans laquelle l'épée aurait été détruite au moment où elle se plantait dans le corps maudit d'Anne de Lyrie. Mais la colère qui bouillonnait déjà au fond d'elle, qui s'était éveillée précisément à cause de l'existence de cette lame bénie, ne supportait plus aucune barrière à l'instant où Casin avait enfoncé le clou plus profondément encore dans son cœur.

Sans même savoir si elle en était capable, Anne de Lyrie se mit à marmonner pour incanter un sinistre sortilège. Face à cette succession de mots inintelligibles prononcés à voix basse, Casin ne sut tout d'abord comment réagir : il lui fallut une poignée de secondes pour réaliser et assimiler ce qui était en train de se passer. Écoutant alors son premier instinct, il dégaina son épée, et chargea en direction d'Anne de Lanneray... trop tard.

La magie noire se déchaîna, et Casin hurla de douleur tandis que des filaments de Dhar quittèrent les doigts d'Anne pour s'enrouler autour de lui. Sa souffrance fut telle qu'il s'écroula à genoux dans sa course, alors qu'en une fraction de seconde, ses fluides vitaux lui étaient dérobés pour être transmis à la sorcière qui jubilait de plaisir. Sa peau blanche prenait la teinte brune de la vieillesse et de la maladie, son crâne se dégarnissait de ses cheveux, son regard devint vitreux, et même certaines de ses dents se déchaussèrent pour tomber de leur mâchoire tremblante dans son cri d'agonie.

- Tu n'as jamais été qu'un spectateur impuissant qui n'a jamais eu son mot à dire sur ma destinée, Casin. Alors meurs comme tu as vécu : impuissant.

Le chevalier Baillet rendit son dernier souffle dans la seconde qui suivit, mais Anne ne s'arrêta pas là : elle ponctionna de son cadavre chaque parcelle de vie qu'elle pouvait dérober, régénérant ainsi les tissus blessés de son fils. Ses côtes fracturées se réparaient, ses entailles cicatrisaient, sa fatigue disparaissait. Et du seigneur Casin ne resta qu'un tas d'os recouvert d'une pellicule de chair pourrissante et desséchée.

Quelque part, au fin fond de son esprit, Anne sentit la révolte de son fils qui s'éveillait. Elle mata sa bouderie infantile d'une pensée, écrasant sa faible volonté contre la sienne.

- Ça, c'était pour avoir osé nommer ton épée Matricide.

Anne de Lyrie quitta la chapelle, empruntant la grande porte en direction du hall du château. Ses blessures guéries, la mort de Casin n'avait pas pour autant apaisé la colère bouillonnante qui grondait en elle.

- Maintenant, allons lentement égorger cette petite pute qui te plait tant à Derrevin.


Anne a été soignée avant son premier réveil de 8 pvs. Elle s'est soignée elle-même de 14 pvs via "guérison des plaies" => jet de MAG : 6, réussi tout juste à cause du malus d'armure.
Jet de mental d'Armand, malus de 4 (INT+INI/2) = 10, raté.
Jet de CHA d'Anne (malus de 2) : 16, raté.
Jet d'INT de Casin : 12, raté.
Anne lance "Fluide vital" : 4, réussi
==> dégâts = 10+15+12, sans armure ni END = 37 de dégâts. Anne est soignée de 18 pvs.
Anne lance ponction d'éternité sur le cadavre encore chaud : 7, réussi.
==> Elle regagne 22 pvs.

Nouvelle règle : reprendre le contrôle.
Armand a émergé de son sommeil, et prend conscience d'être prisonnier de son propre corps. Pour s'éveiller réellement, il doit réussir un jet de mental, qui sera ensuite opposé à un jet de mental d'Anne. Il aura un bonus de +2 à chaque jour qui passe - tant que ce jet ne sera pas réussi, Anne continuera de faire ce qui lui chante.

Tu peux désormais dépenser ton xp dans le palais : mais n'oublie pas que chaque bonus physique que tu t'octroies bénéficiera aux deux utilisateurs de ton enveloppe... (elle fait néanmoins ses jets de CHA, INI, INT et MAG sur ses propres stats)

Tu peux désormais faire deux choses :
- Tenter de communiquer avec ta mère. En fonction de ce que tu diras, tu auras des bonus / malus à ton jet de mental. Éventuellement, tu pourras peut-être faire des jets de CHA pour orienter ses actes à venir, sans pour autant reprendre le contrôle.
- Tenter de fouiller sa mémoire. Pour cela il te faut chercher quelque chose de précis, et tout concentré que tu seras à cette tâche ta conscience se mêlera à la sienne, et tu auras en conséquence des malus de mental pour reprendre le contrôle.

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Armand de Lyrie
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Re: [Anne de Lanneray] Des comptes à régler

Message par Armand de Lyrie »

Le corps humain a cette propriété fascinante, de ne pas vous faire sentir la douleur immédiatement après une blessure. Quand vous vous coupez, quand vous vous tapez contre quelque chose, quand vous vous tordez un membre, il y a ce petit instant, plus-ou-moins fugace, où vous ne ressentez aucune sensation véritablement terrible. Ce petit moment de battement, qui vous laisse songer à toute l’horreur qui vous attend.
Je n’ai entendu qu’un bruit, avant de sentir une piqûre. Et une obstruction, un pincement, autour de mon abdomen. J’ai baissé les yeux pour voir la lame qui me transperçait. Par réflexe et curiosité animale, j’ai approché mes mains gantées de l’acier qui venait de me traverser. J’ai vu mon propre sang. Et j’ai pu contempler toute l’horreur qu’on me réservait.


« Tu ne méritais pas l'amour qu'elle t'a toujours porté. »


L’épouvante m’envahit en même temps que mon corps commençait à se réveiller. Un filet de sang remonté de mes organes dégoulina de mes lèvres. Mais en cet instant, je ne criais pas – pas encore. J’eus juste le temps de tenter une vaine protestation. Plusieurs mots naissaient au bord de mes lèvres ; J’avais très envie de demander à Constance « pourquoi ? ». Seul un long gémissement étranglé parvint à sortir de mes poumons.
Puis, je pus voir des ténèbres m’étreindre. Et une brume ardente parcourir ma chair. Et la douleur qui traversait mes muscles, qui se sinuait à l’intérieur de mes os. J’ai senti une énergie tenter de s’infiltrer dans mon cœur et dans mes tripes. Je sentais quelque chose pénétrer à l’intérieur de mon enveloppe à la recherche de mon âme, afin de pouvoir la briser. Je ne me sentais plus me posséder moi-même. J’ai hurlé. Hurlé jusqu’à m’arracher la gorge et éteindre ma voix. Je n’étais plus rien.

Alors, mon corps humain décida de me fasciner une dernière fois. Il décida, pour me protéger, de m’endormir. Comme si la force de la douleur que je ressentais était de toute manière trop forte pour me garder de quoi que ce soit. Lentement, j’ai senti mes yeux se révulser, et mon corps sombrer dans une lourde inconscience. Ma carcasse avait choisi que je sombre dans le sommeil avant de souffrir du trépas éternel.

Je hurlais tellement, que j’en suis arrivé à accueillir cette fin avec délice.




Une remembrance est arrivée jusqu’à ce qui me reste encore de conscience.

Il y a quelques semaines, ce qui me semble une éternité à présent… Je me souviens que je vous avais dis quelque chose…



« On peut tromper une fois mille personnes mais jamais mille fois la même. Qu’est-ce que j’espérais trouver, en quittant ma terre natale sans une armure et sans un camarade, sauf pour un gueux déluré que mon père gardait près de lui juste pour le divertissement que lui procurait les tortures et les humiliations quotidiennes et publiques à son encontre ? Qu’est-ce que je cherchais, à aller au fond des marais et des tourbes, à suivre un chevalier qui avait abandonné son seigneur pour égoïstement tenter d’aider un noble sans doute bien plus courageux que lui et qui avait accepté les dangers de la Quête ? Sans déconner, répondez-moi. Je croyais véritablement que j’allais devenir un chevalier du Royaume, que j’allais suffisamment impressionner le duc Armand pour qu’il me récompense d’un fief en-… En quoi ? En traînant sous la pluie verglacée au milieu d’une tourbe abandonnée ? En dérangeant les sépultures de braves d’un pays recouvert de forêts ? Avec, pour magnifique conroi, un paysan traumatisé et un aristocrate profanateur de tombes qui a voulu me trucider à coup de pelles ?
Evrard me l’a dit dans l’auberge, il y a quelques jours. Un vrai chevalier n'a pas besoin d'une raison de faire le bien autour de lui. Il le fait, parce que c'est sa nature. C’est tellement idiot comme phrase, ça paraît tellement naturel, c’est un lieu commun. Je vais vous dire pourquoi je suis ici. C’est ni pour impressionner mon seigneur, ni pour me faire un nom, ni pour servir la Dame et aider des gens. Tout ça c’est ce que je dis à moi-même et aux autres. Je suis ici parce que je veux fuir mon passé.
Ce n’est pas la mort qui me fait peur. C’est tout ce que j’ai vu et vécu dans le château de Lyrie, et que j’ai conjuré tant-bien-que mal en demandant au duc et à la prophétesse d’Aquitanie de faire abattre une juste rétribution par le feu sur ma terre et sur mes morts. »





...Qu’en pensez-vous, en cette heure ?

Après tout ce que nous venons de traverser.

Qu’en pensez-vous ?






« Vos mots ont provoqué la mort de centaines de personnes, mais je suppose que ceux-là n'importaient pas n'est-ce pas ? »

« Le Duc… après ça, il a changé... »

«  Merde Armand... si j'avais une liste des derniers visages que j'aimerais voir avant d'y passer, tu ne serais même pas dedans... »

« J’t’aurais ben croqué, moi. »

« Je sais ce que disait votre père au sujet des secrets, Armand. Que vous utilisez ses mots est... intéressant, à tout le moins. »

« Il y a quelques jours, un soi-disant réfugié ayant fui le tyrannique seigneur Recherre s'est avéré être un assassin à sa solde : un autre chevalier honorable et vertueux dont l'Aquitanie a le secret »

« Au prochain inconnu souhaitant connaître votre passé, mentez, sieur de Lyrie. Tous les nobles ne possèdent pas votre droiture, et nombreux sont ceux qui vous condamneront pour votre simple héritage. »

« Vous avez tort. Elle ne nous a pas épargné parce que vous avez su la persuader, mais uniquement pour vous donner l'impression que vous aviez du pouvoir sur elle. »

« JE NE POUVAIS PAS TE PERDRE. »

« Je suis désolée parce que je sais que vous mentez. Je l'ai dit à dame Alys, que vous mentez tout le temps. Que vous faites comme si ça allait. Mais c'est pas vrai. Votre corps, vos muscles, votre visage, ils mentent, parce qu'à l'intérieur, j'ai senti combien vous souffriez... »

« De tous les chevaliers qui peuplent la Bretonnie Armand, si j'avais dû choisir lequel j'aurais préféré voir venir me sauver, c'est ton nom que j'aurais donné. Idiot. »

« L'enjeu... il est trop grand. Je ne suis pas un juste, mais vous mourez pour la bonne cause sachez-le. »

« Il y a quelque chose d'aussi magnifique que malsain dans cette peinture. »

« Vous êtes une fleur qui a poussé au milieu d'un charnier Armand. »

« Moi j'ai de la chance. Mes marques on les voit bien. Margot et vous... elles sont cachées. Dans votre cœur. C'est mieux pour le regard des gens. Mais c'est plus dangereux, parce que vous pourriez oublier. »

« Toi aussi tu parles beaucoup. »

« Dire que cette saloperie résiste aux flammes et aux épées, j'aurais sans doutes mieux fait de ne pas écouter les menaces de Jourdain et de le faire abattre quand il s'est présenté ici... »

«  Si vous voulez vous en sortir, commencez par cesser cette lâcheté sire Armand. Vous êtes responsable de ce que vous choisissez de faire tout comme ce que vous choisissez de ne pas faire. »

« Pas toi. »

« Il prend le contrôle des déréliches laissant apparaître des visions de toi, et torture ou massacre sauvagement tes doubles, même les plus... jeunes. »

« Au lieu de partir chercher l'aventure dans les duchés voisins, peut-être auriez-vous pu commencer par protéger vos gens du mal que votre famille a répandu. »

« Nous avons un beau pays, et le marché de nos vies aurait dû être équitable. »

« Armand, je crois... ma mère… si je ne la connaissais pas aussi bien, si je ne savais pas quel genre d'abomination elle a été, j'aurais juré... qu'elle en avait peur. »

« ...Ramenant la rapière maudite du Moussillon, celle qu'ils nomment "Symbiose". Celle que Anne a utilisé pour te sauver alors que tu n'étais encore qu'un enfant ayant à peine fêté sa première année. »

« Et s'il n'avait pas traqué la jeune femme jusqu'à Derrevin mais qu'ils s'étaient donnés rendez-vous là-bas ? S'il y était allé pour la chercher, c'est bien qu'il ne pouvait pas aller dans la forêt de Cuilleux sans elle, très certainement car elle était la seule à savoir où trouver cette peinture. »

« J'ai une vilaine idée qui m'est venue… Aussi rassure-moi, cet échec avec ton fils n'était pas... prémédité ? »

« Tu ne méritais pas l'amour qu'elle t'a toujours porté. »

« Négociations terminées avec succès. Vous venez ? »

« Zêtes pas comme vos parents. L’oubliez jamais. »

«  J'ai vu le cadavre de votre père, et en effet, il n'est pas mort au combat. »

« Je croyais que les déréliches étaient ma malédiction, destinées à me tourmenter encore et encore. Mais peut-être qu'elles t'étaient destinées. »






« Tu es à moi, maintenant. »


Question à disputer. Appelez les étudiants et les prêtres. Je souhaite leur avis :

« Qu’est-ce qui fait qu’un homme est vivant ? »

Alors même que tout le monde se triture les méninges, commence à balbutier un début de raisonnement, voilà qu’un philosophe naturaliste Tiléen bondit sur ses deux pattes. Il court devant tout le monde, piétine le savant Impérial, repousse l’érudit Bretonnien, et il s’exclame, tout fier de sa logique implacable :

« Les sens ! C’est le fait d’avoir des sens qui permettent de dire que l’on est vivant ! »

Il pose une main dans le dos, tire sa révérence, sourit bien narquois à ses adversaires. Qui oserait mettre en doute son raisonnement ?




J’ai lentement découvert mon regard sur un plafond de vieille pierre.
J’ai goûté dans ma bouche le goût métallique du sang que j’ai recraché la veille.
J’ai ressenti mes blessures. Inspiré une odeur humide de renfermé. Ma main se posant sur mon visage, je crois en percevoir les traits sous la finesse de mes doigts.

Mais…

Mais il y a quelque chose qui ne va pas. Quelque chose d’angoissant. Quelque chose qui me ferait hyperventiler – si seulement j’avais encore la possibilité de respirer.

Je ne contrôle rien. Je ressens tout, et je ne contrôle rien.

Pour conceptualiser telle horreur, cessez de faire ce que vous êtes en train de faire, tenez-vous fixement assis en regardant devant vous, et découvrez tous les minuscules tics, tous les plus infimes mouvement de votre corps que vous prenez pour acquis qui relèvent en réalité de mécanismes dans votre ossature.

Imaginez pouvoir voir à travers vos yeux ; Mais vous ne décidez pas d’où votre regard trace, sur quel point il se fixe, comment il s’accommode à la distance. Vous ne décidez pas de quand vous battez des cils, pas plus de quand vos pupilles se tournent pour tracer ailleurs.
Imaginez sentir le goût, savoir que de la salive coule sur votre palais. Mais vous ne dirigez pas vos lèvres. Vous n’avez pas la possibilité de passer votre langue sur vos incisives lorsque vous le souhaitez.
Imaginez pouvoir humer l’air. Mais vous ne contrôlez pas le rythme de votre respiration. Si votre nez vous démange, c’est autre chose, quelqu’un d’autre qui provoque l’éternuement.
Si quelque chose gêne ma gorge, ce n'est pas à moi de la racler. Si quelque chose me démange, ce n'est pas moi qui décide de me gratter.
Et tous les autres mouvements que mon corps prend en charge lui-même, ils sont là, sans moi. Mon cœur bat et je sens ses rythmes percer ma poitrine, sans parvenir à m’y accommoder.

Je suis prisonnier. Prisonnier de moi-même. Je ne peux rien bouger, je n’ai le contrôle sur aucun geste, même le plus infime.

J’ai envie de pleurer, et je n’ai aucune larme à fournir. J’ai envie de hurler de colère, et je ne contrôle aucune de mes cordes vocales. Il y a quelqu’un d’autre. Quelqu’un qui a écarté mon âme dans un coin, et qui, maintenant, profite de nos sensations à nous deux pour y apposer les siennes. Je sens ses émotions. Je sens ses pensées immédiates. Son instinct. Ses décisions. Mais c’est elle qui contrôle l’enveloppe qui permettra de les subir ou de les assouvir.



Maman.

Elle me comprend. Elle a brisé toute intimité. Elle peut sentir ma peur. Ma crainte. Ma colère. Elle peut sentir ma haine d’elle. Elle peut aussi sentir mon amour. Comment j’ai envie d’elle, en même temps que j’ai envie de la fuir. Mais je n’ai aucun endroit où fuir.
Je sens sa haine de moi. Son envie de me tuer. Son envie de m’égorger – de nous égorger. Et je sens sa tendresse. La façon qu’elle a de se tenir à moi.
Elle m’aime. Mais elle m’aime comme les loups aiment le sang.


Maman, comment ?
Pourquoi ?



Elle nous tire du mausolée. J’ai envie de tituber. J’ai envie de râler et de me traîner. Elle nous fait marcher d’un pas plus vif, malgré les blessures, malgré la cheville enflée. Malgré toutes les traces de ma rixe. La perforation de la flèche, les blessures causées par l’illusion de Loyse, l’épée rouillée de mon ancêtre… Maman me fait m’arrêter. Elle sait que je souffre, et dans une tendresse malsaine, décide de s’occuper de moi.

Elle incante de la magie. Et alors, par une étrangeté maléfique, avec quelques paroles, elle appelle à elle des vents que je ne sais percevoir. Je ne sens rien. C’est comme si la magie était un 6e sens qui m’était inaccessible, comme s’il était réservé à elle. Toute la sensation dont je dispose, c’est ma cheville qui va mieux. Ma blessure à la jambe qui se referme. Je vais mieux. Je vais mieux par l’usage d’un sortilège qui mériterait le lynchage si des gueux nous voyaient faire.

Maman nous débarrasse de notre équipement. Jette mon armure à terre. Elle est très pressée de jeter mon épée hors de ma ceinture.

Maman… écoute, je… Je voulais pas...

Elle me fait taire en écrasant le crâne d’Armand Ier de Lyrie sous notre soleret, vivement, pour m’empêcher de protester. J’aurais eu un hoquet, si je pouvais contracter mon diaphragme. C’était gratuit. Ce n’était même pas cruel : C’était pire que cruel. Elle n’avait aucune raison de faire ça, profaner une tête à laquelle je tenais, un crâne que j’avais embrassé de mes lèvres et voulu protéger. Elle l’a fait comme ça, avec facilité. Ce n’était pas cruel ; C’était mesquin. Je la sens tordre nos lèvres dans un sourire satisfait de cette basse vengeance. Aussi laide que le sobriquet que j’ai promis à ma lame.

Je la sens bouillonner de haine. C’est trop fort pour moi. Elle nous traîne loin du cimetière. J’essaye de voir où est Constance, alors que je contrôle pas nos yeux. Où est-elle passée ? Où est Symbiose ? Pourquoi m’a-t-elle trahi ? Est-elle morte ? Est-elle partie après avoir négocié avec ma mère ? J’ai envie de le demander. Mais là, je me sens trop… Amorphe. Endormi. Ailleurs. Virevoltant entre le rêve et la réalité. Je ne suis ancré nulle part.
Je suis mort. Armand de Lyrie est mort. Je suis devenu un spectre contenu dans ma propre carcasse. Ma mère et moi avons échangé nos places ; À présent, c’est à moi de subir la torture de la non-vie.

Elle nous fait remonter dans la chapelle. À son grand déplaisir, et à ma grande joie, Casin se relève de sa position agenouillée.

« Ar... Armand ? Nous... on te croyait perdu ! C... Comment ? »

Il me tutoie. Il est ravi de me revoir. C’est émouvant. Lui qui me haïssait tellement, il est resté derrière, malgré ma mort présumée. Il a prié pour mon âme.
Je sens tout le mépris que ma mère a pour elle. Je lui oppose mon amitié sincère. Je ressens envers lui une fraternité chevaleresque.

Tu ne comprendras jamais ce sentiment, la fraternité.

C’est mesquin. Aussi mesquin qu’elle. Misogyne sur les bords, également. On en est plus à cette crasse près.

Ma mère lui sert un bobard. Tisse un tas de mensonges trop bien ficelés. Parle. Beaucoup. Ça vous rappelle quelqu’un ?
Je suis bel et bien son fils. Mon père était très charismatique, ma mère n’avait rien à lui envier. On se ressemble tellement.

« Si... si c'est bien vous Armand, alors dites-moi comment vous avez baptisé votre épée. »

Il a eu le bon réflexe. La bonne interrogation. Il m’impressionne. Je suis satisfait. Si ma mère pouvait me voir, elle me verrait lui adresser un sourire narquois. Elle sait que j’essaye de lui transmettre ce sentiment. Casin va nous tuer. Nous trancher tous les deux. Je mourrai et j’irai rejoindre Armand Ier de Lyrie. C’est un bon marché.

Ma mère n’a pas de patience à accorder à Casin. Encore moins à moi. Si je ne peux sentir la magie, je sais que son manque de réponse à sire Baillet est déjà annonciateur de quelque chose de grave. Je reste muet. Et je vois crépiter le sortilège autour d’elle.

Maman ? Maman.
Maman, s'il te plaît, fait pas ça...


Casin tente de dégainer son épée. Trop tard.

Non ! NON ! NON, ARRÊTE, PITIÉ !

Elle le fait tordre de souffrances. Le force à s’écraser à terre. Lui absorbe sa vie. Et moi, sans contrôle sur rien, je ne peux plus rien faire d’autre que d’implorer ma mère, avec toute ma panique.

Je t’en supplie ! Je t’en supplie, maman, MAMAN, pitié !
Pitié...


Avec ce qui lui reste d’existence, elle le maudit une dernière fois. Ce sont les derniers mots qu’il entendra avant de trépasser. Une mort ignoble. Elle s’agenouille devant lui, et absorbe l’énergie de son corps pour me régénérer. Pour m’aider. Pour reconstituer mes muscles, refixer mes os. Je sens mes organes aller mieux. Ma respiration ne siffle plus. Mon bras ne me lance plus. Mes plaies se referment.

Maman, maman, pourquoi ?
Ça, c'était pour avoir osé nommer ton épée Matricide.


Je suis contraint à me taire à nouveau. J’erre, vide, sans plus aucune volonté. Je peux une dernière fois regarder les restes de Casin, plus rien de digne pour sa famille à pleurer, et voilà que, guillerette, et satisfaite, maman nous éloigne à travers un château recouvert de cendres et de destruction ; Mélaine a l’air d’avoir massacré toutes les Déréliches sur son chemin après… Après avoir cru que ma mère était finie.

Elle se dirige dehors. Profite du soleil sur notre peau. Elle s’en va vers les écuries où doit se trouver Ravel. Et elle me formule, alors, à voix haute, une promesse :

« Maintenant, allons lentement égorger cette petite pute qui te plaît tant à Derrevin. »

La phrase a été prononcée avec un ton à la fois nonchalant et ferme. Comme un mélange d’amusement et de haine totalement perceptible. Ça a eu l’effet de me faire paniquer. Rien ne peut me servir à l’empêcher d’aller là-bas. Je commence à bouillonner de pensées ; D’autant plus vives que je me sens toujours aussi brisé, détruit, prêt à sombrer dans l’inconscience, errer je-ne-sais-où quelque part dans ce qui me reste d’âme.

Attends… Attends, attends… Maman, s’il te plaît attends.

Bien sûr, l’implorer ainsi ne l’empêche pas de continuer de filer vers Ravel. Je sens à quel point j’ai peu d’emprise sur elle ; Je ne suis même pas sûr que mes cris sont véritablement audibles. Je ne brouille pas ses pensées. Elle contrôle tout. Je suis juste un passager sur la banquette arrière de la carriole.

Maman, maman écoute-moi, s’il te plaît écoute-moi, pitié :
Margot… Margot est enfermée dans un monastère. Entourée de prêtresse. Derrevin a toute une milice. Toute la ville lui bouffe dans la main, tous les manants arrêtent pas de lui offrir des cadeaux – j’ai même été obligé de tabasser un crétin de gueux qui semblait tenir à elle !


Rémon. Ce Rémon que j’ai explosé à coups de poings, par fierté et pour Margot. Pas mon heure la plus glorieuse. Je suis encore honteux d’avoir présumé d’une lâcheté chez lui.

Si tu vas à Derrevin, y aura Mélaine, qui fait de la magie. Y a la petite Ophélie, qui semble percevoir à travers les gens ; Tu crois que tu pourras tous les tromper ?
On a pas d’armes, pas d’équipement, j’ai pas amené une pièce de cuivre avec moi ici. Faut que… Qu’on s’arrête quelque part. À un château, que j’écrive que je suis toujours vivant, que j’obtienne de l’équipement.
Ils pourront pas refuser. Ils doivent croire que je suis un héros maintenant.


Ils doivent croire que j’ai tué, seul, une Banshee, ma propre mère, pour protéger la Lyrie. Je dois passer pour un Paladin à même pas vingt ans.
S’ils savaient. S’ils savaient. Ça doit être une ironie bonne à faire hurler de rire Anne de Lanneray.
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 01 juil. 2020, 17:41, modifié 1 fois.
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Fiche : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_armand_de_lyrie
Image

Échiqueté d'or et d'azur à la bordure de gueules à la guivre de gueules halissante
Stats :
FOR 10 / END 9 / HAB 10 / CHAR 12* (11) / INT 8 / INI 10 / ATT 13 / PAR 11 / TIR 8 / NA 2 / PV 67/70
*Bonus grâce à la chevalière portée à l'auriculaire

Compétences :
- Anticipation : +1 en ATT et +1 en PAR à partir du 3e round face au même ennemi
- Coup précis (1) : Malus atténué de 1 lors de la visée d'une partie précise
- Coups puissants : +1d3 de dégâts
- Coriace : Résiste à 1d3 dégâts de plus
- Dégainer l'épée : +1 en INI lors du premier round
- Parade : Valeurs de parade doublées
- Sang-froid : +1 lors d'actions réalisées sous stress

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien
- Baratin : +1 pour embobiner quelqu'un à l'oral.
- Danse : Excellent danseur
- Étiquette : +1 lors des interactions avec la haute société
- Empathie : Capable, sur un test, de lire les émotions sur le visage de quelqu'un.
- Humour : +1 pour divertir et amuser.
- Monte : Ne craint pas de chutes lors d'une montée normale
- Héraldique : Capable de reconnaître les blasons des familles nobles, et d'en savoir plus sur eux sur un test
- Vœu de la Pureté : +2 dans la résistance aux tentations terrestres
Équipement de combat :
- Poignard "miséricorde" : 1 main / 12+1d6(+1d3)* / 12** (6) parade / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Peut être lancée
- Lance d'arçon : 1 main / uniquement à cheval / 20+1d10(+1d3)* / 16** (8) parade / "Long" (Malus de -2 ATT pour les adversaires) / "Épuisante" (Malus de -1 d'utilisation après END/2 tours, à chaque tour, max -4) / "Percutante" (Relance du jet de dégât, meilleur résultat gardé) / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Se brise après 4/5 utilisations
*Avec la compétence Coups puissants
**Avec la compétence Parade


Tête : 0 protection
Reste du corps : 0 protection

- Destrier Bretonnien (Ravel) : FOR 10 / END 12 / SAU 7* (8) / RAP 9* (10) / INT 8 / DOC 11 / ATT 9
*Malus pour cause de barde et caparaçon
Corps et croupe : 15 protection (Barde de plaques)
Dos et tête : 15 protection (Caparaçon de plaques)
Équipement divers :
0 Co

- Un beau doublet
- Un grand manteau
- Des bottes neuves
- Une jolie écharpe

- Nourriture
- Hydromel

- Bague affichant un lion - +1 CHAR

- Insigne argenté marqué du blason de Lyrie
- Pendentif monté en clou
- Feuilles de brouillon, stylet et encrier
- Un flacon à l'odeur immonde
- 3 bouteilles de tonique miraculeux

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Re: [Anne de Lanneray] Des comptes à régler

Message par [MJ] Katarin »

Débarrassée de tout poids superflu, c'est d'un pas rapide qu'Anne parcourut son ancien château en ruines. Traversant la salle à manger puis le hall, elle ne prêta qu'une attention distraite aux nouveaux dégâts qui étaient apparus : des traces de brûlures, des gravats supplémentaires, des morceaux de chair noire sur le sol, et l'air lui-même qui semblait encore crépiter d'hostilité. Mélaine avait profité de son sommeil pour nettoyer la demeure du comte de ses encombrants visiteurs : et puisque les six chevaliers hantant habituellement l'entrée du château en étaient absents, il fallait croire que les déréliches avaient cessé de se renouveler. Après tout, son ancien prétendant n'aurait pas pris le risque de rester seul ici s'il ne s'y pensait pas en relative sécurité.

La brèche était refermée, et la Lyrie pouvait désormais reposer en paix.

Dans les écuries, deux chevaux étaient présents dans des stalles différentes. Anne s'approcha tout d'abord de celle de Casin : elle en ouvrit la porte, puis leva sa main pour caresser le museau de l'animal docile.

- Personne ne risque de venir te chercher de sitôt mon joli. Profite de ces quelques jours de liberté.

Laissant l'enclos ouvert, elle se dirigea vers Ravel, qui semblait bien moins enclin à la laisser s'approcher. Il hennissait de crainte, trahissant un son grave qui semblait sortir de ses naseaux. Anne s'avançait lentement, pas après pas, la main en avant, mais Ravel reculait au même rythme, et lorsqu'il se retrouva contre une clôture en bois, il rua pour effrayer celle qui habitait le corps de son cavalier.

- Shhht Ravel, calme-toi. Je sais que j'ai quelque peu changé, mais c'est toujours moi. Viens par là mon grand, n'ai pas peur.

Se saisissant d'une carotte et avec une infinie patience, elle réussit à appâter l'animal au caractère vif. Dompter sa méfiance lui prit de longues minutes, mais Anne fit preuve d'une patience remarquable. Elle avait toujours été plus à l'aise avec les animaux qu'avec les humains, raison pour laquelle elle aimait tant ses fidèles lévriers. Eux aussi étaient morts, désormais. Massacrés sans aucune pitié par les chevaliers du Duc, alors qu'ils tentaient de protéger leur maitresse.

Anne sentit à nouveau la colère l'envahir, mais préféra prendre le temps de respirer longuement pour retrouver son calme, plutôt que de se laisser emporter inutilement. Les chevaux étaient des éponges à émotions, et Ravel ne méritait pas de subir quelqu'influence néfaste. C'est pour la même raison qu'elle rejetait en bloc les interventions faiblardes de son rejeton dans son crâne : elle n'avait nullement envie qu'il vienne perturber l'équilibre qu'elle créait avec son destrier. Peu à peu apprivoisé pour la seconde fois, elle le caressa longuement, avant de poser sa tête contre son flanc dans une étreinte silencieuse qu'elle laissa trainer de longues secondes.

Installant sur Ravel ses fontes de selle, elle se saisit de quelques vivres qui y étaient entreposés. Elle poussa des gémissements d'extase en laissant son nez frôler le pain rassis, en sentant le beurre qui s'étalait dessus lorsqu'elle le tartinait, et en reniflant le fromage odorant qu'elle sortait de sa protection de tissu. Puis lorsque vint le moment d'y gouter, accompagnant ces mets de quelques gorgées de vin qui glissèrent chaleureusement dans sa gorge desséchée, Anne de Lanneray ne put empêcher ses yeux de devenir humides d'une émotion mal contenue.

Grimpant sur une monture désormais docile, elle quitta l'enceinte du château de Lyrie au triple galop. Au dehors, les faubourgs étaient en ruines : les maisons écroulées ou brûlées, ne restaient des déréliches que ces petits morceaux gris jonchés partout sur le sol. Cette oeuvre-là n'avait pas été accomplie après que Cécilia l'ait transpercée avec Symbiose, non, elle datait des heures qui avaient précédé : Anne avait pu observer ce spectacle depuis le toit du château. Après sa défaite, elle avait passé ses nerfs à répétition sur le village entier, comme une furie.

Un spectre attira pourtant l'attention d'Anne, qu'elle entraperçut une fraction de seconde entre deux maisons détruites tandis que Ravel cavalait à toute allure. La paysanne à la robe rouge, la catharsis de son mari, l'anomalie de Lyrie, le souvenir qui ne lui appartenait pas. Anne hésita à faire demi-tour pour aller questionner la déréliche, mais son expérience lui avait appris que c'était inutile. Il n'y avait rien à tirer de ces créatures, sinon la souffrance d'agiter un passé qu'il valait parfois mieux laisser profondément enterré.

Il était temps de quitter la Lyrie.

***

- Très bien Armand, je t'écoute.

Voilà plusieurs minutes qu'elle cavalait à bride abattue sur la route boueuse qui partait en direction du nord. Jusque là, elle avait consciemment écrasé chaque réflexion d'Armand, le renvoyant dans les limbes à la seconde où il s'éveillait, ignorant délibérément ses vaines tentatives pour exister. Mais désormais, peut-être un peu plus apaisée, elle consentait à écouter ce que son fils avait à dire.

Il essayait de gagner du temps, c'était évident. Il utilisait la prophétesse et la gamine défigurée comme figures de danger, pour lui faire consentir à plus de prudence. Pour qu'elle fasse une étape dans un château. Il a probablement pour idée de tenter de reprendre le contrôle au moment où il serait entouré de ce qu'il suppose être des alliés.
Mais au-delà de son objectif, ses remarques n'étaient pas dénuées d'un certain intérêt. Principalement car cela lui permettait d'accéder aux souvenirs qu'il liait à ses phrases : si Armand n'avait aucun talent pour compartimenter son esprit face aux agressions d'une autre âme, Anne ne pouvait pas pour autant risquer de se plonger dans l'intégralité de sa mémoire : pareil effort diminuerait le contrôle qu'elle exerçait sur ce corps, ce qui pourrait permettre à son fils de se ruer dans une brèche. En revanche, s'il offrait de lui-même des bribes de souvenirs, des noms, qu'il évoquait un fragment de sa mémoire, alors c'était comme un fil de coton qu'il suffisait de tirer pour faire venir aisément toute la pelote. En une fraction de seconde, elle visualisa son violent combat contre le dénommé Rémon, ainsi que ses échanges avec la douce Ophélie. Concernant Margot, elle put voir les paysans se battant en son nom, elle put retrouver l'image floue de sa chambre à l'hospice remplie de cadeaux, mais aucun souvenir ne la mettait en scène directement. Comme si Armand ne se rappelait plus aucun des moments partagés avec elle.

Mais Anne savait que cette hypothèse était fausse. Le tableau protégeait cette petite enfoirée, elle en était sure.

Quant aux réflexions d'Armand en elles-mêmes... En tant que seigneur de Derrevin, personne de confiance de Carlomax, elle n'aurait pas grand mal à entrer dans la ville et atteindre Margot. Ophélie pourrait être convaincue, ou réduite au silence. Mélaine... c'était un autre problème. Elle l'avait vaincue dans son château bien sur, mais elle n'était pas assez prétentieuse pour se gargariser de pareille victoire : elle avait eu l'avantage de la surprise, du terrain, et le renfort bien pratique des déréliches qu'elle s'était entrainée à posséder des mois durant. Si elle la croisait à Derrevin ou ailleurs, en duel régulier, ses chances seraient minces, surtout dans un corps qui ne lui appartenait pas. Et il était hors de question de faire courir des risques inutiles à Armand : elle-seule se réservait le droit de meurtrir sa chair.

- Mélaine et Albert ont passé la nuit sans dormir sur notre domaine, ils n'ont pas du aller bien loin aujourd'hui. Même avec de la magie, la prophétesse n'a pas pu remettre entièrement d'aplomb son garde du corps alors qu'il était à l'article de la mort après notre rencontre, et elle-même a vidé toutes ses forces dans son entreprise vaine d'anéantissement de déréliches. Je gage qu'ils s'arrêteront chez notre voisin le plus proche, le seigneur Conrard de Pisieux, pour reprendre des forces. Ravel est bien reposé, bien nourri, il pourra tenir une cadence soutenue pendant des heures : nous allons profiter de la nuit tombée pour rattraper notre retard, mais nous passerons prendre la route de l'est pour éviter les mauvaises surprises. Avec un peu de chance, si ton destrier est assez robuste, nous arriverons avant elle. Et à Derrevin... oui, je les tromperai sans difficulté avec ton apparence, tu me sous-estimes grandement si tu ne m'en crois pas capable. A ta place je me souhaiterai bonne chance : si ça ne marche pas, en l'absence de la prophétesse, je raserai tout le village sans mal si c'est la seule option qu'il me reste.

Elle poussa un soupir de dépit, avant de continuer de manière plus tendre.

- Margot ne fera jamais ton bonheur, Armand. Tu n'es qu'un outil jetable à ses yeux comme tu l'étais pour sa mère, rien de plus. Mais je ne la laisserai jamais t'éloigner de moi : je vais te dévoiler sa réelle identité, te protéger de sa perfidie, et alors tu m'aimeras à nouveau. Je le sais.

Anne sembla hésiter une courte seconde à demander quelque chose à Armand, une question si terrible que la réponse qu'il pourrait lui donner la terrifiait, mais elle préféra la balayer au loin avant que son fils ait seulement conscience de son existence.

- Dors maintenant mon trésor. Je m'occupe de tout.

Et d'une simple pression mentale sur son esprit, la conscience d'Armand s'éteignit à nouveau.

***

Lorsqu'il émergea à nouveau, sa mère était en train d'attacher Ravel à une poutre, à l'extérieur d'une vieille ferme apparemment abandonnée. Il faisait nuit noire, la route ne comportait nul panneau, et ni la végétation ni le paysage alentour ne comportaient le moindre indice qui aurait pu permettre à Armand de savoir où ils s'étaient arrêtés pour cette première étape.

Son destrier semblait à bout de forces : ses muscles tremblaient, et c'est avec une avidité effrayante qu'il se jeta sur l'abreuvoir pour se désaltérer d'une vieille eau croupie. Anne s'occupa longuement de lui, tentant tant bien que mal de s'excuser pour l'effort qu'elle lui avait demandé aujourd'hui, jusqu'à ce que la fatigue la terrasse elle aussi : elle s'écroula sur un vieux tas de foin au beau milieu de l'étable, et s'y endormit sans mal.

Jet de CHA sur le dada, +1 pour la comp soin des animaux : 7, réussi de 7.
Jet d'INT de Ravel : 2, réussi de 6.
Jet de CHA d'Armand (sur 11, la bague ne compte pas, baratin et étiquette peu adaptés) : 11, tout juste.
Jet d'INT de Mélaine : 6, réussi.
Jet d'orientation : 16 : Armand a pas la moindre idée d'où il est :D

Tu peux discuter avec elle avant qu'elle s'endorme, puis qd elle roupillera tu seras plus apte à faire l'une des deux actions décrite précédemment.

Je finis sur une musique que je trouve adaptée pour l'esprit d'Armand dans ces instants, quand il est dans les limbes à se laisser flotter.

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Re: [Anne de Lanneray] Des comptes à régler

Message par Armand de Lyrie »

Je sens une force peser sur moi. Elle… Force, sur moi. Écraser n’est pas le bon mot. Écraser ça sonne violent, ça sonne oppressant. C’est pas le bon terme. Je sens plus… Plus comme une sorte de très lourde somnolence. Comme si je basculais lentement entre plusieurs états. Un lourd sommeil, sans rêves. Je flotte comme si j’étais un navire piégé dans une brume. Mais ça ne me fait pas peur. C’est même… Pas si désagréable que ça. Je me sens reposé. À l’abri. J’ai très envie de lâcher prise. Ma mère y compte. Elle souhaite que je sois amorphe. C’est très facile d’y succomber. Faut juste… Juste ne rien faire.

La douleur, c’est plutôt quand j’essaye de rester éveiller. Je vous l’ai dit : Je sens tout. C’est là où le philosophe naturaliste Tiléen mérite une baffe dans sa gueule. Avec mon expérience personnelle, y a de quoi foutre à l’autodafé une bonne centaine de bouquins de philo. Je sens ce que Anne choisit de toucher, ce qu’elle hume, ce qu’elle goûte. Je sens jusqu’à la plus infime particule de mon corps – je sens jusqu’à la pointe de ma langue reposant entre mes dents, et mes orteils enserrés dans leurs bottes de monte. Mais je ne contrôle rien. Mon esprit souhaite commander, comme il le fait le plus naturellement du monde – il est bloqué. Empêché. J’ai l’impression qu’il me faudrait lutter avec tout ce que j’ai en moi pour ne serait-ce que soulever une phalange. Et je n’ai pas telle vigueur en moi.
Lorsque Symbiose m’a transpercé, quelque chose m’a été arraché. L’arme m’a perforé. Si ma mère a soigné les blessures physiques de la veille, je sais qu’il y a quelque chose à l’intérieur, mon âme, qui s’est fêlé.

Malgré la pesanteur qui s’efforce sur moi, je comprends ce que ma mère est en train de faire – elle est en train de vivre. Tout simplement. Elle vient de tuer quelqu’un. Elle l’a froidement assassiné. Mais le monde ne s’est pas arrêté de tourner pour sire Casin Baillet. Tout au contraire. Maintenant que les preux serviteurs de Bretonnie ont accompli leur devoir en purgeant les Déréliches, maintenant que le soleil brille et que Morrslieb ne déchire plus l’obscurité de sa sinistre lueur, il est impressionnant de voir comment aujourd’hui est une journée magnifique. C’est vrai il fait frais, mais j’ai l’impression que même la fraîcheur d’une fin d’hiver est plaisante pour Anne. Ma peau – notre peau, se couvre d’une pellicule de chair de poule, les poils se redressent. C’est un froid vivant, un froid qui, ironiquement, brûle le corps qui s’efforce de lutter contre – c’est pas le froid spectral qu’elle a dû subir comme une torture pendant des semaines. C’est pour ces moments comme ça qu’on vit. Grignoter du pain. Laisser un beau cheval qui n’a rien demandé courir dans les prés. Marcher sous un ciel sans nuages.
Un homme est mort, mais ça reste une journée magnifique.

Maman croise Thécia en s’enfuyant du domaine. Je me tire un instant de ma torpeur, alors même que la curiosité de ma mère est également éveillée. Mais elle décide de s’en aller. Et je replonge à nouveau dans mon espèce de brume.

J’ai très envie de me reposer. Je n’ai pas d’yeux, mais j’ai très envie de les fermer.



« Je raserai tout le village sans mal si c'est la seule option qu'il me reste. »
« Margot ne fera jamais ton bonheur, Armand. »
« Tu m'aimeras à nouveau. »



Je me sens détendu, et pacifié. Malgré les menaces de ma mère. Malgré la vie de toutes les personnes que je souhaitais protéger qui sont maintenant en danger. J’étais censé les sauver. J’ai prié pour cela à Shallya. Prêté des serments. Je devrais avoir la force de reprendre le contrôle. De lutter. De hurler.
Mais on m’a pris quelque chose. On m’a ruiné. Je ne souffre pas. J’aimerais dire que je souffre. Que ma mère s’amuse à me torturer. À gratter ma chair et à tordre mon âme. Mais non. Je me sens juste… Tranquille, et las. Je veux dormir contre elle. C’est ce que je fais, en fait – Je dors en elle. Ce n’est plus mon corps. Elle apprend à le posséder. Elle apprend à le maîtriser. Elle me le vole avec les gestes les plus simples. Elle le subtilise avec tous ces besoins si humains. Ces choses qui me paraissaient si futiles, et qui, à présent que je les aie perdues, me paraissent si importantes – on sait qu’on aimait quelque chose que lorsqu'on le perd. C’est ça la grande cruauté de la vie. Elle mange et j’en ressens le goût, mais elle mâche comme elle le souhaite. Elle respire quand elle souhaite. Ferme les yeux pour profiter de la caresse du vent quand elle souhaite. J’ai dormi, longtemps. Quand je me réveille, il fait déjà nuit. Qu’est-ce qu’elle a fait, pendant toute une journée ? Je sens Ravel entre nos cuisses ; Il est exténué. Elle l’a fait courir comme un dératé. Il est costaud. Il est habitué. C’est un destrier Bretonnien, un vrai, avec du sang venant des haras des Fées ; Il s’en remettra, mais il n’a pas galopé seulement par plaisir. Je sens mes fesses endolories, écrasées comme de la compote. Mes pieds qui ont quelques fourmis picotant lorsqu’Anne repose les semelles sur le sol. Je n’ai pas envie de pisser – C’est con, mais je me demande comment ma mère a dû gérer ça. Je crois que j’ai pas envie d’avoir de détails en fait.

Là, elle caresse Ravel. Je sens son poil. Elle aime les animaux. Elle les aime. Je crois que…




Putain, j’aimais mes parents.




J’ai pas arrêté de vous le répéter. J’ai dû le dire quatre ou cinq fois depuis… Depuis le début. Ma trahison, c’est ça le début de ma narration ? Merde. C’étaient mes parents. Ils ont commis des crimes. Ils ont fait des choses atroces. Ils méritaient d’être condamnés par la justice, des Dieux et du Royaume. Mais…
Mais c’était pas juste des monstres. Ça serait tellement plus facile. Qu’ils soient juste monstrueux tout le temps. Mais non. Non. Armand, Anne… Ils avaient aussi des… Des manies, des façons d’être, que j’admirais. Que n’importe qui admirerait, en fait.
Ma mère a toujours aimé les animaux. Elle leur aurait jamais fait de mal. Elle fuyait bien son esprit et ses peines avec. Je crois que mes parents étaient tristes que je n’aime pas leurs lévriers. Ils passaient beaucoup de temps avec. C’était une de ces choses qui les rapprochaient tous les deux, malgré les… Malgré leurs disputes. Leurs conflits.

Là Ravel boit comme un trou. Ma mère le caresse. J’aime sentir le poil de Ravel sous ma main nue. C’est très agréable. Mais… Mais y a quelque chose qui me gêne. Quelque chose que j’aimerais tant faire. Mais j’arrive pas à contrôler ma putain de main, je contrôle rien, et…
Et alors, alors que j’ai l’impression de sortir ma tête de l’eau, de prendre une grande bouffée d’air, j’ai, pendant quelques instants, l’occasion de parler à ma mère. Alors qu’elle est exténuée. Distraite.
Je pourrais lui dire n’importe quoi.
J’ai bien des idées de mots que je pourrais utiliser, pour lui faire mal. Pour la faire pleurer. Ou la mettre en colère.

Je m’approche dans un coin de sa conscience, et j’essaye de m’imposer sur elle.


Maman… Ne…
Attends…
S’il te plaît, bouge ma-… Notre main. Sous sa lèvre. Sa ganache.
Gratouille-le.



Elle suit ma suggestion. C’est plus simple que de la convaincre de s’arrêter à un château. Que de la convaincre du danger que représentent Ophélie ou Mélaine. C’est plus…
Plus commode.

Elle s’exécute alors que Ravel a les naseaux dégoulinant d’une eau croupie. Elle tend nos doigts. Effleure la mâchoire de Ravel. Et alors, le destrier se met à faire quelque chose d’hilarant ;
Il bouge ses naseaux dans tous les sens, vibre. Comme s’il était chatouillé.

Et alors, Anne a un grand sourire. Et moi aussi, je souris. Il est tellement adorable. Pour la première fois, j’ai l’impression d’avoir une sensation… Similaire, à celle de ma mère. À celle de mon corps. Une joie, cristalline. Puérile. Juste à voir un cheval faire un truc risible avec son nez.

Elle va s’installer dans un tas de paille. Elle a très envie de dormir. Elle a l’air de beaucoup aimer Ravel. Je sens qu’elle… Qu’elle a des questions sur lui.
Elle veut des morceaux de moi. Que je me confie. Peut-être que lutter contre elle serait plus avisé. Peut-être que je devrais refuser de satisfaire la curiosité de ma mère. Lui montrer ainsi que je la méprise.
Mais je ne sais pas. Elle est tellement pleine de… De haine. C’est douloureux. Je le sens, comme si son âme remuait avec la mienne. Elle a des envies de meurtre. Y compris contre moi. Aussi, contre moi. Je sens. Elle a failli nous égorger.
Ravel c’est… C’est un truc con qu’on peut partager. J’ai envie de m’y raccrocher. Pour…
Je ne sais pas pourquoi. Parce que j’ai envie. Parce que je suis fatigué. Parce que j’ai peut-être plus la force de la haïr après ce qu’on m’a fait.


Je ne l’ai pas depuis longtemps. Il vient des écuries ducales. Un… Un cadeau de quand j’ai reçu mon penon.

Je n’attends pas d’elle des félicitations pour avoir été fait chevalier du Royaume. Je sais qu’elle hait trop le Duc, et les raisons de ma promotion. Ça aurait dû être un jour merveilleux dans la vie de son fils. Je sens que ça la fait souffrir. Mon premier acte de chevalier du Royaume, ça a été d’être envoyé la tuer.
Alors je reprends bien vite.

C’est pas moi qui l’ai nommé. Mais j’aime bien, « Ravel ».
On m’a dit qu’il était rebelle. On m’a beaucoup mis en garde. Moi j’ai eu très peur – c’est un vrai étalon. Normalement un chevalier qui tient à la docilité de sa monture, il prend une jument ou un hongre, tu sais. Là, directement, on me filait un étalon. La première heure que j’ai passée sur lui, j’étais pas du tout rassuré… J’ai vraiment cru qu’il allait me balancer à la première occasion.
Eh bien figure-toi : Il m’a tout de suite obéi. J’en revenais pas. Je te jure, maman, je l’ai fait courir, j’ai essayé de l’épuiser, mais non. Il a suivi mon trot, ressenti tous mes ordres. On aurait dit qu’il avait décidé de m’adopter.
Il est adorable. J’ai dormi avec lui une nuit, directement dans son box, sur la paille – franchement, je suis impressionné, qu’il arrive à être aussi câlin et en même temps si vif. Il doit bien choisir ses maîtres.
C’est un vrai crack en devenir.


Je sens ma mère commencer à s’endormir. Elle a très sommeil. Mais moi j’ai envie de parler.

Tu crois que… Qu’on pourrait lui faire faire des saillies ? Ou il est trop jeune ? Je suis pas sûr, tu dois mieux savoir que moi.
Faudrait lui trouver une belle jument. Il pourrait faire de magnifiques poulains. Je suis sûr des gens payeraient cher pour un poulain de Ravel. Si on le montre sur une lice de tournoi il fera des envieux.






Ma mère n’est pas la seule à pouvoir accéder à des souvenirs. Elle a pris possession de mon corps. Elle a fracturé mon âme. Mais elle ne l’a pas juste laissée en morceaux ; Elle est entrée, s’y est mêlée, a sinué à l’intérieur.
Nous sommes liés. Que je le veuille ou non, c’est ainsi. Nous sommes liés.

« Margot de Ternant... elle fait partie des souvenirs de ce lieu. Sa mère l'évoque quelques fois, et... elle danse avec toi dans la salle de bal. Anne et Loyse se disputent en vous regardant. Ta mère ne l'aimait pas beaucoup. Mais elle n’apparaît pas davantage dans les illusions. Vous... »

Je me triture les méninges. Constance avait évoqué ça, en parlant des scènes rejouées par les Déréliches. Nous avions souvent dansé, avec Margot. Souvent. À quoi peut-elle faire référence, en particulier ? Ma mère était présente. Sa mère à elle était là aussi. Margot n’apparaît jamais nulle part ailleurs selon Constance. Pourquoi Constance m’a-t-elle trahit ? Je… J’ai des idées qui se mélangent. C’est douloureux. Il faut que je me raccroche à quelque chose. À des trucs bêtes. Que je reconstruise… Que je force ma mémoire à se reconstruire, petit bout par petit bout. Que j’évite que trop d’idées me viennent à la fois. Que je parte trop loin.

Un souvenir douloureux. Où je dansais avec Margot.

Je crois. Je crois que je sais.


Y a cinq ans. Printemps. Le Jour du Lis. Oui. Oui ça devait forcément être ce jour-là.


C’est une de nos belles traditions en Bretonnie, le Jour du Lis. Faut que je remonte. Que je m’accroche à des… Oui, de tous petits détails… Par où je commence ? Je cherche. Je creuse, dans nos mémoires à nous deux. Que je donne de la vie à un événement cassé, mâché, vu par deux paires d’yeux différents qui ont chacun leur version des faits. C’est épuisant.


Le Jour du Lis c’est la fête de la venue du printemps en Bretonnie. Différents pays et différentes religions du Vieux Monde ont des traditions différentes. Dans l’Empire on s’amuse à sacrifier des veaux. Sur la côte les fidèles de Manaan sont heureux comme tout. Mais en Bretonnie, on fait des mariages. On pense que c’est un jour heureux pour les mariages, on s’arrange très souvent pour que ça tombe bien ce jour-là ; En l’occurrence, Papa avait arrangé des épousailles pour certains de ses vassaux.

Un vassal ça doit tout à son seigneur. Ça lui doit une loyauté absolue – la félonie est un crime perçu comme particulièrement ignoble chez nous. Un vassal doit être prêt à porter les armes à tout instant, en chaque saison. Il doit être prêt à se battre pour l’honneur de son nom, de sa famille. Ses actes et ses gestes engagent la responsabilité de son sire. C’est une relation très servile. Mais contrairement aux manants, le vassal tire de précieux avantages de cette obédience. Papa savait l’importance que tiennent les vassaux : Il les rinçait bien. Il leur offrait des armes, il leur faisait boire son cognac et manger ses oies. Mais le cadeau le plus cher qu’il savait leur offrir, c’était des unions. Il servait d’entremetteur, je crois que maman l’aidait là-dessus d’ailleurs. Pour beaucoup de petits chevaliers errants sans ressources, contracter un mariage est compliqué. Les poèmes d’amour courtois de Brionne aiment raconter aux jeunes nobles qu’ils trouveront une damoiselle après avoir conquis son cœur par des poèmes et des têtes d’orques tranchées, la réalité matrimoniale est autrement plus complexe. Qu’Armand VII puisse offrir de bons mariages, c’était une preuve de sa puissance, ça forçait le respect, et ça permettait aux aristocrates d’Aquitanie de jalouser les « Enfants Terribles » du comté de Lyrie.

C’était le mariage d’Ay-… Non. Bohémond ! Comment j’ai pu oublier ? Bien sûr que c’était lui. Sieur Bohémond FitzMauger. Je vous rafraîchis la mémoire – c’était un chevalier de mon père, un gros monsieur très costaud, au service qui remontait à loin. Quand j’avais quatre ans, il se mettait à quatre pattes pour que je joue à le chevaucher comme un cheval, ça me faisait beaucoup rire il paraît. Ouais. C’était lui. Remariage – sa première femme était malheureusement morte en couches. Il avait mis du temps à faire son deuil, mais ensuite il avait manifesté à mon père le souhait d’avoir une nouvelle union. Malheureusement, c’était un chevalier de peu de moyens, et il avait contracté des dettes… Je sais pas pourquoi. De jeu, je crois. Mon père avait d’autres chats à fouetter que de trouver une épouse à son vassal à cette époque, mais il a quand même fouillé. Il a trouvé une fille de paysan. Ça fait bien bas dit comme ça, « fille de paysan » ; C’est sûr, c’était pas du tout prestigieux, Bohémond est devenu livide quand papa lui a appris ça. « Paysan » ça a tout l’imaginaire autour. Pourtant, la famille de cette fille n’était pas un tas de serfs mal lotis, au contraire, le patriarche était un solide alleutier, un gars qui employait une douzaine d’ouvriers agricoles à la belle saison et qui avait su négocier un traité de pariage avec papa pour avoir une concession dans une forêt. Un paysan tellement riche qu’il avait pu envoyer un de ses fils à Castel-Aquitanie pour faire des études – un merveilleux exemple d’agrandissement social. Mais Bohémond a pas entendu tout ça, il a pas non plus entendu que papa acceptait de lui payer son douaire et qu’il allait disposer comme prix de la fiancée d’une jolie grande-vergée, ce qui est tout de même une sacrée parcelle. Nan, lui il a juste entendu, tu vas épouser une paysanne. Il s’est plaint avant de faire la gueule. Ça a véritablement mis mon père dans une colère rouge ; C’était son second mariage, il était vieillissant et avec des dettes, il allait tout de même pas espérer épouser la fille du Duc quand même ? Il a gueulé un truc de la sorte, je crois.

Ah ce con de Bohémond a failli gâcher la fête. Le marié qui fait la gueule ça fout toujours une sacrée ambiance le Jour des Lis. La mariée elle était ravissante. Elle avait une magnifique robe – jaune. Jaune. Pas blanche. C’était une roturière. Je crois que ça a renforcé l’humiliation de Bohémond. Enfin c’est comme ça qu’il l’a ressenti. Je vais être honnête avec vous : Son mariage, c’était juste un prétexte. Il était le con de la soirée. La vérité, c’est que pour que le Jour du Lis soit sublime, il fallait qu’il y ait un mariage, et ce qui importait, c’était la fête, pas le couple qu’on était censé mettre à l’honneur. Le crétin de gueux alleutier y voyait que du feu. Ses yeux brillaient, il voyait sa magnifique jeune fille épouser un noble. Il devait croire que c’était le jour le plus important de sa vie. Il a même pas remarqué comment les sires Aymeric et Baudouin devaient mordre leurs lèvres pour pas éclater de rire. Le mec a été ridiculisé sans s’en rendre compte. C’est ça la mesquinerie de la noblesse Bretonnienne.



Ça y est. Je commence à me situer. Je commence à retrouver mon état d’esprit ce jour-là. Mes vieux travers. Quelle sorte de teigne, d’enfoiré j’étais durant mon adolescence. Ma façon de parler. Ma façon de penser...





Papa avait invité du beau monde. Beaucoup d’amis. Les gars s’en foutaient de Bohémond, y sont pas venus pour lui. Ils sont venus pour le comte de Lyrie. Non, c’est moi qui étais à l’honneur. J’avais seize piges. J’étais en train d’achever ma pagerie. Des années à souffrir de l’éducation de Quentyn de Beauziac – aujourd’hui, je me rends compte à quel point ses leçons étaient précieuses et m’ont sauvé la vie. À cette époque, je le méprisais et lui en voulait énormément. Il était l’homme qui m’avait éloigné de ma mère. Qui m’avait arraché au château que j’aimais pour me tabasser avec des épées en bois, pour me filer des coups de pieds dans les côtes, pour me faire veiller des nuits entières sous la pluie. C’était un sale rustre. Il l’avait fait à la demande de mon père. Une partie de moi, malsaine, que j’aie depuis purgée et oubliée, se demandait si papa n’avait pas ordonné ceci par jalousie. Ma mère passait beaucoup de temps avec moi. Me prêtait des… Attentions, dont je ne suis pas certain que père bénéficiait encore.
Depuis les limbes, j’arrive à happer cette remembrance. Je la rattache à d’autres.


Ce Jour des Lis, je l’attendais avec impatience, parce que je pouvais sentir, au fond de moi, qu’une page était en train de se tourner. Je me prenais déjà pour un adulte. Je savais que maintenant Quentyn n’avait plus le droit de me traiter comme un inférieur – j’allais bientôt prêter le vœu de l’errance, même si cette errance se passerait sur les routes tranquilles de l’Aquitanie et se résumeraient à des tournois et des banquets. Je ne songeais pas à cette époque à foncer sur l’Orquemont. Je m’étais fait très beau. J’étais mieux apprêté et mieux peigné que le vieux Bohémond. J’avais demandé à ma mère comment elle préférait que je m’habille – elle avait choisi avec soin mon doublet.

Je me souviens, au début de la soirée, je suis allé voir Quentyn avec sire Aymeric, et on s’est amusés à lui faire du mal…
J’avais pris un petit ton de fausset. Je lui avais tendu une coupe de vin, et moi et Aymeric on a commencé à lui parler de quelques banalités. Et puis, je lui ai demandé quand est-ce qu’il allait épouser quelqu’un.
Enfin, un homme comme lui ! Pas encore marié à son âge ! C’est surprenant. Je lui ai proposé de rencontrer quelques jeunes filles. Il a paru embarrassé, a tenté de m’éloigner en jouant sur le registre de la plaisanterie. Mais il était pas doué pour ça. Nan, j’ai continué.
Un homme comme lui. Il n’était pas si laid, pourtant – quelconque, disons. Ennuyant, aussi. Mais enfin, c’était l’acolyte préféré de papa. Le seul parmi les vassaux honnis et répugnés de la mesnie de Lyrie à mériter le titre de « paladin », mot qui n’est pas prononcé à la légère dans la noblesse. Quel était donc son souci ? Avec Aymeric, on lui a demandé s’il souhaitait en parler. On pouvait être à l’écoute, nous. Il s’est échauffé. N’a pas beaucoup apprécié que nous le pressions ainsi sur quelque chose d’intime.
Alors, j’ai baissé le volume de ma voix, je l’aie rendue plus rocailleuse, et je lui ai demandé si je lui plaisais.


Il y avait quelque chose de délicieusement malsain à observer la petite lueur de tristesse et de panique dans son regard. Celle d’un homme constamment renfermé, sûr de lui-même, avec tellement à prouver. On parle d’un type qui, dans sa jeunesse, avait attrapé un Orque Noir par la gorge pour la soulever et lui planter son épée dans le lard. Six pieds de haut et deux cents livres de buffle, du beau spécimen de chevalier. En une phrase, je l’avais fait passer par toutes les émotions. Un mélange d’espoir taquin et d’humiliation. J’avais parfaitement deviné ce qu’il était. Le mot qu’il redoutait. La chose qu’il ne voulait pas qu’on colporte sur lui. La vérité. Parce que rien n’est jamais plus blessant que la vérité.
Pédéraste.
Il s’est mis à balbutier. Aymeric a sur-enchérit en le rassurant faussement – nous ne sommes pas dans l’Empire après tout, on ne prie pas Sigmar en se flagellant le soir, ce genre de choses n’est pas si mal vu en Aquitanie. On a fait semblant de deviner des avances dans certains de ses gestes – il est vrai que dans la vie de conroi les hommes ont la bonne tendance à se déshabiller pour se laver dans la même mare. C’était tout de même cachottier de sa part.
Il est devenu rouge. Et là, soudain, j’ai fait mine d’être déçu. Et de comprendre. Non, je ne lui plaisais pas.
C’était mon père qui lui plaisait.

Il est parti aussitôt. C’était très con de sa part. Il faisait que confirmer ma pensée. J’en ai eu un sourire assez vicelard pour échauffer mes pommettes. Un gros bonhomme tueur d’Orques, qui au final n’est qu’un amoureux transi incapable de l’avouer. C’est…
Ridicule. Allons. Vous n’alliez tout de même pas trouver du romantisme là-dedans ? S’il vous plaît. Ça passerait si seulement il n’était pas aussi inintéressant. J’avais juste trouvé le moyen de tuer le temps un instant, et ça m’avait beaucoup amusé.


Puis, j’ai redécouvert Margot.

Je n’avais pas vu Maman depuis un moment. J’avais aimé passé toute une après-midi avec elle, pour me faire coiffer, pour avoir ses mots doux et ses caresses. Mais en voyant Margot, j’avais immédiatement balayé Anne de Lanneray dans un coin de mon cerveau. Elle non plus je ne l’avais plus vue depuis un moment. Alors que je passais tout mon temps avec elle durant l’enfance, ses visites s’étaient faites moins habituelles. Puis j’ai suivi ce triste sire de Quentyn à travers le duché. Je rêvassais encore un peu d’elle, mais c’était une idée qui s’était éloignée de mon esprit.
Mais la revoir… Je crois que mes souvenirs d’enfance l’idéalisaient. Sans eux, elle était juste une femme sublime. Avec la tendresse que j’avais éprouvée pour elle, elle devenait la seule chose que je convoitais.

Elle n’était pas la mariée – la pauvre mariée, la gueuse qui était le dindon de la farce, j’avais cessé de la reluquer depuis un moment. Et pourtant, malgré ça, elle avait mis des fleurs à ses cheveux. Elle s’était vêtue d’une magnifique robe, pourpre et blanche, aux bras nus, sa gorge couverte de soieries. J’ai pas pu m’empêcher de sourire comme l’idiot du village en la voyant.
Le jour du Lis, on désigne une « Dame », qui est censée être la plus belle femme du village. C’est un usage un peu futile, et normalement la politesse veut qu’on laisse cet honneur à l’épouse. À partir de l’instant où j’ai posé mes yeux sur elle, j’ai eu envie de tout faire pour qu’elle soit reconnue par ce titre aussi folklorique qu’inutile.

J’ai passé la soirée avec elle. Elle était ravie de me revoir. Quand elle souriait, elle avait une manière d’un peu rougir en coin. Ça rehaussait encore les battements de mon cœur. On avait passé beaucoup de temps à roucouler ensemble, gosses. Mais c’était de l’amour de gosses. Se faire un bisou sur la bouche à douze ans c’est pas la même chose que se revoir après une longue séparation quand on en a seize. On est devenus moins ingénus. Plus… Entreprenants, sur ce qu’on désire.
Alors que le clerc de notaire s’était ramené pour unir bien officiellement Bohémond et sa gueuse, j'ai attiré mon amante discrètement au cimetière pour que nous nous éclipsions avec une bouteille d’alcool. J’ai toujours aimé le cimetière du château. Il était calme, et en retrait. Au début, on a surtout discuté comme des amis. Essayé de retracer des années d’absence en piaillant. Puis, la discussion a viré sur des questions plus personnelles que savoir quels nobles on avait fréquentés, et quelles villes on avait pu visiter. C’était le genre de questions à plusieurs sens de soupirants. Vous voyez lesquelles. Celles qu’on murmure tout en se rapprochant mutuellement. Si on avait rencontré des gens. Si on s’était manqués.
On a entendu des applaudissements à l’intérieur. Alors je lui ai proposé qu’on aille danser. Et on est rentrés.

On a dû passer une heure à danser. Collés, l’un à l’autre. Plus que ce que deux partenaires de danse devraient avoir normalement comme contact. On se touchait, lentement. Mes mains se sont collées à ses hanches. Elle passait les siennes dans le creux de mes reins. Oui. Je sentais qu’elle aussi répondait à mes avances. Je ne délirais pas. Je sais que… Que j’ai tenté quelque chose, avant elle. Mais elle ne semblait pas le refuser. Rien, absolument rien chez elle ne me faisait sentir que quelque chose de mal, d’interdit était commis.

Et pourtant cette soirée elle m’a marqué.

Parce que bien plus tard, à la fin de la nuit, quand je suis allé toucher le dos de Margot, je l’aie sentie se dérober sous ma main. Trembler. Me lancer un regard de mépris. Et me parler beaucoup plus… Sèchement qu’avant.

C’était la dernière fois que je l’aie jamais vue. Avant ce jour dans les tumuli de Cuilleux. J’étais plus le même garçon. Et je regrettais tous mes actes. Tous les gestes déplacés que j’ai pu avoir envers elle.



Loyse de Ternant était là, lors de cette soirée. Je lui ai souris et l'ai accueillie courtoisement comme tous les autres invités au début de la soirée, obligation de fils du seigneur. Mais je n’avais pas noté sa présence autrement. Toute la soirée, je l’aie passée avec sa fille. Obnubilé par elle.

Pourtant, je sais que parfois, mon regard plongeait vers elle, et maman. Elles nous regardent.



De quoi discutaient-elles ?


Je me raccroche à tout ça. Tous les détails. Elle a aidé Bohémond quelques jours avant, à lui choisir un costume – ça la faisait chier. Je sens ses soupirs. Elle a vu la manière avec laquelle Quentyn de Beauziac est parti en trombe pour aller aux écuries – elle n’a pas compris pourquoi il a ainsi fui la fête, elle n’a pas apprécié l’impolitesse. Je sens la manière qu’elle a eu de vivre les mêmes événements que moi, mais avec des yeux différents.
Elle était ravie de me revoir, cet équinoxe. Elle était heureuse. Elle me trouvait beau. Elle me trouvait ravissant.
Je sens ses yeux me dévorer. Et se darder de haine vers Margot.



Que racontait-elle à Loyse ? Je l’ignorais à cette époque, mais déjà beaucoup se jouait alors. Beaucoup trop.

Qu’est-ce qui était en jeu ?
Jet de mémoire par Katarin : 1, réussite critique.
Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 03 juil. 2020, 09:03, modifié 1 fois.
Raison : 6 xps / Total d'xp : 13
Fiche : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_armand_de_lyrie
Image

Échiqueté d'or et d'azur à la bordure de gueules à la guivre de gueules halissante
Stats :
FOR 10 / END 9 / HAB 10 / CHAR 12* (11) / INT 8 / INI 10 / ATT 13 / PAR 11 / TIR 8 / NA 2 / PV 67/70
*Bonus grâce à la chevalière portée à l'auriculaire

Compétences :
- Anticipation : +1 en ATT et +1 en PAR à partir du 3e round face au même ennemi
- Coup précis (1) : Malus atténué de 1 lors de la visée d'une partie précise
- Coups puissants : +1d3 de dégâts
- Coriace : Résiste à 1d3 dégâts de plus
- Dégainer l'épée : +1 en INI lors du premier round
- Parade : Valeurs de parade doublées
- Sang-froid : +1 lors d'actions réalisées sous stress

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien
- Baratin : +1 pour embobiner quelqu'un à l'oral.
- Danse : Excellent danseur
- Étiquette : +1 lors des interactions avec la haute société
- Empathie : Capable, sur un test, de lire les émotions sur le visage de quelqu'un.
- Humour : +1 pour divertir et amuser.
- Monte : Ne craint pas de chutes lors d'une montée normale
- Héraldique : Capable de reconnaître les blasons des familles nobles, et d'en savoir plus sur eux sur un test
- Vœu de la Pureté : +2 dans la résistance aux tentations terrestres
Équipement de combat :
- Poignard "miséricorde" : 1 main / 12+1d6(+1d3)* / 12** (6) parade / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Peut être lancée
- Lance d'arçon : 1 main / uniquement à cheval / 20+1d10(+1d3)* / 16** (8) parade / "Long" (Malus de -2 ATT pour les adversaires) / "Épuisante" (Malus de -1 d'utilisation après END/2 tours, à chaque tour, max -4) / "Percutante" (Relance du jet de dégât, meilleur résultat gardé) / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Se brise après 4/5 utilisations
*Avec la compétence Coups puissants
**Avec la compétence Parade


Tête : 0 protection
Reste du corps : 0 protection

- Destrier Bretonnien (Ravel) : FOR 10 / END 12 / SAU 7* (8) / RAP 9* (10) / INT 8 / DOC 11 / ATT 9
*Malus pour cause de barde et caparaçon
Corps et croupe : 15 protection (Barde de plaques)
Dos et tête : 15 protection (Caparaçon de plaques)
Équipement divers :
0 Co

- Un beau doublet
- Un grand manteau
- Des bottes neuves
- Une jolie écharpe

- Nourriture
- Hydromel

- Bague affichant un lion - +1 CHAR

- Insigne argenté marqué du blason de Lyrie
- Pendentif monté en clou
- Feuilles de brouillon, stylet et encrier
- Un flacon à l'odeur immonde
- 3 bouteilles de tonique miraculeux

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[MJ] Katarin
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Re: [Anne de Lanneray] Des comptes à régler

Message par [MJ] Katarin »

 ! Message de : MJ Katarin
Disclaimer : le post ci-dessous aborde d'assez près des thématiques assez malsaines et malaisantes, notamment autour de la relation incestueuse entre Anne et son fils, vu par l’œil non pas de la victime mais bien de sa mère. Si ce sujet est sensible à vos yeux, peut-être serait-il plus sage de ne pas lire ce qui suit.

Le tumulte des pensées de Anne était pareil à des flots déchainés dans lesquels Armand ne pouvait que se faire emporter en tentant de son mieux de garder la tête hors de l'eau. L'esprit humain n'était pas un long fleuve tranquille que l'on pouvait emprunter sereinement, afin de glaner tranquillement le fil de ses réflexions et émotions. Quand bien même l'esprit d'Armand côtoyait de très près celui d'Anne, lui permettant d'effleurer ses impressions et opinions, rien n'était jamais simple à appréhender.
Lorsqu'il se mit à parler de Ravel, l'esprit d'Anne devint en un éclair un tourbillon de doutes et de désirs. Elle se méfiait de son fils, qui essayait sans doutes de l'amadouer en abordant des thématiques plaisantes afin de la manipuler. Elle était fatiguée, elle avait envie de se détendre sur un sujet léger, loin de la complexité de leur actuelle situation. Elle était fière, et refusait de laisser un climat tendre s'installer entre eux alors qu'il ne le méritait en rien. Elle était une mère aimante, qui ne désirait rien de plus au monde que de passer un moment d'insouciance avec lui tant qu'elle le pouvait encore. Elle était haineuse, d'une colère accumulée deux mois durant à voir encore et encore l'armée du Duc fondre sur son domaine pour la tuer, sur ordre de son propre fils.
Elle aussi devait percevoir le même type de confusion chez son fils. Un mélange chaotique d'amour, de haine, de fatigue, de lâcheté, et de tant d'autres émotions contradictoires qui, mêlées les unes aux autres, ne représentaient plus qu'un assemblage mutant d'intentions vaines et de désirs inassouvis.

Anne décida de lâcher prise. Arrêter de douter, pour juste se laisser porter. Écouter uniquement son désir de l'instant présent, et ignorer les parasites : elle voulait être heureuse avec son fils, et que son fils soit heureux avec elle, même si ça ne durait que quelques minutes.

Elle félicita sobrement son fils pour son titre de seigneur, lui souhaitant que cette situation fasse son bonheur - mais elle ne s'attarda pas davantage sur ce sujet. Elle caressa plutôt Ravel en se laissant guider par les conseils d'Armand. Elle rigola de son caractère fougueux, rappelant à leur mémoire commune la différence entre ce destrier et celui du seigneur Casin : le second lui avait mangé dans la main dès qu'elle l'avait libéré de sa stalle, alors que le premier avait failli lui envoyer ses deux sabots dans le visage lors d'une ruée méfiante. Malgré la fatigue, elle se laissa emporter par la légèreté d'une conversation sans enjeu : elle lui rappela que le seigneur Elbiq avait la réputation de posséder un cheptel dont le sang elfique avait été renouvelé quelques générations plus tôt seulement, faisant de ses juments des merveilles rares au capital inégalé : et de fait, lors des tournois, ses chevaux se classaient souvent parmi les meilleurs. Néanmoins, selon elle, Ravel devait avoir entre trois et quatre ans : un tout petit peu jeune pour les saillies, mieux valait attendre une année supplémentaire.
La conversation dura une bonne vingtaine de minutes, pendant lesquelles le sujet ne changea jamais. Mère et fils éprouvaient la même passion pour l'équitation, et c'était sans difficulté qu'ils pouvaient échanger sans discontinuer. Malheureusement, la fatigue physique finit par être trop difficile à supporter pour Anne, qui décida à contrecœur de mettre fin à ce moment pour aller s'endormir.

Après la pierre d'un cercueil, la paille d'une ferme. Si on lui avait dit à quoi ressembleraient ses lieux de sommeil lorsqu'elle serait de retour parmi les vivants, elle n'aurait jamais voulu y croire : heureusement, la fatigue l'emportait pour le moment sur le manque de confort et le grand manteau d'Armand la protégeait partiellement du froid : Anne s'endormit en l'espace de quelques secondes.


***
La salle de bal du château de Lyrie était une véritable fierté pour la famille d'Armand : c'étaient là que se tenaient presque toutes leurs réceptions, c'était ici qu'ils étalaient richesses extravagantes et tenues provocantes pour rappeler à leurs amis tout comme à leurs ennemis qu'ils possédaient une forte influence en Aquitanie, tant en terme de richesses que de pouvoir politique. Des rideaux en soie bleue de cathay ornaient les murs, tandis que de magnifiques sculptures murales de femmes ailées étendaient leurs plumes de marbre en direction des danseurs. Les chandeliers au plafond soutenaient des centaines de bougies dont les flammes se réfléchissaient aussi bien sur diverses verreries et miroirs judicieusement placés, que sur le parquet parfaitement ciré. De part et d'autres, de grandes tables de buffet recouvertes d'une nappe blanche finement brodée étaient recouvertes de mets plus luxueux et raffinés les uns que les autres : le père d'Armand était tout particulièrement féru de mets provenant de l'Albion, et permettait ainsi à ses invités de s'essayer à de multiples nouvelles expériences gustatives dont le cout d'importation était exorbitant. Quelques domestiques s'assuraient que ni la nourriture ni l'alcool ne venaient à manquer : entièrement parés de gris, ils portaient tous un masque incolore destiné à cacher leur faciès : sans visage ni couleur, ils étaient dépossédés du droit d'avoir une identité propre, pour ne plus être qu'une fonction : la servitude.

La réception se déroulait sans anicroche. Armand et elle avaient époustouflé leurs invités lors d'une valse endiablée pour laquelle ils avaient révisé de nouveaux pas particulièrement acrobatiques, Bohémond s'était tenu à carreau à partir du moment où le seigneur de Lyrie l'avait rappelé à l'ordre et se réfugiait désormais dans le vin et la bonne chair pour calmer ses nerfs, le cadet du vieux Duc et sa grande sœur semblaient tout particulièrement apprécier les musiciens qu'elle avait fait mander pour l'occasion, et déjà quelques invités s'étaient déjà réfugiés dans les chambres du château pour nouer des liens particulièrement étroits.

L'on s'amusait toujours en Lyrie, Anne y avait veillé. Chaque serviteur masqué était dévoué au culte, éduqué des mois durant par sa propre main : pour peu qu'on connaisse le mot de passe, alors chacun était tenu d'obéir scrupuleusement au moindre désir de leurs invités, quels qu'ils soient. Notamment, ils pouvaient alors proposer aux invités dans la confidence, quelques gouttes de Courage à mélanger à leur verre : l'assurance d'une soirée inoubliable. Bien évidemment, la drogue en question était d'ores et déjà diluée dans la boisson de chaque invité présent pour diminuer les inhibitions de chacun - les pantins gris ne permettaient que d'en avoir davantage encore pour ceux souhaitant franchir certains paliers.

Le Corrupteur gagnait toujours quelques partisans supplémentaires lors du Jour du Lis. L'ambiance était à l'euphorie, au partage, aux étreintes. La drogue seule n'expliquait pas cette réussite automatique : non, il s'agissait avant tout d'un effet de groupe des plus pervers : un noble timide, entouré de quelques personnalités plus enthousiastes et libérées, aura alors tendance à normaliser des attitudes qu'il n'aurait pas adopté dans d'autres circonstances. "Si les autres le font, je dois le faire aussi" : une pensée pernicieuse qui cimentait l'expansion démesurée de la cellule slaaneshie d'Aquitanie, où la compétition et la jalousie entre nobles était la base de toute relation.

Plus que quiconque, Armand de Lyrie était à sa parfaite aise dans ces circonstances. Danseur d'exception, baratineur de génie, séducteur sans égal, il butinait de groupe en groupe, échangeait, rigolait, conspirait. Rien ne l'amusait tant que de faire montre de son éloquence sans pareille, que d'aller charmer ses pairs pour nourrir son ego : un poisson dans l'eau.
Anne ne disposait pas de son aisance naturelle. Bien sur, elle ne déméritait pas lorsqu'il s'agissait de faire bonne figure en public, mais au fond d'elle son ventre était toujours douloureusement serré d'inquiétude. A aucun moment elle ne relâchait sa vigilance, jamais ne touchait-elle aux boissons relaxantes qu'elle avait mis à disposition, et à chaque instant son regard balayait la pièce, la recherche du moindre détail pouvant indiquer que la situation dégénérait. Elle était la maitresse de maison, et en ce sens elle ne pouvait supporter que quoi que ce soit échappe à son méticuleux contrôle. Il suffisait d'une erreur, d'un seul cultiste commettant un impair auprès de la mauvaise personne, pour que tout s'écroule.

Naturellement, son regard portait plus de la moitié du temps sur l'épine enfoncée dans son pied jusqu'à la cheville : Loyse de Ternant.

Cette vipère était affreusement séduisante. Elle n'avait que deux ans de moins que Anne, mais l'écart semblait pourtant bien plus grand tant l'on jurerait qu'elle n'avait jamais atteint la trentaine. L'héritière des Lanneray avait subi les premiers affres du temps : ridules, veines légèrement apparentes, quelques grains de beauté surnuméraires, fines vergetures, ainsi que des os un peu plus saillants qui trahissaient sa maigreur. Loyse en revanche semblait voir sa beauté figée dans le marbre. Elle était bien en chair, mais pas grasse pour autant : Des seins rebondis, des hanches larges, des fesses bien charnues, le type de rondeurs qui donnait envie de se damner pour les agripper et y plonger le visage d'extase. Elle portait une robe noire au décolleté abominablement provoquant, et aucun noble ne pouvait la laisser passer sans s'empêcher de reluquer ses formes, ne serait-ce qu'un court instant.

Sa fille Margot ne lâchait pas Armand de la soirée. Elle le collait où qu'il aille, agitant ses provocantes mèches blondes près de son visage, incitant son fils à boire quelques verres de plus en sa compagnie : à l'évidence, elle savait très bien ce que contenaient les boissons. Elle minaudait, gloussait, se frottait, et toujours avec plus d'entrain, manipulant Armand pour obtenir de lui ce qu'elle désirait.

Telle mère telle fille. Loyse elle aussi usait de ses charmes pour roucouler auprès du seigneur de Lyrie, l'incitant à danser ensemble à de multiples reprises, collant son corps au sien et invitant ses mains à se balader sur elle. Loin de la repousser, Armand chuchotait à son oreille pour la faire glousser de plus belle, avant qu'elle ne jette des regards provocateurs à Anne destinés à la narguer. Armand savait très bien qu'elle détestait sa rivale, mais il n'était pas homme à s'empêcher de faire ce qui lui chantait parce que cela déplaisait à autrui, quand bien même il s'agissait de sa propre femme.

Quant au mari de Loyse, le seigneur Hubert de Ternant... mieux valait ne pas compter sur lui pour tenir la laisse de sa femme. Le pauvre homme restait debout sur le côté de la piste, adossé au mur, le regard dans le vide alors qu'il tenait dans sa main une coupe de cognac qu'il ne buvait pas. Totalement absent de son propre corps, l'esprit de Hubert avait été la victime des machinations de Loyse au fil des ans. Une décennie plus tôt, il était déjà quelque peu rêveur, mais c'était bel et bien avec lui qu'Armand avait noué une solide amitié et non pas sa sinistre conjointe qui ne servait que de discrète potiche. Officiellement, il souffrait d'un mal inconnu qui rendait son esprit somnolent ; officieusement, Anne était convaincue que Loyse l'avait volontairement affaibli au fil des ans pour prendre le contrôle de ses terres. S'il avait du mourir, la Dame de Ternant aurait du composer avec un nouveau mari qui aurait pu saper son autorité : mais tant qu'il restait dans cet état pathétique, elle pouvait l'utiliser comme une marionnette pour que tous ses ordres soient dictés par sa bouche. Lorsque Loyse demandait quelque chose à son mari, une étincelle d'humanité revenait allumer ses prunelles, il souriait un peu, puis lui accordait tous ses désirs.

A un moment de la soirée, assez tardivement puisque plusieurs invités étaient déjà partis, Armand et Margot s'éclipsèrent dans le cimetière. Anne s'inquiétait au sujet de cette passion morbide que développait son fils : de plus en plus souvent, il était fourré dans les jupes du prêtre de Morr de Lyrie, à écouter ses assommants sermons. Néanmoins, Anne y trouva quelque réconfort : jamais son fils n'aurait l'audace de s'envoyer en l'air avec cette petite trainée dans un lieu consacré. Ou tout du moins se força t-elle à le croire : il avait pris en confiance depuis qu'il avait commencé sa pagerie avec Quentyn de Beauziac.

Loyse apparut alors devant elle, la main tendue dans sa direction. Elle avait les joues rouges de vin, les yeux pétillants de malice, et elle inspirait si fort qu'on aurait juré que l'un de ses seins allait s'échapper de son décolleté à chaque respiration. Elle adressait un sourire tout particulièrement carnassier à Anne.

- Vous venez danser ma chère ?

Sale pétasse arrogante. Elle savait pertinemment être meilleure danseuse : Loyse était née pour ça. Elle avait une grâce folle et un pas sûr en toutes circonstances, lui permettant d'être la cavalière idéale du seigneur de Lyrie qui excellait lui aussi en la matière. Anne était douée, bien sur, mais elle n'était pas exceptionnelle comme ces deux-là. Elle aurait pu refuser la demande de Loyse, qu'elle savait manigancer Slaanesh seul savait quoi. Mais piquée aux nerfs, refusant de se rétracter par peur, elle avait accepté.

Sans surprise, Loyse prit sans en demander la permission le rôle du cavalier. Ce fut elle qui guida la danse, et bien évidemment,elle avait choisi des pas particulièrement complexes à suivre pour mettre Anne en difficulté. Déterminée à ne pas se laisser démonter, la Dame de Lyrie suivit néanmoins le rythme et la chorégraphie imposés : s'il lui arrivait de rater un pas, elle se rattrapait immédiatement sur le suivant pour ne pas être déséquilibrée.
Ce ne fut qu'après une première danse au tempo rapide que Loyse profita du rythme plus en douceur de la seconde afin de murmurer à l'oreille de sa cavalière d'une voix chaude et sensuelle.

- Je peux le sentir Anne. Le cadeau du Prince, il me rend... meilleure.

Anne ne répondit pas. Elle se concentra sur ses pas.

- Nous pourrions nous isoler, vous, et moi. Je vous laisserai le toucher. Le caresser. Le lécher. La pénétrer.

Anne l'ignora. Provocations futiles. Elle valait mieux que ça. Terminer cette danse, et se débarrasser de Loyse. La soirée était bientôt finie.

- La fille du vieux Duc l'adore. Elle me mangeait déjà dans la main auparavant, mais maintenant... elle est tellement dévouée, c'en est aussi excitant qu'effrayant.

Anne laissa son esprit divaguer. Les provocations et vantardises de Loyse ne menaient nulle part. L'écouter, réagir, c'était déjà entrer dans son jeu.

- Armand a su unifier tant de nobles d'Aquitanie à sa bannière. Vous ne le savez que trop bien, Dame du Lanneray... et le Ternant semble désormais avoir l'oreille à la fois du Duc, mais aussi du Prince...

La colère montait. Anne savait où cette messe basse les menait. Elle concentrait tous ses efforts afin de garder son calme. Ne pas faire d'esclandre. Elle n'en valait pas la peine.

- Le Ternant et la Lyrie, ensemble, domineraient toute l'Aquitanie, c'est une évidence. Ne croyez-vous pas, pour les intérêts de notre maitre, qu'il serait grand temps de laisser votre petit garçon prendre son envol, afin qu'il puisse trouver grâce auprès de ma Margot ? Un mariage serait...

La gifle qui en suivit résonna dans toute la salle de bal. Anne s'était retournée à cent quatre-vingt degrés, et avait laissé le dos de sa main percuter avec tant de puissance la joue de Loyse que cette dernière éait partie à la renverse et s'était écroulée sur le sol. L'air hagard, elle fixait Anne en tenant son visage meurtri, désormais rouge non plus d'ivresse mais de douleur. Du sang coulait de sa pommette, trahissant le passage d'un ongle qui avait perforé sa peau.

Alors que toute la foule se tournait vers elle, Anne se laissa guider par son instinct et sa colère, et incanta en quelques secondes un sortilège de langueur qui affecta toute la salle de bal. Les invités subirent l'impact de l'énergie aethyrique de plein fouet, et leur esprit affibli se mit à fuir la réalité pour rejoindre un domaine de douce euphorie. Libérée de tout témoin, Anne put déchainer sa colère sur Loyse de Ternant.

- Vous ne toucherez pas à mon fils ! hurla Anne, perdant tout sens commun.

Une corde argentée apparut tout à coup depuis le poignet d'Anne, pour se jeter autour du cou de Loyse qui se relevait péniblement. Enserrée par le lien magique, elle se mit à étouffer : usant de ses doigts, elle tenta de gagner quelques centimètres de mou pour pouvoir respirer, en vain.
Mais Anne n'en avait pas terminé avec elle : incantant un nouveau sortilège, sa propre langue s'allongea de manière grotesque, pour s'introduire dans la bouche grande ouverte de la Dame de Ternant, qui cherchait de l'air à aspirer. Anne laissa glisser sa chair déformée à l'intérieur de sa rivale : elle descendit à travers sa gorge, gouta les parois de son œsophage, se faufila dans son estomac, puis descendit dans ses intestins pour lécher et perforer sa chair de l'intérieur. Etranglée par le filament argenté, sa respiration obstruée par la langue démesurée de Anne, Loyse était un pantin suppliant et misérable qui se tortillait devant elle.

Je me moque de vos petites manigances avec la fille inepte du Vieux Duc, hurla t-elle par télépathie dans son esprit suppliant.Tout comme je me fous de la vilaine marque que le Corrupteur vous a offert, Loyse. Vous croyez que cela suffit à m'affronter, moi ? Vous n'avez pas le centième de ma puissance, ni de mon influence. Vous n'êtes rien sinon une pute de bas étage qui ne peut que tortiller du cul et vendre celui de sa fille pour espérer s'élever de la fange qu'est votre demeure. Vous n'aurez ni mon mari, ni mon fils : et si je surprend encore une seule fois Margot ou vous à minauder auprès de mes deux hommes, je m'assurerai personnellement que ce seront vous les deux vedettes de notre prochaine orgie sacrificielle. Me suis-je bien faite comprendre ?

Les borborygmes suppliants et les larmes qui fuirent ses yeux suffirent à satisfaire Anne.

Lorsque le sortilège de langueur se dissipa, les invités purent voir Loyse au sol, la joue rouge, les yeux humides et en train de tousser, tandis qu'Anne quittait la pièce. Elle jeta un regard glacial à son mari avant de sortir.

A peine était-elle hors de la salle du bal qu'Anne tituba et manqua de s'effondrer. Deux serviteurs accoururent pour lui prêter main forte, et l'aidèrent à monter dans sa chambre. dans les escaliers, elle fut prise d'une quinte de toux qui lui fit cracher des gerbes de sang sur le sol. Elle n'avait lancé que quatre sortilèges à la complexité limitée, et pourtant déjà elle avait l'impression que son corps était ravagé de l'intérieur. Des larmes lui montèrent aux yeux. Si elle avait donné le change devant Loyse, l'intimidant suffisamment pour la mettre au pas, Anne savait pourtant que la vérité était toute autre : elle n'était plus l'élue du Corrupteur, et depuis longtemps déjà. Depuis qu'elle avait sauvé son fils, le Prince avait grandement limité sa générosité à son égard. Voilà quinze longues années qu'elle donnait le change, usant de sa réputation passée pour garder la main mise sur la cellule cultiste d'Aquitanie. Plus les années passaient, plus elle s'affaiblissait : ce ne serait qu'une question de temps avant qu'un fidèle ne découvre sa réelle faiblesse et tente d'en profiter : si ce n'était pas Loyse c'en serait un autre. Si Anne ne trouvait pas un moyen rapide de retrouver sa puissance, elle risquait de tout perdre.

Y compris son fils.

Anne ne trouva pas le sommeil cette nuit-là. Ou plutôt, elle dormit peu, et ses rares instants de repos furent parasités par une multitude de cauchemars impliquant Loyse et son fils. Elle s'imagina Armand aussi catatonique que Hubert de Ternant, elle l'imagina avec la marque du Prince sur son nombril, elle l'imagina forniquer avec Margot avant que cette dernière ne l'égorge, elle l'imagina devenir le pantin obéissant de Loyse, pour s'introduire dans la chambre de sa mère et l'assassiner dans son sommeil.

Se réveillant en sueur au milieu de la nuit, elle retira le drap sous lequel elle dormait : ce dernier était si humide de sa transpiration qu'il en était désagréable. A ses côtés, Armand dormait comme un loir, les bras et les jambes en étoile, un filet de bave coulant de sa bouche souriante.

Animée d'un besoin impérieux, Anne quitta son lit pour faire le même chemin que de nombreuses autres nuits : se saisissant d'une bougie, elle traversa l'étude de son mari, rejoignit le couloir du deuxième étage qu'elle longea vers l'ouest, entra dans la salle de réunion des chevaliers, puis rejoignit la chambre de son fils. Posant sa source d'éclairage, elle abandonna sa robe de chambre au sol puis se glissa sous les draps de son amant.


***


Anne se réveilla en sursaut alors que les premières lueurs du soleil passaient entre les planches de la grange. Recouverte de paille séchée, elle était aussi dégoulinante de sueur que dans son souvenir, et surtout, son esprit en ébullition était en complète panique. Le souvenir se mêlait au réel, et toutes les émotions ressenties cinq ans plus tôt étaient remontées par le chemin de son subconscient jusqu'à ici et maintenant. Reliquat de ces rêves humides, la vigueur d'Armand était bien réelle entre ses jambes, douloureuse à cause d'une position inconfortable dans son pantalon.

Sa main glissa vers la source de son désir, se faufilant entre le vêtement et la peau.

L'esprit d'Anne était un véritable chaos. Melant rêves et réalité, souvenirs et désirs, il s'agissait d'un maelstrom d'émotions brutes sans structure, dans lequel tout se confondait.

- Armand... s'il te plait... faisons-le... comme avant... ensemble...

Elle lui laissait le contrôle, au moins partiellement : la volonté de Anne guidait ses muscles, à défaut de les manipuler directement.

Armand avait par le passé admis craindre de pouvoir un jour comprendre ce qu'il se passait dans la tête de sa mère lors de ces instants. Désormais il savait.

Aussi incohérent que cela puisse sembler, il y avait un amour sincère, inconditionnel, presque effrayant. Il n'avait nulle limite, nulle frontière, aucune notion morale ou éthique : le type d'amour qu'on idolâtre dans les livres, celui pour lequel on peut déplacer les montagnes et tuer ses opposants. Mais chez Anne, cette affection malsaine était littérale, épargnée de toute culpabilité, de tout manichéisme : le bien et le mal n'existaient pas dans sa manière de pensée : il n'y avait que ce qu'elle voulait, et ce qu'elle ne voulait pas. Pour l'amour de son fils, le monde pouvait bruler sans que jamais elle ne s'en émusse.
Il y avait aussi du désir, un besoin impérieux et malsain qui ne souffrait ni contrôle ni retard. Une nécessité vitale que de satisfaire ses sens, de fuir ses pensées par la jouissance, de laisser le plaisir prendre le dessus sur tout le reste. Une volonté de posséder le corps de son fils, de le contrôler, de le faire sien.
Mais surtout et avant tout, il y avait de la peur. Anne de Lanneray était terrifiée. Terrifiée de perdre son fils, terrifiée qu'il puisse ne pas l'aimer, qu'il la déteste, la rejette, la renie. Une angoisse qui s'était concrétisée le jour où il l'avait trahie. Une crainte primale ancrée dans son passé, par les mots d'une prêtresse qui résonnaient encore au fin fond de sa mémoire, gangrénant son cœur meurtri.



"Shallya ne peut rien pour lui, ma Dame, car il n'est pas malade. La vérité, c'est que cet enfant refuse de vivre."



Armand jet de CHA pour amadouer sa mère et parler chevaux : 3.
Pas d'opposition de Anne.
==> +2 pour tes prochains jets de CHA avec elle.

Tu as choisi de fouiller sa mémoire, donc le malus de ton prochain jet de mental pour reprendre le contrôle sera de -5.
Néanmoins, actuellement, Anne a un malus de -4 aux siens car elle te laisse du mou.

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Armand de Lyrie
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Re: [Anne de Lanneray] Des comptes à régler

Message par Armand de Lyrie »

Une demi-heure de normalité. C’est ça que Ravel m’a permis d’obtenir. Une demi-heure paisible. Une demi-heure à peine à parler de choses d’une conversation légère, à complimenter la robe de Ravel, à réfléchir à comment il faudrait le brosser à un moment ; Une légère dispute, toute futile et calme, parce que nous ne sommes pas d’accord sur le moment opportun pour changer ses fers.
Une conversation que pourraient avoir deux amis. Une conversation que peut très bien avoir une mère avec son fils. Je me serais damné pour avoir droit à ces précieuses minutes de normal, pour essayer de tromper mon esprit. Pour le tranquilliser. Pour… Pour ignorer tout le reste.



Ça n’aura pas duré.



Ma mère est folle à lier. Ce n’est pas une insulte. Il y a tellement de gens autour de cette Terre, qui, pour une raison ou pour une autre, indépendante de leur volonté, ne peuvent tout simplement pas vivre comme… Comme… Comme les autres. Ils souffrent. Ils ont des comportements, des idées déplacées. Et souvent, leurs pairs les font payer pour ça. Quand on est pauvre, on est relégué au rang de l’idiot du village, constamment humilié et tourné en dérision. Quand on est riche… Quand on est riche, on trouve des moyens pour les tenir à l’écart et les protéger.
J’aurais aimé pouvoir sauver ma mère d’elle-même. C’est, dans mes passés que je réinvente, dans mes rêveries où je change un événement à un moment et où tout un tas de facteurs joueraient en ma faveur, une réalité que j’aurais aimé connaître. J’aurais aimé avoir eu la force de la confronter, de lui faire reconnaître sa folie, et de l’éloigner de moi, tout en sachant qu’il y aurait des gens pour prendre soin d’elle. Comme Margot enfermée dans le monastère de Shallya à Derrevin.
Mais je suis un lâche. Je n’ai jamais discuté avec ma mère de… De ce que j’aurais aimé lui dire. Et maintenant, maintenant, l’horreur du destin a voulu que je sois mêlé à elle. Et c’est… C’est plus épouvantable encore que je ne l’imaginais.

C’est facile de traiter sa mère de folle de l’extérieur. Ça évite des discussions. Ça évite des réflexions. Quand son souvenir devient trop présent, quand des remembrances de ce qu’elle m’a… fait, surgissent à l’attention de ma conscience, j’ai juste à attraper un verre de cognac, grimacer, me dire : « Elle était tarée », et chasser le tout avec le goût âcre de la liqueur.
Mais maintenant, je sens ses pensées. Ses émotions. Toutes les réflexions qui parasitent son âme. Je sens tout. Et c’est terrible, de sentir la folie d’un fou. De voir leur logique, leur manière de percevoir les choses. Ça donne envie de lâcher prise. J’ai pas la force de confronter ma mère, je l’aie jamais eu cette force. J’en ai jamais eu envie. Pour ça que j’ai pas accompagné l’ost Ducal. Pour ça que j’ai fuis en Quenelles. Pour ça que je ne voulais pas monter sur ce putain de toit après toutes les entailles et les coups que j’ai reçus…

Elle m’aime. Et jamais ce mot si pur ne m’a paru aussi ignoble. Parce qu’on peut tout excuser par amour, alors que je ne veux pas la pardonner. Je refuse de lui pardonner. J’avais huit ans quand elle a commencé. Pourquoi je devrais lui pardonner ça ? Parce qu’elle croit m’aimer ? C’est injuste, non, je refuse. Parce qu’elle a beaucoup sacrifié pour moi ? Parce que si je suis pas mort dans ma morve quand j’étais gosse c’est parce qu’elle a offert un morceau d’elle pour moi ? C’était pas ma décision.
Je suis pas un enfant ingrat parce que j’ai dénoncé les crimes de mes parents qui violaient et terrorisaient leurs manants, putain.

Si ?

Est-ce que je ne le suis pas ?

C’était facile d’échapper à ça quand j’étais encore maître de ma propre conscience. Je pouvais me tourner vers les autres. Vers les Dieux. Je pouvais échapper à leur emprise. J’avais vingt ans. J’ai vécu des horreurs, mais j’avais encore une vie devant moi. Maintenant, je sens ce que ma mère éprouve pour moi, et c’est… C’est horrible, comment elle trouve du sens à tout ça.
Dans sa vision malade des choses, il y a vraiment de la pureté dans ses actes. Elle a toujours tout fait pour moi – pour nous. J’ai l’impression d’être le seul qui compte à ses yeux, et si c’est le genre de phrases qui paraît romantique dans un poème courtois, jamais j’ai autant redouté ce concept.



Lorsqu’elle s’est réveillée, elle s’est mise à me toucher. Et elle a commencé à m’implorer de le faire avec elle. Comme avant. Comme elle faisait toujours.
Je me suis mis à suinter de trouille. Et j’aurais hyperventilé si seulement je contrôlais mes poumons.




Le Jour du Lis, quand j’avais seize ans et qu’elle était venue se glisser sous mes draps, mon corps comme mon âme la désiraient. Dimitte peccata mea. Je ne connaissais pas autre chose. J’étais jeune. Influencé. Débile. Drogué par l’alcool et les aphrodisiaques. Frustré de la fuite de Margot. Jaloux de mon père. J’étais pas une victime. J’étais complice. C’est ça le plus terrible. Le plus répugnant.
Est-ce que c’était le cas aussi, quand j’étais plus jeune ? Très jeune ? C’était ma mère. Je lui faisais confiance. Elle était tout le temps avec moi. Je l’appelais maman et pas mère, d’ailleurs. Mon père m’aimait, mais en comparaison je le trouvais plus distant, plus… Plus respectueux du rôle détaché d’un père. Normalement un jeune chevalier il fait surtout son éducation auprès de ses oncles maternels, par avunculat – mais ils sont morts mes oncles maternels, elle les a tués. C’est facile à admettre l’innocence d’un gamin de huit piges. C’est tellement jeune. Et pourtant, c’est pas… Peut-être que c’était pas si jeune. Je luttais contre elle, je la repoussais, mais jamais trop férocement. Elle parvenait à me vaincre avec des larmes et des cadeaux. Peut-être que si j’avais vraiment essayé… Si j’avais vraiment voulu qu’elle ne me touche pas… Peut-être que je cherchais aussi. Peut-être que même là je le voulais. De necessitatibus meis eripe me...


La chose la plus terrible que ma mère m’ait fait subir, c’est me montrer comment mon corps ne m’appartenait pas. Qu’il était à elle. Elle l’avait porté, protégé. Elle l’avait caressé. Habillé. J’étais à elle. Il m’a fallu du temps pour le reprendre. Il a fallu les coups de pieds dans les côtes de sire Quentyn. Il m’a fallu les prières et les veillées affamé. Il m’a fallu la tendresse simple sans lendemain de filles comme Oranne. Mais aujourd’hui encore je peux pas prendre de bain sans revoir ma mère, je peux pas regarder ma peau nue sans l’imaginer me…
...Et maintenant vous pouvez vous rendre compte de l’énormité du cauchemar que je suis en train de traverser.
Je pourrais faire semblant de dormir. Quand j’étais enfant c’est comme ça que, parfois, j’essayais de la flouer, de l’arnaquer ; Je me retournais dans mon sommeil en fermant les yeux, qu’elle fasse ce qu’elle souhaitait, que je puisse retrouver le plus vite possible l’inconscience dans laquelle fuir. Mais ça marchait pas. Elle m’agitait, m’embrassait, puis se mettait à nouveau à sangloter. Elle peut pas le faire seule, c’est pas juste mon corps qu’elle veut, elle veut ce que le corps contient, avec elle – ou pour elle.

Elle attend une réaction de ma part. Elle dirigera pas mon corps pour ça. Pas toute seule, non. Elle me laisse le contrôle sur ma main ; Elle se met à trembler, trembler comme pas permis, comme tremblent les mains des vieux qui commencent à devenir séniles. Je reste prostré dans un coin de mon esprit. Proprement terrifié.

Je peux pas faire ce qu’elle souhaite.
Mais je peux pas lui résister non plus. C’est au-dessus de mes forces. Je sens… Je sens tellement de choses en elle. Comment elle peut se mettre en colère, une colère vraiment violente – elle peut me le faire payer. Ou faire payer aux autres. Rejeter la faute sur autrui. Croire que je ne veux pas d’elle à cause d’une autre dont je suis épris. Ou des prêtres qui m’ont dévoyé. Ou les preux chevaliers qui m’ont guidé hors du chemin qu’on avait tracé pour moi. Ou alors elle se haïra elle-même – elle peut nous faire payer tous les deux.

Alors, je me raccroche à autre chose. Et, tandis qu’elle attend une réaction de ma part, je me fais enfin entendre :

Je t’ai jamais trahi pour quelqu’un d’autre, maman.
J’ai rien gagné pour t’avoir dénoncé. Rien du tout, pas même Ravel. Je suis parti dans le duché de Quenelles. Parce que je voulais y mourir.


Avec le contrôle qu’elle me laisse, je me mets à serrer mon poing.

Je voulais qu’un orque me terrasse. Je voulais mourir vite, et sans douleur, et qu’une poignée de chevaliers se recueillent et m’enterrent. Ça aurait été final, et tout le monde nous aurait oublié tous les deux après, maman ; Tous les trois, avec papa. Parce que je vous aimais. Mais je supportais pas comment des gens souffraient par votre faute. Je peux pas accepter que des gens souffrent à cause de nous.

Je rouvre ma main. Je suis prêt à accepter. À faire ce… À faire ce qu’elle veut. À lui donner ce dont elle a envie. Me caresser pour elle.

Si tu m’aimes, si tu m’aimes vraiment…
Jure-moi que tu feras pas de mal aux gens de Derrevin. Que tu feras tout pour leur éviter qu’il leur arrive du mal. Parce que je le supporterais pas. J'ai mal quand tu tues des gens – tu tues tellement de gens, maman…
T'as tué Artur de Fluvia pour te protéger, d'accord. Il est venu dans ton château l'épée au poing. Je le comprend. T'as tué Casin pour nous protéger. D'accord. Mais les gens de Derrevin, tu peux pas me faire du chantage. Tu peux pas aller chez eux pour leur faire du mal, comme les autres sont venus chez toi pour t'en faire.
Jure-moi que tu feras pas de mal à Derrevin et je... Je le fais avec toi. Comme avant.

Modifié en dernier par [MJ] Katarin le 08 juil. 2020, 14:17, modifié 1 fois.
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Fiche : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_armand_de_lyrie
Image

Échiqueté d'or et d'azur à la bordure de gueules à la guivre de gueules halissante
Stats :
FOR 10 / END 9 / HAB 10 / CHAR 12* (11) / INT 8 / INI 10 / ATT 13 / PAR 11 / TIR 8 / NA 2 / PV 67/70
*Bonus grâce à la chevalière portée à l'auriculaire

Compétences :
- Anticipation : +1 en ATT et +1 en PAR à partir du 3e round face au même ennemi
- Coup précis (1) : Malus atténué de 1 lors de la visée d'une partie précise
- Coups puissants : +1d3 de dégâts
- Coriace : Résiste à 1d3 dégâts de plus
- Dégainer l'épée : +1 en INI lors du premier round
- Parade : Valeurs de parade doublées
- Sang-froid : +1 lors d'actions réalisées sous stress

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien
- Baratin : +1 pour embobiner quelqu'un à l'oral.
- Danse : Excellent danseur
- Étiquette : +1 lors des interactions avec la haute société
- Empathie : Capable, sur un test, de lire les émotions sur le visage de quelqu'un.
- Humour : +1 pour divertir et amuser.
- Monte : Ne craint pas de chutes lors d'une montée normale
- Héraldique : Capable de reconnaître les blasons des familles nobles, et d'en savoir plus sur eux sur un test
- Vœu de la Pureté : +2 dans la résistance aux tentations terrestres
Équipement de combat :
- Poignard "miséricorde" : 1 main / 12+1d6(+1d3)* / 12** (6) parade / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Peut être lancée
- Lance d'arçon : 1 main / uniquement à cheval / 20+1d10(+1d3)* / 16** (8) parade / "Long" (Malus de -2 ATT pour les adversaires) / "Épuisante" (Malus de -1 d'utilisation après END/2 tours, à chaque tour, max -4) / "Percutante" (Relance du jet de dégât, meilleur résultat gardé) / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Se brise après 4/5 utilisations
*Avec la compétence Coups puissants
**Avec la compétence Parade


Tête : 0 protection
Reste du corps : 0 protection

- Destrier Bretonnien (Ravel) : FOR 10 / END 12 / SAU 7* (8) / RAP 9* (10) / INT 8 / DOC 11 / ATT 9
*Malus pour cause de barde et caparaçon
Corps et croupe : 15 protection (Barde de plaques)
Dos et tête : 15 protection (Caparaçon de plaques)
Équipement divers :
0 Co

- Un beau doublet
- Un grand manteau
- Des bottes neuves
- Une jolie écharpe

- Nourriture
- Hydromel

- Bague affichant un lion - +1 CHAR

- Insigne argenté marqué du blason de Lyrie
- Pendentif monté en clou
- Feuilles de brouillon, stylet et encrier
- Un flacon à l'odeur immonde
- 3 bouteilles de tonique miraculeux

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