[La plume à Piero] Chroniques d'un Monde en Déclin

Où s'écrivent les histoires, hors du temps et des règles compliquées du monde réel...
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Piero Orson
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[La plume à Piero] Chroniques d'un Monde en Déclin

Message par Piero Orson »

Bonjour, bonsoir, si vous lisez ceci c'est que les serveurs ont survécu à l'effondrement de la société occidentale après l'épidémie de Coronavirus, alors prenez une bière, détendez vous et finissez l'intro :
Sous les conseils avisés de Morwen que vous pourrez blâmer après avoir perdu votre temps sur ce post, je publierais ici les chapitres du récit que j'écris depuis maintenant plusieurs années dans un univers personnel.
À raison d'un par jour (plus si les fans me réclament à corps et à cris en me jetant leurs sous-vêtements dessus.) Voilà je vous laisse ici avec le prologue et le premier chapitre du récit. :happy:

Prologue

Le Roi remit en place sa cape sur ses épaules. Il faisait un froid glacial à la sortie de l'Hiver même dans la capitale. Il traversait les salles désertées du Palais en méditant, épié par les portraits de ses prédécesseurs, il s'arrêta devant l'emplacement qui accueillerait un jour son propre visage. Le monarque secoua la tête et repartit vers la salle du trône. Les tapisseries commençaient à se maculer de poussière, les braseros étaient noircis par la suie épaisse et sombre. Il s'approcha du balcon qui dominait la ville. La cité de Naventis, joyau du royaume d'Odorton, s'étendant jusqu'aux confins que ses yeux ne discernaient plus. Ses remparts, ses places, ses monuments, ses quartiers, tout lui était visible de sa tour d'ivoire. Elle était paisible, trop paisible. Le roi exulta un soupir d'une langueur glaciale avant de rebrousser chemin vers son trône. Il prit place, et tint contre lui son épée. Il était le fils de Sirius X le Fougueux, lui même le fils de Rodric V le Grand. Mais le suzerain n'était que Rodric VI le Sans-Terre, monarque solitaire de la Grande Cité des Morts, et aujourd'hui encore, le soleil ne se lèverait pas pour réchauffer le dernier vivant de ces lieux.

Chapitre I : Le Gamin

Le cri d'un coq arracha le gamin de sa courte nuit. Il s'étira, se leva de son matelas en paille avant de remarquer que son frère avait déjà quitté son lit. Alors qu'il venait d'enfiler ses nippes, il passa sous le porche de la cabane et vit que Damon était adossé à la Palissade, croquant dans une pêche.

« Réflexe Duncan ! Fit le frangin en lui jetant le fruit.
-Tocard ! Tu as failli gâcher une pêche ! Explosa Duncan en rattrapant in extremis le cœur juteux avant de croquer à son tour dedans.
-Si tu ne peux attraper des pêches, alors rien ne sert d'aller dehors, ils embauchent aux champs tu devrais postuler !
-Va te faire ! Répondit l'offensé en descendant dans la cour.
-Duncan...Duncan...Duncan , tu es mon frère et mon associé, tu ne dois pas t'emporter pour si peu... Allez, au retour de cet sortie, je t'offre l'Arbalète que Jim a accroché au dessus de sa forge !
-Sérieux ?
-Bien sûr… Hank, Curtis, Dino, rajouta Damon en passant devant les trois miliciens qui discutaient autour d'un brasero.
-'Lut les gars, fit Curtis, en train de gratter la rouille de sa pansière aux couleurs d'Odorton, vous avez la liste que j'vous ai filé ?
-Tout est noté, au retour j'attends la paye en avance sinon tout part au marché ! »

Duncan n'avait pas le sens des affaires de son frère mais ça ne lui importait guère, il regardait l'agitation de la cour basse alors que les civils ouvraient les volets de leurs cabanes, que la milice patrouillait dans les allées boueuses et que flottait le drapeau de Fort Korst sur le donjon qui surplombait la ville.
Arrivés devant la Grande Porte, Duncan sentit une sueur froide descendre sa nuque, chaque sortie lui faisait cet effet, et quand ils franchirent le pont-levis, ils étaient hors de la sécurité réconfortante de la Palissade. Cette sortie, espéra-t-il, ne serait pas la dernière.
Modifié en dernier par Piero Orson le 27 avr. 2020, 13:05, modifié 1 fois.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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Re: [La plume à Piero] Chroniques d'un Monde en Déclin

Message par Piero Orson »

Chapitre II : Le Lieutenant
Le village de Puysard, pensa-t-elle, dernier point civilisé avant le grand inconnu et civilisé était un bien grand mot, c'était un ramassis de cabanes entouré d'une barricade sommaire. Les paysans du cru étaient désespérés, méfiants, une cinquantaine d'âmes basses qui n'oubliaient pas quelle couleur arborait la troupe à cheval qu'elle dirigeait : Les hommes du Seigneur.

Elle était le Lieutenant Stuart, elle ne faillirait pas à sa tache. La chevalier fit signe aux cavaliers de claquer les rênes et la vingtaine d'homme repartit au galop. Les bois entrecoupés de clairière de la région grouillaient de bêtes sauvages et ce fut sans surprise qu'ils croisèrent un troupeau d'aurochs paissant sur le bord de la route, en d'autres temps, les chiens auraient été lancés et les piquiers chargeraient les bêtes, mais les enjeux étaient totalement différents aujourd'hui. Stuart consulta la carte déployée sur l'échine de son hongre. L'expédition passa devant le premier marqueur : L'Arbre décharné, souvenir sinistre pour tout ceux qui traversait la route des Princes.

​Alors que la plaine prenait de plus en plus le pas sur les bosquets, le Lieutenant fronça les sourcils : Un chariot renversé gisait sur la route. Elle fit geste d'arrêter à ses hommes et elle mit pied à terre. En s'approchant des débris du véhicule, elle comprit ce qui s'était déroulé, les restes du conducteur, l'absence de bête de trait...

« Mes braves, c'est ici l’œuvre d'un catoblépas, j'espère que vous avez les bourses bien accrochées...
-Mais enfin lieutenant ! Il n'y a pas d'ces bêtes là dans le pays ! Ça vit dans les monts…
-Je ne sais pas vous Buck mais je pense que la notion d'impossibilité a été suffisamment éprouvée ces derniers temps... En route, il va falloir signaler ça au retour. Buck vous vous en chargerez.
-Bien lieutenant... »


Le soleil était haut dans le ciel quand ils arrivèrent à l'objectif visé : Quemenhalt. Le bastion fortifié était en piètre état, les plantes avaient crû dans les anfractuosités des murs de pierre. Les merlons étaient brisés, la tour de guet carrée surmontant les remparts était percée de trous comme un vieux clocher. Mais ce n'était pas l'état du fortin qui inquiéta le plus Stuart, c'était ses occupants. Elle espérait que le bâtiment était abandonné aux quatre vents mais un oriflamme était dressé et sous le mat, elle aperçut des hommes.

« Des hommes du Reickard. Lieutenant on fait quoi ?
-On approche. Il nous faut Quemenhalt. Postez quelques hommes ici, le reste avec moi.
-Bien Lieutenant. »

En approchant, la troupe armée vit que la herse était brisée, l'embrasure était barricadée avec un chariot et un fatras de planches, de poutres et de tonneaux. Les sentinelles étaient hirsutes, leurs tabards étaient sales, rappés, l'un d'eux prit la parole :

« Halte là, vous approchez d'un territoire du Reickard ! Déclinez votre identité !
-Lieutenant Stuart, j'en attends de même de vous.
-Sir Collins, Septième division de l'infanterie reickardienne.
-Vous êtes bien loin de votre pays pourtant.
-Si vous cherchez à nous provoquer...
-Je ne vous provoque pas, je venais occuper le bastion de Quemenhalt au nom de Fort Korst.
-Nous sommes au regret de vous demander de partir alors, siffla une archère dont la moitié gauche du visage était couvert de bandages.
-Je le conçois. J'espère que votre route sera sûr Reickardiens. »

Alors que l'horizon se teintait d'un pourpre princier , la troupe de Stuart cogitait autour du feu.
« Ils sont à moitié bandits et éclopés ! On peut les avoir !
-Ils tiennent le fort !
-Si ça se trouve ils sont cinq !
-Ou cinquante !
-Écoutez moi… Nous prendrons cette forteresse, ces hommes sont l'ennemi de tout ce pourquoi nous nous battons, Demain à l'aube, ils auront le soleil contre eux, je veux tout les archers sur la crête, le reste avec moi, le plan sera simple... »

​Le garde mit la main en visière pour observer qui venait le déranger sur sa barricade. C'était encore la troupe armée ! Alors qu'il s'apprêtait à sonner l'alerte il vit un corps chuter des merlons, une flèche dans la nuque Il se jeta à l'abri mais ce ne fut pas des flèches qui se plantèrent dans le bois du chariot. Il vit le tonnelet à la mèche grésillante rouler jusqu'à ses pieds et poussa un cri avant que ses restes ne se répandent sur la moitié du mur.

« POUR KORST ! Rugit Stuart alors que les hommes du baron chargèrent dans un fracas d'armure dans l'embrasure béante de Quemenhalt.

Les Reickardiens étaient prit en tenaille par l'assaillant, ils ne purent s'organiser qu'avec peine, le sang coulait le long des murs humides. La bataille fut brève mais brutale. Rassemblés à l'étage, les miliciens pansaient les blessés et traînaient les corps. Stuart regarda le drapeau déchiré : Ils avaient remporté ce combat-ci, l'ennemi était anéanti. Elle attarda son regard sur le corps de l'archère, le thorax écrasé à coup de fléau d'arme.

« Brûlez les, récupérez les armes et les armures en état.
-Bien Lieutenant. »

Elle ferma les yeux et se souvint de cette archère au temps révolu où elle était sous son commandement, l'époque où elle portait les couleurs du Reickard.
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Re: [La plume à Piero] Chroniques d'un Monde en Déclin

Message par Piero Orson »

Chapitre III : Le Capitaine

La pluie tombait drue sur la redingote de l'homme qui venait de sortir de la taverne du Bout-des-Flots. Il arbora un rictus carnassier en contemplant sa ville, son territoire. Lui, Donovan Mins, maire d’Écueil-bourg, un parvenu, possédait maintenant le pouvoir d'un Roi !

Il marchait sur les pontons de bric et de broc qui reliaient les bâtiments de la ville entre eux, adressant des signes de salutation aux quelques citoyens qu'il croisait. Les récupérateurs avaient vu s’abîmer un navire sur les récifs, une aubaine pour accroître cette masse tentaculaire que formait Écueil-bourg : Les plus vieux quartiers étaient solidement ancrés aux roches de la mer, là où les plus récents étaient battus par les flots et devaient se consolider sous peine de finir engloutis. La tour de guet Sir Paul était la proue d'un galion dont le beaupré portait désormais le drapeau de cette injure de l'homme à l'océan, cette terre de naufragés et de boucaniers. Il tira sur la corde trois coups secs et les sentinelles firent descendre le canot qui servait de nacelle pour accéder au poste d'observation. Arrivé sur la hauteur le Maire s'adressa à ses hommes :

« Alors, qu'avons nous de beau ?
-Caravelle descendant du Visland, six survivants, aucune cargaison monsieur le Maire.
-Ils disent vrais ?
-Affirmatif , des réfugiés vous pensez ?
-Ou des fugitifs... Gardez les dans la Grande Soute quelques jours... Et mettez à profit ce temps ci pour désosser leur navire, je veux une nouvelle maison commune…
-Bien. » Répondit le séide avant de soulever la cache de la lanterne et de le rabaisser plusieurs fois, seul moyen de communication rapide entre les gardes de la ville.

Alors que redescendait Donovan , un de ses hommes arriva en courant, manquant de dévaler le bois détrempé jusque dans l'écume.

« Capitaine ! Capitaine ! On a trouvé ça dans la caravelle ! S'excitait-il en présentant une boite ouvragée aux ornements d'argent.

-Fait voir...Je...Faites sonner l'alerte, je veux que toute les troupes soient prête à partir dans une heure !
-Mais Capitaine , qu'est ce que c'est ?
-Peu vous importe...Allez j'ai dis de vous préparer !
-Oui , tout de suite tout de suite. » S'excusa l'homme en repartant précipitamment.

Le Maire regarda le ciel encore plus noir...Seulement sa journée à lui venait de s'illuminer.
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Re: [La plume à Piero] Chroniques d'un Monde en Déclin

Message par Piero Orson »

Chapitre IV : Le Seigneur

« Christens Hombert...Seigneur de Fort Korst. » Même après tout ce temps cette pensée le faisait rire jaune. Il regarda son bureau qui nécessitait de sérieuses rénovations...Les scolytes avaient rongé le bois, la fenêtre fermait mal, le portrait de sa famille penchait légèrement vers la gauche. L'homme se frotta la barbe et regarda par l'embrasure des volets le village s'agitant en contrebas. Un des miliciens ouvrit la porte et annonça : « Le Lieutenant Stuart est de retour !

-Bien, faites-la venir ici dès que possible. »

Stuart et Hombert étaient comme le loup et le mâtin : Deux frères ennemies. Ils avaient été forgé par la guerre mais l'un était épais, une barbe dure taillée à la lame maculait ses joues comme les taches de vins son manteau. Son front laissait transparaître des marques rouges et creusées là où bien des années avant une masse d'arme avait failli l'occire. Le poids des ans commençait doucement à se faire sentir mais nul n'aurait osé remettre en doute ses qualités martiales.

L'autre était grande, sa silhouette sculptée par un entraînement hargneux qui débuta au moment où elle put marcher. Son armure cachait ses formes mais son visage était noble et froid, le port d'une dame du Reickard. Sa chevelure d'un blond ambré tombait sur ses épaules, cachant la marque des crocs d'un Troll qui meurtrissait sa nuque. Ses mains n'étaient pas celles des Nobles : C'était des mains aux phalanges noueuses, à la peau épaisse comme le cuir d'un basilic, les mains d'une épéiste qui faisait mordre la poussière à tout guerrier à cent lieues à la ronde, si il en restait. Elle s'exprima alors avec application :

« Notre détachement est arrivé sans encombre à Quemenhalt, j'ai posté la moitié des hommes à la réfection des lieux.
-Bien Lieutenant, le fort était occupé ?
-Oui mon seigneur.
-Goules ? Harpies ? Gobelins ? Morts-vivants ?
-Des hommes du Reickard.
-Comment cela ?
-La base était tenu par un contingent en déroute du Reickard, quatorze hommes, ils n'ont mené qu'une brève résistance, seul Mulligan a eut des blessures importantes.
-Vous voulez dire...hésita l'homme, d'une voix blanche comme si il n'y croyait pas totalement, que vous avez massacré un groupe entier ?
-Ils tenaient le fort, c'était une menace pour la sécurité de tout vos sujets. Les soldats désœuvrés se tournent vers le pillage pour survivre …
-Assez ! Vous avez pertinemment attaqué d'autres personnes ! Alors que c'est notre premier contact avec des étrangers depuis trois longues années ! Des militaires qui auraient pu servir notre communauté ! Des Hommes comme nous !
-Ils auraient pu attaquer n'importe qui, vos paysans, des survivants...Vos protégés, les jumeaux, que pensez vous qu'ils auraient fait ?

Christopher fut comme transpercé par une lance invisible. Il regarda la femme avec l'air presque sénile des vieillards qui en oublient leur nom puis ses yeux s'injectèrent de sang :

-Sortez ! Retournez à la Garnison avant que je vous fasse pendre !
-Bien Seigneur. » dit froidement la gradée avant de sortir en claquant la porte.

Hombert s'effondra sur sa chaise puis se tourna vers les deux ouvrages en cuir de chèvre empilés sur son coin de bureau, le registre et les Chroniques des Derniers Hommes.
Il prit le registre, fixant les noms, les dates, les noms encore, les indications de décès, de mariages, de décès...Ses yeux vert d'eau ne lâchant pas du regard les deux lignes qui commençaient le registre :

« Duncan : Naissance.

Damon : Naissance. »

Les seules notées en seize années d'un travail minutieux.
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Re: [La plume à Piero] Chroniques d'un Monde en Déclin

Message par Piero Orson »

Chapitre V : La Porte
Poblof-ville était sans conteste l'un des villages les plus pittoresques d'Adernia : Les bâtiments de pierres s'étalaient dans une vallée forestière en un demi-cercle quasiment parfait au flanc de la Montagne. Pourtant l'endroit était relativement isolé du reste du royaume. Cependant ce n'était pas la cité elle même qui marquait le plus les voyageurs mais la Porte. Deux énormes battants hauts comme les clochers de la Cathédrale Sacrée du pays, entièrement taillés dans la roche. Lorsque l'on s'approchait, on réalisait alors qu'elle était décorée par des gravures, des bas reliefs, décrivant comment avait été fondé le Creuset. Ces portes étaient celles d'une ville naine, celle qui avait permis la richesse de Poblof, néanmoins cinquante années s'étaient écoulées depuis leur fermeture. La population humaine était dès lors en grande partie descendue dans les plaines mais quelques passéistes ou désespérés étaient restés dans le village de plus en plus replié sur lui même. Quentin était un des petits enfants de ces irréductibles. Habitué à vivre dans ce lieu désert, il n'avait rencontré que peu d'étrangers jusqu'à très récemment. En effet, depuis cinq ans, les gens affluaient en masse dans la cité. De la trentaine de personnes résident autrefois ici, plus de cinq cents étaient aujourd'hui massées, priant pour que s'ouvre la Porte vers les Nains sous la Montagne. Les tensions ne faisaient que s’accroître entre locaux et réfugiés, surtout avec la montée du fanatisme de quelques vicaires proclamant que la porte ne s'ouvrait pas à cause des pêchés et des déviances des hommes ; ces « émissaires de la Porte » risquaient de mener la communauté vers la fracture. Mais une nuit, un raclement tira Quentin ainsi que toute personne à trois lieues à la ronde de leur sommeil. Il sauta du lit et le jeune homme de vingt et un ans comprit alors que ce que tous attendaient venait d'arriver, il n'eut pas tort : Les portes étaient écartées de presque cinq pieds et tout le monde était figé comme des cierges de cathédrale, leurs torches déchirant la nuit, fixant cette embrasure...

« Les nains nous ont entendu !
-Non ! Ce sont les dieux !
-Les émissaires avaient raison !
-Enfin !
-Attendez...Et si c'était un piège ?
-Il faut envoyer des éclaireurs , qui se porte volontaire ? »

Étrangement, aucun émissaire ne semblait déterminé à s'aventurer dans les entrailles du monde, un homme leva la main, Quentin se souvenait qu'il était un soldat ou quelque chose s'approchant et ceux qui étaient arrivés avec lui levèrent le bras à l'unisson. Le jeune homme fit de même, il avait vécu toute sa vie devant ces portes de pierre, cela aurait été cracher sur ses ancêtres que de ne pas découvrir le secret des nains.

« Avec nous gamin et prend une torche, ce n'est pas le soleil qui va nous étouffer là bas... »

Attrapant celle que lui tendit un croquant, il se plongea entre les colossales blocs de pierre le premier...Ignorant ce qu'ils trouveraient dans les demeures souterraines.
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Re: [La plume à Piero] Chroniques d'un Monde en Déclin

Message par Piero Orson »

Chapitre VI : La Route
Damon regardait le sentier de terre battue jonché d'ornières et de bourbiers, son glaive au fourreau battant à chaque pas contre sa cuisse. Sur les bas-cotés de la route ce n'était que chariots abandonnés, planches de bois moisies, matériel gâté depuis trop longtemps pour en tirer quelque chose d’intéressant.

Duncan serra la sangle de son carquois et demanda :

« À ton avis quand ils fuyaient la guerre ils espéraient aller où ?
-Vers le Sud sûrement, le plus loin possible du Reickard et si la guerre avait été contre le Sud, ils seraient remonté vers le Nord...C'est dans la nature humaine : Toujours bouger. Et loin du danger de préférence.
-Mais pourtant nous nous sommes toujours resté à Korst.
-Car quand ils se déplaçaient, il y avait encore un point de départ et un d'arrivée...Désormais on se plonge dans l'inconnu. Regarde : On marche depuis trois heures seulement et nous ne sommes jamais allé aussi loin par là, pourtant c'est la même chose que partout, que des restes et du silence !
-J'aurais voulu voir comment c'était avant que… Que ça devienne comme ça.
-Il aurait fallu naître plus tôt frangin …
-Mais bon, si ça aurait voulu dire finir comme eux..

Il désignait du regard des ossements à moitié enfoncé dans la terre.

-On aurait survécu, c'est dans notre nature.
-Tu penses ? On doit tout au Seigneur moi je dis, sans lui on aurait sûrement jamais grandi derrière un mur et une armée pour nous protéger du monde.
-Car là elle est où l'armée ? On sort dans le monde depuis nos douze ans, on aurait largement pu se faire bouffer le cul par des bêtes sauvages ou détrousser par une bande en maraude à chaque fois et on est toujours là. Korst c'est juste une bougie au cœur de la nuit et la lumière ne protège pas de ce qui rode la nuit.
-Sauf des gobelins nocturnes !
-Oui mais les gob' normaux en ont rien à carrer.
-Là est toute la subtilité.

La route commençait à descendre, leur offrant la vue des plaines parsemées de bosquets de la région.

-Bon, sortit Damon, tu vois quoi de potentiellement intéressant ?
-Ben je crois qu'il y a quelques baraques là bas.
-Alors on bouge, je veux qu'on ait nettoyé le coin avant la nuit. »

Piero Orsone da Trantio, explorateur
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Re: [La plume à Piero] Chroniques d'un Monde en Déclin

Message par Piero Orson »

Chapitre VII : La Nuit



La Femme courrait à souffle rompu au cœur des forêts noircis par le crépuscule, s’agrippant à sa torche, seule soutien contre les ténèbres nocturnes. La meute de loups la poursuivait sans relâche et à plusieurs ils pouvaient se relayer, elle n'avait pas ce luxe. Alors qu'elle arrivait presque à sentir leur haleine fétide de bêtes galeuses, une lumière luit entre les troncs épais des chênes. Saisissant sa chance, la jeune voyageuse se rua vers la lumière, arrivant sur un sentier forestier éclairé par un vieux lampadaire à huile. Les loups l'encerclèrent alors, leurs yeux reflétant sa torche avec un éclat presque surnaturel mais ils n'eurent pas la chance d'attaquer : Un cavalier la lame au clair fit irruption sur la route, faisant jouer de son épée pour chasser les bêtes. Son cheval était noir comme les bois et il portait une veste à capuchon qui empêchait de discerner ses traits. Avant même qu'elle n'ait pu le remercier, il se remit en route et disparut de son champs de vision. Elle se mit à le suivre car même si elle savait pertinemment qu'elle ne le rattraperait pas, rester sur la route la rassurait bien plus que de se perdre à nouveau dans un sous-bois lugubre. La Lune commençait à pointer haut dans le ciel , détachant les branches des arbres dans sa lumière albâtre.

Au bout d'une dizaine de minute, elle crut défaillir en voyant une chaumière, enfin un signe de civilisation. Se précipitant à la porte, elle frappa à s'en casser les poings, suppliant pour qu'on lui ouvre. Elle entendit des voix, puis le bruit caractéristique du cranequin pour charger une arbalète, restant méfiante mais désespérée, il fallait tenter le tout pour le tout. Quand la porte s'ouvrit, elle se retrouva nez à nez avec un homme aussi paniqué qu'elle, tenant effectivement une arme de trait.

« Rentrez ! Vite ! »

Elle eut tout juste le temps de s'engouffrer avant qu'il ne claque la porte. La maison ne tenait qu'en deux pièces : Celle où elle venait d'arriver, assez chargée et l'autre cachée par une peau, servant probablement de chambre à coucher. Il y avait une table qui occupait presque l'ensemble de la salle, des étagères débordant de bocaux, des herbes et autres pièces de tissus pendant du plafond bas et quelques bougies de suif pour éclairer le lieu.

Ils n'étaient pas seul : Un autre homme était assis contre la table, une bouteille vide à la main, l'air misérable.

« Ton nom. Grogna l’arbalétrier.
- Svena.
-Tu viens d'où... Svena ? Rajouta-t-il en prenant place sur une chaise.
-Je viens du Daedwen...Je...
-Regarde ça, couina le soûlard avec une pointe de narquoiserie non dissimulée dans la voix, hé bien ma jolie tu es dans de beaux draps !
-Ça suffit Ralph ! Et que fait une jeune femme au milieu de la nuit à frapper aux portes ?
- J'ai fui une meute de loups...Un cavalier est passé, les a fait fuir, j'ai trouvé votre cabane...
- Un cavalier tout en noir ?

Elle hocha la tête et réalisa que toute les fenêtres étaient calfeutrées.

- Oh putain je savais qu'il y avait une couille ! Fout la dehors Pierre ! Elle va nous les rameuter dessus !
-Mais qui ?
-Tu es entrée dans le Comté de Dornoff, Svena ...Un endroit abandonné par les Dieux et l'Créateur, affirma Pierre la mine sombre.
-Mais le monde entier l'est !
-Ici c'était déjà le cas avant tout le merdier ! Cette contrée sert d'abri ... Pierre tu l'as entendu ? »

En effet...Quelque chose marchait dehors avec un bruit métallique. Svena tourna la tête vers les deux hommes qui avaient enfouis leur visage dans leurs mains, chuchotant une prière. Un coup retentit à la porte, semblant résonner comme une déflagration, quelques secondes passèrent et on frappa un second coup. Elle voyait clairement que les deux hommes étaient terrifiés. La femme attendit alors... Mais rien ne survint. Elle se risqua à demander :

« Qu'est ce que c'était ?
-Les cavaliers noirs...Deux coups...C’était un avertissement ,souffla Ralph.
-Et si jamais il y en avait eu trois ?
-Crois moi, personne ne souhaite entendre trois coups... » menaça Pierre.
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Re: [La plume à Piero] Chroniques d'un Monde en Déclin

Message par Piero Orson »

Chapitre VIII : Le Comte

La nuit fut bien trop courte pour la pauvre Svena, entre la frayeur dû aux événements de la soirée et l'attitude louche des deux paysans, elle n'avait réussi qu'à somnoler quelques heures, et puis...Qui sait quels affreux songes pouvaient hanter le sommeil des gens de Dornoff ?
Ralph et Pierre étaient déjà en train de manger du gruau quand elle sortit de la chambre, ce dernier ouvrit le dialogue en essuyant sa bouche :

« Aujourd'hui on t’emmène au village, ce sera plus simple...
-Plus simple pour ?
-Déjà car là bas y a plus de gens pour t'aider, nous à part du gruau et un lit on peut rien te donner , et les nobles vont finir par te remarquer.
-Comment ça ?
-Ils surveillent de très près les aller et venu des simples gens. » expliqua Ralph.

Lorsque arriva le moment de partir, Pierre récupéra son arbalète et son comparse prit un petit gourdin comme ceux que portaient les geôliers. Leur invité reçu une dague en mauvais fer, il fallait voyager armé selon les deux hommes. Dehors le ciel était grisâtre, presque lugubre, des nuages noires s'amoncelant... Pierre assurait que c'était normal dans la région et ça ne la rassurait guère plus.

Le trajet fut bref, Svena poussa un soupir de soulagement en voyant apparaître les premières maisons du hameau de Cunningdorf. Les masures étaient plus que modestes et leurs occupants avaient la méfiance innée des paysans qui ne voyaient que rarement des étrangers, Svena comprit que malgré la proximité de son royaume d'origine avec le Comté, elle serait traité ici comme si elle venait de la lointaine Inderion, voir de plus loin encore. Elle sentit le poids du regard des villageois sur elle...Ou bien était-ce sur ses deux accompagnateurs qui continuaient d'agir comme si un dieu cherchait à les foudroyer ?

En tout cas le village ne payait pas cher allure sauf un édifice qui se dessinait derrière des maisons, elle avança pour voir qu'il s'agissait d'un bâtiment en pierre long d'une vingtaine de mètres, haut de six, avec plusieurs voûtes stylisées digne d'une église de grande ville mais éloigné d'une bonne centaine de mètres du village et entouré de prés. Cherchant à savoir l'utilité d'un monument aussi incongru, la Daedwenaise héla un métayer qui marchait dans le pré :

« Dites moi mon brave, quel est ce bâtiment ?
-C'mon étable.
-Attendez...Ceci, elle faisait des grands gestes en montrant ladite étable, sert à garder les vaches ?
-Pou'sû, c'est le comte qui l'fait r'mêt com'neuf ap'ès qu'un chêne se soit encast'é dans l'cienne.
-D'a..D'accord, et bien merci de vos informations. »

Svena était plus qu'interloquée mais au moins ce n'était pas horrifique comme pour le reste.
En retournant dans le village, quelque chose de plus mémorable encore entra dans son champs de vision : Devant la forge se tenait un couple, observant œuvrer le forgeron mais ils n'avaient pas des vêtements de fermiers, ils étaient élégants, plus élégants que tout les nobles de Daedwen réunis.

La femme portait une robe pourpre et un chapeau à larges bords avec un voile tombant sur son visage. L'Homme avait un costume intégrale, des gants en cuir blanc mais ce qui se détachait le plus était ses cheveux coupés courts et peignés, blanc comme la cime des Montagnes des Nains. Il parla à sa femme avec une voix agréable et sans aucune trace de l'accent rustique local :

« Et bien Ma Dame, on peut sans conteste s’enorgueillir de la présence d'un tel maître des métaux sur nos terres, à la prochaine réception nos voisins vont encore jaser. »

Svena réalisa en les voyant à quel point elle avait piètre allure dans ses vêtements déchirés par sa course nocturne, tachés de boue, ses cheveux emmêles et ses cernes. Elle avait l'impression d'être une sauvageonne, pourtant ils levèrent leurs yeux vers elle.

« Et bien jeune enfant, que vous arrive-t-il ?
-Je...Je...Êtes-vous les fameux lords dont on m'a parlé ?

Elle se sentait comme une souris effrayée, les muscles tétanisés.

-Oh ! Vous voyez Ma Dame, notre réputation semble s'étendre au delà de nos terres ! Même cette petite Daedwenaise nous connaît !
-Co-Comment ? » Couina-t-elle.
-Vous avez assurément l'accent de nos estimés voisins.

Elle vit soudainement qu'ils s'étaient rapproché d'elle, l'homme passa sa main gantée sur son visage, elle était glacée.

« Ma pauvre...Comment avez vous fini dans un si horrible état ?
-NE LA TOUCHEZ PAS ! » Hurla une voix avant que retentisse un claquement de corde d'une arbalète.

Svena eut à peine le temps de tourner la tête pour apercevoir Pierre et Ralph, pétris de terreur mais ne put s’empêcher de retenir un cri en voyant le carreau flotter en l'air, immobile, à quelques centimètres du visage du Noble. Sa femme avait les yeux qui luisaient d'un rouge sang et d'un geste de la main, le carreau se compressa sur lui même comme si un géant invisible l'écrasait.

« Chéri ?
-Il n'y a aucun problème ma douce, essaye juste de le faire rapidement, j'ai horreur des souffrances inutiles...
-Non ! S'il vous plaît Sir...Ils n'ont voulu que me protéger, ils m'ont sauvé la vie dans les bois, ne leur faite pas de mal...
-Bon...Si cela n'était qu'un malentendu...Chérie, repose les messieurs par terre. Quant à vous, permettez moi de vous proposer d'être notre invitée pour cette nuit au moins, vous avez sûrement beaucoup de chose à raconter et vous avez grandement besoin d'un bain.
- Sir c'est...C'est trop de grâce, merci !
-C'est tout naturel voyons. » répondit la Comtesse en souriant, dévoilant deux paires de crocs.

Quand elle embarqua dans la diligence avec le couple aristocratique , Svena se dit qu'elle n'avait eut le choix que d'accepter l'offre des vampires car il ne fallait pas les offenser. De l'autre coté, elle n'était pas sûr d'en réchapper ...
L'intérieur de la diligence était capitonné avec un velours pourpre qui amortissait les cahots dues à l'irrégularité de la route. Svena était silencieuse, scrutant ses deux hôtes : La Dame était dans ses pensées, regardant par la fenêtre mais le Seigneur Cunningdorf lui rendit son regard et ouvrit le dialogue :

« Et donc jeune fille, puis-je connaître votre nom ?
-Svena sir.
-Voyons...Pas la peine de m'appeler sir.
-C'est les protocoles chéri. Argua sa femme sans tourner la tête.
-Très bien...Mais ne te plains pas si dans quatre cents ans nous passons pour des rétrogrades ! Hum...Excusez-moi Svena.
-Ce n'est rien... » répondit cette dernière en prenant soin de ne pas froisser les vampires.

Une dizaine de minutes passa avant que le cocher n'annonce l'arrêt .Le Seigneur descendit le premier et aida galamment sa femme et son invitée à sortir.

« Tenez Charles , allez vous payer une boisson à l'estaminet quand vous aurez conduit les chevaux au palefrenier...Et maintenant Dame Svena je peux vous présenter le manoir Cunningdorf ! »

Le domaine était aussi magnifique qu’impressionnant : Haut comme une cathédrale, surplombés par des aiguilles d'ardoises et des tourelles effilées, d'autres bâtiments au pied du manoir étaient reliés par des extensions et des ailes rajoutées par des réaménagements successifs. De la Lumière s'échappait par les fenêtres, rendant les lieux bien plus lumineux que la journée dornoise ne l'avait été. Deux domestiques ouvrirent les portes du Hall : De grands tapis de feutre du même pourpre que dans la diligence, des lustres éclatants croulants sous les cristaux taillés, les portes intérieures étaient gravées de motifs, quelques tableaux aux cadres dorés ornaient les murs. Monseigneur Cunningdorf s’éclipsa pour annoncer les directives à la maisonnée vis-à-vis de l'invitée et Sa Dame quant à elle, emmena ladite invitée dans la salle des bains.

« Ma pauvre enfant, se désola-t-elle tout en avançant à un rythme surnaturel aux vues de sa robe, vous êtes tellement couvertes de terre qu'un kobold vous prendrait pour un confrère...ou bien un paysan, heureusement mes caméristes vont pouvoir s'occuper de vous.
-Merci bien Dame...Cunningdorf , haleta Svena qui peinait à suivre la cadence.
-Voici les bains...Rentrez, je vais faire chercher Meredith. »

Les caméristes de Susan Cunningdorf, Svena découvrant son nom en écoutant les discussions, étaient discrètes et efficaces, une qualité sûrement apprécié par les maîtres des lieux. Après avoir délesté la Daedwenaise de ses fripes bonnes à être jeté au feu, elles préparèrent un bain chaud.
Depuis combien de temps n'avait pas t-elle eut droit à un tel luxe ? Même elle l'ignorait, se laissant sombrer avec plaisir dans l'eau parfumé de la baignoire en porcelaine. Elle sentait ses muscles se dénouer... Ses cheveux châtains flottaient mollement. Elle ne remarqua pas la course du temps et près d'une heure s'écoula avant qu'elle ne sorte de l'eau. Après s'être enroulée dans un linge, elle s'avança vers une des fenêtres et regarda l'immensité de la nuit : Les astres entourés de milliers de mondes, la Lune et sa lueur fantomatique mais surtout les lumières jaunes s'échappant de quelques bicoques de villages ou de châteaux lointains perchés dans les montagnes. Les Caméristes rentrèrent alors et vinrent l’asseoir sur une chaise.

« Soyez honoré ! Sa seigneurie a plusieurs robes qu'elle ne porte plus depuis quelques décennies à vous prêter, Sylvia, occupe toi de sa coiffure...Et Olga tu t'occupe du corset. »

Svena déglutit en voyant passer derrière elle une camériste taillée comme un mastodonte du Visland, probablement originaire de la même contrée. Il fallait rester digne pendant que l'on nouait ses cheveux sans prêter attention à ses côtes qui criaient à l'aide. Après plusieurs minutes d'habillage intense, la jeune femme contempla sa tenue : Une robe battante teintée d'un indigo vif qui était issus des îles de la Mer des Alizées, plusieurs livres de jupons en dentelle de Lysirie, ses cheveux étaient retenus dans un chignon aux mèches relâchées, serti d'une parure en argent et en améthyste.

« Il aura fallu frotter un peu pour enlever le coté fille de bouvier mais vous êtes magnifique comme ça !
-Il...Il y a un miroir pour voir le résultat ?
-Les maîtres n'en ont pas l'utilité donc ça va être dur.
-Je vois...
-Prenez la seconde porte puis continuez tout droit, le Vicomte vous attend. »

Svena hocha la tête puis sortit par la porte que lui ouvrait une camériste. Le couloir était décoré de quelques tapisseries défraîchies représentant des scènes de chasses mais à peine eut elle parcouru dix mètres qu'elle vit Sir Cunningdorf en pleine réflexion devant une tenture où un griffon succombait à la lance d'un preux chevalier.

« Oh Svena, je vois que les robes de Susan vous vont à ravir ! Les caméristes ont été au petit soin pour vous ?
-Oui monsieur le vicomte j'étais contente de...
-Je vous en prie Svena appelez moi Nathanaël, vous êtes mon invitée pas une de nos paysannes qui a un problème dans son poulailler.
-Bien me-Nathanaël.
-Vous avez de la chance, le couloir que nous empruntons pour aller à la Salle à Manger est merveilleusement décoré. Ajouta-t-il en commençant à avancer.
-D'autres tapisseries ?
-Plus de splendides toiles dont j'ai fait l'acquisition ou la commande...J'adore ce fourmillement de détails que les artistes savent mettre dans leur création !
-Je n'imaginais pas que les vampires étaient des amateurs de tableaux.
-Entre deux vols d'enfants et après le conclave sombre où on boit du sang de vierge on trouve parfois le temps de regarder des peintures en effet...

Svena cogita deux minutes avant de réaliser le sarcasme dans la voix de Cunningdorf.

-Oh pardon...
-Ce n'est rien, ma condition provoque suffisamment de répulsions aux gens pour que je m'y sois habitué.Vos amis m'ont tout de même tiré dessus.
-Ce n'est pas vraiment mes amis, répondit la jeune femme, piteuse, mais quand je suis arrivé ici ils m'ont recueilli en effet. Ils semblent terrifiés par cette contrée. »

Nathanaël s'arrêta devant un tableau qui montrait un navire de guerre sombrant dans l'océan déchaîné réfléchit deux minutes et demanda :

« Comment se nomment-ils ?
-Pierre et...Ralph je crois.
-C'était donc eux ! S'exclama le Seigneur tout en reprenant sa marche, vous-ont ils raconté leur histoire ?
-Non, ils étaient peu loquace...Dit-elle tout en jetant un coup d’œil à un portrait d'un jeune homme aux cheveux blancs comme l'hiver.
-Il y a cinq années de cela, deux soldats sont arrivés en claudiquant aux portes du village, des hommes d'Armstrang, malades et désespérés je les ai rencontré dans l'auberge du village. Ils parlaient d'une horde de goules qui avait mit en pièce leur régiment et qu'ils avaient dû traverser une Sarles dévastée avant de s'échouer ici.
-Je ne les ai vu qu'en croquants effrayés par le passage d'un horrible cava... »

Ses mots s'éteignirent dans sa gorge en voyant émerger d'un des couloirs adjacents au leur un homme tout de noir vêtu, portant la même veste de voyage que les cavaliers noirs...Seul le bruit de ses pas sur le sol de marbre témoignait qu'il avançait bien tant il semblait irréel. Svena semblait prête à défaillir, et ce sinistre épouvantail allait cueillir son âme en tendant sa main couverte de mailles...

« Messire, madame, fit une voix lissé.
-Capitaine Ashford ! Se régala Cunningdorf, voici l'invité dont je vous ai parlé : Svena.
-Mademoiselle je vous en prie ressaisissez vous ou du moins si vous deviez vomir, tournez la tête loin de mes bottes ou de celles du Vicomte elles viennent d'être cirées.
-Enfin Ashford on ne parle pas comme ceci à une dame ! C'est inconvenant.
-Je vous prie d'accepter mes excuses messire vous savez que je n'existe que pour vous servir...littéralement.
-Ce n'est rien...Vous devriez aller voire si Moticenni a besoin d'aide dans sa peinture...
-Bien messire. » Opina le cavalier noir avant de poursuivre sa route et de disparaître à un tournant.

Svena retrouvant ses esprits recommença à marcher et demanda :

-Attendez....Moticenni ? Le vrai Moticenni ?
-Pourquoi , il y en a un autre ?
-Le fameux peintre de Lysirie ? Celui qui a fait les portraits de la moitié des dirigeants actuels ?
-En effet...Je crois qu'il a emporté ici le portrait d'adalgonse VII avec lui.
-Je pensais qu'avec tout ce qui arrive depuis une décennie il aurait...Je ne sais pas, tant de gens sont morts.
-Alors louez votre Dieu que quelques uns aient survécu, surtout certains capables d'immortaliser le monde avec tant de précision...Mais dites moi Svena, je sais que vous êtes Daedwenaise mais vous connaissez un artiste, vous avez une certaine qualité d'élocution, vos dents et vos mains sont en parfait état... J'en déduis donc que vous n'êtes pas une fille de ferme alors puis-je savoir qui vous étiez avant d'atterrir ici ? »

Malgré son ton amical la jeune femme avait l'impression que le couloir avait refroidi de plusieurs degrés.

«Pour tout vous révéler...En même temps ce serait malséant que de vous cacher ceci...Je suis issu d'une grande famille noble de mon royaume. Notre château a fini assailli par une bande de désespérés en armes il y a de cela une semaine. J'ai réussi à fuir en sautant dans les douves et j'ai du errer comme une pestiférée avant d’atterrir ici.
-Ma pauvre enfant...Je ne devrais même pas vous appeler ainsi, mais plutôt Dame.
-Je vous en prie, n'en faites rien, je suis votre hôte et je ne voudrais pas attirer les convoitises de quiconque en Dornoff. Assura Svéna qui n'était néanmoins pas déplu par l'idée d'être désignée par son titre.
-Vous avez raison...La noblesse diaphanique aurait tôt fait que de vous inclure dans ses machinations sordides dont le Père de mon aimée et tout le reste de la clique des Primaux ont le secret.
-Les Primaux ?
-Cette soirée est suffisamment plaisante pour ne pas la gâcher avec de la politique, nous aurons tout le temps d'en parler à une autre occasion...Tiens nous arrivons à la Salle à Manger ! » Se réjouit Cunningdorf.

Deux domestiques ouvrirent les portes en bois massif, dévoilant une pièce assez impressionnante : Des lustres en cristal illuminaient l'ensemble de la salle, du parquet de bois brun aux vitres ouvragées qui donnaient sur la nuit, des meubles élégants et gravés tranchant avec la rusticité de ceux du Daedwen. Des domestiques étaient placés à distance régulière, immobiles et parfaitement dans leur rôle. Les murs étaient ornés de tableaux et une cheminée trônait à l'opposée de la porte qu'on venait de lui ouvrir dont le feu apportait une confortable chaleur. Et au milieu, attablée, il y avait la famille Cunningdorf, il émanait d'eux une aura saisissante, envoûtante, hypnotisante. Ils paraissaient irréels avec leurs cheveux de porcelaine et leur beauté bien trop parfaite. Nathanael s'avança en même temps qu'elle et ils prirent place avec les autres convives, l'un à coté de sa femme et l'autre se retrouva contre un jeune homme portant une chemise à jabot et une veste courte. Cunningdorf prit la parole :

« Ma très chère famille, ce soir nous avons l'incommensurable honneur d'accueillir une invité de marque, alors je vous prie de traiter comme il se doit durant son séjour au manoir Mademoiselle Svéna ! »

Les six autres nobles se contentèrent d’acquiescement polis et lorsque arrivèrent les musiciens, l'aristocrate comprit que le repas commençait.
Tandis que s'installait une ambiance feutrée et que les membres de la famille se mirent à discuter les uns avec les autres, les servants apportèrent des cailles confites.
Le jeune homme à jabot tourna la tête vers Svéna et lui déclara de bon cœur :

« Bon appétit.
-Merci bien, lui répondit l'Humaine tout en coupant un morceau de caille.
-Je présume que mon père vous a déjà fait visiter le manoir ?
-Une partie oui, je pense que j'aurais largement le temps de l'explorer en long en large et en travers.
-Vous n'aurez assurément jamais autant de temps que nous, pouffa-t-il, pardon pour le trait d'humour mais il faut bien casser la glace.
-Bien sûr bien sûr …Comment vous prénommez vous ?
-Cédric ma dame, le meilleur chasseur de tout Dornoff !
-Oh ! Vous êtes un traditionnel à la pique ou vous utilisez les merveilles naines que sont les arbalètes ?
-Croyez moi qu'un vrai chasseur ne s’embarrasse pas de ces instruments superflus...Tout se joue sur les compétences physiques, l'instinct, la meute ! Listait-il avec une lueur fanatique dans les yeux.
-Je vous crois sir Cédric. » Conclu Svéna tout en regardant un domestique apporter des légumes pochés.

Le repas se poursuivi un long moment et les plats se succédaient, preuves de l'ingéniosité des cuisiniers du Domaine. Les musiciens commencèrent une symphonie magnifique et un chanteur lança une complainte dans une langue inconnue, un véritable chant du cygne.

« Sir Cédric , de quoi parle leur chanson ?
-C'est du Sarlésien antique, la mélopée raconte l'histoire d'un prince venu d'au delà des mers qui tomba amoureux d'une reine d'Erion aux cheveux blancs comme la glace. Il fit la guerre pour elle afin de soumettre tout ses ennemis mais il périt au combat. Le reste a disparu dans les méandres des légendes passées. »

La Daedwenaise resta silencieuse en imaginant les histoires de ces temps révolus, des temps où les hommes étaient à l'aube de leur Histoire et non à leur crépuscule.
Elle remarqua aussi qu'une guitare était accrochée au dessus d'un des meubles. Elle en aurait des questions à poser et le Seigneur Cunningdorf se ferait un plaisir de lui répondre, elle en était persuadée.
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Re: [La plume à Piero] Chroniques d'un Monde en Déclin

Message par Piero Orson »

Chapitre IX : La Rencontre
Le Hurlement retentit dans toute la forêt faisant s'envoler des nuées de corbeaux engraissés par les dernières batailles.
Sous les branches basses des chênes, l'éclaireur gisait dans l'humus noirâtre, il était aux prises avec une répugnante arachnide d'une taille déraisonnable qui venait d'enfoncer ses crochets dans son bas-ventre. Il se tortilla pour attraper la dague à sa ceinture et enfoncer quinze bons centimètres d'acier de maître dans le crâne du monstre qui agita mollement ses pattes avant de s’affaisser.
L'autre éclaireur accourut pour l'aider à se dégager de sous la carcasse qui commençait déjà à devenir aussi rigide que les autres arthropodes qu'ils venaient d'éliminer.

« Accroche-toi ! Dit l'autre tout en le soutenant sur son épaule et en partant au triple pas.
-Je...Vais pas m'en tirer putain, laisse-moi.
-Jamais ! Par les ténèbres de Kardathen ! Elles rappliquent. »

Le duo arriva tant bien que mal à sortir du bois, louant les Dieux que les araignées colossales ne daignent pas les poursuivre loin du couvert arboré.
Ils marchèrent une lieue le long des champs en friches avant d'atterrir près d'un ruisseau. Le blessé s'effondra épuisé sur l'herbe humide , l'autre éclaireur s'agenouilla à ses cotés , il s'agissait d'une femme au caractère trempé , mais voir l'état de son compagnon d'arme était un spectacle désolant.

« Terd'huin ! S'exclama-t-elle au chevet du mourant.
-Ça ne guérira pas...Le venin me ronge les entrailles...Il faut que tu rebrousse chemin.
-Pas question ! On a pas tant perdu en cours de route pour abandonner...
-Serye...Je t'en prie, tu n'as pas à mourir sur une terre étrangère... »

Elle n'eut pas le temps de répondre que déjà les yeux de Terd'huin fixaient le vide. La vie avait quitté son corps. Serye prit le temps de le délester de ses armes avant de l'enterrer, marquant son ultime demeure en gravant son nom dans l'écorce d'un saule pleureur. Il y avait certes plus belles tombes partout en Erion mais reposer près d'une rivière, auprès des arbres et de la vie était bien plus agréable que de nourrir les condors sur un champs de bataille.

Elle se mit à suivre le cours d'eau vers l'aval , repensant à l'horrible mort de son ami, lui et tout les autres, toute la brigade avait été lentement décimée à mesure qu'ils progressaient vers le Nord... Et partout s'étendait la désolation, les villes dévastées par la Peste, les monstres pullulant comme les rats dans un caniveau. Elle était la dernière à pouvoir poursuivre leur mission et elle le ferait coûte que coûte. La région qu'elle traversait était quasiment vide, des mottes de petits arbres poussaient au milieu de prairies délaissées, des vestiges de clôtures et des épaves de chariot rappelaient la présence récente des Hommes. Heureusement même les créatures monstrueuses semblaient absentes mais il ne valait mieux pas jouer avec le Sort, une attaque impromptue de Griffon était à éviter. Au bout de plusieurs heures de marches, elle vit une chaumière bordée d'un petit enclos. Avec de la chance elle était encore habitée et avec une chance plus grande encore, le propriétaire n'était pas dedans. S'approchant à pas de loup, elle vit que des poules grattaient le sol et que quelques têtes de bétail broutaient dans les prés. Serye banda son arc et abattit une volaille mais alors qu'elle récupérait sa prise, la porte de la maison s'ouvrit en fracas et un fermier brandissant sa fourche manqua de l’empaler. C'était un noiraud aux habits usés comme la coque d'une épave, à la pilosité faciale proche du balais brosse et si sa charge l'avait prise au dépourvu, elle n'eut aucun problème à le désarmer et à l'envoyer se vautrer dans la boue. Elle s'assit sur lui avant qu'il ne se relève, lui coupant le souffle et décocha plusieurs coups de poing dans sa mine de croquant. Néanmoins ce qui l'a surprit le plus était son regard stupéfait et alors qu'elle s'apprêtait à lui planter la dague de Terd'huin dans le poitrail elle se ravisa, attrapa la poule et la flèche qui allait avec et déguerpit sans demander son reste.

Alors qu'elle faisait rôtir le poulet sur un feu de camp le long d'un sentier, elle s'interrogea sur son cas de conscience...Mais après tout, qu'était la vie d'un fermier ? Enfin, sans lui elle aurait du se risquer à traquer du gibier et s'exposer à des créatures plus que rétives à l'idée d'être des proies.
Après avoir jeté de la terre sur les braises elle reprit sa route, cependant quelque chose à l'horizon capta son attention : Une ville énorme dont les murailles semblaient s'étendre sur des kilomètres, traversée par un fleuve ronflant. Les toits des temples dépassant comme des sentinelles de la masse noirâtre des plafonds d'ardoises des bâtisses du commun. Seulement quelque chose clochait : Le Silence.

Rien, seulement le vent et les quelques oiseaux qui s'ébattaient dans la campagne. Pourtant une telle cité aurait du se mouvoir, gronder, grouiller, hurler ... Mais les murailles étaient désertes tout comme les quartiers misérables qui s'agglutinaient à leurs pieds. Serye continua à marcher vers la ville, cherchant une Porte ou une brèche. Arrivant sur une véritable route, elle remarqua l'augmentation croissante des débris et des véhicules abandonnés, parfois accompagnés d'ossements de bêtes de sommes, d'armures rouillées voir même de squelettes clairement humains. En étant quasiment à portée de la ville elle vit une tour en pierre décrépie portant une bannière au taureau mangée aux mites. Cette citadelle était clairement vide pensa-t-elle, elle avait assez vu de villes mortes sur sa route, mais peut être regorgeait-elle de ressources intéressantes...

La voie menait à une porte fortifiée, la herse était brisée et tordue comme si les barreaux avaient été chauffé à blanc puis explosé au bélier. Elle détacha son arc et attrapa une flèche au carquois à sa ceinture, elle était parée à encocher le plus rapidement possible si quelqu'un ou quelque chose l'approchait et à lui décocher un trait entre les deux yeux ou entre ses huit. L'éclaireuse prit alors une grande inspiration et s'aventura dans les rues désertes de la ville. Ses observations et son intuition ne l'avaient pas trompé, il n'y avait pas âme qui vive, rien que le silence et des bâtiments pourrissants faute d'entretien, quelques enseignes pendaient misérablement devant les échoppes vides et Serye avait l'atroce impression qu'on la fixait. Quittant les quartiers du commun vers les grandes allées elle remarqua l'imposant palais plus loin vers la ville riche. Un donjon aussi imposant qu'une montagne et qui donnait l'air d'un empereur surplombant ses sujets. Alors qu'elle poursuivait sa déambulation elle aperçut quelqu'un :

Une silhouette marchant dans la boue suintante entre les chariots de marchands délaissés. Mais il était bien trop rigide, il n'agitait pas ses mains et quand il tourna sa tête vers l'archère elle comprit : Son visage était rongé jusqu'à exposer ses cavités nasales et son palais, ses yeux avaient roulé dans leurs orbites. Il se mit à avancer en sa direction en hâtant le pas mais ce qui horrifia Serye plus que le mort-vivant était que d'autres commençaient à émerger des rues adjacentes, des bâtisses éventrées ou de derrière des caisses vermoulues. Abattant le premier elle se mit à foncer pour distancer les créatures damnées, courant sans s'arrêter alors que des dizaines de citadins nécrotiques la suivait, lentement mais sans lâcher prise. Après plusieurs minutes de course qui parurent des siècles elle se retrouva entourée par les manoirs sinistres de la haute ville mais qu'ils aient des haillons ou des pourpoints les macchabées ne comptaient pas laisser filer une proie. Commençant à diminuer les rangs des marcheurs titubants avec son arc, elle repéra un passage vers les murs du Palais et traça son chemin à travers l'ennemi à coup d'arc et d'épée courte. Au pied du Mur, littéralement, s’amoncelaient des cadavres bel et bien morts ceux là et alors qu'elle s'apprêtait à défendre sa peau dos contre la pierre froide une corde providentielle vint lui tomber sur le bec. Le temps de réflexion dura moins de temps qu'un gamin dans un concours de beuverie naine et elle s'accrocha à la corde, pour grimper vers ce salut providentiel.
Tandis qu'elle progressait vers le sommet des murs elle sentit qu'on l'a remontait, lorsqu'elle posa le pied sur le créneau elle aurait pu vouer un culte à son sauveur. Néanmoins elle n'aurait pas pu comprendre pourquoi Rodric VI le Sans-Terre était choqué de voir face à lui une femme aux oreilles pointues et à la tenue bien différente de tout ce qu'il avait pu connaitre.

Serye regarda l'humain : Il était plus petit qu'elle, ses cheveux brun sale lui tombaient sur les épaules, sa barbe broussailleuse ressemblait à celle d'un nain particulièrement négligent, cette comparaison offensante lui aurait valu d'être piétinée par une charge de rhinocères si les royaumes sous la montagne l'avaient entendu. Ses vêtements étaient néanmoins d'excellente facture même si ses bras trahissaient qu'il était d'une corpulence à peine supérieure aux créatures qui grattaient la pierre au bas du chemin de ronde. À sa ceinture il y avait une épée qu'il n'avait même pas prit la peine de sortir du fourreau.
Elle fit un pas vers lui, essayant d'adopter la posture la moins menaçante possible et énonça calmement : « Paix »
Vain effort, devant son air toujours aussi perdu elle comprit que ce n'était qu'un Homme parmi les autres, incapable de maîtriser l'elfique. Et comme elle même ne parlait pas leur langage primitif la communication allait être difficile.
Il sembla cependant réfléchir et articula ce qui aurait pu être son nom ou bien une insulte qu'en savait-elle ? Ro-dric.

Elle le répéta et cela sembla lui convenir, il avança vers le créneau d'où elle avait surgit et regarda les carcasses pourrissantes, son visage s'assombrit puis il fit volte-face et marcha vers la lourde porte de bois laissée ouverte qu'il avait du emprunter pour arriver sur ce chemin de ronde. L'elfe lui emboîta le pas et pénétra dans ce boyau sombre des corridors de garde, où des tonneaux de flèches prenaient la poussière près des râteliers vermoulus et les quelques meurtrières laissaient passer la pâle lumière extérieure. Il commença a parler tandis qu'ils progressaient dans le dédale d'escaliers et d'échelles, indifférent au fait qu'elle ne pouvait pas le comprendre. Serye fut bien contente lorsqu'ils arrivèrent dans un véritable couloir mais même ici l'obscurité était quasiment maître, seul un brasero sur la dizaine brûlait encore et les murs de pierre dégueulant de mortiers étaient aussi commodes qu'un seigneur de la Mort. L'autre ne cessait pas ses explications et elle se demanda si il s'agissait d'un garde ou d'un serviteur ou tout simplement un monte-en-l'air assez astucieux pour s'être réfugié ici. Il ouvrit une porte et ils arrivèrent dans le dortoir du guet, aussi austère et oublié que les couloirs. Cependant un détail la marqua : Des séries de mots étaient gravés sur un pan de mur libre, certaines étaient barrées. Les matelas de paille superposés étaient doublés d'une couche de poussière et les jointures métalliques des coffrets à barda étaient rouillées.

En quittant ce trou Serye se réjouit d'être à nouveau à l'air libre, ils étaient arrivés dans une petite cour intérieure où un vieux chêne noueux et bourgeonnant surplombait des bancs en pierre que le lierre commençait à envahir. Ce lieu paisible lui rappelait sa ville désormais bien lointaine : Y'anshara, la glorieuse capitale du Royaume de Ludelber. Déjà plus d'une année qu'elle était partie en campagne avec la Légion d'Or. Une année dans ces terres mortifiées de l'Erion, et pour quel résultat final ? Elle était coincé dans un palais décrépit avec un humain qui l'était tout autant.

Rodric la tira de sa pensée en poussant une porte avec grand fracas. À la suite de l'humain, la soldate découvrit une galerie ornementée : Des présentoirs à armures ouvragées étaient disposés à intervalle régulier et au dessus de chacune de ces pièces de collection il y avait un portrait aux dimensions impressionnantes. Des Rois à la couronne d'argent et à la mine sévère, dont certains portaient la même armure que celle présentée sous leur peinture. En face il y avait les tableaux des Reines mais seulement une disposait d'une armure. Elle remarqua que Rodric semblait converser avec chacune de ces personnes depuis longtemps retournées à la Poussière. Il s'attarda encore plus devant les deux derniers rois, l'avant-dernier avait l'armure la plus usée de toute, il y avait encore l'empennage d'une flèche qui dépassait du plastron. Le monarque était d'ailleurs représenté sur un champs de bataille où gisaient des soldats aux couleurs d'un fauve sable. Son successeur était lui debout devant un trône. Ils avaient un air de ressemblance frappante avec Rodric et c'est quand il ouvrit la porte de la Grande Salle du Palais qu'elle réalisa : L'ermite crasseux était de sang royal. Il marcha vers le trône sans regarder les tentures représentant le Taureau emblématique livrées aux mites ni les lustres en cristal d'outre-mer, et attrapa la fameuse couronne d'argent accrochée à l'une des deux aiguilles de marbres du dossier. C'était un roi à l’apparence d'un mendiant mais il avait sûrement plus de valeurs que les souverains fainéants qui se disputaient les terres elfiques : Des tyrans aux pusillanimes en passant par les enfants-rois, c'était d'autres instances qui détenaient le pouvoir réel, des instances aux motivations pécuniaires ou d'influence.

Rodric tira son épée et commença à l'aiguiser alors même que le fil de la lame aurait pu raccourcir les poils d'une mouche sans la blesser.
L'elfe décida de poursuivre l'exploration de son propre chef, n'osant pas déranger l'aliéné et son épée ; les couloirs s’enchaînaient dans une toile dense de boyaux lugubres depuis que toutes les torches avaient consumé leur huile. Celle qu'elle avait récupérée dans la grande salle projetait des ombres glauques et elle se demanda si elle allait disparaître à jamais dans un palais devenu tombeau, jusqu'à n'être qu'une ombre elle aussi. Des portes entrouvertes dévoilaient des chambres où personne ne dormait depuis des années, des placards où tout était couvert d'une gangue de poussière et des salles où s’entassaient de vieux trophées. Après un temps qui sembla durer des heures, des jours, des années, la jeune femme émergea dans une autre grande galerie où la lumière perçait par des fenêtres éventrées et éclairait une porte en chêne aussi grosse que celle de la Grande Salle qu'elle poussa avec peine, à croire qu'il fallait un cheval de trait pour circuler correctement dans ce palais !
La lumière dans son dos dévoila la danse de la poussière en suspension dans l'air renfermée de la pièce presque aussi grande qu'une cathédrale :
Une Bibliothèque qui exhalait des odeurs de vieux cuir et de papier jaunis. « Des milliers d'ouvrages recensant probablement toute l'histoire des hommes. » pensa-t-elle en flânant entre les anciens meubles de bois vernis. Au détour d'une allée elle croisa non sans surprise un tas desséché et couvert de toiles d'araignées qui s’avérait être les restes d'un vieillard mort depuis de nombreuses années. Une dague dépassait de la base de son crâne, en la retirant Serye vit qu'elle était rouillée et bonne à jeter mais sous sa carcasse rongée par le temps se cachait un grimoire qu'elle attrapa. Il allait bien falloir réussir à communiquer avec sa majesté Cinglé Premier du nom, soupira-t-elle avant de chercher une chaise et de commencer à vouloir déchiffrer les pattes de mouches qui s'alignaient par milliers sur les pages du livre. Tout le restant de la journée s'effrita à mesure qu'elle laissait traîner son regard sur des lettres et des lettres et des lettres et c'est uniquement quand la Lune émergea à travers les verrières qu'une main sur son épaule la tira de sa concentration. Elle poussa un cri et pivota sur sa chaise pour affronter l'intrus avant de voir qu'il s'agissait de Rodric avec son désormais habituel air lunatique qui serrait dans sa main libre un flambeau. L'elfe roula des yeux et bredouilla un « Pardon » en elfique, avant de voir qu'il l'incitait encore à le suivre. Un hurlement lugubre l'accentua dans sa prise de décision et elle se précipita derrière lui son grimoire en main. Si les couloirs de l'allée lui avaient paru glauques en plein jour, le palais en pleine nuit lui rappelait les pires moments avec son groupe d'éclaireurs, lorsqu'au réveil la sentinelle postée devant le bivouac avait disparu corps et âme sans un bruit. Les ténèbres semblaient se presser autour d'eux comme des monstres à l'humour sordide qui attendraient que leur proie s'effondre terrifiée pour l'attaquer, et même la lumière de leurs torches semblait vacillante et ténue. Lorsque Rodric s'arrêta devant la porte de la chambre royale, elle s'empressa de rentrer à l'intérieur avant de tirer sa Majesté et de fermer la porte. Elle était persuadée qu'un rire issus des tréfonds du palais avait résonné quand la porte avait claqué et c'est exténuée qu'elle s'assit sur le rebord du lit avant de constater avec dépit que l'humain dormait déjà, encore botté et son épée reposant sur un meuble de chevet. Elle ne réussit pas à fermer l’œil et à une heure où seuls les poules et les braves sortent du lit, elle continuait à lire le livre, priant que le mal qui rongeait ce monde la laisserait tranquille.
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Re: [La plume à Piero] Chroniques d'un Monde en Déclin

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Chapitre X : La Compagnie



Il fixait la perle de condensation qui commençait son inévitable descente vers les sillons du bois de la table. Les quatre autres personnes attablées restaient silencieuses dans une atmosphère à faire grelotter un vislandais, déjà vingt minutes qu'ils avaient été servis et personne n'avait touché à sa consommation. Le jeune homme pivota légèrement sur son tabouret et regarda la place qui jouxtait le rade dans lequel ils s'étaient réfugiés : Des gamins jouaient avec une balle à l'ombre d'un pin odorant. Un petit marchand dégarni drapé dans une ample tunique indigo raclait ses sandales contre le sol sableux tandis que deux solides gaillards qui semblaient sortis d'un même moule l'escortaient, leurs épées réfléchissant le soleil éclatant comme un miroir d'excellente facture. Un vendeur ambulant essayait de vendre des oiseaux chanteurs à la table d'à coté où siégeaient des amants ravis d'entendre la mélodie d'un vivisseau bien dressé. Il se retourna vers le reste de sa bande et essaya un sourire forcé pour briser le pan de glace qui s'était abattu sur eux.

« Rudy à part si tu as besoin qu'on fasse le compte de tes chicots arrête de sourire comme un débile. Cingla son compagnon de gauche d'une voix las.
-Brrrand à avoirrr raison, ajouta une voix féminine.
-Pardon , c'est juste que j'avais l'impression qu'on veillait un mourant vu l'ambiance.
-En même temps y a pas de quoi se réjouir, grogna la seconde dame de l'équipe qui avait pourtant une voix aussi mélodieuse que les passereaux du colporteur.

La seule personne qui n'avait pas encore prit la parole toisa l'orageuse du regard avant de trancher :

-Nous allons nous en sortir comme à chaque fois, c'était juste un peu de malchance.
-Un peu de malchance ?! Explosa-t-elle. Nous avons brûlé toute nos économies pour échouer à Edest ! Et si Brand ne cachait pas six Sarles d'argent dans ses bottes on n'aurait même pas pu payer la nuit et ces boissons dans ce tripot miteux !
-Ethissa, ne nous attire pas l'attention dessus. » Hésita Rudy en regardant les clients des tables adjacentes qui avaient tourné la tête vers l'infortunée compagnie.

Elle se remit à jurer dans sa barbe mais Rudy était sûr que toute sa famille sur sept générations avait été entachée. Même si en toute vérité , sa famille il ne l'a connaissait pas, c'était un enfant trouvé par un camelot suderon qui lui avait appris les bases de la vie. Il avait grandi le long des routes de l'Empire ainsi que de l'autre coté des passes de Kraz-Andron où son père d'adoption faisait son chiffre d'affaire avec les roitelets prétentieux. Il avait l’œil vert grenouille et le cheveu châtain roussâtre et un sourire espiègle qui donnait aux plus irascibles une envie pressante de lui exploser la face.
Brand lui était blond sale et plus massif, il s'était laissé pousser une barbe courte pour ne pas trahir son jeune âge. Il venait d'Armstrang où il avait été soldat mais il avait déserté pour des raisons inconnues et à chaque fois que Rudy abordait le sujet, il se fermait encore plus.
Markit, celui qui avait déclenché les foudres d'Ethissa était d'Inderion et avait cherché fortune sur trois continents en comptant celui où ils posaient les pieds actuellement. Il était d'un physique quelconque, brun, mais il était le chef du petit groupe, ce que personne ne contestait trop à part la sus-nommée.
La jeune femme qui parlait mal le frangien c'était Katarina, une prêtresse des régions de l'Est, et le peu de fois où Rudy avait été en contact avec des Esterlins avait suffit à lui prouver qu'ils étaient généralement froids et qu'ils avaient l'alcool mauvais. Katarina cependant cherchait à promouvoir son dieu au nom incompréhensible, ce qui l'avait amené à rejoindre la compagnie. Elle avait des cheveux ondulés et bruns qui tombaient en cascade jusqu'à sa taille et des yeux noirs comme deux pépites de charbon.
Et enfin il y avait Ethissa, si le départ dans la vie de Rudy pouvait sembler rude, le sien était affreux. Fruit des exactions d'un pirate elfe sur une pauvre lavandière, elle avait vécu dans le rejet des gens vis-à-vis de ses oreilles pointues qu'elle s'efforçait de cacher sous des foulards aux motifs chamarrés, elle en avait hérité un caractère explosif et une fâcheuse tendance à chercher les embrouilles avec ceux qu'elle ne pouvait pas encadrer.

Et toute cette joyeuse troupe était ici à Edest, bien loin des terres qu'ils avaient connus. En effet c'était une ville portuaire d'Onperion, toutes les personnes qui les entouraient étaient des Oruchiis avec le cheveu sombre comme le jais. Les étrangers étaient pour la plupart au niveau des quais à marchander ou à chercher contrat. Mais ils avaient fait chou blanc et après avoir déposé leurs chevaux dans une pension, ils avaient déambulé dans les rues jusqu'à atterrir ici, désespérés à l'idée de trouver un employeur ou une piste.
Rudy récupéra son citron infusé sur la table et sirota quelques gorgées avant de dévisager les trois nouveaux venus sur la terrasse. Il détacha le verre de ses lèvres et parla en Frangien au reste de la troupe :

« Méfiez-vous, c'est des Hérustos qui s'ramènent. Des brutes qui vivent en marge des villes, sont aussi adorables que des mâtins... »

Il expliqua brièvement ce qu'il savait de ce genre d'énergumènes, ils étaient des descendants des parias, des paysans révoltés et des nomades des steppes qui tous ensembles avaient fuit le monde civilisé et excellaient comme bandits et mercenaires. Nombre de communautés s'installaient à proximité des grandes villes commerçantes afin de glaner des contrats et de dépouiller les étrangers mal informés. L'un de ces charmants messieurs avait une balafre qui glissait de son œil droit jusqu'au coté gauche de la bouche , comme si il avait eut une rencontre infortunée avec un couteau. Son camarade à sa gauche n'avait pas besoin de balafre pour avoir une gueule affreuse avec une physionomie grossière comme si on avait sculpté sa trogne dans un bloc de glaise, et pas par un professionnel. Si le dernier avait un faciès plus quelconque avec des cheveux tenus en catogan, c'est lui qui vint roder près de la compagnie et plus particulièrement près d'Ethissa.

« Alors jolie fleur, on est nouvelle à Edest ? Demanda-t-il en langue du Sud avec un ton doucereux qui jurait atrocement avec le rauque de sa voix et son fort accent Hérustos.
-Merci mais si j'ai besoin d'un tas de fumier pour pousser j'irais voir près des marchés à bétail. Déclara-t-elle en Frangien avec un faux sourire niais sous le regard de tout le groupe.

Visiblement le gaillard ne comprenait pas la langue car il répondit à son sourire avec le même air avant d'arracher brutalement le foulard de la métis et de brailler dans son jargon :

-J'avais raison mes frères ! C'est bien une pute elfe ! Crevons cette bande d'Aruchiis puants et plantons leurs têtes sur des piques devant le... »

Il n'eut pas l'occasion de finir sa phrase que Ethissa lui enfonça son coude dans le plexus, elle n'avait pas compris ses paroles mais avait saisi le message globale du gibier de potence.
Tout s’accéléra, Brand et Markit dégainèrent leurs épées pour cueillir les deux autres affreux tandis que le porteur de catogan essaya malgré son souffle coupé de frapper la demi-elfe, cependant bien plus vive et agile elle esquiva le coup ce qui l'envoya valser sur la table dans un grand fracas. Rudy attrapa une chope et frappa à plusieurs reprises sur le malabar pour éviter qu'il ne se réveille trop vite.

Le balafré fit tournoyer un fléau d'arme dans l'air avant de l'abattre sur l'écu au griffon de Brand, raclant la peinture orangée dans un bruit perçant. Le soldat contre-attaqua mais son adversaire réitéra un assaut et enroula la chaîne de son arme destructrice autour de son épée pour lui arracher des mains.
Markit lui avait plus d’aisance contre le hideux, même si le khoff de ce dernier, une lame épaisse qu'on utilisait sur le continent pour déboiser son chemin dans les broussailles, fusa à quelques reprises à moins d'un pouce de son crâne. Un coup d'estoc déchira le tissu, la peau et la chair cartilagineuse de l'épaule du brigand qui se mit à brailler comme un porc. Son comparse fit l'erreur de tourner la tête vers lui, et un prodigieux coup d'écu l'emmena voir trente-six chandelles.
Sous le regard médusé des clients et des badauds, le groupe d'aventuriers récupéra ses affaires promptement pour déguerpir dans une venelle, loin de la place et des Hérustos inopérants.

« Mais bordel il en faut combien des aussi cons que toi pour avoir l'idée d'aller dans une ville qui veut la peau de tout ce qui a des oreilles pointues ? Hurlait Ethissa sur le malheureux Markit avec un volume si élevé que toute la rue se penchait par les fenêtres pour observer la source du tapage.
-Doucement Ethissa, toi finirrr parrr amener tout le continent surrr têtes à nous.
-Et quand le reste de l'assemblée de ces trois dégénérés va se ramener on fera comment ? J'ai pas envie de finir la tête au bout d'une pique !
-On devrait retourner vers le port, ce sera plus sûr que de s'égarer dans les quartiers populaires, puis peut être que cette fois Rudy trouvera un client, n'est ce pas Rudy ?
-J'approuve Brand, tirons nous de ce coupe gorge. »

Les ruelles formaient un réseau dense où séchait du linge au dessus de rigoles chargées de détritus, des échoppes minables s'alignaient au regard de la bande, elle même exposée au jugement silencieux des gens du commun, amas vivant et mobile comme une créature sans ossature, aux yeux multiples et à l'apriori tenace. En descendant vers les ports, il fallait sans cesse surveiller sa bourse sous peine qu'un anonyme aux doigts agiles la cueille. C'était pire une fois arrivé car si les rues pouvaient paraître bondées, les quais foisonnaient de monde. On y retrouvait des gens de toutes origines et de tout faciès, par là Rudy voyait deux vislandais descendre des caisses d'ambre de leur drakkar, par ici c'était un nain à la robe de sénateur qui donnait ses instructions à quelques manutentionnaires. Il glanait aussi des nouvelles du monde en tendant l'oreille :

« Parait qu'il se trame des trucs à Matodras. » affirmait un corsaire brettan à un de ses comparses, un assureur quant à lui refusait de signer avec un marin qui voulait partir vers l'Est.

Un homme de Carshin racontait à qui voulait l'entendre qu'un Kraken avait coulé son navire.
Deux Frangiens attirèrent son attention pendant que le groupe s'était arrêté pour se repérer dans le dédale de pontons, de bâtiments sur pilotis et de navires.

« T'as réussi à avoir des nouvelles ?
-Nan, 'vec la guerre l'courrier circule p'us.
-Faudra voir si l'autre brigand acceptera une course vers l'Erion... »

Le jeune homme n'eut pas le temps d'en apprendre plus car Katarina le tira par le col pour presser le pas.
Commençant entre un prêteur sur gage et une taverne dont le dernier nettoyage devait être antérieur à la chute de Sarles, un chemin de planches grinçantes permettait de couper vers une autre partie du port. Seulement, à l'abri du tout venant et niché dans ce recoin comme une bernacle, un lupanar de bas étage dévoilait une partie de sa marchandise. Des catins riaient faussement aux blagues de futurs clients, du pirate à la veste vermillon au travailleur qui avait économisé deux mois pour cette distraction.
Une rouquine fit semblant de camoufler un sourire en passant devant Brand et Markit mais ce fut une elfe du crépuscule, avec ses cheveux bouclés d'une couleur grise acier et à la peau sombre comme l'océan en pleine nuit qui passa ses bras autour des épaules de Rudy. Elle sentait l'encens et déposa un peu de ce parfum en lui embrassant la joue.
Il se dégagea de son étreinte et accéléra le pas pour sortir au plus vite de cette rue et de ses démons.
Le Port oriental comprenait bien plus de soudards, de mercenaires et de reîtres ainsi que de gens peu scrupuleux qui nécessitaient ce genre d'épée-louée.
Une cohorte de mercenaires passa à cheval, ils portaient les couleurs du cocatrix ; symbole de la compagnie des Coquelets Hardis.

« Frimeurs... » Marmonna Markit en les regardant s'en aller vers les grandes avenues qui permettaient de joindre les Portes de la Ville.

Ils marchèrent encore un peu avant d'être alpagué par un homme qui trottinait dans leur direction. Ses cheveux noirs plutôt longs étaient pour certains retenus en une tresse lâche pendant que le reste flottait librement. Une boucle en or sertissait son lobe gauche et des taches noires à la base de son cou trahissaient des tatouages dissimulés.
Il était sans aucun doute possible un natif de la région mais il s'adressa à eux sans une once d'accent dans la voix :

« Frangien ? Esterlin ? Carshien ?
-On peut parler en Frangien oui, assura Rudy tout en ayant l’acquiescement du reste de la bande.
-Parfait, nota l'Oruchii avant de reprendre, cherchez-vous un contrat ? Une offre ?

Il y eut des échanges de regard par dizaine avant que Markit ne se lance :

-En effet c'était pour ça que nous étions sur le port des Lames, monsieur...
-Duavos.
-Duavos, alors pouvons nous en savoir plus ?
-C'est très simple, il me faut une escorte pour un long voyage vers le Sud, bien sûr vous serrez bien rémunérés mais je me dois d'être honnête : ce ne sera pas une partie de plaisir, le sol d'Onperion est pavé des os de ceux qui ont sous-estimé la rigueur de la vie.
-C'est pareil partout mon ami, riposta Rudy avec son fameux sourire.
-Nous allons prendre le temps de la réflexion, expliqua Markit au potentiel client.
-Faites, faites. »

Les cinq aventuriers se resserrèrent pour parler à voix basse :

« Bon, qui est partant ? Questionna Markit.
-J'en suis, souffla Rudy.
-Je pense que nous devoirrr rrrester méfiant.
-Katarina a raison, ajouta Brand, qui nous dit qu'on ne nous tend pas un piège ?
-On cherche un contrat depuis ce matin et quand on en décroche enfin un vous vous débinez ? S'exclama la demi-elfe, incrédule.

Rudy hocha la tête et reprit la parole :

-Si jamais il nous passe sous le nez on finira à la rue avec nos amis du bar qui auront rassemblé la moitié de la région contre nous. »

Le rappel des faces du balafré et du hideux suffit à convaincre les deux récalcitrants qu'il y avait plus à gagner qu'à perdre en acceptant l'offre.

« Alors ? S’enquit Duavos.
-Nous acceptons l'offre, nous partons quand ?
-Dès que vous aurez fait le plein de matériel, je vous attendrais à la Porte des Rois. Et pour vous prouver ma bonne foi, ces frais seront compris dans votre prime. » Conclu-t-il en lançant une petite bourse à Markit.

Deux heures après, juchés sur leurs chevaux, les sacs chargés de vivres impérissables et d'eau et avec des mines aussi triomphantes que celles des Coquelets ; Markit, Ethissa, Rudy, Brand et Katarina remontaient la grande avenue que bordaient les halles et les bâtiments officiels de la cité-état. Leur client avait enfilé une pèlerine brune et tenait la bride d'un hongre pommelé. Une foule dense transitait par la porte où le Guet assurait que les entrants et les sortants payent l'octroi, et une fois ce coûteux détail réglé, les six cavaliers sortirent de la ville.
De vastes collines boisées de cèdres s'étalaient devant l'horizon et l'espace laissé entre elles et les remparts de la ville était occupé par les fermes et les hameaux qui assuraient une partie des besoins de la ville en arrachant à la terre légumes et céréales.
Rudy contempla le spectacle avant de claquer les rênes de sa monture. Le voyage ne faisait que commencer.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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