[Concours] La Bataille III

Dans cet espace intemporel et hors du monde, les plus talentueux écrivains peuvent écrire pour le plaisir ou se mesurer entre eux, pour leur gloire personnelle ou par vengeance....

Modérateur : Equipe MJ

Sondage : Qui seront les gagnants de cette 3ème édition ?

Le sondage s’est terminé le 05 janv. 2020, 18:19

Armand de Lyrie
6
12%
Dwaidu
5
10%
Johannes La Flèche
1
2%
Dan Surcouf
1
2%
Piero Orson
5
10%
Dokhara de Soya
5
10%
Snorri Sturillson
9
18%
Taille Tallgott
1
2%
Alicia
1
2%
Snikkit l'Ombre rouge
6
12%
Ludwig Von Hoffenbach
2
4%
Galfric Lawmaker
2
4%
Hagin Duraksson
3
6%
Morwen Nidariel
3
6%
 
Nombre total de votes : 50

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[MJ] Le Grand Duc
Warfo Award 2019 du meilleur MJ - RP
Warfo Award 2019 du meilleur MJ - RP
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[Concours] La Bataille III

Message par [MJ] Le Grand Duc »

Musique


La neige tombe dans les forêts qui entourent sa hutte. Là dehors, les tambours de guerre résonnent à travers la vallée, depuis les pics enneigés jusqu'aux fjords gelés. Le guerrier enfile ses frusques en peau de bête, ses talismans impies, saisit sa hache, son bouclier cerclé de fer et sort. Là, seul dans le froid, sur le pas de son foyer, il prend son couteau de chasse et s'entaille la poitrine, y traçant la rune de la mort en priant les dieux de lui accorder gloire et honneur dans la bataille. Son sang coule sur le manteau immaculé qui étouffe la forêt. Le guerrier y trempe ses doigts. Il trace des sillons sur son visage et part pour la guerre.

Le vent s'engouffre dans la salle de banquet vide et fait vaciller les flammes dans l'âtre. Voilà longtemps que les rires et les chansons des ménestrels ne résonnent plus dans ce grand château de pierre. Le seigneur fixe les braises, debout, tandis que son écuyer s'affaire autour de lui, resserrant une dernière fois les courroies de l'armure de son maître. Avant le soir, il dirigera ses chevaliers, chargeant à leur tête jusqu'au cœur de l’ost ennemie. Mais l'âge a rattrapé le fringuant combattant qu'il était. Son bras n'est plus aussi fort qu'auparavant, sa fougue n'est plus aussi brûlante, son cœur aussi vaillant. Il ne verra pas le soleil se coucher, et il le sait. Il dégaine l'épée transmise par son père, et le père de son père avant lui, et regarde son reflet sur le plat de la lame. Il mourra ce soir.

Seule statue immobile au milieu de la mer de sable, le roi attend. Il attend depuis des siècles, sans bouger, conscient de l'éternité qui s'écoule comme dans un sablier. Sentinelle silencieuse, jamais son sommeil ne fut troublé. Jusqu'à ce jour. Des intrus sont arrivés. Ils ont brisé les sceaux sacrés, ouverts les portes des tombeaux, pillés leurs trésors. Le roi est un juge, le roi est un bourreau. Pour ces cloporte, un seul châtiment : la mort. Il lève les mains de chaque côté de sa tête, puis prononce un unique mot. Le vent du désert hurle et tourbillonne et la tornade arrache du sol les légions antiques. Ces morts, parés d'or et de bronze, se lèvent pour répondre à l'appel de leur roi, et rien ne leur résistera.

La danseur court entre les troncs, et saute de branches en branches, et les ombres le suivent. La forêt éternelle est son foyer. Il bondit et virevolte, jongle avec ses épées, file comme un fantôme dans le labyrinthe des racines et des bosquets. Une douce musique résonne à ses oreilles, et coule comme une eau fraîche sur ses tatouages sacrés. C'est la mélopée de feu, celle de la passion et du sang, celle de la bataille. Les arbres millénaires tombent sous le fer des haches, se consument dans les gueules des fourneaux. Les troncs flottent sur la rivière comme des cadavres boursouflés. Le danseur court à en perdre haleine. Les ombres autour de lui se transforment en guerriers qui fendent le feuillage. L'armée invisible file sans bruits telle une nuée de feux follets. Demain, le danseur dormira sur l'humus gorgé de sang de la forêt.

Les coups de boutoir, contre la porte, sont lents et réguliers. Chaque fois, la poutre craque un peu plus. Dehors, la horde infinie hurle et jacasse, avide de carnage. L'ancien regarde son gantelet, ouvrant et fermant lentement le poing. De chaque côté de lui, ils sont cent à entonner leur chant de mort, les yeux rivés sur la porte. Bientôt, la vague verte les balayera tous. L'ancien ne s'en émeut pas. Il a vécu et mourra comme ses ancêtres avant lui, dans l'honneur et le sacrifice. C'est là la voie des siens. La poutre craque une fois encore. Le dernier carré resserre les rangs. La défaite n'importe pas. L'ancien n'a désormais plus qu'un désir. Celui d'emporter le plus de ces créatures avec lui. La poutre craque une dernière fois. Le mur lève ses bouclier. L'ancien adresse une prière à ses dieux et saisit son marteau. La poutre cède, la porte tombe et la vague emporte tout.

Le corsaire affûte ses lames tandis que la brise marine fait voler sa cape en peau de serpent-des-mers. S'il ne revient pas avec ses cales débordant d'esclaves, son père l'écorchera vivant et fera de son crâne un hanap. L'océan est-il aussi vide que vaste ? Les voiles noires se gonflent, le sel brûle tout. Le corsaire fait les cent pas. S'est-il trompé ? Doit-il fuir ? Mais la vigie hurle, et un point blanc apparaît à l'horizon. Le sourire aux dents pointues du corsaire s'étire lentement. Les ordres claquent, les gréements se remplissent de marins et le pont de soldats. Le pavillon est hissé et la chasse commence. Bientôt, le corsaire sera bercé par la douce musique des pleurs et des suppliques de ceux qui s'en vont pour les étendues glacées et n'en reviendront jamais.




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Bonsoir à tous et à toutes, et bienvenue à cette troisième édition du concours "La Bataille". Dans cette épreuve littéraire, vous serez invité à produire un texte ayant pour sujet -comme le titre du concours l'indique- une bataille ! Au delà de ce sujet, le thème est totalement libre. Cette bataille peut être terrestre ou navale, une simple escarmouche ou un siège en règle, une défaite cuisante ou une victoire éclatante, etc. Le choix des races s'affrontant est libre aussi, ainsi que le style de la narration, l'usage d'images ou de musiques, l'époque où se déroule l'action, et j'en passe. Bien entendu, les participants devront faire preuve de rigueur dans leur écriture, d'imagination et d'originalité. Faites nous voyager, donnez nous de l'épique, du mystérieux, du magique ! Ecrivez votre bataille rêvée, celle que vous voudriez voir sur grand écran, du son plein les oreilles et avec la chair de poule. Faites nous vivre une bataille dans le monde de Warhammer, avec tout ce qu'elle peut avoir de grandiose et d'horrible, de fantastique et de misérable.

Vous avez jusqu'au 22 décembre 2019 pour participer, suite à quoi les votes seront ouverts. Voici, ci-dessous, la liste des prix qui seront décernés aux trois vainqueurs.

Première place : une sélection de puissants artefacts magiques parmi lesquels choisir.
Deuxième place : un objet personnalisé conférant +1 dans une caractéristique au choix (sauf Na).
Troisième place : une bourse d'or ou de points d'expérience.

Si des questions ou des incertitudes subsistent, n'hésitez pas à me contacter sur le forum par MP ou sur Discord.

Pour les amateurs de batailles, voici les liens vers les deux éditions précédentes :
La Bataille I viewtopic.php?f=176&t=5519
La Bataille II viewtopic.php?f=176&t=5871

A vos plumes, seigneurs de guerre !
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Armand de Lyrie
Warfo Award 2020 du Maître Orateur
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Re: [Concours] La Bataille III

Message par Armand de Lyrie »

Depuis toujours, je suis fier de mon papa. Il est pas le plus causant, ni le plus tendre, ni le plus malin, mais je n’ai jamais rougis de honte lorsque je devais dire que j’étais son fils. Y en a, des copains, qui auraient peut-être souhaité que leurs parents soient plus riches, ou plus gentils, ils auraient préféré être mieux nés, avoir plus de… De choix dans leur existence. J’vais pas mentir. C’est un peu mon cas. Quel enfant n’a pas regardé le clocher de son village, regardé l’horizon, les mêmes champs qui bougent pas et bougeront jamais, et rêvé de… De ce qu’il y a plus loin ? Tout le monde. C’est normal. Parfois, ça fait du ressentiment. On se sent pas bien.
Mais j’aime mon papa. Et je suis fier de lui. Même quand il boit. Même quand il part des jours durant sans raison, errer au bord du fleuve pour fuir les hurlements et les pleurs de maman. Y m’a déjà donné quelques gifles – comme tous les gosses de mon âge je pense, ça fait pas de lui un vaurien. J’arrive pas à le détester, même quand il fait pleurer maman. J’sais pas. Vous feriez quoi à ma place, vous ? Vous voudriez fuir ? J’sais pas. C’est… C’est comme ça.

Mon papa j’en suis fier, parce que c’est p’têt pas le plus causant, le plus tendre ou l’plus malin, mais c’est certain que c’est le plus fort du village. Je le sais parce que tous les huitièmes jour de la semaine on a un jour de repos, sauf l’été où on doit s’occuper tout le temps des moissons. Du coup bah on met ses beaux habits, ceux en lin qui grattent, et on recouvre les pieds nus de sabots étroits, et on va dans la petite chapelle du Graal où qu’il y a un petit autel de Shallya juste à côté. On prie devant le casque et l’épée du chevalier du Graal qui est enterré sous la chapelle – y a jamais personne dans cette chapelle là - et après, on va juste à côté devant l’autel, où y a une gentille prêtresse qui vit un peu à l’écart du village qui nous fait dire la prière et qui nous bénit. Et ensuite, après tout ça, bah, y a le seigneur qui a dit que les hommes devaient s’entraîner au tir à l’arc. Alors les messieurs du village ils enlèvent leurs beaux habits du jour de repos, y mettent leurs gants bizarres qui recouvrent que trois doigts, et ils sortent des espèces de longs, et grands bâtons très chers en bois d’if : C’est un grand arc. Y a pas une personne dans tout le village qui soit plus grand que son arc en fait, c’est dire s’il est grand, et papa il est grand. Avec ces graands arcs, tous les hommes, ils se mettent en ligne, et ils bandent très fort en poussant contre le ventre de l’arc (Le ventre c’est le côté arrondi qu’est vers toi, le dos c’est l’côté qu’est vers celui dans qui tu veux rentrer la flèche, je te le dis), et en ramenant la corde tout près de leur oreille, et quand ils lâchent ça envoie très, très loin une flèche qui vient se planter dans la prairie qu’on met en jachère. Ils manquent jamais un entraînement, même quand il pleut des cordes – la prêtresse elle m’a dit qu’un arc c’était impé… impusc… imp… ‘fin que ça peut pas pourrir quoi. Même en pleine chaleur étouffante. Même en hiver quand on reste toute la journée dedans la maison à manger du poisson salé, ben papa et les autres hommes du village, y vont devant la chapelle pour bander leurs arcs et jeter des flèches partout.
Mon papa, il est capitaine du village. Capitaine ça veut dire que c’est lui qui doit rameuter les villageois quand le seigneur il en a besoin. Mon papa c’est pas le plus malin, le plus tendre ou le plus causant – mais tout le monde sait que c’est le capitaine, mais il en est pas plus fier, il le crie pas sur tous les toits, il fait pas le mariole, il prend cette fonction très très au sérieux. Et c’est bien normal, parce que c’est le plus fort du village et c’est certain je vous l’ai dis. Parce qu’avec son grand arc, il tire des flèches plus loin que tout le monde. Faudrait que vous le voyez, avec ses gros muscles, à suer comme un buffle, la mâchoire tremblante, avec quelle force il maîtrise son gigantesque arc. À voir, c’est trop facile de bander un arc, mais j’ai déjà essayé : ça tire énormément sur le bras et fait trembler tous les muscles de votre corps, on a l’impression de tirer un énorme sac de farine avec juste deux doigts.

J’aime beaucoup les entraînements au tir à l’arc de papa, parce que c’est vraiment l’un des rares moments où je peux le voir. Maman dit que c’est un ivrogne – elle a raison. Qu’il est paresseux – c’est pas faux. Il bosse peu. Il devrait, pourtant, s’occuper de son champ – enfin du champ du seigneur, c’est pas le nôtre, on nous le répète bien assez, surtout quand faut verser le champart lors du Jour de Carléond et la Semaine des Vignes, et puis lorsqu’on remet le sixième du cens au bailli qui descend du château sur son gros mulet, avec une épée pis des hommes d’armes des fois qu’on voudrait pas cracher le pactole, même s’il y a bien que lui pour parler de « pactole » pour parler de nos maigres récoltes, qui sont pas du tout un pactole hein. Mais j’m’embrouille. Moi je voulais vous parler de papa. Papa il fait les semailles de temps en temps, mais il se plaint d’un rhume. Il se plaint aussi de son dos pour les moissons. Et puis il arrête pas de partir, il dit qu’il va à la pêche, mais le poisson ça nourrit pas, sauf en hiver où qu’on mange du poisson salé – ah mince je vous l’ai déjà dis qu’on mangeait du poisson salé.

Je sais pas c’est quoi le problème de papa avec maman. Je suis pas idiot non plus, je suis jeune mais je suis pas demeuré. Je me doute qu’il y a une histoire, mais ça m’énerve, parce que maman je l’aime autant que papa. Des fois je me dis que ça serait sans doute pour le mieux que papa s’en aille pour de bon, qu’on le revoie plus, que maman épouse quelqu’un qui lui aurait pas toujours le pif rouge de vin. Je vous dis ça, ça doit vous paraître cruel, mais n’en pensez rien. Je l’aime mon papa.
J’aime ces journées hebdomadaires. Là où il fait son devoir de capitaine. C’est le seul jour de la semaine où c’est lui qui me réveille, et non maman ou le satané coq. On va prier devant le casque du chevalier, devant la gentille prêtresse, et puis après je suis mon père un peu à l’écart, et je lui fabrique ses flèches. Il m’a tout raconté comment on fait. Faut un petit morceau de frêne, et faut le tailler très finement, long mais fin, faut que toutes les flèches soient un peu pareilles donc c’est très minutieux. Ensuite, faut trouver des petites plumes d’oies, et ça c’est le pire moment parce que les oies c’est des animaux très cons et violents, donc c’est moi que papa envoie les déplumer, même quand je me plains ou que je crie. Il me fait : « Fiston, tu vas chercher les oies ou je t’en colle une », donc forcément je discute pas. Qu’est-ce que j’ai pu me faire mordre par leurs becs quand j’étais plus jeune… Mais maintenant ça va, j’arrive à leur piquer leurs plumes, et on les attaches à la flèche d’une certaine façon bien harmonieuse pour que le vent il souffle bien tout comme il faut.
La dernière étape, c’est qu’il y a des petites pointes de fer qu’il faut forger : c’est très facile à faire, y a rien de compliqué je vous assure, mais c’est vrai qu’il faut creuser un trou et faire un petit foyer très très chaud en brûlant de la paille et du hêtre. Y a différentes formes qu’on peut donner à la pointe quand on la forge. La plus évidente, c’est celle qui est longue et fine, en fait c’est plutôt un petit carré tout fin, le but c’est qu’elle porte très loin et très vite, ça ressemble un peu à un poinçon. Mais y a aussi une autre flèche un peu bizarre, où ça fait une sorte de petit creux dans la flèche où qu’on peut mettre un petit caillou de charbon, pour que ça fasse du feu, parce que des fois les archers on leur demande de tirer des flèches où qu’on a mit le feu, pour faire peur aux chevaux, ou pour savoir où on tire durant la nuit : mais le truc c’est que ça s’utilise pas avec un grand arc, parce qu’un grand arc c’est vraiment très très grand et ça tire tellement fort que bah, la flèche, bah y a tellement de vent bah que ça s’éteint d’un coup, ce qui donne une scène très bête. Mais la dernière forme, c’est celle en barbillon, avec des sortes de petits crocs qui reviennent en arrière. C’est très vicieux, j’ai vu quand on allait à la chasse. En fait, vous voyez, papa il m’a raconté : Une pointe de flèche, pour l’accrocher à la flèche, on crache dedans, ou des fois on colle une petite boule de trucs collants mais souvent le crachat ça suffit, parce que le but c’est pas tellement que la pointe soit très accrochée à la flèche, parfois c’est même plutôt l’inverse. Genre, vous imaginez, l’orque il est traversé d’une flèche, son premier réflexe, ça va être de la tirer hors de sa sale peau-verte : Mais là, ça va être la surprise, il va retirer le fût en hêtre, qui est juste collé par votre salive, et la pointe ? La pointe elle va rester bien profondément accrochée dans son corps. Le seul moyen de sortir une flèche en barbillon, avec ses espèces de crocs, c’est de la tourner et de faire un trou encore plus grand et une plaie encore plus béante. Avec ça vous êtes sûrs de faire très très mal.

L’après-midi quand il a fini de décocher ses flèches, et qu’il a rangé son arc dans sa toile, papa part pêcher. Avant je lui proposais toujours de l’accompagner, mais il refusait catégoriquement, maintenant je me contente de m’éloigner sans lui dire un mot. Je sais qu’avant c’était pas comme ça, qu’il était peut-être plus… Je sais pas. Plus gentil ? Il aimait bien me soulever pour me mettre sur son épaule. Je sais que par exemple il a jamais mit mon petit frère sur son épaule. Je sais pas. L’après-midi quand il a fini de décocher ses flèches, je retourne vers le petit autel de Shallya, et je vais voir la prêtresse. Elle met toujours ses poings sur ses hanches et fait semblant de me gronder, puis elle s’occupe de moi. Elle me fait réviser mes lettres que je creuse avec un bout de bâton (Souvent un morceau de frêne en rab’ que j’ai pas taillé en flèche) dans la terre battue juste devant la chapelle, et elle me montre comment on fait des tisanes et des cataplasmes pour guérir des choses. Elle est très gentille, plus gentille que maman. Maman elle m’engueule quand je rentre tard le soir, elle dit que j’aurais dû aider à la maison au lieu de gambader, mais ce jour-là, ce huitième jour de la semaine, j’ai l’excuse, l’excuse de profiter d’un jour de repos accordé par notre seigneur, dédié aux Dieux, et où je dois obéissance à l’homme qui est à la fois mon père et mon capitaine de village. Sept jours de la semaine elle peut me hurler dessus, me tirer par le bras, me gifler, autant qu’elle le souhaite. Mais le huitième il est à moi, et à moi seul. C’est le huitième jour où je peux profiter de mon père, le huitième où je peux rêvasser dans la chapelle du Graal en regardant les magnifiques vitraux, le huitième où je peux regarder dans des livres où je comprend rien à toutes les pages remplies de lettres et de dessins, et où je peux salir mes doigts d’orties et de lait de chèvre pour fabriquer des remèdes. Sept jours où on me hurle dessus pour que je surveille ma petite sœur, que je garde les moutons, que j’aille aider la voisine à coudre, que je sème, que je creuse avec l’araire, que j’entretiens le potager ou que je dois remplir les corvées seigneuriales en allant élaguer un marais pendant que ce gros con de bailli reste bien tranquille sur sa putain de mule. Mais le huitième je dois rien à personne.

Ça va faire des années maintenant que je vis pour ce huitième jour, et que ce huitième jour est le seul bonheur que j’ai. Mon village il s’appelle « Saint-Jean-de-la-Haize », parce que Jean de la Haize c’est le nom du chevalier du Graal qu’on a enterré sous la chapelle, dont on a mit le casque et l’épée sur l’autel, et dont on a représenté tous les moments de sa vie sur ces beaux vitraux resplendissant qui illuminent la nef de la chapelle vide de dizaines de couleurs en été. Je pourrais tout vous raconter de Jean de la Haize : Bon enfin pas tout, en vrai, je suis pas de sa famille, sa famille c’est celle qui règne sur le village, avec à sa tête un autre seigneur qui s’appelle aussi Jean de la Haize, mais qui est pas le même, du coup y paraît qu’il faut lui mettre un numéro devant quand on met son nom dans des livres et qu’il est genre, je sais pas, Jean 8 ou Jean 9. Pour moi, de toute façon, il y a qu’une manière de l’appeler : « Monseigneur. »
Depuis toujours, je vis à Saint-Jean-de-la-Haize. Je connais rien d’autre. Rien. Le plus loin où je suis allé, c’est le château seigneurial, pour les corvées ; ça représente genre, six semaines additionnées au cours de toute mon existence. Tout le reste, c’est mon village. Je connais par cœur tous les champs, qui fait quoi, quel bout de terrain est mis en jachère à quel moment – ça se décide avec un vote ça entraîne souvent des débats. Je connais par cœur le clocher de la chapelle du Graal, le grenier, les chaumières même quand on les a réparées. La seule maison qui s’est ajoutée et qu’on a construite des fondations jusqu’au toit de paille, c’est quand Pierrot il a épousé Martine – notez l’originalité du prénom, on a neuf Pierre et trois Martine dans le village, donc on leur donne des surnoms pour les différencier, en l’occurrence c’est « Pierre la Truie » et « Martine la Bécasse » qui se sont mariés et à qui on a fait construire toute une jolie maison pour leurs futurs enfants, et la Bécasse elle est grosse d’ailleurs depuis peu alors on espère tous qu’elle fera un joli enfant. Mais sinon, mon village, c’est toute mon existence. C’est rien de plus. Cette routine elle a pas souvent été troublée. De temps en temps, y a bien des pèlerins qui sont arrivés à la chapelle, et alors, c’était motif de fête, on voulait tout savoir d’où ils venaient, de ce qu’ils avaient traverser, de ce qu’ils aimaient faire. Je me souviens d’un pèlerin qui jouait merveilleusement bien de la mandoline – j’aurais aimé qu’il m’apprenne, mais ça m’aurait demandé des mois et il ne restait là que pour quelques jours. Hors de mon village, il n’y a rien : Juste mes rêves. Juste ce que j’en imagine. Juste ce que je crois savoir de Jean de la Haize, et des steppes, des forêts mystérieuses, des cavernes dans lesquelles il a chassé les ennemis de la Dame. Juste de quoi illuminer mes nuits lorsque Morr me prend dans ses bras.



Et puis un beau jour j’ai dû quitter Saint-Jean-de-la-Haize.

Le bailli il est descendu comme ça. Mais on n’était ni le Jour de Carléond, ni la semaine de la Vigne, alors on redoutait un peu la raison sa venue. Le plus bizarre, c’est qu’il n’était pas sur son mulet, mais sur un vrai cheval, un gros percheron tout gris, et il avait décidé de porter une grosse cervelière et une chemise de maille. Il est venu accompagné d’autres sergents tout ferrés et montés sur des canassons, et il est venu au centre du village. Il a demandé à ce qu’on aille cherché mon père, très vite. Maman m’a engueulé devant le bailli, alors j’ai couru le plus vite possible jusqu’au fleuve. Papa pêchait. Je lui ai dis que le bailli le demandait, alors il a mit sa canne sous son bras et il a récupéré ses affaires, et il est venu. Le bailli est descendu et est entré dans notre maison, moi je me suis assis devant et j’ai attendu. Pas très longtemps, ça a demandé genre, quelques minutes. Quand ils sont ressortis, mon papa était blanc, blanc comme je l’avais jamais vu être blanc, les yeux ronds, c’était terrifiant comment ils étaient ronds. Le bailli est reparti avec ses sergents, et sans me dire un mot, papa est allé toquer à la porte de toutes les chaumières du village, passant par celle de Pierre la Truie en tout dernier.

Les femmes se sont mises à pleurer, une par une, après chacun des passages de mon père. Je me suis retrouvé à avoir mal au ventre. Je suis jeune mais je suis pas con. Je crois que j’ai assez vite deviné ce qui se passait, j’avais même pas besoin de passer derrière lui pour demander. Non, j’ai attendu devant chez nous, qu’il termine d’aller donner la nouvelle. Puis, il est revenu, et s’est installé sur le porche de notre chaumière, juste à côté de moi, sans un mot. Il a grommelé quelques choses, a regardé dans le vide, et on est restés l’un à côté de l’autre, muets, pendant… Pendant je sais pas combien de temps.
Et puis il a grogné un truc :

« Y a des sales peaux-vertes qui ont quitté le Mont d’Orquemont. »

J’savais pas ce que c’était l’Orquemont, à part que ça s’appelait « Orquemont » parce que c’était un mont et qu’il y avait des orques.

« Y ravagent tout, alors les seigneurs y s’rassemblent pour leur coller une dérouillée. Notre sire il en est alors on doit l’suivre. »

Y avait déjà quelque chose dans sa voix. Une sorte de p’tit… J’sais pas comment dire. Une petite empreinte dans sa voix qui montrait qu’il n’était pas aussi serein qu’il voulait lui faire croire. Alors je l’ai regardé avec des petits yeux, et avec un ton encore moins assuré que lui, je lui ai demandé :

« Tu risques de pas revenir ? »

Il m’a d’abord regardé avec haine. Noir, son regard, il me foudroyait. Mais d’un coup ses sourcils se sont mit à être un peu obliques, vous savez, et ses lèvres ont un peu trembloté.

« Ouais. »

J’ai regardé mes pieds.

« On doit t’attendre ? »

Il a reniflé sa morve.

« Nan. Ils sont vraiment très près les peaux vertes, vous d’vez partir. »

Je l’ai regardé à nouveau, avec un peu plus de volonté dans ma voix.

« Je veux venir avec toi. »

Il a mal réagit. Il m’a engueulé. Il m’a crié dessus. M’a demandé comment maman ferait sans moi. Que j’étais un fils ingrat. Que je devais m’enfuir. Et pour la première fois de ma vie, j’ai crié en retour. Je l’ai engueulé. Il m’a giflé. J’ai été obligé de le convaincre.
Toute ma vie, je n’avais connu rien d’autre que Saint-Jean-de-la-Haize. Il était hors de question que j’en connaisse autre chose. Fuir, pour aller où ? Je ne voulais pas perdre mon père. C’est vrai, il est pas le plus causant, le plus tendre, ou le plus malin. Mais c’est mon papa. C’est mon papa. Et je sentais, très fort en moi, qu’il était hors de question que les peaux-vertes elles prennent mon village et mon papa. C’est tout ce que j’avais.

Alors on est partis ensemble, malgré les pleurs de ma mère, malgré le fait qu’elle s’est jetée aux jambes de mon père pour pas qu’il m’emporte.

Ça a été la pire soirée de nos vies. On s’est rassemblé autour de la chapelle du Graal, on a demandé à la prêtresse de venir, on a mit nos beaux habits du 8e jour, sorti le bon vin et tué le cochon – comme un jour de banquet, mais c’était pas une ambiance de banquet. Personne n’a dansé, personne ne riait. On a pas beaucoup pleuré – les hommes ils rassuraient leurs femmes, disaient qu’ils allaient casser de l’orque et rentrer avant les moissons, qu’il fallait montrer aux autres villages comment les gars d’Saint-Jean y étaient trop baths et ben costauds. Mais je sentais qu’il y avait quand même cette sale appréhension. Celle qui noue le ventre, ce sentiment étrange que vous avez quand vous savez que quelque chose va très, très mal se passer.

Le lendemain j’ai fais mon baluchon. J’ai mis du biscuit et du saucisson, j’ai rassemblé quelques vêtements et j’ai pris le carquois de papa dans lequel j’ai mis toutes mes flèches de frênes et de hêtre. Papa, lui, il a enfilé sa grande jaque matelassée, il a nouée des braies et des bottes, et il a mit à sa ceinture un grand fauchon, et il a posé son grand arc sur son épaule. Sur sa tête il a mit un grand bonnet en cuir qui descendait sur ses oreilles, et il a recouvert sa main avec son gant bizarre qui recouvre que trois doigts. Il a juré à maman qu’il me ramènerait, et l’a prise dans ses bras. Puis il m’a ébouriffé les cheveux et il est sorti, avec une sacoche plein de vivres et une outre d’eau sur le bras, pis une paillasse sur le dos.
Dehors tous les hommes du village ils étaient un peu habillés pareil que lui. Tous avec leur grand arc sur le dos. On était dix-neuf, et avec moi ça faisait vingt. On s’est tous rassemblés devant notre capitaine, il a bien compté que tout le monde était là, puis il nous a dit qu’on y allait. Pour de vrai. Alors, bien gaillards, on a marché sur les routes qu’on a nous-même construites avec la corvée seigneuriale, et on a marché tout droit, là où le bailli voulait nous rassembler.
Et tout le long du chemin, on a refusé de jeter ne serais-ce qu’un seul regard derrière-nous. Parce que moi je savais, que si je devais à nouveau revoir le clocher que j’ai toujours connu, je m’effondrerais en larmes.


On a marché jusqu’à retrouver la bannière du seigneur. Notre bailli il était là, avec d’autres baillis, et on nous a mélangé avec d’autres gens comme nous d’autres villages qui sont arrivés petit à petit, avec quelques charrettes, pis des tentes et des vivres. On s’est un peu mélangés, on a un peu fait connaissance, et on s’est tous mis derrière la bannière du sire. Là-dessus, les baillis nous ont bien recompté. Ils étaient contents parce qu’il y avait aucun absent du village de Saint-Jean-de-la-Haize, mais dans les autres y avait des jeunes hommes qui avaient profité de la nuit pour se faire la malle, parfois avec leurs femmes et leurs enfants. Les baillis ont alors juré qu’ils les poursuivraient et les pendraient tous, car c’était la sentence pour la désertion. On a silencieusement approuvé, et on a essayé de trouver le sommeil.
Papa n’avait qu’une paillasse, alors on dormait l’un contre l’autre, sous la même couverture. Il a insisté pour que je mange bien, mais j’avais pas du tout faim. J’ai eu du mal à trouver le sommeil, cette toute première nuit passée loin de chez moi. Papa me fit un bisou dans le cou. Je suis pas sûr qu’il m’ait jamais fais de bisou dans le cou. Et il me dit qu’il était très fier de moi.
Une fois qu’il était endormi, je me mis à doucement prier les petits versets que la prêtresse de Shallya m’avait enseigné. Je voulais que la gentille Shallya me protège. Et aussi que Saint Jean de la Haize m’aide un petit peu, ou du moins qu’il aide son descendant qui allait nous mener à la guerre, qu’il lui donne autant de courage à son arrière-arrière-arrière-petit-fillot que lui en avait eu pour tuer des méchants orques noirs et de cruels vampires.

On s’est réveillés alors qu’il faisait pas encore jour, juste cette teinte bleutée de l’aube. Y faisait atrocement froid, mais je tremblais aussi de ne pas avoir assez dormi. On a ramassé notre matériel, mangé rapidement un petit déj’ fait d’œufs cuits et de pain rassis, et on s’est mis en rang et on a suivi nos baillis et nos sergents droit devant. Le sire et les chevaliers, on les voyait à peine. Ils mangeaient à part, dans de jolies tentes brodées, à dormir sur des lit de camps que leurs valets montaient et démontaient chaque fois qu’il y avait besoin. C’est leurs destriers qu’on voyait : Les sires les montaient pas pour les économiser, ils préféraient aller en tête de chemin, juchés sur de simples coursiers bien moins racés et puissants que leurs chevaux de guerre, mais qui étaient ainsi plus simples à éreinter pour les longues marches. Ce qu’on voyait d’eux, c’était quelques fois leurs rires, leurs jolis voix à accent caractéristique, et leurs magnifiques doublets et surcots tailladés. Mais j’avais pas trop l’occasion de vraiment les voir, car à chacun de leur passage, je devais baisser la tête et voir seulement mes pieds.



Je voulais voir du pays, j’en ai vu. On a traversé le duché de Quenelles. On a traversé des routes de campagne, des sentiers qui passaient à travers de magnifiques champs de lavande remplis de criquets, on a marché sur des rondis jetés au-dessus de petits fleuves, et suivi des sous-bois qui sentaient fort avec l’éveil du printemps. On dormait en plein air tous les soirs, sous de magnifiques nuits étoilées. Fallait monter et démonter le camp chaque soir, organiser des rondes, mais au fur et à mesure de notre avancée, l’ambiance, étrangement, se détendait. Il y avait, dans un village d’à côté, un jeune homme qui jouait la mandoline – cette mandoline que j’aurais tant aimé savoir utiliser. On s’est mit à se connaître, à s’apprécier, et à se sentir, petit à petit, amis, alors même que nous ne nous connaissions que depuis quelques jours à peine.
Jamais papa n’avait été si proche de moi. Toutes les nuits je dormais contre lui, tandis qu’il me caressait les cheveux. Les matins on se lavait rapidement en s’aspergeant d’eau dans la nuque, on mâchait de la gomme pour se détartrer les dents, on grignotait un bout et on allait endommager nos chaussures sur du gravier ou de la terre rendue un peu humide par de légères ondées saisonnales.

Et puis tout a basculé un huitième jour de la semaine.

Notre heureuse bande a rejoint d’autres bannières seigneuriales. Notre sire a serré la main à un autre sire, qu’on connaissait pas. Et puis, c’est allé petit à petit, comme une boule de neige qui tombe très très vite d’une falaise. Très vite il y a plus eu que de simples paysans avec nous. On s’est retrouvé avec des gens des villes. On s’est retrouvé avec des tas de types à hallebardes, de gros chariots qui suivaient les routes, et derrière, tout un tas de suiveurs de camps. De Saint-Jean, seuls des hommes étaient partis : Là, on voyait des hommes qui avaient emmené avec eux leurs femmes, et, comme papa, leurs enfants. Maintenant, nos nuits à la belle étoile se faisaient derrière la protection d’immenses camps de base à palissades, et tout se révélait être fruit d’une organisation phénoménale et incompréhensible. Je n’osais plus m’éloigner des gens que je connaissais, surtout de mon bailli, de peur de me perdre au milieu de valets, de pages, de prêtres de tous les cultes, et notamment deux d’entre eux qui nous suivaient partout : Les frères de Shallya vêtus tout de blanc, et les frères de Morr vêtus tout de noir. Ils dormaient à part, dans leurs tentes, pour s’occuper des blessés, et déjà de quelques morts accidentés.

Le treizième jour, je suis tombé malade.

Je me suis réveillé avec comme des nœuds au ventre. Je me suis senti fébrile, tremblant de partout. J’ai dû trotter jusqu’aux latrines creusées à chaque étape, à chaque nouvelle construction du camp à chaque fin de journée. J’ai fais caca mou, et en grande quantité, et avec un peu de sang au milieu du marron. Il s’est vite révélé que je n’étais pas le seul. On appelle cette maladie la dysenterie. Un prêtre de Shallya nous a filé de l’argile mélangée dans de l’eau croupie à avaler, mais je peux vous dire, ça a sacrément plombé le moral. Alors même que je devais, malade, continuer de participer à la vie du camp, moi aussi utiliser mes petits mains pour préparer les feux, monter les palissades et creuser les latrines et les douves, je devais le faire avec une fièvre infernale et l’envie d’aller me vider toutes les demi-heures.
Maintenant, Saint-Jean commençait vraiment à me manquer. Et au seizième jour, pour la première fois depuis notre départ, j’ai pleuré. Mon père, malade lui aussi, m’a serré aussi fort que possible dans ses bras, et m’a dit de sécher ces grosses larmes. Que tout se passerait bien.

Le dix-huitième jour, au petit matin, le bailli m’a réveillé avec un coup de pied dans le ventre. J’ai mis mes mains sur mon visage pour me le protéger, mais il n’y a pas eu de deuxième assaut. Il a hurlé :

« Debout ! Debout tas de cloportes ! »

J’étais encore abasourdi. Mon papa s’est levé en trombe, poings fermés. Mais il n’a pas pu me défendre : Le bailli l’a attrapé par le col, et l’a secoué, et lui a hurlé dessus. Je me demandais ce qui se passait, mais ça a pas prit longtemps pour comprendre.

Y a Pierre la Truie qu’est apparu. Un sergent à cheval le tirait du sol avec une corde, tandis qu’un chien aboyait et lui mordait sa cheville ensanglantée derrière. Le bailli a dit qu’il a tenté de s’échapper durant la nuit. Désertion. Papa est devenu livide, et pas qu’à cause de la dysenterie. Bailli a dit qu’on allait payer, parce qu’il était passé pour un incompétent devant son seigneur. Papa s’est mit à genoux, a imploré son pardon, il lui a embrassé sa botte, alors bailli a été clément. Dit qu’on allait faire en sorte que ça se reproduirait plus.
Le bailli a dit qu’il était hors de question qu’on le pende simplement. Que ça ferait croire que la punition venait de lui. Qu’elle devait venir de nous, et surtout du capitaine. Papa a dit qu’il était d’accord, avec une petite voix. Alors le sergent nous a donné Pierre la Truie. Il pleurait, il pleurait tellement. Il nous a imploré de le comprendre. Il s’est cherché des excuses. Tout le monde tremblait. Alors Papa a hurlé sur tout le monde. Dit que si on partait, nos femmes elles allaient se faire tuer par les orques. Qu’on devait rester soudés. Qu’il fallait haïr la lâcheté. Et j’ai avalé toutes ses paroles. Alors, ensuite, y a Gérard le Bascot qui a mit un sac sur la tête à Pierre, et on lui a attaché les mains dans le dos avec du chanvre, et, et… et on a… on a commencé… On l’a frappé avec des bâtons… Il hurlait fort, très fort. Il pleurait et il hurlait, des hurlements très très stridents, très… Comme un cochon. Comme quand on égorge le cochon. Moi aussi j’ai frappé. Je voulais pas mais on m’a dit qu’il fallait. J’ai tapé, dans les hanches surtout, là où c’était tendre. Ça a duré tellement, tellement longtemps, y avait du sang partout… Papa en a eu marre. Il s’est mit à hurler, de rage lui, et il a donné d’énormes coups directement dans la tête bloquée dans le sac. Lui a cassé quelque chose. Pierre a continué de convulser. Papa a jeté son bâton et s’est éloigné en tirant ses cheveux. Le bailli a approuvé d’un œil satisfait.
J’ai continué à regarder le corps, pendant une heure, incapable de bouger. C’est un prêtre de Morr qui m’a réveillé, en m’attrapant l’épaule. Il m’a lancé un regard, froid et impassible, et m’a lentement éloigné. Puis il a prit les jambes de Pierre, un confrère lui a pris les épaules, et ils l’ont emporté, comme ça.

Cette nuit là j’ai encore dormi avec papa. Mais il m’a pas fait de câlins, ni m’a parlé doucement dans l’oreille. Et personne n’a joué de mandoline, et personne n’a rit. J’ai fais un cauchemar. J’ai repensé à Pierre. C’était un brave homme. Il était gentil et doux. J’avais aidé à construire sa chaumière. J’avais fais la chambre où il voulait mettre ses futurs enfants. On l’avait décorée avec de la petite poterie.

Le vingt-et-unième jour, j’ai pas réussi à me relever. J’étais trop faible, trop malade. Je n’arrêtais pas de me vider. Peu importe à quel point je buvais et mangeais, mon estomac continuait à gargouiller. Et les prêtres de Shallya étaient trop surmenés, il y avait trop de malades, pour qu’ils puissent me donner de l’argile. C’est pas grave, j’ai passé la journée au lit. Papa a bossé à ma place, avec les autres enfants du village. Je suis resté au chaud. J’ai juste regardé le ciel, et mangé un peu. Et puis, j’ai vécu un moment… Un moment marquant.
J’étais, là, au chaud, à regarder les gens aller-et-venir, lorsque j’ai vu passer un homme bien habillé, avec surcot et doublé, et mantel tailladé sur les épaules. Un jeune homme beau, même s’il était tout pâle et qu’il avait d’énormes cernes sous les yeux. Il m’a vu du regard, alors je me suis caché sous la paillasse, et fait semblant de ne pas l’avoir vu. Alors il s’est approché, et j’ai sué à grosses gouttes, lorsqu’il a caché le soleil avec son ombre. Et il m’a parlé directement :

« Tu oublies de t’agenouiller devant un noble, mon garçon ? »


Sa voix était étrange. Trop mielleuse pour me faire des reproches. Je me suis un peu découvert alors que ma voix tremblotait.

« P-pardon monseigneur, je… Je suis malade. »

Le noble s’est assis devant moi, avec un petit sourire pincé en coin.

« Tu t’appelles comment, mon garçon ? »

Fiévreux, la tête dans le cul, je tentais de me lever sur le côté pour l’observer et lui répondre.

« Jean, monseigneur.
– Jean ? Comme moi. »

Je baisse les yeux, sans dire un mot de plus. Je crois qu’il sourit.

« Tu es sous ma bannière. Tu viens de mon fief ?
– De Saint-Jean-de-la-Haize, oui, monseigneur.
– Tu fais jeune. Quel âge as-tu, mon garçon ?
– Douze ans, monseigneur. »

Je lève mes yeux pour affronter son regard. Il a de très très beaux yeux bleus. Son petit sourire en coin devient un peu plus pincé, alors qu’il m’observe de haut avec ses yeux doux mais fatigués.

« C’est pas un endroit pour un enfant de douze ans, mon garçon.
– Je suis venu pour suivre mon père, monseigneur.
– Il n’aurait pas dû t’amener ici.
– C’est vous qui lui avez dit d’venir, monseigneur. »

Il ouvrit la bouche, mais aucun mot ne sortit. Il se contenta de me regarder, en haussant la tête, de bas en haut, et de haut en bas. Puis il soupira et se releva.

« Sois brave. Sois brave. »

J’sais pas pourquoi il m’a dit ça. Il avait pas l’air dans son assiette. En tout cas il ne dit pas un mot de plus et s’éloigna aussitôt, alors, la boule au ventre, et la fièvre partout dans le corps, je me suis recouvert sous ma paillasse. Puis j’ai un peu prié. J’ai prié Shallya de me soigner, et de soigner papa, et la Dame de donner de la bravoure à ce sire Jean – parce que c’est lui qui allait en avoir plus besoin que moi.



Et puis est arrivé le vingt-deuxième jour depuis qu’on est partis de notre village. On s’est levés, on a rembarqué le campement, les tentes, les palissades, on a chargé les chariots et les charrettes, et comme tous les jours précédents on a marché à l’aube avec du gruau et des fèves cuites dans le ventre. Il était tôt, il faisait frais et y avait une petite pluie, et de la brume. Mais en plein milieu de la marche, dans le défilé d’hommes armés et de bannières, on s’est soudain arrêté, sans trop de raisons. Papa a demandé à tout le monde de se rassembler, et y a eu du grabuge, des sergents qui galopaient dans tous les sens, et une ambiance pesante qui s’est emparé de tout le monde. Et on entendait des rumeurs, venant de devant, transmises de bouche à oreille : « Les orques sont là, les orques sont là, on va se battre ! ». Y a un sire dont j’ai pas reconnu le blason qui est apparu, et il nous a crié dessus d’occuper le terrain et de se préparer, parce qu’on allait se battre.

Papa a réagit au quart de tour. Il s’est retourné vers les gars de notre village, et nous a demandé de sortir les gros piquants qu’on truffait dans les ravins autour du camp. On s’est mit à s’éloigner de la route, et à gagner un grand, grand champ en jachère, une prairie herbue où y avait ni moutons ni chèvres, juste un tas de vide. Un énorme champ à perte de vue, avec une très grosse forêt à gauche pis l’Orquemont droit devant, aussi loin que l’œil y peut aller, jusqu’aux cimes traversés de petits morceaux de sommet. Là on s’est déversé, à se regrouper derrière des oriflammes et des grands drapeaux hissés bien haut par des baillis et des sergents qui nous dirigeaient en hurlant. Des gars venus des quatre coins de Quenelles qui se sont placés en grosses bandes, en portant contre l’épaule tout un tas de vouges, des épieux et des guisarmes, des bâtons avec du fer forgé au bout de tailles et de formes variés. Ça et là, on pouvait voir des gars portant des cottes de mailles, des chapels de fer, des brigandines couvertes de métal pour tous ceux qui avaient les moyens ; d’épais gambisons ou des vestes courtes matelassées pour ceux avec moins à leur disposition. Les plus pauvres y allaient avec ce qu’ils avaient bien pu trouver, parfois de simples gros plastrons en cuir bouilli. Tous portaient des sabots ouverts, ou des bottes trouées, voire leurs pieds nus tout simplement. Fallait voir leurs têtes : Tous mal rasés, cheveux épais, visages livides. Tous qui sentaient très fort la sueur, et le caca, tous amaigris par la dysenterie et épuisés par les marches des dernières semaines. Ils tremblaient comme des feuilles, et il y avait la frousse dans leurs yeux.
Moi j’avais tellement froid que j’avais rajouté ma couverture sur mes épaules. Papa m’a rien obligé à porter, mais il m’a crié dessus que j’aille prendre du frêne et du hêtre, et je me suis assis par terre, dans un coin, j’ai pris un petit opinel, et j’ai fais ce que j’ai toujours fais les derniers jours de la semaine : J’ai commencé à tailler des flèches pour papa.

Ils ont planté les grands pieux tout le long du grand champ. Ils les ont enfoncés dans la gadoue et le sol mou, se sont salis encore plus qu’ils l’étaient. Derrière y avait tout le convoi qui déménageait, qui bougeait dans tous les sens, sous les cris désorganisés de baillis qui accouraient un coup à gauche un coup à droite. Moi je me concentrais juste sur ma tâche, pas sur tout le remue-ménage autour de moi, les hommes qui allaient et venaient, qui creusaient, rameutaient du fer, levaient les oriflammes et les bannières, qui sonnaient des cors et des tambours. Je faisais juste ce que je savais faire. Je taillais, dans la forme longue et fine. Je collais les petites plumes d’oies bien égales. Je sortais d’un petit pochon un tas de pointes en fer forgé, que j’agglutinais en crachant dans le trou pour bien les fixer au fût. Tout bien soigneusement, comme il fallait.

Puis papa est venu et a vu mon travail. Il a prit une grosse poignée et m’a dit de me lever et d’emporter les autres. Il est allé chercher son grand arc qui était dans un chariot pas loin. Il en a retiré la toile et l’a jetée au loin, a posé l’arme sur son épaule, et il m’a fait un signe de tête pour que je le suive. On a dépassé les tas d’hommes d’armes massés les uns contre les autres, épaules contre épaules, et on est allés se placer tout, tout devant, en la plus première des lignes, devant les bannières, devant les chevaux, devant le convoi et tous les soldats courageux de Quenelles. On s’est massés derrière les piquants, avec rien d’autre entre nous et l’immense champ vide dans le piedmont de l’Orquemont.
Et alors j’ai vu qu’est-ce qu’il y avait, là, tout au loin, jusqu’au bout d’où mon œil pouvait aller : Les peaux-vertes.

Y en avait tellement. Ils étaient si loin qu’on aurait rien dit d’autre qu’un tas de petits points qui courraient dans tous les sens, à droite à gauche, en avant en arrière, mais on savait qu’ils étaient si nombreux parce qu’il y avait de plus en plus de cette nuée minuscule, comme un tas de mouches qui foncent sur une charogne. Y en avait qui avaient l’air de chevaucher des trucs, pis d’autres à pied, pis on arrivait pas trop à distinguer, mais père regardait l’horizon en fronçant très fort des sourcils.

« Jean, j’veux que tu saches, j’suis fier de toi. J’ai toujours été fier de toi. »

J’ai levé mes yeux vers papa. Il a craché un gros mollard par terre.

« Tu m’jures de m’obéir, quoi qu’il arrive ?
– Bien sûr, père.
– Très bien, alors écoute-moi bien. S’il arrivait, dans le combat qui va suivre, que j’te dis de courir, tu cours. Dis rien ! Ouvre pas la bouche. Je veux juste que tu comprennes, c’pas à négocier. Tu vas te t’nir à mes côtés, tu vas m’obéir, sans aucune hésitation, quoi que je te dise. Mais si je te dis de t’enfuir, tu discutes pas, tu joues pas au héros, et tu écoutes personne d’autre que moi. Pas le bailli, pas le seigneur, pas même le bon duc Tancrède. Tu t’tournes, tu cours, derrière-nous, vers le soleil, sans t’arrêter et sans r’garder derrière toi. Tu cours à travers la forêt, tu t’arrêtes que pour dormir, et pas longtemps. Tu vas retrouver maman.
Tu m’jures ? »

Je supporte son regard. Juste un petit instant. Puis sans détourner les yeux, j’approuve juste en hochant solennellement la tête.

« Bien. Bien. Maintenant tu t’tais et t’attends. »

Et là, on a attendu. Longtemps. Très longtemps.

C’est ça le plus frappant, l’attente. L’attente silencieuse. L’attente morne, comme dans un enterrement fait par des Morriens. J’suppose, j’suppose qu’en vrai, pendant qu’on attendait, y avait des gens qui discutaient. Que le duc Tancrède de Quenelles il a rassemblé ses vassaux dans sa tente. Il a ordonné qu’on mette en place des pièges, et qu’on monte les trébuchets à tel ou tel endroit. Qu’on rassemble des bannières sur tel versant de montagne et qu’on fasse telle tactique et manœuvre. Les vassaux ils ont discuté, suggéré des… Des trucs. Ils ont mit en place une cohésion d’ensemble, dit quoi faire, transmis les ordres. Mais moi, ce que j’en ai vu, tout en première ligne ? Rien. Rien de tout ça. Rien que la vue plongeante sur un champ vide. Rien sinon les peaux vertes qui s’amassent et se rassemblent tout au fond. Rien sinon les toux des hommes malades, les vomis des nerveux, puis à un moment un voulgier qui s’est un peu avancé en avant, qui a baissé son pantalon et qui a eu une crise de diarrhée à la vue de tout le monde. On est nauséabonds, apeurés, terrifiés. Je me suis mis à avoir mal aux jambes alors j’ai demandé à papa si je pouvais m’asseoir, il a dit oui, alors j’ai posé mes fesses par terre, dans la boue, et j’ai attendu.

Le ciel s’est couvert et y a eu une petite averse. Là-dessus, ça a enfin bougé. Y a le bailli qui est venu avec deux garçons qui faisaient rouler un gros tonneau, ils ont sorti des godets qu’ils ont remplis, et ils sont passés d’archer en archer, et tous ont prit le godet et l’ont avalé cul-sec. Le bailli s’est arrêté devant moi et m’en a tendu un. J’ai fais « non » de la tête, alors le bailli s’est fâché. Il m’a attrapé par les cheveux, et m’a mit le godet juste devant la bouche. J’ai ouvert et il l’a enfoncé de force, comme pour gaver une oie. C’était un liquide qui sentait très fort, et qui avait un sale goût horrible. J’ai avalé de travers alors je me suis mis à tousser, sans m’arrêter, pendant bien deux ou trois minutes. Je me suis mis à avoir les yeux qui pleurent, et la gorge qui pique. Et j’ai eu une grosse bouffée de chaleur dans le corps. Je me suis collé à papa, et il a passé sa main dans les cheveux.

Il y a eu du grabuge derrière nous. Quelqu’un criait, une voix d’homme, braillarde, folle furieuse :

« ÉCARTEZ-VOUS ! ÉCARTEZ-VOUS, VAURIENS, MANANTS, GUEUX ! ÉCARTEZ-VOUS, FAITES PLACE ! »

Un creux se formait à travers les hommes d’armes portant des gros épieux et des vouges. Ils s’écartaient et laissaient un couloir au milieu de leur masse de fantassins. Y avait des hommes âgés qui passaient, crânes rasés, habillés en haillons, tous pieds nus. Ils portaient des fauchons rouillés, des marteaux à leur ceinture, et de grands pavois sur lesquels ils avaient collé des placards et des brochures. Deux devant portaient de grands encensoirs, qu’ils faisaient tilter de chaque côté pour répandre à travers le champ une fumée. Les hommes d’armes se signaient et baissaient la tête à leur passage, et mes yeux s’écarquillèrent lorsque je vis pourquoi.
Huit de ces gaillards portaient un immense palanquin, un devant avait un crâne de cheval, et un autre une selle qu’il levait bien haut. Sur ce palanquin, il y avait un squelette complètement décharné, recouvert d’un harnois de plate, d’un heaume à la visière relevée, et qui portait entre ses doigts osseux une épée et un bouclier. Tout autour du palanquin, on avait posé des calices, des bagues posées sur des matelas de velours, des éperons dorés, et des colliers de roses et de fleurs-de-lys. C’était un chevalier du Graal et ses pèlerins. Ils exposaient le reliquaire à la vue de tous, passèrent devant les piquants, et remontaient le champ pour que tout le monde puisse observer les saintes reliques, et se sentir rassuré par la présence de cet illustre chevalier décédé.

« AGENOUILLEZ-VOUS ! AGENOUILLEZ-VOUS, PÉONS, LÂCHES, MISÉREUX ! »

Je jetais un genou à terre, comme presque tout le monde qui pouvait entendre brailler le plus âgé et le plus fou furieux des pèlerins. Je liais mes mains devant moi, tandis que le pèlerin hurlait de plus en plus fort, à s’en casser sa voix rauque :

« Ô DAME DU LAC, ENTEND LES HUMBLES ENFANTS DE TON PAYS – Ô DAME DU LAC, ENTEND LES MAINS QUI TRAVAILLENT LA TERRE QUE TU BÉNIS ! »

Et je reprenais, à ma petite voix basse, la prière qu’il hurlait comme un demeuré, et à laquelle tout le monde faisait écho.

« Que ta volonté soit faite ; Que ceux qui souillent ton Royaume soient occis ; Que tes chevaliers nous défendent, avec leur cœurvaillant et leur audace. Réjouissons-nous que Tu nous défendes ! Envoie-nous Tes paladins, Tes serviteurs élevés par le Graal ; Nous obéissons, pour défendre ce qui T’appartiens, pour garder nos familles et nos foyers, et jamais nous ne fuirons devant ceux qui souhaitent nous prendre tout ce que nous aimons. »

Je me mis à serrer très fort mes mains, et très fort les dents. Je versais à nouveau quelques larmes, alors que je m’élevais à nouveau. Les pèlerins du Graal passèrent à travers les rangs, tout le long de la ligne, avec le reliquaire. L’un des pèlerins me tandis, sur un petit coussin, une boucle de la ceinture de l’ancien chevalier du Graal ; J’approchais mes lèvres et l’embrassait tendrement, espérant ainsi trouver un peu du courage que cet illustre combattant avait pu avoir dans sa vie.

Et puis, on a attendu à nouveau, dans le silence le plus complet. Il y eut des applaudissements et des cris. Au loin, sur ma droite, j’aperçus un magnifique destrier aux couleurs du duc Tancrède. Le magnifique seigneur criait quelque chose, un discours sûrement. Un discours galvanisant, car chevaliers comme soldats roturiers se mirent à crier et à agiter leurs armes quand il eut fini, mais il était trop loin pour que j’entende quoi que ce soit d’autre que l’écho lointain de ses paroles. Pas un mot.
Ça avait dû être un beau discours, quand même.

Le bailli descendit de son cheval. Il sortit son épée, et la planta dans le sol. Il lia ses mains dessus, pria à voix basse, puis fit un signe de tête à un garçon pour qu’il tire les rênes du bestiau et l’emporte au loin. J’avais détesté ce crétin toute ma vie. C’était un vaurien, voleur, immonde, brutal. Mais il n’était pas lâche. Il allait pas passer la bataille derrière-nous, à l’abri : Il était à terre, à nos côtés. Je croisais son regard un instant. Et je vous jure qu’il m’a fait un signe de tête approbateur, à me voir ici.

Les peaux-vertes se sont mises en marche. On les a entendu hurler, avec l’écho qui s’est fait entendre depuis l’Orquemont. Un écho lointain, minuscule, pour l’instant…

« WAAAAAAAAGH ! »

On est restés là, bien sages. Puis on a entendu un fatras mécanique. Et quelque chose qui a soufflé l’air. J’ai levé la tête, et d’énormes pierres propulsées par des trébuchets s’élevèrent à travers le ciel. Elles traversèrent tout le champ, et s’écrasèrent au loin, à l’horizon. Certaines dans le vide. D’autres à travers la nuée de mouches lointaines.

« WAAAAAAAAGH ! »

Maintenant, on pouvait commencer à les distinguer. À distinguer, bien loin, des oreilles pointues chevauchant des gros loups, des tas d’acier et de bronze rouillé recouvrant des trognes vertes, et, plus terrifiant que tout, d’immenses araignées à milliers de pattes.
J’eus un mouvement de recul, mais mon père me bloqua.

« Pas l’moment d’avoir peur fiston. Pas l’moment. »

« WAAAAAAAAGH ! »

Il y eut une nouvelle volée de trébuchets. Les gros tas de pierres firent de gros dégâts dans les peaux vertes, mais aucune des araignées géantes ne fut percutée, ce qui ne manquant pas de me faire claquer des dents.
Alors, le bailli prit une grande inspiration, et leva son épée vers le ciel, et il hurla, de toute ses forces :

« POUR QUENELLES ET LE ROY ! ARCHERS SUR MOI ! »

Et il avança. Alors, tous les archers le suivirent, tout droit, dépassant la protection des piquants acérés. Je glissais au sol ; La pluie avait tellement battu le champ que la boue me faisait valser à droite et à gauche. Mais il fallait trouver l’équilibre, et continuer. C’était de la folie. De la folie suicidaire : On marchait droit vers une armée géante d’orques, de gobelins, de bestioles bizarres de tailles différentes, des gros trolls au loin au-dessus, pis des araignées, pis des choses à pattes toutes violacées. On avançait, on avançait ; en regardant à droite comme à gauche, je voyais que d’autres groupes d’archers très éloignés faisaient comme nous.
Puis, le bailli leva la main. Papa m’ordonna :

« Plante toutes les flèches dans le sol, vite ! »

J’obéissais. Tous les archers firent de même : Ils vidaient leurs carquois et plantaient les pointes par terre.

« Viens derrière-moi, maintenant ! Derrière-moi ! »

Je me planquais derrière-lui, tandis qu’il posait son grand arc devant lui.
Nouvelle volée de trébuchets. À présent, je pouvais bien mieux distinguer l’immensité de l’armée ennemie.

« WAAAAAAAAGH ! »

Le bailli leva son épée vers l’ennemi, et hurla !

« ARCHERS ! ENCOCHEZ ! »

Papa se pencha pour récupérer une des flèches plantées dans le sol, avec le bout de sa main droite recouverte de son gant bizarre qui couvrait que trois doigts. Il posa la pointe de la flèche contre son poing gauche fermé contre le dos de l’arc.

« ARCHERS ! TIREZ ! »

Et papa pencha son dos en arrière, pied derrière, et leva l’arc très haut vers le ciel.

« DÉCOCHEZ ! »

Et il poussa de toute ses forces sur le ventre de l’arc, tout en ramenant la corde contre sa mâchoire. Comme il avait fait pendant des années tous les huitièmes jours de la semaine. Et comme toutes les fois où je l’avais vu faire, il décocha une flèche qui s’éleva tout droit vers le ciel gris. Sauf qu’il n’était pas seul. Y avait des dizaines, des centaines, des milliers d’archers comme lui qui étaient agglutinés sur ce champ que je saurais pas vous placer sur une carte. Six, sept, huit mille flèches qui volaient presque toutes en même temps en l’air, qui dessinèrent un arc, qui obscurcirent les nuages, et qui se transformèrent en une grêle d’acier.
L’armée peau-verte fut foudroyée. Les tas de flèches traversèrent les loups, les squigs, les trolls, les orques, les gobelins. Elles se fichaient net dans le sol boueux, rebondissaient en s’éclatant contre les morceaux d’armures, traversaient des corps meurtris qui se mirent à crier et à hurler. Alors, l’armée peau-verte chargea : Mais elle chargeait sur un sol labouré par une pluie ininterrompue depuis des jours. Les loups glissaient, les orques se gamelaient, tombaient les uns sur les autres. Les gobelins étaient piétinés, un troll s’effondra sur ses copains, et certains des orques, pris dans une mêlée infâme, se mirent à se taper les uns sur les autres.

« ARCHERS ! ARCHERS, ENCOCHEZ, TIREZ ! »

Papa attrapa à toute vitesse la deuxième flèche plantée dans le sol. Les ordres du bailli se suivirent, à toute vitesse. Le but était pas de faire des salves bien espacées, mais de vite faire pleuvoir toute leur pluie d’acier, autant que possible, aussi vite qu’ils le pouvaient. Ils décochaient, décochaient, malgré la fatigue atroce. Je voyais le bras de papa trembler, la sueur perler sur son front, ses tempes et le bout de son nez. Mais il décochait, comme Gérard le Bascot, comme les hommes du village, comme les milliers d’archers de tout Quenelles qui étaient là. La masse de peaux vertes chargeait de manière totalement désordonnée, tombait, roulait, et était traversée par toutes ces flèches qui n’arrêtaient pas de pleuvoir.

« DÉCOCHEZ ! ALLEZ ! ARCHERS ! ENCOCHEZ ! TIREZ ! DÉCOCHEZ ! »

Des loups fonçaient à toute vitesse, tout droit vers nous. Sur leur dos, des gobelins portant des arcs. Alors qu’il allait décocher en l’air, papa tourna soudainement son dos, et fit un tir tendu. Sa flèche traversa net le crâne d’un de ces gobelins montés. Ces escarmoucheurs répondaient à notre pluie en tirant eux aussi des pointes dardées. On répondait, de part et d’autres, dans un duel d’archerie violent. Le bailli recula, épée en garde, et il ordonna :

« C’EST BON C’EST BON ! FUYEZ, FUYEZ EN SÉCURITÉ ! »

« WAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAGH !!!!!! »

Papa se tourna, il me tira par le bras et couru à toute vitesse. Les archers fuyaient en pure débandade, à toute vitesse.

« Pas derrière-toi ! Regarde pas derrière-toi, regarde où tu marches ! »

Je faillis glisser sur le sol, mais la prise de papa était trop forte. Il courait à travers la boue, projetant de la gadoue à chacun de ses gros pas. Les archers couraient, couraient, le plus vite possible. Un gros sanglier nous dépassa. Dessus se tenait un gros orque qui montait à cru, et qui maniait une sorte de grosse massue. Il explosa le derrière du crâne d’un des archers, qui s’effondra sur le sol, glissant en avant sur plusieurs mètres. Je criais, mais papa continuait de me forcer à foncer tout droit, alors que nous étions dépassés par d’autres de ces cavaliers.

Les hommes d’armes aboyèrent à l’unisson. Ils abaissèrent leurs vouges et leurs épieux, en formant des sortes de gros carrés truffés de piques. Ils s’espaçaient légèrement, laissant des trous dans leur formation, desquels émergèrent des sergents montés sur des percherons, portant des lances légères et des arcs de cavalerie ; les cavaliers tentaient de nous couvrir, en éloignant les orques montés sur des loups ou des sangliers. Mais je peux pas savoir comment ils faisaient. J’avais que mes yeux, et mes yeux étaient surtout concentrés sur le sol, où je mettais les pieds. On dépassait la sécurité des piquants acérés. Papa me fit traverser le carré et se jeta à terre, à bout de souffle. Le Bascot arriva et se jeta aussi à l’intérieur, comme d’autres archers, les uns après les autres. Le bailli glissa à genoux, et cria :

« C’est bon ! C’EST BON REFERMEZ ! »

Les hommes d’armes aboyèrent et reformèrent une masse humaines, agglutinés les uns contre les autres.

Ça criait. Ça frappait. Je regardait tout autour de moi, comme une chouette. Je ne voyais que les dos de guerriers formés en carrés. Trop petit pour voir au-dessus d’eux. Eux trop nombreux pour que je vois au travers. Tout ce que j’apercevais, c’était, tout autour, les lances élevées en l’air, et parfois, des mèches de cheveux d’orques très hauts sur leurs sangliers. Ils nous entouraient. Tournoyaient autour des carrés. Il y avait, en avant, des coups de lames, des coups de dague. Des cris. Des hurlements.
Et puis, la masse de leur armée qui s’avançait en avant.

Papa me força à me lever. Il se mit sur la pointe des pieds pour tenter d’apercevoir quelque chose, puis s’effondra, les mains sur ses genoux, pour reprendre son souffle.

« Jean, ça va bien se passer ! Reste près de moi, Jean, ok ?! T’éloignes pas de moi ! »

Il tira son fauchon de son fourreau, puis s’avança de la ligne de front du carré, celle dirigée droit vers l’Orquemont. Les hommes d’armes se collaient les uns aux autres, tapaient du pied, tandis qu’un tambour battait très fort le rythme, et qu’un cor sonnait. À gauche et à droite, je pouvais entendre des sabots de chevaux s’éloignant, et des cris d’hommes : Les sergents-à-cheval fuyaient. Et un homme hurlait, à répétition :

« Tenez bon les gars, tenez bon les gars, TENEZ BON LES GARS, TENEZ BON LES GARS ! AAAAAAAAAAAAH ! »

« WAAAAAAAAAAAAAAAAAAAGH »



Les Orques frappent en chargeant directement les premiers rangs des hommes d’armes. Ils passent à travers leurs armes d’hasts, sans craindre la morsure d’une lame de vouge. Ils écartent les hampes, s’écorchent et se saignent dessus, et foncent de toute leur masse. Le premier rang recule, foudroyé, et leurs corps percutent le second, qui se fige et glisse sur le sol boueux, pour s’écraser contre le troisième. Soudain c’est tout le régiment qui tremble. L’enseigne agite le drapeau, le cor sonne, le tambour roule. Le bailli fait un geste vers nous et nous crie dessus. Alors les archers à bout de souffle crachent par terre, crient pour eux-même, pour se donner du courage, et se jettent droit devant pour pousser les dos des hommes d’armes des derniers rangs, pour ajouter eux aussi leurs poids et leurs forces. On dirait une mêlée de jeu de soule, une mêlée sportive, hommes contre orques, d’un côté et de l’autre, qui se jettent en donnant tout ce qu’ils ont pour éloigner les orques.

« En cadence ! Poussez en même temps, quand j’le dis !
Allez !
Allez !
Allez !
Allez !
Allez ! »


Chaque fois que le type – j’ai aucune idée de qui – dit « allez », tout le monde force comme un buffle, aussi longtemps qu’il le puisse, puis s’arrête pour reprendre son souffle ; mais il n’a pas une seconde pour reprendre de l’air, car un nouveau « allez » retentit. Et petit à petit, on s’épuise, on se vide, on froisse ses muscles et on se fait mal aux mains. Certains glissent au sol, se roulent par terre. Avec ma petite taille, je me penche un peu pour regarder ce qui se passe sur les premiers rangs. Je me relève bien vite, complètement terrifié par ce que je viens de voir.
Les hommes d’armes du premier rang ont été littéralement écrasés. Écrasés entre les Orques et les Quenellois. Ils ont été broyés, et leurs corps sans vie se ballottent maintenant comme des boucliers humains, ou bien ont échoué à terre et son piétinés par les pattes des peaux-vertes ou les bottes de leurs camarades, selon qui a l’avantage.
Quelque chose se glisse sous les jambes des orques. Je peux le voir. Cette fois c’est moi qui crie, avec ma petite voix fluette :

« Gobelins ! Gobelins en-dessous ! »

Les gobelins rampent au sol, avec des couteaux entre leurs dents. Ils chevauchent les corps échoués à terre, courent à quatre pattes. Ils passent sous les vouges, saisissent leurs dagues effilées, et les plantent dans les cuisses ou l'entre-jambe des hommes d’armes qui s’effondrent en hurlant. Certains de nos hommes les imitent : Ils se jettent par terre, et sortent des coutelas pour se jeter en avant, à genoux, pour aller attraper des gobelins par l’oreille, les tirer vers eux, et leur planter leurs lames rouillées dans leurs yeux.
Petit à petit, un tas de cadavres des deux camps se forme entre les deux régiments adverses, et il devient compliqué pour les deux d’avancer. Les Orques chargent, s’effondrent quand ils reçoivent l’éclat d’un épieu dans leur tronche, ou bien ils sont chanceux, cassent la hampe, et foncent avec une massue pour casser le crâne d’un des nôtres. Mais enfin, nous tenons bien. Malgré la fatigue, malgré la maladie, malgré les pertes effroyables et les blessures, on se recentre, on oppose toutes nos lames, et au son du cor et du tambour, avec le même rythme, on défend notre position.

« LÂCHEZ PAS ! LÂCHEZ PAS !
ALLEZ !
ALLEZ !
ALLEZ !
ALLEZ ! »


On entend alors des trompettes. Et le sol sous mes pieds se met à trembler. Et d’un seul souffle, hurlent un millier de bouches :

« Montjoie ! Saint-Radémond ! »

Les chevaliers de Quenelles vont au combat, chargeant en fer-de-lance. J’en aperçois à droite, à travers le creux du carré, à travers les jambes et les corps décharnés des paysans-soldats. Ils dévalent le relief, des triangles de destriers caparaçonnés formés en triangle. Une charge massive de boîtes de fer colorées, de harnois scintillants, lances d’arçons vers le ciel, pennons accrochés à la pointe. Sur leurs casques, ils ont tous mis des cimiers en osier décorés différents : Tantôt une licorne, tantôt un aigle, tantôt un fauve la bouche ouverte, l’un d’eux a même décoré son casque avec une peluche de rat. Ils sont couverts d’or, d’argent et de pierres précieuses, ont empilé des colliers autour de leur cou, des éperons clinquants incrustés de diamants, et pour certain, des colliers de fleurs, des roses accrochées dans la crinière de leurs montures. On fait bien la différence entre les chevaliers les plus vétérans et ceux qui viennent tout juste de débuter leur errance : Plus ils sont beaux, plus ils brillent, plus ils sont couverts de décorations, de preuves d’amour et d’amitié, plus on sait qu’ils sont les plus redoutables guerriers du conroi.

Je les vois dévaler en avant, et charger dans les masses d’orques et de gobelins en contre-bas, avec le poids de leur destrier tellement fort qu’ils font place net, les expulsant à gauche et à droite, les forçant à creuser d’énormes trous dans la mêlée. Là, ils tirent des épées à double-tranchant, ou des bâtons à la pointe couverte de piquants en métal. Ils frappent à gauche, à droite, tuent et salissent leurs beaux tabars bleus, blancs, rouges verts jaunes avec un sang poisseux et sale.

Momentanément, les orques qui nous chargeaient battent en retraite, sous les hurlements de joie des hommes d’armes. Les plus sollicités, ceux devant, s’écroulent littéralement de fatigue ; Leurs camarades les tirent avec bien peu d’adresse, et ceux de derrière les remplacent petit à petit. On met les blessés au centre du carré, tout un tas de mutilés ou d’estropiés qui peuvent agoniser plus-ou-moins fort selon les forces qui leur restent.

On attend, on reprend notre souffle. Je me faufile entre les hommes, m’éloigne momentanément de mon père, pour aller tout droit devant, et observer le résultat de la mêlée. Y a des corps partout. Un loup des peaux-vertes s’est empalé sur l’un des piquants acérés, et maintenant il couine en tirant la langue. Quantité des envahisseurs respirent encore, avec un bras ou un morceau de leur crâne manquant : On les prendrait presque en pitié, si seulement ils n’essayaient pas encore, avec ce qui leur reste de muscle, de donner un coup de lame dans l’air.
Devant moi, le long du champ, on entend un gros brouhaha de musique, de cris et d’ordres aboyés. On entend des tintements de fer, des hennissements de chevaux, des coups de lames. Les beaux chevaliers et leurs bannières creusent des trous dans la formation adverse, tailladent, à gauche et à droite, puis se replient, laissant à chaque fois derrière eux des camarades qui tombent au sol, leur monture foudroyée, et alors les gobelins se jettent à dix ou quinze dessus pour poignarder dans toutes les faiblesses du harnois. Les chevaliers se reforment, moins nombreux et moins éclatants qu’au début du combat, et rechargent à nouveau, toujours avec le même cri de guerre, percutent, font s’effondrer les orques par centaines, puis sont à nouveau bloqués dans une mêlée effroyable. Aux extrémités du champ de bataille, des sergents-à-cheval caracolent, décochent avec leurs arcs de cavaleries, ou contiennent les chevaucheurs de sangliers en fonçant sur eux avec des glaives.
J’essaye de découvrir Jean de la Haize au milieu de ce fatras de beau et d’immonde, de noble et d’infâme. Mais je ne le reconnais pas, je n’arrive pas à le découvrir au milieu de cette mêlée terrifiante et incompréhensible.
Je me contente de regarder, en simple spectateur, les longues, longues minutes qui deviennent des quart, puis des demi heures. Assez de temps pour que, depuis la route, on vienne nous ramener des outre d’eaux, et une charrette tirée par des sœurs de Shallya arrive pour embarquer à la va-vite les blessés qu’on entasse comme des sacs, les uns sur les autres.

Et puis, à un moment, y a un éclair, un grondement d’orage, et la grêle se met à tomber. Je tremble, mouillé jusqu’aux os. Les chevaliers se replient, leurs lourds destriers glissent dans la boue et s’effondrent au sol, mais les orques qui chargent pour les tuer glissent eux aussi et se gamellent par terre. Et alors, la magnifique mêlée des romans de chevalerie ne ressemble plus qu’à une bande d’ivrognes par terre, donnant des coups maladroits plus souvent en l’air que sur un adversaire. Ils se grimpent dessus, se frappent, se tiennent à l’écart, et tentent juste de tuer pour survivre.

Les chevaliers s’enfuient, en désordre. Leurs colliers arrachés, leurs cimiers décapités, leurs tabars si tailladés qu’on ne fait maintenant plus aucune différence entre tel et tel noble.

« Infanterie, ça va être à nouveau à nous !
Quenelles et le Roy, sur moi ! »


À travers la mêlée, une araignée géante marche au-dessus des têtes des peaux-vertes, en écrase quelques uns au passage. Elle avance, remonte le terrain, atteint la petite butte. Elle vient droit, droit sur nous.
Les premiers rangs reculent. Les seconds échouent. Certains hommes jettent leurs armes à terre et s’enfuient en courant. Je sens une main m’attraper ; Papa me tire en poussant sous les hommes d’armes à ses côtés, et me force à m’enfuir dans le carré.

« Non ! NON TENEZ BON !
QUENELLES ET LE ROY SUR MOI ! »


Papa me force à courir. Il travers le carré, dépasse les musiciens, dépasse l’enseigne, et va rejoindre les rangs de derrière. Je lance un regard derrière-moi : L’araignée s’effondre net sur tous les rangs de devant, en même temps. Elle est traversée par un tas de lance, et le Bascot comme d’autres archers bandent fort leurs arcs pour lui tirer des flèches dans le poitrail. Mais ça ne sert à rien. Toutes ces armes réunies ne semblent rien lui faire. Elle ouvre grand la gueule et avale net six ou sept hommes d’armes d’un coup, en décapite d’autres en écrasant ses pattes.

À partir de là, plus rien n’a de sens.

Les rangs de derrière le carré se retournent, et chargent l’araignée. Sauf qu’entre l’araignée et eux, il y a moi et Papa. Ils chargent sans se soucier de nous. Nous bousculent. Je lâche papa. Je me prend un genou dans la tête, m’effondre par terre. On me piétine la jambe, puis la main. Je hurle, et me recroqueville sur moi-même. J’entre dans un état second. Mes oreilles sifflent, alors j’entends plus rien. Ma vision se brouille, comme si j’avais des mouches noires devant les yeux. J’ai froid, j’ai l’impression de plus sentir mes lèvres. Sonné, je tente de m’asseoir sur mes fesses. Coup d’œil à gauche, à droite.

J’aperçois le bailli être emporté par l’une des pattes de l’araignée. Elle le transperce, le soulève et le jette en l’air. Il est emporté dans le ciel, et disparaît à l’autre bout du champ, probablement raide mort.
J’aperçois le Bascot jouer de sa matraque, pour tenir éloigner des gobelins qui ont bondit hors du dos de l’araignée. L’un d’eux se jette sur son visage, se saisit de son col, et lui plante le couteau dans le trou de son oreille.
Je reste là, béat, bouche bée, incapable de bouger, alors que tout autour de moi, les hommes de mon village sont tués un par un, en même temps que les enfants de Quenelles par dizaines. Je regarde un homme d’armes héroïquement tenir la ligne pour défendre son copain blessé, mais y a un orque qui se jette sur lui et le plaque au sol. Je regarde un autre tourner les talons, et s’enfuir en courant ; Mais la peau-verte est plus vive que lui, le rattrape, et lui fais un croche-patte avant de se ruer dessus. Le carré tout entier s’effondre, complètement submergé. Cors et tambours ne retentissent plus, et j’aperçois la bannière de Quenelles s’effondrer par terre, dans la boue, piétinée par les combattants.

Et puis là je vois papa. Il me cherche. Il me cherche en regardant partout, surtout les corps au sol. Son fauchon à la main est dégoulinant de sang. J’ouvre la bouche pour crier, mais y a juste un gémissement abruti qui sort. Je pose ma main contre ma tempe, et sent quelque chose de chaud et liquide en couler. J’ai la tête couverte de sang.
Je tente de me relever malgré les jambes qui flageolent. Papa aperçoit l’Orque derrière-lui qu’au tout dernier moment. La peau-verte soulève un gros bâton couvert de clous. Il l’épaule, et donne un gros coup à travers l’air. Papa se retourne, et se fait percuter de plein fouet. Le devant du crâne de papa est ouvert, et un tas de morceaux d’os et de cervelle, et son œil sorti de l’orbite avec le fil sectionné volent tous hors de son visage. Papa tombe raide par terre, le dos dans la boue. Papa convulse, crache du sang dans lequel il s’étouffe, ses pieds dansant dans tous les sens.
Alors, l’orque va au-dessus de lui, et…
Rit.
Un grand rire, un rire honnête. Pas un rire narquois, un rire sans méchanceté. Un rire fin, fluet, hilare, comme si on lui avait raconté une blague.

« POUF ! A pu t’êt le zom ! Héhéhéhéhhéhé ! »

Il lève son bâton, et commence à taper dans papa comme s’il battait le blé. Comme moi j’ai tapé dans le pauvre Pierre. Un tas de larmes envahissent mes yeux. J’ai envie de hurler, mais aucun son ne sort. J’arrive plus à respirer.
Un petit peu à droite, je vois un gobelin en train de déshabiller un gros bailli. Il lui donne un tas de coups de lames pour lui arracher ses insignes légaux, comme quand on dépèce une proie. Le gobelin lève les yeux pour m’apercevoir. Il me fait un grand sourire aux dents couvertes de sang. Il se lève alors et commence à trotter vers moi.

La peur me fait réagir. Je me retourne, et m’enfuis en courant à toute vitesse. Je glisse par terre mais me relève malgré la douleur dans la jambe. Je vais vers le convoi. Là, y a plein de flammes : Les chevaucheurs de loups jettent des torches sur tout ce qui peut brûler, des sergents héroïques tentent encore de résister, mais je vois surtout un tas de peaux-vertes qui se jettent sur tout ce qu’ils peuvent piller. Des orques sont même déjà en train de se taper les uns sur les autres pour se disputer un pot de chambre ou un miroir brillant. Je cours tout droit vers une des charrettes, et glisse dessous. Je me recroqueville, alors que j’entends autour de moi les cris, les rires et les hurlements.
Je lie les mains contre moi. Je prie en pleurant. Je prie Shallya et la Dame. Je prie Jean de la Haize de venir me sauver. Le gobelin au visage plein de sang arrive vers moi, et tend son couteau. Je crie de peur et le repousse du bout du pied, alors il poignarde mon talon.
Et il se met à rire.

« Ti rapid’, piti zom cré cré rapid’ ! Hihihi, tou rapid’, vroom vroom ! »

J’entends des bruits autour de moi. D’autres gobelins qui courent. Ils regardent sous la charrette, avec leurs yeux brillants. Ils ont des lances.

« Ti rapid’ ?
– Ilé rapid’ !
– Oué oué va vouar si rapid’ !
– Moa d’abor ! Moa d’abor ! »

L’un d’eux donne un coup de lance que j’évite.

« Rapid’ rapid’ !
– HIHIHI !
– Oué oué ! »


Un autre donne un coup de lance derrière. Je crie. Je les repousses avec mes pieds. Ils s’y mettent à six ou sept. Ils attaquent. Et ils rient. Et tout ce que j’entends plus, c’est leurs rires infâmes. Des rires tellement stridents que je n’arrive même plus à penser ou à prier.

« Lé gobos cé lé pluss forts !
– Hihihi !
– RAPID’! »
Modifié en dernier par Armand de Lyrie le 18 nov. 2019, 11:09, modifié 2 fois.
Fiche : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_armand_de_lyrie
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Échiqueté d'or et d'azur à la bordure de gueules à la guivre de gueules halissante
Stats :
FOR 10 / END 9 / HAB 10 / CHAR 12* (11) / INT 8 / INI 10 / ATT 13 / PAR 11 / TIR 8 / NA 2 / PV 67/70
*Bonus grâce à la chevalière portée à l'auriculaire

Compétences :
- Anticipation : +1 en ATT et +1 en PAR à partir du 3e round face au même ennemi
- Coup précis (1) : Malus atténué de 1 lors de la visée d'une partie précise
- Coups puissants : +1d3 de dégâts
- Coriace : Résiste à 1d3 dégâts de plus
- Dégainer l'épée : +1 en INI lors du premier round
- Parade : Valeurs de parade doublées
- Sang-froid : +1 lors d'actions réalisées sous stress

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien
- Baratin : +1 pour embobiner quelqu'un à l'oral.
- Danse : Excellent danseur
- Étiquette : +1 lors des interactions avec la haute société
- Empathie : Capable, sur un test, de lire les émotions sur le visage de quelqu'un.
- Humour : +1 pour divertir et amuser.
- Monte : Ne craint pas de chutes lors d'une montée normale
- Héraldique : Capable de reconnaître les blasons des familles nobles, et d'en savoir plus sur eux sur un test
- Vœu de la Pureté : +2 dans la résistance aux tentations terrestres
Équipement de combat :
- Poignard "miséricorde" : 1 main / 12+1d6(+1d3)* / 12** (6) parade / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Peut être lancée
- Lance d'arçon : 1 main / uniquement à cheval / 20+1d10(+1d3)* / 16** (8) parade / "Long" (Malus de -2 ATT pour les adversaires) / "Épuisante" (Malus de -1 d'utilisation après END/2 tours, à chaque tour, max -4) / "Percutante" (Relance du jet de dégât, meilleur résultat gardé) / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Se brise après 4/5 utilisations
*Avec la compétence Coups puissants
**Avec la compétence Parade


Tête : 0 protection
Reste du corps : 0 protection

- Destrier Bretonnien (Ravel) : FOR 10 / END 12 / SAU 7* (8) / RAP 9* (10) / INT 8 / DOC 11 / ATT 9
*Malus pour cause de barde et caparaçon
Corps et croupe : 15 protection (Barde de plaques)
Dos et tête : 15 protection (Caparaçon de plaques)
Équipement divers :
0 Co

- Un beau doublet
- Un grand manteau
- Des bottes neuves
- Une jolie écharpe

- Nourriture
- Hydromel

- Bague affichant un lion - +1 CHAR

- Insigne argenté marqué du blason de Lyrie
- Pendentif monté en clou
- Feuilles de brouillon, stylet et encrier
- Un flacon à l'odeur immonde
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Re: [Concours] La Bataille III

Message par Dwaidu »

Cela faisait plusieurs jours maintenant que les éclaireurs suivaient leur piste à travers les chemins montagneux du nord de l'inhospitalière Norsca. Ils avaient trouvé leurs traces complètement par hasard en remontant vers le nord après une âpre mais victorieuse campagne de pillage. Toujours en quête de richesses et de massacres, les guerriers kurgans n'avaient pas hésité un seul instant à dévier de leur route initiale afin de traquer leur nouvelle proie. En cette fin de journée, l'opportunité de provoquer l'affrontement sembla enfin se dessiner. Bien qu'aguerri et réputé parmi les siens pour son courage et sa brutalité, Gourga le meneur de la horde n'était pas le stéréotype du bourrin dénué de cerveau. Au contraire, il avait l'esprit affûté et savait très bien que son adversaire était redoutable même en si grande infériorité numérique. C'est pourquoi il avait sagement attendu qu'une occasion le place en situation très favorable.

Le vent soufflait fort et froid, et la neige volait dans tout les sens, ce qui avait poussé sa proie à poser son campement à l'abri d'une paroi rocheuse dans une petite cuvette. La zone était entourée de nombreux rocs qui allaient permettre à ses hommes de progresser à couvert jusqu'au plus près de l'ennemi et permettre ainsi de l'attaquer par surprise. De plus la pénombre commençait à s'installer en cette heure tardive, une situation parfaite pour mener une embuscade avec assez de lumière pour voir son adversaire au corps à corps et assez d'ombre pour permettre de se rapprocher sans être vu. La configuration du terrain ne laisserait aucun échappatoire à leurs ennemis qui n'auront d'autre choix que de mourir ou se livrer prisonniers pour servir d'esclaves. D'après les estimations qui lui avaient été faites, Gourga allait mener une bataille gagnée d'avance à dix contre un avec à la clé l'espérance d'un butin d'une richesse inestimable, les elfes étant réputés pour la finesse de leurs ouvrages et de leurs armes.

* * *

Rampant le ventre au sol entre les derniers rochers qui le séparaient des guerriers ennemis, Gourga menait en personne l'avant garde de son armée. Il s'arrêta juste avant d'être à découvert pour observer de ses propres yeux le campement. Il y avait quelques tentes érigées les unes contre les autres contre la paroi rocheuse. Il n'y avait presque plus d'activité à l'extérieur en dehors des sentinelles qui montaient la garde appuyées sur leur lance et fixant dans leur direction sans paraître les avoir encore remarqué. Se fiant à ce qu'il voyait et à sa propre expérience, le meneur estima en fait que les elfes ne devaient pas être plus d'une trentaine alors qu'il avait lui même sous ses ordres cinq cent vétérans de nombreuses batailles. Il aurait des pertes certes, mais cela n'avait absolument aucune importance pour lui. C'était le destin des guerriers de mourir au combat.

Il n'y avait même pas cent mètres à parcourir à découvert pour arriver au corps à corps, cela ne laisserait pas assez de temps aux oreilles pointues pour organiser une défense efficace alors que ses guerriers leur tomberont dessus au pas de course. Sans attendre d'avantage, Gourga mit ses doigts dans sa bouche afin d'émettre un sifflement strident qui résonna de rocher en rocher et qui sonna le signal de l'attaque. Comme un seul homme, la horde de kurgans bondit de derrière les rochers pour fondre sur le campement elfe qui s'éveilla brutalement aux cris de guerre ennemis.

En première ligne, les sentinelles haut elfes firent glisser leurs longs boucliers de leurs épaules afin de les prendre en main tandis qu'elles pointaient leurs longues lances en direction des assaillants. Une première volée de flèches et de javelots s’abattirent sur elles et firent résonner le bruit sourd du bois qui se fracasse contre le bois alors que les guerriers elfes paraient presque sans difficulté cette première attaque, camouflés derrière un bouclier qui protégeait la quasi intégralité de leurs corps. Mais la distance qui séparait les sentinelles l'une de l'autre ne leur permettait pas de se regrouper assez rapidement pour faire face ensemble à la menace et bientôt les elfes furent submergés de toute part.

Faisant parler le résultat d'un entraînement de plusieurs décennies, les elfes firent tournoyer dans les airs leurs puissantes lances qui ôtèrent la vie à plusieurs barbares sanguinaire tout en parant les premières ripostes. Mais le poids du nombre surpasse parfois le poids des années de maîtrise de l'art de la guerre, et bien vite le premier sang elfe fut versé. Renversé sous le poids de ses assaillants, la première sentinelle fut éliminée au sol par un coup de lance directement dans la base du cou. Puis en quelques secondes, ses compagnons connurent la même fin bien qu'avec quelques variantes dans la manière d'être exécuté.

Déjà, les elfes qui se reposaient sous les murs en tissu avaient saisi leurs armes et commençaient à sortir l'un après l'autre en ayant l'air de ne pas comprendre ce qu'il se passait, si ce n'est qu'ils étaient en danger. Sans aucune formation défensive qui était pourtant l'un des points forts des tactiques de guerre haut elfes, les guerriers se battaient chacun de leur côté, faisant face uniquement aux nombreux ennemis qui les harcelaient à peine le nez dehors. Malgré la rapidité de l'attaque et l'effet de surprise qui était total, les soldats elfes n'étaient pas de la race de ceux qui cèdent à la panique et qui fuient. Aussi, chaque guerrier défendit chèrement sa vie en prenant celle des premiers kurgans qui osaient venir les affronter.

Mais comme les sentinelles peu de temps avant, le surnombre fit son œuvre et assaillis de toute part les elfes tombaient les uns après les autres. Progressivement, le combat tournait au massacre des oreilles pointues jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'une poignée d'entre eux. Huit fiers soldats haut elfes se tenaient regroupés l'épée en avant et le dos contre la roche. De nombreux kurgans inertes étaient allongés à leurs pieds comme un défi à quiconque voudrait avancer. Gourga le savait, l'elfe au port altier et au regard méprisant qui semblait se croire capable de vaincre seul toute son armée et qui se tenait au centre était le noble qui commandait la petite troupe dont il n'avait toujours pas compris ce qu'elle foutait si loin dans le nord. Alors que le temps semblait suspendu et que la bataille marquait une pause, les guerriers se faisaient face en retenant leur souffle sachant que l'assaut final allait être lancé et qu'il allait être terrible. Le meneur de la horde fit un pas en avant tout en fixant le seigneur elfe dans les yeux.

" - Rends toi, déposes tes armes et vous aurez la vie sauve... une vie pire que la mort en tant que serviteur des puissances du Chaos. Ou mourez…"

De nouveau le silence, puis sans un mot le noble elfe jeta son arme qui alla s'écraser dans un bruit de métal qui vient frapper la pierre aux pieds de Gourga. Tenant sa vie en si grande estime, le noble semblait prêt à tout pour la préserver, comme si un miracle pouvait encore sauver son âme... Il avait préféré l'incertitude d'une survie improbable à une mort certaine.


* * *

" - Alors Kyrn ?! Dis moi ce que tu as vu."

Le chaman kurgan ôta ses mains du récipient d'eau avec une lenteur extrême. Le liquide cessa alors d'onduler et des gouttes de sueurs perlèrent sur le front de Kyrn qui dû reprendre son souffle avant de répondre.

" - Les dieux sombres sont avec nous ce soir. Tu vaincras... encore une fois."

Le visage de Gourga se fendit d'un large sourire tandis que le rire gras du meneur kurgan résonna. Il s'approcha du chaman et lui adressa une tape amicale mais franche sur l'épaule qui le fit vaciller en avant.

" - Ah Kyrn, mon frère ! Que serais-je sans toi ?"

" - Tu serais mort mon frère."

Le visage du chef s’assombrit immédiatement, l'homme n'avait pas d'autodérision et n'avait plus l'habitude qu'un homme lui réponde si franchement. Mais son frère, le chaman de son peuple, le divin qui prédisait toute ses victoires et le détournait de toute ses défaites, faisait exception.

" - Toi aussi mon frère sans moi... toi aussi."

Kyrn était un homme chétif qui aurait été éliminé pour son infirmité s'il n'était protégé par l'aura de son frère au sein de ce peuple si peu enclin à tolérer la faiblesse. Mais peu importe, ce n'était pas le moment de parler de cela. Kyrn avait lu dans l'eau que l'assaut contre le campement elfe serait couronné de succès. Il ne s'était jamais trompé. Il n'y avait donc plus à hésiter et c'est la confiance en lui que le chef alla rejoindre ses hommes pour les mener vers l'assaut.

* * *

Rampant le ventre au sol entre les derniers rochers qui le séparaient des guerriers ennemis, Gourga menait en personne l'avant garde de son armée. Il s'arrêta juste avant d'être à découvert pour observer de ses propres yeux le campement. Il y avait quelques tentes érigées les unes contre les autres contre la paroi rocheuse. Il n'y avait presque plus d'activité à l'extérieur en dehors des sentinelles qui montaient la garde appuyées sur leur lance et fixant dans leur direction sans paraître les avoir encore remarqué. Se fiant à ce qu'il voyait et à sa propre expérience, le meneur estima en fait que les elfes ne devaient pas être plus d'une trentaine alors qu'il avait lui même sous ses ordres cinq cent vétérans de nombreuses batailles. Il aurait des pertes certes, mais cela n'avait absolument aucune importance pour lui. C'était le destin des guerriers de mourir au combat.

Il n'y avait même pas cent mètres à parcourir à découvert pour arriver au corps à corps, cela ne laisserait pas assez de temps aux oreilles pointues pour organiser une défense efficace alors que ses guerriers leur tomberont dessus au pas de course. Sans attendre d'avantage, Gourga mit ses doigts dans sa bouche afin d'émettre un sifflement strident qui résonna de rocher en rocher et qui sonna le signal de l'attaque. Comme un seul homme, la horde de kurgans bondit de derrière les rochers pour fondre sur le campement elfe qui s'éveilla brutalement aux cris de guerre ennemis.

* * *

" - Mon Seigneur ? Les hommes passent à l'attaque."

" - Je le sais. Les hommes sont si facile à berner avec leurs croyances archaïques, le piège va se refermer sur eux. Éliminez-les, Maître des Épées, qu'il n'en reste aucun."

* * *



Alors que les premiers guerriers kurgans arrivaient au contact des sentinelles elfes, un épais brouillard se leva tandis que les tentes et les elfes semblaient s'évaporer dans les airs comme des mirages. Emportée par son élan, la horde des kurgans pénétra encore un peu plus loin dans le brouillard épais. Les hommes se stoppèrent, frappèrent dans le vide ce qu'ils prenaient pour des silhouettes de guerriers elfes, tournèrent dans un sens puis dans l'autre en essayant de comprendre ce qui était en train de se passer. Des murmures de rages, d'incompréhension et même de peur commencèrent à se distinguer dans le brouhaha de la troupe indisciplinée.

Puis aussi vite qu'il était tombé, le brouillard se leva pour laisser place à une vision qui glaça le sang de Gourga. Il n'y avait plus aucun campement elfe, et c'est son armée qui se trouvait acculée contre la paroi rocheuse qui ne lui laissait plus aucun échappatoire. Ils étaient seuls et complètement à découvert. Des hauteurs, des silhouettes floues se dessinèrent et presque aussitôt les sifflements des flèches fendant l'air se firent entendre, suivis par les hurlements de douleur et d'agonie des premières victimes. Avec une célérité et une précision que les guerriers humains n'auraient même pas pu imaginer, les quelques archers elfes décochaient une pluie de flèches ininterrompues comme s'ils étaient une armée entière.

Après un instant d'incompréhension qui coûta la vie à des dizaines d'hommes, les barbares comprirent que la fuite était la seule solution. Courant en direction opposée de la paroi rocheuse, les hommes revinrent sur leur pas pour repartir de là où ils étaient arrivés. Mais de nouvelles silhouettes gracieuses tenant une longue épée à deux mains se dessinaient maintenant face à eux leur coupant toute retraite. Il n'y avait que quelques dizaines de silhouettes faisant face à des centaines de guerriers hurlant de rage, mais déjà les maîtres des épées de Hoet avaient entamés leur danse de mort, fauchant les vies humaines qui tentaient de passer leur ligne avec une facilité enfantine. Quand des siècles de maîtrise et de perfectionnement de l'art de la guerre se confronte à une décennie de pillage bourrins, le nombre n'a que peu d'influence sur l'issu du combat.

Virevoltant à travers les rangs ennemis, les épéistes esquivaient en se contorsionnant la moindre attaque, ôtant une vie à chaque passe d'arme, l'acier elfe tranchant si facilement la peau de ces guerriers qui n'avaient l'habitude de porter pour seule armure que leur courage. Faisant contraste avec les bruyants guerriers humains, les maîtres des épées exécutaient une danse mortelle dans un silence encore plus terrifiant. Comme on le leur avait ordonné, aucune pitié ne fut accordée et chaque homme qui tentait de franchir les lignes était mis à mort, tandis que ceux qui n'étaient pas abattu par l'acier des épées l'étaient par l'acier des flèches acérées qui continuaient de pleuvoir.

Acculé avec ses derniers guerriers, formant un cercle bien fragile, le chef de guerre kurgan hurlait sa rage au ciel.

" - Maudit ! Maudit Kyrn ! Mon frère tu m'as trahi, tu m'as trompé !"

" - C'est moi qui l'ai trompé en lui montrant ce que je voulais qu'il voit. Ton frère est déjà mort."

Sursautant, Gourga tourna sa tête vers l'arrière pour se rendre compte qu'un archimage haut elfe se tenait juste derrière lui. Ce dernier avait naturellement compris aussitôt que les guerriers humains avaient trouvé leurs traces par hasard et qu'ils remontaient la piste. Il les avait alors trompé par ses enchantements afin que nul ne puisse ébruiter leur présence en ces contrées reculées. Mais Gourga n'eut pas l'occasion de se poser d'avantage de question sur ce qui venait de se passer que lui est les derniers soldats de son armées furent enveloppés dans des flammes multicolores qui ne laissèrent aucune trace de leur passage sur Terre.

* * *

" - Mon Seigneur, nous sommes victorieux. Nous n'avons aucune perte à déplorer."

" - C'est évident. Remettons nous en route et tachez de ne plus laisser de trace de notre passage cette fois-ci, Maître des Épées. Notre mission est primordiale, nous n'avons pas de temps à perdre avec ces futilités."
Dwaidu, Voie des Tueurs
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Johannes La Flèche
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Re: [Concours] La Bataille III

Message par Johannes La Flèche »

Depuis combien de temps la Whaaaagh! errait dans les bois de Loren? Nul ne le pouvait dire. Après être descendue du massif d'Orquemont et avoir massacré l'ost bretonnien qui, dans un fol espoir de l'emporter, leur avait fait fait face. (cf. La bataille d'Armand de Lyrie) Les Orques et Gobelins ont ravagé le Duché de Quenelles pendant quelques jours.
Alors que le chef de guerre orque Wurz'og projetait d'assiéger directement Quenelles, Grizz'leu, le grand chaman gobelin -et l'éminence grise de cette Waaagh!- réussi à le persuader de changer de cible et de se diriger dans Athel Loren. C'est ainsi que la grande armée Peau-Verte, forte de plusieurs milliers de membres, d'une Arachnarok, d'un chef orque déterminé à "Kassé é manjé d'la brindill'" et d'un chaman gobelin avide de s'approprier les énergies magiques de la forêt, s'enfonça sous les frondaisons de la forêt.
Image La Whaaaagh! progressait toujours plus en avant dans les bois, l'enthousiasme et l'excitation caractéristiques des premiers jours se dissipa bien rapidement dans cet environnement étrange et inconnu. Bientôt un silence pesant s'installa dans la colonne de marche, au centre, les orques -ceux dont le cerveau n'était pas occupé à calculer le prochain pas qu'ils allaient faire- regardaient les arbres tout en montrant leurs crocs, dans le vain espoir de provoquer d'éventuels ennemis cachés et de les forcer à sortir et ainsi provoquer une bonne baston.
Les gobelins étaient encore plus peureux qu'à l'accoutumée, formant l'avant et l'arrière-garde, ils fixaient constamment les frondaisons et les arbres en quête du moindre mouvement ou de la moindre chose étrange. Certains sursautèrent quand ils entr'aperçurent un bref mouvement, d'autres poussèrent des cris irraisonnés en entendant les hululements presque surnaturels des hiboux faisant écho dans la forêt et d'autres bruits qui provenaient des sous-bois.
Seuls les gobelins des forêts et leur Arachnarok ne se sentaient pas dérangés dans tout cet environnement, bien qu'ils savaient pertinemment qu'ils n'étaient pas en terrain conquis...


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Ils n'eurent d'autre choix de de jouer l'avant-garde -à l'exception de l'Arachnarok- à la place des gobelins sur loup, qui revenaient à chaque fois un peu plus décimés et terrifiés de leurs missions de reconnaissance, tout en ayant rien à rapporter hormis le fait qu'ils avaient été criblés de flèches par....par qui d'ailleurs? Ils ne le savaient même pas.
La nuit ne tarda pas à tomber et d'autres hurlements et sons inquiétants se rajoutèrent au concert de la forêt, comme si elle surveillait attentivement l'avancée des orques et des gobelins et les jaugeait constamment en leur faisant ressentir une pression, comme si elle voulait qu'ils fassent demi-tour....

Cependant, paradoxalement, le grand sentier forestier sur lequel progressait l'armée Peau-Verte, restait régulier et droit, ne se rétrécissant pas ou ne s'arrêtant pas brusquement au moment où l'on s'y attend le moins. Au bout d'un temps impossible à déterminer sous les frondaisons de ce domaine sylvestre, Wurz'og perdit patience et apostropha Grizz'leu:
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EH SALE GROT! C KAN K'Lé BRINDILL' DéBOULENT? SA Fé......TRO LONTAN K'ON MARCH' MOA é Mé BOYZ!

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Vou' z'inkiété pa' chef lé brindill' vont v'nir à nous, fô juste attendre que.....heu chef, y a kèlkun derièr' vou'.....

Wurz'og se retourna et constata que l'escouade de gobelins des forêts sur araignée qu'il avait envoyé en reconnaissance plus tôt était revenue au grand complet, décidément "La tribu eud'la mort sur pattes" avait réussi là ou celle des " Loups ki kognent" avait échouée. Le chef de la tribu des forêts indiqua au chef de guerre qu'une clairière était toute proche, large comme plusieurs cités humaines, idéale pour établir un camp.
Le chef de la Waaagh! les renvoya éclairer les environs avec comme point de rendez-vous la fameuse clairière. Cette dernière fut atteinte rapidement, et les Peaux-Vertes purent enfin apercevoir la voûte céleste et la lune, qui jusque là ne s'était manifestée que par des rais perçant occasionnellement la canopée forestière. Cependant, bien peu s'aperçurent que le chemin qui les avait mené ici s'était recouvert de végétation en quelques instants. Ils furent par contre beaucoup plus nombreux à se rendre compte que les gobelins des forêts sur araignée n'étaient pas présents comme convenu....
Alors que l'armée hétéroclite des orques et des gobelins commençait à s'installer pour la nuit, mettant le feu à quelques arbres en passant, Wurz'og lui, cherchait encore "La tribu eud'la mort sur pattes", mais où sont-ils donc passés?
C'est alors qu'il entendit comme un lointain sifflement, mais ce sifflement se rapprochait de plus en plus de lui à mesure qu'il fendait l'air. Le chef de guerre se retourna donc pour voir ce que ça pouvait bien être, cependant il fut gêné par la luminosité que dégageait la lune, il leva donc son bras, la flèche vint se briser sur son poignet recouvert de cuir et d'acier.

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Tout de suite après, d'immenses volées de flèches, venant de l'orée de la clairière, masquèrent le ciel tels des nuages et s'abattirent sur les Peaux-Vertes pris au dépourvu. Des centaines d'orques et de gobelins périrent en quelques secondes et encore plus furent blessés, quand les volées suivantes ne les clouaient pas littéralement au sol ou les achevaient. C'était un carnage, en certains endroits on pouvait voir des peaux-vertes s'écrouler au sol avec une gerbe de sang jaillissant de leur cou, l'artère aorte déchirée de part en part par un tir précis. A d'autres endroits, nombreux était ceux qui furent projetés à terre, comme si la flèche qu'ils avaient reçus leur avait donnée un coup de poing. Certains tombaient raides morts, la tête traversée par un trait qui s'était figé après avoir transpercé les tempes. Des dizaines de malchanceux étaient virtuellement transformés en porcs-épics, même si les cris d'agonie aigus des gobelins ne dérangeaient pas tant les orques. Pour les quelques chanceux qui avaient levé à temps leur bouclier, ce dernier était criblé de flèches comme pouvait l'être une cible de tir, quand il ne tombait pas en morceau juste avant la volée suivante....
Entretemps les tirs se firent moins nombreux mais encore plus précis, visant les dirigeants de la Waaaagh!, nombre de chamans et de chefs de bande furent éliminés en quelques instants, d'une flèche dans le buffet ou dans la tête. Cependant plusieurs gobelins, à l'instar de Grizz'leu, s'abritèrent derrière des orques morts ou inconscients pour échapper à cette menace, certains en profitèrent même pour chaparder leur l’équipement. Les orques, à l'image de Wurz'og, prirent des dépouilles de gobelins et utilisèrent ces dernières comme bouclier de chair pour absorber les flèches, limitant pour une fois un peu les pertes.
Mais l'armée des Peaux-Vertes -déjà connus pour leur indiscipline légendaire- était en proie au flottement et au chaos le plus indicible. Partout on pouvait voir des orques courir après des gobelins ou des snotelins pour récupérer leurs Kikoups ou leurs boucliers volés ou encore pour tout simplement les tabasser. Ils couraient tous comme des dératés en évitant autant que possible les monticules de cadavres et les mares de sang poisseux. Ce qui n'empêcha pas quelques uns d'entre eux de se viander magistralement ou de trébucher sur les morts, bien évidemment. Les squigs et les trolls, qui jusque là avaient été maitrisés, devinrent incontrôlables. les squigs pourchassant leurs anciens cavaliers à terre, quand ils ne tentaient pas de se dévorer mutuellement, quant aux trolls, ils erraient au milieu du champ comme des somnambules, la bouche pleine de bave, ne sachant que faire. Quelques archers gobelins de la nuit, au milieu de tout ce tumulte, avaient eu tout de même la présence d'esprit de retirer les flèches des cadavres de leurs compagnons pour ensuite les utiliser dans le but de viser l'orée de la forêt et de riposter, un effort méritoire mais vain....

Les elfes sylvains étaient à deux doigts de gagner cette bataille, le tout sans même avoir combattu directement. Il ne restait plus qu'à donner la charge pour disperser les derniers récalcitrants. Le seigneur sylvain Meldyr ordonna alors que son armée sorte des frondaisons pour cueillir les fruits de la victoire. Les gardes sylvains, les éclaireurs et les forestiers continuant de tirer, mais plus sporadiquement, afin d'éviter les tirs amis. Après s'être brièvement entretenu avec la tisseuse de charmes Dame Tyrénarielle, il grimpa sur son grand aigle et commença à survoler la clairière.
Wurz'og était en train de rétablir la discipline à coup de Kipoup et de mandales quand il aperçu l'armée Asrai sortir des frondaisons.

Au centre se tenaient les Gardiens du Bois Sauvage, encapuchonnés, tenant de grandes et élégantes haches à deux mains. A droite, les Gardes éternels impavides de Sire Meldyr avançaient d'un pas déterminé et fixaient la zizanie qui se tenait en face d'eux d'un air grave. Enfin à gauche, des bandes entières de danseurs de guerre progressaient avec grâce et agilité, s'échauffant avant d'entamer leur chorégraphie mortelle. Sur les flancs, des cavaliers sylvains firent également leur apparition, commençant à harceler les orques et les gobelins de leurs flèches.

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Une simple armée de Peaux-Vertes se serait désintégrée face à un tel spectacle, mais Wurz'og à la vue d'un tel déploiement, afficha un sourire carnassier. Enfin la Waaaaagh! avait trouvé une cible sur qui se défouler! Grimpant sur un rocher, il commença à beugler:
Lé GARS! MATEZ SA! Lé BRINDILL' ARRIV'! ON VA KAN MèM' PA S'Fèr BATTRE PAR Cé SALES TAPèTT' D'HIPPIES NON?!?
WWWWWAAAAAAAAAAAAAAAAAGGGGGGGGGHHHHH!!!!!!!
WWWWAAAAAAAAGGGGGGGGGGHHH!!

Son "discours" eu l'effet d'un électrochoc parmi les peaux-vertes, qui prirent conscience de leur situation. Le cri fut repris en "chœur" par le reste des orques et gobelins, en quelques instants, ils ramassèrent leurs bannières en peaux de bêtes miteuses, formèrent des rangs "Korrèkt'" et arrêtèrent de s'entretuer....pour aller charger directement les lignes adverses. Quelques retardataires perdirent du temps à maitriser leurs sangliers et leurs squigs mais ce ne fut qu'un léger contretemps.
Bien que le niveau d'organisation de la Waaaaagggghhh! se rapprochait dangereusement du néant, on pouvait distinguer une majorité d'orques sur les flancs et une masse grouillante de gobelins, soutenus par les trolls et l'Arachnarok- sur laquelle avait réussi à se hisser Grizz'leu- au centre. Les gobelins sur loups et sur squigs terminant le flanc droit, tandis que les orques sur sangliers se dirigaient spontanément sur le flanc gauche. Toute cette cavalerie s'était mise en tête de dégommer les cavaliers sylvains qui leur faisaient face.

Les fantassins des deux camps chargèrent et se percutèrent dans une violence inouïe, c'était la quantité qui affrontait la qualité. Malgré la poussée des orques sur les flancs, les elfes ne rompirent pas leurs formations et encaissèrent de pied ferme la charge des trolls et de l'Arachnarok au centre. Les trolls pouvant enfin jouer avec leurs grosses masses et merlins en pierres, s'en donnèrent à cœur joie et propulsèrent de nombreux Gardiens du Bois Sauvage dans les airs, le tout dans un affreux craquement d'os et de vertèbres. Les gobelins les secondaient comme ils pouvaient, tentant de piquer les enfants d'Isha avec leurs lances. Bien peu touchèrent leur cible, frappant dans le vide la plupart du temps. L'Arachnarok essayait d'empaler ses adversaires avec ses pattes et occasionnellement, arrivait à saisir un elfe avec ses mandibules. Grizz'leu, perché sur son howdah, commençait à voir deux visages grimaçants dans le ciel. Mais les Asrai n'étaient pas en reste, pour chaque coup porté adroitement avec leurs haches à deux mains, un gobelin était décapité, un troll se retrouvait avec un bras ou une jambe sectionnée. Malgré tout l'araignée géante restait intouchable pour le moment.
Sur le flanc droit des peaux-vertes, les orcs - Wurz'og et ses Kostos en tête- affrontaient la garde éternelle, les assauts furieux et forcenés du chef de guerre et de ses "Boyz" leur ayant coûté plusieurs vies, les gardes formèrent une phalange défensive. Verrouillant leurs boucliers simultanément et laissant leurs Saerath (Lances à double lame) pointées vers l'ennemi. Ils parvinrent à rétablir un peu la situation, sans pour autant remporter le combat. Pour 10 orques s’effondrant au sol, transpercés par les Saerath qui jaillissaient du mur de boucliers. Un elfe finissait par tomber sous les coups de Kikoup'. Les peaux-vertes essayaient de faire jouer le poids du nombre en leur faveur, mais ils ne parvinrent pas à déborder la phalange sylvaine sur les côtés.
Les combats qui se déroulaient sur le flanc gauche se passaient d'une toute autre manière, les danseurs de guerre se battaient de manière peu conventionnelle, en ordre dispersé. Puis d'un coup, ils se mirent à évoluer au beau milieu des rangs orques, leurs lames tranchant gorges, échines et colonnes vertébrales. Chaque acrobatie, chaque estafilade, chaque estocade faisant partie d'une chorégraphie silencieuse en l'honneur du Dieu Trompeur. Malheureusement cette danse se révélait mortelle autant pour eux que pour les peaux-vertes, quelques danseurs mouraient parce qu'ils n'avaient pas anticipés leurs prochains pas, se retrouvant empalés au bout d'une lance ou d'une hache rudimentaire. D'autres vacillèrent brièvement en se réceptionnant au sol ou sur les corps de leurs victimes, laissant l'occasion à un orque de passer leur garde et de les frapper en pleine poitrine. Suite à ces pertes les dévots de Loec durent céder du terrain aux peaux-vertes, seulement pour mieux recommencer leur chorégraphie mortifère, pour essayer de remporter une bataille de plus en plus indécise....
Au niveau de la cavalerie, les"Loups ki kognent", écumant de rage et avides de se venger de ceux qui les avaient harcelé durant la traversée de la forêt, chargèrent les cavaliers sylvains à bride abattue, ceci effectuèrent une fuite, dirigeant leurs chevaux avec leurs cuisses tout en décochant des flèches sur leurs poursuivants. Avant de se séparer en deux groupes qui firent demi-tour et flanquèrent les gobelins sur loup tout en continuant de tirer. Des loups s'écroulèrent au sol, entrainant des gobelins hurlant dans leur chute, d'autres gobelins vacillèrent et tombèrent de leur selle raides morts, s'écrasant dans l'herbe fraîche, une flèche plantée dans le crâne.

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C'en fut beaucoup trop pour les survivants qui tournèrent le dos et s'enfuirent à toute vitesse, quittant le champ de bataille. Cependant, alors que les cavaliers sylvains était concentrés à pourchasser les fuyards, ils tombèrent nez-à-nez avec les gobelins de la nuit montés sur les squigs. Ces derniers traînant des pattes jusqu'alors, trouvèrent ces nouvelles proies alléchantes et s’empréssèrent d'aller au contact, les gobelins de la nuits étant plus occupés à se stabiliser et à ne pas lâcher les squigs les laissèrent faire.

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Les squigs commencèrent à dévorer un, puis deux, puis trois chevaux, projetant des elfes estropiés et ensanglantés au sol. Attirés et excités par l'odeur du sang et cette nouvelle nourriture, ils massacrèrent les cavaliers sylvains, les rares Asrai ayant échappé à cette boucherie se replièrent dans les sous-bois. Laissant les gobelins de la nuit orienter la course de leurs créatures à leur guise.
Du côté des orques sur sangliers, ils rencontrèrent également des cavaliers sylvains qui appliquèrent également la même tactique que leurs compagnons contre les gobelins sur loups. Mais les orques, plus déterminés que les gobelins à faire en sorte que les elfes sylvains passent à portée de leurs Kikoup', foncèrent sur les deux groupes qui tentaient de les harceler. Des orques tombaient de leurs montures, criblés de flèches, mais finalement les deux groupes furent atteints au corps à corps. Les épées elfiques ripostèrent habilement face au attaques brutales portées par les peaux-vertes, mais étant en petit nombre, les cavaliers sylvains furent débordés et durent se retirer en catastrophe pour éviter l'encerclement et l'annihilation. C'est alors que Dame Tyrénarielle entrepris de jeter les dernières réserves Asrai dans la bataille. Les cavaliers sauvages de Kurnous sortant alors de l'orée de la clairière et voyant les orques sur sanglier se positionnant pour prendre à revers la ligne de bataille elfique, commencèrent à les charger. Les orques furent trop heureux de voir des ennemis qui venaient à eux pour une fois depuis le début de la bataille, ils se portèrent donc aussi à leur rencontre. Les deux unités étaient comme des boulets de démolition se chargeant mutuellement, soulevant des mottes de terre dans leur course effrénée, l'impact allait être terrible.

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Par Kurnous! Sus à l'ennemi!


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On-y-va! On-y-va! On-y-va!

Les deux groupes se percutèrent, le bruit du fracas retentit comme un coup de tonnerre, pouvant être entendu depuis les combats de la ligne centrale. Les lances empalèrent les orques comme les elfes, puis se brisèrent, des échardes de bois et des fragments de métal allant se loger dans les peaux orques et elfiques. Les épées au métal cristallin et les Kikoup' en fer brut furent dégainés et des coups mortels furent échangés. La frénésie et l'ardeur des Fils de Kurnous fut confrontée à la sauvagerie et à la brutalité des enfants de Gork et Mork. Aux beuglements de douleur d'orques éviscérés par les elfes répondirent les râles d'agonie des Asrai tombés de leur monture et piétinés par les sangliers. Tout le monde s'acharnait et rouait de coups celui d'en face, personne ne voulant tourner les talons et fuir honteusement....

Bien à l'abri de tous ces évènements, gardes sylvains, éclaireurs et forestiers continuaient à enchaîner les volées de flèches, ces dernières pilonnant les lignes des orques et des gobelins, leur empêchant de prendre l'ascendant et ce malgré la situation plutôt précaire de leurs camarades au corps à corps.
Anurion, garde sylvain mobilisé en urgence les jours précédents pour participer à la bataille, avait tué tellement de peaux-vertes qu'il en avait arrêté le décompte depuis bien longtemps. Pourtant il continuait de tirer, jusqu'à ce que son carquois soit vide, car pour chaque orque ou gobelin qui tombait sous ses traits, un autre prenait sa place. Le doute commença à naître dans le cœur d'Anurion, les enfants d'Isha pouvaient-il vraiment remporter cet affrontement? C'est alors qu'il entendit un bruit étrange derrière lui, puis les cris de ses camarades se firent également entendre. Devenu nerveux, le garde sylvain se retourna et quelle ne fut pas sa surprise quand il regarda dans la direction du bruit.

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Qui....qui va là!?

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Koukou la pédal'! Di' bonjour à ma p'tite copine!

Si "La tribu eud'la mort sur pattes" ne s'était pas présentée au point de rendez-vous à la clairière, c'était pour une très bonne raison. Ayant découvert les forces elfiques par hasard sur leur chemin, les gobelins des forêts avaient utilisé leurs connaissances en terrain forestier pour se camoufler, ils eurent également la chance de ne pas être sur la trajectoire de l'armée Asrai alors que celle-ci se déployait pour tendre la gigantesque embuscade au reste de la Waaagghh!. Ils attendirent juste le bon moment pour fondre sur les gardes sylvains, restés sous les frondaisons. L'attaque fut promptement lancée et très vite, les positions des archers elfiques vacillèrent. Ce n'était pourtant pas faute d'essayer, même au corps à corps avec une simple épée, ces Asrai se révélaient de redoutables guerriers. Mais pour chaque garde sylvain qui parvenait à éventrer un gobelin, deux autres finissaient estropiés par les araignées ou s'éffrondraient par terre, victimes des lames et des fléchettes empoisonnées utilisés par les gobelins.
Pire encore pour les elfes, les chevaucheurs de squigs avaient eux aussi trouvé leur voie à travers les bois. Ils percutèrent de plein fouet les formations de gardes sylvains, d'éclaireurs et de forestiers, les squigs bondissaient littéralement d'un groupe de tireurs à l'autre pour les dévorer en les engloutissant d'une traite, tout en subissant peu de pertes en retour. Maintenant, les archers refluaient en désordre dans la clairière, en proie à la panique.
Face à cette situation catastrophique, Dame Tyrénarielle fit appel à sa magie, en quelques syllabes, la tisseuse de charmes commença à invoquer des flammes dévoreuses de chair. Ces flammes surnaturelles apparurent dans la paume d'une de ses mains et grandirent, tellement en fait que la magicienne ne pouvait plus vraiment les maîtriser. Le sort devenait trop puissant, irrésistible, la Dame sylvaine dut faire appel à toute sa concentration et son autodiscipline pour rétablir les vents de magie et lancer cette convocation ardente convenablement. Plusieurs gobelins et quelques araignées ainsi que des squigs s'enflammèrent instantanément, sous les yeux de Dame Tyrénarielle, qui, d'un regard mauvais, repliait petit à petit ses doigts sur la paume de sa main tenant la flamme afin de propager le sortilège au reste de la bande.
Les hurlements de douleur aigus des gobelins s'ajoutèrent à la clameur des combats alors que des squigs enflammés finissaient leur course en roulé-boulé, s'encastrant dans les arbres ou chamboulant leurs alliés gobelins des forêts. A la vue de leurs camarades tremblant dans des spasmes d'agonie tout en étant carbonisés et consumés par les flammes magiques, les quelques gobelins restants prirent leurs jambes à leurs cous et s'enfuirent aussi loin que possible.
Cependant à peine Dame Tyrénarielle eut terminé son sort qu'elle aperçut un immense poing vert et éthéré se former dans le ciel.
Grizz'leu sur son howdah avait son visage déformé, tantôt grimaçant à l'extrême, tantôt coupé en deux par un rictus surnaturel, ses yeux pétillant littéralement avec des étincelles vertes. Sa tête lui faisait horriblement mal, mais il put libérer l'énergie de la Waaagh! accumulée tout au long de la bataille. Tapant un gros coup de poing sur sa plateforme, il se mit à ricaner d'une manière extrêmement dérangeante et inquiétante tout voyant le poing de Gork s'abbatre sur la phalange des gardes éternels:
HAHAHAHAHAHHAHAHAH!!! BOUFé VOU' SA!
La tisseuse de charme tenta bien de dissiper ce sortilège, mais elle alla trop vite en besogne et son contre-sort n'eut pas l'effet escompté. Le poing de Gork écrasa les gardes éternels dans un énorme grondement, des cadavres et des membres furent projetés dans tous les sens. La phalange était annihilée, les rarissimes survivants d'abord hagards, se groupant par paires de deux et combattant dos à dos; tentant d'endiguer désespérément la marée d'orques et de gobelins, quand ils n'étaient tout simplement emportés par la masse de cette dernière. La Garde Éternelle meurt mais ne se rend pas.
Toutefois leur sacrifice allait se révéler vain, leur flanc droit enfoncé, les Asrai perdaient de plus en plus pied tandis que la bataille allait être une victoire de plus pour les peaux-vertes.

Au centre, les gobelins et l'Arachnarok gagnaient à l'usure contre une ligne Asrai se clairsemant de plus en plus. Mais cela n'avait pas été sans sacrifice, le dernier troll encore vivant jusque là, s’effondra, le ventre ouvert en deux par un coup de hache savamment donné par un Gardien du Bois Sauvage. Les cadavres des autres trolls gisant à terre, découpés en plusieurs morceaux, les entrailles encore fumantes. Malheureusement, un lourd tribut avait été payé par les enfants d'Isha pour en arriver là, tribut qu'ils ne pouvaient plus se permettre de payer. Dorénavant, il n'y avait plus qu'une trentaine de Gardiens du Bois Sauvage pour contenir des centaines de gobelins et l'araignée géante. Petit à petit, certains zigouillards commencèrent à se jeter sous les elfes, afin de passer entre leurs jambes pour les attaquer par derrière. Tous terminèrent leur existence, leur dos et leur crâne labourés et déchiquetés par les haches des elfes. Mais l'occasion était trop belle et quelques rares lances gobelines trouvèrent tout de même le moyen de frapper les thorax elfiques. Affaiblissant un peu plus une ligne qui commençait déjà à se déliter.
Sur ce qui restait du flanc droit, Wurz'og, tout en ayant prit plusieurs scalps et têtes d'elfes pour les ajouter comme trophées sur son armure, chargeait avec ses orques et ses kostos le moindre elfe qui tentait de s'interposer entre eux et leur victoire. Seuls quelques groupes de gardes sylvains, animés par l'énergie du désespoir, entravaient la progression des peaux-vertes, mais pas pour longtemps....
La seule nuisance ne pouvant être contrée fut les tirs des éclaireurs et des forestiers, qui se dérobaient et s'évanouissaient dans les bois à chaque charge des orques. Constatant que cet ennemi ne se laisserait pas atteindre par le bon fer de leurs Kikoup' les peaux-vertes firent demi-tour et commencèrent à entamer une charge contre le centre du dispositif elfique. Ne prêtant pas attention au flèches elfiques qui, pourtant, leurs infligeaient des pertes non négligeables.
Seul le flanc gauche, tenu par les danseurs de guerre, tenait toujours, tel un rocher face aux vagues d'une marée montante. Les dévots de Loec, luttaient avec une grâce presque féline et une maîtrise telle qu'ils faisaient passer leurs adversaires orques pour des enfants snotelins maladroits pouvant se blesser avec leurs propres Kikoup'. Ici, on pouvait voir un danseur lever et croiser ses lames jumelles pour parer l'attaque pataude d'un orque, puis, vif comme l'éclair, il s'écartait d'un pas de côté et une de ses lames se plantait dans la gorge de l'orque tandis que l'autre lui déchirait la carotide; le danseur du Dieu Trompeur passait à une autre victime avant même que le cadavre du peau-verte s'éffrondre au sol, dans une gerbe de sang poisseux. Là, on apercevait un autre elfe sur une pile de cadavres, affrontant deux orques à la fois, il bondissait, virevoltait entre ses deux adversaires, parant de manière esthétique le coup de Kikoup' venu pour lui trancher son bras gauche tout en esquivant habilement l'autre coup de son second adversaire, qui visait sa jambe droite. Quelques secondes plus tard, en un clin d’œil, il prenait chacun de ses deux ennemis à part et le foudroyait d'un coup fatal.
Mais tout aussi talentueux qu'ils étaient, les danseurs de guerre ne sauraient empêcher la défaite des Asrai à eux seuls. Les rares elfes qui n'exécutaient pas leur danse mortifère quittèrent la troupe pour se déporter sur les arrières des Gardiens du Bois Sauvage pour atténuer la charge de Wurz'og et ses troupes. La situation désespérée engendrant cette décision désespérée.

Wurz'og était heureux, il avait tué des tas de Brindill' et sa Waaagh! avait l'ascendant. Certes, les pertes qui leurs avaient été infligées étaient énormes, sur les milliers de peaux-vertes présents au début de la bataille il n'en restait plus que quelques centaines. Mais l'armée elfique en était réduite à quelques dizaines de personnes avec un flanc droit enfoncé et un centre pris à revers. Les Asrai étaient bien trop fiers pour admettre la défaite et préfèreraient se battre jusqu'au dernier plutôt que de voir l'engeance Peaux-Verte profaner leur clairière sacrée. Qu'à cela ne tienne, les Gardiens du Bois Sauvage allaient être massacrés promptement et l'effet domino entraînerait la chute des danseurs de guerre sur le flanc gauche. Le chef de guerre et ses Kostos ne furent plus qu'à quelques dizaines de mètres des Asrai et s'apprétèrent à donner la charge.
Lorsque tout à coup, Wurz'og sentit qu'il fut bousculé sur le côté par ses propres troupes, il donna une baffe puis un revers à l'orque sur sa droite qui avait osé le faire vaciller. Puis il vit ce même peaux-verte empalé et transporté sur plusieurs mètres par un cavalier elfe farouche, chevauchant un cerf: un coursier de Kurnous.
En effet, durant tout ce temps, les Cavaliers Sauvages du Dieu Chasseur avait finit par battre les orques sur sanglier, non sans quelques pertes. Ils furent une douzaine à charger de flanc la bande de Wurz'og et, dans leur charge, laissèrent un sanglant sillage ponctué de cadavres empalés et estropiés. Toutefois cette charge aussi épique et foudroyante soit-elle, ne faisait que retarder l'inévitable. Comprenant la situation, les cavaliers se désengagèrent prestement afin de retenter une autre charge, mais un des leurs s'était trop enlisé dans les rangs des orques et finit désarçonné et étripé en bonne et due forme par les peau-vertes. Tandis qu'un autre Cavalier Sauvage vit son coursier se faire éventrer par le Kikoup' de Wurz'og, le cerf, foudroyé de douleur, se cabra en arrière, son chevaucheur perdit l'équilibre et tomba à terre. Il n'eut pas le temps de se relever que le chef de guerre le rouait déjà de coups de poings de sa main gauche et de Kikoup' de sa main droite, ne s’arrêtant que lorsque l'elfe fut réduit en pulpes sanglantes.
WWWWWWWWAAAAAAAAAGGGGGGGHHHHHHHHHH!!!!!!!!!!!!!!!
Le cri sorti du fond des entrailles de Wurz'og ne fit qu'exciter ses compagnons orques, sa bande se remit à lancer une charge furieuse contre les Gardiens du Bois Sauvage, dispersant ou tuant rapidement les quelques danseurs de guerres qui couvraient leurs arrières.
C'est alors que l'on vit une ombre ailée fendant le ciel nocturne, l'Arachnarok était trop occupée à abattre les derniers elfes et ne vit pas le danger venir.

Le grand aigle, monté par Sire Meldyr fonça sur l'araignée géante, lui plantant ses serres acérées dans ses huit yeux. L'Arachnarok se balança d'avant en arrière tout en essayant d'attraper l'aigle avec ses mandibules et ses pattes, mais ce fut peine perdue et le grand aigle du seigneur sylvain reprit son envol avant qu'elle ne put faire quoi que se soit. Après avoir effectué un tour dans les airs, il revint à la charge dans un cri à percer les tympans, pour cette fois-ci viser Grizz'leu. Durant une fraction de seconde le chaman gobelin voulut fuir, mais il il finit par se rappeler que Gork et Mork étaient avec lui, avec la Waaaghh!, ils allaient gagner cette bataille et ce ne serait pas un nobliau elfique monté sur un gros piaf qui allait les en empêcher!
Dans un élan de courage -rarissime pour un gobelin- il puisa dans l'excitation, les envies de meurtres et les violences des peaux-vertes tout autour de lui pour les canaliser dans son esprit. Cette fois-ci pas de grimaces extravagantes ou de ricanement, à la place il adressa un regard mauvais, empli de haine envers Sire Meldyr et dans un accès de rage il mima un coup de tête en direction du seigneur sylvain. Le "Koud'Boule" partit alors que l'elfe et sa monture n'étaient qu'à quelques mètres de Grizz'leu, l'elfe dût faire appel à tous ses réflexes pour s'écarter de la trajectoire, mais déterminé à mettre fin à la misérable existence du gobelin qui lui tenait tête il effectua un bond en avant et se réceptionna tant bien que mal sur le howdah, face à Grizz'leu. Cependant le grand aigle n'eut pas autant de chance, le sort du chaman le percutant de plein fouet, il se retrouva déstabilisé et blessé en plein vol, battant frénétiquement des ailes pour se réequilibrer, il finit inévitablement par s'écraser dans la mélée en contrebas.
Le duel s'engagea tandis que l'Arachnarok avançait aveuglée, désorientée sur le champ de bataille, aplatissant les Asrai comme les Peaux-Vertes.

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Fais face à ton pitoyable destin! Infâme gobelin!


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Rhhhhaaaaaa!!!! Crève sal' bâtard!

Dans une condescendance typiquement elfique, le seigneur Asrai qui pensait que ce petit combat serait vite réglé, frappa un coup de taille avec son épée. Mais Grizz'leu était coincé, il n'avait pas d'issue par où fuir, le chaman n'avait d'autre option que de combattre jusqu'à la mort, ne jamais sous-estimer un gobelin acculé....
Animé par la rage de vaincre, il para l'épée de l'elfe avec son bâton à deux mains et dépassa sa garde pour aller lui porter un coup au torse avec l'extrémité de sa canne.
Sire Meldyr fut surpris par son comportement et c'est à peine s'il eut le temps d'esquiver son attaque en se décalant sur le côté. Si ce Peau-Verte voulait une mort un peu plus élaborée, qu'il en soit ainsi. Il porta un coup d'estoc qui toucha le visage du chaman.
Sentant une balafre se dessiner en diagonale sur sa figure, Grizz'leu grimaça de douleur et recula, pour mieux revenir à la charge dans un cri strident. Il leva son bâton à deux mains pour attaquer par le haut, puis ce coup se révéla être une feinte et frappa le côté droit du seigneur sylvain, touchant sa jambe.
Sire Meldyr fut forcé de plier son genoux droit à terre, même si la blessure était superficielle, elle n'en faisait pas moins mal. Mais c'était surtout son amour-propre qui était touché, le fait qu'il peine à tuer un gobelin était une insulte à sa maisonnée. Déterminé à en finir avec cette vermine, il se releva pour porter le coup final, d'un revers de lame il visa et trancha net la gorge de Grizz'leu, le décapitant sur le coup.
Enfin débarrassé de ce nuisible, l'Asrai n'eut pourtant pas le loisir de fêter sa victoire. Un scalp d'un des Gardiens du Bois Sauvage, maculé de sang, vint atterrir sur la plateforme, tout de suite après une immense silhouette qui n'avait pas perdu une miette de ce qui s'était passé et avait grimpé sur l'Arachnarok en s'agrippant à sa fourrure fit irruption sur le howdah:

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KOMAN K'TA OZé BUTé
MON GROT A MOA ???!!! J'VAI' T'MARRAV' FILS DE PUTE ?!? J'VAI' T'DéKAPITER POUR T'CHIER DAN' L'KOU T'ENTEN'??!!!???


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Par Le Chasseur et La Mère! VAINCRE OU MOURIR!

Le combat qui s'ensuivit fut des plus épiques. Les deux protagonistes donnèrent tout ce qu'ils eurent en eux pour remporter ce duel, chacun étant résolu à abattre son adversaire. Il n'était pas uniquement question d’un combat physique, mais aussi d’un affrontement de volontés, et celle du seigneur sylvain était implacable. Là ou Wurz'og se battait pour ses propres pulsions, pour tout simplement tuer, le seigneur Asrai luttait pour défendre son peuple et les forêts enchantées qui l'avaient vu naître. Jamais l'orque n’aurait pu se comparer à l'elfe dans cette catégorie.
Sire Meldyr fit montre de ses plus belles techniques d'escrime, ses talents de duelliste ridiculisant ceux d'un Diestro estalien. L'elfe s’efforçait de compenser son manque d'endurance et de force brute en effectuant plusieurs estocades, de nombreuses esquives et nombre de feintes afin de tromper le chef de guerre orque pour déborder sa garde et lui infliger plusieurs coups ciblés dans les points faibles de son armure. Ses attaques étaient d'une précision incroyable et son talent au combat tout simplement incomparable avec celui de l'adversaire orque qui lui faisait face.
Wurz'og lui, réagissait à ces attaques avec la dernière des brutalités, il ripostait à la manière d'un fou furieux, au mépris de sa propre vie, ses coups de Kikoup' furent portés avec une force inouïe, si Meldyr aurait tenté de parer ces coups, son épée se serait brisée et il se serait déboité le bras par la même occasion. Plusieurs fois le seigneur sylvain dut avorter ses attaques et esquiver les frappes pour ne pas finir découpé en deux.
L'orque ne pouvant égaler la technique et les réflexes éclairs de l'elfe, redoubla de sauvagerie dans ses coups, il visa cette fois-ci la tête de l'Asrai et une frappe puissante et saccadée partit.
Meldyr esquiva, mais passa littéralement à un doigt de se faire briser le crâne en deux, il put même ressentir l'air fendu par l'attaque effleurer son visage. En un éclair l'elfe riposta et porta une estocade foudroyante contre Wurz'og.
Mais contre toute attente, le chef de guerre, favorisé par Mork et Gork ou peut-être simplement chanceux, réussi à parer cette attaque. Néanmoins il en fallait plus pour déstabiliser le seigneur sylvain, ce dernier profita de l'élan pris par l'orque pour parer afin de réorienter son épée pour atteindre le thorax de Wurz'og, la lame enchantée et au métal scintillant transperçant son armure et pourfendant sa chair jusqu'aux os.
Beuglant de rage, l'orque répliqua sauvagement par un grand coup de taille avec son Kikoup' tout en se précipitant sur Meldyr, si l'Asrai se serait tenu ne serait-ce qu'une fraction de seconde de plus à l'endroit où il était, il aurait été déchiqueté. L'attaque de l'orque fut portée avec une telle force qu'elle défonça toute une partie de la plateforme, les planches, les échardes de bois et les toiles d'araignée volant dans tous les sens.
J'VAI' T'éKRABOUYé ! SAL' PÉDÉ DE BRINDILL'!!!!
Wurz'og mit aussitôt sa menace à exécution, il prit son Kikoup' à deux mains et se jeta littéralement sur le seigneur sylvain afin de l'écraser sous sa masse.
Une fois de plus, Sire Meldyr esquiva cette attaque et le chef de guerre s'écrasa contre le plancher du howdad, le rendant un peu plus instable. Le seigneur Asrai ne voulu pas manquer cette occasion et son épée partit labourer l'échine de l'orque.
Mais à la grande surprise de Meldyr, Wurz'og se releva, se retourna subitement et dans un bon vieux réflexe de baston, lui donna un uppercut directement sous son menton, lui décrochant la mâchoire. L'elfe se retrouva projeté en arrière sur plusieurs mètres pour finir par atterrir juste au bord de la plateforme.
C'est à ce moment qu'il put entendre ce qui se passait en dehors de son duel, sur le champ de bataille.
Il entendait la clameur des Peaux-Vertes victorieux, les gobelins piaillant de joie et les orques beuglant qui s'en prenaient désormais au dernier carré elfique, constitué par les danseurs de guerre. Il entendait également le chant de mort qui commençait à être entonné par les dévots du Dieu Trompeur alors qu'ils étaient sur le point de se faire déborder par les orques et les gobelins. Et il fini par entendre les râles d'agonie de son grand aigle et de ses congénères ici-bas que l'on n'avait pas encore achevé.
Il se releva alors, saignant du nez, il crachat un mollard rempli de sang, se remit la mâchoire en place et chargea son adversaire orque au poitrail ensanglanté dans cri morne. La fin du duel et de cette bataille était proche....

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Mais non loin de là à la lisière de la clairière se tenait Dame Tyrénarielle. Affligée par la tournure des évènements, elle savait qu'elle n'avait plus vraiment le choix. La tisseuse de charmes avait bien essayé de les contacter avant que la bataille ne tourne défaveur des Asrai mais jusqu'ici les esprits étaient restés silencieux, comme ne souhaitant pas répondre ou voulant délibérément ignorer les appels de la magicienne.
Puis d'un coup, préssentant l'issue des combats, ces mêmes esprits se résolurent à communiquer par télépathie avec Dame Tyrénarielle. Mais ce fut alors pour lui témoigner leur agacement et leurs rancoeurs, pour les mortels avides ayant commis des ravages en leur domaine, pour leurs pairs tombés pour la défense de la forêt, et enfin leurs repproches se concentrèrent sur les elfes, incapables de se couper complètement du monde extérieur et ce faisant, ils attiraient inévitablement des calamités sur Athel Loren. Dame Tyrénarielle leur addressa alors des suppliques et implora leur aide, leur faisant remarquer que les esprits avaient besoin des elfes, que les enfants d'Isha et Kurnous et les esprits des forêts se complétaient pour atteindre le but ultime qu'était la préservation d'Athel Loren et de la Trame. Mais les aieux restèrent dubitatifs.
La magicienne Asrai sorti alors de sa besace une branche, ce n'était pas n'importe quelle branche. C'était un artéfact qui puise son pouvoir directement dans la magie animant la forêt et qui canalise les vents de magie. Dame Tyrénarielle se reconnecta une fois de plus avec les esprits sylvestres qui animaient les coeurs des arbres, elle commença alors entamer de vive voix un chant, dans une langue morte depuis la nuit des temps. Ses sons et syllabes, prononcés de manière fluide et musicale, poussèrent les arbres à sortir de leur veille, se rappelant la douleur infligée par les êtres de chair et de sang, ils ne tardèrent pas à s'animer et à vouloir chasser ces misérables Peaux-Vertes de leur forêt sacrée. Le chant sylvain était en train de marcher....

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Soudain, plusieurs hommes-arbres gigantesques emergèrent de la forêt, accompagnés par des dizaines de lémures à la peau d'écorce et aux membres noueux ainsi que par des centaines de dryades colériques au coeur amer. Les esprits des forêts semblaient surgir de tous les coins de la clairière, encerclant la Waagh! dans un retoutable piège. Au début, les orques et les gobelins ne virent pas cette menace, trop occupés qu'ils étaient à combattre les danseurs de guerre, ils ne se rendirent compte du danger qu'au moment ou celui-ci était sur eux.

Sur le grand dos de l'Arachnarok, Sire Meldyr aperçu ce qui se tramait, mais il n'eut pas le temps d'aller jusqu'au bout de ses pensées. Wurz'og se fendit, dans une tentative toujours aussi brutale, d'éviscérer le seigneur sylvain. Dans un ultime geste d'une agilité hors du commun, l'elfe détourna habilement son coup et riposta en un clin d'oeil, visant le cou de l'orque afin qu'il rencontre un destin similaire à celui subit par le chaman gobelin plus tôt. Wurz'og, possédé par la fureur, prit une décision dénuée de tout bon sens -même selon les standards orques- et leva son bras gauche afin qu'il pare littéralement l'attaque de Sire Meldyr tout en portant un gros coup de boutoir avec son Kikoup' tenu en main droite, en direction de la poitrine de l'Asrai. L'elfe, plutôt que d'esquiver une éinième fois, préféra porter son coup jusqu'au bout....
Alors ce dernier put sentir la lame rustique de l'orque lui broyer les cotes et s'enfoncer dans sa hanche, lui provoquant une douleur soudaine et intense qui le força à pousser un cri grave oû seules colère et souffrance pouvaient être entendues. Le chef de guerre ne fut pas en reste, beuglant et écumant de rage alors que son bras était réduit en lambeaux de chair sanguinolente, mutilé par l'épée scintillante et enchantée du seigneur sylvain, il avait perdu sa main gauche.
Les deux adversaires reculèrent, tibutant dans la douleur, assaillits par des vertiges et des tremblements.
Sire Meldyr rassemblant toute son énergie pour rester conscient de ce qui l'entourait, vit deux immenses silhouettes se rapprocher rapidement de sa position. En un instant, il abandonna son duel et quitta le howdah, se laissant glisser sur la peau de l'Arachnarok, il se réceptionna de manière maladroite au sol, manquant même de tomber. Rangeant sa lame enchantée au foureau et une main sur sa profonde entaille, il se dirigea tant bien que mal vers la lisière de la clairière, glissant sur les flaques de sang et trébuchant sur les cadavres. Deux forestiers ayant aperçu leur seigneur sortirent des arbres afin de lui porter secours.
HAHA! J'AI GANIé! T'A ABANDONNé SAL' TAPETT'! T'A ENFIN KOMPRI' Q'Cé WURZ'OG K'é LE PLU' KOSTO!!!....
L'orque exultait de joie, il avait effectivement gagné ce combat, son adversaire ayant en quelque sorte déclaré forfait. Mais il n'eut pas le temps de lancer à nouveau un cri de Waaaggh!, de gigantesques mains de bois commencèrent à lacérer la chair de l'Arachnarok, et aussi celle du chef de guerre qui se tenait sur son grand dos. Aprés avoir décortiqué l'araignée géante de ses pattes, les deux hommes-arbres, tels des enfants jouant avec un ballon, donnèrent chacun un coup de pied qui envoya le monstre en roulé-boulé avant de s'encaster parmis les arbres de la lisière. Wurz'og finit ainsi, écrasé et applati sous son poids.

La bataille tournait définitivement en faveur des Asrai, les aieux des forêts fondirent sur les bandes de Peaux-Vertes prises par surprise. Certains esprits étaient des âmes elfiques ayant succombé plus tôt dans la bataille, ivres de vengeance à l'idée de pouvoir se battre de nouveau contre les orques et les gobelins.
L'affrontement fut court mais d'une violence incroyable Les hommes-arbres et les lémures ne se battant pas avec l'agilité et la grâce des elfes, assénèrent aux orques et aux gobelins des coups à fendre la roche, piétinnant le sol pour faire s'écrouler les enfants de Gork et Mork. Des racines étrangleuses sortirent des pieds des hommes-arbres afin d'attraper et d'étouffer les survivants. Les dryades sifflantes réduisaient les gobelins en charpie tandis que les lémures fonçaient dans le tas, leur peaux d'écorce étant tout simplement inssensible aux coups furieux des orques. Trés vite, ce qui restait de la Waaagghh! se désintégra en plusieurs petites bandes, le chacun pour soi étant désormais de mise. Les gobelins tentant de fuir dans un sauve-qui-peut général tandis que les orques, dans la confusion, tapaient tout ce qui bougait autour d'eux sans faire de distinction, quand ils n'étaient pas pris de panique à l'instar des gobelins. Ce n'est qu'une fois les Peaux-Vertes massacrées, gisant au sol et déchiquettées en plusieurs morceaux ou bien transpercées de part en part par ses mains acérées, noueuses et cruelles que la forêt estima sa vengeance accomplie. Alors sans cris et gare les arbres se retirèrent du champ de bataille aussi subitement qu'ils y étaient venus, pour se fondre à nouveau dans les bois, reprenant leur veille silencieuse. Ne laissant que quelques poignées d'elfes stupéfais par ce revirement de situation. Maintenant ces derniers sont en train d'errer parmis l'immense charnier engendré par cet affrontement, certaints commencent à compter les morts, d'autres se receuillent sur les dépouilles de leurs camarades tombés au combat, des bûchers sont érigés, quelques uns commencent même à brûler, leurs flammes léchant la voûte étoilée alors que les cadavres des orques et des gobelins les alimentent.

Ainsi se termine la bataille de la Clairière du Clair de Lune.
Modifié en dernier par Johannes La Flèche le 26 déc. 2019, 13:56, modifié 1 fois.
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Dan Surcouf
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Re: [Concours] La Bataille III

Message par Dan Surcouf »

Journal de bord du capitaine Jean Derouagy, commandant de la goélette Dame Blanche, corsaire de sa majesté le Roy Louen Coeur-de-Lion.



En l'an de grâce 2516, en mer de Tilée.


Cela faisait bientôt quatre mois que la Dame Blanche avait quitté Bordeleaux et écumait la mer de Tilée. Mon armateur, ainsi que mes officiers, s'étaient montrés, à l'origine, très circonspects à l'idée d'une telle expédition. Pour eux, ces eaux n'en valaient pas la peine: des mers trop lointaines, où les proies étaient bien moindres et plus modestes, comparées aux véritables trésors flottant qui allaient et venaient aux abord de Marienburg.

Mais, les navires marchands, c'est comme les champignons: il y a des coins, il faut les connaître et, surtout, les garder secret et Marienburg pouvait à peine se prétendre secret de polichinelle. Entre les corsaires de notre bon Roy, les impériaux, les indépendants, les chaotiques et les norses, ces eaux étaient un tel foutoir que, pour un gallions à délester de son doré fardeau, vous aviez une demi-douzaine de pirates qui lui tournaient déjà autour.

Ainsi, au cour de ces quatre dernier mois, j'ai pu démontrer toute la valeur de la mer de Tilée, interceptant moult vaisseaux, aux ventres alourdis de fruits exotiques, d'épices en provenance d'Arabie et, surtout, du précieux or vert, l'huile d'olive!

C'est la cale pleine à craquer de tout ces précieux trésors que, vers neuf heure du matin, nous dépassâmes les rochers de la pointe du fou, reprenant le chemin de Bordeleaux. Nous filions à environ dix nœuds, rejoignant le large quand, à neuf heure et demi, nous vîmes une voile à l'horizon.

Et quelle voile! Trois mâts, soixante-dix canons et plus de trois-cents homme d'équipage. Un béhémoth affichant le crâne sinistre de l'Empire, une monstruosité d'acier et de bois, qui avait troqué toute élégance et vélocité afin de devenir une véritable forteresse des mers. Les impériaux appelaient ces choses ''Grand-navire''. Un nom à la simplicité barbare, qui illustrait bien le manque d'imagination, d'élégance et de poésie de nos voisins ultramontain. Il avait toutefois, l'appris-je plus tard, un véritable nom: le Métal Hurlant.

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Immédiatement, je fis sonner mon second, le lieutenant de Jasnie. Un jeune officier prometteur, issu des rang de la petite noblesse de Bordeleaux, qui ne m'avait jamais fait faux bond. Lui désignant l'immonde béhémoth impérial, je lui demandais alors, si il se sentait capable de relever un tel défis. De Jasnie, fier et hardi, me répondit oui.

Nous fîmes sonner la cloche et réveillâmes chaque homme qui baillait encore aux corneilles. L'heure était venu de nous couvrir de gloire. Les nobles de la terre s'imaginaient le combat naval comme une guerre de lâche et d'opportunistes. Si seulement leur sainte horreur des armes à feu ne les avait pas plongé dans une telle bêtise! Sur mer, comme sur terre, la guerre était une histoire d'audace et de talent! Fort de nos cent-cinquante hommes et de nos vingt-quatre canons, nous allions tenter de tenir la dragée haute à ce monstre, qui n'avait rien à envier aux plus terribles dragons, que certains chevaliers se plaisaient à prétendre à avoir affronté.

Afin de faire tomber un tel monstre, il nous fallait cependant l'appâter. Manaan fut généreux ce jour là: le vent soufflait vers le sud. Nous profitâmes donc de ce vent contraire (car nous remontions au nord pour rejoindre les eaux bretonniennes), pour ralentir et nous faire passer pour un navire inoffensif et innocent, auquel ce gros lourdaud impérial ne saurait résister. Et il ne put résister!

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Vers neuf heure trente-cinq, nous ayant repéré probablement à peu près en même temps que nous, il vira de bord, profitant de l'inertie qu'il avait acquis en descendant vers le sud, avec le vent en poupe, afin de tenter une interception à bâbord de la Dame Blanche.

Naturellement, nous virâmes à tribord, vers l'est, afin de regagner du vent. Mais l'inertie du Métal Hurlant permis à celui-ci de nous rattraper. En cet instant, il pensait nous tenir: il avait une bordée entière à portée de tir et, jamais, même dans mes rêves les plus fous, ma goélette n'aurait pu survivre à un tel échange. Le commandant impérial (qui se nommait Oswald Friedberger) le savait et c'est fort de cette certitude qu'il hissa le pavillon nous intimant l'ordre de nous rendre. Il voulait capturer la Dame Blanche, afin de s'épargner un combat et de récupérer nôtre cargaison intacte. Ce fut sa première erreur.

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La Dame Blanche, en réponse fit tonner ses dix canons bâbord. Les boulets s'écrasèrent contre la coque du grand-navire impérial, arrachant de gros morceaux de bois et d'acier, fauchant parfois quelques malheureux qui avaient eu la malchance de se trouver là. Le Hurlant, trop lourd et trop sûr de sa victoire facile, n'avait pu virer de bord à temps pour esquiver et, lorsque sa réplique brisa le silence des flots, la Dame Blanche, forte de sa mobilité supérieure, avait déjà viré à nouveau, esquivant la salve, avant de revenir narguer l'impérial sur son flanc tribord, à présent déchargé et inutilisable avant un bon moment.

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À ce moment là, Friedberger dû réaliser qu'il était tombé dans un piège. Il se croyait néanmoins à l’abri à bord de son monstre des mers. Si il n'avait pas la maniabilité de ma goélette, il avait cependant toujours un armement supérieur au nôtre, notamment une bordée bâbord parée à faire feu, pour peu qu'il vire de bord.

Et c'est ce qu'il fit. Il mit la barre à tribord et effectua un virage bien plus sec que je ne l'aurais cru possible sur un navire d'un tel tonnage. Une bien mauvaise surprise, qui aurait pu signer l'arrêt de mort de la Dame Blanche, si nous n'avions pas anticipé un mouvement de la sorte. Nous virâmes, à peu près au même moment, à bâbord, pivotant vers le nord-ouest dans un quasi demi-tour. Nous pûmes ainsi éviter la salve dévastatrice du grand-navire, qui désormais nous présentait sa proue sur tribord.

La Dame Blanche délivra une nouvelle salve, exploitant aussitôt l'occasion qui lui était présentée, réduisant ainsi au silence la batterie de proue du Hurlant, avant même que celle-ci n'ait eu l'occasion de servir. Nôtre goélette pivota un peu plus vers bâbord, prenant le vent en poupe, profitant de la vitesse pour louvoyer de façon à présenter de façon fugace nos flanc, afin de narguer Friedberger qui, privé de ses canons de proue, ne pouvait plus nous abattre sans devoir quasiment abandonner la poursuite.

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Filant sur les flots, la Dame Blanche creusa la distances, laissant le grand-navire patauger dans son écume. Une fois hors de portée, je fit ordonner que l'on vire à nouveau, afin de revenir sur l'impérial.

Naturellement, celui-ci, nous voyant revenir, mis la barre à bâbord, nous présentant son flanc tribord et la bordée allant avec. C'était un moment critique. J'avais essayé de diriger la Dame sur sa poupe et, même si nous ne présentions que notre proue, soit la partie la plus petite et la plus difficile à atteindre, la puissance de feu ennemie pouvait nous envoyer par le fond en un clin d’œil.

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Une nuage de fumée s'échappa des sabord du Métal Hurlant et des gerbes d'eau éclaboussèrent nos flanc, tandis que nos voiles étaient transpercée. Une de mes pièces de proue fut pulvérisée, avec ses servant, des débris de bois et de chair volant sur le pont.

Nous avions survécu. Un sourire vicieux s'étira sur mes lèvres. Je fit tonner mes pièces de proue restante, qui déchiquetèrent la poupe de l'impérial, réduisant au silence nombre des canons y étant placé.

Le lieutenant de Jasnie fit monter tout l'équipage, gabiers et matelots s'armèrent de grappins et de sabres. Le Hurlant, désormais, n'avait plus que sa bordée tribord à tirer. Dans une manœuvre désespérée, comprenant ce qui allait se passer, il tenta de virer vers bâbord, afin de nous présenter ses derniers canons.

Mais c'était trop tard et sa manœuvre, le faisant remonter vers le nord, contre le vent, ne fit que le ralentir et nous aider dans notre entreprise.

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À dix heure moins dix, nous avions accroché le Hurlant par la hanche, après nous être faufilé sur son flanc tribord. Nous partîmes à l'abordage du béhémoth. Son équipage de battit comme des beaux diables, crachant le feu sur nos gabiers à un rythme effrénée. Mais nous étions trop rapide et eux, bien trop dispersés.

Nous enfonçâmes la première ligne de défense à coup de sabre et de hache, mes cent-cinquante matelots de déversant telle une horde infernale sur le pont principal. Tandis qu'une partie de mes hommes semait le chaos, le reste, sous mes ordres, s'élançait à l'assaut de la passerelle.

En dix minutes de combat acharné, où nous tranchions toute opposition sur notre passage, nous arrivâmes finalement jusqu'au commandant Friedberger. Sa protection rapprochée, de fiers guerriers tout en armure, froufrou et plumages dignes des plus grandes et riches maisons impériales, furent sauvagement piétiné par une horde de marins bretonniens en guenilles.

Encerclé, ses gardes vaincus et lui même à ma merci, Friedberger, d'un air théâtral, tira alors lentement son épée pour la jeter à mes pieds, m'offrant ainsi la reddition qu'il pensait m'arracher si facilement quelques instants plus tôt.

Une fois le calme revenu à bord du Métal Hurlant et de la Dame Blanche, nous procédâmes à la capture officielle du grand-navire. Les marins de Sigmar furent désarmés, puis entassés sur les chaloupes du Hurlant. Leur capitaine, lui, fut fait prisonnier et traité avec tout les égard dû à son rang. Enfin, je confiai une petite centaine de mes hommes à de Jasnie, qui prit temporairement le commandement du Métal Hurlant, qui désormais battait fièrement le pavillon de nôtre bon Roy Louen.

Dans cette bataille, dix bon marins avaient donné leur vie pour la gloire de la Couronne de Bretonnie et une vingtaine d'autre avaient payé le prix du sang. Après avoir confié nos morts à Manaan, ous reprîmes alors la route de Bordeleaux, les hommes fêtant la victoire, chantant les louanges de ceux qui dîneraient, ce soir, à la table du dieu des mers.


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Dan Surcouf, Contrebandier
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Piero Orson
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Re: [Concours] La Bataille III

Message par Piero Orson »

C'était une journée comme les autres dans le plus bel endroit du monde. Enfin, si vos critères de beauté correspondaient à un bidonville crasseux flottant sur les miasmes méphitiques du Delta de la Ruine. Et si une journée comme les autres impliquait que le ciel soit noirci par la cendre des volcans et l'air puant la merde, le souffre et le gnoblar.
Mais pour Dedrick, c'était une journée comme les autres à Pigbarter. L'homme quelconque attrapa son arbalète, son veston matelassé et son galurin avant de sortir sur les quais grinçants et hasardeux. La plus grande ville de Nulle-part se déployait comme un champs de nénuphars flétris, amas de bicoques sur pilotis, de terres-pleins boueux surchargés d'enclos à porcs et de camps de caravaniers. Le garde traversa des ponts de singe jusqu'à l'enceinte sommaire qui séparait la ville même des labyrinthiques camps où dormaient caravaniers, aventuriers, mercenaires, infortunés d'ici ou d'ailleurs, surtout d'ailleurs.

« Salut avorton ! brailla joyeusement une voix tandis que le chemin de ronde trembla à en décrocher les clous.
-Oh 'jour gras-double , répliqua l'humain en décrochant sa lorgnette pour observer l'horizon brumeux du delta.
- Y a du porc grillé à la baraque Dedrick, tu m'pardonneras j'ai eu un creux sur mon tour, j'ai bâfré le morceau que je voulais t'donner !
-Le jour où les ogres chieront d'l'or tous les gars d'pigbarter se payeront un royaume. »
Le ventru, le pansu, l'affable crache-plomb ria à gorge déployée, tenant son invraisemblable canon à longue portée contre son épaule de buffle.
« C'quoi le programme d'jour ? Surveiller que personne foute le feu ? Empêcher les gnoblars de mordre le cul des filles de Madame Dessoie ?
-Comme d'hab' en somme. L'maire va sûrement annoncer le retour des joutes...C'est quoi ça encore ? »
Le cor d'alarme résonna d'une des tours de guet disséminées dans les méandres de la Ruine. Avant de se fondre dans le grondement de la rivière...Pas seulement de la rivière. Quelque chose approchait, quelque chose de bruyant, sale et destructeur.
« UNE WAAAAGH ! TOUS DERRIERE LES MURAILLES ! »

C'est à ce moment là que les ennuies ont commencé.
Des milliers de personnes se ruèrent des campements vers les portes de la ville, les gens se piétinaient, des bêtes de bat chargées de caisses fonçaient à travers la foule. Mais l'instinct de survie est tellement puissant et les gardes de la Ville-sur-le-Delta assistèrent à un déferlement, un raz-de-marée humain à travers les ouvertures de la Muraille. Cette dernière, toute de bois vermoulu comme l'ensemble de cette maudite cité, tremblait sur ses vaseuses fondations.
Dedrick chargea un carreau. Gras-double armait son redoutable canon. Autour d'eux des gardes de caravanes tiléennes, des mercenaires de toutes les origines, des brutes épaisses venus se perdre dans le cloaque du monde montaient au rempart. Les hommes et et les ogres attendaient, prêts à défendre leur vie.

Les peaux-vertes courraient à travers la glaise et les tentes retournées comme un essaim de locustes sur un champs. Des putains d'orques taillés comme des armoires lyonessoises. Et ça va vite un orque qui veut vous faire la peau. Les hommes et les ogres attendaient, le ventre liquéfié, noué, liquéfié encore, serrant leurs armes en se retenant de trembler.
Un gaillard avec des bacchantes à faire pâlir Volkmar enfila sa barbute éraflée avant de brandir son épée.
« Attendez...Attendez...En joue ! FEU ! Crevez moi ces chiens ! »
Une pluie de plombs, de carreaux, de flèches et d'acier s'abattit sur les peaux-vertes en première ligne. Des centaines d'entre eux s'effondraient dans la boue pour se faire piétiner par les milliers restants. Gras-double rigolait comme un dément en envoyant une déflagration traverser les rangs orques, déchirant membres et entrailles avant de soulever un cratère de fange et de pulpe sanguinolente.

Les défenseurs se relayaient pour tirer sur les hordes hétéroclites. Diedrick s'était accroupi pour recharger, autour de lui les archers enchaînaient les traits mortels. Un gargouillis s'échappa de la gorge d'un gamin à sa droite qui s'effondra, une flèche en travers du cou. Le milicien regarda par dessus le parapet. Des hobgobelins montés sur des loups répliquaient. Des vermines, des vendus, honnis même par le reste de leur race...Des hobgobelins ?!
« Gras-double ! Y a des hob's ! Les dawi-zhaaaaarr ! » hurla l'arbalétrier alors qu'une boule de feu déchira le ciel noir. Une boule d'âmes tordues, déchirées, digérées par les machines infernales des nains du chaos qui plongea au dessus des murs surchargés de guerriers pour s'abattre sur les bâtisses branlantes de Pigbarter. Des marchands fondirent littéralement comme des cierges au four, des malheureux marchaient, brûlés jusqu'à la moelle, quelques pas avant de s'effondrer dans la boue.
Robert Hoerdrich Strodeln traversa la rue en pestant. C'était le maire, élue légitimement depuis sept mandats consécutifs, deux de plus que son père ; suivi par Jus d'viscère, Léghis le hâtif et Exécutif, ses trois ogres de main. Ces barbares et ces mutants n'allaient pas brûler SA ville.
Un bruit de fracas retentit quand des milliers d'esclaves peaux-vertes heurtèrent les pieux à la base des murs. La vague émeraude ne refluait pas, malgré les flèches, malgré les piques, malgré les milliers des leurs qui tombaient en gigotant sur le sol.

Un officier arriva en trombe près du maire, tandis qu'une seconde salve du canon apocalypse embrasa l'hôtel de ville.
« Monsieur l'maire ! Il faut qu'on atteigne les nains ! Sinon la ville sera brûlée avant qu'les orques nous achèvent ! 
-Exécutif ! Jus d'viscère ! Léghis ! Séparez les pouvoirs ! Rassemblez les ogres et les gnoblars ! Allez faire voir ce qu'il en coûte de toucher à la Municipalité ! »
Les trois blocs de muscles opinèrent avec leurs quadruples mentons avant de se diriger vers les débris qui maculaient tous les bas-fonds de la cité. Entre les bandes de porcs terrifiés ils les virent. Les damnés de la terre, les vermines couleur grenouille qui couinaient en amassant tout ce qui jonchait les rues d'une ville en perdition : Les gnoblars.
Léghis le hâtif gueula aux multitudes crasseuses de le suivre, en dévora un pour l'exemple, tuer lui ouvrait l'appétit de toute façon. Si les goblinoïdes étaient veules et craintif, ils comprenaient parfaitement l'autorité du Gros Peuple.

Les gardes poussaient contre les portes de bois, ajoutant des caisses pour freiner l'inarrêtable force orque qui déformait les planches par coups répétés. Un jeune kislevite enfonça sa pique dans les trous où apparaissait un tronc, une trogne, un bras de créature verdâtre et agressif.
Il sursauta en voyant accourir une soixantaine d'ogres équipés pour oblitérer leurs ennemis, suivis d'une légion geignarde et armée avec tout ce qu'une décharge pouvait prodiguer en objets pointus.
« OUVREZ LES PORTES ! » Beugla le plus gras de tous.
« Mais les orques ! On va se faire submer- »
La fin de sa phrase mourut au fond de sa trachée en voyant les ogres affaler le portail et les peaux-vertes qui poussaient contre.
Tandis que l'escouade suicidaire traçait un sillon dans la Waaagh !!! les soldats commencèrent à défendre bec et ongles les rues de la ville. Des loups féroces se jetaient à la face des caravaniers, des brutes se faisaient empaler par leur propre kikoup'. Pigbarter était devenu un abattoir.

Dedrick tira sur le kosto qui remontait le chemin de ronde en braillant avant d'enfoncer son coutelas dans l'orbite du boyz escaladant la muraille. Il regarda la ville en flammes, les larbins des nains des ténèbres libéraient toute la frustration d'une vie de servitude contre les po'roz'.
Les derniers défenseurs sur le rempart se préparèrent à l'ultime riposte. Tiléens, impériaux, bâtards de tout le vieux monde ou sans-caste injanais. Les sales ganaches verdâtres pointaient sous leurs casques biscornus, serrant leurs kikoup' tellement fort qu'ils en jaunissaient leurs phalanges. Le plus gros s’apprêta à lancer son cri de curée mais un plomb explosa son crâne épais. Les hommes se jetèrent au sol pour éviter la rafale de plombs qui déchira les orques, filant à travers leurs boyaux, décrochant membres et orbites. Et c'est comme ça que Dedrick le vit, chevauchant un verrat aussi gras que lui, décochant des volées mortels sur les peaux-vertes, le maire Robert Hoerdrich Strodeln. Sa monture porcine grogna en envoyant bouler un gobelin tandis qu'il rechargea sa Cavalcade de Mort Tourbillonnante de von Meinkopt.
« Périssez vermines ! Cette ville est à moi ! »
Les défenseurs poussèrent un hourra avant de tirer sur les orques désorientés. Peut être vivraient-ils un autre jour.

L'ogre riait en utilisant le boyz désarticulé comme une masse, fracassant des hobgobelins vicieux comme des coquilles d’œuf.
Tout autour les autres graisseux élargissaient le cercle de peaux-vertes broyés dans le but d'atteindre les sinistres serviteurs d'Hashut. Les gnoblars faisaient un travail remarquable, pour des gnoblars. Entaillant les tendons des orques pendant qu'ils étaient aux prises avec les mangeurs d'hommes pour les larder de coups une fois au sol. Certes la majorité était écrasée par l'un des deux belligérants mais que valait une vie de gnoblar après tout ?
Gras-double pilonna une bande de chevaucheurs de loups avant de se tourner vers un comparse. Ce dernier reposa sa massue sur son épaule musclée. Alors que sa bouche s'ouvrait pour lâcher une remarque grossière dont les ogres avait le secret une fusée s'abattit sur lui. L'explosion décrocha des pans entiers de cartilages noircis tandis que la carcasse s’affaissa lourdement sur le sol, dégageant une odeur de graisse brûlée. Le crache-plomb hurla de rage et chargea à travers les peaux-vertes décimées.

Les nains du chaos, rejetons contrefaits et décadents de ces terres sombres. Leurs armures d'artificiers déshumanisaient encore plus leurs traits monstrueux. Maintenant que leur bouclier de viande verte avait été bien entamé par la riposte ils devaient régler eux même le problème. Les arquebusiers tirèrent sur les ogres comme on chasse le gros gibier. Des guerriers aussi grands que larges s'effondrèrent dans la glaise et l'eau bourbeuse du Delta mais la colère des ogres pouvaient déplacer des montagnes. Jus d'viscères attrapa un nain et le fracassa au sol, décrochant son pavois pour charger ses confrères, les balles richochant contre la plaque de métal noir. Si les artificiers étaient meurtriers à distance, face à des bêtes trois fois plus grandes qu'eux ils n'en menaient pas large en mêlée. Leghis balaya les artilleurs autour des lances-fusées avec ses poings de fer.
Les peaux-vertes firent irruption au milieu du carnage, mais ils ne venaient pas aider leurs maîtres, ils venaient anéantir les esclavagistes en difficulté. Le Sorcier-Prophète scandait des ordres aux artilleurs qui n'étaient pas encore en déroute, sa barbe huileuse remuant à chacun de ses mouvements de têtes. Son maître-ingénieur partit en fumée en manipulant les explosifs instables du Canon Dawi-zharr. Propulsée au sol, dans la même fange où gisaient les corps de toutes ces races qu'il méprisait, il se redressa en jurant, pour voir approcher, un rictus sur son visage brûlé, le crache-plomb Gras-double. Il l'empoigna, le pressant dans son armure démoniaque. Le nain hurla une malédiction à son encontre mais deux doigts couverts de suie s'enfoncèrent dans sa bouche. Gras-double posa le pouce sur le front noirâtre du sorcier. Et d'un coup sec il lui décolla le sommet du crâne.

Juché contre le parapet, exténué, un milicien sommeillait. Des caravaniers empilaient des carcasses de peaux-vertes en dehors des murs de la ville, un prêtre défroqué prodiguait les bénédictions aux mourants. Pigbarter n'était que bâtisses noircies et survivants endeuillés, mais elle renaîtrait, pugnace, anarchique, libre.
« Bah alors avorton ? Même la mort ne veut pas d'toi ? » Demanda une voix enjouée.
Dedrick esquissa un sourire las. C'était presque une journée comme les autres à Pigbarter.
Piero Orsone da Trantio, explorateur
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Dokhara de Soya
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Re: [Concours] La Bataille III

Message par Dokhara de Soya »

J'avais hésité à participer, mais l'on m'a assuré que le terme "bataille" englobait tous types d'affrontements, et que je pouvais en conséquence écrire un texte sur autre chose que deux grandes armées qui s'affrontent... je fais donc acte ci-dessous ^^ Bonne lecture !
Cette effervescence, elle m'était qu'trop familière. Une cacophonie de hurlements, d'encouragements, d'menaces, d'cris d'excitation et d'sifflements. Des milliers d'voix désunies formant un tohu-bohu incohérent. J'ai d'jà été là, au centre d'l'attention d'tous, à embrasser du r'gard la foule, à les observer sans vraiment les voir, eux qu'n'étaient qu'une masse informe d'inconnus beuglards. Ca m'fait m'remémorer ma gloire d'antan.

Pour mes camarades, se r'trouver ici était la pire des situations. Ça claquait des dents, ça pestait contre l'mauvais sort, ça marchandait avec les dieux qu'on avait négligé des années, ça cherchait d'la pitié dans l'regard d'une foule qu'n'en aura aucune. Y a même Hans qui chiale, mais l'amiral lui dit d'la fermer direct.

L'amiral assure. Il a d'la gueule, ça m'fait un truc d'le r'garder. Si ça avait pas été pour son charisme, je s'rais resté à Marienburg faire des p'tits boulots. J'croyais qu'c'était l'uniforme qu'aidait à son autorité, mais nan, même dépenaillé ce type pue l'charisme. Il est là, l'torse nu luisant d'graisse de phoque, ses ch'veux blonds gras et sales dont les mèches tombaient d'vant ses yeux, sa hachette runique à la main qui pend l'long de sa jambe - parait qu'c'est des nains qu'lui ont offert - et il r'garde la foule. A la défier du r'gard. Il est aussi résigné qu'moi, il sait c'qui nous attend - 'fin, pas les détails, mais il s'doute qu'aucun d'nous verra l'soleil se l'ver. C'est peut-êt' ça un vrai noble du Reikland : même d'vant la mort, l'type est trop digne pour admettre qu'il a les foies. Après, j'm'attend pas à l'voir faire d'miracles pour ce qui nous attend : les nobles impériaux, ça gère peut-être les batailles rangées, mais ici c'est plus mon domaine que l'sien.

La palissade d'épieux est bien trop haute pour seul'ment songer l'escalader. La grosse herse en bois derrière nous est peut-êt' soul'vable si on s'y met à plusieurs, mais juste derrière, y a des hommes avec des lances qu'auront qu'à les faire passer par les trous pour nous perforer. Et puis d'toutes façons, on fuirait pour aller où ? On sait pas où on est. En Norsca visiblement, si on r'garde la gueule des locaux : du musclé, du tatoué, et du ch'velu. Fallait s'y attendre, vu qu'c'est une armée d'leurs foutus drakkars qu'a déboulé sur nous dans la mer des griffes.

Une caraque et cinq loups impériaux pour protéger un convoi marchand, ça aurait du suffire. Surtout qu'les trois navires d'commerce, ils avaient quoi ? Des céréales, des tissus, des fourrures, pas d'quoi rameuter la moitié d'leur foutu pays. Et pourtant. Des centaines et des centaines d'drakkars, s'foutant éperdument des pertes, d'nos canons qui gueulaient, des débris d'bois qu'volaient dans tous les sens. Aucune stratégie, aucune manœuvre à citer dans les récits d'histoire : le vent soufflant à fond dans leurs voiles, ces tarés ont juste foncé tout droit, un rouleau compresseur norse foutrement rapide qu'nous a ép'ronné d'toutes parts.

L'amiral doit êt'vert. Il m'avait r'cruté précisément pour ce moment-là. Il avait suivi ma carrière d'près, il s'foutait qu'j'aie pas l'pied marin, que j'sache pas lire, ou écrire, ou même parler : il voulait un nouveau maître d'armes vu qu'son précédent sous-officier était crevé d'une maladie, et s'lon lui l'combat c'est une affaire d'mouv'ments, pas d'mots. Et il voulait pas d'un combattant classique, un gradé d'une école militaire à la con - nan, il voulait un sauvage dans mon genre, parce qu'il disait qu'si on d'vait un jour s'battre contre des norses sur la mer des griffes, fallait comprendre leur style.

J'l'ai pas bien pris en vrai. J'crois pas j'suis un sauvage. J'ai pas eu son éducation, c'est sur, mais j'aime plutot m'voir comme un mec avec un don. Y a des mecs ils sont super doués avec la musique, ou la ferron'rie, ou l'tissage, ou j'sais pas quel aut'truc. Moi j'suis balèze avec une arme en main. C'pas très humble d'le dire comme ça, mais après dix ans d'carrière d'gladiateur, j'crois que j'peux quand même bomber un peu l'torse, et dire qu'ouais, filez-moi n'importe quoi qu'a un bout pointu, ou tranchant, bref, filez-moi n'importe quoi, et j'voue parie que j'peux l'mettre dans la tronche du type en face. "La Tempête" qu'on m'app'lait dans les gradins. Un peu par respect, un peu pour s'fout d'ma gueule. Parce qu'jsuis muet suite à une vilaine maladie d'la gorge qu'j'ai contracté quand j'étais p'tit : on m'entend pas arriver, mais quand j'suis là y plus qu'des blessés et des débris.

Moi ça m'allait bien. J'ai passé dix ans à dire à m'dire qu'j'étais pas là par plaisir, que j'payais les dettes d'maman, et qu'une fois libre j'f'rais un nouveau départ, un truc pas violent. Du coup, entraineur, c'était bien : à part m'battre j'savais rien faire, et là c'était s'battre mais sans les mauvais côtés - pis la marine impériale, c'est pas rien, j'avais un uniforme, d'quoi draguer celles qu'sont pas r'butées par un type peu causant. Bon, du coup, mon talent, il a servi à rien. Alors j'dis pas, peut-êt'qu'les jeunes qu'j'ai formé, ils ont pu avoir un peu l'utilité d'mon style - mais bon, faut pas s'leurrer, si on est maint'nant tous les vingt d'bout dans l'arène, c'est qu'ça a pas assez servi. A moi encore moins qu'aux aut' : j'ai même pas eu l'temps d'affronter un seul enn'mi qu'j'étais hors-jeu. A qui la faute ? A c't'enculé d'bosco. Quand les norses sont apparus, c'taré a gueulé qu'ça pouvait pas êt' une coïncidence cette énorme flotte juste pour nous, qu'c'était sur qu'j'avais fait un sombre rituel pour donner not'position, la preuve en était la p'tite poupée païenne pleine d'symboles ésotériques qu'il avait trouvé cachée dans mes affaires. J'savais qu'j'aurais pas du prendre ce grigri au milieu d'marins superstitieux, j'suis trop con putain, mais c'est mon dernier souv'nir d'maman, ça m'faisait chier d'le laisser à terre. L'amiral m'a mis aux fers direct du coup - les norses approchaient, y avait des manœuvres à organiser, des canons à faire tirer, traître ou pas, y avait pas l'temps pour l'doute.

Du coup, c'est grâce à ce con d'bosco que j'suis là. J'ai survécu à l'abordage, confortablement installé dans la soute avec une chaine accrochée à la ch'ville : y avait juste à m'mettre un flot sur la tête et j'étais l'cadeau surprise idéal pour les norses. Avec not'flotte et les marchands, on était pas loin d'quatre cent impériaux en tout. Là dans l'arène, on est dix-neuf plus moi. Doit y avoir d'aut'survivants, j'pense - nous, on est ceux pas trop abimés et un peu impressionnants. Ceux qui pouvaient potentiell'ment assurer un spectacle décent, si Hans veut bien arrêter d'chialer.

Donc voilà où j'finis. Dix ans qu'j'ai passé en gladiature. Dix ans à survivre pour payer les putains d'dettes d'maman, celles qu'elle a contracté pour m'soigner d'ma maladie. J'me suis battu cont'tell'ment d'trucs. A Middenheim, ça allait, c'était plutôt légal dans l'stade Bernabau donc l'danger s'limitait aux accidents - si on met d'côté les minotaures du carnaval, eux chaque année c'était pas du chiqué. Par contre, après la guerre, à Marienburg, c'était un aut'délire - là-bas suffisait qu'le public paye assez, qu'un p'tit bourgeois aie des envies d'torrents d'carmin et une joute amicale finissait en bain d'sang complet à la gloire du Massacreur. Et j'ai survécu, j'ai survécu à des années d'batailles, tout ça pour... putain, j'suis rev'nu à la case départ. C'est trop, mais alors vraiment trop con.

Après, pour une dernière scène, faut avouer qu'ça a d'la gueule. C'est une nuit magnifique, les étoiles sont toutes visibles, et Mannslieb est ronde comme l'cul d'une ogresse. On est dans une fosse en cercle pas mal profonde, avec des parois garnies d'épieux en bois acéré. Sous nos pieds, c'est d'la terre battue r'couverte d'une fine pellicule d'neige. Répartis tous les dix mètres l'long du bord, y a des gros braseros en métal, genre vraiment énormes, qu'font des colossales flammes qui dansent au gré des bourrasques. Ca fait des ombres terrifiantes dans tous les sens, ça met une ambiance terrible. Plus haut, l'spectacle est incroyable. La foule des norses est installée sur des gradins, mais pas d'jolis bancs bien aménagés - nan, cette bande d'tarés a entouré leur arène d'un cimetière de navires morts. Y a des têtes de drakkars d'partout, des morceaux d'coques et d'quilles éclatées, d'mâts, d'rames et d'boucliers en bois colorés. C'est d'la folie, on dirait qu'Manann a fait pleuvoir des bateaux, qu'sont tombés du ciel pour s'planter dans l'sol pour former un genre d'cercle, et qu'les norses ont aménagé l'résultat pour pouvoir s'tenir d'bout un peu partout d'ssus.

On a tous été peinturluré en rouge. C'est grossier au possible - on nous a r'couvert d'graisse d'phoque pour qu'on tienne bon face au froid, puis on nous a foutu un bon coup d'pinceau couleur rubis sur l'torse. En r'gardant la foule, j'ai compris l'délire : y sont tous comme ça. Hommes comme femmes, ils s'ont tous colorés monochrome, histoire d'afficher leur pari. Y a du bleu, du vert, du jaune et du rouge. Mais faut avouer qu'ce dernier, il est plutôt rare, voire quasi absent - faut croire qu'on a pas la cote pour les festivités. J'suis pas futé, mais ça m'parait donc clair qu'on va avoir trois gros concurrents ce soir.

J'fais quelques pas dans la neige encore immaculée, d'nos empruntes comme d'not'sang. Les marins m'suivent du r'gard. Doivent s'douter qu'si j'suis là avec eux, c'est qu'finalement, j'ai pas tant trahi qu'ça. La plupart sont autour d'leur amiral, à attend'les ordres, à r'mettre leur vie à leur chef dans l'mince espoir qu'il les tir'ra d'là. Mais y en a deux-trois qu'préfèrent rester pas loin d'moi. Ils savent ma réputation, ils savent qu'dans une arène, la Tempête elle est à sa place.

Bon, à part l'amiral et moi, y en a deux-trois qu'semblent sereins, et qu'pourraient survivre plus d'quelques s'condes quand les hostilités démarreront.
Y a Liebniz déjà, not'prêtre d'Manann : un p'tit gaillard d'un mètre soixante, chauve avec l'regard d'un fou. Il a son trident dans les mains, qu'il pointe vers les cieux en récitant une litanie d'mantras incompréhensibles. J'ai vu c'type éloigner une tempête d'une prière : j'sais pas si c'était une coïncidence ou pas, mais l'cas échéant, c'est un putain d'dieu qu'on a à nos côtés grâce à lui. J'vais pas fonder trop d'espoirs d'ssus néanmoins : les dieux c'est d'humeur changeante, c'pas une valeur fiable.
Y a Karl aussi, l'capitaine d'un des loups impériaux. Il a pris cher - y a un bandeau pourri qui cache son œil, et il a une estafilade bien moche qui va d'son épaule à son aine et qu'a été cautérisée d'façon franch'ment sale, il a du morfler. Mais l'type est un colosse d'deux mètres qui respire la force et l'endurance, alors fallait sans doutes plus qu'ça pour l'empêcher d'se rel'ver. Il a son estramaçon dans les mains, une putain d'épée qu'fallait bien son gabarit pour la manier correct'ment. Il serre les dents, et son unique œil est enragé : lui il est pas résigné, il est carrément vénère et veut en découdre.
J'reconnais aussi Leopold, not'charpentier. Ça fait bizarre d'le voir avec un visage si abattu, lui qu'était t'jours souriant. Mais j'suis content d'voir qu'il est là : si y en a bien un qui m'donnait du fil à r'tordre pendant mes entraînements, c'était lui. Il a l'même genre d'don qu'moi j'ai l'impression, ça s'sent qu'il a les réflexes dans l'sang, qu'il a l'instinct pour la baston, sauf qu'lui c'était un pacifiste, alors il a jamais voulu s'en servir pour gagner sa vie. Pour ça qu'l'était second maître sur l'bateau, au rôle d'charpentier : l'genre de mec qui parle à son navire comme s'il était vivant, genre "ça c'est une bonne fifille, quand on rentre j'te r'vernis la coque avec l'nouvel enduit, tu vas voir t'vas adorer". Trop bizarre. Mais il peut bien s'frotter à tout l'bois mort qu'il veut, moi j'suis bien content d'l'avoir à mes côtés ici.
Oh putain, y a une femme. J'avais pas fait gaffe, elle était d'dos, et avec ses ch'veux bruns taillés courts et sa musculature, une épée dans chaque main, j'aurais juré c'était un homme. Mais là, elle s'est r'tournée et jette un r'gard assassin à l'amiral, et j'peux voir qu'elle est comme nous, torse nu, et quand on r'garde d'près c'est évident qu'c'est des nichons et pas des pectoraux sous la peinture rouge. L'règlement est très clair dans la marine impériale : femmes interdites. Obligé celle-là était déguisée en homme : mais j'croyais qu'ce genre d'fille c'était des légendes d'marins en manque, pas qu'ça existait vraiment.

J'ai pas baisé d'puis des mois putain. Ça fait chier d'crever les couilles pleines.

J'remet pas les autres mat'lots - mais d'toutes façons j'ai ni l'temps ni l'envie d'faire connaissance. La foule est en train d'gueuler plus fort qu'jamais, y a une clameur qui s'répète, des syllabes que j'comprends pas, mais ça hurle sévère un truc à répétition. Y a des mecs au premier rang qui s'mettent tous en position, sagaies en main, prêts à les balancer en contrebas. Et sans surprise, y a la grille en face qui s'ouvre lentement, pour nous laisser découvrir c'qui nous attend.

Rah merde, c'est quoi ça ?

L'une après l'autre, deux espèces de monstruosités déboulent dans l'arène. Des putains d'créatures de cauch'mar, on dirait l'mélange hasardeux d'bestioles qu'auraient fait une orgie qu'a mal tourné. Ça fait bien quat'mètres de long chacune, ça a trois têtes, une queue, et des ailes - même si ces dernières semblent abîmées : faudrait pas qu'les trucs sortent d'l'arène en volant j'suppose. Sur leur corps, plein d'peinture jaune mal foutue - ces salop'ries sont plébiscitées par la moitié du public si j'me fie au code couleur. L'premier nous r'garde d'ses six yeux en grondant : une tête d'un genre d'loup qu'a d'la salive verte qui coule d'la gueule et qui fait s'échapper des relents d'fumée quand ça touche l'sol, une aut' c'est un sanglier aux yeux rouge sang avec les défenses pointées vers nous, et la dernière, Sigmar d'merde, la dernière c't'un genre de lézard dragon avec une poche jaune-rouge dans l'cou, qu'a d'la fumée qu'sort d'la gueule.
J'ai pas l'temps d'détailler l'second monstre qu'est derrière, parce que l'premier y perd pas d'temps à feuler dix minutes : il fonce vers nous bien vénère, les deux pointes acérées du sanglier qui filent droit vers not'groupe.
Ca hurle d'terreur derrière, mais j'ai pas l'temps d'en avoir quelqu'chose à foutre. J'sens mon instinct qui veut guider mon env'loppe, et vu qu'j'ai l'expérience des minotaures, j'laisse mes pulsions prendre le d'ssus. Tu pares pas des quintaux d'horreur qui t'chargent : t'esquives et tu pries. Alors j'campe sur mes deux jambes, paré à la détente, et j'saute pas trop tôt : faut pas qu'le bestiau puisse changer d'direction au dernier moment. Et quand j'vois ces trois foutues gueules assez près, j'bondis aussi loin qu'j'peux sur l'côté : j'essaie même pas d'me réceptionner propre, faut juste que j'aille loin. J'entends les mâchoires d'loup claquer à quelqu'centimètres d'mon bras, et alors qu'j'roule au sol sur plusieurs mètres, j'entends les hurlements. Y a un matelot embroché sur une défense d'sanglier qui m'regarde avec un air terrifié, genre il m'accuse d'pas avoir encaissé pour lui. Y en a un autre qu'est plus capab'd'émettre les mêmes protestations, écrasé dans l'sol par les sabots d'la chimère dans un concert d'craqu'ments d'os.
L'amiral il perd pas d'temps. Avec deux d'ses hommes, il fonce vers l'flanc vulnérable d'la bestiole pour lui porter un coup : mais cette salop'rie a pas des dents qu'à l'avant. Elle a une queue vach'ment longue au bout d'laquelle y a une tête d'foutu serpent, et l'machin a foncé en un éclair pour mordre les côtes à nu d'un des mat'lots. L'type a hurlé d'douleur et s'est écroulé direct dans la neige - j'sais pas quel genre de venin c'est, mais en trois secondes il était cané pour sur.

Ca fait dix s'condes, et on a d'jà trois morts. Et beh.

J'suis rel'vé, mais la seconde bestiole compte pas m'laisser d'temps mort. Elle est comme la première, mais les tronches diffèrent : cette fois c'qui m'charge, c'est un agglomérat d'lion, d'chèvre démoniaque, et d'lézard encore, mais avec une gueule plus allongée et garnies en dents, et puis des piques partout autour d'la tronche. A l'arrière, y a une énorme queue d'scorpion, du genre qu'tu d'vines qu'il vaut mieux pas qu'elle touche ta chair. Cette fois j'ai personne derrière moi pour jouer les appats, alors je m'la joue pas héroïque : j'détale dans l'même sens qu'la bestiole.
Elle prend d'l'élan et va plus vite qu'moi, mais j'm'en cogne j'vais pas bien loin. J'fonce vers la première qu'est bien occupée à s'secouer pour s'débarasser du mec coincé dans sa défense d'sanglier, et à agiter sa queue vers l'amiral : du coup j'me sers du gabarit idiot d'la bête, et j'me jette au sol à toute vitesse pour profiter d'la poudreuse qui m'fait glisser sous elle. J'ai l'opportunité pour lui foutre un bon coup d'lame dans l'bide au passage, même si j'ai pas l'temps pour viser ou y mettre d'la puissance : contrairement à son dos écailleux, son ventre est bien mou comme il faut et y a d'l'entraille qui tombe derrière moi alors qu'j'continue d'glisser sur la neige.

Y a un trouduc d'marin d'l'aut'côté d'la bête, j'l'avais pas vu à cause du gabarit d'la chimère. C't'abruti est pile sur la trajectoire d'ma glissade, et du coup il m'arrête net dans mon élan. Au début, j'ai envie d'le tuer : mais quand j'vois la deuxième chimère bondir par-dessus sa congénère et l'percuter d'plein fouet pour l'écraser au sol pile là où j'aurais sans doutes fini ma course, j'remercie Ranald en vitesse.
J'ai même pas l'temps d'me rel'ver, que j'me carapate déjà à toute vitesse au loin. J'ai l'air con à faire du quatre pattes et des roulades c'est clair, mais j'suis entre une première chimère qui fait claquer ses dents d'loup pour s'venger du coup dans son abdomen, et d'une aut' qui vient d'piger qu'elle a pas écrabouillé l'bon gugusse tandis qu'elle s'rtourne vers moi. Tout les hommes reculent en vrai, ce s'rait suicidaire d'se r'trouver entre les deux chimères qu's'agitent, et entre les gueules les griffes et leurs queues d'serpent et d'scorpion, y a pas une seule ouverture à exploiter. Et les cris qu'elles poussent et qui résonnent dans l'enceinte d'l'arène, bon sang... J'ai la vessie archi pleine et j'suis à deux doigts d'me pisser d'ssus tell'ment ces monstres géants m'foutent les boules.

Celle qu'j'ai blessé est pas contente. Y a l'cou d'la tête de dragon qui d'vient orange et qui gonfle, et j'ai beau n'pas avoir vu d'dragon dans ma vie, j'ai une mince idée de c'qui va s'passer.

C'était encore pire qu'j'croyais.

La gerbe d'flammes était totalement disproportionnée. Le monstre a balancé un cône de feu d'vant lui, en continu, et ça a englouti trois aut'mat'lots qu'ont hurlé d'douleur tell'ment fort qu'j'crois ça a r'couvert l'bruit d'la foule autour. L'jet est parti jusqu'à la palissade d'épieux, mais elle a pas pris feu - dommage.
J'm'étais rel'vé aux côtés d'l'amiral, et l'dragon continuait d'cracher son jet d'flammes sans s'arrêter, tout en tournant la tête lent'ment vers nous. Cette salop'rie est maligne, elle nous rabat vers sa pote qui s'est déplacée d'quelques pas pour jouer les étaux : y a un marin qu'a tenté d'fuir d'l'enfer du feu pour mieux s'faire croquer toute la partie haute du corps par la tête d'lion d'l'aut'chimère.
Pis Karl s'est pointé. Putain, cet espèce de bœuf est sorti de j'sais même pas où, et il a abattu sa lame géante d'toutes ses forces sur la tronche d'droite, celle à la gueule d'loup. Il a sectionné sa tête, net, en une seule fois. C'est du délire.
J'sais pas s'il avait pigé qu'pendant qu'la tête de dragon soufflait, l'reste d'la chimère était distrait - ou juste si ce gros bourrin a foncé tout droit et a eu du bol, mais en tout cas l'lézard a fermé sa gueule quand il a vu son voisin d'pallier tomber au sol. Malheureus'ment, l'dragon a direct croisé l'regard d'Karl, et il a r'commencé à avoir le cou qui gonfle orange. J'ai cru la dernière heure du cap'taine venue... jusqu'à c'qu'il s'passe aut'chose d'aberrant.
Y a un jet d'eau, genre surpuissant, qu'est parti d'la main d'Liebniz pour filer droit vers la gorge d'cette salop'rie d'reptile, et ça l'a perforé net. Genre, y a un trou en plein centre, là où y avait sa poche de feu, et l'machin s'est r'trouvé à pendouiller lamentablement au sol.

J'l'aurais bien félicité le Liebniz, parce qu'grâce à lui, à Manann, et à Karl, mes camarades d'infortune ont r'trouvé espoir en leurs chances. Malheureusement, j'ai pas eu l'temps : même pas deux secondes après son exploit, il a subi l'même sort qu'sa victime. Un projectile en os v'nait d'lui transpercer la caboche - j'en ai vu un aut'siffler près d'mon bras, tandis qu'un dernier finissait dans l'ventre de Hans, le marin pleurnichard. La deuxième chimère pouvait utiliser ses épines comme armes à distance, et s'était pas gênée pour s'en servir pendant qu'on s'étonnait d'la magie divine du chauve mort. En voyant qu'ces merdes en os étaient en train d'repousser sur sa peau, la transperçant pour lui fournir d'nouveaux projectiles, j'ai vite compris qu'fallait qu'j'm'occupe d'lui avant qu'il nous aligne tous comme des pigeons.

A mon tour d'charger. Sur qu'ça a du la surprendre la bestiole énorme, d'voir un gringalet deux fois plus p'tit qu'elle foncer vers ses tronches. Mais j'étais pas seul : nan, à mes côtés y a Leopold et la gonzesse aux deux lames. Putain, elle est folle d'rage : elle gueule comme une tarée, et pas genre du hurlement strident d'fillette, nan, elle beugle comme une lionne en furie.
Quand on arrive au contact, direct l'machin nous bondit d'ssus, tous ses crocs dehors, même les ptites incisives merdiques d'la gueule d'chèvre. Mais même s'il a trois têtes il peut bondir qu'd'un côté à la fois - on s'est assez espacés pour s'assurer d'ça. Vu qu'la donzelle faisait plein d'bruit, ça a du attirer son attention car c'est sur elle qu'il a sauté : j'ai agréablement pu constater qu'elle avait d'sacrés bons réflexes, esquivant immédiatement sur l'côté pour éviter les griffes du monstre.
Ainsi, Leopold et moi on s'est r'trouvés sur l'flanc pendant qu'la brune était d'face. Elle frappait pas, mais elle s'mettait exprès à portée des griffes et des crocs d'la tête d'lion et d'bique, afin d'garder l'attention du monstre sur elle. Elle gérait bien, mais pas sur qu'elle tienne longtemps la cadence : Leo et moi on d'vait assurer en vitesse.
J'saisis mon épée d'mes deux mains, et quand la queue d'scorpion s'abat sur moi, j'suis prêt. J'dévie l'premier coup en frappant pile au bon moment sur la pointe venimeuse, puis j'abat ma lame le long de l'appendice. En vain, cette merde est caparaçonnée sur toute sa longueur dans une succession de plaques chitineuses, ma lame r'bondit juste. D'autres attaques foncent vers moi en ligne droite : chaque coup est mortel, mais la chimère a un délai d'une p'tite seconde entre chaque frappe, pour rel'ver sa queue qu'est plutôt lourde. Du coup, ça m'laisse le temps d'comprendre ses mouvements, et d'mieux anticiper. J'esquive un troisième coup, et pare l'quatrième en interposant ma lame. L'impact est violent, la chimère a une sacrée puissance, j'en ai des fourmis dans tout l'bras. J'sais pas qui d'la brunette ou moi va crever l'premier dans ce duel d'endurance.
Mais Leopold a assuré. Lui il a trouvé une ouverture, et l'ouverture, c'est sa masse en fer droit dans les dents du crocodile. Putain la chimère a gueulé, et s'est r'tourné d'un bloc toute entière vers lui pour s'venger : Grosse erreur, parce que du coup la gamine en a profité pour planter sa rapière jusqu'à la garde dans la tête d'chèvre.
Cette salop'rie avait néanmoins un bon instinct d'survie. Elle s'est mise debout sur ses pattes arrière, et du haut d'ses quatre mètres elle s'est mise à envoyer des coups d'griffes dans tous les sens - plus moyen d'l'approcher. Pire qu'ça, sans prévenir elle a bondi en avant, sur un Leopold qu'avait pas ma vitesse. Il a tenté d'bloquer l'coup avec son marteau, mais il a mal positionné son arme et les griffes du monstre s'sont plantées dans son épaule avec tell'ment d'force qu'ça lui a littéralement arraché l'bras. Il a hurlé comme un dément, mais pas longtemps : la chimère a pas perdu d'temps, et un aut'coup d'griffe lui a cette fois arraché l'visage pour l'tuer net.

Le public hurle d'joie. Tu m'étonnes. Putain Leopold, si t'avais pas été charpentier, qu't'avais entraîné ton talent naturel au lieu d'causer aux bateaux, t'aurais pu l'esquiver ce coup. T'fais chier, merde.

On tiendra pas à deux cont'cette bestiole, alors j'profite d'l'occasion de suite. J'dévie un nouveau coup d'la queue d'scorpion, et au moment où elle s'rétracte, j'saute en avant pour taillader les tendons d'une patte arrière d'la chimère. En vrai c'était suicidaire : si j'm'étais raté, j'aurais plus été en posture pour m'défendre du coup d'queue suivant. Mais ça a marché, la bestiole a beuglé et s'est écroulée sur elle-même. Avec trois pattes intactes, elle tenta d'se rel'ver en vitesse, mais ma camarade a saisi l'occasion dans la foulée, transperçant la tête de lion à son tour avec l'épée qu'avait d'jà croisé la cervelle de chèvre. Chancelante, la chimère n'avait plus qu'une tête encore capable de diriger son corps, et cela semblait compliquer ses mouvements, tant ils devenaient tous incohérents ; même ses coups d'queue dev'naient prévisibles à contrer. La fille et moi on a sauté sur l'occasion, et on a lardé d'nos épées l'cuir d'cette bestiole, jusqu'à ce qu'elle arrête enfin d'remuer.

Haletant, tremblant, j'ai r'gardé vite fait l'arène. D'l'aut'côté, l'amiral et Karl, avec l'aide de deux mat'lots encore en vie, avaient eux aussi vaincu leur abomination. Ma guerrière à moi est r'couverte d'sang noir, des pieds au visage, et elle a une griffure superficielle qui va d'sa clavicule jusqu'à son sein gauche, mais global'ment elle est en pleine forme. Par contre, elle a un r'gard qui fout franch'ment la trouille. En tout cas, j'retiens que j'peux compter sur elle pour la suite.

Dans les gradins ça huait sévère. Faut dire qu'y a une bonne moitié d'types peints en jaune : j'sais pas c'qu'on parie chez les norses, sans doutes des coups de haches dans la gueule, et si c'est l'cas y en a qui vont s'réveiller avec un sacré mal d'crâne demain. Mais y a aussi des gens qui nous acclament, qui sont impressionnés par l'combat et nous r'mercient du spectacle.
Moi j'suis content. Ca m'fait mal d'l'avouer, mais ça m'manquait un peu d'être là. La mer c'est calme, trop calme, pis j'étais qu'un anonyme, un pauvre sous-officier muet dont on s'fout total'ment. Etre la Tempête, entendre les clameurs, avoir tous les r'gards braqués sur moi... la gloire, c'est une drogue difficile à oublier. Pis là c'est pas des péquenots de l'empire qui s'extasient d'mes prouesses, c'est des norses, des gros bras, des tarés qui passent leur vie au combat. Qui sait, si j'survis, peut-êt' qu'ils m'prendront parmi eux ? J'pourrais vivre d'pillages et d'carnages j'pense : maman s'rait pas fière d'moi lorsqu'elle m'regard'rait d'puis les jardins, mais merde, j'ai pas envie d'la r'joindre. J'y peux rien si j'suis fait pour le combat, si j'ai ça dans l'sang. Fallait pas m'laisser toutes tes dettes maman, t'm'as sauvé d'ma maladie mais pour m'condamner à une vie faite d'sang et d'douleur, ça s'ra d'ta faute si j'me r'trouve à faire toujours plus d'mauvaises choses.

Mais bientôt, un aut'vacarme r'couvre les clameurs : ça commence un peu sourd, des impacts dans l'bois, et peu à peu tout l'monde s'y met : ça frappe d'son arme et d'sa botte sur le sol, tous en rythme, avec la régularité d'un métronome. Les impacts synchronisés sont des percussions qui résonnent dans toute l'enceinte d'l'arène, c'est édifiant, et en plus, ça fait trembler si bien toute la structure qu'on jur'rait qu'les cadav'res d'bateaux vont arrêter d'défier la physique et s'écrouler les uns sur les autres.

Y avait pas l'temps d'se congratuler d'sa première bataille gagnée. Pas d'entre deux tours, ou d'entractes pour grignoter un épi d'maïs. Déjà la grille du fond s'rouvrait, et laissait apparaître l'problème suivant sous les clameurs d'une foule en délire. Si les chimères c'était l'échauff'ment, j'ose pas imaginer la suite.

Y a six figures qu's'approchent. Bon, la bonne nouvelle, c'est qu'elles font taille humaine celles-là. La mauvaise, c'est qu'c'est des druchii. C'pas au visage que j'les r'connais, parce qu'elles ont toutes un vilain masque doré r'présentant un démon souriant d'tous ses crocs. Nan, c'est à cette vilaine manie d'se balader quasi à poil. En tout et pour tout, chacune portait un p'tit bout d'tissu violet rehaussé d'or pour sout'nir leur poitrine, une fine ceinture dorée maintenant un genre d'pagne améthyste, un seul gantelet sur l'avant-bras, quelques bandes d'cuir serrées autour d'leurs cuisses, et une paire d'cuissardes noires qu'remontent au d'ssus des genoux, renforcées par des plaques en or asymétriques. Après, chacune a ses p'tits détails fantaisie, genre un piercing au nombril, un bout d'or planté dans la cuisse, d'jolies lacérations sur les fesses, ces trucs carrément affriolants, si on aime l'genre fouet et domination.

Pire qu'des druchii, c'est des sœurs du massacre. J'connais, parce que dans l'milieu d'la gladiature on a des rumeurs sur ces gonzesses elfiques. Parait qu'dans leur société, c'est des folles qui prient un dieu vagu'ment honorable, ou en tout cas qui leur enseignent à s'battre plus ou moins dans les règles d'l'art. Bon, elles te réduisent en charpie, t'arrachent la tête et lèchent tes tripes par provoc', mais elles font ça honorablement. Et c'est un peu leurs championnes d'arène à eux.

Et ben on est pas dans la merde.

Elles ont toutes l'torse peint en bleu, et portent un genre d'bouclier en main gauche : un p'tit écu, cinquante centimètres de large maximum, avec un côté garni d'pointes en métal doré. En r'vanche, elles ont des armes différentes. J'vois deux fouets s'finissant par une pointe en or, deux rapières, et deux genres d'faucilles.

Elles s'positionnent en ligne et s'avancent vers nous, armes au clair mais pointées vers le sol. J'comprends vite leur p'tit manège : elles sont six, nous aussi, elles veulent s'la jouer duellistes. C'est plutôt à mon avantage : elles sont toutes compétentes alors qu'du côté d'mes camarades, y a des défaillances. J'préfère les affronter une à une qu'devoir en gérer plusieurs à la fois. L'amiral semble avoir eu un raisonn'ment similaire puisqu'il donne l'ordre d's'en faire une chacun - comme si ses deux mat'lots à ses côtés avaient la moindre chance, mais ça il leur dit pas.

On s'sépare en six groupes d'deux assez naturellement, chaque couple se trouvant un coin d'l'arène où il s'rait libre d'bouger. Moi, j'reste près d'mon cadavre d'chimère : j'aime bien pouvoir improviser au combat avec mon environnement, et c'est pas en j'tant d'la poudreuse sur son masque que j'vais impressionner ma sensuelle adversaire.

J'savais pas trop qui d'vait attaquer en premier : elle s'contentait d'm'observer à un mètre d'distance, immobile, sans l'ver sa faucille. Et j'sais pas si c'est parce qu'c'est une femme, mais j'me sentais pas d'ouvrir l'bal sans son autorisation. Heureusement, l'bruit d'un gros cor d'chasse a fait cesser l'boucan répété des bottes sur l'bois, et a également résolu mon trouble : après quelques secondes à entendre le son odieux de l'instrument, il se tut enfin, et la sœur du massacre se rua en avant.

Elle avait la même vivacité qu'la queue d'serpent d'la première chimère : en deux foulées elle était sur moi, et réalisait une première frappe d'sa faucille. Mais j'connaissais la réputation d'ces furies, et j'l'avais pas sous-estimée : j'm'étais préparée à pareille vitesse, et j'ai esquivé d'un pas d'côté, contre-attaquant aussi sec. Elle contra ma riposte avec son bouclier, pour aussitôt tenter d'me déstabiliser en m'poussant avec. Pas en arrière, estoc. Elle croise les bras sur sa poitrine, et la pointe d'ma lame se fiche dans son gantelet métallique. Sa faucille s'abat, je plonge vers elle pour la déstabiliser. Coup d'épaule dans son plexus, elle tombe en arrière. J'crois avoir un avantage, mais elle maîtrise à la perfection sa chute, et profite de l'élan pour m'envoyer ses jambes dans les côtes et m'faire valser par dessus-elle. J'm'écrase au sol sur le ventre, et roule aussitôt sur moi-même pour la voir plonger sur moi : j'ai tout juste le temps d'interposer ma lame pour bloquer l'coup d'faucille qui fonce sur mon visage. Sa botte tente d'exploser mes couilles, mais les norses ont eu la politesse de m'laisser ma coquille : j'en profite pour capturer son pied entre mes cuisses et lui faire une clé avec mes jambes. J'tire d'toutes mes forces d'un grand coup sec, et ma prise fonctionne : déséquilibrée, elle tombe à la renverse. Sa cheville prisonnière, je tente de planter ma lame dans son mollet, mais j'ai sous-estimé son agilité : aussitôt basculée d'côté , elle s'était réceptionnée avec ses bras sur l'sol et m'envoyait son second pied droit dans la tronche. J'ai senti mon nez craquer, et la douleur m'a fait perdre ma concentration, m'faisant r'lacher ma prise.

On s'est tous deux rel'vés pour s'observer. J'ai taté mon nez en vitesse, pour remarquer qu'il n'était clairement plus orienté dans l'bon axe : elle m'avait carrément pété l’arête, j'pissais l'sang, et ma respiration était difficile. Ca faisait un mal d'chien putain.

J'résiste à la curiosité d'regarder comment les aut' s'en sortent. J'peux pas m'déconcentrer maint'nant.

Cette folle me jette sa faucille à la tronche !

J'ai à peine l'temps d'esquiver, et j'sais même pas comment mon corps d'primate a eu l'réflexe d'esquiver ce projectile qu'j'ai pas vu arriver. Ca griffe ma joue au passage, un vrai miracle qu'ça m'ait pas percuté la tête tant c'était parfait'ment visé. J'réfléchis même pas davantage : la druchii a voulu jouer l'tout pour l'tout, et elle avait échoué. Maint'nant désarmée, j'allais la défoncer : j'cours vers elle, décidé à en finir.

Quand j'vois son mouvement vif vers l'arrière, son poing serré qu'elle ramène vers elle en tirant d'toutes ses forces, j'comprends mon erreur. J'vois dans la périphérie d'ma vision les p'tits filins dorés. Et j'sens cette salop'rie d'faucille s'planter dans mon omoplate.

Pétasse. Tu parles d'honneur.

J'suis en furie. Si tu crois qu'tu vas arrêter la Tempête avec un truc aussi con sale pute, c'est qu't'as jamais du affronter qu'des fiottes elfiques jusqu'là. Ouais tu m'as défoncé l'nez, griffé la joue, planté l'dos, et j'parle même pas de c'qui a failli arriver à mes couilles. Elle tire à nouveau, et j'sens sa putain d'faucille fouiller ma peau, tenter de r'ssortir pour rev'nir dans sa main. C'est mort pétasse. D'un geste, j'chope son arme par l'manche sur son trajet retour. A moi d'tirer un grand coup.
Elle l'a pas vu v'nir celui-là, et l'impulsion la projette en avant. Elle sait s'réceptionner, direct elle tombe sur ses mains et prend appui pour faire un putain d'salto dans ma direction. Elle a plus d'arme, mais déjà son poing file comme l'éclair droit vers ma face.
J'me bouge par réflexe, j'esquive d'un pas d'côté - putain j'ai bien fait d'pas bloquer ça avec mon corps, y a une lame qu'est sortie d'son gant'let, j'y aurais perdu un bras direct.
J'ai beau avoir sa faucille et mon épée contre ses dix p'tits centimètres d'acier, la taille ça fait pas tout. Elle bouge vraiment vite cette enfoirée, et y a son masque qu'a l'air d's'foutre d'ma gueule à chaque fois que j'la rate. Pis elle joue pas qu'du couteau, elle a un jeu d'jambes d'folies, et plus d'une fois son talon s'est enfoncé dans mon torse après qu'j'aie bloqué un coup de lame ; et j'parle pas d'son p'tit bouclier qui lui sert à parer, à m'cogner, et même à m'planter grâce au côté avec des pointes.
J'ai beau être en rage, ça suffit pas à contrer sa dextérité. Elle bouge tellement, y a pas une ouverture dans ses mouvements. C'est carrément d'la provocation, elle est quasi à poil, un seul coup la trancherait en deux net, et pas moyen d'l'effleurer alors qu'son petit couteau a déjà fini deux fois dans mon bras quand j'ai manqué d'vigilance, et l'coin pointu d'son bouclier est v'nu taquiner mes côtes quand j'ai eu l'malheur d'croire avoir décelé une faille dans sa défense.

Fais chier, j'ai pas l'choix. A l'usure elle va m'buter, et ça sert à rien d'prier pour une ouverture, elle m'en laissera pas. Faut qu'j'prenne des risques, que j'tente un truc idiot.
On échange quelques coups pour la forme. Comme d'habitude, sa p'tite lame sert surtout d'distraction : selon mes parades, elle enchaîne sur un coup d'pied ou d'bouclier. Et là, j'change mes blocages habituels : j'lui laisse une ouverture droit vers mon cœur. Elle peut pas résister, cette malade s'rue en avant, tentant une attaque d'estoc avec sa souplesse d'serpent pour aller droit vers mon organe vital. J'réagis au quart d'tour : j'lache mes deux armes, et j'bloque son bras à la volée entre les miens.

J'sens sa lame dans ma poitrine. Mon mouvement avait un tout p'tit peu d'retard, elle a foutu quelqu'centimètres d'métal dans mon dedans. J'sais pas si c'est allé jusqu'au cœur. J'ai peur qu'oui. Putain d'merde j'vais pas survivre.

MAIS TOI NON PLUS PÉTASSE.

J'lui fais une de mes clés préférées. J'lui tord le bras comme jamais d'un coup sec. Elle est toute fine mais elle est musclée la fillette, ça résiste bien, mais j'exerce une pression à laquelle elle peut pas endurer longtemps. J'l'entends qui gueule d'douleur - elle m'envoie son bouclier dans la gueule à deux reprises. Putain ça m'déchausse une dent, et les pointes m'arrachent des morceaux d'joue, mais j'm'en bat.

CRAC.

Et voilà salope.

Elle s'en fout d'la douleur cette malade. Putain elle hurle pas parce qu'elle a mal, mais parce qu'elle a la même rage qu'moi. J'vois ses yeux à travers le masque d'or, j'entends l'rire nerveux à travers son hurlement, elle prend du plaisir cette malade. J'lui ai pété l'bras en deux et elle adore.

J'comprends. J'm'éclate aussi. J'vais crever, mais j'm'éclate.

Elle se rue sur moi, m'percute d'plein fouet et on part à la renverse. Ca d'vient n'importe quoi. Ni elle ni moi on a d'armes maint'nant, elle a lâché son bouclier pour y aller au poing - y a un cerclage doré autour d'ses phalanges, ça fait des impacts horribles dans ma trogne déjà bien abîmée. Nos jambes s'croisent et s'entrecroisent, on s'fout des coups d'talons et d'genoux dans tous les sens. On est tell'ment collés serrés, trempés d'graisse et d'sueur, à moitié à poil l'un et l'aut', que j'sais plus si on veut baiser ou s'buter.
Elle a un bras en moins, mais mon propre bras gauche répond plus très bien aux ordres que j'lui donne avec tous les coups et taillades qu'il a ramassé. Quand j'ai réussi à la prendre par l'cou pour lui éclater la tronche au sol, faisant valdinguer son masque au loin, j'ai cru avoir pris l'avantage : mon cul ouais. Cette malade m'a montré, derrière tout l'sang qui lui coulait du front, l'plus beau sourire qu'une femme m'ait jamais fait, avant d'utiliser ces mêmes dents radieuses directement sur mon torse, pour choper mon téton ent'ses incisives et l'sectionner, puis d'un seul geste d'la nuque, tirer si fort qu'elle a arraché l'peu d'peau qu'tenait encore.

J'vais pas mentir, j'ai gueulé comme un putois.

Elle veut cogner les zones érogènes, c'est d'accord. J'lui envoie un coup d'genou dans son entrejambe avec assez d'fougue pour m'assurer qu'aucun enfant descendra jamais d'sa vie par là, puis j'me débat comme un diable pour faire pleuvoir une avalanche d'coups. J'ai fini par réussir à rouler par-dessus cette pétasse, et j'en ai profité pour lui écraser son p'tit poignet encore valide sous mon genou dans un vilain craqu'ment, et j'l'ai immobilisée avec mon propre poids sur son thorax. Dans mon dos, j'sentais ses genoux multiplier les impacts dans ma colonne tandis qu'elle s'agitait comme un putain d'serpent pour échapper à mon emprise. Mais toute agile que t'es, j'pèse mon quintal ma jolie.
J'lui envoie un crochet du droit dans la gueule, mais cette malade arrive encore à m'surprendre. Elle intercepte mon poing avec ses dents. Pas genre jolie formulation pour dire que j'lui démolis les molaires, non, genre alors qu'l'impact aurait du lui ravager la joue, elle a tourné la tête et a laissé ses incisives ramasser les dégats, pour qu'celles qu'j'ai pas déchaussées au passage s'plantent maint'nant dans mes doigts.
J'deviens fou. J'arrache ma main d'ses ratiches, malgré la douleur dans mes doigts perforés d'toutes parts. Et j'lui démonte le visage. Coup après coup, j'cogne jusqu'à lui enfoncer son p'tit nez mignon dans son crâne, jusqu'à c'que ses yeux soient plus qu'un tas d'pulpe sanglante, qu'ses dents finissent plantées dans sa gorge, et même si mes phalanges sont aussi pleines d'son sang qu'du mien, j'cogne, encore, encore, encore. J'entends des os qui craquent d'toutes parts, j'vois ses mâchoires explosées, celle du bas qui pendouille lamentablement, et la flaque rouge qui grandit sous ses ch'veux.
Quand enfin j'm'arrête, y a plus rien d'reconnaissable sur c'visage. C'est un tas d'chair détruite. Mais j'suis pas encore satisfait. J'entend la foule en délire dans les gradins, j'sais qu'ils sont extatiques d'la victoire qu'j'viens d'acquérir. Putain j'ai mal partout, mais j'm'en bat - si ça doit êt' mon dernier spectacle, j'vais finir grand seigneur : je m'relève tant bien qu'mal, j'baisse mes chausses et j'vire ma coque, et j'me vide la vessie sur cette pétasse. J'avais un litre dans l'corps, j'lui met l'tout sur sa jolie poitrine exposée, avant d'lui remplir l'trou béant ensanglanté qu'est sa bouche ouverte. C'est assez honorable pour toi, ma sœur ?

Pis j'm'écroule au sol. J'me marre tout seul. Rah la vache, y a encore un tour après. Pas moyen qu'j'bouge mon cul du sol. J'vois l'amiral au loin, pis une sœur du massacre, qui sont à quelques mètres l'un d'l'autre, tranquill'ment assis genre ils pourraient prendre l'thé ensemble. Apparemment les vainqueurs s'tapent pas d'ssus, ils attendent qu'tout l'monde ait fini. J'peux pas dire pour la druchii qu'a encore son masque, mais l'amiral me r'garde bizarre. L'enfoiré a quelques marques d'fouet sur l'torse, mais il est en bien meilleur état qu'moi - ma dignité m'oblige à croire qu'son elfe était moins hargneuse qu'la mienne. Pas moyen qu'un nobliau gère mieux qu'le roi d'la gladiature que j'suis.

J'ai tell'ment mal partout, l'froid d'la neige sur mes blessures ça m'fait un peu oublier. J'réunis un ptit tas d'poudreuse avec une main, et j'enfonce mon visage dedans. La vache j'ai tell'ment morflé. Mon nez est défoncé, j'ai une joue qu'a la chair en ruines à causes des épines d'la folle, mon bras gauche est plein d'sillons sanglants et d'ecchymoses, j'ai l'poing droit en bouillie, mon torse est perforé à deux endroits, j'ai une omoplate qu'a pas oublié la faucille qu'est v'nue lui rend'visite, et y a du sang qui coule à flot d'mon téton manquant. Quant à mes guibolles, elles ont pris tell'ment d'coups pendant qu'on roulait au sol qu'elles doivent être bleues d'bas en haut.

Quelle merde. Ca m'bottait bien, moi, d'dev'nir un norse. L'pillage, l'butin, l'combat, les femmes, tout ça. J'aurais prié leurs dieux bizarres s'il fallait, j'm'en fous. Bon, en vrai, j'affabule, m'est avis qu'même en gagnant tous leurs combats, au mieux c'est pour ces mêmes divinités qu'j'aurais été offert en sacrifice ou une conn'rie du genre. Mais même, ça m'aurait plu d'finir sur une victoire totale, d'ressusciter ma gloire passée juste quelques minutes.

J'me r'tourne au sol, pour m'mettre sur l'dos. J'ai envie d'voir les étoiles, j'veux pas crever la tête dans la neige. Mais au lieu du ciel, c'est la fillette qu'j'vois. Elle a ramassé aussi, elle a une taillade du front au menton, ça lui a défoncé un œil, c'est ignoble à voir. Elle s'tient l'aine, y a du sang partout sur sa main qui coule l'long d'sa jambe. Et c'pas l'pire, y a aussi son sein qu'est dev'nu, genre, noir dégueulasse tout autour d'la griffure d'la chimère, avec tout un réseau d'vilaines veines qui pulsent r'montant vers sa gorge - forcément cette salop'rie avait du venin dans les griffes en plus d'la queue. La fille m'regarde l'air dur, et m'tend la main.

Vas-y, fais pas chier, tu vois bien qu'j'peux plus bouger. Et t'es condamnée avec l'poison, alors fais pas ta brave, putain.

J'grommelle dans ma tête, mais j'prends sa main quand même, j'serre les dents, et j'me r'lève. J'suis poli d'vant la dame, j'remet ma coque et mes chausses - avec l'froid, j'suis pas à mon avantage d'toutes façons.
J'jette un œil aux gradins. La foule est en délire d'partout, ça beugle des trucs, ça s'bat et ça s'cogne déjà dans tous les sens. Dans l'arène, on a peut-êt'fini, mais eux on les a motivé à nous imiter, y a pas une ruine d'bateau sur laquelle on peut pas voir un groupe d'norses qui en tabasse pas un autre. Y a des groupes peints en rouge qui gueulent "OUH ! OUH ! OUH !" en rythme, tandis qu'ils s'couent leur poing en l'air - j'crois c'est des encouragements.

J'ai des échos du passé qui m'reviennent. A une époque où j'me t'nais là, au centre, fier comme un coq, et qu'j'entendais "LA TEMPEEEEETE !" scandé par les foules après mes combats. Putain j'étais l'roi à l'époque. C'était une conn'rie d'arrêter, j'étais bon qu'à ça, j'aurais pas du m'mentir à moi-même, qu'genre j'allais mener un train d'vie respectable. J'aurais du dire au spectre d'maman de m'foutre la paix, et m'avouer plus tôt qu'ma came à moi, c'était ça, c'était cette extase d'la foule à qui j'ai offert l'bain d'sang qu'elle désirait. Y avait mon nom sur toutes les lèvres d'Marienburg, et là j'vais crever dans un trou d'nordiques qu'savent même pas comment j'm'appelle. Putain, la fillette a eu raison d'me rel'ver, j'veux pas mourir comme ça. Faut j'tente un dernier truc, une action d'éclat, quelqu'chose qui rest'ra dans les mémoires, avant d'y passer.

Bon, on fait les comptes. Y a l'amiral, la fille, et moi. Karl et les deux mat'lots ont pas survécu. Trois-trois, match nul, balle au centre. La fillette et l'amiral se r'gardent d'un air franch'ment mauvais - j'suis sur y a un passif entre eux, mais là de suite, j'pourrais pas m'en cogner davantage d'leurs histoires. Les sœurs qu'ont survécu nous font une courbette polie, avant d's'éloigner en roulant du cul vers la herse qui s'rouvre pour elles. Sigmar soit loué, j'aurais pas survécu à une autre de ces folles en duel singulier. A dire vrai, vu mon état, même un enfant d'six ans avec une épée en bois pourrait m'démolir. J'suis d'bout juste parce que ça m'f'rait chier d'avoir été moins bon qu'un cul torché et qu'une gonzesse.

Y a un moment d'flott'ment, où on s'tient là tous les trois comme des cons, à attendre not'fin sans trop savoir si elle viendrait. Dans les tribunes ça tournait à la baston générale, limite plus personne en avait quelqu'chose à fout' des gladiateurs. Presque vexant, sérieux - vu leur propension à s'cogner d'ssus, c'est à s'demander à quoi ça leur sert d'regarder des étrangers l'faire à leur place.

Mais l'cor a fini par r'tentir à nouveau, et d'un coup d'un seul ça les a tous calmés. La grille s'est ouverte encore une fois, et une seule figure en est sortie. Un homme, un nordique torse nu avec peinture verte, un peu vieux mais carrément imposant, r'couvert d'tatouages ésotériques, aux yeux blancs laiteux, à la barbe grise et aux longs ch'veux filandreux attachés derrière sa tête. Tenant d'une main une guisarme, il s'approcha nonchalamment de nous, dans l'silence l'plus total. C'est cette absence d'bruit qui m'alerta sur l'identité du norse : pour qu'pas un seul d'ses congénères ose mouch'ter, c'est soit leur champion, soit leur chef, soit les deux à la fois.

Le robuste vieillard nous pointe avec son arme, avant d'beugler quelques mots en reikspiel articulé avec trop d'exagération pour qu'ce soit pas un peu ridicule.

- SI ME BATTRE... VOUS DEVENIR... CHEF.

Et il conclut sa déclaration par un gigantesque sourire, du genre à nous dévoiler même ses dents du fond.

Tu m'étonnes qu'il fait l'fier. Son effet d'style, c'est juste pour nous motiver à donner l'meilleur d'c'qu'il nous reste pour la foule, pour nous donner un vague espoir qu'aliment'ra not'fougue. Aucune chance qu'ses mots soient vrais...

Et pourquoi pas après tout ? De c'que j'sais des norses, dans leur société, c'est la force qui prévaut. Les deux premiers tours de l'arène ont écrémé les combattants, et l'chef s'bat contre c'qui vaut la peine d'êt'combattu. S'il les tue, il réaffirme sa virilité et sa puissance, s'il échoue, alors c'est qu'son adversaire mérite d'prendre sa place. J'pourrais presque y croire. Merde alors, j'm'imagine trop à la tête d'cette armée d'tarés. Moi j'pensais qu'au mieux si les dieux étaient avec moi, les norses m'rendraient ma liberté pour qu'j'crève dans la steppe glacée, ou qu'à la rigueur ils m'permettraient d'me battre à leurs côtés dans un raid. Mais diriger ces tarés ? Ça s'rait l'pied. J'm'imagine trop charger à leur tête, tandis qu'ils scandent mon nom. L'arène, ce s'rait l'monde entier. J'aurais plusieurs femmes, des esclaves, des combats, j'prendrais c'que j'veux où j'veux.
Y a pas beaucoup d'chances que c'vieux débris ait dit vrai, mais si y a juste une infime probabilité qu'on m'mette l'cul sur leur trône parce qu'j'lui arrache la tête, ça s'tente.

J'récupère mon épée, et instinctiv'ment avec l'amiral et la fillette, on s'met en triangle autour d'lui. Il laisse faire, limite il s'en fout. C'est dire s'il a la confiance.

Quand l'cor sonne à nouveau, on charge tous les trois d'concert. Le vioque réagit au quart d'tour, et fait tournoyer son arme au d'ssus d'lui pour nous t'nir à distance - l'machin a une sacrée portée, et j'suis plus franch'ment assez vif pour tenter la première approche. L'amiral en r'vanche, il hésite pas - il a sa hachette runique dans une main et une rapière druchii dans l'aut', et du coup il balance la première vers l'norse, sans stopper sa charge pour autant. L'vieux a des réflexes d'enfer, il a pivoté sur lui-même direct, la hachette l'a frolé pour aller s'planter quelques mètres derrière moi. Même pas ça l'a perturbé dans ses mouv'ments d'guisarme, et derechef il stoppe les moulinets pour envoyer sa pointe droit vers l'amiral. L'noble s'y attendait sur'ment, car il bondit direct d'côté : la fillette et moi on a not'ouverture alors on fonce par les flancs. Faut croire c'était un peu trop prévisible aussi, car immédiat'ment il a rabattu son arme en arrière d'une seule main, l'manche en bois finissant droit dans mes côtes, et d'l'aut'main il a dégainé l'couteau qu'l'avait à la ceinture, bloquant les deux lames d'la brunette sans sourciller.
J'crache un poumon sous l'impact - d'jà qu'avec mon nez pété ma respiration est en galère, là ça s'arrange pas. La fillette tente d’enchaîner, mais elle s'prend un coup d'boule qui la fait r'culer d'un pas. Tous les deux, on a trop mal, on bouge trop l'ent'ment, alors qu'le vieux est vif comme s'il avait vingt ans.

Not'seule chance c'est l'amiral. Faut qu'on inverse les rôles : à nous d'lui créer une brèche pour qu'il l'exploite.

Il r'met son couteau à la ceinture, r'commence les rotations avec la guisarme, et nous sourit pour nous défier d's'approcher. Fifille m'fait un hoch'ment d'tête tandis qu'j'ramasse la hachette d'l'amiral au sol. Elle y r'tourne, ses deux lames au clair. Putain elle est folle, mais j'y vais. Elle est la plus proche d'nous deux, donc l'vieux oriente ses moulinets vers elle pour lui décrocher la tête. Et CLAC, elle intercepte son arme, pile entre ses deux épées croisées. L'impact est si violent qu'elle en perd l'une d'ses deux lames au sol - l'norse a une force délirante, j'l'ai bien senti dans l'coup d'pommeau d'tout à l'heure. N'empêche qu'les rotations sont interrompues à nouveau, et j'suis à portée tout comme l'amiral. Mais il s'en bat le vieux. Il s'jette en avant sur la brunette, faisant coulisser l'bois d'son arme l'long d'sa lame, et la pique s'plante droit dans son épaule. Il y a mis une telle puissance qu'elle tombe en arrière en hurlant et s'aplatit au sol, et lui il s'arrête pas : l'acier fermement planté dans sa chair, il utilise son arme comme une perche pour s'propulser par-dessus elle.

Il s'réceptionne comme une fleur, et r'garde l'amiral et moi en s'marrant. La brunette a un énorme trou dans l'épaule droite, elle s'vide d'son sang dans la neige en beuglant d'souffrance. C'est bouclé pour elle.

J'sais pas pourquoi, ça m'rend fou. J'la connais même pas c'te fille, elle est même pas vraiment jolie, mais merde la rage qu'elle avait, la colère dans ses coups, c'était beau à voir, y avait un truc sauvage qu'était fascinant.

J'fonce sur l'vieux. Même pas il joue des moulinets, apparemment ma charge débile l'fait rire. Il rigole pas longtemps quand il comprend qu'même blessé, j'ai d'la technique. Il m'pare à répétition avec l'manche d'sa guisarme qu'il tient à deux mains, puis systématiqu'ment il tente d'me r'pousser en arrière. Rien à fout', je pousse comme un sourd quitte à m'bouffer des coups dans les côtes et la tronche. Mon bras gauche tient plus la cadence, il est vraiment trop défoncé, pis l'ambidextrie ça a jamais été mon fort - alors j'lâche mon épée, et j'prends la hachette avec mes deux mains. D'un bon coup d'épaule j'fais r'culer l'vioque, et direct j'abat ma hache vertical'ment d'toute ma puissance.
Comme d'hab', ce connard bloque malgré ma force. Il a des muscles, c'est du délire, j'suis sur en temps normal, même si j'y met toute ma puissance, il l'aurait paré sans broncher. Mais là, y s'passe un truc de dingue - les runes sur la hachette d'l'amiral, elles s'mettent à luire en bleuté, et y a une putain d'onde d'choc qui s'produit à l'impact, un truc qui s'fait soul'ver la poudreuse sur des mètres.

J'ai fendu son arme en deux. Sa putain d'guisarme, coupée net.

Moi, j'suis sur l'cul, j'savais pas qu'la hachette d'l'amiral pouvait faire un truc pareil. Mais alors l'norse, il a d'jà du en voir d'autres, parce qu'il improvise à une vitesse surhumaine : direct, il m'voit ébaubi avec mon arme qu'a fini sa trajectoire vers l'sol, il raffermit sa prise sur ses deux morceaux d'bois, et il s'projette sur moi pour m'les enfoncer dans l'thorax.

L'bois pénètre super profond dans mes côtes, des deux côtés. J'arrive même pas à hurler, tant l'bruit qu'j'veux émettre s'étouffe dans un gargouillis dans ma gorge. J'bascule en arrière, j'controle plus rien putain. Juste, j'ai mal, j'ai tell'ment mal, et ça obstrue mes pensées.

Cette fois c'est foutu. J'crache des gerbes d'sang au sol - nan, même pas j'ai la force d'cracher, juste ça s'écoule d'ma gueule entrouverte entre deux quintes d'toux. L'vieux finit même pas l'travail, y m'laisse là, étalé, avec ses deux morceaux d'arme plantés dans l'bide.

J'vois du coin d'l'oeil qu'l'amiral s'est décidé à bouger. Cet enfoiré aurait pu v'nir m'aider mais il avait préféré rester au loin. J'le vois vir'volter maint'nant - la vache il bouge carrément bien, c'est impressionnant. J'suis plus en état d'dire s'il est meilleur qu'moi ou pas, mais avec sa p'tite rapière il s'bat cont'le vieux qu'a piqué la hache runique, en prenant bien soin d'esquiver plutôt qu'parer. C'est hallucinant ce qui s'déroule sous mes yeux, c'est deux titans qui s'battent, deux surhommes aux mouv'ments inhumains. Dire qu'j'croyais avoir un don - nan, moi j'suis une fiotte par rapport à ces deux dingues. L'vieux est comme un putain d'lion, aussi vif qu'puissant, mais l'amiral il s'agite comme la druchii, il a des réflexes qu'semblent improbables, il devine les coups, les anticipe, et riposte avec fougue.

J'sens qu'mon esprit veut s'tirer. La douleur s'efface, et l'oubli m'appelle. Putain j'vois flou, vraiment flou. J'me mords les joues d'toutes mes forces, j'tente d'raviver la douleur. J'veux rester encore un peu, juste un peu, fais pas chier Morr, j'demande juste quelqu'minutes, c'est l'meilleur combat d'gladiateurs du monde là, j'veux pas l'rater.

J'dérive.

J'use tout c'qui m'reste d'volonté pour rev'nir à moi. Putain c'est dur, j'en peux plus, tout mon corps hurle pour qu'j'arrête d'lutter, y a plus assez d'sang dedans pour faire fonctionner l'bordel. Mais faut qu'voie, j'peux pas partir sans avoir vu l'plus beau combat d'tous les temps.

J'rouv'un oeil.

J'ai raté un bout. L'vieux a deux vilaines perforations dans l'torse et l'bras droit, tandis qu'l'amiral a carrément une coupure si profonde au-d'ssus du coude droit qu'on peut d'viner l'os derrière - y a son bras qui pend moll'ment sur l'côté d'son corps, inerte. L'norse a plus sa hachette, elle est plantée au sol quel'mètres derrière lui, et il s'bat désoramis avec l'couteau qu'il gardait à la ceinture - mais l'noble a toujours sa rapière dorée druchii qu'il tient dans sa seule main valide.

Et là, j'vois un truc d'fou - l'amiral, il charge en avant, genre, totalement sans défense. Evidemment, l'norse il voit l'opportunité, il lève son couteau, et il frappe d'tout son cœur : et c'était justement l'plan d'l'amiral. Il essaie ni d'esquiver, ni d'parer : nan, ce taré utilise son bras mort pour encaisser. Il s'laisse volontair'ment planter l'épaule quitte à y perdre définitivement son membre. Sauf qu'du coup, la machette du norse, elle a pas arrêté sa charge, et lui, la lame toujours dans sa chair, il l'percute d'plein fouet. Bon, l'vieux, c'est un énorme tas d'muscle, alors l'gabarit d'l'amiral suffit pas à l'faire tomber en arrière - mais c'est suffisant pour qu'il chancelle une p'tite seconde. Et cette seconde, l'amiral en profite pour l'ver sa rapière, et lui enfoncer jusqu'à la garde dans l'coeur.

L'vieux norse est mort net, comme ça, d'bout, avant d's'écrouler sur ses g'noux, puis d's'étaler au sol, emportant avec lui l'arme d'l'amiral bien fichée dans sa poitrine.

Putain d'merde, l'nobliau l'a fait. Y a du sang qu'sort d'partout d'son bras détruit, mais il a gagné. Il s'compresse l'épaule, et comme au début du combat, il défie la foule du r'gard, avant d'lever son bras valide vers elle dans un geste d'provocation muet.

Y a pas un bruit. J'crois qu'le public y sait pas trop comment réagir. Il est perdu - j'crois pas qu'la situation s'soit déjà produite dans leurs précédentes gladiatures. C'est trop bizarre, y a un flott'ment général, comme si l'temps s'était figé.

Et là, la caboche d'l'amiral explose dans une lueur bleutée.

Ouais, moi aussi, à un pas d'la frontière des jardins, j'ai quand même réussi à rater un batt'ment d'coeur avec l'incompréhension. Solid'ment plantée dans sa jolie tête qu'a été séparée en deux morceaux distincts jusqu'au cou, et avec des bouts d'cervelle qu'ont volé d'partout, y a sa jolie hache runique qui trône fièr'ment.

C'est la fillette p't'ain. Pendant qu'l'amiral s'la racontait, il l'a pas vue s'rel'ver et arriver derrière lui. Elle avait ramassé la hachette, et avait pas hésité une seconde à lui enfoncer droit dans l'cuir chev'lu.

Et là l'temps r'prend son cours. Toute la foule beugle comme un homme, ça hurle comme des possédés, et en quelqu'secondes y a une armée d'norses qui débaroule des grilles pour entrer dans l'arène. Elle a pas l'temps d'tout comprendre, pis elle a plus la force d'résister : y a une centaine d'types torses nus qui chantent des trucs incompréhensibles, qu'courent vers elle et la soulèvent pour la porter à bout d'bras, couchée au-d'ssus d'eux.

J'sais pas trop si elle part s'faire installer sur un trône ou sur un autel sacrificiel, j'suis même pas sur qu'avec son épaule perforée et l'venin dans son corps elle survive jusqu'à sa destination, mais j'suis content pour elle. Après tout, j'ai profité dix ans d'ma gloire, tant pis si la Tempête a pas réussi à s'faire un nom en Norsca, pis c'est bien si elle a pu vivre cette douce euphorie d'la victoire avant d'crever. Ça fait juste chier que j'connaisse même pas son nom, j'aurais aimé savoir d'où elle tirait une telle force, une telle rage d'vivre. La colère dans ses yeux, la hargne dans ses dents serrées, elle était vraiment jolie à sa manière. J'aurais bien aimé la connaitre, m'battre contre elle, et qui sait, si on s’entre-tue pas, forniquer un coup.

La dernière chose qu'j'vois, c'est un norse qu'croise l'regard terne d'mon seul œil ouvert, qu'arme sa sagaie, puis qui m'l'enfonce droit dans l'coeur.

J'espère j't'ai pas trop déçu maman.
Dokhara de Soya, Voie de la Belle Mort, Beauté mortelle

Profil : For 11 | End 11 | Hab 13 | Cha 17 | Int 12 | Ini 12 | Att 12 | Par 11(13) | Tir 10 | Mag 11 | NA 2 | PV 95/95

Compétences :
- Sociales : Diplomatie, Éloquence, Empathie, Étiquette, Séduction
- Artistiques : Chant, Danse, Musique (violon), Tatouage
- Intellectuelles : Alphabétisation, Langue étrangère (kislévarin, strygani)
- Martiales : Ambidextrie, Bagarre, Fuite, Monte, Parade, Résistance accrue (spécialisation alcool), Sang-froid
- Divers : Sens Accrus
- Dons Du Sang : Regard Hypnotique, Régénération Impie
Compétences en cours d'apprentissage :
Escamotage : 1/2
Adresse au tir (arbalètes) : 2/3
Équipement :
Armement :
- Lame en or marin : 14+1d8 dégâts ; 14(28) parade
- Main gauche : 8+1d6 dégâts ; 8(16) parade ; Rapide. +2 PAR si utilisée en conjonction avec une autre arme. Lors d'une parade, c'est le score de parade de l'arme en main droite qui compte pour le premier jet, celle de la main gauche pour le second jet si relance.
- Poignard : 12+1d6 dégâts ; 6(12) parade ; Rapide. Peut être utilisé comme arme de jet
- Arbalète : 34+1d8 dégâts : Malus de -2 TIR tous les 30 mètres ; Perforante (4) : Un tir par NA maximum.

Armure :
- Veste et jambières en cuir : 5 de protection partout sauf tête
- Tunique noire druchiie : 2 de protection sur tout le corps
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Snorri Sturillson
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Re: [Concours] La Bataille III

Message par Snorri Sturillson »

21 Sommerzeit 2514, aux abords de la rivière Taub, à quelques lieues de Holtdorf
Je me base sur des événements qui ne sont plus canon, et qui touchent à l'archéo-fluff (JdR papier v1 & Warhammer Fantasy Battle v3-4).
Voir ceci : http://verrahrubicon.free.fr/empire_his ... re_civ.htm
Image
Niklas était usé.
Il était même éreinté. Voilà des mois qu'il marchait, qu'il crapahutait à travers l'Empire, à s'en déchirer les semelles. Deux paires de bottes de course y étaient passées, avec le rythme effréné depuis Erntezeit dernier. Après l'horrible hiver de 2513 et ses récoltes médiocres, il avait fallu trouver autre chose à travers les épais fourrés du Nord-Talabec, sans pour autant révéler l'actuel contournement des troupes. Depuis le printemps, tout le monde avait faim. On en était réduit à manger n'importe quoi. Écureuils, baies, cuir morcelé, eau de pluie, gibier faisandé, ... Tout était bon pour la soupe du soir. Ah, ils avaient l'air fin, ses camarades et lui, à bouffer des quarts de ration par jour. Les histoires de soupe de pierre d'Ostland prenaient toute leur envergure en ces temps maigrelets. Et pourtant, il fallait avancer. Toujours avancer. Outre la faim, la soif, la douleur et la rancœur. Toujours avancer. Tels avaient été les ordres, venant du régent lui-même, à ce qu'il parait. Tsss, le régent. Hals von Tasseninck, frère cadet de feu Hergard von Tasseninck, le tempétueux "Prince Royal d'Ostland". Depuis la soi-disant mort du souverain, des tensions étaient apparues à tous les endroits. Des rixes religieuses à Bösel, des meurtres à Bogenhafen, des spectres enflammés à Pritzstock, des désaccords politiques en haut-lieu au Talabecland, puis à Middenheim, puis les tentatives d'assassinat sur nombre de dirigeants, la loi martiale à Altdorf, les sièges des Grandes Cités, la mort de Yorri XV, ... La rumeur n'avait jamais tari d'annonces moroses et alarmantes. Jamais. L'Empire était en guerre... Non. L'Empire était en flammes.

Il y a presque un an maintenant, les deux voisins de la Grande Forêt - l'Ostland et le Talabecland - s'étaient placé au bord du Haut-Talabec, attendant le bon prétexte pour lancer les hostilités. Enfin, ça, c'était l'aveu officiel. Officieusement, les raids avaient déjà refait surface des semaines avant, juste avant les récoltes d'automne. Les salopards... Ils avaient dû bien se marrer, en voyant les immenses champs et sous-bois à perte de vue, crépitant jusqu'à la lointaine forêt des Ombres. Et qu'à cela ne tienne, tout ce qui avait subsisté s'était envolé avec les pillages. Maisons, abris, postes de patrouille, écluses, auberges, connaissances, ... Tout. Le Talabecland avait tout pris. Tout brûlé. Les environs avaient mis des nuits entières à se consumer, répandant des restes noirs et orageux dans le ciel déjà si tumultueux de sa province natale. Niklas avait été obligé de fuir, de remonter jusqu'à Wolfenburg, emportant tout ce qu'il avait, tout ce qu'il pouvait, femme et enfants compris. Le petit Klaus avait 4 ans lorsqu'ils avaient fui la maison... Il en aurait 5 dans quelques jours, s'il ne s'était pas trompé.
Et après Wolfenburg, l'appel. Hals, désormais régent, avait rallié tous les réfugiés, les fuyards, les perdus, les peureux, les malotrus. Tout cet amas de canailles et de sans-le-sou avait été armé, équipé et préparé - enfin, ceux qui ne l'étaient pas déjà, l'Ostland n'étant vraiment une terre paisible par définition. Et après le regroupement, la répartition. Sa famille avait été agglutinée dans un des refuges de la cité, et lui fut envoyé en patrouille. C'était ainsi qu'ils l'avaient tous dit, au début : Vérifier les postes de Ristedt, Château Lenkster, et puis... Eichewaldchen, continuer vers les passes du Milieu... Et ensuite, l'enfer pédestre. Traverser l'Hochland en travers, que ce soit par pluie par neige ou par vent, en rampant s'il le fallait. Ensuite, en plus des ampoules et des ongles fendus, venait la chaleur.
Comme si cela ne suffisait pas, la destination changeait à chaque fois qu'ils croisaient des renseignements, et ils perdaient des effectifs à chaque hameau ou chaque avant-poste imprévu. Ils n'étaient plus qu'une quinzaine à présent. En y repensant, Niklas eut une torsion dans le ventre. Ah, oui, c'est vrai. La quinzaine restante, affamée, hagarde, était aussi soumise à la maladie depuis quelques jours. Pour Niklas, cela avait commencé par des maux de ventre, puis des sueurs, et maintenant... Le peu de nourriture qu'il avalait, il le digérait en une heure tout au plus. Et digérer était un bien grand mot... La crasse qu'il transportait n'allait sans doute pas arranger les choses, mais qu'importe.

Hals était peut-être un nobliau, un benêt, un faire-valoir, il n'en restait pas moins son suzerain. En tant qu'ostlandais, déserter n'était pas une option. Bien que pauvre, décharné et souvent contesté, il n'était pas d'un pays de traîtres. La couardise était un fait des Reiklanders, ou du Bas-Talabec. En guise de seule réprimande à son malheur, Niklas fit une courte prière à Sigmar, la concluant hâtivement par le signe du marteau. Il pria pour quelque protection, peut-être une once de faveur, et surtout : que les fils de chiens d'en face n'aient jamais le repos. Voilà une heure qu'ils crapahutaient en forêt puis à flanc de colline, accroupis dans la boue. La veille, ils avaient enfin retrouvé l'objectif : le campement du Solland, leur dernier point de chute, avant d'être envoyés comme tirailleurs juste avant l'aube. Toute cette histoire pour se retrouver sous la gouverne du Solland... Hals devait certainement avoir une idée derrière toute cette mascarade. Il ne pouvait espérer accomplir une alliance si lointaine avec tous les ennuis aux frontières. Les deux duchés du Talabec s'étaient déployés aux abords Sud, Middenheim et le Nordland s'étant posté à la frontière Ouest... La terre avait déjà trop souffert. Le peuple aussi n'avait déjà que trop souffert, avec la famine, les récoltes envolées et le rude hiver... De par son ancienneté, et pour ses services rendus lors de la Guerre Nordique de 2508, Niklas fut nommé sergent de son escouade. Lui, un sergent. Le petit bandeau de tissu représentatif n'était pas resté propre très longtemps...

Et toujours, le sommet de la colline qui se rapprochait. Et toujours, il fallait avancer, le torse contre la boue, le plus silencieusement possible, pour que l'ennemi ne capte aucun indice leur position. L'aube était passée maintenant, et l'étincelle allait se produire d'un instant à l'autre. Niklas n'avait que faire de la stratégie ou de la tactique. Il ne voulait plus qu'une chose : en finir avec ces adorateurs canins, et en envoyer le plus possible jusqu'à Morr, quitte à les lui amener par le col s'il le fallait. Et alors, seulement alors, s'il était chanceux, s'il était sauf... Il faudrait rentrer. Retourner jusqu'à Wolfenburg, puis jusqu'à...
Jusqu'à où ? Jusqu'aux champs calcinés ? Jusqu'aux maisons abattues ? Jusqu'aux charniers desséchés ? Il faudrait tout reconstruire, une fois les conflits apaisés. Tout était à refaire, encore. Tel était le sort des Ostlandais, de toute façon. Le buffle rouge, si propice à cette contrée, n'était pas une bête de parade. C'était un animal obstiné, endurant, un survivant... Comme le peuple qu'il représente. La guerre était passée maintes fois en Ostland. La mort n'était jamais très loin non plus. Et la guerre, elle, n'était en soi qu'une saison de plus à graver dans les calendriers. Soudain, sentant la pente refluer, Niklas sut qu'il était au sommet. D'un signe limpide, il arrêta tous ses pairs. L'heure était proche. Quelques minutes à peine - quelques secondes même, et les silences brumeux se transformeraient en carnage. Le loup sortirait ses griffes, et le marteau s'abattrait sur les troupes. Qu'il soit d'argent ou d'or, cela ne comptait peu. Des insultes, une entente froide, et une pléthore d'échanges houleux - Voilà ce que s'étaient échangé les cultes de Sigmar et d'Ulric durant toute l'année dernière, voir même avant. Parfois, des rixes ouvertes avaient éclaté, comme à Carroburg ou à Bosel, si la rumeur disait vrai. Mais là, aujourd'hui, Niklas en aurait le cœur net. Les fils du Loup pourraient payer. Pour toute cette misère, toute cette destruction, toute cette désolation... Des fanatiques avaient peut-être tué le Théogoniste, ou bien l'Ar-Ulric avait-il été retrouvé mort dans ses quartiers... Qu'importe. Ils allaient payer. Les hurlements de rage qu'il avait entendu pendant les incendies étaient bien humains, malgré les imitations bestiales. Ils allaient enfin payer...

Niklas repris contrôle de ses mouvements soudainement. Il avait faim, soif, la cervelle en ébullition, les pieds en feu, et le ventre qui hurlait tel un fourneau huilé. Soudain, il se leva. Doucement, lentement, seul. Juste pour jeter un œil. En principe, ils devaient contourner des archers, et les harceler par le flanc ou l'arrière. Ensuite, ils bifurqueraient sur l'artillerie, s'il y en avait à proximité. La colline était bien nette, surplombant légèrement ses voisines, mais trop entourée par les bosquets pour être vraiment sûre... Là, des troupes ennemies. Sigmar soit lou-... Par tous les martyrs, ce ne sont pas les chemises rouge et jaune du Talabec... Ni des archers. Scrutant un reflet métallique au loin, il vit ses hommes se lever à sa suite. D'un geste paniqué et turbulent, il signala la retraite, et se surprit à beugler à pleins poumons :


"En approche, Hochla - FRANCS-TIREURS ! COUVEEEEERT !"

Niklas se jeta en arrière, espérant ne pas tomber sur un rocher passager. En un instant, il fut trempé de boue, ruisselant de haine et de sueur.
Et l'enfer ... Éructa.
*** Image Ugo n'y comprenait pas grand-chose. Il y a à peine cinq semaines, il était chez lui, à chasser le gibier de printemps, essayant d'être le plus pédagogue avec ses deux fils ainés : Comment confectionner un arc, comment placer des collets, lire les traces récentes, choisir le bois de chauffe, ... La saison serait belle, d'après les oracles. La saison serait belle. Et pourtant, il était là, arquebuse en main, en uniforme complet, marchant épaule contre épaule avec son unité, jusqu'à cette colline déboisée. Il jeta un œil sur l'arme maintenue à son épaule. C'était un beau fusil. Un très beau fusil même. Une arme d'exception, au vu de la finesse du travail. Une fois tout cela fini, il pourrait chasser le gros gibier seul, rien qu'avec ça. Frida serait contente... Mais d'abord, il faudrait chasser. Ugo aimait chasser, un peu comme il aimait ce fusil. Ce n'était pas un cadeau, mais s'il passait l'été sain et sauf, il pourrait sans doute le garder. C'était vraiment un très beau fusil. Il inspecta une nouvelle fois la crosse épaisse, avant de se remémorer les ordres...

Quels étaient-ils déjà ? Ah oui : se placer en amont de la bataille et de la rivière, et aligner tout ceux qui s'approchaient. La tâche était simple et claire. Mais qu'est-ce qu'elle avait de si spécial, cette colline ? Il n'y avait rien là-haut. Peut-être pourraient-ils se poster et tuer quelque gibier de passage... Ce serait certainement plus aisé que de tirer sur quelqu'un. Ugo n'aimait pas utiliser les armes contre autrui. Il n'avait toujours pas compris pourquoi l'Hochland avait été réquisitionné dans cette querelle politique, d'ailleurs... Si le Talabecland et l'Ostland tenaient tant à se taillader, ne pouvaient-ils pas le faire entre eux ? En plus, Ugo était un fervent de Sigmar, un enfant de Taal, comme n'importe qui en Hochland, alors pourquoi devait-il se battre contre d'autres fervents de Sigmar ? Et depuis quand est-ce que le Talabecland s'était-il rangé du côté des Ulricains ? Il savait que les deux cultes n'avaient pas les meilleures relations, mais quand même...

Déjà que le Nordland était aux prises avec les gens de Laurelorn, soi-disant à la recherche de comploteurs elfiques, et maintenant toutes ces histoires sordides à propos des uns et des autres... Cela lui semblait être une farce de très mauvais goût. Imaginez le topo : des têtes flambées volantes à Pritzstock, des troupes tentaculaires à Bosël, et maintenant un conflit ouvert, au sein même de l'Empire... Pour couronner le tout, une chose encore plus étrange - si tout cela était ne serait-ce qu'un petit peu vrai -, l'Hochland n'avait pas été la cible de quoi que ce soit !
Comme si le statut de Ludenhof et de dépendance impériale les avait sortis de tous ces ennuis. Bah, quoiqu'il en soit, tout cela lui avait fourni un très beau fusil, et Frida était en sécurité sans avoir eu à quitter Bergsburg, loin de toutes ces choses-là. Il se demandait ce qu'elle faisait en ce moment. Ugo se voyait déjà à l'automne, arme en main, posté dans les feuilles mortes, à observer quelque cerf ou sanglier de passage. Quelle belle prise cela ferait... Frida serait contente, et les enfants aussi. Ugo vérifia une dernière fois son arme, changea son épaule d'appui, et se concentra sur la marche à suivre. La colline était à quelques dizaines de mètres à peine, il pourrait se reposer amplement une fois là-haut. Il s'était entraîné rapidement avec son nouvel outil, et celui-ci était vraiment fantastique. Les arquebuses d'antan n'avaient rien à voir avec un tel engin de précision. Un long-fusil qu'ils appelaient cela. C'était son long-fusil maintenant, et il était très beau.

Image
Alors que le sergent s'armait à nouveau, ce dernier pointa au loin, au sommet de la colline. Ugo ne vit que des ombres là-haut, mais il comprit : quelqu'un avait pris la colline avant eux. Les ordres étaient clairs, se dit-il en serrant son arme. Il s'aligna au rang debout, et tira. Sa cible brumeuse s'effondra, visiblement foudroyée sur l'instant. Au même moment, son oreille encore capable entendit les cors, les tambours, les hurlements et le fracas des charges. Tandis qu'il rechargeait, le second rang tira, et puis plus rien. Les ombres avaient disparues. Le sergent ordonna la scission, et ils s'exécutèrent machinalement, en contournant l'élévation. Ugo vit les ombres une nouvelle fois, et tira par instinct. La colline était à eux. C'étaient les ordres. Trois hommes s'effondrèrent au loin, tandis qu'au moins cinq autres se jetèrent sur le rang devant lui. Il vit Alder tomber avec un assaillant, Ulme en assommer un autre, et le reste fut... Trouble... Leur espacement permit à certains de dégainer couteau et lames, à d'autres de faire parler la poudre une seconde fois. L'assaut dura quelques secondes, tout au plus. Ugo se retrouva, dague en main, la lame plantée dans le torse de quelqu'un.
C'était un gamin qu'il tenait d'une main, l'autre vissée sur sa dague. Un pauvre type de moins d'une vingtaine de printemps, mal rasé, débraillé et crasseux, qui hoquetait, les joues creuses et les yeux fous. L'homme tentait de parler, de se débattre, de gémir... En vain. Il pleurait, se tordait dans tous les sens, grattant l'uniforme d'Ugo, battant la boue de ses membres. La débâcle lui sembla durer une éternité, qu'il consomma à observer l'agonie de son ennemi. Par réflexe, il prit appui avec le genou gauche, le pressa sur le ventre sous lui, et sectionna les côtes avec la lame, glissant jusqu'au cœur, comme l'on faisait à un faon trop anxieux. L'homme s'arrêta de gesticuler, implorant le ciel dans son dernier soupir. En se relevant, Ugo vit que son uniforme vert et rouge était passé au noir et vermeil. La mélasse du sol était étalée çà et là, le faisant ressembler à un de ces Carroburgiens sanguinaires. Il essuya sa lame sur un vêtement du défunt, lui ferma les yeux et la bouche, puis il reprit son cadeau à la hâte. L'inspectant rapidement, il espérait ne pas trouver un défaut ou une trace d'impact trop violent. Il vérifia la crosse, le chien, le silex, l'extérieur du fût, les attaches, souffla sur les mobiles, ... Sigmar soit loué, l'arme n'avait pas l'air abîmée. C'était un très bel outil, et Ugo comptait bien sur la possibilité de le ramener à la maison. Il n'allait certainement pas ramener un outil cassé chez lui. Qu'en dirait Frida, hm ? Enfin, bon. Voilà que le sergent ordonnait la reformation. Très vite, ils prirent position au sommet de la pente, restant ainsi à bonne distance des conflits, et ayant le champ libre pour tirer. La colline n'était pas belle, ni réellement éloignée des assauts, mais elle donnait un bon point de vue.

Ugo réarma son fusil, attendant le prochain ordre. En bas, le carnage était audible, quand il n'était pas visible. Dans la fine brume matinale, le fracas d'acier et les bruits de conflit se perdaient dans toutes les directions, couverts par moments par les hurlements cuivrés de l'artillerie. À la lunette, l'ex-porte étendard annonçait ce qui n'était pas discernable à l’œil nu : la cavalerie alliée passait l'autre flanc, des piquiers étaient aux prises en plein milieu du courant, d'autres plaçaient des échelles de planches pour se repositionner à l'autre gué, mais aucun signe en leur direction. S'ils devaient cavaler en bas de la pente, ils seraient à la merci de toute troupe dissimulée dans les fourrés... Enfin, ces soi-disant troupes auraient déjà dû intervenir, puisque la bande d'Ugo avait rencontré quelque ennui en terrain dégagé. En y réfléchissant bien, cette position leur permettait un bon point de tir sans entrée de cavalerie. Cela devait être la raison derrière le choix des officiers.
Une fois toute l'escouade réunie, remise en rang et les armes rechargées, ils firent pleuvoir le plomb sur le flanc gauche, déviant et punissant les tentatives de contournements par ce côté de la rivière. Aussi étrangement que cela puisse paraître, ils n'eurent pas d'ennui réel pendant de longues minutes, cueillant simplement quelques gredins désordonnés par-ci par-là, ou quelque troupe qui s'était déjà disloquée. Bien que cela ne lui apporte aucun risque de son coté, Ugo eût quelques haut-le-cœur. À l’œil de sa visée, ses cibles n'étaient que des soldats entraînés ou des mercenaires conscients de leur situation. Comment pourrait-il savoir lequel d'entre eux était plus jeune que lui ? Verrait-il un jour leur visage, une fois la fin des conflits ? ... L'aspect du gamin dépenaillé lui sauta aux mirettes. C'était qu'un gosse... À peine plus vieux que ses aînés, à peine plus grand, et pourtant, il était mort comme tant d'autres. Il revit les larmes, le faciès implorant le repos, les traits tirés, la bouche béante qui crachotait des syllabes par bulles vermeil. Sans le vouloir, ses mains se crispèrent, son teint blêmit, et il sentit ses jambes flageller par à-coups. Aux prochains ordres, il obéit mécaniquement, sans réfléchir. Son groupe tirait sur des fuyards bleu et rouge, sur une nouvelle escouade partie en plein contournement, sur des tirailleurs un peu trop larges dans leur manœuvre. Tout ce petit monde était en train de s'étripailler brutalement. Au loin, un peloton de cavalerie fut perforé, ne laissant que les hurlements des hommes et des montures. Là, des lanciers s'étaient embourbés dans leur dévalement. D'ici, personne n'arrivait à tirer l'avantage sur la globalité du conflit. La ligne de front se tortillait tel un immense serpent de fer et de sang, tressaillant à chaque semonce d'artillerie, ou chaque éperon de cavalerie.

Dans ce qui parut comme l'instant d'après aux yeux d'Ugo, une bande bruyante et désordonnée plongea hors des fourrés, à quelques mètres en aval. De cette langue boisée sortit des individus de toute taille et de toute carrure : des marmots, des perches, des maigrichons, des grassouillets, ... et tout ce petit monde enhardi brandissait des arcs, des couteaux, des épées, des fanions en tout genre, ainsi que des ... Poulets ?

***

Image Lupin en avait par-dessus la tête. Oui, c'était le mot. Par-dessus-la-tête. Il avait beau pas être très grand, là, c'était le pompon. Hier, il avait essayé de filer en douce avant la pénombre, sans succès. Ensuite, il avait tenté de disparaître pendant la soupe, mais s'était retrouvé face au quartier-maître ou un autre officier au nom imprononçable. Quelques heures plus tard, il tomba nez-à-nez avec les garde-chiens, et juste après, ses propres hommes qui lui demandaient plein d'inanités. Et ainsi, il avait été obligé, lui, un Halfelin du Moot, de se présenter à ce massacre plus ou moins organisé. Il avait essayé pourtant, de débarrasser le plancher sans crier gare ! Il avait essayé...
Qu'est-ce que c'était énervant, ces histoires ! En voulant fuir par un talus, ses hommes avaient trouvé des harceleurs ennemis, postés avec des arcs. Quelques minutes plus tard, en voulant rebrousser chemin vers les plaines, c'est un carré monté qui s'était présenté. Des drôles de gugusses avec des moustaches anguleuses, et qui sentaient l'alcool fort. Et là, alors qu'il pensait s'être enfin débarrassé de ses suivants et de tout ce merdier, il se retrouve à cavaler pieds nus entre les pelotons de renfort et de première ligne. Qu'est-ce qu'ils foutaient là, eux encore ? Par toutes les tourtes de Tata Hildy, c'était vraiment de l'acharnement à ce niveau. Et le pire, c'est que toute la troupe qu'il se coltinait le considérait comme un champion, comme un "maître du camouflage et de la tactique", alors qu'il ne faisait que sauver sa peau en voulant éviter les emmerdes... Bon, il fallait avouer que le travail de mercenaire payait un petit peu plus que celui de braconnier. Et quand il avait signé la solde, l'idée lui avait paru plus sûre que cela. C'est comme si tous ces machins que les longues-jambes appelaient des dieux s'étaient décidés à l'embêter d'un seul coup !

Non, en y réfléchissant, le pire était que lui et les tarés qui le suivaient ne subissaient presque aucune perte significative. À chaque escarmouche, par je-ne-sais-quel prodige, ils arrivaient à s'extirper majoritairement sains et sauf, tout en décollant une bonne partie de leurs agresseurs, ou bien en provoquant leur fuite. Et les hommes l'admiraient pour cela. Rien que la dernière heure, il avait frôlé la mort au moins trois fois, tout en ayant traversé le champ de bataille dans toute sa largeur. Pourtant, en regardant sa vieille chemise bleu et blanc, il n'y avait aucune trace de coupure ou de poinçon. S'il avait eu la moindre connaissance martiale ou une monture, il aurait pu en profiter pour faucher les furieux comme les blés, mais là... Il n'avait ni faux, ni poney. Certains avaient bien essayé de le mettre sur un cheval, mais la bête avait senti l'affaire lorsque son ventre s'était mis à grogner, par appétit... Hop-là ! Des hallebardiers se sont pris une volée de plomb. Le bruit et les cris d'agonie lui secouèrent la tête comme une soupière. Pétard, une pointe de cavalerie qui se reforme. Vite, sonner l'arrêt, et on contourne. Lupin n'avait ni l'audace ni l'envie de rester à coté de tous ces chevaux mal-lunés. Déjà qu'un de ces jambons sur patte soi-disant calme avait failli le balancer à l'eau, la proximité avec des destriers de combat lui parut terrifiante. À peine remis en ordre, les cavaliers percutèrent un carré de lancier en plein flanc gauche. On crut voir une tête éclater comme une citrouille pendant qu'un canasson en propulsait une autre. Punaise, tout ces longues-jambes étaient en train d'inonder la terre de sang et de tripes. Si seulement il avait gardé quelques légumes en réserve... Il y avait là assez d'engrais pour 5 années de récoltes, voir même plus... Mais il fallait d'abord les tenir, ces cinq années !

Les troupes jaune et rouge ayant avancé d'une dizaine de mètres, Lupin put passer sans encombre jusqu'à l'autre rive, même s'il hésita un moment à propos de la sûreté des ponts, entre celui de bois dégoulinant ou le fatras de cadavres vaporeux juste à côté. Estimant qu'un bain de pied n'était pas au goût du jour, il se précipita sur le bois glissant, et réussi à se maintenir debout jusqu'à l'autre part de terrain gluante et molle qui bordait le courant. Bien, il faudrait changer les braies maintenant. Ah, la cavalerie de tout à l'heure enfonçait désormais un autre rang de lanciers un peu trop propret. Cette fois, les piétons furent un peu plus malins, et pointèrent le bon coté des piques sur les assaillants. Un jeu de bascule et de secousses s'envenima, provoquant des pertes dans les deux rangs. Seule conclusion à cette valse verticale, un boulet flamboyant qui vint se planter dans la mêlée, envoyant des tripes, du bois et des jarrets aux quatre vents. Un second tir rasa l'herbe près de lui, et déblaya la vue un peu plus loin. Une dizaine de mètres et il eût été occis. C'était un glas synonyme d'une seule chose : il fallait décamper d'ici. Sans demander son reste, Lupin dévala jusqu'à un fourré en face de lui, situé près d'un point déboisé, mais surtout éloigné de la mêlée. Voilà l'endroit parfait pour déguerpir, et sauver ses miches. Évidemment, comme un rappel du destin, il entendit le tintement et la cacophonie de ses suivants. En se retournant, il les regarda de l'air le plus aigre qu'il pouvait. Pas un seul ne semblait manquer au compte, évidemment. Et personne ne semblait avoir peur de lui, comme à chaque fois. Malgré les déchirures et saignements de certains, il vit une sorte d'admiration fébrile, comme lorsqu'un potelé dévorait sa première tourte Quinnsbury. De dégoût, il se retourna et s'accroupit dans un buisson, observant la colline proche. Au sommet de celle-ci, un peloton tout en noir s'affairait à dézinguer tout ceux qu'ils pouvaient. Zut, des gugusses armés de fusils. Pas moyen de finasser face à une bille de plomb. En se concentrant sur ce qu'il voyait, il essaya de discerner les couleurs des uniformes... Noir et.... quelque chose. Quels freluquets s'habillaient en noir ? ... Les fumeurs de Nuln et du Wissenland. Des ennemis, à priori. Sinon... Les furieux d'Averland, soit aussi des ennemis, mais pour d'autres raisons. Les benêts d'Ostland, peut-être ? Ils n'étaient pas déjà décimés ceux-là ? Ou alors ces tireurs venaient d'Ostermark. Mais... L'Ostermark était occupée avec des peaux-vertes, non ? Qu'est-ce qu'ils foutaient là ? Bah, le Moot aussi était occupé avec la saison des pommes et des pêches, et pourtant, il était là.

Bon, dans tous les cas, à moins qu'il n'ait oublié une héraldique, ces gens étaient des ennemis. L'étendard des fusiliers était illisible à première vue, sans doute à cause de la boue et du sang, donc on avisera sans. Soudain, Lupin eut une idée : vu leur nombre et ceux d'en-face, il pourrait envoyer sa troupe contre les tireurs, les agglomérer dans une mêlée, et en profiter pour décamper derechef, sans demander sa part de châtaignes. Oui, c'était là une excellente idée. Il se voyait déjà à siroter du cidre dans une auberge calme et reposante, tabac en main. Il annonça la partie immergée du plan à ses suivants, qui acquiescèrent à l'unisson. Lançant l'assaut, Lupin s'arrêta en pleine course, espérant qu'aucun n'allait remarquer son manque d'allure... Et encore une fois, manque de bol, voilà qu'un des gredins l'attrape par le bras et le tire avec lui, changeant son arme de main, et offrant une dague grotesque à son leader si charismatique. Eh merde.

La grimpée se fit en quelques secondes, et la débâcle qui s'en suivit dura à peine plus de temps. Le premier rang d'admirateurs s'effondra comme un ballot de paille. Déboussolé par les événements, Lupin esquiva une crosse, tailla une botte proche, et roula par terre pour éviter une taillade d'envergure audacieuse. En se relevant, il pivota sur lui-même, envoyant un tireur dans la pente, puis il se jeta sur un autre qui ne voulait pas lâcher son arme. Un bois de crosse sonna les cloches du halfelin, qui eut le réflexe justifié de tomber à la renverse, comptant avec ses mains si tout était encore en place et en nombre...
Lorsqu'il reprit conscience, alors sûr de la présence de tous ses nerfs et de toutes ses fonctions naturelles, ses hommes l'aidèrent à se relever, et à constater les dégâts. Quelques tireurs dévalaient la pente dans de multiples directions, poursuivis par ses compagnons les plus enhardis. En inspectant les cadavres, et en félicitant ironiquement ses hommes pour leur bravoure, Lupin put constater l'étendard déchiré et imbibé de mélasse terreuse... Le blason Hochlandais trônait au plein centre de ce dernier, l'épaisse croix blanche ancrée tel un stigmate gluant de leurs actes accomplis. Hochland... Des gens de leur camp... Constatant l'étendue de l'erreur, Lupin eut une autre idée tout aussi intelligente : déguerpir, oui, mais sans demander son reste. Si quiconque avait vu leur acte de traîtrise, ils risquaient tous la corde, ou pire encore.
En se grattant le visage, il décida que ce dernier était très bien là où il était.
En se tournant vers ses hommes, il donna l'ordre de repli, en faisant bien attention à camoufler l'étendard froissé sous ses pieds épais et boueux.
Lupin en avait vu et fait assez pour une journée. Le prochain qui voudrait l’occire devrait cravacher. Jetant alors un dernier regard vers le conflit, il vit que les rangs commençaient à se déliter de partout, laissant place libre aux poursuites ou à une nouvelle couche de violence exacerbée, mais surtout à un champ de tir gigantesque. Le nabot-marmot se moucha dans sa main, puis s'esclaffa vocalement en s'enfonçant les fourrés. Les Coqs de Combat de Lupin Croupe avaient perdu en effectif, certes, mais ils avaient tenu un conflit de plus...
*** Image - " Allez, mes catins, du nerf ! Izry, arque de пятнадцать à gauche ! Toi, garde les cales et rêvasse pas ! Magnez-vous l'train, куча клещей ! "

Par Ursun, ça se passait mal. Les gars étaient lents, sans envie. Qu'ils grognent pour un rien, c'était habituel, mais bon sang, là ils s'y prenaient comme des freluquets. Mikail avait une demi-douzaine de pétoires à diriger, et bien assez de salaire en poche pour ne pas finasser. Trois couleuvrines, deux bombardes à pivots, un mortier-blanc. Et tous le tas de fainéants qui va avec, rien que pour manipuler ces beautés. Mikail en avait rêvé pendant des années, et là, il l'avait. Il atteignait enfin les commandes de tout un bloc d'artillerie, qui pouvait - non, devait - lui obéir au doigt et à l'oeil. Tous ces негодяи подхалимы / mécréants flagorneurs lui devaient obéissance. Ils n'étaient que des без лошадей après tout, des sans-chevaux. Qui plus est, le soi-disant responsable qu'on lui avait affublé au campement avait dévalé la pente pour rejoindre un autre contingent. C'était bien là une aubaine trop aisée pour Mikail "mâche-plomb" Nelidov. Dès le 'départ' de l'officier en charge, il prit les rênes de ce bloc d'arrière, remettant un peu d'ordre véritable en place. Ces imperyini étaient trop laxistes dans leurs méthodes. Un canon, c'est précieux, certes. Mais c'est avant tout diablement puissant. On ne va pas le traînasser doucement comme une porcelaine de contrebande... Il faut que ça hurle, que ça crache l’éther de Dazh sur tout ce qu'il y a en face. Et bon sang qu'il y en avait, des choses en face. Voilà bien un quart d'heure que tous les fûts beuglaient leur chant cuivré, pliant le tumulte du front sous une cacophonie infernale. Un peloton d'infanterie était déjà en déconfiture, laissant un trou béant dans la formation. A peine les fûts avaient-ils gerbé leur dernière volée, qu'il tonna :

- "Izry, roule de семь à droite et de пять en bas !"

Comprenant la dangerosité de l'ordre à venir, ce dernier rétorqua :
"- Et les fantassins ?

- Dans une minute il n'y seront plus. Crois-moi, je suis indulgent. Cемь à droite et de пять en bas, ou tu finis dans le fût !"
En se tournant vers le reste, il hurla à pleins poumons, au point d'en trembler :

" Si vous pouvez m'entendre, c'est qu'vous avez pas le bon rythme ! Du nerf, gratte-mollards ! Voyez donc, comme ils en redemandent !"

En un éclair, la machine fut rincée, orientée, chargée, prête à tirer. Izry était très compétent, une fois sous pression. Tenant difficilement les rênes dans ce chaos sonore, Mikail descendit, claquant sa monture pour la faire déguerpir. Maintenant, place à l'action. Tor et Dazh allaient être fiers. Enfilant une large lampée de koumiss, il repris ses beuglements virulents, promettant milles maux à quiconque rayerait ou laisserait reposer les engins de guerre. Le peloton en déroute fut pulvérisé prestement, avec ses poursuivants. La ligne se reforma au loin, délaissant totalement le massacre fumant qui venait de se produire. Par chance, un carré d'archers montés revenaient au centre. Le mortier repris sa fanfare, rabattant plusieurs talus au loin, avec quelque peloton égaré (ou non). L'officier imperyini leur avait expliqué les mesures mises en oeuvre pour la répartition de la poudre, mais Mikail n'en avait cure. Il y avait là de quoi recharger le triple de leur effectif pendant plusieurs heures, et chaque bloc avait la même recharge au camp. Il fallait être stupide pour ne pas en user. De plus, vu la solde que tous les hommes du Tsarat recevaient depuis des mois sans rien faire, il était grand temps de montrer les capacités d'Erengrad !

Les fonderies avaient été grassement payées il y a un an, les guildes suivirent de près, et plusieurs compagnies mercenaires furent elles aussi du voyage. Mikail n'avait que faire de l'objectif de cette vieille mégère imperyini - Sollanydi ou quelque truc du genre - mais il savait une chose : Elle voulait des canons, et des chevaux. Ça, Mikail le comprenait. Pour le reste, que ce soit la raison des imperyini à se battre entre eux, ou la raison pour laquelle ils avaient été ordonnés au secret pendant des mois, c'était secondaire désormais. Tant que les ducats roulaient, il pouvait bien fusiller n'importe qui, tant qu'il n'était pas du Tsarat. Au milieu des grondements caverneux et des hurlements d'agonie, Mikail ricanait. Les archers montés s'étaient fait étripailler par une bande de rampants, et il s'amusait désormais à les suivre à la longue-vue. Plusieurs fois, il ordonna de les perforer les lanciers par un tir de canon, mais rien n'en fut. D'autres gredins s'étaient échappés au loin. Soit. Le terrain central n'avait pas reçu toute sa ration de tonnerre, de toute façon. Un rang de cavalerie ressortait pour se reformer sur un flanc. Sur un ordre, leur arrêt tactique se transforma en dernier repos. Juste après, une couleuvrine surchauffa, toussant des gerbes de flammes sur l'équipage assigné. Voyant que la ligne de front se réalignait en leur faveur, et après de longues minutes à la voir se rapprocher, il sonna un court repos, insultant généreusement les gens d'en-face tandis que l'on récupérait ou achevait les grands brûlés. Voyant les rangs se disperser et certaines escouades en profiter pour disloquer les formations, il sonna de nouveau, pointant une tâche esseulée dans la marée humaine, sourire aux lèvres :


- "Allez mes mignons, on passe au dessert. Ceux qui m'arrachent ce peloton gagnent un demi-ducat de plus... Chacun !"


D'abord dubititatif sur l'ordre, Mikail vit le pétillement dans leurs yeux cupides et affamés.
Le-dit peloton n'eut que très peu de répit, ou de chances de survie. Et très vite, les rangs d'infanterie alliés prirent position à l'opposé, poussant des hurlements moqueurs auprès des vaincus.


***

Une fois l'accalmie revenue et les sifflements atténués, nul ne pouvait entendre autre chose que les rires des vainqueurs, et les complaintes agonisantes des vaincus. Le sergent Niklas Nebensatz, blessé à l'abdomen, fut achevé prestement sans aucune considération, et l'on ne retrouva qu'après-coup le cadavre piétiné d'un certain "Ugo Hauptziel" à proximité. Pour le Talabec, Lupin et sa troupe mercenaire avaient disparus. Mikail, quant à lui, attendait le retour au camp, maintenant que l'ancien officier avait été camouflé dans un fourré, et il sirotait goulûment la bouteille de kvas qui passait de main en main. Parmi les pleurs des blessés, les complaintes des vaincus, et les rugissements des vivants, il perçut une voix caverneuse, lointaine, et pourtant étrangement familière, qui lui soufflait :

- " Hra Ha Ha ... Encore..."
Snorri Sturillson
Voie de l'étude de l'ingénierie - Apprenti
Profil: For 8 | End 10 | Hab 8 | Cha 8 | Int 10 | Ini 7 | Att 9 | Par 9 | Tir 9 | Foi | Mag | NA 1 | PV 70/70

"Vous n’avez pas le droit d’avoir votre opinion. Vous avez le droit d’avoir votre opinion renseignée.
Personne n’a le droit d’être ignare.
"
Snorri dans un univers parallèle très mignon et propre :
Image

Fiche personnage wiki : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_snorri_sturillson

Assistant-MJ - Compagnie Sturillson
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Venez chercher votre bonheur, ou le malheur des autres...

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Taille Tallgott
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Re: [Concours] La Bataille III

Message par Taille Tallgott »

«Talabeclanders ! Nos ennemis sont plus nombreux que nous, mais ils n’ont pas vos talents ! Durant leur dernier raid, ces chiens ont perdu leur cavalerie ! Sans elle, nous aurons l’avantage de la vitesse ! Tenez le front contre ces aberrations et tout ira bien !
Enfin… l’ai-je dit guerriers ? Chaque individu qui les honore par ce titre recevra vingt coups de fouet ! Ce ne sont point des humains !
Ce ne sont que des couards qui massacrent des villageois sans défense. Aujourd’hui vous décidez de l’avenir de votre foyer ! Protecteurs de Talabheim, AUX ARMES ! »




Le discours de sire Halmut Feuerbach, notre général en chef, fut salué par des rugissements meurtriers que seule La puissante Talabec après la mauvaise saison pouvait produire.

Juste après cela, ma compagnie se déplaça alors vers la première ligne des Élus de Taal. Mais, cher ami, vous ne savez pas ce qu’est un élu de Taal, n’est-ce pas ?

Bien sûr que non, laissez-moi donc vous expliquer, un Élu de Taal est un combattant de Taalbastion, ma belle région natale, ses hommes sont la perle des bois sacrés et j’ai l’honneur d’en faire parti.

Les soldats des bosquets ne manient pas de lames ouvragées par des orfèvres en aucun cas, et n’endossent pas non plus de carapaces métalliques martelées par les forgerons nains du Sud, l’ensemble de l’armure d’un élu de Taal est sa propre peau, recouverte de couches de cuir tout de même gravées de petits motifs forestiers, et tous portent une peau de cerf sur les épaules donnant à la crème guerrière leur aspect sauvage.
Et à l’intérieur de cette armure, on retrouve la passion de Taal, un homme mûr et dont l’âme est assez pure pour faire valoir sa ferveur.
Ne vous y méprenez pas, nous ne sommes pas aussi éblouissants que les Chevaliers Demigriffons, qui comptent bon nombre de ces montures majestueuses, par ailleurs vous seriez étonné de savoir que si tous les Chevalier de la Fureur de Taal se réunissaient le nombre de leurs montures serait bien plus important.


Le discours annonçait l’ordre de mise en position, les quelques individus qui n’étaient pas encore prêts pour le combat se hâtèrent et l’armée régulière en livrées rouge et jaune ainsi que la milice se rangea en formation.
Le Talabecland a été fondé il y a plus de deux mille ans, Talabheim est sacrée aux yeux de Taal, le Dieu de la Nature, et du reste le cœur de l’Empire, encerclée par les parois d’un gigantesque cratère. La puissante Talabec traverse la petite ville de Talagaad, qui constitue le port de la cité, avant de poursuivre son chemin jusqu’à Altdorf et de se jeter dans la mer...

Bref, l’attente ne fut pas longue. Trente minutes après que nous nous soyons mis en place un raz de marée sans fin de monstres brisèrent la douce tranquillité des feuillages. Des dizaines de centaines d’ennemis émergèrent, leurs armes et armures n’étant pas identiques, ils formaient une sorte de troupeau désorganisé, mais dangereux.

Durant la préparation psychologique au combat, le Comte Électeur bien-aimé de Taal s’adressa à nous.



« En formation ! Guerriers, notre heure de gloire arrive ! Ne faites pas de quartiers ! Je sais que certains d’entre vous sont prêtres à l’autel de Taalwelt, priez Taal, mais je vous en conjure, n’essayez pas de lire l’avenir dans les entrailles de ces démons ! »



Un rugissement de rires s’éleva en réponse. Nous nous mîmes en position et dans un mouvement étonnamment uni les lances se baissèrent et les rondaches de peau se levèrent sur nos deux premiers rangs.
Dankrad, mon frère d’armes, commença à frapper son bouclier de son javelot. Les percussions firent vibrer les frondaisons à l’unisson et un groupe de musiciens réguliers en livrés rouge et jaune fit résonner la mort à travers la sylve.

Malgré cela nos adversaires ne furent que peu déstabilisés, alors que les cordes des coureurs des bois se tendaient, ils parcoururent l’espace qui les séparaient de leurs chefs et se mirent plus ou moins en formation. Une pointe, ils comptaient utiliser la force de leur charge pour traverser nos premiers rangs et donc vaincre une partie de notre armée. Audacieux, mais imprudent, parfait. La saveur de l’hémoglobine me manquait.

Des collines protégeaient nos flancs, nos archers étaient établis sur ces dernières pour percer les peaux barbares, des chevaliers du Cerf assis sur leurs griffons accompagnaient la cavalerie du comte Halmut Feuerbach, ils se préparaient à couper toute tête s’avançant de trop, le massacre à venir me mit l’eau à la bouche, la chair nordique allait bientôt goûter au courroux de Taal.

Une fois en formation, les barbares se mirent en marche. Les tremblements de leurs pas virent rejoindre le rythme de leurs boucliers, le temps s’arrêta, une image unique apparut, des ennemis opposés par la naissance s’unissaient dans un instant de fraternité. Tous hommes de guerre se battant pour une patrie à laquelle ils appartiennent, prêts à s’entre-tuer pour sauver leurs dogmes. Pourtant deux camps s’affrontent, la majesté du grand Talabecland faisait face à la rage du chaos.

La pointe des chaotiques s’avança jusqu’à une cinquantaine de mètres des enrôlés, le blanc de leurs yeux était rempli de braises, l’anéantissement brillait dans leurs glaives grotesques, les râles de la bataille commençaient à emplir la prairie.
Une fois qu’elle fut formée, la flèche chargea pour parvenir au contact. Nos archers n’attendaient que ça et lorsque les premiers guerriers arrivèrent à une dizaine de mètres des miliciens, ils purent apercevoir la mort venir des hauteurs, car une pluie de traits tombèrent, bloquant la charge de ceux qui suivaient, facilitant la tâche des conscrits.
Pour nous, il ne restait plus qu’à patienter.

Les cadavres s’écroulaient, les hommes étripés, les membres de tribus égorgés, les têtes et le sang tombaient pour arroser la création de Taal et Rya, le fer cognait contre le fer, la chair se perçait sous l’acier, les hurlements de douleur, de haine et de rage résonnaient dans les bois du Talabecland, et formaient une mélodie funeste.

Je ressentis alors une sensation enivrante, une envie de destruction, d’élimination, d’annihilation.
Mais je ne pouvais avancer au combat, la phalange des élus de Taal avait besoin de moi, je ne pouvais pas laisser Dankrad derrière moi, je restais donc dans les rangs.
Avant même l’affrontement j’étais las de mon propre conflit, j’aurais souhaité être au premier rang, verser le premier sang, lutter pour ma survie et pour leur mort, mais je n’eus pas longtemps à attendre, mon premier adversaire arriva, ce précipitant vers le cadeau divin que présentait ma lance.

Il était jeune, surtout pour un guerrier, il portait des décorations chaotiques sur son écu, je m’en souviens encore, un poisson dans la gueule d’un loup a plusieurs têtes, ses cheveux blonds semblaient voler grâce à la vitesse, ses yeux étaient d’un magnifique bleu malgré le sang qui y était injecté. Un tatouage courait tout le long de son torse, formant des spirales qui remontaient jusqu’à son cœur pour former un symbole hérétique, qui fut couvert par ma lance, une pluie d’hémoglobine jaillit dans son dos, et en retirant ma lance je pus entendre ses os craquer, me remplissant d’extase, l’euphorie du sang.


Plusieurs autres membres de ma formation durent abattre un guerrier qui leur sauta dessus. Une fois nos lances récupérées, nos boucliers se rejoignirent une fois de plus. Les opposants suivants arrivaient, mais cette fois ils étaient mieux organisés, ils se mirent en formation avant de commencer leur charge, mais il faut savoir que la célébrité des élus de Taal est due également à leurs talents de mouvement.

« Manœuvrez ! » brailla un vieux briscard, la consigne fut saisie. Une fois les hommes du nord arrivés à moins de deux mètres, notre premier rang fit un pas en avant, se baissa et bascula les premiers assaillants par-dessus leurs boucliers de peau, les barbares en question furent surpris par la manigance, ceux qui passèrent par-dessus le mur d’écus se firent empaler par les cornus placés derrière nous. Fatalement, ceux qui s’étaient arrêtés au bon moment plièrent sous une pluie de flèches lâchées par les coureurs des bois.
Après que le sifflement des traits soit passé, il ne restait que des macchabées.

Un seul élément posait problème à cette tactique, acquise ses dernières semaines, un nouveau groupe de barbares continuait à charger, mais grâce aux dépouilles des précédentes victimes ces derniers étaient ralentis. La plus grande partie de nos compagnons pouvait ainsi se remettre en formation ou réarmer à temps leurs arcs. Dankrad en faisait partie, mais moi, je me pris les pieds dans un cadavre. Je dus par conséquent abandonner la formation qui avait déjà comblé mon absence par un autre homme.
En conséquence, je rentrais dans la mêlée, parfait !

Un nouveau barbare me chargeait, il portait sur lui quelques entailles d’épée sur les bras, les miliciens avaient dû l’affaiblir, mais il devait être aguerri à leurs méthodes de combat, je commençais donc à l’agresser comme le font les soldats réguliers, et il réagit comme tel, il prépara son bouclier en bois pour une offensive provenant du haut droit, mais ma lance n’attaqua point, a la place ma rondache vint heurter directement ses dents. Sa mâchoire recula dans l’arrière de son crâne, écrasant l’espoir et les gencives de l’homme du nord qui roula au sol de douleur.
Une fois sur le plancher des vaches il tenta de se relever, mais ma lance vint l’embrocher, traversant sa colonne vertébrale. Brisant ses désirs ainsi que son épine dorsale.

Ma lance plantée dans ce deuxième blasphémateur rendant son dernier soupir face contre terre, je cherchais ma prochaine proie et vis un glaive fondre vers mon visage. Je me balançais sur le côté droit pour l’esquiver, ce qui bouscula un camarade, de par ma maladresse il se fit fendre la tête par une hache.
Dans la panique, je n’eus pas le temps de ramasser ma lance. Je me rabattis donc sur ma longue dague de chasse. Une arme plus meurtrière et agressive que ma lance, ma chère dague était donc mon arme de prédilection. Sans elle je serais mort durant cette bataille.
Sitôt dégainées deux autres adversaires me tombèrent dessus. Mais l’état de rage et de haine pour le chaos dans lequel j’étais ne me laissa comme souvenir que les plaies sanguinolentes de mes victimes. Jusqu’à que je fasse face à un Berseker, un monceau de muscle de plus de deux mètres de haut couvert de sang.

La brute m’aperçut au milieu de ses copains, il acheva d’un coup de hache le pauvre garçon qu’il soulevait à une main puis il saisit son bouclier et commença à me charger. Je fis de même, durant ma course je pouvais ressentir l’impact de ses lourds pas dans l’humus injecter de sang. Sa hache à deux tranchants se leva dans les airs, mais dès qu’elle s’abattit ma dague se hissa, me protégeant de la lame. Mais le choc me déstabilisa, m’empêchant de remarquer le bouclier de fer noir qui vint m’ouvrir le bras et m’envoyer voler sur plusieurs mètres.

Je ne voyais plus grand-chose, le coup m’ayant brisé les sens, je n’apercevais que cette immense ombre qui se rapprochait de moi en marchant. Attendant le moment l’ultime, il leva une lance qu’il avait ramassée au sol et s’apprêtait à me percer tel un gibier. Heureusement, je trouvais la force de soulever mon bouclier de peau, par chance la lance fut déviée par l’ossature en bois et ripa le long de mon bras abîmé. J’entrevis le regard étonné du géant après ce mouvement. Utilisant sa surprise et mes dernières forces je lui coupai alors le tendon d’achille grâce à la subtilité de ma dague. La terre trembla au moment où la masse du colosse s’écroula dans un hurlement de colère. Durant les deux minutes qui suivirent, le géant et moi échangions au sol de nombreuses tentatives d’assassinat mutuelles. Plus habille, je conclus enfin d’un coup de lame à travers la gorge. Une fois mon ennemi vaincu, je m’effondrais face contre terre. Épuisé par les combats et par la mort, je sentais mon âme se relâcher et mes forces me quitter. Je m’évanouis.

La première chose qui sortit de ma gueule pâteuse fut « Merde ». La plaie m’ouvrant l’épaule n’avait pas cicatrisé, heureusement pour moi les tissus vestimentaires de mon ultime victime avaient stoppé une partie de l’hémorragie, mais dès mes premiers mouvements je pus sentir le liquide chaud couler le long de mon corps. Mon premier réflexe fut de dénicher de l’eau, il n’était pas encore trop tard pour empêcher l’infection.

En inspectant les dépouilles dans l’espoir de dégotter une outre, je remarquais que certains d’entre eux n’étaient pas encore crevés, des râles lourds pouvaient s’entendre à travers le champ de bataille, des corps démembrés semblaient ramper pour rejoindre un soigneur absent, la première gourde que je trouvais me fut confisquée par une dépouille décrépite semblait s’être noyée dans l’eau qu’il venait de verser dans son gosier, finissant ainsi son outre avec sa vie.
Cet enfer me torturait, physiquement par le gouffre sanglant que me représentait mon triceps, mais aussi mentalement par l’ombre mortelle qui tournait autour de chaque cadavre, chaque bras pouvait être celui d’un confrère tombé au combat, ou même celui de Dankrad que j’avais lâchement abandonné pour le plaisir d’une demoiselle affûtée.

Mais mon salut se montra à moi, sous la forme d’une gourde transpercée renfermant encore une dizaine de lampées,  le problème était ce nordique qui rampait également en sa direction pour tenter de se l’approprier. Je courus pour récupérer le précieux contenant, je la tins hors de sa portée puis m’agenouillais devant le moribond, je l’observai alors.

Je ne pus véritablement définir la couleur de sa tignasse, du sang desséché reposait le long de cette dernière. Les traits asséchés et les rides présentes sur les bords de ses yeux et de sa bouche, il semblerait que cet homme avait vécu sa dernière bataille. Je décidais donc de lui parler.

- Ne t’en fais pas, tu es un guerrier, je ne m’attaquerais pas à un homme désarmé.
- Se… secours…

Sa voix était faible, il n’en aurait plus longtemps. Encore moins lorsque j’aperçus qu’il avait dégainé un poignard en pierre d’une teinte peu commune.

- En réalité, tu es un lâche !

Sur ces mots, je ressortais ma dague.
Le son du métal résonnant à travers la chaire brisa la tension de ce lieu. Certains râles se stoppèrent, d’autres s’accélérèrent et surtout les yeux du vieux briscard s’agrandirent et son visage perdit ce qu’il gardait de couleur.

Il tenta de se lever, se battre dans un dernier combat, mais il ne méritait pas ce privilège. Alors qu’il tentait de s’appuyer sur son poignet pour se relever, il se rendit compte que son bras avait rétréci d’une main dans un filet de sang. Les cris de peine traversèrent les esprits des soldats restants, stoppant leurs pensées et leurs respirations par crainte. Le lâche se recroquevilla sur lui-même dans sa douleur, la mort s’abattit sur lui, prouvant la force de l’honneur face à la traîtrise.

Après avoir exécuté ce lâche, je récupérais ma compensation. Après avoir bu quelques gorgées pour étancher ma soif et nettoyer ma plaie. Je déchirais un bout de tissu à un homme qui n’en aurait désormais plus besoin pour m’appliquer un bandage de fortune.

Cependant abattre les lâches n’était pas mon métier, les hommes-bêtes ont ça dans les veines, ces fauves charognards nous empêchent de vivre en paix et nous forcent à fuir rapidement les champs de bataille avant qu’ils nous massacrent pour récupérer leur précieuse nourriture. J’avais d’ailleurs de la chance qu’ils ne soient pas encore arrivés....

Non, je me dois de rejoindre mon groupe et Dankrad. Pour cela, j’aurai besoin de quatre journées de marche, quatre nuits me séparant de Talabheim, la capitale, avant de poursuivre la purge de notre forêt au nom de Taal et Rhya.
Taille Tallgott, Voie de la foi guerrière.

FOR 9 / END 9 /HAB 9 / CHAR 9 / INT 10 / INI 9 /ATT 9 / PAR 9 / TIR 8 / NA 1 / 32/65 PV

Compétences :

-Sociales: Alphabétisation, Doctrine du culte ( Taal et Rhya ).
-Artisanales: Architecture, Travail de la pierre.
-Sylvestres: Camouflage, Orientation.
-Martiales: Coriace, Résistance accrue, Coups puissants.


lien fiche personnage : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_taille_tallgott

« Par la terre, l’arbre et les os. » : Serment courant chez les adeptes de Taal et Rhya.

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Alicia
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Re: [Concours] La Bataille III

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Le lendemain, le soleil se leva sur les deux flottes engagées en plein combat. Les premières escarmouches avaient eu lieu à la faveur de l'obscurité qui précède l'aube. Pour le moment, l'astre diurne se cachait encore derrière les lointaines montagnes, mais il n'en éclairait pas moins la bataille dont l'issue était presque déjà jouée.
Le Ciryaher Menel Dalhanil poussa force de juron, du haut de son poste d'observation, avant d'ordonner à trois de ses navires de remonter au vent pour ne pas se faire coincer contre les côtes. A ces ordres, on commença à agiter les drapeaux pour faire passer le signal aux navires encore en réserve.

La bataille ne se passait pas bien du tout. S'il perdait encore un navire, l'amiral allait être forcé de se replier. Il ne doutait pas de pouvoir laisser derrière lui mais l'échec de son plan lui laissait un goût amer.
Il avait eu l'intention de mettre à mal la flotte cathayenne, mais cette dernière connaissait suffisamment la côte environnante pour savoir qu'elle courait le plus de risques au large des côtes. Le dernier espoir de l'amiral résidait à présent dans le plan du maître du savoir Vyrion. Si tout fonctionnait comme prévu, des navires nipponais et autres pirates étaient également en train de s'en prendre aux conquérants. Du moins si le renseignement naval avait fait son travail correctement. Mettre en erreur les barbares des steppes du nord et leurs """alliés""" nipponais pouvait s'avérer parfois plus ardu que prévu.
En attendant, le prince était furieux de n'affronter que des vaisseaux de guerre sans même apercevoir le moindre bateau de transport de troupes. Cependant, il se réconfortait à l'idée que la flotte aurait beaucoup moins de bâtiments pour la défendre si elle rencontrait les nipponais ou les barbares achetés et manipulés.
Puisqu'il ne servait à rien de mourir maintenant en emmenant ses elfes avec lui, l'amiral donna l'ordre aux navires de se retirer.
Il passa alors en revue les différents choix qui s'offraient à lui et décida de les laisser se débrouiller. Chacun de ses vaisseaux contenait une cargaison de douze barils de feu suprême. Leurs capitaines avaient reçus l'ordre, en cas de capture, d'y mettre le feu, dans l'espoir d'emmener avec eux des bâtiments de l'ennemi et surtout afin de ne pas tomber entre ses mains.

La flotte des colonies ne comptait certes pas d'aussi bons esquifs que celles d'Ulthuan, pas plus que les meilleurs marins des océans, mais elle pouvait s'enorgueillir d'avoir dans ses rangs de nombreux spécialistes et adeptes de techniques de combat bien plus exotiques que celles des forces de la métropole. Et c'était assez pour tenir la ligne contre leurs cousins de Naggaroth, ou tenir à l'écart de leurs colonies nombre de barbares trop gourmands. Et ils avaient des navires extrêmement agiles, qui compensaient leur fragilité exacerbée par leur capacité à prendre en traître nombre d'embarcations. Puis ils étaient tous de facture elfique. Cela aidait considérablement.
Dès lors qu'ils eurent reçus l'ordre de repli, tous firent demi-tour, comme une équipe bien entraînée, malgré quelques irrégularités dans la ligne.
Tournant au vent, ils coururent grand largue et laissèrent derrière eux les vaisseaux cathayens, plus lents. Quelques galères et vaisseaux dragons réussirent à les poursuivre sur une courte distance, mais les rameurs ne tardèrent pas à s'épuiser et furent obligés de ralentir le rythme, laissant filer les navires des colonies elfiques.

Le repli de la flotte était un succès. S'adressant à son capitaine, il s’enquérait alors du bilan. Celui ci avait navigué toute sa vie durant dans les flottes de la métropole. Officiellement, c'était lui le capitaine du Dragon royal, mais il savait qu'il ne commanderait pas tant qu'il aurait son amiral à bord.

Nous avons coulé sept navires ennemis et en avons sévèrement endommagés cinq.

Les deux elfes portaient l'uniforme de la marine coloniale, veste bleue et pantalon blanc, selon les désirs du gouverneur assigné par Ulthuan. Mais personne au monde, y compris le prince de Lothern, ne parviendrait à obliger l'amiral à porter le bicorne en vogue au sein de la flotte. Il lui préférait un chapeau noir à large bord, orné d'une plume rouge défraîchie, un souvenir de sa première traversée en compagnie de son légendaire ancêtre Dalhanil. D'ailleurs, aucun des marins sous ses ordres n'osait se moquer de ce chapeau.

De leur côté, ils avaient perdus six navires et cinq en mauvais état, qui remontaient en direction du Nord

De quoi faire jurer à nouveau l'amiral. Pas moins de soixante-cinq navires avaient affronté les soixante qu'il avait sous son commandement, mais la rencontre se soldait par un score pratiquement identique. Levant les yeux en direction du soleil matinal, le prince donna ses ordres.

Dites à la flotte de se diriger vers l'Est. Laissons les loyalistes croire que nous nous replions dans les îles du Couchant. S'agrippant à la rambarde du gaillard d'arrière, il poursuivit. Au crépuscule, nous mettrons cap vers le Sud. Demain, avant l'aube, nous tournerons vers l'Est et les attaquerons au moment où ils se découperont sur le soleil levant, pendant que nous serons encore dans l'obscurité.

Regardant les vaisseaux lourds cathayens s'éloigner et mettre cap au Sud, comprenant qu'il ne servait à rien de continuer à poursuivre sa flotte, le prince se tourna ensuite vers l'Est, où l'un de ses navires, gravement endommagé, sombrait lentement. Quant au deuxième bâtiment abordé par l'ennemi, il brûlait.

La bataille était loin d'être terminée.

----------------------------
Un jour nouveau se leva sur des navires en flammes. Au cours de la nuit, la flotte du prince avait perdu de vue l'escadre de l'Empereur dragon et mis cap à l'Ouest.

Deux heures plus tard, elle avait viré vers le Sud pour revenir sur la bordure de corail de la mer jaune.
La manœuvre avait été récompensée, avant même le lever du jour, par le spectacle des incendies. Des navires originaires du continent avaient été incendiés jusqu'à la quille et sombraient lentement dans les eaux noires. Les vigies annoncèrent d'autres incendies plus à l'Ouest. Lorsque le soleil se leva, Menel Dalhanil aperçut l'immense flotte ennemie qui attendait toujours de franchir les passes et récifs. Il n'aurait su dire combien de navires au juste avaient déjà réussi la difficile traversée, mais leur nombres s'élevait sans doute à un tiers, au moins. Soit déjà un bon demi-millier...
Des combats se déroulaient encore au Sud entre les vaisseaux de guerre de l'Empereur dragon et les barbares venus du grand Nord.

Ce fut avec un cœur joyeux que l’amiral constata que le reste de son escorte n'étaient pas là. Il donna instantanément l'ordre à tous ses navires d'attaquer. Tandis que le signaleur s'exécutait, le prince se tourna vers son commandant en second, pour lui expliquer cette joyeuse vérité dans laquelle ils vivaient. Ils avaient semés les vaisseaux qui les poursuivaient hier. Avec un rapide calcul, il estima disposer d’environ une heure pour faire le plus de dégâts possibles avant qu'ils ne leurs retombent dessus. Et une partie de leur escorte était aux prises avec les nordiques, tandis que l'autre partie était de l'autre côté des passes. La préparation des balistes fut rapide.
Les artilleurs coururent à l'avant du navire où les attendaient deux engins de guerre semblables à d'immenses arbalètes. Chacun pouvait tirer un projectile à tête de fer qui faisait trois fois la taille d'un homme et qui visait à toucher la quille ou à abîmer le gréement de la cible. Cependant, à la place du projectile habituel, les ingénieurs navals avaient mis au point une arme spéciale remplie du terrible feu suprême. Son usage n'était pas sans danger car la moindre erreur de manipulation pouvait réduire le Dragon royal en cendres. Mais c'était encore ce qui avait le plus d'efficacité, au vu de la présence de nombreux "mages" dans la flotte adverse. Ceux ci ne pouvaient bien entendu pas égaler la puissance ou la maîtrise des arts qu'avaient les elfes, mais leur nombre était suffisant pour constituer une gêne assez importante, réduisant les capacités offensives de la magie elfe.
Par contre, ils ne pouvaient rien faire contre du goudron correctement traité et enchanté et projeté par balistes....

Derrière le navire amiral, les quarante-sept bâtiments qui restaient sur la soixantaine avec lesquels le prince avait appareillé se déployèrent en formation d'attaque. Le vaisseau perdit du vent et réduisit sa vitesse. La flotte se répartit alors de chaque côté afin de provoquer le plus de dommages possibles parmi cette masse grouillante de bâtiments, quasiment à l'arrêt - ils attendaient l'ordre de faire voile vers l'archipel, une fois le reste de la flotte étant sortie des passes.

Au signal de l'amiral, les balistes ouvrirent le feu. Deux des plus gros navires ennemis, formant l'arrière garde de la flotte adverse, tournèrent alors en toute hâte pour engager le combat. Ils gîtaient dangereusement mais pouvaient potentiellement faire des dégâts. Pire que tout, il fallait que ce soient des navires dragons, dotés de catapultes et canons. Il était temps de faire enfiler les casques à l'équipage, tandis qu'une l'énorme machine, disposée sur le château du milieu d'un des navires, projeta en l'air un énorme filet de rochers.

Tous ventre au pont !!!

Le filet décrivit un arc de cercle au sommet duquel il s'ouvrit, libérant une pluie de pierres plus grosses que la tête d'un homme. La navire amiral fit une embardée à bâbord et évita avec agilité les projectiles qui tombèrent sans dommages à tribord de l'endroit où se tenait le prince. Un peu plus et ils auraient réduits la voilure du vaisseau en charpie.
Revenant à tribord, le navire retrouva son cap initial, qui allait l'amener à heurter le gros navire ennemi tortue par bâbord. Les deux navires étaient suffisamment proches l'un de l'autre à présent pour permettre au prince d'apercevoir l'équipage qui tentait frénétiquement de recharger la catapulte.

Mauvais calcul, remarqua celui ci. Ces machines sont trop longues à recharger et les hommes sont à découvert.

Comme s'ils lisaient dans l'esprit de leur amiral, les archers qui se trouvaient dans les vergues commencèrent à tirer sur les artilleurs ennemis. Quelques uns tentèrent de mettre en place des pavois pour se protéger durant la tâche, mais devant l'inefficacité de cette tactique, ils partirent rapidement se réfugier sous la carapace en fer de leur cuirassé.
Les soldats de la marine coloniale avaient certes reçus un entraînement minimal pour les combats à terre, mais ils avaient l'expérience des combats en haute mer. Ils utilisaient donc leurs arcs courts avec une remarquable efficacité. Pour des coloniaux.

Le maître d'arme donna l'ordre à la baliste située à tribord de faire feu. Le projectile rempli de feu suprême atterrit au beau milieu du navire ennemi, provoquant une terrible explosion qui ravagea le château de bois. L'incendie qui en résultat se vit même communiqué aux niveaux inférieurs de la boite de conserve adverse, détruisant celui ci de l'intérieur, causant la panique parmi l'équipage à cran et entraînant un "sauve qui peut" dans cette masse d'hommes confinés, destinés à être rôtis. Khaine soit loué, ils n'étaient plus assez calmes pour faire usage de leurs canons sur eux. Ils étaient à une portée idéale. Des hommes se mirent à hurler lorsque les quartiers d'habitation abritaient un grand nombre de soldats que les semaines de traversée avaient apparemment rendus malades. Au moins une vingtaine d'entre eux, le corps partiellement ou complètement enflammé, se jetèrent par-dessus bord. D'autres essayèrent frénétiquement, mais en vain, d'éteindre l'incendie et découvrirent avec horreur les propriétés du feu suprême. Une fois allumé, on ne peut l'étouffer qu'avec du sable, car l'eau ne faisait que l'aider à se propager plus vite encore, et la magie n'était d'aucune utilité. Après tout, ça n'était qu'une bête réaction alchimique. La magie n'avait pas vraiment son rôle là dedans.
Puis leur réserve de poudre explosa.

S'arrachant à la contemplation de ce sinistre spectacle, l'amiral observa la trajectoire de son bateau.

A bâbord toute ! Ça va devenir l'enfer à proximité et je ne veux pas me retrouver coincé sans pouvoir virer de bord. On va continuer à s'en prendre à leur arrière-garde en restant hors de portée !

Les signaleurs relayèrent les ordres. Les autres navires de la flotte imitèrent celui de l'amiral, lançant leurs projectiles enflammés avant de changer brusquement de cap pour ne pas être pris au beau milieu des vaisseaux qu'ils attaquaient.

C'est là qu'on lui annonça avoir aperçu des galères de combat qui culaient au milieu des navires en flammes. Ils voulaient sortir de ce merdier pour les combattre, mais ils n'avaient pas la place de manœuvrer. Il fallait trouver quelque chose d'autre à brûler avant qu'ils ne parviennent à sortir.

Il ordonna à la flotte de mettre le cap au Sud, en direction de l'endroit où les barbares avaient affrontés les envahisseurs. La fumée commençait à obscurcir sa vision, et les mages n'étaient pas très utiles, l'ennemi utilisant les siens pour perturber leur vision aethyrique.
Il ne pouvait se fier qu'à la vigie, à laquelle il donna pour consigne de le prévenir si elle voyait apparaître l'escadre qui les avait pourchassés la nuit dernière.


Pendant une heure, les navires des coloniaux chassèrent leurs proies. Des hommes mouraient en hurlant mais le nombre de bâtiments ennemis ne semblait pas diminuer pour autant. L'amiral avait personnellement incendié quatre vaisseaux et s'approchait du cinquième lorsque la vigie s'écria :

Navires en vue Ciryaher!

Combien !?

A première vue, je dirais un vingtaine... Non, une trentaine.... Une quarantaine de voiles !

C'est leur escadre ! Ils se sont rendus compte qu'on les a doublés, dit le capitaine Aerin.

Proférant des grossièretés, l'amiral maudit Loec de cette mauvaise surprise alors qu'il avait de quoi couler pendant toute une journée les grosses barges flottantes adverses sans courir le moindre risque. Puis on lui annonça que les deux galères étaient parvenues à virer de bord et franchir le barrage des navires en flammes.

Voilà qui est intéressant, commenta Aredhel d'un ton sarcastique.

Il leur fallait du temps supplémentaire. Quelques quarante projectiles en réserve dans leur arsenal. Les deux galères à moins d'un mille. Le flanc nord protégé par le l'escadre de Vyrion, celle de Tessia et ce qui reste du groupe de Lujeon, ainsi qu'un bon tiers des cotres. L'amiral savait tout ça, mais entendre quelqu'un d'autre le lui dire l'aidait à clarifier ses pensées.
Ses ordres ? Que Vyrion et Tessia mettent cap au nord intercepter les nouveaux arrivants. Qu'ils les harcèlent et les retardent, mais interdiction absolue d'engager ouvertement le combat.
Ensuite, envoyer les cotres incendier les galères.

Le prince savait qu'en agissant ainsi, il risquait d'envoyer par le fond plusieurs des rapides petits navires. Leurs capacités offensives étaient limitées, mais si deux ou trois d'entre eux se rapprochaient suffisamment, ils parviendraient à incendier les deux galères. Dans l'idéal, cela laisserait le temps aux vaisseaux de guerre des colonies de couler encore trois douzaines de navires de transport de troupe chacun.


Le carnage se poursuivit durant toute la matinée. Puis une heure avant midi, il apparut évident que la concentration de navires ennemis était trop importante. L'escadre cathayenne avait décidée d'ignorer Vyrion et Tessia, lorsqu'elle s'était rendue compte qu'ils n'engageraient pas le combat. A présent, elle se précipitait tout droit au cœur de la bataille. Cependant, les cotres avaient réussi à incendier l'une des immenses galères et à encercler la seconde. Les conquérants faisaient pourtant pleuvoir un incroyable déluge de flèches sur leurs adversaires, sans compter qu'ils possédaient eux aussi des balistes. Leurs artilleurs ne cessaient de les recharger et chaque fois qu'ils faisaient feu, un petit cotre était gravement endommagé ou sombrait. C'était le carnage. Mais il payait. Pour l'instant.
Le prince embrassa une dernière fois du regard les dégâts qu'il avait provoqués. Puis il se tourna vers son commandant en second, pour lui ordonner de mettre l'ordre sur la base.
L'intéressé n'hésita pas un seul instant et donna ses ordres au timonier, d'autant qu'une autre galère avait réussi à suivre l'exemple des deux premières et ramait énergiquement dans leur direction.

Maître d'armes ! appela le prince.

Ciryaher ? répondit l'officier d'une voix devenue rauque à force de respirer depuis des heures la fumée malodorante du feu suprême.

Pendant que nous changeons de cap, j'aimerais assez que vous touchiez la galère qui se précipite vers nous.

A vos ordres amiral.

Tandis que le navire tournait, la baliste fit feu. Son missile enflammé franchit la distance qui séparait les deux embarcations et atterrit sur le château avant de la galère. Les flammes envahirent la partie supérieure de la proue, mais seuls les marins qui se trouvaient à cet endroit furent tués. En dessous, sur le pont, le tambour continua à battre selon un rythme régulier afin que les rameurs ne perdent pas la cadence. La galère poursuivit son chemin, inexorablement.
Un rapide calcul et il comprit qu'il ne parviendrait sans doute pas à la distancer. Pis encore, la vigie l'informa qu'elle avait un éperon en fer au niveau de la quille. A moins de bénéficier d'un brusque souffle de vent, ils allaient couler. Son officier, impassible, attendait les ordres.
Un regard du côté de l'archimage à son bord lui apprit qu'il n'y avait rien à attendre de lui. Il était vanné, et l'ennemi continuait de perturber l'aer ambiant.
L'équipage regarda calmement approcher l'immense vaisseau de combat avec sa proue entièrement embrasée, vision d'horreur qui semblait pourtant bientôt fichue, mais tenait encore à les éventrer.
Le capitaine ferma les yeux.

Amenez les perroquets, monsieur Aerin, ordonna-t-il à son second, qui fit passer la consigne.

Les marins tirèrent rapidement quelques cordages et déplacèrent des vergues. Le Dragon Royal vira à bâbord sous le nez de la galère toute proche. Le prince pouvait sentir la chaleur des flammes par-delà la distance qui ne cessait de se réduire. Ses archers commencèrent à tirer sur le pont du navire.
Il ordonna par ailleurs qu'on essaie de distraire le timonier. Ceux ci n'attendirent pas que le maître d'armes relaye la consigne et entreprirent immédiatement d'inonder de leurs flèches l'arrière de la galère. Le prince ne savait pas s'ils pouvaient voir le timonier, mais il était probable qu'une soudaine averse de flèches pousse ce dernier à lâcher le gouvernail pour se protéger. Si la trajectoire de la galère ne déviait ne serait-ce que de quelques mètres, le Dragon Royal serait peut être sauvé.
Il contempla avec une fascination muette l'approche du vaisseau de l'Empereur dragon. Il entendit le tambour changer de cadence. On avait dû donner l'ordre d'augmenter la vitesse afin d'éperonner le navire des colonies.

Au conseil de son capitaine, il s'accrocha au bastingage tout proche, dans l'attente du choc imminent.

Puis le Dragon Royal gîta encore davantage, tandis que le vent fraîchissait. Le timonier de la galère ne parvenait pas à compenser la vitesse de sa proie, peut être en raison de la pluie de flèches ou de la fumée aveuglante qui s'échappait de la proue de son propre navire.
L'acier crissa contre le métal lorsque l'éperon de la galère heurta violemment la poupe du Dragon. Le choc projeta le timonier des colonies loin du gouvernail tandis que les flammes se propageaient à la brigantine du navire.

Faites éteindre l'incendie capitaine, ordonna Menel d'un ton calme.

L'équipage courut prendre des seaux de sable tandis que les marins dans la mâture tranchaient des cordages pour se débarrasser des voiles en feu.
Le Dragon Royal fit un bond en avant comme si quelqu'un l'avait poussé. Le timonier s'était assommé en tombant, si bien qu'un autre marin avait courut prendre sa place.

Eh bien, Aerin, on dirait qu'Asuryan est avec nous pour le moment, fit remarquer le prince.

En effet amiral, répondit le capitaine, le soulagement inscrit sur son visage à la vue des deux navires qui se séparaient. J'espère qu'on aura pas à recommencer pareil exploit de sitôt.

Je suis d'accord.... , commença le prince, avant de s'interrompre brusquement, les yeux écarquillés.

Il baissa la tête et vit qu'une hampe de flèche surgissait de son ventre et que du sang commençait à inonder son pantalon blanc.

Oh merde, murmura-t-il avant de s'effondrer.

Une volée de flèches s'abattit sur le gréement. Les soldats d'un navire proche lançaient une attaque de la dernière chance contre le Dragon, dans l'espoir d'atteindre quelques membres de l'équipage.
Les marins se précipitèrent pour déployer les voiles; la flotte des colonies s'éloigna des combats. Quelques minutes plus tard, le capitaine retrouva le prince étendu sur sa couchette. Il allait mal. Le chirurgien craignait le pire. S'ils arrivaient à le maintenir en vie jusqu'à leur arrivée à la base, un prêtre guérisseur serait peut-être capable de le sauver. Mais la gravité de son état dépassait de loin ses maigres talents.

Au commandement jusqu'au rétablissement de l'amiral, le capitaine remonta sur le gaillard d'arrière où l'attendait son second. Là, il prit connaissance du bilan. Ils avaient perdus le Martinet Royal, le Prince de l'Ouest et une vingtaine de cotres. En échange, l'ennemi avait perdu une trentaine de navires de transport, voire davantage, et une demi douzaine de galères de combat, ainsi que 3 bateaux tortues.
Regardant derrière lui, la flotte ennemie ne formait plus qu'une masse noire à l'horizon. Ils semblaient toujours aussi nombreux. Et avec un amiral entre la vie et la mort....
Ses ordres étaient de retourner à la base, attendre une semaine, avant de retourner à Kyubi.
On voyait à quel point le capitaine était troublé. Tout comme l'équipage d'ailleurs. Le prince Menel Dalhanil, fils cadet de la royauté, était déjà amiral et commandant en chef de la marine coloniale à deux cents ans. Ils s'étaient engagés tous deux en même temps. C'était lui qui assurait la cohésion de la flotte, sans compter qu'il appartenait à la famille royale puisqu'il était le plus jeune frère du roi. Sa mort serait déjà un coup terrible en soi pour les colonies, mais elle risquait de revêtir une importance tragique à l'heure où le pays avait besoin que la marine coloniale donne le meilleur d'elle-même.
Le commandant revint à son second, qui ordonna de faire voile vers la base à vitesse maximale.

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Li Byang, amiral de la flotte du vénéré Empereur dragon, protecteur de tout Cathay et juste souverain de l'univers, était légèrement énervé. La campagne était entrée dans une mauvaise passe. Mais plus il y réfléchissait durant le conseil, plus il réalisait que sa conception même avait été un problème. Ils dépendaient bien trop du culte de Tsien Tsien. Alors certes, les mages et prêtres de celui ci s'étaient rendus plus qu'utiles durant les troubles qui avaient agités l'Empire céleste, mais il y avait autre chose.... Déjà lorsqu'on avait discuté de la chose au conseil impérial, l'insistance des représentants du culte à avoir le beau rôle durant la campagne l'avait inquiété. Ceux ci s'étaient surtout illustrés sur terre, mais jamais au grand jamais n'avaient ils eu le moindre fait d'armes significatif sur des combats en mer. Or la campagne risquait de se jouer sur les mers. En l'absence de point d'appui suite à la chute du dernier bastion il y avait de cela quelques dix ans... Puis le fait que ses soutiens personnels se soient éclipsés au moment du vote, ou l'aient même trahi, manquant de peu de le disgracier.... Il ne devait sa position actuel d'amiral en chef de l'expédition qu'à l'attention de l'Empereur céleste qui, au regard de ses quelques huit campagnes menées durant sa carrière, dont une qu'il avait sauvée du désastre, ses innovations et réformes concernant l'organisation de la flotte et la défense des côtes et du commerce, et ses innombrables faits d'armes, avait choisit de lui accorder sa confiance, malgré les soutiens dont bénéficiaient les agents de Tsien Tsien et leurs arguments d'apparence raisonnable.

Puis il y avait eu ce moment durant les grandes manœuvres où les serviteurs du dieu de la magie avaient vertement critiqués l'amiral devant sa lenteur à mettre les choses en place, son respect de la procédure et ses tactiques prudentes, qu'il vendaient pour la couardise, lui assurant que maintenir des liaisons avec la flotte et les transports à l'aide de navires-messagers était inutile, au vu de leurs progrès dans le domaine des magies de transmission. Car il fallait le leur reconnaître, ceux ci étaient capables, à l'aide de leur magie, d'envoyer des messages sur de longues distances. Un procédé très intéressant, mais qui néanmoins ne devait pas être le seul lien entre les navires de la flotte. Après tout, la magie restait une chose imprévisible, pouvant vous lâcher au pires moments. C'était en comprenant cela qu'il avait survécu jusqu'à son cinquantième été. Mais pas les cultistes de Tsien Tsien, insistant pour faire reposer la coordination de flotte sur cela, et uniquement cela : la magie. Et cela sans l'avoir testé dans des situations de combats, où quand l'ennemi disposait de mages. Maudits stratèges de chambres qu'ils étaient.....

Puis il y avait eu la bataille d'hier, où il s'était fait jouer comme un mousse. Et où, à la nuit tombée, on l'avait forcé à continuer la poursuite, le mage sur son navire, empiétant sur son autorité, insistant pour continuer à courser l'ennemi, prétextant quelques visions. Alors quand au petit matin, sans nouvelles de la flotte de transport, il eut cet horrible pressentiment qui lui faisait se lever les poils de la nuque, et que le mage à son bord refusait de laisser tomber la poursuite pourtant désormais fichue, au nom de quelques visions.... Eh bien il fit la seule chose qui s'imposait : étrangler par derrière l'individu, lui briser la nuque, le découper en morceaux, jeter ceux ci à l'eau puis faire demi tour à toute voilure, rames dehors, vers la flotte de transports.
Ils perdirent quelques navires, mats brisés à cause de ce régime de "marche forcée", mais ç’avait été, hélas, tout à fait nécessaire. Rejoignant enfin la flotte, ils avaient assistés à l'incendie de celle ci. Asurs à une extrémité, incendiant moult navires, malgré les assurance des adeptes de Tsien Tsien, lui jurant par leurs grands saints que les cultistes à bord des navires sauraient défendre les transports, contrer la magie de l'ennemi et pulvériser les barques de celui ci. Foutaises ! Rien de cela n'avait eu lieu. En réalité ils avaient été des plus inefficaces malgré les milliers de mages et prêtres embarqués, et près d'un cinquième des la force d'invasion avait périe à cause de leur bêtise. S'il n'avait pas assassiné le magus à bord de son navire, jamais son escadre n'aurait put mettre un terme à la gabegie qui avait eu lieu ! Et c'était sans compter les navires barbares et rebelles qui s'étaient donnés à cœur joie en pillant, incendiant ou capturant les navires de ravitaillement, attendant de franchir les passes.... Les dégâts avaient été d'autant plus grands que certains capitaines de navires avaient été exécutés pour "trahison" par les mages lorsqu'ils avaient essayés d'organiser une défense de principe avec les quelques navires d'escorte encore présents.... Ces ignares ne connaissaient rien à la tactique navale. Encombrés qu'elles étaient dans le convoi, bien entendu que les galères auraient dut être retirées de la masse de bois pour pouvoir se réunir correctement et repousser l'ennemi. Mais non. Ce fut du chacun pour soit, avec les terribles résultats connus.
Le décompte des pertes ne cessait d'augmenter, tout comme les cris des malheureux qui souffraient d'infâmes brûlures ou de blessures.... Tout ceci par la faute des serviteurs du dieu de la magie qui s'ingéraient dans sa manière de commander la flotte. Oh.... Il l'avait bien dit au conseil impérial... Mais ils n'en avaient que faire. Et maintenant il était trop tard. Au moins pouvait il encore rectifier le tir, pour empêcher que pareille chose ne se reproduise encore.

Il fit se réunir le conseil de guerre sur son navire. Y assistèrent le représentant du grand secrétariat, désormais rien d'autre qu'une officine du culte de Tsien Tsien, chargé de l'administration des "Provinces Orientales Réorganisées", les généraux envoyés par les Cinq commanderies, l'élu des nobles loyalistes nipponais en exil, chargés, une fois de retour sur l'archipel, de mettre en contact les forces cathayennes avec leurs coreligionnaires persécutés par le nouveau roi des barbares et les restes des partisans de l'Empire, et l'exarque du culte de Tsien Tsien, missionné par le conseil impérial de rétablir le culte du dieu sorcier sur les îles d'où il avait été expulsé après la chute du grand bastion.
Malgré l'ambiance sombre qui régnait dans sa cabine où se trouvaient réunis les représentants, à l'exception du chien de Tsien Tsien, Li Byang, par l'observation de ses coreligionnaires, sut qu'il allait être soutenu par une majorité d'entre eux. Ils étaient peut être solidement liés au culte, mais désormais, après le sang ayant coulé en ce jour, ils conviendraient certainement que cette campagne méritait d'être prise sérieusement, et que leurs propres carrières importeraient peu s'ils mouraient, trop concentrés sur leurs propres intrigues politiques, pour pouvoir combattre l'ennemi extérieur.

Lorsqu'enfin l'exarque arriva, accompagné de ses mignons, malgré les consignes strictes que Li avait donné aux gardes, il purent débuter la séance.
Restant assis à son bureau lorsque le clown arriva, l'amiral laissa planer un silence dans la salle, pendant une petite minute avant de s'exprimer.
Il débuta en exposant un bilan des pertes subies, ainsi que des conséquences de la perte du ravitaillement, prit ou coulé par les barbares qui avaient pu bénéficier de leur éloignement pour s'en prendre à la queue de la formation. Cela les laissait dans une situation très inconfortable, les obligeant à se replier immédiatement vers Cathay ou.... Interrompu sur l'instant par le bouffon de Tsien Tsien, l'amiral se tût, laissant l'homme lancer sa diatribe incendiaire. Une très longue diatribe. Sur les pouvoirs infinis de son maître, de la confiance de l'Empereur en sa personne et son culte, des nombreux services rendus à la nation, ainsi que des difficiles campagnes passées, mais toujours victorieuses, de Cathay dans son histoire. Un discours qu'il trouvait ronflant, qui eut certainement eu de l'effet sur une horde d'étudiants ou des courtisans de la cour impériale. Tout ce qu'ils n'étaient pas. C'étaient des hommes d'expérience, forgés dans le creuset de longues et sanglantes campagnes. Des loups. Et ils étaient peu sensibles à pareilles odes.
Une fois l'ecclésiaste terminé, l'amiral reprit la parole pour féliciter d'un ton mielleux cette chiure de piaf méprisable, sur la validité de son discours. Oui, les armées de Cathay en avaient vues d'autres. Oui, il avait confiance dans le jugement de l'Empereur. Oui, son culte avait rendu moult services.... Mais. Il. Avait. Échoué. Et des milliers en avaient payés le prix, invalidant la poursuite d'une campagne prévue pour être aisée et victorieuse. Désormais il allait falloir se montrer extrêmement mesuré, lent et méthodique. Tout le contraire de ce que le culte de Tsien Tsien avait promis pour la campagne.

Or, certes, l'amiral n'était pas en droit de juger ce noble homme. Seul l'Empereur Dragon le pouvait. Mais en attendant, les faits s'étaient révélés têtus. Assez pour que leurs plans si bien conçus et bénis de la toute puissance et omnipotence de Tsien Tsien soient brisés. Et, puisque toute retraite pour recomposer les réserves et les troupes, le leur avait été expressément interdite par ce si sage exarque, alors ne restait que l'attaque. Là aussi les ordres donnés par l'exarque allaient de soit. Tout comme il allait de soi que l'on mette un terme aux ambiguïtés qui existaient dans la chaîne de commandement. Les troupes du culte était désormais placées sous le contrôle direct de l'amirauté lorsqu'en mer, et des 5 commanderies lorsqu'à terre, aussi longtemps que les traîtres et rebelles nipponais n'auront pas été châtiés et que la bannière impériale flotte à nouveau sur l'archipel des Provinces Orientales. Et pour appuyer sa décision encore plus, il fit procéder à un vote à main levée du conseil de guerre. A une écrasante majorité, il était soutenu, seuls le culte de Tsien Tsien et son chien du Grand Secrétariat s'y opposaient. Prévisible.

Claquant des doigts, le secrétaire aux rites lui amena le papier qu'il avait fait rédiger auparavant, le fit signer de son sceau, puis le passa aux personnes présentes, qu'elles le signent de leurs seaux personnels et de fonction, faisant ainsi effectuer un tour de table au document avant qu'il ne revienne à lui.
De là, il ouvrit un tiroir duquel il retira une grosse boite de fonte. Retirant une clé qu'il conservait autour de son cous, il ouvrit celle ci, pour en retirer, sous les yeux surpris de l'assistance, le sceau impérial. Un cube de jade pure, entaillé par l'Empereur céleste lui même, et tenu des mains d'un homme simple, Li Byang, qui frappait le document de celui ci, lui conférant le statut de décret impérial, impossible à outrepasser, impossible à briser sauf de par la volonté de l'Empereur Dragon.....
Par cet acte, l'amiral devenait le chef suprême de l'expédition, à la plus grande ire des cultistes et de leur exarque consterné. Ce n'était absolument pas prévu. Le sceau était supposé se trouver au palais impérial, dans le coffre du trésor le mieux gardé, entouré de créations que même son culte ne pouvait tromper.... Et il était là, entre les mains d'un misérable mortel, insensible à leurs enseignements, hostile à leur Église..... Puisse Tsien Tsien les sauver, car cela signifiait que l'Empereur leur avait préféré cet... individu, à eux. Que sa confiance en eux n'était pas absolue. Que leur maîtrise de l'art des cieux n'était pas encore assez forte pour voir tous les avenirs possibles.... Et que le sceau maudit, protégé par les magies du lézard, pouvait échapper à leur attention..... C'était là un coup dur pour eux. Et ils devaient accepter cela.... pour le moment.

Les copies envoyées au divers capitaines de la flotte, dont un esquif messager pour Cathay, l'amiral ponctua la réunion, ordonnant aux officiers de regagner leurs navires. Dans quelques jours, ils seraient en vue du premier objectif de leur campagne. Et il allait falloir maintenir l'ordre sur les vaisseaux alors que le ravitaillement avait prit un coup dur. Le rationnement allait devoir être strict.

Mais avant qu'aucun ne puisse quitter la cabine d’État major, le représentant du dieu-mage se mit à rire. De plus en plus fort, jusqu'à se tordre en deux. Faisant un discret signe aux gardes de cérémonie présent, Li Byang ordonna à ceux ci de s'emparer du mage. Ils avaient avec eux quelques parchemins de négation. Normalement, cela ne devrait pas poser trop de problèmes.....

Amiral..... commença le cultiste. Votre outrecuidance déplaît à mon maître. De même que votre infâme clique de traîtres et de parjures n'attire que notre mépris. Vous auriez dut vous soumettre à notre bienveillance. Mais vous avez choisit la mort ! La mort ! LA MORT ! LA MORT !!!

De la bave coulait de la bouche du représentant, il était complètement fou et.... Une étrange noirceur, tourbillon de particules noires et bleues bourdonnantes s'échappait de son sceptre.

Emparez vous.......

Puis ce fut le silence. Nul ne s'agitait. Nul ne sortait les armes de son fourreau. Tous étaient figés comme des statues, sculptées sur le moment. L'amiral lui même était immobile. Il ignorait ce qui se passait. Il voyait la scène, il voyait le présent, il voyait la table, l'état major.... Mais il n'était plus là. Son esprit était là, mais son corps n'obéissait plus à lui. Ou avec difficulté.
Puis le misérable cloporte de Tsien Tsien s'approcha. Il voulu dégainer. Le poignarder. Mais tout au plus pouvait il bouger la main. Rien ne lui obéissait. Le misérable s'agenouilla alors devant lui, prononçant quelques paroles.

Oh Zacatzontli, envoyé de K'Chanu'tsani'i, votre serviteur vous invoque et attend vos ordres.

C'est d'une voix sombre, qu'il ne reconnaissait pas être la sienne, qu'il lui répondit, donnant des ordres qui n'étaient pas les siens. La panique le submergea, la peur le noya, et sa conscience s'éteigna petit à petit, comme les dernières braises devenant cendres dans l'âtre.....


Zacatzontli était content. Depuis des siècles, il pouvait mettre pieds dans le materium. Ressentir le materium. Jouer avec celui ci. Oh, certes, l'arrivée n'avait pas été tout à fait comme prévu, il avait du lutter un peu pour imposer sa présence dans le corps de la vieille carcasse qu'était l'amiral, ce vieux bouc aillant une force d'âme supérieure à la moyenne.... Mais c'était tout. Et désormais il avait accès à des milliers d'âmes. Bientôt des millions. Il avait juste à invoquer certains de ses serviteurs - moins puissants bien entendu - pour leur faire posséder le reste des présents, et alors le contrôle serait à lui. Mais il devait faire vite. Drainer l'énergie vitale des mages présents serait rapide, trop rapide, et alors il serait contraint de retourner vers son maître. Sans compter ces sales elfes qui étaient toujours présents au pire moment pour déjouer ses plans ! Mais pour l'instant, se concentrer pour maintenir sa présence sur ce plan, pour accroitre sa puissance et son pouvoir....

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Lorsqu'on lui annonça que d'innombrables voiles étaient apparues à l'horizon, le daïmio avait secrètement espéré que c'était celles des flottes nipponaises et asurs. Mais il savait en son cœur que pareille chose était impossible. Ils n'avaient pas autant de navires et n'en auraient eu tant après les batailles navales livrées. Aussi fit il sonner l'alarme, évacuer la populace inutile vers les campagnes, aussi loin que possible, mit il en sécurité les artisans de renom, sa famille et son trésor, pour ne rester qu'avec ses hommes, sa garnison et les levées. Oh. Et d'innombrables masses grouillantes. Car il en fallait pour tenir un siège. Et quel siège ! Avec toutes les préparations qu'ils avaient effectués au cours de ces dernières années, il voulait bien être damné si les cathayens pouvaient remettre pieds à terre aisément au Nippon en passant par chez lui.

Soudainement le ciel parut se déchirer et un hurlement strident s'éleva, poussant les hommes à se couvrir les oreilles pour ne pas souffrir. Le son se prolongea tandis que les cavaliers essayaient de calmer les chevaux pris de panique. Plusieurs lanciers furent jetés à bas de leur monture. Puis au bout de quelques minutes, le bruit cessa.
En armes et armure, le daïmio se tenait sur un balcon surplombant le port, lorsque les derniers échos de cet étrange hurlement prirent fin. Une énorme colonne de poussières et de vapeur s'élevait à l'embouchure du port. Bien qu'il ait été à l'intérieur lorsqu'un éclair aveuglant avait illuminé la scène, l'homme ne cessait de battre des paupières pour en chasser les larmes. Sur les remparts à ses pieds, les soldats erraient à l'aveuglette en appelant à l'aide.

Des officiers couraient à travers tout le palais et s'époumonaient pour lancer leurs ordres, car l'explosion avait été accompagnée d'une terrible déflagration qui en avait assourdi plus d'un.

Il demanda ce que c’était que ça, pour voir son chancelier lui pointer du doigt le port.
Les eaux bouillonnantes paraissaient se calmer peu à peu, mais une grosse vague chargée d’écume et de débris approchait des quais. Sur sa crête, se balançaient de grands navires chargés de cathayens. Il étaient dans le port. Ils pensaient pouvoir tenir à distance l’ennemi pendant au moins une semaine, ils se retrouvaient avec un adversaire qui risquait d’écourter très rapidement le siège. Et les deux brises lames n’existaient plus. Le prince avait un millier d’hommes sur ces remparts. Au temps pour les pièges dissimulés dans le canal également. Ils avaient du être emportés quand l’ennemi avait fait sauter les défenses. Mais comment ? Par la magie ? Même durant les dernières décennies de la guerre, les loyalistes n’avaient jamais eu accès à de pareils sortilèges….
Pas le choix. Il fallait appliquer la consigne de sécurité numéro cinq. Ils étaient entrés dans Kyubi. Il convenait donc de fermer les portes de l’Est et faire feu sur tout ce qui arrivait de l’Ouest. Il y avait des archers dans tous les bâtiments des trois premiers pâtés de maisons autour des quais. Les pièges installés là bas étaient toujours en place. Et si les sorciers ennemis ne faisaient pas sauter le plais avec leur magie comme ils l’avaient faits pour le port, ils risquaient d’avoir une mauvaise surprise en débarquant.

Le moment était venu pour lui de dire adieu à son beau-frère et chancelier. Ils se connaissaient depuis quoi ? Trente ans ? Quarante ans ? Ils avaient tous deux une longue histoire commune ; ils s’étaient rencontrés lorsque Nobusuke Tagomi n’était qu’une jeune enseigne de la garde du chef de clan. A cette époque, Inokuchi servait de tuteur aux jumeaux princiers. Deux enfants rebelles, devenus respectivement daïmio et ministre impérial.

Je ne regrette qu’une chose, Nobusuke, c’est que tu n’aies jamais trouvé de compagne.

Si. Je l’ai trouvée, il y a longtemps.

Inokuchi se souvint alors de la magicienne cathayenne que son beau-frère avait tant aimée dans sa jeunesse et qui était morte prématurément. Un tragique accident. Comment les choses se seraient elles passées aujourd’hui si elle était encore en ce monde ? Très différemment c’était certain.

Je dois y aller, annonça Inokuchi.

Je promets de songer à nouveau à trouver une épouse, si jamais on s’en sort.

Le chancelier éclata de rire et étreignit à nouveau son beau-frère.

On se reverra aux collines brumeuses ou en enfer.

L’un vaut bien l’autre, répliqua Nobusuke en repoussant gentiment Inokuchi.

Ce dernier tourna les talons et sortit aussi vite que son grand âge le lui permettait. Dans le couloir l’attendaient quelques hommes du régiment spécial, vêtus d’une tunique et de cuissardes noires et coiffés d’un heaume en fer également peint de noir ; ils ne portaient aucun insigne. Ils suivirent le chancelier jusqu’à son bureau sans échanger un mot.
Inokuchi retira les marques distinctives du rang qu’il occupait : sa chevalière et la chaîne en or au bout de laquelle se balançait le sceau ducal de Kyubi avec lequel il signait les décrets officiels de la principauté. Puis il se tourna vers l’un des soldats. Dans la salle d’audience du prince, celui ci trouverait une épée accrochée au-dessus de la cheminée. Il avait ordre de la lui ramener.

L’homme parti en courant. Inokuchi en profita pour se débarrasser de ses riches vêtements et enfiler la même tenue que ses soldats. Le militaire revint et lui remit l’épée, une vieille lame ornée d’un étrange emblème : un minuscule marteau de guerre incrusté à la naissance de la lame.
Il plaça l’épée, la chevalière, la chaîne et le sceau dans un baluchon en compagnie d’une lettre qu’il avait rédigée la nuit précédente. Puis il remit le tout à un soldat vêtu de l’uniforme de la garde princière.

Portez ceci à mon fils, aux collines brumeuses.

Lorsque le garde fut sorti, Inokuchi se retourna vers les hommes en noir qui observaient dans un silence total.

Il est temps.

Tous ensemble, ils quittèrent le bureau et s’enfoncèrent dans les entrailles du palais, dévalant les escaliers en colimaçon qui menaient aux oubliettes. Puis ils s’arrêtèrent devant un mur apparemment nu.
En exerçant une pression sur certains points du mur, on enclenchait une série de mécanismes faisant se lever la pierre qui disparut alors dans le plafond, dévoilant alors une porte. Sur un signe d’Inokuchi, son escorte s’avança pour l’ouvrir. Le battant grinça alors car il était resté fermé pendant des années. Mais il finit par céder et révéla une volée de marches qui s’enfonçaient encore davantage sous terre. Deux soldats allumèrent plusieurs lanternes et passèrent les premiers, suivis de Inokuchi . Lorsque les six autres gardes eurent franchi la porte, celle-ci se referma, ainsi que le mur qui la dissimulait.
Les neuf hommes descendirent l’escalier d’un pas pressé et arrivèrent devant une nouvelle porte en bois, fermée elle aussi. L’un des soldats y colla son oreille.
Tout était silencieux. Inokuchi ordonna de l’ouvrir.
Le soldat obéit. On entendit le clapotis de l’eau. Le chancelier et son escorte se trouvaient sous la vieille citadelle qui formait le cœur du palais de Kyubi. Une voie d’eau souterraine venait lécher le ponton et s’éloignait de la cité en direction de la mer. La puanteur qui régnait en ces lieux ne fit que confirmer aux soldats ce qu’ils savaient déjà : ils avaient sous les yeux une section des égouts de Kyubi, qui se déversaient dans la baie, mille cinq cents mètres plus loin.
Une chaloupe neuve attendait le chancelier, amarrée à un anneau en fer scellé dans les pierres du ponton. Les huit soldats prirent place à bord de l’embarcation, laissant un siège au centre pour Inokuchi qui s’assit à son tour.

Allons-y.

L’un des gardes repoussa la chaloupe loin du ponton avant de se mettre à ramer avec ses compagnons. Mais au lieu de partir vers la mer, ils remontèrent le courant en direction de la cité.

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Isoroku gesticula.

Par ici ! Cria-t-il.

Les soldats firent virevolter leurs montures et chargèrent. Depuis la veille, la bataille faisait rage le long du mur oriental de la cité, à l’extérieur de la porte plus au nord. Heureusement, les envahisseurs venaient juste de débarquer et faisaient preuve d’un manque d’organisation.
Les unités Isoroku avaient été attaquées par un gros détachement de cavaliers ogres à deux reprises, la première au coucher du soleil et la seconde le lendemain matin. Isoroku avait été ravi de découvrir qu’en dépit de leur taille, les montures ogres avaient subi le contrecoup de leur voyage en mer comme n’importe quel autre animal. De plus, les ogres n’affrontaient pas de simples mercenaires humains mais de véritables soldats entraînés. Ces nouveaux adversaires disciplinés, parfaitement capables de mener une charge et armés de lances à pointes de fer mesurant près de quatre mètres, avaient réussi à mettre les bâfreurs en déroute. Isoroku ne savait pas quelles conséquences ces petites victoires auraient sur la campagne proprement dite, mais elles eurent sur le moral de ses troupes un impact inestimable.
Pour l’heure, ses hommes étaient aux prises avec une compagnie de mercenaires cathayens. Ces derniers n’étaient pas aussi dangereux que les ogres d’un point de vue individuel, mais ils étaient très nombreux et relativement dispos, alors que les soldats d’Isoroku avaient déjà essuyés deyx attaques au cours des douze dernières heures.
Mais au moment où les cavaliers du clan arrivaient du Sud en renfort, les lanciers réussirent à repousser les envahisseurs qui s’enfuirent dans les bois au Nord de Kyubi. Isoroku se tourna vers son commandant en second, un lieutenant du nom de ‘‘Oichi’’.

Poursuivez les mais arrêtez vous loin des arbres, je ne veux pas que vous soyez à portée de leurs flèches ou que vous tombiez dans un piège. Ensuite, ramenez les hommes et reprenez vos positions. De mon côté, je vais me présenter à la porte de la cité pour voir si nos ordres ont changés.

Le lieutenant salua son officier et partit remplir sa mission. De son côté, Isoroku talonna sa monture épuisée et prit la direction de Kyubi en passant devant des maisons dont les portes et les fenêtres avaient été condamnées par des planches. On aurait dit que leurs propriétaires s’attendaient à les retrouver intactes, comme au sortir d’une tempête. D’autres foyers, en revanche, avaient visiblement été abandonnés précipitamment, car leurs portes étaient restées ouvertes. Un flot continu de réfugiés marchait d’un bon pas dans la direction d’où venait Isoroku. A plusieurs reprises, il fut obligé de crier pour qu’on le laisse passer.

Déjà, ce début d’exode tournait à la panique. Isoroku comprit qu’il effectuait là son dernier aller-retour, car il mut près d’une demi-heure à franchir une distance qu’il effectuait d’ordinaire en dix minutes. D’ailleurs, lorsqu’il arriva à la porte, il put constater que l’agitation était à son comble. Deux chariots avaient été poussés à l’écart. L’un était même tombé dans la petite rivière qui longeait la route avant de se jeter dans les égouts de la cité puis dans la mer.

Le sergent préposé à la porte n’avait pour lui aucun nouvel ordre, avant d’encourager de nouveau les gens à passer rapidement celle ci. Alors qu’Isoroku hésité, lui avait recommencé à superviser l’évacuation tout en veillant au maintien de l’ordre. Le capitaine aurait aimé changer de monture, car son cheval était épuisé, mais il n’osa prendre le risque de pénétrer à nouveau en ville. Il décida de retourner à nouveau à son poste avancé afin de voir s’il pouvait s’y procurer un nouveau cheval. Il avait disposé les points de ravitaillement à l’écart des zones où les combats risquaient d’avoir lieu. Ainsi les hommes et les bêtes étaient en sécurité, même s’il n’étiat guère pratique de devoir se rendre jusque-là.

Le capitaine se fraya un passage au sein de la foule énervée qui fuyait Kyubi, Il connaissait le plan par cœur, mais la vue de cette marée humaine le poussa à se demander s’il aurait pu faire preuve d’autant de cruauté que le prince et le chancelier. La plupart des gens qu’il dépassait à présent risquaient d’être pourchassés et tués par les maraudeurs de tout poil des environs. Il ne pouvait les protéger tous.

Un soldat le voyant arriver vint immédiatement lui faire un rapport. Une nouvelle patrouille venait de leur tomber dessus. Ils avaient surgis des bois et l’air plutôt surpris lorsque criblés de flèches. Le lieutenant Yoshiaki était parti à leur poursuite.

mit un moment avant de mettre un visage sur ce nom et réalisa à quel point le nombre de soldats sous ses ordres avait augmenté. Les six premiers mois, il avait eu l’occasion de rencontrer chacun des membres de sa compagnie. Mais au cours des dernières semaines, la taille de l’armée du prince avait doublée avec l’arrivée de nouvelles troupes venues des garnisons Sud, Nord et de volontaires de l’Est. La plupart des hommes qui comptaient sur lui pour survivre à cette guerre étaient à ses yeux des étrangers, alors que ceux qu’il avait personnellement entraînés se trouvaient déjà dans les montagnes ou les collines.

Poursuivant son chemin, il trouva le lieutenant Oichi quelques minutes plus tard. Le soldat, vêtu d’un tabard aux couleurs d’Uchiko - tête de loup au champ d’azur – se tourna vers son officier et le salua.
Une nouvelle patrouille venait de les attaquer par mégarde. Leurs ennemis ne savaient pas qu’ils étaient attendus.
En fait ils envoyaient leurs troupes sans aucune coordination. Les ogres et les autres compagnies qu’ils avaient affrontés aujourd’hui n’avaient pas eu le temps de dire où ils étaient. Mais est ce que ça allait durer ? Jusqu’à un certain point, oui. Ils n‘auraient jamais la même discipline ou communications internes qu’eux, mais ils étaient très nombreux et quand ils allaient arriver en force, ils le feraient sans prévenir. Jetant un coup d’œil au soleil qui déclinait à mesure que l’après midi avançait, il fit envoyer un message au poste de ravitaillement. Ils allaient devoir ramener deux compagnies pour relever les hommes et laisser les lanciers souffler quelques heures.
Est ce qu’ils avaient réussis à les repousser ?
Isoroku sourit. Le lieutenant d’Uchiko, plus âgé que lui, avait trio de bon sens pour y croire vraiment. Sans doute souhaitait il simplement mettre à l’épreuve le jeune capitaine dont il recevait les ordres.

J’en doute. Ce n’est que le calme avant la tempête. Mais j’ai bien l’intention d’en profiter.

Qu’en est il des mages ? demanda le lieutenant avant de s’en aller.

Je ne sais pas, avoua Isoroku. Nous le saurons quand ils arriveront.
Oichi se mit en selle et salua son supérieur.

Oh ! J’oubliais ! Ramenez moi une monture ! lui cria-t-il tandis qu’il s’éloignait.

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La bataille faisait rage. Nobusuke Tagomi observait la scène depuis son balcon. Sur les quais, les défenseurs inondaient de projectiles les navires ennemis en approche. Des balistes et des catapultes soigneusement dissimulées avaient déjà réussi à couler les trois premiers bâtiments, sans pour autant réussir à stopper la progression de la flotte.
L’un des objectifs que Tagomi chérissait le plus était une longue-vue qu’Inokuchi lui avait offerte, bien des années auparavant. Elle avait toutes les qualités habituelles d’un télescope mais avait aussi la particularité de percer à travers la plupart des illusions. Son beau-frère, visiblement chatouilleux quant aux origines de cet artefact, ne lui avait jamais dit comment il était entré en sa possession.
En dépit de sa répulsion, le maréchal étudia le vaisseau amiral et le hideux démon accroupi en son centre. Tout son entourage était relié à lui par des chaînes magiques, le corps de ce qui était Li Byang n’étant rien d’autre qu’un simple pantin désarticulé et vide de vie, encore utilisé pour maintenir l’illusion.
L’expression de ce démon ailé était difficile à déchiffrer en raison de ses traits inhumains. La découverte qu’ils se battaient contre une armée dirigée par un démon n’avait été confiée qu’à une poignée d’officiers. Leurs soldats avaient déjà suffisamment de sujets d’inquiétude ; inutile d’y rajouter la peur qu’inspirerait forcément un Seigneur Démon.
Faisant tourner la lentille de la longue-vue de quatre vingt dix degrés, il laissa réapparaître l’illusion. Li Byang, vénérable et majestueux, semblait paradoxalement plus effrayant que le démon lui-même – au moins ce dernier portait il la haine et la führer.
Il tourna à nouveau la lentille pour revoir la créature démoniaque, puis reposa la longue-vue.

J’ai de nouveau ordres à dicter, annonça-t-il calmement.

L’un des jeunes pages s’avança. Les écuyers se trouvaient sur les remparts afin d’aider les officiers, mais les pages étaient restés au palais pour faire office de messagers. Nobusuke dévisagea le garçon, visiblement enthousiaste. Il ne devait pas avoir plus de treize ou quatorze ans, mais il était prêt à transmettre les ordres aux personnes qu’il lui indiquerait. L’espace d’un bref instant, le maréchal fut tenté de lui dire de prendre ses jambes à son cou et de quitter la ville au plus vite. Mais il se reprit.

Dis à l’officier qui dirige la défense des quais d’attendre que la flotte se soit rapprochée davantage. Ensuite, je veux que les artilleurs tirent tous leurs projectiles sur le navire à la coque verte. C’est leur vaisseau amiral et il faut absolument le couler.

Le gamin s’éloigna en courant. Tagomi se tourna de nouveau vers le port. Cet ordre était probablement inutile, car le navire du démon devait être le mieux protégé de toute la flotte. Mais ça valait le coup d’essayer.
Des rapports n cessaient d’arriver, annonçant le débarquement d’unités ennemies tout le long de la côte. La cavalerie des envahisseurs avait déjà commencée à harceler les défenseurs de la porte située au Nord-Est de Kyubi. Tagomi passa en revue les différentes possibilités qui s’offraient à lui et appela un deuxième messager.
Celui ci devait descendre dans la cour et transmettre l’ordre suivant à un des cavaliers : les défenseurs de la porte de l’Est doivent fermer la cité. Puis alors qu’il s’en allait, il se reprit, ordonnant au gamin de prendre un cheval et accompagner le cavalier, sortir de la cité et dire au capitaine Isoroku qu’il est temps de partir. Il n’aurait ensuite qu’à le suivre.

Le garçon parut perplexe à l’idée de devoir quitter la ville. Mais il hocha la tête et s’en alla en courant.
Un capitaine de la garde jeta un coup d’œil interrogateur au maréchal qui secoua tristement de la tête.

Je pouvais quand même épargner l’un de ces enfants.

Le capitaine opina d’un air sombre.
Les envahisseurs s’apprêtaient à accoster. Sous un déluge de flèches, ils lancèrent les cordages afin de s’arrimer aux taquets scellés sur les quais. Certains soldats tombèrent à l’eau, le corps percé de multiples traits, ou tout simplement déséquilibrés, avant de se faire écraser par la masse des coques des navires s’exerçant sur eux.
Mais un premier navire, puis un second, réussirent à s’amarrer et se rapprochèrent lentement des quais. Il n’y avait qu’à l’endroit où les trois vaisseaux avaient coulés qu’ils ne pouvaient pas manœuvrer. D’autres cordages furent lancés aux bâtiments qui venaient derrière. Tagomi comprit alors quel était le plan. À l’origine, il avait cru que Kyubi aurait droit à un siège en règle et que le gros des troupes ne débarquerait que lorsque cette partie du port serait aux mains des envahisseurs. Mais ces derniers n’avaient de toute évidence aucune intention de vider leurs navires au fur et à mesure.

Seuls quelques navires accostaient pour servir de boucliers au reste de la flotte. Les autres allaient être attachés les uns aux autres à l’aide de cordes et de grappins afin de former une véritable plate-forme qui s’étendrait jusque dans la baie. Des milliers de soldats pourraient ainsi sauter d’un pont à l’autre et prendre pieds sur les quais de Kyubi. Mais le pari était risqué ; si les défenseurs réussissaient à mettre le feu à l’un des navires, l’incendie pouvait très bien se communiquer à toute la flotte.

Les engins de guerre du clan se déchaînèrent lorsque le navire amiral arriva à portée de tir. Une centaine de grosses pierres volèrent ainsi qu’une douzaine de ballots de paille enflammés. Mais ainsi que Tagomi l’avait craint, les projectiles se heurtèrent à une barrière invisible et retombèrent tout autour. Il fut cependant ravi de voir l’une des pierres rebondir sur un autre navire, non protégé celui-ci, et provoquer de gros dégâts parmi les soldats regroupés sur le pont.
Le maréchal se retourna pour donner l’ordre de lancer des barils de feu suprême sur la première rangée de navires ennemis. Au même moment, des flammes explosèrent sur toute la longueur du balcon. Tagomi fut comme giflé par une main de feu aveuglante qui le projeta en arrière. Complètement sonné, il resta étendu sur le sol et battit des paupières pour en chasser les larmes des yeux. Il avait du mal à voir quoique ce soit ; d’ailleurs, le peu de vision qu’il possédait encore se teintait de rouge.
Il lui fallut un moment pour comprendre que ses yeux avaient été brûlés et qu’ils saignaient. S’il n’avait pas jeté un coup d’œil derrière lui au moment de l’attaque, il aurait complètement perdu la vue. Tagomi tâtonna autour de lui et aperçut une forme vague qui gémit lorsqu’il la toucha. Puis il sentit des mains le soulever.

Maréchal, vous m’entendez ?

Il reconnut la voix d’un page. C’était faible mais audible. Les jeunes garçons se trouvaient au fond de la pièce lors de l’explosion. Loin du balcon.

Qu’est ce qui s’est passé ? demanda-t-il d’une voix rauque.

Il y a eu comme une éruption de flammes. Tout le monde… tout le monde est brûlé.

Où est le capitaine Tokichi ?

Je crois qu’il est mort, messire.

Brusquement, Tagomi entendit des cris dans les couloirs. Des gens entrèrent en courant dans la pièce.
Il ne voyait que des silhouettes floues, aussi fut il obligé de demander qui était là. Le lieutenant Kido ? Quelqu'un l'aida à se redresser et à marcher jusqu'à une chaise. L'odeur de sa propre chair et de ses cheveux brûlés lui emplissait les narines. De plus, il avait beau battre des paupière, il ne parvenait pas à chasser les larmes de sang qui l'aveuglaient.
A partir de là, on lui fit un récapitulatif de la situation. Les ennemis envoyaient leurs hommes à terre. On ne cessait de leur tirer dessus et provoquer des ravages dans leurs premières lignes..... Mais il en venait toujours plus.
Le page apporta une bassine d'eau et un linge propre que Tagomi appliqua sur son visage. La douleur le faisait terriblement souffrir, mais il l'ignora, grâce à une méthode apprise en campagne, durant son service. Constatant que l'eau n'éclaircissait guère sa vision, le maréchal dut se rendre à l'évidence : il allait sans doute rester aveugle pour le temps qui lui restait à vivre, aussi court soit-il.
Brusquement, l'on entendit un grand fracas, comme du bois qui se fend, suivi de cris et de bruits de bataille.
Les ennemis venaient de fracasser les quais princiers et étaient en train de débarquer au pieds du palais.
Demandant un peu d'aide pour se mettre debout, le maréchal sentit de jeunes bras forts lui entourer la taille pour le soutenir. De là, on le tourna en direction de la porte. Des bruits de combat résonnaient dans les couloirs du palais, ainsi que dans la cour sous le balcon. Les cathayens se battaient dans l'escalier qui menait au poste de commandement de Tagomi.
Ordonnant au lieutenant de se placer à sa gauche, au garçon derrière lui, le maréchal tira lentement son épée hors du fourreau, tandis que les combats paraissaient se rapprocher.

Reste en retrait de moi, mon garçon.

Le page obéit sans pour autant lui lâcher la taille, l'aidant à se tenir droit. Tagomi aurait aimé dire quelques mots pour apaiser l'angoisse gu garçon, mais il savait que tout finirait dans la terreur et dans la douleur. Il se contenta donc de prier pour que leur mort soit rapide.
Cette fois, les bruits résonnèrent à l'extérieur même de la pièce. Les soldats encore en état de se battre se précipitèrent pour en défendre l'entrée.
La fin était proche. Il demanda au garçon son nom, puis d'où venait il. Osawa semblait il. Il le félicita pour son service, puis lui ordonna de l'aider à tenir debout. Ce serait indigne pour le maréchal de Kyubi que de mourir à genoux. Ce à quoi il opina.
Tagomi comprit au son de sa voix que le jeune garçon pleurait. Puis quelqu'un poussa un cri et Tagomi aperçut une silhouette floue qui se précipitait dans sa direction. Il entendit plus qu'il ne vit l'épée du lieutenant interrompre sa course.
Mais une nouvelle ombre apparut à gauche de la première, à droite du maréchal. Ce dernier donna un coup d'épée à l'aveuglette, juste avant de ressentir une violente douleur.
Alors Tagomi, né sur les terres du puissant empire de Cathay, fils de Noriyuke le samurai et de Ts'eu-hi, de Cathay, sombra rapidement dans les ténèbres.

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Inokuchi se déplaçait lentement dans la boue fangeuse qui lui arrivait aux genoux. L'écho des combats résonnait jusque dans les égouts, si bien que les membres de son escorte avançaient l'arme au poing. De temps à autre, ils relevaient les volets de leurs lanternes afin de se repérer. Sinon, le reste du temps, ils pataugeaient dans l'obscurité en se fiant à la faible lumière qui filtrait des caniveaux et des plaques d'égouts au-dessus de leurs têtes.
Puis ils arrivèrent au rendez vous.
Désignant une porte à double battant, suffisamment large pour laisser passer un chariot et son attelage, deux soldats ouvrirent les battants de bois.
Ceux ci n'opposèrent aucune résistance et bougèrent en silence, preuve qu'on les avait réparés récemment. À l'intérieur, une lumière vive éclairait une centaine de soldats armés d'arcs, d'arbalètes et d'épées.
Incidemment, c'était également la seule sortie directe vers la campagne environnante. Le rêve du contrebandier.

Bienvenue dans le dernier bastion de Kyubi.....

Les portes se refermèrent bruyamment dans un claquement qui avait quelque chose de définitif.

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Isoroku entendit sonner la trompette et commença immédiatement à lancer de nouveaux ordres. Ses hommes et lui n'avaient cessé de combattre de petits détachements d'envahisseurs et ils avaient appris que des escarmouches identiques avaient eu lieu près de la porte de la Mer, au Nord-Ouest de la cité. Jusqu'ici, en revanche, on n'avait aperçu que quelques soldats près de la porte Sud. Ça convenait très bien à Isoroku qui avait donné l'ordre d'envoyer le plus de soldats possible à la porte Nord. Ces deux dernières issues laissaient passer un flot constant de réfugiés qui se dirigeaient tous vers la route de l'Empereur et se rejoignaient à un kilomètre et demi de l'endroit où se tenait le jeune homme. Après ça, ils ne formaient plus qu'une masse de gens apeurés et désespérés qui cheminaient avec une extrême lenteur sur la route la plus large de la principauté.
Isoroku avait pour mission de défendre les arrières de cette colonne de Kyubiens tant que cela serait possible, ce qui ne devrait plus être le cas à mi-chemin de Suo, d’après ses estimations. Mais, à un moment donné, leurs ennemis cesseraient sûrement de les harceler-car ils devaient piller une cité et faire des provisions. Même s’ils gagnaient de nombreuses batailles en ce moment même, ils n’en restaient pas moins affaiblis par de longues semaines passées en mer.
Osoroku n’avait pas vu beaucoup d’ogres et se demandait si les officiers cathayens avaient choisis de les tenir à l’écart du champ de bataille après ce premier contact désastreux. Mais on ne lui laissait pas beaucoup le temps de réfléchir à la stratégie de ses ennemis, car il y avait beaucoup à faire : les envahisseurs ne cessaient d’envoyer de petites escouades à l’assaut de sa position. Les combats, courts mais intenses, s’étaient tous soldés par une victoire d’Isoroku, mais ses hommes commençaient à être fatigués et le nombre de victimes augmentait d’heure en heure.
Il avait demandé un chariot dans lequel il avait chargé ses blessés, qu’il envoya vers l’Est avec les réfugiés.
Les sonneries de trompette lui indiquèrent que les portes allaient définitivement fermer. Il commença donc à organiser la retraite. Au même moment, un jeune garçon arrêta son cheval à sa hauteur.

Capitaine ?

L’officier vit qu’il portait un uniforme de page et que des larmes coulaient sur ses joues. Il connaissait la suite.

Le maréchal vous ordonne de vous replier. Mais ça, le jeune homme le savait déjà, à cause de la trompette. Il a dit que je dois partir avec vous.

C’est là qu’Isoroku comprit que le prince avait souhaité épargner au moins l’un des pages du palais. Et par voie de conséquence que le commandement allait, si ce n'était pas le cas, tomber.

Continue vers l’Est. Tu finiras par tomber sur un chariot plein de soldats blessés. Attache ta monture à l’arrière du véhicule et aide les valides à soigner les autres.

Le gamin s’éloigna au galop tandis qu’Isoroku se préoccupait à nouveau de sa mission. Tous les livres qu’il avait lus dans la bibliothèque du maréchal lui avaient appris qu’il était extrêmement difficile d’organiser une retraite dans le calme. Au cours d’une bataille, l’envie de faire demi-tour et de prendre ses jambes à son cou était souvent la plus forte. De plus, les soldats avaient appris à toujours avancer lorsqu’ils se battaient, si bien que la notion de combats à reculons leur semblait complètement farfelue.
Mais il en avait souvent discuté avec Tagomi au cours des deux dernières années, et plus encore le mois dernier, lorsqu’il avait pris connaissance de ses nouveaux ordres de mission. Il était bien décidé à empêcher l’ennemi de mettre ses soldats en déroute.
Pour cela, il fallait d’abord attendre que les derniers réfugiés qui avaient réussis à quitter la ville avant la fermeture des portes fassent leur apparition. Durant tout l’après midi, le bruit des combats lui parvint de divers endroits éloignés, même si les cathayens le laissèrent relativement en paix. Le gros de leurs forces avait réussi à entrer dans Kyubi, ils n’avaient donc plus besoin de pousser leurs attaques au Sud ou à l’Est de la cité.
Mais tout changerait dès lors que Tagomi et Inokuchi dévoileraient les surprises qu’ils avaient préparées à l’intention du démon et de ses troupes.
Un bruit sourds retentit dans le lointain. Quelques instants plus tard, un immense nuage de fumée noire s’éleva dans le ciel. Les troupes ennemies venaient de tomber sur la première surprise : des barils de feu quegan avaient été attachés aux pilotis qui soutenaient les quais ou entreposés dans les caves et les rez-de-chaussée des trois pâtés de maisons autour du port. A l’instant même où les défenseurs leur avaient mis le feu, le front de mer de Kyubi avait disparu dans une explosion difficilement imaginable, tuant les soldats ennemis qui se trouvaient à moins de trente mètres à la ronde. Ceux qui n’avaient pas été réduits en cendres moururent étouffés lorsque le feu chassa tout l’air de leurs poumons.
Isoroku jeta un œil au Sud-Ouest, en direction du palais. Il redoutait la présence des forces cathayennes à l’intérieur même du vieux donjon central. Comme pour répondre à ses interrogations, une nouvelle explosion dévastatrice retentit.

C’était quoi ça, capitaine !? Demanda un certain Kibo Bumaris, un lieutenant que le capitaine ne connaissait pas très bien.

Le palais, lieutenant.

Ce dernier ne fit pas de commentaire, préférant attendre les ordres. Au bout d’une demi-heure, le flot de réfugiés en provenance de la porte du Nord commença à se tarir. Isoroku donna l’ordre à ses hommes de se mettre en formation d’arrière-garde.
Il regarda passer les civils qui marchaient en direction du couchant. Puis il se tourna vers l’Ouest, où des incendies faisaient rage dans le lointain, et continua à attendre.

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Cela faisait maintenant deux jours qu’Isoroku n’avait subi des attaques que par intermittences. Il comprit enfin pourquoi lorsqu’un messager de son supérieur vint le retrouver. Les cathayens s’étaient faufilés dans les bois pour s’en prendre aux défenses de celui ci, à une de-mi journée de cheval à l’Est. Takachi lui indiquait dans son message, dans un style calme, que ces attaques ne lui posaient pas de réel problème mais qu’il s’inquiétait pour les réfugiés. Nul doute que l’ennemi devait les harceler sur la route de leur retraite. Une perte de ressources qui pouvait devenir problématique pour repeupler le pays une fois cet infâme merdier terminé.
Les soldats d’Isoroku finissaient d’organiser un campement à la va-vite lorsque le message était arrivé. Le flot de réfugiés ne cessait de grossier. Isoroku avait pris le temps d’adresser la parole à certains, mais personne ne put lui fournir la moindre information utile. Ils avaient trop peur pour réussir à mettre des mots sur ce qu’ils avaient vu. De plus, ils n’avaient qu’un souci en tête : s’éloigner de la cité sur le point d’être pillée.
L’un des fuyards était encore légèrement humide après avoir nagé dans un souterrain qu’il connaissait depuis l’enfance, avec, sur son dos, un sac rassemblant ses maigres possessions. Il savait seulement qu’une grande partie de la capitale était en feu. Mais ça, Isoroku n’avait pas besoin de se l’entendre dire puisqu’il pouvait apercevoir la colonne de fumée à l’Ouest. Lorsqu’il faisait encore ses armes dans le Sud, un vétéran lui avait décrit celle qui s’élevait au-dessus de la cité-forteresse cathayenne de Hyubi. La fumée noire et grasse était montée à plusieurs milliers de mètres jusqu’à ce qu’elle s’aplatisse comme un parasol gris. Le vent avait charrié l’odeur pendant des jours et les cendres étaient retombées sur des centaines de kilomètres à la ronde. Il ne doutait pas que Kyubi connaîtrait le même sort lorsqu’elle finirait par tomber aux mains des cathayens.
Il donna l’ordre aux lanciers lourds, qui représentaient la moitié de ses effectifs, de suivre les réfugiés. Il leur adjoignit les services d’une compagnie d’archers qui avaient rejoint son poste de commandement après avoir été coupés de leur propre base. Puis il décida, pour sa part, de se rendre aurpès de son supérieur en compagnie de la cavalerie légère et des archers montés.
Mais il n’avait pas fait plus d’un kilomètre qu’il tomba sur les premières victimes civiles des assaillants, ainsi qu’il le redoutait. Deux chariots brûlaient, tandis que le sol autour d’eux était jonché de cadavres. Plusieurs femmes déshabillées, avaient visiblement été violées avant de mourir. Des chiens errants avaient du se nourrir sur elles puisqu’il y avait des morceaux de corps manquant. Les bêtes avaient du fuir à l’approche des cavaliers. Les agresseurs n’avaient rien laissé derrière eux, pas même une paire de bottes ou une babiole de moindre valeur.
Isoroku examina les chariots et aperçut une traînée de céréales sur le sol.

Ils avaient faim. Terriblement faim. Mais même si les pourchasser était tentant, il devait aller prêter main forte à son supérieur. Si ces bâtards remontaient vers le Nord jusqu’aux contreforts des montagnes, alors ils s’arrêteraient et tourneraient vers l’Est. Alors, et seulement là, on leur tomberait dessus bien assez tôt.

Ils parcoururent le plus de chemin possible, ne laissant les chevaux se reposer que lorsque cela devenait absolument nécessaire. En effet, Isoroku était bien décidé à rejoindre Takachi avant le crépuscule. Pourtant, il savait qu’il risquait d’estropier certaines bêtes en les poussant ainsi. Mais s’il voulait que les défenses du clan, et de Nippon tiennent bon, il ne devait pas laisser l’ennemi s’emparer rapidement de leurs premiers bastions de résistance.
Kyubi allait tomber et cela n’avait demandé que trois jours. Sans doute les cathayens et leur démon étaient ils pressés de débarquer – cela signifiait que leurs réserves devaient être bien maigres. Mais Isoroku n’en revenait pas qu’ils aient utilisés la magie pour faire sauter les défenses du port. C’était tellement…. Destructeur. Même dans ses rêves les plus fous, jamais il n’aurait osé imaginer pareille puissance. C’était terrifiant. Mais les incendies sur les quais prouvaient que les cathayens avaient bel et bien pris pieds dans Kyubi.

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Yamamoto Kirugi était tranquillement assis derrière son bureau. Il savait que les premiers instants de sa confrontation avec les troupes cathayennes seraient les plus importants, car ils risquaient de très mal réagir face au moindre signe de peur, d’incertitude ou d’hostilité. En revanche, s’il restait calme et demandait simplement à parler à un officier capable de porter le message de hauts aristocrates nipponais à l’amiral Li Byang, il était sûr d’obtenir une certaine protection.
Il entendit des chevaux hennir à l’extérieur de la maison et comprit que les envahisseurs étaient arrivés. Il se clame en réfléchissant à ce qu’il leur dirait. Puis des bruits de pas résonnèrent dans le couloir, juste avant que la porte s’ouvre violemment.
Deux hommes étrangement vêtus entrèrent dans la pièce. L’un était armé d’une épée et d’un bouclier, l’autre d’un arc. Tous deux avaient une chevelure extrêmement grasse, coiffée en longues tresses disposées en demi-cercle autour de leur crâne. Yamamoto Kirugi se dit que les cicatrices sur leurs joues devaient résultat d’un rituel et non de combats.
Il leva les mains pour leur montrer qu’il n’avait pas d’arme, tenant dans la gauche le parchemin nipponai.

Salut à vous, dit lentement Yamamoto Kirugi. Je souhaite parler à votre commandant. J’ai là un message des maisons du Sud.

Les deux guerriers s’interrogèrent du regard. L’archer posa une question à son compagnon dans une langue que le négociateur n’avait encore jamais entendue. L’homme au bouclier hocha la tête. L’autre leva son arc et décocha une flèche qui cloua Yamamoto Kirugi au dossier de sa chaise.
Tandis que la vie le quittait, il vit les deux guerriers sortir leurs couteaux et s’approcher de lui.

Plus tard ce matin-là, le capitaine d’une compagnie de lanciers impériaux se présenta devant la propriété avec une troupe de vingt hommes. Dix d’entre eux se déployèrent autour de la demeure et deux restèrent à l’extérieur pour garder les chevaux tandis que les huit autres se précipitaient à l’intérieur. Tous les membres de la compagnie mouraient de faim, si bien qu’ils ne se préoccupaient pour l’heure que de la nourriture.
Quelques minutes plus tard, l’un des combattants ressortit de la maison en secouant la tête d’un air dégoûté.

Qu’y a-t-il ? lui demanda son capitaine.

J’ai trouvé des Jikanjis en train de dévorer quelqu’un. Ah, ces satanés cannibales !

Le capitaine fit une grimace.

J’ai tellement faim que j’aurais presque envie de me joindre à eux. Où est Karan ? Je sais qu’il comprend leur charabia. Il faut leur dire de reprendre la route et de trouver autre chose à manger que ces grands cochons.

D’autres soldats revinrent.

J’ai trouve des bêtes là derrière ! Des poulets, un chien et même des chevaux ! Annonça l’un d’eux.

Un autre cavalier arriva en disant :

Il y a du bétail dans les champs capitaine !

Ce dernier mit un pieds à terre en riant.

Prenez les chevaux comme montures de rechange et allumez un feu pendant que nous allons tordre le cou à ces poulets.

Ses hommes s’empressèrent d’obéir à ses ordres. Le capitaine savait qu’il devait livrer le bétail à l’intendant de l’armée. Mais auparavant, lui et ses braves allaient faire un sort à toute cette volaille. L’idée de manger du poulet rôti lui donna des crampes d’estomac. Il n’avait jamais eu aussi faim de toute sa vie.

Et abattez-moi aussi ce chien ! Cria-t-il.

Il était soulagé d’avoir trouvé des vivres. Comment un pays qui paraissait aussi riche pouvait il manquer à ce point de nourriture ? Ça restait un mystère. Ils avaient trouvés de l’or et des pierres précieuses, des tissus fins et des objets d’une rare beauté, mais rien de comestible. C’était à n’y rien comprendre. Tout au long de sa carrière de mercenaire puis dans l’armée, il avait vu les gens s’enfuir avec leur or, leurs bijoux et tout ce qui pouvait avoir de la valeur à leurs yeux. D’ordinaire, ils n’emportaient pas les céréales, la farine, les légumes et la volaille. Même le gibier se faisait rare, comme si on l’avait poussé à s’en aller. On aurait dit que l’ennemi se repliait en emmenant avec lui tout ce qu’il avait de comestible. Ça n’avait aucun sens.

Le capitaine s’assit sur le perron lorsque l’un de ses hommes sortit de la maison avec des bouteilles de vin. Il but à longs traits en se demandant au passage combien de temps il aurait pu résister avant de se joindre au festin des Jikanjis.
Puis il s’essuya la bouche du dos de la main. Il n’aurait plus à se poser cette question avant plusieurs jours. Derrière la maison, il entendit les aboiements du chien s’arrêter brusquement. De leur côté, les poulets piaillaient tandis qu’on leur tordait le cou.

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Isoroku atteignit la position de Takachi à la tombée de la nuit. En cours de route, il avait du affronter les troupes adverses une demi-douzaine de fois et avait du constater le carnage qu’elles laissaient derrière elles. De nombreux cadavres jonchaient le bas-côté de la route. Le principal souci des troupes concernait visiblement la nourriture, car des objets de valeur, comme des pièces ou des bijoux, étaient éparpillés autour des corps. En revanche, il ne restait dans leurs affaires plus rien de comestible.
Après avoir donné le mot de passe à la sentinelle, Isoroku et ses hommes purent entrer dans le camp, Takachi venant les accueillir.

Qu’elles nouvelles ? Les choses ont mal tourné ?

Pire encore, répondit Isoroku en mettant pieds à terre.

Il laissa l’un des soldats de Takachi emmener sa monture et confia à ses officiers le soin de s’occuper des bêtes et de nourrir ses hommes. Puis il suivit Takachi jusqu’à un feu de camp proche de la barricade érigée en travers de la route. Le commandant désigna une marmite de ragoût fumant, lui ordonnant de se servir.
Le jeune homme prit un bol et une cuillère en bois et s’aperçut qu’il mourait de faim. Takachi compléta son repas en lui donnant une petite galette de riz et une gourde de saké.
Là, il lui expliqua que si Kyubi n’était pas encore tombée, alors ce serait le cas demain. Le palais était déjà parti en fumée.
Les deux hommes étaient pratiquement certains que cela signifiait la mort du daïmio. Quand au chancelier, il avait peut être réussi à s’échapper, mais c’était loin d’être sûr. Mais si le plan s’était bien déroulé comme prévu, le prince et le reste de sa cour – les nobles qui n’iraient pas sur le champ de bataille – se trouvaient en sécurité dans la capitale des collines brumeuses.
De leur côté, la situation était plutôt calme. Quelques éclaireurs s’étaient approchés de leur position, mais ils avaient réussis à les chasser, d’autant qu’ils préféraient décamper à la vue de leurs fortifications. Si tout se déroulait comme prévu, ils perdraient du temps en s’aventurant au Nord et au Sud, avant de se rendre compte qu’ils devaient revenir dans le coin. Peut être qu’une partie du temps perdu à Kyubi serait rattrapé.
Tandis qu’Isoroku hochait de la tête en avalant une nouvelle bouchée de ragoût, Takachi se passa la main sur le visage. De toute évidence, il était aussi fatigué que son jeune compagnon.
Vint l’heure de faire le pont. Son bol vide, il bu à la gourde pour l’informer ensuite qu’il n’y avait plus de réfugiés derrière eux. Ils n’auraient plus à jouer les arrières gardes. Maintenant, il s’agissait simplement de défendre en faisant payer très cher le moindre pouce de terrain aux bâtards d’en face.

Ils étaient tous deux extrêmement fatigués. Et Isoroku le serait encore plus le lendemain, car ce serait à lui et ses hommes de tenir le terrain pendant que la compagnie de Takachi se replierait. Au moins était-ce cette dernière qui monterait la garde cette nuit. Puis il essaya de se souvenir de ses ordres, avant de laisser tomber, trop fatigué qu’il était. Il avait juste à se souvenir qu’on devait ralentir au maximum l’ennemi et les retenir dans les montagnes durant les trois prochains mois….

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Capitaine. J’ai un message pour vois de la part du capitaine Saga.

Isoroku se frotta les yeux car il n’avait réussi à voler qu’une heure de sommeil depuis la fin des combats. La veille, après le départ de Takachi, ses hommes et lui avaient été attaqués à trois reprises, l’escarmouche la plus récente ayant eu lieu au crépuscule. Cependant, ils avaient facilement vaincu leurs assaillants, en partie grâce aux cinquante archers que Takachi leur avait laissés. Ces derniers devaient partir au moins une journée avec qu’Isoroku donne l’ordre de se replier, car ils étaient à pieds et ne pourraient pas suivre l’allure imposée par la cavalerie. Il n’en était pas moins ravi de les avoir sous la main, eux et leurs arcs longs.
L’officier avait ordre de tenir sa position jusqu’à ce qu’il devienne évident que tous les autres postes de défenses subissaient la même pression de la part des envahisseurs. Ensuite, il n’aurait plus qu’à se replier, créant une faiblesse évidente au sein des lignes du clan. En effet, le plan du daïmio Tagomi prévoyait de laisser l’ennemi gagner du terrain entre Kyubi et les collines brumeuses, mais seulement aux endroits où ça l’arrangeait.

Jusqu’ici, tout va bien, commenta Isoroku après avoir lu le message.

L’homme qui le lui avait apporté était un guerrier Uesugi. Isoroku lui conseilla d’aller chercher quelque chose à manger et de se reposer un peu, car il devrait repartir dès les premières lueurs du jour.
L’homme des collines hocha la tête et s’en alla. Isoroku se rallongea, s’enveloppa de nouveau dans sa couverture et tenta de se rendormir. Mais il resta éveillé un moment, songeant à sa femme. Il se demandait si elle allait bien. Normalement, elle était partie suffisamment tôt pour éviter les dangers qu’affrontaient désormais tous les réfugiés, sur la route, dans les ténèbres. Mais il était impossible d’en être tout à fait sûr….

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Un violent grondement ébranla le sol. Une autre explosion.

Depuis deux jours, Inokuchi, chancelier du clan, envoyait ses soldats en expédition dans les égouts afin de récolter des informations, pour mieux suivre le déroulement des combats et coordonner la défense de la cité. Il avait prévu que la magie du démon permettrait sans doute aux cathayens d’entrer rapidement dans Kyubi. C’est pourquoi il avait refusé d’assigner tous ses hommes à la défense des remparts, préférant garder des renforts à l’intérieur même de la cité. Cependant, il fallait donner le change à l’ennemi, en lui faisant croire que la capitale était bien gardée. Le chancelier avait donc été obligé de sacrifier délibérément la vie de centaines de soldats. Ce n’est qu’en posant le pieds en ville que les cathayens avaient découvert que la bataille ne faisait que commencer.

Bien qu’il fût très occupé à coordonner l’action des défenseurs depuis son poste de commandement souterrain, Inokuchi réussissait à voler de brefs moment de repos pour dormir et se nourrir. Il avait également saisi l’occasion d’apprendre à mieux connaître son frère, car il était triste de n’avoir pu passer que quelques heures avec lui en presque soixante-dix ans d’existence. Il savait que le bâtard était un meurtrier, un voleur, un contrebandier, un souteneur et qu’il avait commis autant de crimes qu’il peut y avoir sur un tas de crottin. Mais c’était son frère. Le chef de la pègre de Kyubi. La meilleure source d’informations qu’il avait sur Cathay. L’homme à qui il fallait s’adresser pour obtenir des marchandises par des voies peu…. Licites. Seul un caprice du destin avait fait qu’ils fassent connaissance des décennies plus tôt. Ils s’utilisaient mutuellement à leur avantage depuis cinquante ans.

Un autre grondement sourd résonna.

Il doit s’agir de l’entrepôt abandonné du côté du moulin, près de la rivière, annonça l’un des soldats. On y a déposés deux cents barils.

Avant le début du siège, les soldats d’Inokuchi avaient quadrillés la cité, entreposant des barils à des endroits stratégiques.

Vous auriez dû assister au siège de Jiayuguan, intervint le chancelier. Cette cité faisait la joie de ses défenseurs, mais représentait un véritable cauchemar pour ses attaquants. Il fit onduler sa main, imitant un serpent se déplaçant dans l’herbe. Pas une rue qui soit droite, il y avait toujours un angle à un moment donné. Les bâtiments n’avaient aucune fenêtre au rez-de-chassée, juste d’épaisses portes en chêne que l’on ne pouvait verrouiller que de l’intérieur. En plus, tous les toits étaient plats.

Les soldats sourirent et hochèrent la tête d’un air approbateur.

Des plates-formes de tir pour les archers, murmurèrent-ils.

Absolument, comme ça les défenseurs pouvaient se déplacer d’un toit à l’autre au moyen de longues planches qu’ils retiraient après leur passage. Pendant ce temps là les archers faisaient pleuvoir leurs flèches sur les assaillants, tout au long de leur progression. Quand les troupes de l’Empereur ont envahi la cité, le commandant de la place a fait exploser vingt-cinq mille barils de naphte.

Vingt-cinq mille ! l’interrompit son frère. Non. Tu rigoles ?

Absolument pas. Quand la cité a explosée…. Il s’adossa au mur. Je ne peux pas vous le décrire. Essayez juste d’imaginer une tour de feu qui s’élèverait jusqu’au ciel, et vous aurez une petite idée de ce qui s’est passé. Le bruit était si fort que j’en suis presque devenu sourd. Mes oreilles ont continuées à bourdonner pendant une semaine à la suite de l’explosion. Puis la ville était construite au-dessus d’une source de naphte naturelle. Et les cathayens savaient comment le traiter correctement.

À ce moment là, quelqu’un frappa à la porte. Inokuchi couvrit l’unique lampe présente dans la pièce tandis que ses hommes tiraient leur épée. Suivant la consigne, le signal fut répété. Les soldats firent entrer la patrouille dans l’entrepôt plongé dans la pénombre.
Ses membres étaient au nombre de six et s’engouffrèrent à l’intérieur en traînant derrière eux trois civils.

On les avait trouvés dans les égouts. Le frère d’Inokuchi les reconnu comme étant ‘‘des siens’’, déclenchant une réaction hostile de ceux là, jusqu’à ce qu’on leur fasse remarquer qu’il était leur patron. L’anonymat avait ses avantages, mais pas aujourd’hui. Consternation, défiance, on demanda à Inokuchi s’il était lui, sans doute, sur un ton ironique, le chancelier de Kyubi.
Tout le monde éclata de rire, sauf bien sûr les nouveaux venus. Une jeune femme qui faisait partie des voleurs s’avança et leur expliqua la situation. Pour prouver qu’elle ne plaisant pas, l’un soldats lourdement armés assura qu’elle disait la vérité. Dès lors, les trois brigands se tinrent cois. Le chancelier de Kyubo et le patron de la pègre avaient beau se terrer dans une cave reliée aux égouts, ils n’en restaient pas moins les deux hommes les plus puissants de la cité.
Des jours s’étaient écoulés depuis leur arrivée dans cette cave. Des éclaireurs ne cessaient d’aller et venir, rapportant des nouvelles des combats. Les défenseurs faisaient payer cher aux envahisseurs le moindre pouce de rue ou la moindre maison dont ils s’emparaient, mais l’issue de la bataille était connue d’avance.

À un moment, son frère lui demanda pourquoi il n’ordonnait pas à ses hommes d’évacuer la cité, las d’être enfermé.
Malheureusement, il n’avait aucun moyen de leur faire parvenir cet ordre, déplora-t-il, regrettant sincèrement cela. Mais de toute façon, pour que son plan fonctionne, il fallait que l’ennemi croie que toute l’armée de la principauté soit massée dans la Kyubi.
Il était un sacré numéro. Est ce que quelqu’un d’autre que lui serait capable d’envoyer autant de gamins au casse-pipe ? Bien sûr que oui, s’il ce quelqu’un avait pour mission de défendre le clan, dut il sacrifier une cité, fut elle la capitale du daïmio.
Et quel était le plan du coup ?
Il avait en réserve quelques milliers de barils de naphte, et d’autres de ‘‘feu suprême’’, octroyés par les elfes, prêts à se déverser dans les égouts. Tôt ou tard, les bâtards qui se trouvaient au-dessus d’eux allaient comprendre qu’une partie de la population se cachait sous leurs pieds. Quand ils descendraient venir les chercher, il leur réservait une petite surprise. Ç’allait être un massacre. Cette saloperie brûlait même à la surface de l’eau. Et ça ne ferait pas que brûler.
Désignant une chaîne, visiblement neuve, suspendue à un mur tout proche et gardée en permanence par un soldat, Inokuchi révéla avoir repris l’idée des cathayens. En tirant sur cette chaîne, il libérerait une légère coulée de naphte dans les égouts. Il y a toute une série de petites canalisations et tuyaux…..
Les premiers égouts de la ville. Soi-disant condamnés lors de la construction des nouveaux, plus profonds, il y a un siècle. Sauf qu’on les avait rouverts. C’était l’avantage d’avoir à sa disposition tous les plans du moindre bâtiment et des installations publiques de la cité. Lorsque ces passages seraient remplis de naphte, la vapeur s’échappera dans les grands égouts où elle se mêlera aux gaz déjà existants, au feu suprême et naphte qui flottera à la surface de l’eau et à tous les barils pouvant être détachés. Quand l’incendie atteindre ces gaz, la cité tout entière partira en fumée. Boum. Dans une explosion. Et lorsque la fumée retombera sur Kyubi, il ne restera plus une pierre sur l’autre.
Kyubi était le seul foyer qu’il avait jamais connu, que ce soit côté palais ou côté égouts. C’est là qu’il était né. Mais il n’avait pas l’intention d’y mourir. Lorsqu’il tirera sur la chaîne, ils auront à peu près une heure pour s’enfuir, sauf s’il y avait déjà un incendie dans cette partie des égouts. À partir de là, il ignorait combien de temps ils auraient. Mais c’était le risque. Puis comme disait son mentor : personne ne quitte cette vie vivant.

De toute façon, il comptait sauver ses hommes, son frère, ses miséreux et tout ceux qu’il pouvait. Mais lui… Il avait l’intention d’être le dernier à quitter Kyubi et tant mieux si le destin voulait qu’il meure en même temps que sa ville. Depuis qu’il avait échafaudé un plan pour vaincre l’ennemi, sa conscience n’avait cessée de lui rappeler le prix terrible qu’allaient payer les habitants de la capitale. Pour eux, il n’y aurait ni avertissement ni évacuation dans le calme, car si les envahisseurs croyaient qu’il n’y avait rien à piller, ils contourneraient la cité plutôt que de s’en emparer. Pire encore, il fallait leur faire croire que la majeure partir des troupes du clan et des provinces du Sud avaient été détruites à Kyubi.
Il pouvait à peine supporter l’idée de continuer à vivre en laissant mourir tant de gens et en abandonnant derrière lui tout ce qui avait fait sa vie. Peut-être craignait-il les malheureux fantômes qui viendrait le hanter parce qu’il leur aurait fait payer le prix maximum pour permettre au clan de gagner du temps. Quoiqu’il en soit, il avait fini par décider que quand viendrait la dernière heure de sa cité, il partirait très certainement avec elle.

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Sur l’ordre d’Isoroku, les soldats entreprirent de se replier dans le calme. L’ennemi se trouvait en grand nombre à moins de huit cents mètres mais Takachi avait fait savoir à son protégé qu’une nouvelle position de repli avait été sécurisée et n’attendait plus que ses hommes et lui.

Isoroku s’était dit que pour rattraper le temps perdu à Kyubi, mieux valait s’y prendre journée après journée plutôt que d’essayer de tenir les premières lignes de défense durant les trois semaines supplémentaires qu’aurait dû durer le siège de la capitale. À l’origine, le plan de bataille prévoyait qu’il tiendrait les barricades pendant une semaine. Il y était resté neuf jours.
Il restait sept positions de repli à défendre avant d’atteindre les collines brumeuses et leurs montagnes. S’il réussissait à gagner trois ou quatre jours chaque fois, il finirait par rattraper une grande partie du temps perdu. Mais il préférait ne pas se montrer trop optimiste car il occupait la position la plus vulnérable, celle du centre. Les lignes de défense au Nord et au Sud ne devaient pas céder ; lui en revanche avait pour mission de reculer au fur et à mesure pour attirer l’ennemi. De leur côté, les autres fronts étaient censés canaliser les troupes cathayennes au centre, sur la route de l’empereur, à huit kilomètres de leur position respective. La seule faiblesse de ce plan résidait dans le fait qu’Isoroku verrait arriver davantage de soldats ennemis à mesure que le temps passerait.

Ses éclaireurs avaient vu des bannières de bataille se lever, signe que l’ennemi se préparait à lancer une grosse offensive contre sa position. Malheureusement, il avait prévu de se trouver au moins à mille cinq cents mètres de là quand les cathayens et leurs hordes de mercenaires arriveraient. Isoroku utilisa le code des signes pour donner ordre à ses troupes de quitter la zone. Il demanda également aux archers de se replier, même si, à l’origine, il était prévu qu’ils harcèlent l’ennemi tout du long de la ligne de marche. En effet, les rapports indiquaient la présence d’un trop grand nombre de soldats dans le camp adverse pour qu’Isoroku prenne le risque d’exposer ses archers. Il improviserait et trouverait en chemin un autre endroit où les poster, afin qu’ils puissent ralentir la progression des troupes ennemies tout en ayant une chance d’en réchapper.

Cependant, si on les attaquait durant cette première phase de repli, lui et ses hommes n’auraient que peu de temps pour se préparer au combat. Là résidait toute la difficulté de cette stratégie. S’ils parvenaient à prendre leurs adversaires de vitesse et à gagner suffisamment d’avance, ils pourraient alors s’enterrer dans des tranchées et se défendre. Mais s’ils se faisaient attaquer sur la route, ils risquaient de se faire écraser par l’ennemi, largement supérieur en nombre.
Isoroku devai absolument emmener ses hommes jusqu’à la prochaine position, où les attendraient Takachi et ses troupes. Les deux régiments se défendraient jusqu’à ce que l’ennemi se retire, après quoi les soldats de Takachi iraient sécuriser la position suivante. Telle devait être la routine des trois prochains mois, en tout cas jusqu’à ce qu’ils arrivent aux collines brumeuses. Lorsque les cathayens cesseraient de s’en prendre au fronts Nord et Sud, les soldats de la principauté descendraient prêter main forte à leurs collègues du centre. Mais cette phase de l’opération ne se produirait pas avant un mois et peut être même jamais si les troupes de l’ennemi persistaient à vouloir se battre sur tous les fronts.

Tandis que ses soldats s’éloignaient, Isoroku s’attarda quelques instants auprès de son dernier bataillon d’archers monté, qui resteraient là jusqu’à ce que l’ennemi apparaisse. Il leva les yeux vers le ciel de fin d’apèrs midi et regarda vers l’Ouest. De la fumée s’élevait au-dessus de Kyubi qui brûlait. Il se demanda comment s’en sortaient Tagomi, Inokuchi et les autres. En silence, il pria la dame de la Chance d’aider ces gens à s’en sortir vivants.

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Les bruits des combats par parvenaient à s’insinuer partout, même dans la cave où se cachaient le chancelier et les siens. Les gardes n’avaient cessés de faire la navette entre les différents bastions répartis dans les égouts, si bien qu’Inokuchi avait une vague idée de la progression de l’ennemi en ville. Au centre de Kyubi, les incendies faisaient rage, tandis qu’à l’Est se déroulaient quelques combats, de manière sporadique.
La majeure partie des troupes d’invasion attendait derrière les murs en flammes que les incendies s’éteignent. Un seul éclaireur avait osé risquer un coup d’œil dans ce secteur. Il était revenu en disant que des milliers de soldats campaient au milieu des cendres froides de la partie occidentale de la cité. En apprenant que le palais n’était plus qu’un tas de gravats noircis, Inokuchi en conclut que son beau-frère avait trouvé la mort dans l’explosion.
L’angoisse d’une mort imminente ne cessait de planer sur eux. Il leur faudrait beaucoup de chance pour parvenir à s’échapper des égouts à temps. Or, personne ne se sentait particulièrement en veine.
Il donna de nouvelles instructions à l’éclaireur qui était parvenu à s’introduire dans la partie occidentale de Kyubi. Il était difficile de ne pas perdre la notion du temps dans l’obscurité, mais le soleil venait sans doute de se coucher lorsque l’éclaireur revint pour la deuxième fois de la journée pour lui apprendre….. Ô joie, des navires attaquaient la flotte ennemie en ce moment eux.
Il devait s’agir de la flotte qu’il avait envoyé harceler les transports cathayens en haute mer. Mais il était étonné qu’il y ait assez de navires restants pour mettre en œuvre une attaque d’envergure. A moins que ce ne soient les asurs qui revinssent à la charge ? Voir les deux. Il se souvenait avoir donné l’ordre au commandant de la flotte de se cacher après l’attaque, puis de joindre ses forces à ce qui restait des asurs puis lancer une attaque surprise sur les navires orientaux après qu’ils aient jeté l’ancre, dans le but d’incendier le plus de navires possibles pendant qu’il mettait le feu à la cité.

Bon. Tout ne s’était pas déroulé exactement comme prévu. Mais si le gros de leur armée, leurs éléments clés, se trouvait à l’Ouest en attendant que les incendies s’éteignent, alors on pouvait laisser le naphte s’écouler dans les anciens égouts. Ça ferait exploser la cité entière sous leurs pieds, tandis que les navires seraient en feu. Nul ne pourrait y échapper.
Ça lui faisait plaisir. Cette cité était à lui.

En silence et avec efficacité, six hommes allèrent ouvrir une grande porte en bois à double battant tandis que deux de leurs camarades ouvraient celle qui donnait sur les égouts. Les six premiers soldats firent rouler des barils à l’extérieur du grand entrepôt. Pendant ce temps, deux autres gardes essayaient d’appuyer sur un très vieux levier en fer couvert de rouille. Il fallu l’aide de quatre autres hommes pour que le levier commence à bouger. Au même moment, l’on entendit de l’eau s’écouler.
Une très vieille citerne derrière le mur était en train de se vider, créant un courant très rapide qui s’en allait en direction du port. Dans le même temps, les six soldats vêtus de noir faisaient rouler leurs barils le long d’une rampe inclinée qui se terminait dans l’eau. Visiblement, celle-ce s’écoulait plus vite car les barils s’éloignaient rapidement en flottant.
L’un d’eux heurta le chambranle de la porte et se brisa. L’odeur du naphte s’éleva. Inokuchi esquissa un sourire sinistre.

C’est bien qu’il y en ait un peu à la surface…..

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Feu ! s’exclama Calimehtar Erchamion, Ciryaher de la flotte de l’Est.

La douzaine de catapules réparties sur les navires les plus proches projetèrent leurs charges enflammées très haut, visant les vaisseaux à l’ancre dans le port.

Ces primitifs humains leurs avaient facilités la tâche en attachant tous leurs navires ensemble. Ainsi, ils n’avaient plus qu’à tirer sur une seule et gigantesque masse.

Erchamion, dont les ancêtres étaient originaires d’Ulthuan, avait vu le jour à Lothern. Il n’avait jamais mis les pieds dans l’Ouest, jusqu’à ce jour de printemps où il avait traversé le Cap des terres du Sud puis les portes de Calith, ne perdant que deux navires dans l’affaire. Un tribut acceptable compte tenu de la période et l’urgence, car il était encore tôt pour tenter la traversée. Le vieil elfe avait également eu la chance de ne rencontrer qu’un seul vaisseau de guerre étranger sur le chemin entre Kuresh et Tor Elithis : un cotre cathayen qu’il avait rattrapé et coulé sans lui laisser la moindre chance de prévenir quiconque de la présence de sa flotte dans la mer Jaune.

Le Ciryaher avait été durement éprouvé en apprenant la mort tragique du prince Menel Dalhanil. Il ne l’avait rencontré qu’à deux reprises lors d’obligations sociales et militaires à la citadelle de l’aube, mais sa réputation n’était plus à faire et ses actes de bravoure étaient connus de tous. Par ailleurs, Erchamion s’estimait chanceux de pouvoir au moins une fois dans sa vie combattre l’ennemi en mer, avec ses engins de guerre et ses marins, prêts à se battre au corps à corps si besoin était. En effet, il avait passé la majeure partie de sa carrière à pourchasser de misérables pirates, à remettre à leur place des petits potentats grincheux ou à assister à des cérémonies au palais royal de Lothern. Voilà qu’il avait à présent l’occasion de faire ce pour quoi il s’était préparé toute sa vie. De plus, si ce qu’on lui avait raconté à son départ de la citadelle de l’aube, quelques mois plus tôt, était vrai, alors le sort des colonies dépendait de cette bataille.

Comme ordres à la flotte, il ordonna à celle ci de pousser l’attaque. Aucun navire ne devait leur échapper. D’ici le crépuscule, tous les navires étrangers entre Cathay et Nippon devront avoir été coulés. C’était l’océan de Menel tout de même ! Il était intolérable qu’ils puissent y naviguer librement.

Des éléments de la flotte de secours, de celle des colonies et des restes nipponais se détachèrent de la masse et prirent la direction du Nord pour débusquer les navires qui avaient accosté entre Kyubi et Hubei. D’autres vaisseaux partirent dans l’intention de pousser plus loin encore. Quant aux navires ennemis qui avaient accosté entre Kyubi et ce qui avait été autrefois Jiayuguan, les restes nipponais regroupés de force avec les machins flottants des potentats locaux les avaient coulé ou brûlé jusqu’au dernier.
Le joie du Ciryaher augmenta d’un cran lorsqu’il s’aperçut que son plan fonctionnait. Il avait ordonné de concentrer les tirs sur la première rangée de navires, les transformant en brasier en l’espace de de quelques minutes, avant qu’ils n’aient le temps de se détacher des autres bâtiments. À présent, l’incendie avançait en direction de la cité, se propageant d’une embarcation à une autre. Les projectiles qui ne cessaient de pleuvoir sur la flotte immobile ne faisaient qu’ajouter au carnage. Même si ce n’était absolument pas élégant, ni dans les usages, et extrêmement risqué, le Ciryaher était obligé de reconnaître l’efficacité du ‘‘feu suprême’’. Son utilisation massive lors de cette campagne, au vu des résultats escomptés et de la situation, semblait tolérable. Mais de là à en faire l’éloge à ses pairs d’Ulthuan au risque de se couvrir de ridicule…. Il ne fallait pas pousser !

Erchamion regarda le Dragon Royal, commandé par le second du défunt Menel, emmener une flottille au Nord afin de couler le moindre navire ennemi. Il lui souhaitait bonne chance. Quand à lui, il allait s’assurer que pas une bateau n’en réchappe.

Il savait que Menel avait eu droit à des funérailles en mer, tandis que son navire faisait voile vers la base. Ensuite, la flotte s’était réapprovisionnée et avait réparé les dommages subis lors de la première offensive avant de revenir vers Kyubi, le tout en un temps record. Grâce en soit rendue à Asuryan et les mages des cieux. Malgré sa disparition , le Ciryaher avait l’impression, comme tout vieux marin, que d’une certaine façon Menel arpentait encore le gaillard d’arrière de son navire. Il salua le Dragon Royal et la mémoire des deux meilleurs marins qu’il ait connu, le maître et son élève, Laeyel Hariil et Menel Dalhanil.
Puis, revenant à la situation présente, il vit un petit navire situé près des quais se libérer des autres et faire voile dans leur direction.

Vous voyez ce navire, capitaine ? Coulez-le, je vous prie.

À vos ordres, Ciryaher.

Tandis qu’il se rapprochait du bateau ennemi, le Ciryaher Erchamion regarda brûler la cité nipponaise, capitale de la principauté locale. Une profonde tristesse l’envahit à la vue de toute cette grandeur réduite en cendre. Ce lieu avait beau être souillé par la présence des singes malodorants qui l’avait envahie des siècles durant, les traces du peuple asur dans le lieu restaient encore. L’architecture, les fondations…. Ce qui restait de la colonie de son peuple, quand bien même salie par les primitifs, était encore assez fort à ses yeux pour mériter qu’il s’apitoie dessus. Puis il mit ses émotions de côté, car il avait encore une bataille à gagner.

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Inokuchi tira sur la chaîne. Un grondement au-dessus de sa tête lui apprit que le mécanisme fonctionnait à merveille. Le naphte allait se répandre dans les conduits et les buses avant de s'écouler dans les égouts. Si on dispose d'environ une heure pour sortir de là.

Les soldats gravirent rapidement les marches qui menaient à la partie supérieure de la cave. L'un d'eux investit le petit escalier qui conduisait à la trappe et risqua un coup d’œil dehors. Il se retourna pour faire signe que la voie était libre. Tout le monde sortit alors sous le ciel nocturne.
La nuit était plus sombre qu'elle aurait dû l'être, car une épaisse fumée noire obscurcissait le ciel. Certains se mirent à tousser. Les soldats prirent des mouchoirs qu'ils se nouèrent sur le visage pour se protéger le nez et la bouche. Les voleurs les imitèrent en arrachant des pans de tissu à leurs chemises.
Les bruits de combats résonnait tout autour, mais il n'y avait personne en vue. Les éclaireurs d'Inokuchi partirent en courant jeter un coup d’œil au coin de la rue.
Brusquement, le chancelier les rappela et donna l'ordre à tous ses compagnons de se cacher. Ceux qui ne le pouvaient pas se jetèrent à plat ventre dans la rue ou se tapirent contre les murs, espérant se rendre invisibles dans la pénombre enfumée du soir.
Des cavaliers passèrent au galop. Il s'agissait de soldats du clan, apeurés et en sang, leur uniforme réduit à l'état de loques. Visiblement, ils fuyaient, en proie à la panique.

Il faut trouver un autre chemin, chuchota Inokuchi à ses compagnons les plus proches. Ceux qui les poursuivent ne devraient pas tarder à arriver.
Tandis qu'ils se repliaient vers l'entrée de leur cachette souterraine, il apparut que les paroles du chancelier avaient valeur de prophétie, car une escouade de cavaliers ogres passa au galop dans un bruit de tonnerre.

C'est là qu'Inokuchi se rendit compte que les rapports reçus ne leur rendaient pas justice, qui voyait pour la première fois ceux là.

Le groupe au complet réussit à regagner son refuge sans être pris.

Ne restait plus, pour sortir de la cité, que le déversoir de la porte Nord. Qui emmenait au Nord de la cité. Pas à l'Est. Et il leur restait moins d'une heure alors qu'il était à une demi-heure de marche. Mieux valait sortir de ce bourbier tant que c'était encore possible. Si ils réussissaient à gagner les bois qui se trouvaient au Nord, alors ils réussiraient à trouver un chemin vers l'Est.
Regardant ses trente soldats et la douzaine de voleurs qui constituaient son groupe, il réalisa qu'il avait peu de chances d'y parvenir. Mais il devait essayer.

Il conduisit tout son petit monde dans le dédale des égouts.

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Stupéfait, le Ciryaher Erchamion écarquilla les yeux. Une créature venait d'apparaître, comme surgie du néant, traversant les ponts en flammes des bâtiments ennemis. Toute de plumes, un grand bec, des griffes.... Et pourtant elle ne semblait craindre le feu.
Sur le chemin de kyubi, le Ciryaher et sa flotte avaient rencontré cinquante navires ayant jetés l'ancre au large des plages de la principauté. Les cotres, vifs et rapides, s'en étaient approchés pour permettre à leur équipage de lancer des bouteilles de feu suprême ou de naphte. Les gros navires avaient actionné leurs balistes ou leur catapultes. En fin de compte, tous les vaisseaux ennemis avaient été incendiés. Près d'une vingtaine d'autres avaient été abordés, capturés ou coulés, si bien qu'avec la destruction des navires dans le port, le Ciryaher estimait avoir réduit en cendres la moitié de la flotte de ces barbares primitifs orientaux. Une deuxième estimation approximative laissait penser que cent cinquante à deux cents navires ennemis étaient déployés le long des côtes, à moins que ceux ci ne soient aux prises avec la flottille du capitaine Aredhel.

Et voilà que, surgissant du brasier qu'était devenu le port de Kyubi, un démon s'avançait à sa rencontre d'un air déterminé. Calmement, l'amiral tira son épée.

J'ai l'impression que cette créature a l'intention de nous aborder, monsieur Devorak.

Feu ! Ordonna le capitaine.

Aussitôt, balistes et archers firent pleuvoir leurs projectiles sur le démon. Ce dernier hurla lorsque des flèches vinrent se planter dans son corps, haut de cinq mètres. Mais il n'en continua pas moins d'avancer à travers l'incendie, visiblement plus irrité que blessé.

Le flotte se repliait lentement, mais c'était le navire amiral, la Gloire de Lothern, qui se trouvait le plus proche de l'incendie du port. La créature grimpa sur le bastingage du dernier navire en flammes et déploya ses ailes. Puis elle poussa un cri de colère et effectua un bond prodigieux pour couvrir la distance qui la séparait du navire d'Erchamion.

À tous les vaisseaux ! Toutes voiles dehors !!! ordonna le Ciryaher tandis que sa Némésis personnelle volait vers son navire.

Il ne sut jamais si le message était bien parti car le démon, ayant désormais quitté le corps brisé et inutile de l'amiral Li Byang, se jeta sur lui, le souleva et lui brisa l'échine tout en lui emportant la moitié de la tête d'un coup de dents. Messire Erchamion connut la brève satisfaction de sentir son épée s'enfoncer profondément dans les flancs de la créature. Mais il n'entendit pas son hurlement de douleur, car il mourut avant que la créature ne se rende compte de sa blessure.

Le capitaine Devorak voulut porter un coup d'épée au démon qui, pour la peine, lui détcha la tête des épaules. Les archers installés dans le gréement tirèrent sur l'infâme, en vain, tandis que les membres les moins braves de l'équipage plongeaient par-dessus bord.

Les deux amiraux de la flotte pour les colonies étaient morts, laissant leurs capitaines livrés à eux même. Chacun devrait décider jusqu'à ce que la hiérarchie des deux flottes puisse à nouveau être réorganisée. Au moins avaient ils réussi à détruire la plus grande partie des navires ennemis.

La créature du chaos tua et dévora tous les marins qu'elle put trouver, se régalant de leur chaire et leurs âmes, jusqu'à ce qu'elle se rende compte que le navire avait dérivé vers le Nord-Ouest de la cité. Le démon pouvait supporter l'eau de mer pendant un moment, mais il détestait son contact, car elle aspirait une partie de son énergie et nuisait à son maintien dans le matériel. Il abandonna le navire et se propulsa dans les airs, tentant de rejoindre le brasier qui consumait sa flotte et la cité. L'incendie ne lui faisait aucun mal, mais provoquait de terribles pertes dans ses réserves de viande et d'énergie vitale. Qu'il était bon d'être dans le materium. Il en profitait tellement qu'il commençait à négliger sa mission. Et puis son lien avec l'aer tendait à se réduire légèrement, la faute à ces fauteurs de troubles de mages elfes. Quand à ceux qui étaient dans l'armée, ils fondaient comme neige au soleil. Ces petites sucreries étaient si délicieuses à consommer....

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Inokuchi vit le garde qui ouvrait la marche lever la main. Tout le monde s'arrêta. Ils avaient croisé d'autres personnes en chemin, parmi lesquelles des réfugiés et des envahisseurs. Pour l'instant, nul ne semblait pressé de se battre dans l'obscurité des égouts. Mais sil les assaillants commençaient à débusquer les gens qui se cachaient sous terre, cela voulait dire que la cité était déjà à eux. Inokuchi effectua un rapide calcul mental et comprit qu'il ne leur restait que dix minutes, tout au plus. Il se trouvaient à une dizaine de pas du déversoir de la porte Nord, près de la fameuse porte de la Mer, la plus fréquemment utilisée par les brigands et les contrebandiers pour entrer ou sortir de Kyubi.

Son frère envoya l'un de ses voleurs, une jeune femme, en éclaireur. Avec souplesse, elle escalada les barreaux qui menaient vers la sortie et revint quelques instants plus tard annoncer que la voie était libre. Sur son geste, l'évacuation commença.

Inokuchi insista auprès de la seule famille qu'il avait encore pour sortir en dernier. Il ne voulait pas mourir, mais avait provoqué tant de morts et de destruction. C'était le seul foyer qu'il connaissait. Il ne pouvait vivre avec ce fardeau là. Les derniers évacués étaient en train de sortir....

Puis le monde explosa autour de lui. Les six hommes qui se trouvaient de l'autre côté de la porte se retrouvèrent au sol, sonnés. Les trois qui s'apprêtaient à franchir le seuil furent projetés en l'air tels des bouchons de champagne. L'un des sbires se brisa le cou en atterrissant vingt mètres plus loin tandis que les deux autres se brisèrent plusieurs os.
À l'intérieur même du tunnel, l'ai s'enflamma. Au cours du bref instant qui précéda la tragédie, le chancelier eu le luxe de voir défiler sa vie devant lui. Son enfance, la déchéance, la rue, la pègre, son service auprès du prince, la découverte de l'existence d'un frère, la rencontre avec sa femme, amour de sa vie l'ayant sauvé de la noyade, qui l'avait aimée pour ce qu'il était, malgré la connaissance totale de la vérité, et qui en dépit de tout ce qu'il avait fait depuis, ou de tout ce qu'il avait pu lui demander et qui l'avait fait souffrir.
Il oublia ce qui l'entourait et reporta son esprit sur leur fils unique qui se trouvait loin, en sécurité, avec ses deux petit-fils adorés. L'espace d'un instant, il revécu les moments passés ensemble, depuis ce voyage à Cathay jusqu'à leur retour à Kyubi. Lorsque les flammes consumèrent sa chair, il était à ce point immergé dans ses souvenirs qu'il n'éprouva aucune douleur.

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Ils s'en étaient bien sortis. Compte tenu de l'effondrement total de Kyubi... Isoroku et Takachi déjeunaient ensemble, après quoi le capitaine nouvellement promu général s'en irait avec ses hommes. Pendant ce temps, les soldats Isoroku investissaient les défenses creusées ou érigées par le régiment de Takachi, assisté de quelques locaux réquisitionnés pour l'occasion avant de les renvoyer plus loin. Ses hommes se réjouissaient de ne pas avoir eu à monter les barricades eux-même car ils allaient pouvoir se reposer un peu avant l'arrivée des troupes ennemies. Et ils allaient devoir tenir les lieux cinq jours au lieu de quatre. Et il comptait essayer d'aller jusqu'à six.

Les nouvelles du Nord sont bonnes. Le capitaine Norimasa et ses pisteurs ont réussi à poster leurs hommes dans les montagnes sans trop de problèmes.

Isoroku éclata de rire.

Attendez que l'ennemi se présente là-haut en force.

Justement, une partie du plan consiste à l'en empêcher, soupira Takachi. D'après les rapports, c'est au Nord que les combats sont les plus violents. Un régiment Uesegi tient compagnie à nos petits gars. Il se sont enterrés dans des tranchées près d'un petit col au Sud-Est de Messias-les-Terrasses.

Isoroku fit appel à son souvenir des cartes qu'il avait étudiées avant d'acquiescer. Les hommes des collines allaient devoir tenir leur position car s'ils laissaient les envahisseurs grimper là-haut en grand nombre, ils leurs offriraient une route dégagée sur le versant oriental des montagnes. Ainsi, l'ennemi pourrait les contourner.
Mais heureusement, les troupes cathayennes du secteur n'étaient pas assez nombreuses pour les déloger. Pour l'instant.
Trop fatigué pour réfléchir, Isoroku avoua préférer se coucher une fois son unité installée..... Avant d'apprendre qu'il allait devoir vérifier les installations deux fois pour s'assurer que tout était prêt. Et il ne dormirait alors pas avant la tombée de la nuit.
La bonne nouvelles était qu'ils avaient gagnés deux jours. Plus que trois semaines à tenir. Était-ce possible ? Car si ça n'était pas le cas, il allait y avoir de gros combats le long des collines brumeuses et à la Lande Verte.

Qu'en est il des armées de renfort ?

Elles attendent derrière les collines.

J'aimerais qu'elle soient parmi nous, déplora le capitaine en regardant ses soldats préparer les armes et les munitions.

Je comprends. Ce n'est pas facile de voir tes hommes tomber un à un. Mais c'est nécessaire.

Je sais. Le prince me l'a bien expliqué, tout comme toi. Mais personne n'a dit que je devais aimer ça.

Je suis d’accord.

Isoroku se délaissa du feu de camp pour passer ses hommes en revue. Takachi avait raison, car le soleil était couché depuis des heures lorsque son jeune ami trouva enfin le temps d'aller dormir.

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Isoroku contempla la scène en contrebas.
Un énorme rassemblement de troupes se déroulait dans les champs au pied des contreforts des collines. La semaine qui venait de s'écouler avait été relativement calme, mais ce répit touchait visiblement à sa fin.

Pendant un mois, les forces du clan avaient réussies à obliger les cathayens à suivre la route tracée pour eux. D'après les rapports, il y avait eu de violents combats au Nord et au Sud, mais les lignes avaient tenu bon. Pendant ce temps, les défenseurs du centre en avaient profité pour reculer lentement, attirant l'ennemi derrière eux.
Ils avaient frôlé le désastre à deux reprises, échappant de justesse aux assaillants. Cependant, à chaque nouvelle position défensive les attendaient des troupes fraîches. Isoroku était encore loin de se montrer optimiste quand au succès de leur plan, mais ils s'en rapprochaient chaque jour un peu plus.
Il avait réussi à gagner une semaine sur le temps perdu à cause de la chute prématurée de Kyubi. En effet, il avait tenu sa dernière position dix jours au lieu des sept initialement prévus. À présent, ses hommes allaient devoir retarder l'avancée des troupes ennemies tout en se repliant. Le but était de leur faire croire qu'elles allaient rencontrer une forte résistance à Yubei. Ainsi, en incitant les cathayens à rester prudents, l'armée du clan parviendrait peut-être à occuper la position souhaitée lorsque les combats arriveraient aux portes de la Lande Verte. Chaque fois qu'Isoroku songeait au plan, qui prévoyait d'empêcher l'ennemi de passer les montagnes, il se demandait si par malchance l'hiver serait tardif.

En tout cas, il disposait d'un nouvel avantage depuis l'arrivée d'un magicien. Le clan avait fait des efforts les années précédentes pour pouvoir recenser les pratiquants des ''arts'', aidés en cela de leurs ''alliés'' elfes. Celui qu'on lui avait attaché connaissait plusieurs sortilèges utiles. Il pouvait prédire quel temps il ferait le lendemain et envoyer rapidement des messages à Takachi à l'aide d'oiseaux. Il voyait également mieux que tout soldat à ses côtés à de très grandes distances, même s'il ne pouvait se servir de cette vision surnaturelle que pendant un court moment. Contrairement à Isoroku, le magicien ne savait pas sur quels détails il devait se concentrer, mais il commençait à apprendre.
D'autres magiciens avaient surgi un peu partout pour assister les défenseurs et les aider de leur mieux. Isoroku leur en était très reconnaissant, même si jusqu'ici les mages ennemis brillaient par leur absence. Quoiqu'il en soit, les prêtres de Tsien Tsien finiraient bien par intervenir. Isoroku espérait que ce jour-là, les mages sauraient sauver les restes face aux praticiens ennemis. Il paraît même que les longues oreilles avaient envoyés quelques uns des leurs au poste de commandement pour veiller au grain.

Regardant les alentours, Isoroku constata que les monts, au Nord, disparaissaient dans les brumes de chaleur de cette fin d'après midi. Ses hommes n'allaient pas tarder à entrer dans les rizières en terrasses et les bosquets vallonnés de son enfance. Au yeux des non-initiés, le terrain paraissait moins accidenté que les basses collines à l'Ouest, mais ce n'était pas le cas. Des crêtes et des ravins inattendus risquaient de prendre l'ennemi au piège et de retarder son avance. Espérant avec ferveur que ce serait le cas, Isoroku avait posté ses vétérans à des endroits clés, sur les limites de la zone qu'il avait à protéger. Au-delà, pour défendre la région, il lui faudrait compter sur les pisteurs du prince et les uesegi du capitaine Murakami que Takachi surnommait le Régiment mixte de Kyubi.
C'est au Sud qu'Isoroku avait envoyé le gros de ses forces, composées de troupes fraîches qui n'avaient pas encore l'expérience des combats. Le terrain leur faciliterait les choses puisqu'ils 'étaient moins aptes à combattre que leurs camarades aguerris. La plupart n'étaient d'ailleurs que des adolescents nés en ville qui n'avaient reçu qu'un entraînement de deux mois et qui n'avaient jamais reniflé l'odeur du sang. Une bande de moutons prêts à se faire massacrer au moindre inattendu. Et il avait à les garder en vie....

Discutant avec le mage qu'on leur avait attribué, Isoroku cessa soudain le dialogue pour observer les choses en contrebas. L'ennemi avait l'air de se rassembler pour monter un assaut, mais leur opération avait l'air très mal coordonnée.
Le gros des troupes adverses se composait certes de mercenaires, individuellement bons comme guerriers, mais ignorant pratiquement tout de ce qu'était une bataille de grande ampleur. Et jusqu'ici, ils n'avaient remportés de victoires que grâce à leur nombre. Après il y avait le reste, bien plus inquiétant. Comme ce corps d'infanterie lourde en uniforme vert qu'il observait. En ligne, bien ordonnés.... Il juraient avec le reste, essentiellement du mercenaire dont les chevaux étaient morts quand ils n'avaient pas été abandonnés en chemin. Ces guerriers là ne leur servaient à rien sinon qu'en s'engouffrant dans une brèche une fois qu'elle était percée.
Ils ne devraient pas poster leurs hommes comme ça.
Leur cavalerie allait devoir mener une charge sur un terrain vallonné;quant à leur infanterie lourde, ils avaient visiblement l'intention de l'envoyer attaquer la zone la mieux défendue de la ligne. On avait l'impression que le reste de leur armée allait traverser un terrain à découvert où les catapultes nipponaises et leurs archers allaient les réduire en bouillie.
S'il était aux commandes en face, il aurait placé sa cavalerie au centre, pour couvrir ses soldats en tirant sur les artilleurs ennemis. Pendant ce temps là, son infanterie lourde attaquerait le Nord de leur position actuelle, où un étroit ravin se trouvait qu'ils n'avaient pas eu le temps ni le matériel de construire de véritables fortifications. Une fois une brèche ouverte à cet endroit là, tandis que le reste de l'armée pourrait s'y engouffrer pour faire des ravages dans les rangs ennemis. Ça devrait leur venir à l'idée. Ce qu'il ne comprenait pas, c'était pourquoi il ne le faisaient pas.....

Essayant de balayer la fatigue des derniers jours pour réfléchir correctement, le capitaine prit quelques minutes pour y penser sérieusement. Et plus il y pensait, plus il avait l'impression que ce rassemblement n'était qu'une feinte pour les pousser à concentrer leurs forces à cet endroit. Ils allaient sûrement essayer d'attaquer un autre point de leurs lignes. Il fallait envoyer un nouveau message à Takachi. Sans attendre que le mage n'ait réussit à envoyer un oiseau, il envoya des messagers prévenir les soldats massés au Nord, au Sud et à l'Est de sa situation.

Prévenant le magicien qu'ils allaient devoir quitter la position le lendemain, aussi, valait il mieux qu'il quitte sur le moment pour atteindre un endroit sûr avant le coucher du soleil. Il l'autorisait à prendre un cheval. Qu'il passe le mot au quartier maître. C'est là qu'il apprit.....

C'est que je ne sais pas monter, capitaine.

Ce dernier regarda par dessus son épaule.

Vous ne connaissez pas un sort ou quelque chose pour vous déplacer rapidement ?

Hélas non.

Des tambours retentirent au bas de la colline.

Dans ce cas, je vous suggère de vous mettre en route et de faire une partie du chemin à pied. Si vous n'arrivez pas à rejoindre un camp ami, trouvez vous un endroit abrité où passer la nuit. Demain matin, le chariot transportant les blessés devrait vous rattraper ; faites lui signe, le conducteur vous prendra à son bord. Je le préviendrais pour qu'il ne soit pas surpris.

Un autre tambour retentit. Isoroku dégaina son épée et tourna les talons.

Maintenant, si vous voulez bien m'excuser....

Une flèche passa au-dessus de sa tête, sans doute tirée au hasard par un assaillant trop anxieux. L'officier regarda par dessus son épaule et vit le magicien partir en courant avec une ardeur toute renouvelée. Il prit le temps de rire de cette scène cocasse, puis il se contenta à nouveau sur le sanglant labeur qui l'attendait.

S'exclamant d'une voix forte, il ordonna aux archers de se mettre en joute et d'attendre son signal. Puis de préciser que le premier bâtard qui laissait filer une flèche sans son autorisation devra descendre là-dedans pour la lui rapporter.
Il sourit, se réjouissant d'avoir apprit à tyranniser ses troupes. Ce genre de talents étaient utiles. Puis il reprit son sérieux car ses adversaires venaient de se lancer à l'assaut de sa position.

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Isoroku accueillit la tombée de la nuit avec soulagement. Les envahisseurs se repliaient en ce moment même au bas de la colline mais ils laissaient derrière eux des hommes épuisés. Il s'était trompé en croyant qu'il ne s'agissait que d'une feinte. En réalité, s'il tenait encore cette position, c'était grâce à l'incompétence des ennemis, qui s'étaient montrés à l'assaut de la colline. Ils avaient commencé par essuyer les tirs incessants des archers du clan, puis ils s'étaient fait décimer par les courtes lances souples à pointe de fer que ses soldats avaient appris à lancer. Des centaines d'ennemis mouraient chaque fois qu'ils voulaient conquérir un mètre supplémentaire ; pourtant ils avaient quand même réussi à atteindre la première tranchée.

Les fortifications consistaient en une série de tranchées et de barricades creusées ou édifiées à flanc de colline. Ainsi, dès que les assaillants étaient obligés de se regrouper à cause du terrain accidenté, ils se retrouvaient pris sous le tir croisé des archers et des artilleurs. Lorsque les survivants de la première vague de cathayens avaient atteint le premier obstacle, ils s'étaient trouvés face à un haut remblai de terre compacte couronné de pieux en bois très pointus. Ces derniers n'avaient pas provoqué beaucoup de dégâts mais avaient ralenti les assaillants en les obligeant à manœuvrer prudemment.
De nouveau les troupes de l'Empereur dragon avaient constitué des cibles parfaites pour les défenseurs du clan. Mais il ne cessait d'en arriver davantage. Au bout d'une heure, Isoroku ne sentait déjà plus ses bras ; malgré tout, il avait continué à se battre. À un moment donné, quelqu'un était passé avec un sceau d'eau et une louche, profitant d'un court moment de répit pour donner à boire aux soldats. Isoroku avait bu rapidement avant de reprendre le combat quelques instants plus tard.
Pendant des heures qui lui avaient paru une éternité, il s'était battu ainsi, frappant les assaillants dès que leurs têtes apparaissaient de l'autre côté de la redoute. Puis l'ennemi avait pris la fuite, peu désireux de poursuivre son attaque alors que le soleil commençait à sombrer derrière l'horizon.

Des torches furent allumées, plus pour rassurer les hommes que par réel besoin – le nuit mettait un certain temps à s'installer en cette période de l'année. Les personnes qui s'étaient enrôlées comme infirmiers passèrent dans les rangs pour apporter de l'eau et des vivres aux survivants. Puis ils emmenèrent les blessés et les morts.
Le capitaine s'assit à l'endroit même où il avait combattu toute la journée, sans se soucier du cadavre d'un soldat ennemi qui gisait dans la poussière à côté de lui. Lorsque le gamin lui apporta de l'eau, il n'en but qu'une gorgée et lui demanda de distribuer le reste à ses compagnons.
Bientôt, une estafette lui apporta un message. Après en avoir lu le contenu, il se demanda s'il allait réussir à bouger, tant il se sentait fatigué. Puis il s'exclama d'une voix forte :

Nous avons ordre de nous replier !

Comme par magie, le sergent Li apparut à ses côtés.

On bat en retraite capitaine ?

C'est ça.

On doit rejoindre notre prochaine position ?

Exactement.

Ça veut dire qu'on va pas beaucoup dormir cette nuit, pas vrai ?

Je suppose que non, admit son capitaine. Où voulez vous en venir sergent ?

Oh, nulle part capitaine. Je voulais juste m'assurer que j'avais bien compris les ordres.

Isoroku dévisagea ce vieux rusé de Li Qiang d'un œil torve.

Je pense que vous comprenez parfaitement, sergent.

Bah, vous faites comme vous voulez capitaine. C'est juste que nos gars ont passé une demi-journée à se battre et qu'ils ont pas encore avalé une goutte d'eau ou une bouchée de pain. Mais du moment que c'est pas moi qui leur demande de ramasser leurs affaires et de se mettre en route sans prendre le temps de souffler....

Isoroku s'aperçut que ses hommes étaient sur le point de s'effondrer.

Je pense qu'on peut prendre le temps de manger avant de partir.

C'est gentil capitaine. Ça nous laissera un peu de répit pour traîner les cadavres à l'écart et charger les blessés dans les chariots. Vous avez pris une sage décision.

Isoroku s'assit de nouveau et laissa Li s'en aller.

Dire que j'ai le culot de me prendre pour un officier ! Marmonna-t-il dans sa barbe.

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Harunori était perplexe. Les ordres qu'il recevait depuis le début de la campagne était au mieux incohérents, au pire prémices à une défaite. Déjà la reconquête de leur terre natale avait extrêmement mal commencée, Kyubi qui avait été, dans les plans de départ, prévu pour servir de base pour la flotte, était réduite en cendres, ruines et couverte de mort, tandis que son port, aspect le plus important de la cité, était encombré d'épaves, rendant toute navigation impossible. Sans compter les pertes subies lors de sa prise, ou la destruction des greniers de la ville, objectif prioritaire de cette première phase de la campagne de reconquête de la mère patrie. Puis la faim qui ravageait les rangs, ou le haut commandement de plus en plus vague dans ses ordres, et pressé dans l’exigence d'avancées....

Envoyant ses blessés se faire soigner dans l’hôpital de campagne de son régiment, il s'interrogea sur les nombreuses entorses que ses supérieurs effectuaient par rapport au plan de campagne initial. Que n'aurait il pas donné pour que l'on lui donne une carte et un haut commandement qui se fasse soucieux de la mise en place de missions de reconnaissances. Il évoluait à l'aveugle. Encore aujourd'hui son attaque, brusquée par des ordres insistants, avait été un échec total. L'absence de mages pour forcer la voie, pas de préparation, ni de reconnaissance ou bien de ravitaillement correct..... En conséquence de quoi il avait du faire abattre les montures pour nourrir la troupe, et se retrouver avec une masse de piétons presque inutiles, pour ensuite lancer une attaque sans réelle planification, au mépris de tout soucis d'économie de leurs effectifs.
Certes, les mercenaires n'étaient que cela, des épées louées, mais il était mauvais pour le moral que de les envoyer mourir par centaines pour rien.

L'Empereur soit loué, ils avaient percés les lignes adverses, mais à quel prix..... Les effectifs incommensurable de l'expédition avaient été nombreux, dans le but de pouvoir tenir le terrain. Pas être gâchés dans des attaques vaines. Mais à quoi pensaient donc les hommes de l’État major !? Même des unités solides et régulières comme la sienne n'étaient pas épargnées.... Une victoire, certes, mais extrêmement coûteuse, comme d'autres avant elles, et le laissant avec des troupes incapables de faire un pas de plus, et des vivres toujours plus réduites, certains hommes se livrant au cannibalisme sans qu'il ne puisse y faire quoique ce soit, faute d'autre chose à manger que de l'herbe et de la terre. La viande ne se conservait pas éternellement et le gibier semblait avoir été chassé des terres.....
Alicia, voie du répurgateur

L'innocence n'existe pas il n'y a que des degrés de culpabilités

Profil: For 8 | End 9 | Hab 10 | Cha 12 | Int 11 | Ini 8 | Att 9 | Par 9 | Tir 8 | NA 1 | PV 65/65

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