La Dernière Guerre

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L'Extrême Orient est un ensemble de région radicalement à l'est du vieux monde. Les zones côtières sont tempérées et fertiles, tandis qu'à l'ouest et au nord s'étendent de vastes déserts. Au sud, se trouvent des jungles impénétrables.

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Le Voyageur
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La Dernière Guerre

Message par Le Voyageur » 09 nov. 2019, 19:42

Extrait du tome III des Récits de la Route des Epices, une série d'ouvrages rédigés par le célèbre explorateur et mercenaire Otto von Böhn et conservés à l'Université d'Altdorf, dans la bibliothèque du département Histoire & Géographie.

Les rouleaux du Temple des Mille Piliers représentent sans nul doute l'un des artefact les plus précieux de cette étrange contrée qu'est l'Inja. Rédigés à l'encre d'or sur du papier de soie, ces manuscrits sacrés narrent le Maharavana, le mythe fondateur des peuples qui habitent ce continent, et la manière dont leurs multiples dieux se livrent une guerre sans fin depuis la création du monde. Ils sont d'une longueur telle que si quelqu'un se décidait un jour à les aligner bout à bout, ils seraient comme un ruban brillant suffisamment long pour recouvrir la route qui va d'Altdorf à Middenheim. Protégée par un ordre ancien de moines-guerriers, une caste de prêtre continue d'interpréter les événements qui secouent notre monde et enrichit chaque jour le Maharavana de nouvelles enluminures. Dans ces rouleaux vit le récit de toute une nation depuis la nuit des temps, et de nombreux secrets s'y dissimulent sans doute. Il s'y trouve des légendes de divinités bienfaisantes ou belliqueuses, de rois et de reines, de cités dans les nuages et d'hommes-tigres tapis dans les jungles. Les héros qui peuplent ces prières se nomment Dhritarashtra , Pandarashtra, Yudhishthira, et d'autres noms encore. Ils s'aiment, se lient d'amitié, se trahissent ou guerroient les uns contre les autres, et ces histoires dignes d'une chanson de geste bretonnienne façonnent le monde dans lequel vivent les habitants de l'Inja. Chaque vers de cet interminable poème ferait bondir un fidèle de Véréna mais moi, Otto von Böhn, je sais la vérité qu'ils renferment. Car dans le pays d'Inja, les légendes sont réalités et les dieux marchent sur la terre.

Au cours de mes pérégrinations dans ce pays mystérieux, j'en vins à servir le maharaja de Chandrabad, au Nord de la péninsule. Ce seigneur possédait de grandes richesses, grâce auxquelles il engageait force de mercenaires pour combattre dans les guerres qu'il livrait à ses voisins. Avoir une garde rapprochée composée de mercenaires étrangers était un signe de prestige, et mes compagnons et moi-même furent ainsi recrutés pour assurer sa protection sur le champ de bataille. Nous gardions aussi ses appartements privés dans son palais de marbre et d'ébène, et nous l'accompagnions à la chasse. En échange, le maharaja nous couvrait d'or et nous vivions nous-même comme des rois. La vie que nous menâmes à Chandrabad avait de quoi faire pâlir d'envie le plus riche des princes tiléens. Mais nous n'étions pas rémunérés pour rester oisifs, et il fallut nous battre pour notre maître en de maintes occasions. C'est ainsi que je sauvai la vie du maharaja, un jour où nous chassions le félin et que nous tombâmes dans une embuscade. Parce que j'avais fait rempart de mon corps pour le défendre, le noble seigneur voulu me remercier. Mes coffres regorgeaient déjà de gemmes et de bijoux précieux, aussi me demanda-t-il ce que je souhaitais qu'il m'offre comme gage de sa gratitude. J'étais alors jeune et curieux, désireux d'explorer ce pays fascinant et d'en découvrir tous les secrets. Le maharaja m'emmena sur la montagne sacrée où, disait-il, les lunes jumelle étaient nées. Au coeur de cette montagne se trouvait le Temple des Mille Pilliers, dont les merveilles dépassent l'entendement et font l'objet du prochain chapitre de mes récits. A la demande du maharaja, les rouleaux du Maharavana me furent présentés et la lecture m'en fut faite par les prêtres qui les gardaient. Ce que j'entendis ce jour là marqua ma vie à jamais, d'une manière que je ne saurai reproduire à l'aide de ma seule plume. Mais je souhaite cependant évoquer l'un de ces passages, car c'est celui qui éveilla en moi la flamme de l'avidité et de la démesure, et qui mena à ma chute, à la destruction de Chandrabad et à la mort de tous mes compagnons.

Au temps où les hommes de l'Empire n'étaient que des barbares primitifs et où les Puissances de la Ruine menacèrent d'engloutir le monde, la déesse-mère Navagrahâ pleura de voir les raakshas -mot qu'utilisent les injans pour désigner les horreurs du Chaos- massacrer ses fidèles et profaner leurs temples. Ces larmes divines tombèrent au pays de Kâr et formèrent un grand fleuve que les indigènes appellent aujourd'hui le Vayumaputra. Les forces du Mal furent finalement conjurées et les siècles passèrent, au cours desquels un humble peuple de pêcheurs vint s'installer sur les rives du Vayumaputra. Ces gens vénéraient Trimurti le Père de la Mousson, une divinité locale à laquelle ils rendaient grâce avec ferveur. Le dieu fut satisfait de leurs offrandes et envoya sur terre l'un de ses avatars, un prophète du nom d'Ûma, pour les guider. Ûma enseigna aux pêcheurs le travail du métal et la taille de la pierre. Il leur montra les plantes qui soignent, celles qui tuent et celles qui permettent de parler aux dieux. Il leur apprit les mantras sacrés pour communier avec les éléments, et le langage des étoiles pour lire l'avenir et comprendre le passé. Armé d'une hache, il défricha la jungle. Avec sa bêche, il creusa des canaux. Dans la terre fertile, il planta le millet, le riz et le dhal. Ûma le demi-dieu changea le peuple des pêcheurs en une nation de fermiers, de bâtisseurs et d'artisans. Sa mission terrestre était terminée, et l'avatar pouvait désormais rejoindre son maître. Mais avant de repartir pour le royaume des cieux, il fit don d'un dernier secret aux hommes de Kâr. Lorsque la lune occulte fut ascendante, il demanda à une vierge de puiser l'eau du Vayumaputra dans une jarre en cristal et de baratter cette eau pendant sept jours et sept nuits. A la fin de chaque journée, Ûma vint récolter le ghee -beurre clarifié consommé quotidiennement en Inja- et avec modela une statuette. Lorsqu'il eut sept de ces statuettes, l'avatar les enfouit sous une grand pile de bois de santal et y bouta le feu. Ûma le prophète s'en alla alors, sa tâche accomplie, tandis que brûlait derrière lui un grand brasier. Et de ces flammes naquirent les sept seigneurs du pays de Kâr, dont les corps portaient l'essence des larmes de Navagrahâ.

Leurs noms étaient Baghiratha la Dorée, Karnaparvan à la tête d'éléphant, Aruna le Maître de l'encens, Mahishâsur le Seigneur des chevaux, Nayaghâr la Reine de la montagne, Damoh-gonda aux milles épouses et Kurukshetra le Grand dragon. Chacun d'entre eux choisit des fidèles parmi le peuple de Kâr et ils leur firent bâtir des cités et des royaumes. Au commencement, les seigneurs étaient liés les uns aux autres par un amour fraternel. Ils guerroyaient ensemble, conquéraient des terres lointaines et accumulaient des richesses à nulle autre pareilles. Mais bientôt, la jalousie et la rancoeur gagna leurs esprits divins. Ils se disputèrent, s'accusant mutuellement de terribles maux. Vinrent la haine et la guerre, et le pays de Kâr s'enflamma. Les guerres duraient des siècles, les épidémies ravageaient la contrée, les frontières n'étaient plus sûres et les raakshas plus nombreux. Les seigneurs s'alliaient et se trahissaient sans cesse et, dans leur vanité infinie, chacun voulait s'élever pour dominer tous les autres. C'est ainsi que Karnaparvan, d'un grand coup de poing, fit s'écrouler la montagne sacrée sous laquelle régnait Nayaghâr, et la légende raconte que la Reine y est encore ensevelie à ce jour. Mahishâsur brûla le Temple d'Or de Baghiratha et Aruna empoisonna les épouses de Damoh-gonda. On dit que le prince du harem pleura tellement que le Vayumaputra déborda pendant dix années entières.

Mais de tous les seigneurs, ce fut Kurukshetra qui fut le plus rusé, le plus avisé et le plus puissant, tant et si bien qu'il régna sur Kâr tandis que ses frères et sœurs étaient forcés à l'exil, ruminant leur vengeance dans les ombres. Comme témoignage de sa grandeur, le Grand dragon fonda une ville portant le nom de Shaharnagarpur, et dans cette ville il fit bâtir des palais en argent et des jardins suspendus. Tout n'était que marbre, gemmes précieuses, dorures et gré rose. Du lait coulait des fontaines et le peuple n'était vêtu que des soieries les plus exquises. Mais ce n'était pas assez pour l'orgueil de Kurukshetra et le seigneur de Kâr ordonna à ses sujets de construire la plus grande tour que le monde ait jamais vu, et dont la flèche toucherait le royaume des cieux. Ses sujets obéirent, et drainèrent Kâr exsangue pour nourir l'ambition dévorante du Grand dragon. Des révoltes éclatèrent dans le pays, mais elle étaient réprimées avec une violence inouïe et le sang des traîtres était ajouté au mortier tandis que leurs os renforçaient les fondations. Kurukshetra, quant à lui, menait ses guerres toujours plus loin pour s'emparer des ressources et des esclaves nécessaires à l'accomplissement de ses rêves de grandeur. De grands malheurs frappèrent le pays de Kâr durant cette période troublée, mais aucun ne fut pire que le châtiment d'Ûma. Alerté par les suppliques du peuple auquel il avait tant apporté, l'avatar du Père de la Mousson revint sur la terre et convoqua le Grand dragon, à qui il avait donné le souffle de la vie. Il le sermonna, condamnant sa vanité et son orgueil, et décida de le punir en frappant Shaharnagarpur avec une épidémie qui ravagea la ville. La majeure partie de la population succomba et le chantier de la Tour des Cieux fut interrompu pendant un siècle. Ûma disparut à nouveau, et la puissance de Kurukshetra n'était plus que l'ombre de ce qu'elle fut un jour.

C'est à cet instant que les frères et sœurs du Grand dragon, qui préparaient leur vengeance avec amertume, décidèrent de s'unir pour reprendre ce qu'ils pensaient leur revenir de droit. Ils assemblèrent leurs armées et marchèrent sur le pays de Kâr. Mais bien que l'empire de Kurukshetra soit grandement affaibli, le Grand dragon disposait encore d'un pouvoir terrible et forces innombrables. Le cycle infernal des guerres reprit, entraînant Kâr dans une spirale de malheurs et de dévastations. Cent fois, les seigneurs envahirent le pays, et cent fois les armées de Kurukshetra les repoussèrent. Mais à chaque nouvelle guerre, l'empire du Grand dragon faiblissait, tant les ressources de ses ennemis semblaient infinies. La légende raconte qu'à ce jour, les flèches de la Tour des Cieux continuent de monter, et que Kurukshetra siège toujours sur son trône d'or et d'ivoire. Alors les seigneurs jaloux sonnent à nouveau les cornes de guerre, amassant des armées qui couvrent la ligne d'horizon, dans un dernier effort pour s'emparer du pays de Kâr. Une dernière guerre pour prendre Shaharnagarpur, et faire s'effondrer la Tour des Cieux sur son orgueilleux maître.

Voilà ce dont je pris connaissance, lorsque le maharaja de Chandrabad m'emmena au Temple des Mille Piliers. Cette légende n'en était qu'une parmi tant d'autres. Mais je souhaite attirer l'attention du lecteur sur l'un de mes commentaires précédents : dans cette contrée merveilleuse qu'est l'Inja, les légendes sont réalité. De cela, j'étais persuadé, et naquit alors dans mon esprit un rêve fou, celui de trouver Kâr, et de m'y rendre pour prendre part à la dernière guerre, celle qui verrait l'empire du Grand dragon s'effondrer. Devant mes yeux miroitaient les montagnes d'or et de pierres précieuses, les rivières de diamant et les splendeurs des palais d'argent de Shaharnagarpur. Le seul mention de ce nom provoquait en moi un frisson étrange, car au-delà du butin et des richesses, j'avais l'intime et l'incompréhensible conviction que participer à la dernière guerre du pays de Kâr me rapprocherait du divin, car c'était bien dans un combat de dieux que j'étais prêt à risquer ma vie. Pour moi qui était jeune, fougueux et ambitieux, la perspective d'inscrire mon nom dans le Maharavana ressemblait à une consécration digne d'une divinité. C'est ainsi que je pris congé du maharaja, que j'utilisais ma fortune pour recruter une armée et que je marchais vers le Sud, à la recherche du légendaire pays de Kâr et de la fabuleuse Tour des Cieux.

Mórr m'en soit témoin, c'est là l’événement de ma vie que je regrette le plus, car il n'apporta qu'affliction et désespoir, et ses sinistres conséquences me hantent encore ce jour.



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Je ne suis qu'un voyageur
Sous le soleil et la pluie
Je ne suis qu'un voyageur
Et je retourne au pays

Je n'ai plus que mon cheval
Mon cheval et mes habits
Des habits qui me vont mal
Et je retourne au pays

J'ai couru le monde, mais ma raison
M'a dit que le monde, c'était ma maison

Je ne suis qu'un voyageur
Qui chemine dans la nuit
Et je sens battre mon coeur
Car je retourne au pays

J'ai quitté ma blonde, qui m'avait dit
Va courir le monde si c'est ça ta vie

Je ne suis qu'un voyageur
Elle ne m'a jamais écrit
Et maintenant ah j'ai peur
De retourner au pays

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