[Gabriel Brandt] Pays de Cocagne

L'une des plus riches provinces de l'Empire grâce à ses célèbres chevaux. Les armées d'Averland sont fameuses pour leurs uniformes richement décorés. Bien que le dernier des Comtes Electeurs d'Averland, Marius Leitdorf, soit mort et que nul descendant n'ait été désigné, Averheim n'en reste pas moins la capitale.

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[MJ] Le Grand Duc
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[Gabriel Brandt] Pays de Cocagne

Message par [MJ] Le Grand Duc » 27 août 2019, 23:08

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Rédigé par Armand de Lyrie, Assistant MJ


2522.
Le Vieux Monde est au bord de l’anéantissement.
Archaon, Élu du Chaos, a mené la plus grande armée que les puissances de la déchéance ont jamais levé, et le monde entier trembla.
Unifiés derrière une seule bannière, les forces du mal sont descendus sur les nations libres dans une quête avide de pillages et de sacrifices pour la gloire de leurs Dieux Noirs.
La haine et la terreur furent reines. Des villages incendiés. La terre bafouée. Les temples profanés. Une nouvelle ère venait de débuter : Une ère de sang, d’intrigues, de pestilence, et de décadence.

Pour sauver le Vieux Monde, les nations des Nains, des Elfes et des Hommes durent s’unir, côtes-à-côtes, afin d’opposer eux aussi toute leur valeur, leur force et leur nombre à cette horde que rien ne semblait pouvoir arrêter.

C’est uniquement au prix de centaines d’innombrables, d’un effort humain immense, que la victoire put être achevée. Un temps de douleur et de deuil, où l’héroïsme personnel et collectif put triompher d’un Mal ayant juré d’amener la Fin des Temps.

Ceci…

...N’est pas leur histoire.


Un coq hurlait au lieu-dit de la Fourche. Le même coq, tous les matins, depuis qu’il était capable de hurler son chant habituel. Il faisait frais. Pourtant, Gabriel avait de quoi se réjouir : Il ne se réveillait pas en tremblant autant qu’avant. L’hiver avait été assez rude : L’eau de la petite rivière qui coulait près de son potager avait gelé, comme le sol de la plupart de ses céréales d’ailleurs. Pour l’aider, un brave homme d’un village voisin, Hans, lui avait offert une grosse barquette de hareng séché et un gros sac de farine de seigle ; un renvoi d’ascenseur d’un précédent hiver, où le bon père de Gabriel lui avait apporté des œufs et trois poulet bien gras lorsque ses volailles avaient été mangées par un vilain goupil. Il avait beaucoup trembloté, dans son vieux corps de ferme en terre crue. Un hiver laborieux qu’il avait passé tout seul ; À moins que vous ne comptiez sa fidèle truie, qui avait perdu du gras durant l’hiver, comme une compagne.

C’était une mauvaise passe, depuis la mort ou la disparition de la majorité de sa famille. Il était seul. Très isolé dans son petit lieu-dit à part des autres villages. Mais au moins, il ne tremblait plus. On était vers la fin du mois de Nachexen, et enfin, Ulric retournait dans ses forêts et laissait place à son frère Taal pour régner sur la saison. En faisant le tour de sa ferme afin de s’assurer de la santé de sa terre, Gabriel put être heureux de voir la petite rivière que sa mère aimait tant couler paisiblement.
Météorologie :
INT Gabriel : 8
Jet : 3, réussite.
Ce sera une belle saison. Gabriel en était persuadé. Le vent était doux. L’eau coulait bien. Un petit air humide soufflait des montagnes noires. On n’était peut-être pas tout à fait sorti de l’hiver, mais Gabriel pouvait se persuader, bien avant tous les gens trop précautionneux de l’Averland, qu’il pouvait commencer les labours et les semailles sans risquer que tout gèle soudainement pendant la nuit. Et il n’avait eu à deviner ça qu’en levant son pouce humidifié par sa salive dehors.

Maintenant, la bonne question, c’était que faire. Gabriel était seul. Seul avec ses poules, et des sacs de grain dans l’étage de son corps de ferme. Son « domaine » ne payait pas de mine. Il avait de quoi en être fier, parce que des papiers datant de son grand-père, qu’il cachait sous son oreiller, disait qu’il était « Honorable Alleutier Impérial ». Bien sûr Gabriel avait du mal à prononcer le mot « alleutier », mais papa lui avait expliqué que concrètement, cela voulait dire qu’il était chez lui, qu’il ne devait rien à personne, et qu’il pouvait faire ce qu’il voulait sur ses champs et dans sa ferme.
Depuis la perte de son père, malheureusement, cette ferme était devenue légèrement délabrée. L’ancienne porcherie avait un trou dans la toiture. Les murets se lézardaient. Le poulailler où ses volailles étaient à l’abri étaient rafistolées de partout. Pire encore : Il n’avait pas d’animaux de traits, et devait labourer son champ à la main, avec une araire.
La saison des labours allait commencer. Peut-être pouvait-il se rendre dans le village voisin de Weidhausen bei Heidek ; Hans était un ami de longue date de sa famille, et toujours prêt à lui donner un coup de main. Il savait qu’il y avait là-bas des bœufs et une grosse charrue, mais ils appartenaient au seigneur du village, un type âgé plutôt sympathique, vétéran de la 3e bataille du Col du Feu Noir. Ou bien peut-être pouvait-il commencer tout seul.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Re: [Gabriel Brandt] Pays de Cocagne

Message par Gabriel Brandt » 30 août 2019, 22:34

Nous les paysans, on est comme les poules. On s'lève quand le soleil y s'lève, on s'couche quand l'soleil y s'couche. Et entre les deux, on remue la terre. Ca paye pas d'mine dit comme ça, j'te l'accorde. Mais ça veut pas dire qu'on vaut rien. Ca non. Et même, j'me suis toujours d'mandé c'qui s'passerait si un jour on arrêtait. Eh beh si on arrêtait, les gens d'la ville, les nobles et les soldats, les collecteurs d'impôts et les juges, et toutes ces belles gens, eh beh y mang'raient des clous. Alors 'sont bien contents qu'on la remue, la terre.

Mais là tu vois, j'cogite j'cogite et j'dors pas. J'ai Titine contre moi. Elle fouette, cette truie, mais qu'est-ce qu'elle est gentille. D'puis qu'Pôpa et la Margotton y sont morts, bah y'a plus qu'Titine et moi. Alors forcément, on s'est rapproché. Et puis l'hiver, quand on dort dans c'te ruine de ferme, elle me tient chaud. D'habitude j'lui grattouille le dos et derrière les oreilles. Des fois j'dors même avec la tête sur son gros ventre. Ses soies sont drues mais c'pas inconfortable. C'm'rappelle presque quand j'étais p'tiot et qu'on dormait tous dans l'même lit, avec Pôpa, Môma, et les aut'.

M'enfin j'continue d'cogiter et ça m'aide pas à m'endormir. Mais si j'cogite, pour une fois, c'pas pour rien.

D'abord y'a l'printemps. Et qui dit printemps dit plein d'boulot. Tout à l'heure j'ai fait comme Pôpa m'a appris y'a des années : l'pouce dans la bouche, on mouille tout ça, on lève en l'air. Et là y'avait ce p'tit vent comme on aime. Ca bourgeonne dans tous les sens, j'ai même vu la vieille chatte avec une portée, dans l'arbre creux. Et tout ça en fait, c'est la façon qu'la Bonne Mère Rhya elle a d'te chopper par la peau du cul et d'te dire "bosse feignasse !". Sauf que c't'année c'est spécial. J'ai d'grands projets, et l'pécule qui va avec. J'te raconte ça tout à l'heure. Mais bref pour l'instant j'me dis quoi ? J'me dis : va falloir renflouer les caisses. Faire du blé, d'l'oseille. Ca m'parle ça, j'suis un agriculteur. La saison est douce et il fait bin beau, si Taal le veut l'dégel viendra pas tout ruiner. Bon j'vais pas t'mentir mais y'a plus d'friche que d'jolis champs autour d'la ferme. Et tout seul, ça va pô êt' facile d'faire bien mieux.

Donc vl'à c'que j'vais faire : d'jà pour l'potager j'vais faire moitié salades, moitié navets. J'ai des semis dans la grange, et pis l'an passé ça s'est bien vendu sur l'marché. Et puis moi les légumes c'est mon truc, j'suis pas un céréalier dans l'âme. C'que j'aime, c'est voir mes potirons pousser, attendre qu'la queue d'mes oignons monte, déterrer doucement mes carottes. Les champs d'blé ou d'tournesol c'pour les bourrins. J'suis un artiste, moi. T'aurais du voir mes boutures d'y a deux ans. Bref. Donc salades et navets. Et pour la parcelle, j'vais pas y aller d'main morte : j'vais faire trente acres d'avoine et c'est marre. J'en aurai b'soin pour mon projet, et puis d'toute façon ça s'vend bien. J'pourrai refourguer ça aux éleveurs du coin.

Bon par contre, trente acres tout seul avec mon araire à main, ça va êt' coton. Faut qu'j'aille chez Hans lui d'mander s'il peut m'prêter sa charrue et ses deux ch'vaux. Si y dit oui j'lui donn'rai bin un coup d'main un d'ces quatre. Bon et aussi j'vais lui demander si il connait pas un p'tit gars ou deux pour m'aider à remonter la porcherie et à défricher une parcelle en plus. Ca f'ra pô d'mal, et tant qu'j'ai la charrue sous la main ... Oui môsieur c'est du boulot tout ça ! Tu sais, l'argent ça s'gagne à la sueur et aux cloques sur les mains. C'Pôpa qui m'la toujours dit. Et d'ailleurs lui il en avait pas tant. D'l'argent. Pas des cloques sur les mains. Ca il en avait. Sur les pieds aussi. Bref.

Mais surtout, c'que j'dois d'mander à Hans ... c'est si il connait un type qu'a un verrat. C'quoi un verrat tu m'demandes ? T'es d'où toi, Nuln ? Un verrat c'est un bon gros cochon avec une bonne grosse paire. Et moi j'en cherche un pour faire copain-copain avec Titine. Parce que c'est ça mon plan ! Faire engrosser Titine et pis commencer un élevage d'porcs. Ouais je sais c'que tu vas m'dire : "Eh l'Gros Gab, c'est pas des vaches que tu voulais ?" Si môsieur, c'est des vaches que j'veux. Sauf que v'là mon calcul : j'ai touché l'gros lot, mais c'pas non plus mirobolant. Sauf que si j'veux des vaches, va falloir brasser sévère. Alors mieux vaut qu'j'me serve de ça pour commencer une belle exploitation, et après j'attaque les vaches. T'sais moi j'suis un fermier, si y'a bien un truc que j'connais -à part les douze variétés d'ail- c'est la patience. Tu crois que j'vais flamber mon trésor comme ça, pour m'acheter une vieille génisse qui boîte ? Que neni môssieur ! J'vais r'construire la ferme, et la porcherie, et j'vais élever des porcs. Et avec c't'argent qu'j'vais gagner, j'vais défricher et replanter. Et là quand j'aurai d'l'argent et d'jolis prés, là j'aurai mes vaches.

Bon allez, dodo. Enfin, si Titine arrête de péter. Sacré Titine.








Heureusement qu'Coco est là parce que sinon j'me serai pas levé. J'ai trop cogité dans la nuit. Coco ? C'est le coq là, l'beau gosse avec ses poulettes. Il est là d'puis j'suis né, et Pôpa disait qu'il était déjà là quand lui il était petit. J'y croyais quand j'étais gosse, mais maint'nant j'ai compris qu'en fait à chaque fois qu'en avait un qui clamsait ils en reprenaient un tout pareil et nous l'disaient pas. Mais après tout c'pas con. Après tout c'est qu'un coq. Et du coup l'coq de la Fourche, bah c'est Coco. Vingt-deuxième du nom, p'têt. Bref.

Bon j'vais aller voir Hans alors. C'pas la porte à côté, alors j'prends deux des pièces d'or sur moi, dans une poche dans mon veston. Les quatre aut' j'les planques sous mon pot d'chambre. J'suis pas con moi, j'vais pas perdre tout mon trésor d'un coup en m'faisant détrousser, teh. Et aussi j'prends Titine avec moi. La pauvrette, elle va être toute triste si elle est seule toute la journée ici. Et pis j'voudrai pô qu'il lui arrive queq'chose. Du coup j'lui mets une corde autour du cou et on est parti pour Weidhausen bei Heidek.

La campagne d'par chez moi, qu'elle est bin belle. Y'a des bois et des ruisseaux, et d'grands champs qu'attendent qu'on vienne les labourer. Et puis surtout y'a les vaches. Les Longues-Cornes. La fierté d'Averland. Y'en a dans un pré là. J'sais plus à qui elles sont mais j'm'en fou. J'm'arrête pour les r'garder avec Titine. Qu'elles sont belles, créfieu. Bien rousses, l'poil court, l'sabot large, les cornes effilées. Et le tour d'l'oeil noir, comme ça. On dirait qu'elles sont maquillées. J'me dis qu'Taal et Rhya, 'sont pas fait qu'des conneries. Nous on fait la guerre on vole on fait pas que des trucs bien. Mais ces vaches là, ces jolies vaches, elles sont justes là. Elles broutent tranquilles, elles font des bouses, elles font leur vie. D'bien bonnes bêtes. J'les r'garde longtemps puis j'r'garde Titine.


- "Allez ma belle on r'part. Toi tu vas t'trouver un mari et m'faire d'jolis porcelets, hein ? Si t'es gentille t'aura des épluchures d'navet, promis !"

Bon et pis commence à faire soif. Hans c'est quand même un radin alors y va pas m'proposer un godet. Alors j'vais dire "Hé Hans fait soif ! Tu m'sers un godet ?" Et pis là il va bien êt' obligé d'dire "Allez l'Gros Gab, j'te sers un godet."
Gabriel Brandt, Voie du Fermier
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Re: [Gabriel Brandt] Pays de Cocagne

Message par [MJ] Le Grand Duc » 01 sept. 2019, 21:29

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Rédigé par Armand de Lyrie, Assistant MJ


Weidhausen bei Heideck, comme son nom l’indiquait, était située dans la région de la ville bien plus grande et notoire de Heideck. Un Nulnois fraîchement débarqué ici trouverait sans doute à y redire : Le village pouvait à peine être qualifié de bourgade. C’était un amas de chaumières en terre cuites qui ressemblaient à celle dans laquelle vivait Gabriel, avec de très légers murets qui délimitaient à peine le début et la fin administrative de la communauté. Un Averlander pur-souche, lui, pouvait voir dans cette commune doucereuse un magnifique lieu de vie qui avait tout le confort et les infrastructures dont on pouvait rêver : Le sentier qui menait à Heideck était bien entretenu et n’était pas parsemé de nids de poule, on y avait construit un magnifique moulin à vent bien large et élevé, un four à pain moderne le jouxtait d’ailleurs, et non loin, le seigneur du coin avait installé son château. « Château » était d’ailleurs un terme assez impropre, ce château ne ressemblait absolument pas à un ouvrage militaire, à l’une de ces bastides à la fois esthétiques et fonctionnelles comme les Bretonniens adoraient en truffer dans tous leurs hameaux : Le château du seigneur local était plutôt un gros manoir, une très grande maison toute mignonne à trois étages en belle brique rose, depuis lequel il pouvait surveiller ses immenses pâturages qui, l’été, étaient remplis de Longues Cornes qui pouvaient à loisir brouter toute l’herbe qu’ils souhaitaient.

En cette fin d’hiver rigoureux, Weidhausen semblait encore endormie. Le moulin ne bougeait pas, le four ne crachait pas sa fumée, et les chaumières restaient bien fermées, les battants en bois recouvrant les trous de fenêtres. Nul doute que les bonnes gens de Weidhausen avaient décidé d’hiverner, ne sortant que pour accomplir les travaux les plus nécessaires, et préférant profiter de la mauvaise saison pour rester cloîtrés chez eux à manger du poisson salé et des fruits séchés. Gaillardement, donc, Gabriel put donc aller jusqu’à la maison de Hans, qui se trouvait juste en face de la chapelle dédiée à Taal et Rhya, et non loin d’un petit autel consacré à l’Empereur-Dieu Sigmar Heldenhammer ; Si la chapelle était toujours servie par un prêtre et une prêtresse, qu’on suspectait d’ailleurs de relations charnelles, l’autel sigmarite n’avait pas de pasteur attitré, mais un officier du culte itinérant s’y rendait chaque semaine pour s’assurer que les cierges étaient bien allumés et les reliquaires dépoussiérés.

Gabriel toqua à la porte de la maison de Hans. Il entendit le parquet craquer derrière, puis quelqu’un tira la chevillette artisanale derrière et ouvrit en tapant fortement dedans. Derrière se trouvait un grand monsieur, dont le regard noir et morne se mit soudain à pétiller d’une joie certaine, avec un grand sourire, lorsqu’il vit qui venait donc de frapper.

« Oh beh ! Ça alors ! Céti pô toi Gab’ ?!
Môman, v’là l’Gabriel Brandt qui vient nous voir ! Entre mon gô ! »


Hans était un homme bien sympathique. Bosseur, agréable, avenant : Le type qui était un ami bien utile. Son problème, c’était qu’il n’arrêtait pas de parler tout le temps de lui. Bien rasé de près, parfumé à l’eau de toilette, il était persuadé d’être plus intéressant et charmeur qu’il ne l’était vraiment. En réalité, Hans était un type sans aucune histoire, qui n’avait jamais osé s’aventurer plus loin que Heideck, et pourtant, lorsqu’il racontait des anecdotes d’autres personnes qu’il volait pour son propre compte, il agissait comme s’il connaissait toutes les routes et les avenues d’Altdorf ou de Couronne. Mais il accueilli malgré tout le Gabriel avec une tape amicale dans le dos, et ainsi, le paysan qui venait de marcher un bon moment depuis sa ferme put trouver une chaise et une pièce à vivre bien chaude pour se reposer.
Du moins, c’est ce qu’il pensait ; Un cri l’alerta. Une bonne femme grassouillette, qui était en train de servir des œufs cassés à une marmaille d’enfants jeunes et moins jeunes, pointa du doigt la Titine que Gabriel promenait avec une corde.

« Hiii ! Hans, le laisse pas entrer dans la baraque avec ce porc !
– Oooh, môman, c’t’une truie, pis elle est pô méchante ! L’écoute pô Gab’, installe-toi, y a pô d’soucis ! »

Le problème, c’était pas Hans, c’était la femme de Hans, celle qu’il n’arrêtait pas d’appeler « maman » alors qu’elle était plus jeune que lui. Ce n’était pas la mère de ses enfants : La grosse Gisèle, une solide paysanne pur souche, était malheureusement mortes en couches. Non, elle, c’était sa nouvelle femme, un remariage, une jeune fille lettrée prénommée Magda qu’il avait récupéré à Heideck. Heideck était loin, loin d’être la plus grande ville de l’Averland, et pourtant, Magda était persuadée qu’elle était une bonne bourgeoise bien trop classe pour dormir avec des animaux dans la maison comme tous ses voisins, elle avait donc esclavagisé son bonhomme et ses fils pour qu’ils aillent tous construire une étable annexe bien chèrement payée pour servir à garder leurs quelques bestioles.
Et maintenant qu’elle voyait Gabriel Brandt débarquer, elle se mit soudain à faire la gueule. Elle murmurait à voix basse, tandis que Hans obligea ses gamins à dire bonjour au voisin Brandt.

Quatre garçons et deux jeunes filles, dont les âges allaient de quatre à dix-neuf ans pour le plus grand des gaillards : Il s’appelait Hans aussi, et il avait le même beau teint et la tête blonde de son papa. Ce fut lui qui fit les salutations les plus enjouées à Gabriel.

« Installe-toi mon gô ! Et dis-moi en quoi que j’peux t’aider ? »
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Re: [Gabriel Brandt] Pays de Cocagne

Message par Gabriel Brandt » 01 sept. 2019, 22:15

Créfieu qu'elle m'énerve, sa bourgeoise, à Hans. Bon lui y s'parfume et y fait des grands airs mais l'est pas mauvais. C'même plutôt un type bien. Pôpa et lui y s'entendaient bien, y s'donnaient des coups d'main et j'connais ses gosses. C'un peu comme d'la famille quoi. J'crois qu'à une époque j'devais même me marier avec l'une des filles ... M'enfin ça c'était avant qu'on ai plus rien. Et sa bonne Gisèle, elle faisait la meilleure compote de pomme d'la province. Elle y mettait une épice du Sud là, un clou d'rongeoffle ou j'sais pas quoi. Ca coûtait bonbon mais qu'est-ce que c'était bon. Elle vendait ça sur l'marché mais des fois on avait l'droit d'y tremper les doigts. C'était l'bonheur. Alors qu'sa Magda là elle connait rien à la ferme, rien aux champs, rien aux animaux, et surtout rien à la cuisine. Et pis j'aime pas qu'on râle contre Titine. Bref j'me pose, j'discute d'la pluie et du beau temps, j'prends un gosse sur mes genoux.

- "J'pense qu'on peut commencer l'labour," que j'lui dis, "l'mauvaise saison est passée. J'vais planter des salades et des navets, j't'en donnerai une belle botte. Si j'viens t'voir c'est parce que j'veux t'demander un truc ..." Bon là faut la jouer fine. "Euh ... mes frangins, t'sais ceux qu'étaient à la guerre. Beh en fait y sont pas morts." J'en sais foutre rien en vrai. "Bon y sont toujours là haut parce qu'y'a b'soin d'eux quoi. Les garnisons les patrouilles tout ça. Mais y m'ont envoyé un peu d'leur paye pour m'aider vu qu'je suis tout seul maint'nant." Ca devrait l'faire, d'habitude le Hans il est pô trop curieux. "Alors j'me disais ... t'pense que toi et tes garçons, 'pouvez m'aider à r'monter la porcherie ? Tout seul ça va êt' coton et pis j'm'y connais pas trop en travaux du genre. Et pis s'tu connais un type qu'a un verrat ... j'vais faire reproduire la Titine. L'porc ça rapporte pas mal. J'veux investir quoi, redémarrer les affaires à la Fourche. J'voulais défricher une parcelle aussi ... si vous z'avez l'temps quoi. Et sinon tu connais p'têt' des types qui peuvent m'aider contre quelques sous. Ah ouais et aussi ... t'sais ta charrue et tes deux roncins là ... si j'peux t'les emprunter ça peut bien m'aider aussi. J'sais pô, tu peux p'têt' me les louer ou un truc du genre ? J'aimerai bien ach'ter les miens mais bon ça risque d'faire beaucoup pour cette année, si j'me lance dans l'cochon ..." Bon ça fait beaucoup d'un coup, mais qui tente rien n'a rien hein.
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Re: [Gabriel Brandt] Pays de Cocagne

Message par [MJ] Le Grand Duc » 15 sept. 2019, 14:34

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Hans écouta très attentivement ce que Gabriel lui raconta, en agitant la tête à chacune de ses ponctuations. Quand enfin son comparse eut terminé, il opina vivement du chef plusieurs fois, puis passa sa main sur sa barbe.

« Vindiou ! Céti plein d’trucs qu’tu m’demandes là, mon gars ! » grommela-t-il en guise de réaction à l’exhaustivité du propos du bon Brandt. Mais malgré tout, il se mit à faire un petit bruit de réflexion, en mâchouillant ses lèvres.

« C’t’une trop bonne nouvelle pour tes frangins ! Dommage qui peuvent pô t’aider, mais j’comprend, y doivent aller botter les fesses d’Arcachon. Moi-même j’suis ben occupé, mais mes p’tiots y vont t’aider sans problème à r’taper tout c’que tu veux. »

À cette affirmation, la bourgeoise de Hans ne put s’empêcher de s’immiscer dans la conversation.

« Tes enfants sont occupés Hans. Ils ne vont pas aller dans le domaine d’à côté pour travailler quand ils ont fort à faire ici.
– M’man, j’t’aime ben, mais si tu m’coupes à nouveau la parole d’vant mon copain, tu vas t’en prendre une. »

Afin d’éviter des soucis de dentition, Magda décida intelligemment de ne plus se mêler de la discussion.

« J’suppose aussi que j’peux t’prêter ma charrue, ouaip. Pas besoin d’me payer tout de suite : J’ai eu une année plutôt faste l’année dernière, pis j’suis pô en r’tard sur mes crédits, alors tu pourras me rembourser à la fin de l’année quand t’auras vendu ton grain. Tu m’assures peut-être qu’on peut reprendre les labours, mais moi j’préfère attendre que l’printemps soit bien installé, tu comprends ? Du coup, si tu veux prendre le risque du dégel, j’veux bien t’filer mes canassons. »

Il réfléchit derechef, entre deux petites bouchées de sa pitance. La bouche toujours pleine, il répondit à la dernière demande de Gabriel :

« Quant à ton verrat… Hmm… Hm…
Ben, là, tout d’suite, j’vois deux options pour toi. Y a l’gros Fridi, y peut s’occuper du cul d’ta truie. Mais c’est une grosse pince, t’sais, j’suis sûr qu’il exigera que tu lui refiles des porcelets en échange. L’autre option, ben, c’est l’seigneur. Mais l’seigneur, c’est l’seigneur. »

Fridi était un des paysans moins sympathiques du village. Parce qu’il était le meunier du hameau, il était persuadé de valoir plus que tout le monde, et il est vrai qu’il comptait parmi les habitants les plus aisés du coin.
Le seigneur de la ville, lui, était une personne un peu plus originale et instable. Philipp IV von Weidhausen était, il y a plusieurs années, un brave dandy excentrique et exubérant, toujours aimable avec tout le monde, même les plus bas des paysans, même avec les mendiants itinérants et les gens du cirque, personnes qui sont parfois accueillis avec grande méfiance par des villageois habitués à vivre entre eux. Mais ça, c’était à l’époque où Gabriel n’était qu’un adolescent ; Chevalier de l’Ordre du Sang de Sigmar, Philipp IV avait été grièvement blessé à la bataille du Col du Feu Noir. Depuis, il était devenu un homme distant, cloîtré dans son manoir un peu à l’écart de Weidhausen, ne sortant qu’exceptionnellement pour aller prier au temple ou marquer le début d’une fête locale.

« J’ai très hâte qu’on soit arrivé au printemps. Si l’brave Taal et la bonne Rhya sont généreux, y aura p’têt de quoi faire grossir les choses par ici. On pensait retaper la route pour que le chemin vers Heideck soit plus facile, mais quelques crétins, dont Fridi fait partie, y croit qu’le mieux ça s’rait d’utiliser l’fric du village pour rénover le moulin.
T’aurais une opinion là-dessus, tiens, par curiosité ? »
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