[Concours] Ranald est ma muse

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[MJ] Katarin
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[Concours] Ranald est ma muse

Message par [MJ] Katarin » 31 mai 2019, 21:55

C'est ici que les participants au concours, après s'être inscrits sur ce sujet et avoir reçu leurs trois contraintes, pourront proposer leur texte.

Puisse Ranald les inspirer.

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Armand de Lyrie
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Re: [Concours] Ranald est ma muse

Message par Armand de Lyrie » 02 juin 2019, 17:36

Humain / Chevalier Bretonnien / Une bouteille de whisky

****
À cinq-cent pas, au fond dans le marais, on voyait leurs bataillons arriver. Un attroupement de tout ce qu’ils avaient d’écuyers bien rutilants de mailles et canons de bras, dirigeant des hommes d’armes en gambison teinté avec un quadrillage bleu-or-rouge et portant larges vouges à l’épaule, vite suivis par la majorité de leurs forces : une bande de gueux sales, avec des souliers défoncés voire pied-nus pour certains, capuches sur le crâne et pas même un morceau de vulgaire cuir bouilli pour protéger leur peau de la morsure du fer. Avec la vue complètement dégagée du marais, un terrain ouvert, je pouvais faire une estimation très rapide de l’opposition. Elle n’était vraiment pas très glorieuse. D’ordinaire, avant un combat, on est censé diviser ses forces en trois grandes bandes, gauche centre et droite, auxquels on adjoint les flanc-gardes, les réserves, les tirailleurs de devant et les harceleurs montés manœuvrant plus large. Notre adversaire n’avait même pas de quoi en former plus de deux. Deux masses fines de garçons crottés et semi-désarmés, qui formaient une forêt de lances de tailles différentes, de vouges rouillés et de boucliers couverts d’échardes, mal couvertes par une fine ligne de paysans qui mirent leurs pieds-nus dans la vase et la fange du marais, et qui commençaient à sortir leurs cordes en chanvre qu’ils accrochaient à leur longbow en bois d’if.

« J’espère que votre frère écoutera la raison. Je ne suis pas sûr que ses forces résisteront plus d’un quart d’heure. »

Je tourne légèrement la tête vers la droite pour observer le sire Edmond d’Elbiq. Le seigneur s’est recouvert d’un gigantesque harnois, et a caparaçonné son destrier des sabots jusqu’au museau avant de le décorer de roses dans sa crinière et de dorures sur sa selle. Perché sur un petit talus au milieu des landes, sous un ciel gris et un petit vent qui me donne la sensation qu’une pluie va bientôt s’abattre sur nous, il a l’air moins resplendissant qu’à l’ordinaire. Il est armé pour la joute, pour parader sous les applaudissements dans une lice, et le voilà au milieu du pire bled paumé de l’Aquitanie.

« S’il se rend, vous lui laissez la vie sauve ?
– S’il part en exil en Arabie, je lui laisse la vie sauve. Mais sa mort m’arrange également. Et elle devrait vous arranger aussi. Pourquoi vous donner tant de mal pour l’épargner ? Je doute qu'il acceptera de plier.
Ce n’est pas pour lui que vous êtes ici de toutes façons.

– Je dois quand même essayer, messire. Ne serais-ce que pour pouvoir dormir la nuit. »

Sire Edmond se pince les lèvres. Il grimace, puis tourne la tête et m’ignore, en se contentant d’approuver par un petit grognement. Il n’est pas un homme bon. C’est un homme cupide, cruel, ambitieux. Ce sont les circonstances qui le poussent à se prendre pour un preux, mais je suis sceptique sur sa conscience. Oui, il affronte pire que lui, mais je n’ai jamais été très confortable avec cette idée, ce il y a pire si innocent mais qui pousse déjà à vouloir quantifier, et donc négocier avec le mal. Lorsque j’étais encore un jeune homme, un garçon partant sur les routes de l’errance, je croyais que tous les seigneurs de Bretonnie devaient universellement faire ce qui était juste, sans jamais connaître la moindre exception aux règles et aux mœurs de la chevalerie.
Au moins, Edmond avait accepté que je l’accompagne. Cupide, cruel, ambitieux, mais il avait reçu ma pétition. À présent, je n’avais plus d’autres choix que de me sentir humble face à lui, et de courber un peu l’échine quand il parle. Je suis trop devenu trop vieux, et trop aigri, pour encore croire que d’Elbiq est un mauvais seigneur parce qu’il complote contre son suzerain et martyrise ses paysans.
Si. Il y a pire que lui en Bretonnie.

Le pire est en train de s’amasser là bas, à cinq cent pas de notre talus, à cinq cent pas de nos propres bannières, des fantassins, des sergents et des chevaliers de la maison d’Elbiq. Derrière leurs forêts de vouges et leurs longbowmen qui sortent les flèches de leurs carquois et de les plantent dans le sol vaseux pour les décocher à toute vitesse, parade la noblesse de mon ennemi. Une vingtaine de chevaux d’un côté, une autre vingtaine de l’autre, qui se mettent en bonne formation de lance, en tirant les rênes de leurs bêtes afin de les faire se mouvoir en bonne posture. Je dois froncer les sourcils à cause du contre-jour du soleil caché derrière les nuages gris, pour mieux distinguer cette infâme chevalerie sur lesquelles j’ai entendu les pires rumeurs. De là où je me trouve, c’est difficile de voir autre chose que des armures de fer armoriées chevauchant, ressemblant à toutes les boîtes de fer décorées et colorées de notre pays.
Je sais pourtant que sur les rumeurs, certaines sont bien confirmées. Il a réussi à réunir sous sa bannière tout ce qui se fait de vaurien, de baron-brigands et de criminels au sang bleu dans ce duché et en quelques autres endroits du Royaume. Des bâtards jaloux de leurs demi-frères légitimes. Des violeurs de paysannes dont les méfaits se sont fait connaître à leurs suzerains par des herrimaults, les forçant à fuir leurs fiefs commis. Il paraît même qu’il y a derrière ces visières de bassinets abaissés quelques frimousses féminines, des jeunes filles nées du mauvais sexe qui aiment trop l’équitation et l’aventure pour accepter d’être enchaînées à des époux imposés et des enfants qui exploseront leurs hanches. Ils sont là parce qu’ils sont les mauvais garçons de Bretonnie, ceux qui ont échoué à être chevaliers, et qui trouvent dans la figure du comte un homme qui représente bien leurs intérêts, qui les respectes pour ce qu’ils sont et qui leur offre, plus que tout, une véritable opportunité dans un monde où toutes les portes leur seront à jamais fermées. Et ils marchent au pas, dans leurs belles armures et en portant leurs grandes lances d’arçon de hêtre décorées.

« Je me demande si je vais recevoir des lettres de remerciement des quatre coins de la Bretonnie une fois que j’aurai exterminé ces crapules de hobereaux.
– Vous leur donnez trop d’importance, sire Edmond.
– Certes. »

Dans le passage constitué entre les deux bandes de fantassin, trois cavaliers foncent au galop. Ils traversent le marais en projetant de la vase et de l’eau autour des sabots de leurs bêtes. On les voit arriver de loin, grossir petit à petit à mesure qu’ils courent à toute vitesse les cinq cent pas les séparant de nous. Ils atteignent la tourbe, galopent sur le talus, et ralentissent une fois qu’ils sont assez proches pour qu’on puisse distinguer le blanc de leurs yeux lorsqu’ils relèvent les visières de leurs casques.
Deux guerriers en armes, deux chevaliers bien équipés sur destriers, et le troisième, une femme montant en amazone, portant une longue robe brune et rouge et un épais voile qui camoufle ses cheveux et son visage. Le cavalier de tête approche et lève sa main en guise de salut, ce à quoi Edmond en répond en levant la sienne.
Le comte Armand VII de Lyrie.

« Salut à toi, sire Edmond d’Elbiq. Tu passes une très bonne journée ?
– Bonjour à toi, sire Armand de Lyrie. J’en passerais une bonne, si seulement le temps n’était pas aussi pourri.
– Il va pleuvoir.
– C’est sûr. Moi qui pensait pouvoir profiter d’une petite ballade dans la soirée.
– Une petite pluie vous ennuie ?
– Oui, le caparaçon de mon cheval est neuf, j’aimerais ne pas le salir, je compte l’utiliser pour le Tournoi du Héron cet été.
– Oh ! Je comprends tout à fait alors, sire Edmond. Moi-même aimerait rentrer en mon château avant la pluie. Surtout que ça a comme une atmosphère de tempête. »

Les trois cavaliers s’arrêtent et nous font face. Je reconnais évidemment l’autre guerrier. C’est sire Quentin, paladin de Bretonnie, un vassal de mon frère. Il me foudroie d’un regard noir. Mais ce ne sont pas ses yeux qui m’inquiètent le plus. Ce qui me glace le sang, c’est la femme qui chevauche avec eux, dont le voile obscure entièrement le visage, ce qui pourtant ne semble pas la déranger dans sa montée.
L’ambiance est électrique. Orageuse. Et pourtant, Edmond et Armand parlent de la pluie et du mauvais temps. Du moins, au départ. Parce qu’après, un silence gênant et affreusement pesant se fait entendre.
Armand a un grand sourire. Gigantesque. Il dirige lentement ses yeux vers moi, toujours avec ce beau sourire qui dévoile des petites fossettes sur ses joues élégamment barbues. Il me fait un petit signe de tête, et, avec une voix très amicale et sincère, il me dit :

« Cela fait trop longtemps que je ne t’ai pas vu, frangin. Comment vas-tu ? »

C’est la sincérité dans sa voix qui me déstabilise le plus. Il ne me dit pas ça d’une manière sarcastique, il ne fanfaronne pas. Il a l’air de vouloir vraiment prendre de mes nouvelles. Comme si nous étions en train de tailler le bout de gras. Comme si le comté de Lyrie n’avait pas rassemblé son ost et appelé ses bannières pour marcher contre la maison d’Elbiq. Comme si, dans une heure, nous n’étions pas tous censés nous entre-tuer sauvagement. Comme si Armand n’était pas accusé d’être un félon et meurtrier, d’avoir fait assassiner ses deux beau-frères pour hériter de la seigneurie de son épouse. Comme s’il n’avait pas réuni dans son armée des écorcheurs et des forbans traqués par la justice du pays.
Je met un moment à répondre, et c’est uniquement en balbutiant.

« Ce… Je vais bien. Du moins, je vais-
– Je suis heureux que tu ailles bien, beau frère, mon doux Valère.
Mais, tu peux m’expliquer ce que tu fais ici ? »


Je baisse les yeux. Je prend une grande inspiration. Et je tente de soutenir son regard.

« Il faut qu’on parle.
– Hm, il pouffe. Donc, tout ça, tous ces fantassins et ces armures de fer qui sont dans ton dos, c’est pour parler ? Alors très bien, Valère. Parle. Que souhaites-tu savoir ?
– Où est Anne, Armand ? »

Il opine du chef. Sourit de plus belle. Puis se fend d’un petit rire. Il tourne la tête vers le sire d’Elbiq.

« Sieur Edmond. Vous êtes bien seul. Moi qui croyait que vous seriez venu avec plus de bannières… J’en déduis que vos plaintes diffamatoires répétées auprès du duc d’Aquitanie sont restées lettres mortes ?
– Vous trompez Son Altesse, mais moi je ne suis pas dupe, sire Armand.
– Je le trompe ? Moi ? De quelle façon ? N’est-ce pas la maison d’Elbiq qui le trompe ? Votre père, vos frères, et tout votre ban d’oncles et de cousins qui ravagent ce duché à cause de vos vendettas et vos rivalités déclarées ?
– Nous ne faisons pas mon procès, sire Armand.
– Ni le mien, et pourtant, vous êtes là, avec vos armes et vos hommes, avec des visées bien sanguinaires à mon encontre.
Je t’aime Valère, mais tu te rends bien compte que te tenir à côté de cet homme, c’est une double-félonie ? Tu me trahis en tant que seigneur-lige, et tu me trahis en tant que frère. Et cela, ce n’est pas le genre de crime qu’un duc pardonne. »


Son sourire n’a pas disparu. Il est juste devenu plus timoré. Plus triste. Je soutien son regard, oui, je le regarde droit dans ses pupilles. Il me déstabilise. Il se défend avec une telle honnêteté, durant quelques instants, j’ai vraiment l’impression qu’il dit vrai.
Mais est-ce qu’il croit réellement ce qu’il raconte ?

« Je suis étonné de vous voir cavaler aux côtés de sire Armand, sire Quentin. Vous êtes un paladin de Bretonnie, un héros face aux hordes maudites du Moussillon. Et vous vous tenez à côté d’un infâme traître au cœur noir ?

– Je suis aux côtés de mon lige, corrige sire Quentin avec un accent de persiflage. Il est bien heureux d’entendre un félon parler de félonie ; Comme le signifie mon sire, votre maison n’est pas blanche non plus. Vous-même, sire Edmond, êtes peut-être l’exception, un brave homme, mais vous êtes ici tout seul, à vous dresser devant nous. Où sont vos sœurs qui intriguent ? Vos frères qui assassinent ?
Je me tiens à côté de celui à qui j’ai prêté serment. N’essayez même pas de croire que vous pouvez me retourner avec vos niaiseries. Et écoutez plutôt le comte de Lyrie vous parler. »


Le paladin Quentin me foudroya à nouveau du regard avec un petit signe du menton.

« Non. Tu gaspilles ta salive, Armand. Tu n’as pas à nous convaincre de ton innocence : nous la savons déjà atteinte.
– « Nous » ? Quoi, les Elbiq qui placent des mots dans ta bouche, à présent ?
– Armand, je t’en prie.
Où est Anne ? Où est mon neveu ? »


Armand fronce les sourcils un instant. Un petit nerf tressaute sur sa tempe. Puis, il ricane. Il rit, plus clairement, juste ensuite. Il se rend compte que je ne suis pas venu pour lui. Il est déjà perdu à mes yeux.
Je suis venu sortir ma belle-sœur et leur fils de ses griffes. Deux innocents qui lui sont lié, otages dans son castel.

« Mais Valère ! Si c’est eux que tu souhaites voir, il n’y a pas de problème ! Viens avec moi. Suis-moi. Marche sur mes traces, et rentrons ensemble dans le château de Lyrie. Le château de ton père, celui où tu as grandis, ne t’as jamais été fermé. Anne sera ravie de te revoir. Tu manques à mon fils, également : Il a tellement grandit, il monte à cheval à présent, sire Quentin l’a pris en pagerie. Tu es assez mystérieux à ses yeux, ce qui est normal étant donné que tu n’es jamais là. Mais vous pourriez faire connaissance. C’est important pour un neveu de connaître son oncle, surtout qu’il ne reste plus grand-chose de notre famille. Un peu de ton sang coule en lui.
– J’y comptais bien, revenir dans le château de mon père. »

Il a comprit la menace que je sous-entendais. Et ça le fait rire, malgré la gravité du propos qu’il fait suivre.

« C’est donc ça l’image que tu veux laisser de toi ? Ce que je dois aller dire à ton neveu ? Que tu es mort en félon, en t’alliant avec mon ennemi, et que tu as essayé de m’abattre pour subtiliser son héritage ? Et ensuite, quoi, me voler ma femme et notre enfant ?
– Ne vous inquiétez pas, sire Armand, personne ne dira jamais ça, rugit Edmond en s’immisçant dans notre conversation. Regardez la bande qui vous suit : À vue d’œil on la sait déjà affaiblie, en sous-effectif. Vous croyez véritablement qu’ils opposeront la moindre résistance ? La moitié de vos vilains fuiront le combat avant la première volée de flèches !
Et de plus, quel est ce champel que vous avez choisi ? Fut un temps où vous aviez un esprit un peu plus alerte !

– Comment ça ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
Edmond fit un signe de tête, puis de main, très énervé, pour désigner le large marais dans lequel l’armée de mon frère attendait.
« Mais regardez le terrain où vous nous défiez ! Vous êtes ralentis par la vase, complètement exposés à mon infanterie, vous n’avez aucune marge pour manœuvrer. Vous êtes dans une posture si pitoyable que moi-même, votre adversaire, ressent le besoin de vous donner des conseils de tacticien !
– Auriez-vous préféré que je me cache dans mon château ? Que je me cache derrière mes murs en attendant que vous veniez assiéger, creuser des sapes, installer des trébuchets ?
Je sors vous affronter parce que je sais que je suis dans mon bon droit, et le destin protège les méritants.

– Ce culot… »

Oui, il croit vraiment à son racontard. Ça me terrifie. Je le vois, dans son regard. Il croit véritablement qu’il n’a rien fait de mal. Je note qu’il a bien invoqué « le destin » comme protection, et non « la Dame ». C’est assez cohérent. Je n’ignore pas qu’il l’a déjà reniée.

« Personne ne va mourir aujourd’hui, Armand. Le sire Edmond a consenti à une sortie honorable, pour nous tous.

– Ah oui ? Dis-moi tout. Quel sort me réserves-tu pour me spolier légalement ?
– Tu vas quitter la Bretonnie. Partir en Outremer. Nous souhaitons que tu te fasses frère de l’ordre de Saint-Origo.
– Les chevaliers du monastère du Divin Origo… Il répéta en hochant de la tête et en tapotant les rênes de sa monture. Je les connais. Je suis déjà passé par Fyrus, pour y dormir quelques nuits. Des hommes braves, taciturnes, guerriers sans pareil.
– Ce serait un honneur de les rejoindre.
– Ce sont aussi des ascètes ennuyants. Ils ne se nourrissent que de pain et d’eau, grommellent laconiquement plus qu’ils ne conversent. Ils prient, constamment. Certains s’enferment même dans leurs chambres, et ne voient la lumière du jour que pour combattre. Pire : Même le combat ne leur insuffle aucun plaisir, aucune fougue, aucune passion ; ils font tout avec un cœur froid, sans haine ni amour, résolus et déterminés, comme des automates, ou une création d’ossements du Moussillon.
Entendez-moi bien, messeigneurs. Je crains plus de finir frère-chevalier de Saint-Origo que de mourir. »


Je serre les dents. C’était absolument pas la réponse que j’attendais. Edmond, lui, est ravi : Il fanfaronne, un poing déjà posé sur sa hanche.

« Si c’est ce que vous désirez ardemment, sieur Armand, alors il n’y a pas de problème. Je relève le défi. Je vous amènerai voir Morr, lui au moins saura vous remettre dans le droit chemin, et à perpétuité.
– Quelle bravoure, lui rétorque Armand avec une voix suave et graveleuse, et un petit clin d’œil. J’aime entendre cela, ça me ravit. Donnez tout votre cœur à cette promesse, sire Edmond, car elle m’excite. Lorsque la curée commencera, je viendrai vous trouver. Offrez-moi toute votre hargne et toute votre âme lors de cette rixe, elle n’en sera que plus délicieuse. »

Il est parvenu à mettre Edmond mal à l’aise. Les pupilles d’Armand sont dilatées, sa main droite tremblotte, c’est limite s’il ne bave pas. « Excite », le mot est bien trouvé ; le défi que vient de lui lancer Edmond lui a provoqué une transe émotionnelle impressionnante. D’instinct, je pose ma main droite sur la garde de mon épée rangée au fourreau, persuadé qu’il va s’élancer sur le sire d’Elbiq comme un chien enragé.

« Qu’est-ce qui t’es arrivé, Armand ?
Je savais que tu avais erré loin durant ta Quête, mais que ton échec à trouver le Graal te conduise à de telles extrémités…

– Mais je l’ai trouvé le Graal, Valère !
Tiens, regarde, il est avec moi ! »

Il donne une tape amicale à son destrier et se penche sur son encolure. Il place sa main gantée de plates de fer au fond d’une sacoche, où il tire quelque chose. Un petit objet en verre. Un flacon. Il me le lance en l’air et je bondis sur mes étriers pour l’attraper au vol. Je me remet les fesses sur la selle et observe l’objet. C’est un objet, translucide, avec un bouchon en liège. Une bouteille au liquide ambré, que je fais un peu tournoyer dans le creux de ma main.
Je fronce très fortement les sourcils. Je n’ai jamais aimé les devinettes.

« Du cognac ?
– Whisky.
– Ouisse-qui ? Je répète, n’ayant jamais entendu ce terme.
– Une eau-de-vie de céréales. Elle a été distillée chez les sauvages d’Albion ; Ils n’ont pas d’alchimistes là-bas, mais ils utilisent des outils rudimentaires et de la manipulation des vents magiques pour réaliser leur alcool. L’apogée de leurs connaissances, c’est le tonneau en bois, où ils ont fait fermenté la boisson que tu tiens. La bouteille, c’est moi qui l’ait ramenée, avec du verre de Brionne. Prends-le comme le cadeau des anniversaires que j’ai manqué. »

C’est une bien jolie histoire. Mais je comprends toujours pas sa charade. Et je sais déjà que si je lui demande des explications, il va être parti dans un interminable monologue à deux balles, alors que c’est vraiment pas le moment. Le comte me regarde, avec un sourire affable, et un petit signe de tête.
Allez. Jouons à son jeu.

« De l’alcool de céréales. Comme la bière des barbares de l’Empire ?
Non merci, sans façons. »


Armand tapote le caparaçon de son cheval, et trépigne dans sa selle.

« Ah ! Aaah ! Tu vois ! Tu ne te rends pas compte ?! J’ai tapé dans le mille ! On y est !
– Quoi ?
– Ce whisky. Il te représente bien. Et il représente bien sire Edmond, tant qu’on y est, et toute la bande d’hypocrites qui regardent mes frères et sœurs comme des crapules, avant de leur tourner le dos et de tous se réunir ensemble avec leurs petites habitudes tranquilles, héritées de leurs pères qui les ont héritées de leurs propres pères à eux. Et vous vous enfermez tous dans votre tranquille entre-soi, sans jamais rien remettre en question, sans jamais lâcher du lest, sans montrer la plus infime, la plus infinitésimale ouverture d’esprit.
Tu ne connaissais même pas le nom de cet alcool, c’est dire le niveau de ta cuistrerie. Et pourtant, lorsque je te présente cette nouvelle liqueur, cette saveur inconnue, cette découverte ridiculement exotique que je suis allé chercher dans une contrée lointaine et inconnue où toi même est à présent trop pleutre pour t’éloigner du clocher de ton village, est-ce que ton réflexe est d’ouvrir ta langue et de dérouler ton palais pour en goûter une goutte ? Non. Tu bombes tes lèvres en cul-de-poule, affiche une mine écœurée, c’est limite si tu n’es pas nauséeux par anticipation. Mais mon pauvre Valère ! Même si tu faisais sauter le bouchon de cette bouteille, que tu plaçais le goulot autour de tes lèvres, et que tu en dégustais une minuscule gorgée, tu aurais envie de cracher. Ton esprit étriqué écrase ton corps avec tant de force que tu camoufles tes sens. Tu te mentirais à toi-même, et tu y croirais très bien, en te disant que c’est infect, que c’est imbuvable, parce que ce n’est pas comme tu en as l’habitude. Tu n’as jamais bu que du vin et du cognac, et ça ne te dérangerais pas, de passer le restant de tes jours, jusqu’à ta vieillesse et ta mort, en buvant le même vin avec exactement la même saveur, sauf une petite note imperceptible de noisette ou de vanille qui suffira déjà à te faire croire que tu dégustes un millésime mémorable. Et c’est ainsi avec tout. Tu serais prêt à souffrir jusqu’au restant de tes jours de te contenter du même alcool, du même paysage, de la même femme jusqu’à ce que vienne le moment, inévitable, où tu ne pourras plus jamais rien ressentir. Tragique ? Non, ça sera une délivrance, Valère ! Vivre le même jour qu’hier et qu’avant-hier, c’est être piégé dans la perpétuité, dans la routine – c’est, en quelque sorte, être déjà mort.
Ce whisky c’est mon Graal. Lui et bien plus encore. J’ai vu, entendu, goûté, touché et senti jusqu’à envahir mes sens de milliers – non – de millions de sensations différentes. J’ai léché, pressé, reniflé, injecté, souillé et ait été souillé par tous les pores et les muscles et les organes de mon corps. Fut un temps où tu me ressemblais plus, Valère ! Fut un temps où nous étions dans un brave conroi, que notre vie était faite de courses et de combats. Nous courtisions les femmes que nous voulions, elles étaient toutes à nos pieds. Partout où nous allons, la vie n’était qu’un éternel spectacle ; Nous dansions, nous jouions, nous buvions et chantions jusqu’à en perdre la voix. Même nos peines étaient délicieuses. Le froid et la faim étaient des sensations, au moins. Le combat on y fonçait non avec piété, mais avec passion. On dit que nous sommes téméraires à cet âge, comme s’il était du devoir du chevalier de devenir plus mâture en devenant plus aigri et résolu. C’est un mensonge, Valère, et je désespère de te le faire comprendre, je souffre de te voir ainsi, terrifié, terrifié qu’un jour ta routine et ton habitude soient bousculées par la plus minuscule des secousses. Si seulement tu revenais avec moi, dans notre château, il y a tant de choses que je pourrais te montrer et te faire sentir et goûter et toucher, et tu comprendrais bien vite la magnificence dans laquelle j’ai plongé ! Je t’aiderais Valère, se débarrasser des barrières de sa propre prison, de cette moralité qui pèse sur toi comme le collier d’un esclave, ce n’est pas facile, j’en conviens, mais la récompense vaut tout les sacrifices. Sais-tu qu’aucun des chiens de mon chenil n’est enchaîné ? Tous sont libres de courir et d’aboyer comme ils le souhaitent, et c’est bien pour cela que je suis dangereux aux yeux de monstres comme d’Elbiq. Viens avec moi, Valère ; Viens, je vais te libérer. Tu posséderas autrui, et autrui te possédera, tu jouiras et tu feras jouir, tu souffriras et tu feras souffrir, et toute la folie adorée, cette adrénaline que nous cherchions au péril de nos vies en traquant l’Orque et le Gobelin dans des montagnes et des forêts, elle te traversera chaque jour jusqu’au restant de tes jours, sans jamais t’ennuyer, éternellement renouvelée et dépassée, à mesure que nous trouvons de nouveaux tabous à abattre au sol, à renverser et à profaner. À jamais parfaits et sublimes. »


Je considère le « whisky ». Je regarde sa robe ambrée d’un air un peu triste. Mon frère est perdu. Il est atteint. Il ne reste absolument plus rien de lui que je puisse sauver.

« C’est ce que tu as fais à Anne ?
Tu l’as rendue parfaite ? »


Armand soupire et pouffe en même temps. Je sentais que j’arrivais au bout de sa patience.

« Oh, mon pauvre Valère. Je sais que tu as toujours regardé mon épouse avec une tendresse certaine, et c’est bien réciproque, je te l’assure. Mais frère, c’est ton honneur de chevalier, les quatorze vertus auxquelles tu tiens comme quatorze liens de fer enchaînés autour de ton corps, qui t’empêchent de la prendre. Tu crois que je t’en aurais empêché ? Nous sommes un couple très partageur.
Si tu reviens avec moi en Lyrie, elle sera heureuse de te recevoir. Je te l’assure. Je l’ai beaucoup dévergondée, tu ne la reconnaîtrais peut-être pas ; mais, ça serait pour le mieux. »


Son sous-entendu graveleux ne m’intéresse pas. À la place, il noue ma gorge et me fait fermer mes poings.

« C’est bon ? Peste Edmond, on en a terminé ?
– Oui, nous en avons terminé. Je te rends ton Graal, Armand.
– Non ! M’arrêta Armand en levant sa main pour m’empêcher de lui relancer la bouteille. Garde-le. Je sais que tu aimes boire avant un combat. Tu détesteras ce whisky, tu le haïra, mais avant la tombe, tu pourras te remémorer son goût et te rendre compte que c’est la seule fois de toute ton existence où tu auras bu quelque chose d’un tant soit peu unique.
Et tu repenseras à moi. »


Sire Quentin tira très fort sur les rênes de son cheval et s’éloigna au trot. Le comte de Lyrie fit de même, mais avant qu’il ne puisse s’éloigner, je lui criais :

« Ta belle-famille ! Les frères d’Anne.
Regarde-moi dans les yeux, et répond à cette question : Est-ce que tu les as tués ? »


Il arrête son destrier. Il fait une caresse sur sa crinière. Il tourne son visage, et me regarde directement dans mes pupilles. Il soutient mon regard de toutes ses forces, sans sourire, sans grimace, juste son air passif et entièrement sérieux.

« Non. »


Il ne ment pas.

« C’est Anne elle-même qui les a tués. »

Il me fait un signe de tête, puis tourne à nouveau le dos, et s’enfuit rejoindre le paladin au trot. Avec une phrase, il venait de se saisir d’un arc, d’encocher une flèche, et de la projeter au fond de mon cœur en ignorant la protection de mon harnois. Mon regard se posa vers la cavalière, qui avait sa tête dirigée vers moi. Et même avec tout le voile qui lui recouvrait le visage, je sentais en moi une profonde terreur qui crispa chacun de mes muscles et envoya un courant froid dans mon dos, et une chair de poule qui s’empara du moindre centimètre-carré de ma peau.
Et ils repartèrent. Vers les marais. Derrière les forêts de vouges tenues par des fantassins. Edmond soupira.

« Je suis désolé. Vous avez fait ce que vous avez pu. Rentrez chez vous, sire Valère.
– Non sire. Je marche avec vous. Il faut que j’atteigne le château de Lyrie, en personne.
– C'est une mauvaise idée, mais je ne vous empêcherai pas. Préparez-vous, nous avons assez perdu de temps. »

Et tout-de-go, Edmond lui aussi tourna son cheval, quitta le talus, et alla rejoindre au galop ses chevaliers proches. Moi, j’avais le regard perdu à l’horizon, même après que mon frère ne soit devenu plus qu’une minuscule ombre lointaine cachée derrière les fantassins. Je regarde d’un air morne la bouteille qu’il venait de m’offrir, son soi-disant Graal. Je cale le cul de la bouteille sous mon aisselle, et avec ma main gantée, je forçais le bouchon à pivoter. Il saute. Je laisse tomber le morceau de liège dans mon autre main, et pose le goulot du whisky sur mes lèvres afin d’en prendre une rasade très rapide.
L’alcool me ruine la langue et son liquide âcre coule dans mon gosier, m’arrachant une larme dans chaque œil. Mais je me force à boire, malgré tout, je me force à avaler deux, puis trois gorgées de l’infâme liqueur. Comme s’il fallait que je lui prouve qu'il a tort. Que même en me tenant du côté d’Edmond, je suis capable de ressentir quelque chose qu’on ne m’ait pas imposé.
Et je le vaincs. Je brise mon frère. Car contrairement à ce qu’il dit, j’aime le goût. J’irai dans la tombe en me rappelant du goût de ce whisky.




Je recule en arrière vers le talus, et va silencieusement me mettre derrière des chevaliers adoptant une formation de lance, Edmond tout devant eux. Les destriers trépignent le sol d’impatience, hennissement tandis que leurs cavaliers eux-même reçoivent de magnifiques lances d’arçons de leurs valets et de leurs pages qui terminent de bien les fixer. Je vais me caler près d’eux en prenant une nouvelle rasade, quelques autres gorgées, et je lance ensuite la bouteille dans une sacoche liée à ma bête, le temps pour moi de me ré-équiper, notamment en plaçant un gros heaume fermé sur mon visage.
Edmond fait un signe de tête à un écuyer à pied, qui fait quelques pas en avant et hurle de toutes ses forces avec un fort accent de roturier :

« ARCHEEEERS ! EN POSITION ! »

Et alors la bande de brigands s’avance et va occuper le petit talus sur lequel nous avons parlementé. On entend un grondement déchirer l’atmosphère, et je regarde en l’air. Du tonnerre.

« Fait chier, soupira un sergent-à-cheval. Va y avoir un orage.
– Raison de plus pour terminer cette bataille maintenant », lui répond un camarade.

La bande d’archers forme une épaisse ligne en face de nous. Et à nouveau, le sergent rugit comme un malade.

« ENCOCHEEEEEEEEZ ! »

Alors, tous en même temps, à des vitesses différentes, les archers posent une flèche sur le poing refermé sur le dos de leur arc, et posent deux doigts près de la corde détendue de l’arme.
En l’air, on voit une pluie de flèches s’élever sous les nuages gris. Les archers de mon frère eux aussi tiraient. La pluie s’abattit sur les roturiers. Quelques archers s’effondraient, blessés ou mort, mais d’autres traits sont simplement arrêtés par les solides jaques qu’ils portent, ou bien ils s’écrasent directement dans le sol meuble du talus. À ce jeu là, Armand est perdant. Nous avons plus de gens de trait.

« TIREEEZ ! »

Et alors, tous en même temps, les arcs dirigés vers le ciel, les archers poussent solidement sur le dos de leur arc de tout leur poids, ramènent la corde à côté de leur mâchoire avec toute la force de leur bras, et lâchent dans la seconde. Et ainsi une grêle de fer beaucoup plus volumineuse leur est répondue. Le duel continue ainsi, avec les aboiements de l’écuyer, la fine averse d’en face et le torrent que nous leur opposons.
Assez pour qu’au bout d’un moment, l’échange de tir soit considéré comme suffisant pour lancer une attaque. Il sort son épée, la lève dans le ciel, et hurle de toute sa voix :

« Soyez fidèles à la Dame ! Montrez-leur les valeurs de la chevalerie !
Force ! Honneur ! Audace ! »


Comme tous les chevaliers assemblés, je crie en unisson, moi aussi de toute ma voix : « FORCE ! HONNEUR ! AUDACE ! ». Et alors, comme d’un seul homme, habitués par les conrois et les entraînements que les chevaliers Bretonniens apprennent à uniformiser, nous démarrons à la même vitesse, et atteignons le talus des archers, qui se dépêchent d’aller tirer leurs camardes blessés pour les virer du chemin et éviter que nous les piétinions sous les sabots de nos immenses destriers.
On dévale la colline à toute vitesse pour se ruer vers le marais. J’en ai une vue plongeante maintenant. Les forêts de vouges de mon frère ont été bien réduites. Ses hommes gisent blessés ou morts, et ils ne se regroupent et ne reforment leurs rangs que par les cris de dizeniers, et…
...Et la menace de fouets.

L’image me marque. Elle ne gêne pas ma course, car je continue de me dresser sur ma selle et de n’apercevoir le monde qu’à travers les fines fentes de mon heaume. Mais je peux jurer que je vois des soldats casqués en train d’utiliser d’immenses fouets pour garder en rang les hommes d’armes. Je sais bien qu’il faut maintenir la discipline chez les gueux, mais je n’avais jamais été témoin de ça nul part.
Les cinq-cent pas qui nous séparent des fantassins sont vite rattrapés par notre trot transformé rapidement en galop. J’abaisse ma lance d’arçon pour la caler sous mon aisselle. Et à nouveau, pour forcer l’adrénaline et la folie guerrière de s’emparer de nous, pour bannir nos peurs et nous rendre résolus et solidaires, nous gueulons en unisson comme des malades mentaux :

« AQUITANIE ! AQUITANIE ! »

Les fantassins devant nous se cachent et se pressent en un mur humain, tremblant derrière des boucliers et des vouges trop courtes. Imaginez toute l’énergie du poids d’un destrier de guerre et d’un être humain recouvert d’acier, lancé à une vitesse de galop, concentré sur la minuscule pointe d’une lance d’arçon. Une charge de chevaliers Bretonniens a une énergie équivalente à une petite bombarde naine. Nous pulvérisons la première ligne de soldats, qui est projetée sur la deuxième, forçant la troisième à également être broyée. Imaginez ces corps enfoncés les uns dans les autres, brisant leurs os et leurs organes à l’intérieur, compressant subitement leurs poumons et les étouffant entre eux. Une vouge acérée me frôle, mais elle est déviée par les courbures savamment pensées du harnois et se retrouve à voler derrière moi après avoir projeté des éclats de métal. Je laisse tomber la lance, tire mon épée, la lève en l’air, et fend l’air et le crâne d’un pauvre garçon pieds-nus qui se lève avec un fauchon sous moi.

Un éclair déchire le ciel.

Sitôt la charge effectuée, nous nous retirons en bon ordre en nous dégageant à coup d’épées ou de haches de guerre. Derrière nous chargent les fantassins de la maison d’Elbiq. Hommes d’armes se lancent contre hommes d’armes, et alors que les premières gouttes de pluie commencent à tomber, les corps des roturiers se déchirent entre eux, se chevauchent, se tranchent et s’égorgent dans une monstrueuse mêlée. Je relève la visière de mon casque, les mains dégoulinantes de sang tremblantes, et je me saisi de la bouteille de whisky pour en prendre une rapide rasade du délicieux alcool alors que nous soufflons à bonne distance et nous reformons sous les ordres de sire Edmond.

Notre infanterie est étrillée. Les enfants maudits d’Armand se jettent sur eux en hululant. Toute une masse de faux-nobles, de déchus et de grognasses enragées qui les chargent de côté, les décapitent, et soutiennent l’infanterie qui est promptement remise en ordre malgré les pertes et les blessés à coup de fouets. Le sang se mélange à la vase et à la pluie tombante, la boue colle les sabots des chevaux, et petit à petit, le paysage tout entier se transforme en un spectacle atroce de centaines d’individus, d’êtres humains avec une âme qui se ruent mutuellement pour se faire du mal, et tout faire pour éviter d’eux-même souffrir. Edmond nous remet en rang, et nous renvoie charger les méchants cavaliers cuirassés.

« AQUITANIE ! AQUITANIE ! »

Et ils nous repèrent, ces vauriens, ces crapules, ces bâtards. Et eux aussi, ils se retournent et nous chargent, avec leur propre cri de guerre.

« PERFECTION ! PERFECTION ! »

La pluie ruisselle sur mon armure en quantité. J’en dégouline. Mon cheval rue, hennit, bouge dans tous les sens, alors que la mêlée se désarticule et il devient presque impossible de distinguer l’ami de l’ennemi. Bouclier dans une main, épée dans l’autre, je me tourne dans tous les sens, et tente de me défendre contre mes assaillants. J’en tranche un. Pare un autre. Et à un moment, j’entends mon cheval hurler. L’un des fantassins à terre a glissé sous moi et utilise un couteau pour donner une succession extrêmement rapide de coups de couteau dans ses jarrets. Mon destrier s’effondre et je dois me contorsionner dans tous les sens, sur ma selle, pour garder l’équilibre. Je m’écroule sur le côté et mon cheval s’effondre sur ma cuisse, ce qui me fait hurler de douleur.
Le vilain ayant occis mon cheval, il se rue sur moi en criant. Il se jette au-dessus de mon corps, soulève la visière de mon heaume, et se prépare à me lacérer le visage ; je le pare d’un gros coup de bouclier, en tentant de trouver autant d’amplitude que possible. Profitant qu’il soit étourdi, je pose ma jambe libre contre la croupe de mon cheval agonisant, et tire de toutes mes forces pour glisser sur la vase et me dégager. Des centaines de gouttelettes balayent ma face. Je me relève en titubant, en même temps que mon assaillant. J’encaisse le coup avec l’écu, contrôle, le pousse, et lui fend la gorge en encastrant mon épée dans son cou.

Je m’effondre. Ma jambe me fait atrocement souffrir. Je crois qu’elle a été broyée. Je regarde dans tous les sens, comme une poule de basse-cour, et je note qu’il devient maintenant impossible de distinguer les hommes qui s’entre-tuent et se foudroient avec leurs bruits de luttes et de chocs métalliques parasitant tout autour de moi. C’est comme si un brouillard infâme et incompréhensible s’était soudain soulevé au-dessus de moi.
Je lâche mon épée, car je ne parviens pas à la retirer du cou agonisant du jeune garçon que je viens de massacrer. À la place, je me tourne et me pose sur mon cheval, qui débat ses pattes dans tous les sens, soulevant des mottes de terre et de boue sous lui.

« Chuuut… Tout doux. Ch-chut ! Tout doux, je suis là. »

Je lui tapote l’encolure et trouve ma bouteille de whisky. Je la dévisse et m’en prend à nouveau une délicieuse rasade. Je ne sens plus ma blessure à ma jambe. Mais tout autour de moi, l’atmosphère devient encore plus grise. Une brume épaisse envahit le marais, qui n’est éclairé que lorsque la foudre s’abat sur la clairière.
Et j’entends des aboiements. Et des grognements de bêtes. Et je sens que les bruits de combats et de chocs métalliques sont maintenant suppléés par des hurlements sanglotants et des crachats gargouillés. Et j’aperçois, traversant la brume, le comte Armand de Lyrie.

Il est nu. Entièrement nu. Son corps est couvert de tatouage et de sang, et d’ailleurs, il s’est saisit d’un couteau avec lequel il s’arrache l’avant-bras. À ses pieds, autour de son cheval, approchent des lévriers au poil blanc comme de la neige, et aux yeux laiteux qui n’ont pas de pupille. Et avec un rire dément, Armand parodie la proclamation de sire Edmond :

« Soyez fidèles au Serpent ! Montrez-leur les vraies valeurs de la chevalerie !
Extase ! Plaisir ! Perfection ! »


Je me retourne, jette la bouteille, et attrape la garde de mon épée, et la tire de toutes mes forces du cou du gamin. Je m’élance vers mon frère.
Je fais trois pas, et m’effondre au sol, ayant perdu le contrôle non seulement de ma jambe écrabouillée, mais également de celle qui est saine. Armand me regarde, mais m’ignore vite. Il continue son chemin à travers la brume, suivi par Quentin et les chiens aux yeux blancs.
Un regard à ma droite me permet de découvrir Edmond d’Elbiq. Il se dégage, crie, hurle, alors que d’étranges mains nues et des pinces de crabes tentent de se saisir de lui. Il est désarçonné, et jeté au sol, par des êtres que j’ai énormément de mal à distinguer à travers le voile de fumée. Mais Armand se jette à terre, ses pieds nus dans la vase, et il s’approche de lui en criant.

« Laissez-le moi ! Cet homme m’a fait une promesse ! »

Je me retourne et rampe vers mon destrier, aidé uniquement de mes mains. J’entends les bruits de luttes, les cris, Edmond qui vocifère des insultes et des provocations, et Armand rire. Un combat long, de plusieurs minutes, minutes que je passe à gémir et à soupirer alors que je traîne ma carcasse loin d’ici.
Je rampe vers la bouteille. Je m’en saisi, me tourne et la descend. Je tente de la boire jusqu’au bout. De la vider jusqu’à la dernière goutte. Je perd la notion du temps, j’ai l’impression que le monde se dérobe sous mes yeux.
Il a tort. J’adore ça. J’adore.

Au-dessus de moi, des figures démoniaques se dressent. Des monstres avec des bras et des jambes, et des seins et des verges, et des pinces affûtées en guises d’avant-bras. Des corps nus où on ne fait la différence entre le magnifique et le monstrueux. Elles me glacent le sang, mais pas assez pour m’empêcher de continuer à vider la bouteille.
Jusqu’à. La. Dernière. Goutte.

Avant que je ne puisse finir. Une main de fer se tend et me l’arrache des mains. Le paladin Quentin se tient au-dessus de moi, et me lance un regard bien plus doux et bien moins noir que durant l’entrevue.

« Pitié ! Non, pitié ! Laissez-moi ! Laissez-moi la finir !
– C’est pour votre bien, sire Valère. Calmez-vous. »

Le démon à sa droite lui caresse la joue. Le démon à sa gauche tire une langue gigantesque et lui lèche l’oreille. Je m’effondre dans la vase et me met à pleurer. Je lèche mes lèvres, parce qu’elles ont encore le goût de l’alcool. Ça me donne une idée. Je me retourne sur le ventre, et me met à lécher la vase où j’ai jeté la bouteille pour tenter de tuer mon frère. Il y a encore un peu d’alcool qui s’est effondré. Quelques gouttes. Quelques minuscules gouttes qui doivent être bien cachées dans la boue, l’eau de pluie et le sang du gamin que j’ai décapité. Quelques gouttes. Une seule. Une. Une demi-goutte, si une telle mesure existe. Un quart de demi-goutte de ce whisky.

Je me répand en larmes quand je me rend compte, la bouche pleine de tas de choses qui ne sont pas du whisky, que je n’en ai plus à ma disposition. Un homme approche en haletant, alors que derrière moi j’entends des bruits salivaires, des lèvres qui s’embrassent, et des gémissements. Armand s’effondre à côté de moi, couvert de sang jusqu’au cou, deux profondes estafilades marquant son corps, son torse gonflant et se rétractant avec chacune de ses grandes bouffées d’air. Il tient entre ses mains la tête d’Edmond d’Elbiq, et il sourit énormément en la soulevant et en la regardant dans les yeux.

« Il… M’a… Pas… Déçu, me dit-il entre chacune de ses prises d’air.
C’était… Parfait... »

Je le regarde à travers mes yeux injectés de larmes. Puis j’enfonce ma tête dans le sol, et commence à sangloter.

« Chuuuut, Valère, chut…
Je te ramène chez toi, Valère.
Ce ne sera pas facile, mais je vais te libérer. »
Modifié en dernier par Armand de Lyrie le 20 juin 2019, 10:38, modifié 2 fois.
Fiche : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_armand_de_lyrie
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Échiqueté d'or et d'azur à la bordure de gueules à la guivre de gueules halissante
Stats :
FOR 9 / END 9 / HAB 7* (9) / CHAR 11 / INT 8 / INI 8* (9) / ATT 10* (12) / PAR 8* (10) / TIR 8 / PV 65/65
*Malus à cause du port de Harnois et Heaume

Compétences :
- Anticipation : +1 en ATT et +1 en PAR à partir du 3e round face au même ennemi
- Coup précis (1) : Malus atténué de 1 lors de la visée d'une partie précise
- Coups puissants : +1d3 de dégâts
- Dégainer l'épée : +1 en INI lors du premier round
- Parade : Valeurs de parade doublées
- Sang-froid : +1 lors d'actions réalisées sous stress

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien
- Baratin : +1 pour embobiner quelqu'un à l'oral.
- Danse : Excellent danseur
- Étiquette : +1 lors des interactions avec la haute société
- Empathie : Capable, sur un test, de lire les émotions sur le visage de quelqu'un.
- Monte : Ne craint pas de chutes lors d'une montée normale
- Héraldique : Capable de reconnaître les blasons des familles nobles, et d'en savoir plus sur eux sur un test
Équipement de combat :
- Épée bâtarde : 2 mains / 24+1d10(+1d3)*/ 24** (12) parade
- Poignard "miséricorde" : 1 main / 12+1d6(+1d3)* / 12** (6) parade / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Peut être lancée
- Lance d'arçon : 1 main / uniquement à cheval / 20+1d10(+1d3)* / Pas de parade / "Long" (Malus de -2 ATT pour les adversaires) / "Épuisante" (Malus de -1 d'utilisation après END/2 tours, à chaque tour, max -4) / "Percutante" (Relance du jet de dégât, meilleur résultat gardé) / "Rapide" (Malus de -2 PAR et/ou -2 HAB pour toute esquive tentée par l'adversaire) / Se brise après 4/5 utilisations
*Avec la compétence Coups puissants
**Avec la compétence Parade


Tête : 15 protection (Heaume)
Reste du corps : 15 (Harnois)

- Destrier Bretonnien (Ravel) : FOR 10 / END 12 / SAU 8 / RAP 10 / INT 8 / DOC 8 / ATT 9
Équipement divers :
0 Co

- Un beau doublet
- Un grand manteau
- Des bottes neuves
- Une jolie écharpe

- Nourriture
- Hydromel

- Insigne argenté marqué du blason de Lyrie
- Pendentif monté en clou
- Feuilles de brouillon, stylet et encrier
- Bague affichant un lion
- Un flacon à l'odeur immonde
- 3 bouteilles de tonique miraculeux
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Gorgut Grimzog
Warfo Award 2019 du Bourrin
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Re: [Concours] Ranald est ma muse

Message par Gorgut Grimzog » 10 juin 2019, 19:42

Un son... ... ... des voix... ... ... des battements... ... ... du SANG !
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Ceux... qui osent... profaner... mon Royaume...

La lourde dalle glissa le long du sarcophage de pierre pour ensuite s'écraser au sol.

Connaîtront... LA TERREUR DE LA MORT... !!!

Une masse s'extirpa des ténèbres de son cercueil de granit pour gagner celle de la crypte. Le dernier habitant de ces lieux venaient de se réveiller pour saluer ses hôtes, quelques salles plus loin, en amont.


-------------------------------------------------------------------------

Albert, passe devant et allume ton bouclier ! Bertrand, vise les jambes ! Quand a toi Gus, balance le tonneau et tiens toi prêt !

L'homme au visage balafré et à la carrure imposante s’exécuta, passant en première ligne, et en allumant la lanterne incorporée à son étrange bouclier. Ce dernier avait la particularité de posséder de nombreux orifices d'où la lumière s'échappait. D'autres particularités venaient s'ajouter à cette "arme" non conventionnel, notamment les différentes lames et le gantelet qui faisait partie intégrante de l'objet. Pour accompagner une telle trouvaille, l'homme portait un marteau de guerre visiblement bien usé par les combats.

Le second acolyte rabattit la capuche de sa cape, et dégaina ses deux pistolets, prêt à déchaîner les enfers sur les ténèbres que leurs faisaient face.

Derrière, un jeune homme plus fin, et visiblement moins expérimentés que ses trois comparses transportait un petit tonnelet qu'il commençait à déverser le long du couloir descendant.

Au vu de l'odeur, on a un gagnant !

Le chef de cette troupe, un chasseur de vampire vêtu d'un long manteau en cuir et d'un chapeau masquant une partie de son visage, se tenait droit face au danger, pistolet et épée en main, comme s'il provoquait la mort elle-même.

Gus ! Dès que tu as fini, tu all...


-------------------------------------------------------------------------


Cette haine incommensurable et cette rage qui animait tout mon être... Ces envies de carnages, de violences et de sang... Si douloureux... Si brûlant... Elles me consumaient depuis si longtemps... Et ces voix... Ces battements de cœur... Cette vie dans mon Royaume... ! Il fallait qu'elle cesse !!

Il... n'y... a... pas... de place... pour les vivants... dans mon... ROYAUME !!!!


-------------------------------------------------------------------------


Le chasseur de vampire n'avait pas finit sa phrase qu'une sorte d'explosion raisonna juste à côté d'eux, emplissant tout le couloir d'une épaisse poussière. Gus était totalement sonné et ne réalisait pas vraiment ce qu'il venait de se passer. Il entendait des hurlements de douleurs mais ne voyait rien. Le jeune homme toussait en agitant le bras, comme si cela allait arranger un minimum sa vision.

PUTAIN !!? MON BRAS ! BORDEL !!!

BERTRAND ?! C'EST TOI !?


Après quelques instants la poussière retombait, et le jeune homme put découvrir avec horreur son comparse se tenir le bras gauche... Qui pendouillait, a moitié arraché. Il remarqua ensuite l'origine de cette "explosion". Une longue dalle de pierre avait percuter un pilier du couloir, visiblement avec une violence inouïe. Cependant ce qui terrifia le plus Gus, n''était pas la vision immonde de son camarade Albert littéralement broyé en deux entre la tranche de la dalle et le pilonne dans lequel elle c'est encastrée, mais belle et bien la peur frénétique qu'il ressentit en se tournant vers Eliott, le chasseur de vampire.

Ce dernier était suspendu dans les airs, retenu par une créature décharnée. Elle l'enlaçait avec une telle force que cet homme qu'il admirait ne semblait être qu'une poupée de chiffon qu'on était entrain de presser. Gus ne pouvait quitter ce monstre du regard, cette terreur l'empêchait de se détourner de ce spectacle macabre. Et ce jusqu'à ce que cet être de cauchemars ne relève sa gueule. Il n'avait pas simplement mordu le cou du chasseur, il lui en avait littéralement arraché la moitié.

Lorsque le jeune homme croisa le regard du monstre, il rentra dans un état de panique qui le fit déguerpir à toute vitesse, n'ayant plus que ces deux rubis de rage et de mort encré dans son esprit.

GUS !!! TE BARRE PAS PUTAIN !!!! ME LAI...sse... pas... ?

Quand Bertrand découvrit à son tour l'entité qui lui faisait face... Il ne put qu'écarquiller les yeux en observant cette gueule hideuse s'ouvrir à quelques centimètres de son visage...


-------------------------------------------------------------------------


Gus trébucha sur une chaise et se vautra contre l'autel présent au centre de la pièce. Plusieurs chaises étaient entreposées autour de cet autel, et tous les murs de la pièce étaient ornés d'alcôves mortuaires. Il savait qu'il pourrait sortir de ce cauchemar, juste en franchissant les 100 mètres de couloir qui le séparait de la surface.

Il le savait... Mais tout espoir s'envola instantanément en apercevant la Stryge. Il avait l'aspect d'un homme que l'on aurait déformé, que l'on aurait dénaturé en le croisant avec un animal sauvage. Tout son aspect transpirait la violence, l'agressivité et la soif de sang. C'était véritablement une créature de cauchemar.

Quand elle pénétra dans la pièce, elle huma l'air ambiant, comme si elle découvrait de nouvelles sensations, ou les redécouvrait. Puis elle se dirigea d'un pas lent vers le jeune homme, comme si son destin était déjà scellé depuis longtemps.

NE M'APPROCHE PAS, DÉMON !!!!

L'humain s'empara d'une chaise et brandit les pieds de l'arme improvisée vers l'immortel. Le vampire ne ralentit aucunement et d'un coup de griffe, explosa l'arme de fortune. Une fois assez proche de sa victime, il se stoppa en fixant cet être fragile et apeuré.

Tu es... un lâche...

Qu... Quoi... ??

La créature le saisit par le col et le traîna vers le tunnel conduisant aux caveaux inférieurs. Sans ménagement, elle le lança dans le couloir, le faisant rouler sur plusieurs mètres.

Tu seras trop lâche... Pour te donner la mort...

L'entrée fut sceller par un bloc de pierre, condamnant ainsi l'humain à être enfermé dans les méandres de la crypte, avec ses défunts camarades.


-------------------------------------------------------------------------


Maintenant que j'étais sorti de ma torpeur et après ce petit encas... L'heure était à la vengeance. Non pas une vengeance éphémère comme celle que l'on pourrait avoir envers des êtres mortels. Non... Une vengeance bien plus profonde, bien plus forte et bien plus ancienne... Ceux qui ont précipité la fin d'un âge d'or... Ceux qui ont été les responsables de notre génocide... Ceux qui nous ont trahi. Et pour cela, il fallait une armée. Une armée que les humains allaient me donner.

Je viens vous chercher... mes Frères.
Gorgut Grimzog, Voie des Orques Noirs de Gork (ou de Mork ?)

Caractéristiques de Base :
For 11 | End 11 | Hab 7 | Cha 5 | Int 6 | Ini 7 | Att 12 | Par 9 | Tir 7 | NA 1 | PV 85/85

Caractéristiques avec modifications :
For 11 | End 11 | Hab 5 | Cha 5 | Int 6 | Ini 6 | Att 10 | Par 7 | Tir 7 | NA 1 | PV 85/85

Lien Fiche personnage: WAAAGH!

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Equipement:

Kas'k : 7 protection à la Tête (-1 INI et HAB)
Grosse Armure du Blok'Hache : 13 partout sauf la tête (-1 INI, -2 HAB, ATT et PAR)
Bouclier Blok'Tout : 6+1d8; Parade 18; Déstabilisant
Kikoup : 20+1d8; Parade 8; Lente et Percutante; Orques uniquement
Hache à double tranchant : 22+1d10; Parade 10; Lente et Percutante

Compétences Passives:

Autorité : bonus de +1 pour les ordres
Coriace : peut retrancher 1D3 points de dégâts lors d'un coup
Coups Puissant : bonus de +1D3 points de dégâts
Parade : double la valeur de parade des armes et bouclier
Résistance Accrue : bonus de +1 sur tous ses tests d'endurance
Survie en Milieu Hostile : bonus de +1 sur tous ses tests dans un tel environnement
Volonté de Fer : bonus de +1 sur ses tests de volonté

Compétences Actives:

Désarmement : bonus de +1 d'ATT pour les attaques de désarmement. Si l'attaque est réussie, l'arme de l'adversaire est éjectée dans une direction aléatoire à 2D6 mètres

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Daine
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Re: [Concours] Ranald est ma muse

Message par Daine » 14 juin 2019, 16:18

Elfe noir, voie de l'exécuteur, farine de seigle.

Il y a de cela bien longtemps, lorsque les miens vinrent tenter pour la première fois de reprendre les terres qui nous appartenaient de droit.

Je marche seul le long de ce chemin que je n'avais pas emprunté durant ce dernier millénaire, chemin qui mène à la ferme de ma famille, à la frontière entre Nagarythe, ma terre natale, et Chrace, où résident aujourd'hui encore nos faux frères. A l'origine, j'était avec une patrouille dont j'étais la voix de Khaine, mais les imbéciles qui me servaient cette fois ci de frères d'armes croyaient bon d'outrepasser les ordres du grand Malékith, et dans leur stupide soif de sang voulaient s'attaquer au royaume voisin tant que ses garnisons étaient vides, grâce à la guerre entre les parjures et les demi-portions.

Je les ai tous tué. Nul ne doit s'abstenir de servir le réel roi phœnix. Mon peuple a dégénéré durant ce millénaire de séparation depuis la déchirure, devenant une nation de tueurs sanguinaires. Je ne sais plus quoi en penser. Après tout, je suis un tueur moi aussi, et seul Khaine pourra nous apporter la victoire contre les forces du chaos. C'est cette certitude qui m'a permis de choisir mon camp lors de la Déchirure, la certitude que jamais en restant faibles sous l'égide d'un roi faible nous ne pourrions résister aux déferlantes alors constantes des monstres du nord.

J'arrivais sur ces pensés en Chrace, ayant enfin en vue la ferme, et son moulin juste derrière. Le fait que ces bâtiments soient encore debout après toutes les incursions chaotiques et les dévastations subies par Nagarythe ne manque pas de m'étonner. Comme si le destin avait choisi que cette ferme et ce moulin devaient subsister malgré la destruction de tout un royaume, à même pas une centaine de mètres. Pas que cela ne me posait problème. Je m'étais battu des décennies durant pour protéger cette ferme, alors que les légions chaotiques attaquaient en masse, et cela avait changé ma façon de voir ce monde.

J'étais alors passé à l'époque de cultivateurs insouciants, produisant la nourriture nécessaire à la survie de notre peuple, à guerrier redoutable, taillant de mon épée à deux mains les corps des démons qui assaillaient ma patrie. Je m'étais durci dans le feu de l'enfer et l'acier des lames, et cela, ma bien-aimée avait du mal à le comprendre. C'est à elle que je pense, alors que je traverse un village en ruine dans cette terre dévastée, caparaçonné dans mon armure d'exécuteur du dieu à la main sanglante, mon draich hérissé de pointe et encore ensanglanté du corps des félons posé à plat sur mon épaule. De toute les choses que j'ai abandonné sur ce continent pour suivre le véritable élu des dieux, elle est la seule que je regrette réellement.

Si je suis devenu un exécuteur, c'est parce que tuer ne me procure aucune autre sensation que la satisfaction d'avoir détruit un ennemi de ma nation. Dans toutes les couches de la société qu'a formé mon peuple, prendre du plaisir au meurtre semble être une preuve de la compétence, une réelle qualité. Pas chez les exécuteur. Tuer est notre métier, et notre plaisir vient seulement du travail bien fait. Rien ne sert de faire souffrir sa victime, il faut au contraire la tuer rapidement, afin de pouvoir passer à une autre proie, et mieux servir Khaine, dont l'avatar sur terre est Malékith. Seuls les faibles ont peur de tuer, mais je n'apprécie pas vraiment la frénésie dont font preuve mes semblables, elle est inutile.

Je m'approche de la ferme sur mes gardes, à cause du fait qu'elle tient encore debout. Rien à l'intérieur, qui n'a pas changé. Je m'attendait à enfin ressentir quelque chose, en revenant sur ces lieux, mais seul la froideur terne que je ressens depuis que j'ai quitté ce continent répond à mes attentes. Je suis debout pour servir celui pour lequel j'ai sacrifié mon ancienne vie, mais cela ne me procure plus aucune joie. Il reste le moulin à vérifier. Je sais que je n'y trouverai plus rien, mais je veux le voir une dernière fois, avant de mettre le feu à ce lieu qui ne m'a que trop fait perdre de temps.

J'entre donc dedans, l'épée à la main, et mes prévisions s'avèrent fausses. Même si il est à l’arrêt, il est encore plein de farine de seigle. De la farine de seigle ? Elle n'est même pas en état de décomposition, ce qui signifie que quelqu'un est passé ici récemment. Sur mes gardes, je me retourne... Pour voir, dans l’entrebâillement de la porte, une forme encapuchonnée, tenant un arc bandé en main. La douleur me saisis alors que la flèche se glisse dans l'interstice de mon armure, et me perce l'épaule, tandis que le choc me pousse dans la farine. J'entend alors sa voix, dont le timbre réchauffe enfin mon coeur :

Je savais que tu viendrai ici. Tu es donc devenu un monstre, toi aussi.

Elle souffre en disant ça, je sens dans sa voix toute sa détresse, mêlée à une colère dévastatrice. C'était la seule chose pouvant me libérer de ma torpeur. Je tente de me relever, mais la douleur sourde qui provient de mon épaule m'oblige à renoncer. Elle a empoisonnée sa flèche, pour me garder à sa merci. Quand est-elle devenue si froide ? J'ai alors compris que sa trahison l'avait brisée tout autant que moi, que la gangue de glace recouvrait son coeur tout autant que le mien.

J'ai bien peur que oui. C'était ça ou mourir, mais tu ne l'as jamais compris.

Elle ne pouvait comprendre pourquoi j'étais parti me battre sous la bannière du fils d'Asuryan. La faiblesse ne peut pas nous sauver, seule la force le peut, et si elle passe par devenir un monstre, tant pis, c'est le prix à payer pour survivre. Le mépris que je ressens s'étend à tous ceux qui ont fait le mauvais choix, mais pas à elle. Je ne peux tout simplement pas la mépriser.

Tu aurais mieux fait de mourir, dans ce cas. Mais malgré ta trahison, je vais faire une dernière chose pour toi, te tuer, afin d'éviter que ton âme ne se pervertisse plus.

Elle a répété ses paroles, ça s'entend. Sa voix se brise alors qu'elle bute sur le "te tuer", mais elle continue quand même, sûrement avec toute sa force de volonté. Elle est devenue plus forte qu'avant, que ce sois physiquement ou mentalement. Je me demande si elle m'aime encore. J'ai beau chercher son regard de mes yeux, malgré le fait qu'elle ai enlevé sa capuche, elle ne me permet pas d'être dans son champs de vision, en détournant la tête. Je sens mon sang quitter mon corps petit à petit, et se répandre dans la farine. La farine que nous devions produire ensemble, avant la déchirure, avant tout ça.

Quand je t'ai perdu, j'ai tout perdu, jusqu'à mes sentiments. Je me suis convaincu que c'est toi qui avait eu tort, et j'ai cherché à t'oublier. Mais je sais pourquoi je suis revenu ici, et pourquoi tu m'y attendais. Tu es la seule qui fait vivre mon coeur, et il en est de même chez toi, je le sais. Me permettrais-tu d'effacer mes erreurs ?

Elle tressaute. Elle ne s'attendait pas à ce que je lui dise ça, mais plutôt des menaces ou des insultes, tel que fait habituellement mon peuple. En réalité, je ne m'attendait pas non plus à dire ça. Mon coeur bondit de joie à l'idée de vivre à nouveau, et peu à peu il sape ma détermination. Elle me regarde enfin. Et ses yeux, même si ils disent la même chose que sa voix, sont mille fois plus expressifs.

Je ne peux plus te pardonner, tu le sais très bien, tu es l'un des leurs, maintenant.

Elle sort une deuxième flèche de son carquois, qu'elle encoche, lentement. Elle essaye de garder un air déterminé, mais je sens qu'elle hésite, maintenant. J'ai toujours été le plus fort de nous deux, c'est bien pour ça que j'allais me battre tandis qu'elle préférait organiser les soins à l'arrière du front. Je peux la faire flancher, et mon esprit comme mon coeur se réjouissent à cette idée, mais pas pour la même raison. Je décale lentement mon draich sur le côté, afin qu'elle ai l'arme en vue.

Tu vois ce sang, sur la lame ? C'est du sang druchii. Je les ai tués pour te rejoindre. Une partie de moi est toujours asur, et toi seule peut la ranimer. Ne penses-tu pas que notre amour est au-dessus de tout cela ?

Un tissu de mensonges enchevêtré à la réalité. Je ne sais plus moi-même ce qui est vrai ou non dans ce que je viens de dire. Mon coeur, malgré le poison qui commence à se rependre dans mon organisme, continue de battre la chamade. Comment peut-il être aussi vivant après tant de temps de silence ?

Je... Je ne sais plus. M'aimes-tu vraiment encore ?

Elle relâche sa pression sur son arc. Elle veut y croire, comme mon coeur le veut aussi. Je répond dans un souffle :

Oui, je t'aime.

C'est la vérité. Elle pose alors son arc au sol, sort une fiole de sa poche, sûrement un antidote, puis s'approche de moi. La présence seule de cet antidote me montre qu'elle y croyait encore, avant même mes paroles. Elle hésite une dernière fois à un mètre de moi, le visage ruisselant de larmes et indécis, la fiole qui pourrait me sauver dans la main droite. Elle est si belle, dans cet état. Elle finit pas faire un dernier pas en avant. Son dernier pas.

Dans un geste, je me lève, fais passer mon draich derrière mon dos puis dans une extension vient la transpercer de part en part, au niveau du coeur. Je viens me coller à elle, et sens ses derniers battements s’arrêter en même temps que les miens. Je vis encore, malgré ça. En tant qu'exécuteur, j'ai été entraîné à résister aux poisons de toute sorte, pour être au dessus des complots sordides de mes paires. J'écoute ses dernières paroles, qui sortent de sa bouche en même temps qu'un véritable flot de sang :

Ça devait finir comme ça...

Je la lâche sur le tas de farine de seigle, et son sang vient s’entremêler au mien et à la farine pour former des motifs digne d'une véritable oeuvre d'art. En la regardant se vider de son sang, je ne pense qu'à une chose, alors que je titube : jamais plus mon coeur ne battra, il s'est éteint en même temps que sa vie.


Tant mieux.
Je suis l'ombre dans la lumière, et la lame éblouissante au travers des ténèbres.

Daine BlauesHerz, Voie du meurtre
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Theodoric Hohenjager
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Re: [Concours] Ranald est ma muse

Message par Theodoric Hohenjager » 14 juin 2019, 17:09

halfelin, voie du maitre d'armes, cadenas

Le halfelin passait lentement sa main gantée pour caresser un menton qu’un œil non averti aurait vu glabre, mais qui pour lui révélait un léger duvet qui lui donnait un côté « nanesque » que plus d’une jeune halfelin avait déjà pu lui faire remarquer lors de soirées passées à raconter ses faits d’armes.

Il était au fond d’un cachot depuis l’après-midi de la veille et avait déjà été obligé de sauter son petit déjeuner, son casse croûte, le déjeuner, le digestif, le goûter, le diner et le petit en-cas de la soirée arrivant, il ne savait pas bien combien de temps il lui restait avant de mourir d’inanition.

Comme tout cachot, peu de lumières sur des murs de pierres grossièrement joints, un torchis miteux et humide qui n’avait pas vu d’entretien depuis au moins cinquante ans et une paillasse en putréfaction dans laquelle il avait trouvé deux cadavres de rats en pleine décomposition…rien de moins qu’une situation de crise.

Think : comment je sors de là, moi ?

En se remémorant les dernières vingt-quatre heures, rien ne lui avait pourtant laissé supposer que les choses tourneraient si mal

--

L’entrainement des enfants s’était terminé dans la bonne humeur, les héritiers du baron se montraient toujours particulièrement enjoués quand il s’agissait de prendre leurs leçons avec un maitre d’arme si peu tyrannique que lui.

Il fallait avouer que son habitude de terminer leurs petites joutes par une tarte aux myrtilles dégustée en cachette et préparée spécialement par Grundhill, la charmante humaine commise aux cuisines, faisait partie intégrante des leçons qu’il leur apprenait.

battez-vous pour gagner, pour conquérir, pour protéger, mais surtout pour que personne n’ait faim…c’est par l’estomac qu’on perd toutes les guerres !

Les enfants comprenaient bien cette partie, et ils adoraient la tarte, un petit plaisir qui n’était pas au goût de leur ancien maitre d’arme, une brute épaisse et accessoirement capitaine de la garde du château, un individu morne et sans humour.

cancrelat, cloporte, sangsue, rebut inutile.

bonjour capitaine !

Leurs échanges se commençaient toujours par une bordée de jurons, et se terminait souvent par une insulte, le Halfelin restait pourtant persuadé que cet homme n’avait pas mauvais fond et finirait par l’accepter comme un égal ou un rival.

Cette journée n’y manqua pas, mais un détail passa inaperçu, le sourire en coin que lui adressa l’homme en s’éloignant de lui, suivi d’un groupe de garde venant directement à la rencontre du halfelin.

voleur ! Tu vas venir avec nous

quoi ?

Le coup qui suivi, porté par un garde avec le manche de sa hallebarde a son menton plongea directement le halfelin dans le confort douloureux de l’inconscience.

--

C’est de là que venait cette douleur au menton, mais la sieste qui s’en était suivi n’était pas à son goût…il n’avait jamais apprécié de dormir le ventre vide et sentait déjà qu’il avait perdu du poids, que ses joues s’étaient creusées et qu’il ne tarderait pas à s’effondrer sans quelque chose de goûteux à ingérer.

Le soleil du matin semblait s’être levé et avec lui, une dalle que le halfelin n’avait pas ressenti depuis longtemps, il prit le temps d’observer pour chercher une échappatoire, les lourds barreaux en fer ne lui laissaient pas le loisir de se faufiler, il s’approcha de la porte pour constater que celle-ci avait été fermée par une lourde chaine maintenue close par un énorme cadenas.

Le maitre d’arme qu’il était devenu depuis si longtemps attrapa la lourde pièce de métal, cet engin devait bien peser quatre ou cinq kilos, et nécessitait une de ces lourdes clefs sur ces trousseaux austères que portait le chambellan…

Think : quelqu’un ne veut vraiment pas que je sorte d’ici…


Perdu pour perdu, le halfelin commença à tenter de se faufiler entre les barreaux, passant d’abord un bras, l’épaule, une jambe…les choses commencèrent à passer, son ventre rebondit commençait enfin à épouser la forme des barreaux et lui laisserait sans doute la possibilité de se libérer…Dix minutes à forcer et à se tortiller ne l’amenèrent qu’à une conclusion, il était impossible de se faufiler…

Think : encore deux jours de privation et je passe…si je ne meure pas avant…de faim…

Coincé entre deux barreaux dans une énième tentative, il ne vit pas arriver le coup de botte qui le renvoya au fond de sa cellule, douloureusement.

vous voyez monseigneur, ce scélérat tente de s’échapper, c’est la preuve de sa culpabilité ! je vous avais bien dit que c’était tous des voleurs ces rats de demi-hommes !

Le capitaine ne mâchait jamais ses mots, mais il n’avait jamais été aussi fier de sa virulence, le baron qui était avec lui regardait le halfelin d’un regard désapprobateur.

nous vous avons accueilli, nourri, logé, nous vous avons fait confiance et vous nous avez dépossédé…il vous faudra rendre votre butin ou rendre gorge !

Le baron avait le sac du halfelin avec lui, son baluchon avec toutes ses possessions, ses souvenirs et les babioles accumulées dans sa vie…il le jeta dans le couloir comme on se débarrasse d’une ordure encombrante, avant de tourner les talons, suivi par un capitaine fier et goguenard…

¨¨

Les informations tournaient dans la tête du halfelin, depuis qu’il était arrivé, il avait eue en quelques rares occasions l’opportunité d’emprunter quelques menus choses…il en faisait la liste a la vitesse de l’éclair, mais c’était autant de choses de peu de valeur qu’il avait remis à leur place ou offert pour obtenir de menus avantages…

Il y avait ce tabouret, qu’il avait emprunté dans la salle d’honneur et qui lui servait de table basse dans la petite chambre qui lui avait été affecté…il y avait ce peigne de la baronne, un petit peigne en os très doux pour son cuir chevelu délicat…il y avait surtout cette clef de la remise, qu’il avait emprunté aux cuisines et jamais rendue, mais qui était nécessaire à sa survie en temps de disette, surtout la nuit, quand il avait faim…

Il allait mourir pour quelque pomme, deux ou trois jambons, des saucissons et une brouette de miches de pain…rien que d’y penser raviva en lui cette faim qui le tenaillait…

Il s’approcha de la porte, son sac était en vrac tout près, top loin pour l’atteindre, mais assez pour tenter quelque chose…il dégrafa sa ceinture pour améliorer son allonge et partir à la pêche…son cousin Darton lui avait enseigné dans son jeune temps…

A force de jeter sa ceinture, sans doute à la quinzième tentative, il réussit à ne pas faire tinter la boucle de son ceinturon sur les dalles mais à attraper son sac…tirant lentement il parvenait à attirer celui-ci jusqu’à lui, en le traînant laborieusement sur le sol inégal des geôles…sous l’œil inquisiteur du capitaine des gardes trop heureux de voir ce gêneur qui allait s’enfuir pour ne jamais avoir à rendre compte

¨¨

La nuit avait fini par tomber, le Halfelin avait pu récupérer ce qui lui était nécessaire pour sortir de ce guépier, son sac contenait son plus précieux trésor en ces temps difficiles, les outils qui lui permettraient de faire face à ce défi : deux rations de combat, une marmite, un couteau et quelques herbes aromatiques…

Face à l’inconnu, quel que soit le danger, il était armé pour survivre et installa de quoi cuisiner un petit ragout…sauter des repas et la menace de la mort n’avait que renforcer son appétit de vivre, et il ne dérogerait jamais à la devise familiale

ne saute jamais un repas, tu ne sais pas quand sera le prochain !

Devise peu martiale mais qui lui rappelait les jours heureux de son enfance, avant ses voyages et ses aventures…des pas dans le couloir le ramenèrent à la réalité, son ragout était près, même s’il n’était pas assez mijoté et qu’il lui manquait quelques condiments…il s’en servit une assiette et se mit a manger avec peine.

¨¨
voyez seigneur, il s’est…

Le capitaine s’était tu, médusé devant le spectacle, le baron explosa d’un rire sonore et profond, mécontent de son ragout, le halfelin avait utilisé les autres compétences que lui avait apprises son cousin Darton pour ouvrir le lourd cadenas avec les outils qu’il avait dans son sac…

Profitant de la nuit, il s’était faufilé jusqu’à la réserve, embarquant deux jambon, des patates et du petit bois, quelques pots d’herbes aromatiques et un tonnelet de bière, il avait bu et mangé tout son saoul, rapidement rejoint par les enfants du baron curieux de son manège…

Pour assurer leur confort, il n’avait pu se résoudre à les laisser venir dans une geôle miteuse et avait nettoyé les sols, remplacé la paillasse par autant de couvertures et d’oreillers qu’il avait pu trouver, et fait brûler un peu de cet encens que le prêtre utilisait dans ses offices pour assainir l’air…

C’est là que Grundhill les avait rejoint, intriguée par l’odeur de l’encens provenant des cachots, et qu’elle avait fini par s’endormir dans les bras d’un jeune héros aviné et peu avare pour conter ses exploits à la jeune femme…

Réveillé par les rires, la troupe était bien piteuse, prise la main dans le sac de si nombreux petits larcins, et le baron ne pouvait que constater les raisons qui avaient pu pousser le halfelin à s’approprier quelques menus breloques : le confort et le bien-être d’un petit individu peu expert à demander et incapable de malice ou de sournoiserie…

bien, l’affaire est close, seigneur brigand…

Le baron trouvait en ce petit bonhomme plus de bien que de mal, y compris dans ces larcins…

vous rendrez son peigne à ma femme, donnerez au chambellan cinq pièces d’or pour toute la nourriture que vous avez pu emprunter dans la réserve et nous serons quittes pour cette fois…

Puis se tournant vers son capitaine

quant à vous, nous avons à parler…

C’est ainsi que la vie repris son cours et que le jeune maitre d’arme acquis son blason, l’insigne reconnaissant son honneur sans faille digne des plus grands chevaliers du royaume, le cadenas et la tourte…
theodoric hohenjager, voie du vol, roublard
Profil: For 8 | End 8 | Hab 9 | Cha 9 | Int 9 | Ini 9 | Att 10 | Par 10 | Tir 8 | Foi - | Mag - | NA 1 | PV 41/65
Blessure légère : torse + jambe droite + bras droit (x2)
malus : 0
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Raël Khem
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Re: [Concours] Ranald est ma muse

Message par Raël Khem » 15 juin 2019, 12:04

Thème : Hafling / Voie du Marin / Malepierre


Je suis né sur un navire, dans un garde-manger. A vous autres humains la chose pourrait paraître étonnante mais mes parents, notamment Esma ma chère mère, voyaient là l’endroit idéal pour me faire venir au monde. La première chose que je vis à ma naissance fût donc un tonneau de poissons salés auxquels succédèrent bien vite le sourire de ma mère et de mon père, Gaston Tourtauvin. On m’offrit dans la foulée le sein de ma mère en tétine et des couvertures humides pour me garder au chaud. Je suis déjà gros et gras, faisant la fierté de mon ascendance qui réfléchit encore au nom à me donner. Les haflings sont des êtres peu pieux par nature mais un prêtre de Manaan présent sur le navire les convainc sans peine que ma naissance au milieu de l’océan est un signe envoyé par le dieu. C’est ainsi que dans un élan de piété mes parents m’ont nommé d’après leur repas de la veille, totalement lié à la mer : Merlan Tourtauvin. Un nom prémonitoire.
Mon destin était désormais tracé.


Je grandis dans le Moot, entouré d’une famille aimante, riche et travailleuse -pour des haflings- qui imaginait pour moi de grandes choses comme une carrière dans la cuisine ou la victoire au concours du plus gros navet. L’eau m’appelait pourtant. Quand on jouait à la rivière j’étais toujours le premier à plonger, quand il fallait monter sur des barques je construisais la mienne, plus grande et plus solide que celles de mes camarades. A l’agriculture je préférais la rocaille fluviale, à la chasse je préférais la pêche, aux alcools légers et festifs je préférais le vin clair.

Comme tous les jeunes haflings, cependant, j’avais un rêve : remporter la Coupe de la Tourte, organisée pendant la semaine de célébration envers Esmeralda. Le principe était des plus simples : présenter une tourte à un jury qui comparerait les œuvres des différents participants jusqu’à déterminer la meilleure. Autant dire que les premières années je me fis écraser, arrivant même parfois dans le bas du classement. Alors je retournais aux fourneaux et à quatorze ans j’eus l’idée qui allait me faire vainqueur : rajouter de la crème et des bigorneaux à ma tourte à la carpe et au vin rouget ! Par ce procédé aussi audacieux qu’ingénieux, et je reste modeste, j’étais sacré Maître de la tourte et adulé par tout le Moot. J’avais accomplis la quintessence de la vie hafling, ma carrière dans mon pays natal était terminée.

Je sentais l’appel de la mer, l’appel de Manaan. J’avais beau être peu croyant voire même clairement sceptique, comme nombre de mes coreligionnaires, je ne pouvais pas ignorer cette envie de grand large qui naissait en moi. Je pris la première barque pour Altdorf puis Marienburg, bien décidé à m’engager dans la marine.

Je vous passerai les détails de mon arrivée et de mes premiers emplois dans la marine. J’étais insolemment moqué : sachant lire et écrire, m’exprimant bien grâce aux onéreux précepteurs payés par mes parents jadis j’étais considéré comme « le nobliau ». Autant dire que sans aucune expérience de la mer et la réputation des haflings, j’étais souvent collé aux corvées de lavage de pont et aux cuisines où j’excellais par ailleurs, mes recettes mariant l’alcool et le poisson faisant des merveilles.
Je passais des mois, peut-être des années à pourri dans les cales des navires, ne montant les cordages que pour admirer la mer et me lamenter. Combien de fois ai-je pensé à renoncer ? A retourner auprès des miens, la tête basse et l’œil humide pour implorer le retour dans le Moot ? Mais ce n’était pas là un comportement digne de Merlan Tourtauvin ! Heureusement, grâce à Ranald, Manaan et Esmeralda, la chance allait me sourire en la personne d’un ogre : l’amiral Ancrenoire.

Ah ! Encore aujourd’hui, alors que je suis sur mes derniers voyages, je me souviens de lui avec respect et dévotion. C’était un type comme il n’y en a pas deux sur terre. Un mercenaire à la tête d’une véritable petite flottille, traquant (et dévorant) les pirates, louant ses services avec une jugeote dont on n’aurait pas cru un ogre capable. Il avait toujours un mot d’encouragement pour son équipage et entretenait avec ses hommes une relation paternelle. Chaque matin après son mouton du petit-déjeuner il venait me voir dans les cuisines en hurlant : « Merlan ! Qu’est-ce qu’on mange ? » et ne se fâchait jamais quelque soit la réponse. Il faut dire que mon talent pour cuisiner les poissons et les fruits de mer était réputé de l’Anguille à Copher.
Je dû lui plaire car deux voyages plus tard j’étais fièrement nommé comme son second. Il fallait me voir, arborant un tricorne et une cocarde chamarrée d’un rouge vif, aux couleurs de notre pavillon. J’avais enfin l’occasion de donner toute ma mesure en dirigeant les vaisseaux de bord et de capture de la flotte Ancrenoire ! Lâchez les bastingages ! Ouvrez la Sainte-Barbe ! Lavez le pont ! Je dirigeais ogres et humains avec une poigne aussi dure qu’une tourte oubliée au soleil. Ce poste ne dura que six mois mais ils furent sans doute les plus beaux de toute mon existence. Un jour, pourtant, Manaan se lassa de notre présence sur son royaume.

J’étais alors sur le trois-mâts carré qui servait de vaisseau-amiral et où les officiers, dont je faisais évidemment partie, s’étaient réunis pour discuter des prochaines destinations. Avec nous un Duc de Bretonnie, fervent marin qui nous avait engagés pour faire voyager en paix ses navires. Les palabres allaient bon train et je dois dire que le vin faisait un bon auxiliaire de diplomatie.Posée en plein océan, par faible vent et temps magnifique, la flotte stagnait paresseusement, accrochée à ses ancres. Ancrenoire dévorait un gigantesque narval dont il utilisait la corne comme cure-dent, belle ironie de la suite.

Car bien vite la vigie hurla à pleins poumons.


« Le noir ! L’ombre ! L’ombre noire ! », criait-il.

Nous l’avons cru fou, nous avons rapidement été détrompé. L’eau a soudainement changé de couleur, passant d’un bleu verdoyant à un noir opaque. La créature est sortir d’un bon, une corne gigantesque en avant, presque à la verticale. Le deux-mâts attaqué était à quelques coudées à peine de nous, juste à tribord. Il a été transpercé comme une feuille de parchemin par une lame. Le bateau s’est fendu en deux et les malheureux à bords ont bientôt rejoins l’estomac du monstre. La mer était rouge quand il est replongé, disparaissant totalement à notre vue. Imprudemment
je me suis approché du bord, animé de la curiosité maladive si commune chez ma race. Je n’ai eu le temps que de voir sa corne en ivoire, ou plutôt en une matière noire semblable à de la roche verdâtre. Le trois-mâts explosa sous l’impact contre un fruit trop mûr. Sans avoir eu le temps d’y penser je me suis retrouvé aplatit contre la voile, emmêlé dans les cordages du mât qui s’effondra rapidement, fendu à sa racine. Le choc fût terrible et je perdis presque connaissance. Je vis le duc bretonnien sauter à la mer avec quelque uns de ses hommes, je vis des corps, de nombreux corps, tomber presque à la verticale alors que le navire sombrait… Et surtout je vis Ancrenoire, bien debout, empoigner son sabre d’abordage à deux mains et se jeter vers la créature. Nul ne saurait décrire ce monstre. Nul ne saurait rendre intelligible cette constante et hideuse contradiction de toutes les lois divines et humaines. A sa simple vue les survivants hurlaient de terreur. Quand ils effleuraient son dos noir, sans doute fait de la même matière impie que sa corne. J’ai vu l’amiral se jeter dans sa gueule titanesque donc chaque dent était plus haute qu’un homme et plus large qu’un hafling ! J’ai observé un homme voir son corps être déformé alors qu’il n’avait fait que tomber sur l’abomination des eaux ! Cette bête était maudite ! Maudite !

A force de me débattre dans ma prison de lin les cordages ont cédés et j’ai chu droit dans l’eau. Par un miracle de Manaan la chose était, semble-t-il, plus attirée par la dévastation que par ma chair. Je flottais dans un tonneau de bois quand le seul navire dont l’équipage avait su garder son calme nous envoya un radeau. Ils auraient pu partir sans nous mais ne l’avaient pas fait. Ils étaient les braves des braves et puisse Manaan les accueillir à jamais en son royaume.
Je perdis mon pied, trop endommagé. La scie du médecin de bord fit cependant moins mal que la perte de mes compagnons et l’agonie mentale se lisant sur tous les visages. Je sais aujourd’hui que de tous je suis le seul à avoir repris la mer. Les autres en avaient simplement trop vu, trop fait. Certains sombrèrent dans l’alcoolisme et laissèrent la boisson leur accorder un repos qu’ils ne savaient se donner eux-mêmes, d’autres se firent prêcheurs errants, avertissant le peuple de la fin imminente du monde, mais la plupart se trouvèrent un lopin de terre en plein pays et n’en bougèrent plus jamais.

Pendant ce temps je rassemblais ma maigre fortune et me relançait dans le mercenariat corsaire. Un seul objectif m’habitait : détruire cette bête que les elfes nomment le Béhémoth.

Ma vie y a été consacrée. Chaque indice de sa présence, chaque rumeur, chaque courant suspect m’attirait. Je cherchais à exorciser mon esprit de cette corne de pierre noire et de ces yeux plein de haine. Aujourd’hui encore je rêve de ses crocs la nuit, je revois la mort d’Ancrenoire comme si j’y étais, je me réveille en sursaut et me jette sur le pont avec un fusil, persuadé d’avoir entendu son rugissement.
J’ai envoyé mes hommes dans des missions suicidaires, des objectifs impossibles, tout ça pour avoir une chance de revoir le Béhémoth. Peu m’importe leurs vies tant que cette chose meurt ! Le ventre plein ou le ventre vide j’irai aux confins de la terre pour planter ma lame dans sa chair et la dévorer entière, en retour de ce qu’elle a fait à l’amiral et à nos hommes !
Mais je les vois mes soldats, ils me disent fous ! Ils murmurent quand j’ai le dos tourné, ils tournent la tête quand je monte sur le pont. Mais qu’importe, je n’ai pas besoin de leur approbation ni de leur affection ! La table et le vin rouget me servent tout aussi bien qu’eux ! Je m’en gave à mon bon plaisir, comme le veut mon sang et ma race. J'en jeté deux à la mer pour exemple, ça a calmé les autres.



« Capitaine, on ne voit rien dans ce brouillard ! »

« Je m’en bats les tourtes, continuez tout droit, nous approchons ! »

J’y étais. Enfin, après tant d’années. Le renseignement le plus frais et le plus fiable m’avait été donné par un marchand croisé sur la route maritime de la Norca. La Bête a attaqué et détruit une patrouille bretonnienne. Elle est à moi désormais, elle ne peut plus m’échapper.
Une purée de pois terrible s’est emparée du plat océanique mais je m’en fiche. J’ai trois cents hommes et deux navires armés, mes bras ne tremblent pas malgré mon excitation. Et si elle m’avale puisse-t-elle s’étouffer avec mon tour de taille.
Une journée entière dans cette brume et enfin nous touchons au but. Elle nous a trouvé.
Je déborde de joie, je saisi un fusil et un sabre. Ma jambe de bois clopine alors que je fais des allers-retours sur mon navire.


« Tous sur le pont ! Chargez les canons ! Préparez-vous »

Oui je l’ai vue, cette ombre noire qui passe et qui disparait soudainement. Une larme de joie tombe de mon œil droit, le seul qu’il me reste, et que ma bouffe s’ouvre tant le bonheur me laisse béant. Elle est là, enfin ! Le Béhémoth ! La Bête ! MA Bête !
Mon navire est transpercé en une fraction de seconde. La corne de pierre noire jaillit à quelques mètres seulement de moi. Nous sommes empalés, C’est parfait ! La créature est dans son bond, à une dizaine de mètres et elle retombe lourdement, faisant exploser la proue du navire sous le choc et emportant des hommes. Mais moi j’avais prévu le coup ! Je me suis attaché avec une corde solide, je suis indemne !

Elle ne m’a pas vu, elle ne m’a pas reconnu, trop tard pour elle ! J’évite un canon en chute libre en sautant et en profite pour ajuster ma visée. Elle nous a lâché et tente de gober les marins chutés, me donnant une vue parfaite sur elle, fatale erreur ! Le coup de fusil part, droit dans son œil. Elle se remue, hurlante et furieuse. La seconde frégate a eu le temps de se remettre et ses canons tirent sans effet sur sa carcasse rocailleuse. Je n’ai plus le choix, il va falloir l’abattre au corps.

J’attends le moment propice et espère que mon ventre gras amortira le choc. Je me jette, balance mon fusil dans le vide et coupe la corde qui me retient de mon coutelas. La chute est longue et l’atterrissage douloureux mais j’y suis, sur cette pierre noire et dure qui lui sert de seconde peau. Un marin tombé lui aussi tend un tentacule vers moi alors que des yeux lui poussent sur le dos. Il me dégoute, je l’achève et tente de trouver des accroches. Mon ventre me fait une drôle d’impression mais c’est sans doute l’angoisse.
J’avance vite. Je suis encore agile comme le veut mon sang. Moi, Merlan Tourtauvin, je me dirige vers le second œil du Béhémoth !

Elle sent ma présence, ma détermination, elle se secoue mais je tiens bon ! Je plante mon sabre entre deux pierres et je m’y attache. L’acier de la lame tremble mais ne rompt pas, pas encore. Il finit par exploser mais j’avais anticipé : un vieil harpon rouillé me sert d’appui. Ils sont nombreux sur son dos, ils me serviront bien. J’entends mes marins qui hurlent. Elle est exaspérée, elle charge le second navire. Il est détruit, les débris volent dans tous les sens, je me baisse pour les éviter. Un morceau de bastingage lancé à pleine vitesse m’arrache ma seconde jambe. Je hurle mais je ne cède pas, pas si près du but.

A la seule force de mes bras, mon reste de lame entre les dents, j’arrive jusqu’à la tête.

Je prends mon sabre dans une main, je lâche mon appui dans l’autre.

Je tombe, je vais passer devant son second œil.

Il ne reste qu’un instant.

Je vois son œil. Au centre est posée cette pierre noire.

Je lance ma lame brisée en avant.
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Raël Khem, Maître-d'armes Scythien
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Re: [Concours] Ranald est ma muse

Message par Erestor » 17 juin 2019, 16:05

Nain du Chaos – Voie du Centaure-Taureau – Une marmite


Les ordres étaient clairs, il fallait les détruire. Tous. Il fallait les piétiner sous les lourds sabots d’airain, dévorer leurs cœurs arrachés dans leur poitrine encore battante. Leur simple présence en bordure des territoires des Uzkul-Dhrath-Zharr était un blasphème. Rykarth, nommé ainsi en l’honneur de L’Invincible, était impatient de charger. Il ne servait la Flamme Sacrée d'Hashut que depuis peu, 30 ans environ, et il allait enfin prendre part à un conflit plus important que la chasse aux maraudeurs ou aux orques qui tentaient des raids de temps en temps dans les Terres Sombres.

-------------------------------------------------- Gakorth, un seigneur guerrier, était arrivé quelques jours auparavant au pied de la monumentale ziggourat de Zharr-Naggrund. Il avait à sa charge la capture d’esclaves pour remplacer ceux qui mouraient par dizaines, tous les jours, sous les fouets de leurs cruels maîtres. Une de ses bandes d’esclavagistes avait rencontré une étrange caravane, bardée de métal, dirigée par leurs cousins du Vieux Monde. Il venait demander l’aide d’Hashut pour chasser et capturer ces envahisseurs. Les sorciers-prophètes avaient décidé d’envoyer l’élite de leurs forces pour éliminer cette menace. Ils avaient vu en cette occasion, un moyen de faire une colossale offrande au Père des Ténèbres.
--------------------------------------------------

Le voyage avait été rapide. Voyageant sur les routes pavées d’or et d’obsidienne, la force vengeresse avait rejoint les frontières en quelques jours. Rykarth et ses frères centaures-taureaux avaient reçu une mission particulière : récolter le sang des Dawi. À cet effet, on lui avait fourni une marmite, outil peu conventionnel pour un guerrier de sa trempe. C’était un objet de conception raffinée, une demi-sphère finement ciselée, décorée de runes sacrées, de pierreries et d’incrustation d’or et d’argent. Elle représentait le visage grimaçant du Père des Ténèbres, une paire de cornes torsadées et entremêlées servaient à la fois de poignées et de pieds. Elle était enchantée afin d’empêcher le sang recueilli de coaguler afin de pouvoir, de retour à Zharr-Naggrung, l’offrir à la flamme sacrée d’Hashut. Les maîtres forgerons racontaient que le sang grésillant sous le feu béni, mêlé aux aciers des armures, offrirait aux porteurs une invulnérabilité face aux vils Dawis.
Très rapidement, la force ennemie fut repérée. Le sorcier-prophète accompagnant les troupes concerta les officiers et l’assaut fut programmé pour la nuit à venir. Morrslieb serait pleine et renforcerait la puissance des serviteurs d’Hashut. Les guerriers prirent position et attendirent.

Le moment propice arriva peu avant minuit. La petite lune maléfique masquait sa grande sœur, illuminant la nuit de sa funeste lumière verte. Gakorth s’adressa aux troupes.

Piétinez-les sous vos bottes ferrées, sous vos sabots d’airain, massacrez-les ! Faites honneur au Père des Ténèbres !

Et l’armée chargea sur cette étrange caravane.
Il s’agissait de wagons d’acier, marqués de runes protégeant des bénédictions du Chaos et mus par la vapeur. Certains étaient reliés par des tunnels de cuir graissés et de nombreuses meurtrières garnissaient les flancs de ces véhicules surprenants. En réponse aux hurlements des Hobgobelins se ruant vers l’ennemi, un cor Nain retenti. Rapidement, les archères s’ouvrirent et les arquebuses naines balayèrent les esclaves chargeants. La fumée âcre de la poudre obscurcie la caravane et c’est à ce moment que Rykarth et ses semblables chargèrent. Tête baissée, il se rua sur le wagon le plus proche, avec l’intention de le renverser. Les balles et les carreaux égratignaient à peine sa musculature d’acier. De sa main droite, il brandissait une hache aussi grande qu’un nain et de la gauche, il agitait la marmite sacrée, tel un fléau. Il entendait les os des hobgobelins morts et agonisants se briser sous ses pas. Il sentait la vitesse le gagner. L’ivresse de la bataille l’avait envahi. Puis ce fut le choc. Le wagon chancela. Ses confrères percutèrent à leur tour le convoi Nain, et de nombreux véhicules se renversèrent.
Reprenant leurs esprits, les Centaures-Taureaux établirent une ligne de front à quelques pas des chariots, attendant les guerriers ennemis. Et la bataille commença réellement. Très vite, ce ne fut que chaos. Les armes des Dawis peinaient à percer les armures des Uzkul-Dhrath-Zharr. Et celles des Nains résistaient aux assauts de leurs Noirs cousins. Après des heures de combat intense, les corps jonçaient le champ de bataille. Rykart se trouva isolé de ses confrères, encerclé par moult Dawis. Afin de se défaire de cette gangue d’acier, il fit tournoyer la marmite au-dessus de sa tête, percutant ses assaillants. À ce moment, il vit la puissance d’Hashut. Lorsque la marmite percutait un ennemi, elle déchirait l’armure comme si celle-ci n’était faite que de papier. Puis le sang semblait aspiré par l’artefact sacré, remplissant l’air d’un nuage rougeâtre au fort goût métallique. L’odeur enivrait Rykart qui frappa de plus belle à l’aide du petit chaudron. Celui-ci se remplissait de la vie de ses adversaires. Et ceux-ci semblaient s’assécher et s’effondraient les uns après les autres, sans vie. Ses frères porteurs de marmite firent de même et après quelques minutes, la bataille était gagnée.

Cependant, les dieux peuvent se montrer cruels…

Pendant que les esclavagistes dépouillaient et réunissaient les blessés aptes à servir d’esclave, l’élite de l’armée, les puissants centaures taureaux, se repaissaient de la chair des mourants. L’air était empli de cris de douleur, de lamentation, une douce chanson aux oreilles de Rykarth. Alors qu’il se dirigeait vers un monticule de cadavres, il fut surpris par un Tueur à la crinière orange qui bondit, tel un diable de sa boite, sur Rykarth. Il fut prompt à empaler sur les cornes de la marmite ce guerrier suicidaire, mais ne sut pas éviter la hache runique qui lui trancha le haut du crâne. Sa dernière vision fut la hache, maniée par un nain s’asséchant pour la gloire d’Hashut.



……iracle ……………don… ère des Ténè………

Il n’était pas mort, il entendait des sons étouffés autour de lui. Il ne voyait rien, il ne ressentait aucune douleur non plus. Il sombra à nouveau dans l’inconscience.

…..esprits……. céré…onie

À nouveau, il reprit connaissance. Il était allongé sur une dalle de pierre, vraisemblablement au sein d’un temple. Plusieurs sorciers-prophètes s’affairaient autour de lui. Sa vision semblait teintée de rouge, comme si un épais brouillard l’empêchait de distinguer clairement les couleurs.

Parfait, tu as repris tes esprits. Mange et tiens-toi prêt. Nous opéreront ce soir. Lui dit un des mages. Les maîtres armuriers sont prêts.

Rykarth ne comprenait pas tout. Il était mort, que s’était-il passé ? Il posa la question à l’un des Dawi Zharr qui lui expliqua ce qui était arrivé.
Il avait été retrouvé gisant sur le champ de bataille, entouré de vrilles de sang émanant de la marmite. La magie d’Hastut avait maintenu le sommet de sa tête en position le temps que le sorcier-prophète accompagnant les troupes puisse stabiliser la blessure. À l’aide d’agrafes d’acier, il avait réparé le crâne et ressoudé les chairs. Mais seule la magie de la marmite le maintenant en vie. Elle puisait dans le sang des ennemis vaincus pour renforcer Rykarth et guérir ses plaies.
Ce soir, on soignerait définitivement sa vilaine blessure. Voilà pourquoi il devait être prêt. Comme chacun de ses semblables, il serait rendu plus fort par les soins que lui prodigueraient les sorciers-prophètes.

On le mena au centre de la ziggourat et il s’installa sur l’autel. Il s’agissait d’une lourde plaque d’acier sans aucune décoration. Autour de lui, le large hall était en effervescence. Affairés près d’une gigantesque forge, plusieurs artisans maintenaient du mercure bouillonnant dans un creuset. D’autres faisaient de même avec de l’or. À sa gauche étaient menottés plusieurs esclaves : un nain, un homme, un halfelin et un elfe. D’un minuscule trou d’épingle percé dans leur front s’écoulait un mince filet de sang, aspiré par la marmite. Accompagnants les gémissements des esclaves, ses compagnons d’armes frappaient le sol de leurs sabots à sa droite.
Les quatre grands sorciers-prophètes, en tenue de cérémonie entrèrent par la porte d’or, grande porte gravée menant à ce hall, situé au cœur de la pyramide. Ils prirent place autour de l’autel et la cérémonie commença. Tout d’abord, on ôta les agrafes du crâne de Rykarth. À l’aide d’un savent mélange d’or et de mercure, on enduisit les blessures. Personne ne pouvait expliquer quelle magie pouvait maintenir Rykarth en vie, mais cela permettait aux mages d’opérer sur cette blessure qui aurait dû le tuer. Une fois que les métaux eurent suffisamment refroidi, les blessures furent soudées. Rykarth n’avait pas bronché. Il avait certes serré les poings pendant les litanies des prêtres, mais il n’avait émis aucun son. Il s’attendait maintenant à recevoir une suture de fil d’acier pour terminer l’opération, mais le rituel ne se passa pas comme à l’accoutumée.

L’un des sorciers saisit la marmite et l’enfila sur la tête de Rykarth. Le sang contenu dans le calice sacré se mit à bouillonner au contact du métal, encore chaud qui s’amalgamait à sa chair pour refermer ses plaies. La mélopée des sorciers prophètes repris de plus belle. La marmite se mit à rougeoyer, comme chauffée au feu de la forge. Les maîtres artisans se joignirent aux incantations des prêtres et Rykarth senti la marmite s’écraser sur son visage. Un vacarme étourdissant emplissait ses oreilles comme si des milliers de marteaux invisibles donnaient une nouvelle forme au récipient. Rykarth ne put s’empêcher de retenir ses cris qui se mêlèrent à la cacophonie ambiante. Après un temps qui sembla durer une éternité, le bruit cessa et la vue revint petit à petit. Cependant, plusieurs images se superposaient, comme vues à travers les facettes d’un diamant. On lui présenta alors un miroir et il fut témoin du don prestigieux que le Père des Ténèbres lui avait octroyé. Il avait maintenant un visage d’acier décoré de runes sacrées, de pierreries et d’incrustation d’or et d’argent. Ses cornes étaient d’Airain, tordues et torsadées. La marmite avait fusionnée avec sa peau pour ne former qu’un masque d’acier. Deux rubis tenaient lieu d’yeux et les fils d’acier précieux qui couraient sur l’ancienne marmite dessinaient un rictus cruel sur le bas de son visage. Pour parfaire ce visage de fer, les chaînes qui, avant, formaient l’anse se mêlaient à sa barbe noire en un tressage élaboré.

Rykarth avait soif, très soif. Il se tourna sur sa gauche ou gisaient les esclaves sacrifiés. Le Dawi était encore debout, affaibli. Rykarth s’approcha d’un pas lent, piétinant les cadavres des autres prisonniers. D’un coup de corne, il empala le nain, brisant les chaînes qui le maintenait au sol. Telle une outre de vin aux mains d’un ivrogne, le nain se vida, son sang coulant le long des cornes et des incrustations d’argent jusqu’à illuminer les gemmes ornant le masque d’un rouge profond. Mais cette divine boisson ne l’avait pas rassasié.

D’un coup de tête, Rykarth se débarrassa du fardeau et s’adressa aux sorciers-prophètes :

Il est temps pour moi de faire honneur à Hashut pour ce merveilleux présent, laisser moi massacrer en son nom… Car je meurs de soif....
Wolvir Grierson, Voie du Répurgateur
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- Herr Grierson, votre présence rend vos concitoyens nerveux, remarqua le juge
- Ma présence ne devrait effrayer que les coupables , répondit Wolvir

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Re: [Concours] Ranald est ma muse

Message par Alicia » 19 juin 2019, 23:39

Elfe noir
Voie du noble cavalier
Une scie à bois


Comment avaient ils pu en arriver là ? Telle était la question que se posaient en effet moult hommes d'armes, tombés au champ d'honneur. La fine fleur de la chevalerie bretonnienne, fauchée dans son élan comme du blé, en un instant, sans effort.... Par quel maléfice ? Par quel caprice du destin ? Qu'avaient ils faits à la dame pour qu'elle les abandonne ainsi ? Voilà ce qu'il se posait comme question, en regardant son ami de toujours se vider de son sang, impuissant car ne pouvant l'amputer et le sauver...

Partis de Couronne, étendards levés, flottants au vent, ils s'en allaient porter le fer contre les inférieurs, cette race misérable seulement d'apparence humaine qui leur refusait ce qui revenait de droit à leur bon maître monseigneur le comte de la marche, Adalbert.

Tout scintillants qu'ils étaient dans leurs armures rutilantes, symboles de leur supériorité morale et raciale sur la sale piétaille de ce bas monde, fiers comme des paons, du haut de leurs montures magnifiquement lustrées avec soin, et coiffées, animaux d'origine divine, comme le prouvaient leur divin crottin d'or jaune, pas du tout lié au curry qui accompagnait le grain....

Oui !!! Ils étaient la fine fleur de la chevalerie bretonnienne, et ils allaient porter le feu et le fer contre les miséreux qui osaient essayer de teinter de sang et de crasse leurs glorieux atours ! Pour la dame !!!

Ainsi, sur la route qui menait à Marienburg, cité répugnante s'il en est, où la vraie noblesse avait été remplacée par l'or sale et d'illustres hommes par de gros porcs dont le seul mérite avait été d'entasser assez de fortunes pour s'acheter quelques titres minables.
Oui, ils étaient en route pour Marienburg, pour la sacro-sainte croisade contre le "Pays-Perdu" comme l'appelaient ces fourbes chiens du Reik, après que ces gueux aient osés porter la main contre leur maître et seigneur et père spirituel Albéric de Bordeleau. Et l'aient occis !
C'était un grand et brave homme. Il se souvenait encore de cet être exceptionnel qui l'avait libéré de l'affreux destin misérable qui l'attendait quand, enfant, il était mousse sur le bric de son patron, un horrible et cruel corsaire druccis. De la même race que lui, à ceci près que la culture impie de ces gens ne l'avait pas encore trop infecté, et qu'il était alors assez pur pour devenir serviteur puis page du capitaine qui avait capturé ce navire plus tard, le duc d'alors. Un bien brave homme qui l'adopta malgré sa nature ignoble. Il en avait encore les larmes à l’œil, même si sur le moment il ne l'avait pas vu exactement comme ça.... Il était son père, et son frère, et ils l'avaient tué dans les rues puantes de leur cité maudite, en parjures et gueux qu'ils étaient ! Ils allaient payer au centuple cet outrage, voir les murs de leur cité abattus, leur ville incendiée, leurs femmes violées, leurs enfants jetés sous les sabots de leurs montures et les hommes passés par les armes, car ils étaient les justes et s'en allaient en guerre.

500 chevaliers en armes et armures, tous cint d'eau bénite par les dames les plus nobles du royaume, chacun ayant à sa lance le ruban de sa bien aimée. 6000 sergents montés, armés et équipés correctement, tout autant d'écuyers à pieds, engoncés dans des armures de bon métal, et triple de pèlerins du graal, portant quelques reliques sur des palanquins, à la vue du ciel, 20 servantes de la protectrice de la Bretonnie.... Et quelques 10 000 gueux de toutes sortes, lanciers ou archers ou autres, qui pourraient éventuellement se rendre utiles dans la croisade.
Et en plus de ceci, une cinquantaine de lourds galions, de plus de 50 canons chacun, certains à 120, escortés de bricks et goélettes, qui iraient bombarder le port ennemi puis ses arsenaux et murailles. Oui. La réussite de cette armée était assurée. Tous, ces grands nobles, ne s'étaient jurés de ne s'arrêter qu'une fois baignés dans le sang de ces mécréants.

Et pourtant....

Et pourtant....

Et pourtant...

Ils étaient là. Le lâche roi Louen leur avait refusé son concourt. Puis sur la route de la cité, ils perdirent les chevaliers du graal sans explication aucune.

Puis ils firent rencontre plus tard. C'est là que tout était parti de travers. Étires en une colonne, ils progressaient vers l'objet de leur châtiment divin, encore à une journée de marche quand l'ennemi se montra. L'armée du mal leur faisait face, ces criminels sans honneur, tous à pieds, les gaussant au loin, au point même de les insulter en leur envoyant une ambassade.
Ils osaient tout. C'était à cela que l'on reconnaissait les serviteurs du chaos. Mais ils n'allaient tomber dans le piège. Il s'agissait certainement de sorciers leurs soufflaient les prêtresses de la dame, qui, une fois arrivés face à l'armée, lâcheraient des démons sur les justes de Bretonnie. Ces chiens de marienburgeois furent donc mis en pièce par les flèches de la piétaille, car ne méritant pas que l'on salisse ses armes de leur sang impie. Puis le combat commença.

Ce fut une affaire de violence. Animés par leur juste courroux, les cavaliers chargèrent l'ennemi, lances devant, de face, ne craignant nullement les misérables sagaies que l'on leur opposait. En effet. Seuls les faibles et les impurs pouvaient succomber à ces coups. La ligne de bataille alors engagée fut prise d'un léger flottement puis rapidement brisée... Et c'est là qu'apparurent les démons, donnant aux chevaliers un combat à leur juste mesure. Ces titans métalliques, crachant par leurs naseaux maléfiques des feux et fumées issues du tartare, chargeant en feulant, de leur voix infernales et caverneuses.... Dans la fièvre du combat, ils écrasèrent sous leurs pattes multiples les preux comme les vilains, peu importe le camp, et délivrant sur eux l'acier infernal sans distinction de leurs serviteurs ou des braves justes qui tinrent la ligne tout du long du haut de leurs courageuses montures. L'ardeur des pourfendeurs du mal n'était pas assez faible pour les condamner à souffrir de l'ignominie de la retraite ! Ils persévérèrent et, un à un, sous les coups des preux, du destin et des exorcismes des servantes de la dame, ils succombèrent, chaque fois dans un déluge de feu de chaire et de métal.

Achevant les survivants, exécutant les prisonniers , les preux chevaliers célébrèrent ensuite leur vaillante victoire bien acquise en buvant le sang des vaincus à même leurs crânes, et désacralisant leurs corps impies. C'est à ce moment là, au plus fort de la célébration, que leur est apparue la dame, la véritable dame, dont leurs actions lui avait plu et les béni alors de la victoire prochaine.

Une victoire hélas inatteignable car, dans le soir, ivres de sang et d'alcools, emplis de joie à l'idée du sac et des massacres à venir, extasiés devant les multiples chevaliers qui se combattaient en duels à mort pour acquérir les faveurs de leur sanglante déesse, ils furent surprise par l'ennemi. Le mal ne pouvant vaincre seul, il avait requis l'aide de renforts, provenant cette fois ci du soit disant "Saint Empire de Sigmar", qui n'était ni saint, ni un empire, pas plus que ce barbare des temps lointains qu'ils appelaient "l'unificateur" n'était un dieu. Ces adorateurs démoniaques du démon nommé "Sigmar", s'attaquèrent à la périphérie de leur campement, massacrant montures et veilleurs avant que l'on ne se rende compte de l'escarmouche et ne repousse au loin les tirailleurs, mais seulement après que les hennissements déchirants des montures aient alertés tout le monde, trahissant les actes d'une portée ignoble auxquels se livraient ces chiens d'infiltrés.

Se sachant alors découverts, ils reculèrent, puis le ciel s'embrasa. Des lumières apparurent soudainement, suivies par d'autres encore et encore, montant et descendant en désordre dans un bruit de tonnerre, explosant en vol ou au sol dans des panaches de feu et de fumée, s'abattant parmi les hommes et les montures, les jetant à terre, les dévorant de flammes, les rôtissant et les déchiquetant.

Et aussi soudainement qu'ils eurent l'enfer, cela s'arrêta. C'eut sembler une éternité, mais pas plus de dix minutes tout au plus.
Et ce fut au petit matin que ces démons se montrèrent finalement. Non pas en ligne unie, mais, crurent ils, en blocs séparés sur la plaine, comme les incapables de piétons qu'ils étaient.

Ivres de rage, et priant leur dame et maîtresse du sang, de leur accorder, non pas la force d'écraser ces pucerons, mais l'endurance pour leur montures, afin qu'elles cavalent assez longtemps pour poursuivre et abattre tous les fuyards, en échange de quoi ils battiraient à celle ci un autel de crânes en son honneur, ils chargèrent. Mais seulement après la piétaille qui eut l'impolitesse de mourir dans des fossés et, une fois au contact, mourir comme des gueux, c'est à dire écrasés sous les sabots des destriers de leurs nobles seigneurs dans leur fuite, ou bien de se faire tailler en pièce par les serviteurs du mal, ou empalés sur les lances des fiers chevaliers, car ne sachant pas s'écarter à temps lorsque ceux ci chargeaient dans leur dos. C'était néanmoins une punition tout à fait méritée. Il fallait punir ces crasseux piétons pour leur incompétence et leur trahison, afin de motiver les survivants à continuer d'autant plus le combat. La chose la plus élémentaire n'est ce pas ?

Puis, pendant que les gueux s'étripaient entre eux comme les manants qu'ils étaient, quelques sbires des fieffés impériaux tentèrent de prendre à partie les braves qu'ils étaient, non pas en les chargeant à travers la masses des carrés d'hallebardiers bien comme il faut dans les règles de l'art, mais en les escarmouchant comme les vils tirailleurs qu'ils étaient, tentant de moucharder ici et là les chevaliers, de leurs ridicules mains à feu, en tant que vulgaires caracoles qu'ils étaient.

Fit donc. Leurs pathétiques efforts ne rimaient à rien car les armures des preux qui étaient bénies et solides, arrêtèrent les balles même. Néanmoins, le bruit de ces tireurs était désagréables, au point de faire piaffer les chevaux, aussi, on envoya les sergents montés prendre en chasses ces vilains morveux, le menu fretin ne valant pas qu'on se fatigue à le pourfendre en course.

Non. Ils allaient montrer à la piétaille ce qu'était la chevalerie. La vraie. L'unique. Celle dont on chantait les louanges et es exploits guerriers, et non pas celle ci, vile et malhonnête, qui les parodiait dans "l'Empire".

Se retirant puis s'élançant au triple galop, , la horde bretonnienne, en fer de lance, fonça dans le mal qui en ce jour glorieux osait les confronter. Sur leur chemin, les justes pourfendirent, piétinèrent, entaillèrent et massacrèrent allègrement ce lâche ennemi, ces brigands de faible mesure, ces moins que rien....

C'est à partir de ce moment qu'ils étaient foutus, et ils ne le savaient pas encore.

Les carrés d'hallebardiers avaient semblé être en difficulté, sur le point de flancher, reculant toujours un peu plus.... Mais jamais à aucun moment n'avaient ils perdus de leur cohésion. Quelque soit le serviteur du démon qui avait eu à organiser et mettre en œuvre pareil plan dément et inconcevable pour l'esprit bretonnien, certainement conseillé par quelques sombres puissances, alors ce sombre personnage n'avait fait que jouer avec eux depuis le début.

Plusieurs trouées s'ouvrirent dans le dispositif ennemi, dans lesquelles s'engouffrèrent immédiatement, tête la première, quantité de braves preux.... Pour se faire hacher menu ! Arrivés à marche forcée, puis savamment positionnées, voilà que l'ennemi faisait cracher ses bouches à feu dans les couloirs aménagés par ses troupes. Et pas n'importe quelles bouches à feu, que nenni ! Des bouches à feu à répétition !!! Celles ci broyèrent de leurs mortels projectiles montures et armures avec une sauvagerie inouïe, emplissant l'air de poudre, de sang, de cris et de cet horrible bruit de plomb claquant sur les os...

Malgré leur bravoure, leur piété, leurs exploits passés, nul n'était protégé. Mavignon, de Lyrie, Triboulet, Francisque, Fleurouge, Armagnac.... Même les plus grands noms de leur temps passaient à l'abattoir, amputant non seulement tout le royaume d'illustres chevaliers, mais également les seigneurs et héritiers de puissantes lignées de Bretonnie. Un désastre militaire, certes, mais également une catastrophe politique pour la terre de Gilles le Breton, qui perdait alors ses élites.

Mais ça n'était pas fini, à leur grande horreur, car ce lâche de vaurien aux commandes des armées du mal fit battre le tambour, comme signal, faisant alors redoubler d'efforts la vermine d'hallebardiers qui osait répondre aux coups des chevaliers, en en tirant de nombreux à bas de leurs montures pour les mettre en pièces.
Pis encore, on se faisait charcuter par la reiksguard qui les avait chargés de dos, après avoir taillé en pièces les sergents lancés à la poursuite des pistoliers.

La terrible machine de guerre impériale se mettait en place. Et les servantes de la dame ne pouvaient en rien aider les chevaliers, elles mêmes prises à parti par les mages ennemis, ou abattues par quelques fourbes tireurs, engeance du chaos que des vengeurs pourfendront un jour pour les punir de leur atrocité.

A partir de ce moment, Jean le téméraire, de son vrai nom Borntaemola, n'avait plus les idées claires. Tout ce qu'il savait était qu'au petit soir, il s'était retrouvé sur la plage, entouré de cadavres, recouvert de sang, tant du sien que de celui d'ennemis.

Ils reconnu par ailleurs certains des tabards des morts. C'étaient ceux de la marine de Bordeleau. On voyait au loin l'horizon teinté d'ocre, et la mer illuminée de multiples braseros. C'était la flotte ducale qui gisait par le fond, sabordée, détruite ou capturée par les escadres du Nordland, du Reikland et de Marienburg.... Encore une sombre nouvelle. Désormais les côtes du Royaume allaient être librement razziées par tous....

Soudain, il perçu un gémissement derrière lui. Ce n'était pas un ennemi demandant une grâce - absolument impossible à accorder puisque le mal n'en méritant aucune - mais son vieux camarade, compagnon de moult aventures et batailles.... Quelle était donc la cause de cette manifestation ? S'approchant de lui, il vit alors avec effroi que la moitié de sa jambe était réduite en charpie, sanguinolent morceau de viande percé d'éclats métalliques de part et d'autre, et dont il manquait des monceaux de chaire à certains endroits, voir d'os. Et il le regardait, son œil virant au blanc, implorant silencieusement de l'aider....
Hélas, il n'était pas un chirurgien, pas même infirmier. C'était là la tâche d'un homme d'arme, ou d'une prêtresse. Mais il n'y avait que lui. Il lui devait au moins ça, après toutes ces années passées à ces côtés... Cherchant quelque chose pouvant faire l'affaire, il jeta au loin sa lame de Parravont, désormais inutile, tant sollicitée dans la journée et désormais ébréchée. Quand aux armes des défunts à ses pieds, elles ne convenaient pas à la tâche. Qui utiliserait un mortensen ou une lance pour amputer un camarade ? Alors certes, l'espèce de gros gourdin clouté s'avéra particulièrement utile pour achever la vermine qui empuantissait l'air avec ses cris à l'aide, ou faciliter le départ vers l'autre monde de camarades trop amochés pour avoir le moindre espoir de survie à long terme, et ce malgré leurs dénégations énergiques, trop effrayés qu'ils étaient pas l'idée de mourir et s'accrochant à l'illusion qu'ils pouvaient encore porter les armes.
Il ne prenait aucun plaisir à la tâche cependant..... Ou quoique si en fait. Carrément. Il adorait ça étrangement. Surtout quand il leur écrasait le visage à grand coups de barre, ou quand il les décapitait à coups de rondache au cous.... Mais c'était là pour mettre fin à leurs souffrances, et ramener leurs restes à leurs dames. Les crânes de préférence. Puis il se remémorerait ces braves sous leur meilleur jour, quand ils buvaient le sang de leurs ennemis dans leurs crânes, quand ils s'entretuaient joyeusement dans de sanglants duels... Et non quand ils lui demandaient pitié, empêtrés alors dans cette gadoue, mélange de sang, de merde et de boue sableuse. N'était il pas un chic type au fond ? Assurément. Et la dame, de là où elle était, devait apprécier ses actions désintéressées d'après la bataille au plus haut point. Surtout quand il avait coursé cet écuyer sur une centaine de mètres, pour mettre fin à ses souffrances présentes et futures. Comment en effet aurait il pu le laisser vivre dans la douleur, lui qui avait perdu deux doigts à sa main droite ? Survivre à cela eut été un calvaire pour l’impotent qu'il serait devenu. Il lui avait vraiment fait une fleur.

Mais il s'égayait. Il avait enfin trouvé quelque chose d'utile, répondant à ses attentes. Une scie à bois. C'était insolite, mais suffisant pour ce qu'il avait à faire. Revenant vers ce frère d'arme de toujours, il s'agenouilla à même le sol, aux côtés de celui ci, fixant sa blessure à la jambe, puis ses yeux d'un noir magnifique, qui le regardaient, lui demandant de le faire; et de faire ça vite et bien. Son souffle s'accélérait déjà, dans l'expectative d'une douleur qui n'allait manquer de venir et qu'il sentait déjà, sa pupille se dilatait.... Il était faible, blessé, avait peur et ne méritait pas d'être sauvé.... Mais c'était son compagnon d'armes depuis toujours, l'être qu'il aimait le plus au monde après son père spirituel et la Bretonnie... Aussi, prit il sur lui, et commença son œuvre, pour sauver cet être cher à qui il avait donné tant d'amour, inconditionnellement, depuis des années. Il était sa joie, son bonheur et sa raison de vivre. S'il avait pu, il l'aurait même épousé, si seulement la coutume n'était pas édictée par des être aussi étriqués que leurs mentors. Après tout, qu'y avait il de mal à en faire plus qu'une monture d'un soir à l'autre ? On leur faisait bien épouser des connes bêtes à manger du foin !

Pressant la scie, accélérant le mouvement pour en finir au plus vit, il fit ça aussi bien que possible. Le bris de l'os rongé par les dents, conjugé aux cris de douleur et de convulsion de son aimé de toujours, celui là même qui l'avait initié aux joies de ces amourettes rapides dans la paille des écuries, dont le timbre déchirait l'air, était un véritable calvaire à supporter.
Puis ce fut fait. La jambe tomba mollement dans ses mains. Un mince filon de sang coula au sol, aussitôt refermé par quelques frippes prises ici ou là sur les corps encore chauds des morts.

Mais il n'était pas tiré d'affaire. Il lui manquait du sang beaucoup de sang. Pour pallier à cela, il lui fallait lui en faire boire. Prenant son heaume d'une main, la scie dans l'autre, il tronçonna alors tous les corps à sa portée pour en tirer le plus possible de leur précieux nectar. Des rivières de rubis alimentèrent l'amputé, qui pu, peu à peu, s'éloigner des rivages de la mort. Et la déesse soit louée, un miracle se produisit ! Impressionnée par la dévotion qu'il avait pour sauver son aimé, la déesse lui fit signe qu'elle approuvait ses choix, que des ignares auraient pourtant décriés comme étant impies ou hérétiques, et une nouvelle jambe, de toute beauté, apparaissait là où l'ancienne avait été coupée. Une magnifique excroissance, aux reflets des couleurs sacrées de la divinité, apparaissait. Plus solide ,plus légère, plus meurtrière.....

Pour fêter cette divine surprise après a journée de carnage qu'avait été la bataille, le preux chevalier bretonnien et son désormais complet compagnon festoyèrent de son ancienne jambe coupée, puis se mirent à établir un autel à leur divinité nouvelle en entassant LES crânes amassés précédemment pour en faire un monticule arrosé de sang, ce liquide carmin si sacré.


Depuis ce jour, on dit que les landes entre la marche de Couronne et la province du Westerland reformé sont hantées par un chevalier rouge, sur un cheval muté, de toute beauté paraît il, armé d'une épée ébréchée et d'une scie, brillant d'une lueur ocre dans les ténèbres et hurlant quand proche d'une source de vie, emplissant alors l'air de ce son distinct, que celui du métal aiguisé raclant l'os.

Les blessés qui se promènent sur cette terre dit-on, attirent cet être qui les débarrassera alors prestement de leur membre blessé, s'enfuyant avec au loin dans la nuit noire dans quelque but mystérieux. Quand aux autres.... Il ne fait pas bon de croiser ce chevalier, s'ils ne sont pas blessés, car alors sa colère éclate, et celle ci ne cesse que lorsque e matin se lève, ou bien que les malheureux aient été justement châtiés, leur tête finissant par garnir un sinistre autel, quelque part dans les landes, gardé et protégé par des cohortes de corps décapités, mais bien vifs et sans pitié.....
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L’innocence ne prouve rien.

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Morwen Nidariel
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Re: [Concours] Ranald est ma muse

Message par Morwen Nidariel » 20 juin 2019, 09:38

Son nom était Gorakh'tul, et il était l'orque qui allait briser le monde.

Les chamanes des Frakass'dents ne s'étaient pourtant pas risqué au moindre oracle à son sujet, et ce dès même sa naissance. Ni à sa première bataille d'ailleurs, ni même après qu'il eût dompté à grands renforts de poings cagneux le vieux Groin Rouge, près d'un lac au pied des Montagnes Grises. Sa vie au sein de la tribu n'avait guère différé de celle de presque tous ceux de sa race : la bagarre, la contestation, la remise dans le rang avec quelques crocs en moins. Les combats avaient rythmé sa vie de peau-verte plus sûrement que le passage de l'hiver ou du printemps et il n'y avait rien dans son petit cerveau primitif qui eût pu lui donner le moindre repère quant à son âge. Il avait simplement vécu, d'une bonne vie de bastons, et c'était bien assez pour le contenter.

Mais il avait fait plus que ça. Plus que simplement tuer ses ennemis. Depuis qu'il avait fait main basse sur son trésor...

Il ne payait pas de mine en comparaison des butins de fer et d'acier si chers aux peaux-vertes ; ce n'était qu'un vieux chapeau cabossé, aux rebords larges et mangés par le temps ou les insectes, laborieusement enfoncé sur son crâne osseux aux rides marquées. Mais il y avait quelque chose dans le couvre-chef, une voix profonde et mauvaise qui lui avait noirci le cœur. Son cuir fatigué l'avait cajolé, enjôlé, charmé : il lui avait promis la grandeur dans la guerre, le sang des humains, des elfes et des nains dans l'air. Il lui avait promis ce qu'un orque n'était pas en mesure de refuser... la der' des der'. La grande flamme qui devait embraser le monde.

Et cette flamme, Gorakh'tul l'avait répandue avec générosité.

Il s'était élevé au sein de la tribu comme seuls les orques savent s'élever ! Il avait foulé des pieds ses rivaux puis ses chefs, puis ceux des autres. Il avait écrasé, monté sur le vieux Groin Rouge qui n'avait jamais si bien mérité son nom, chacun de ses congénères qui s'était prétendu plus gros et plus fort que lui - parfois d'ailleurs a raison. Mais il avait toujours vaincu, car le chapeau lui donnait toujours au moment crucial une puissance qu'il ne se rappelait désormais plus ne pas avoir possédée.
Il avait fait plier les Terres Arides dans le creux calleux de sa main. Les orques des montagnes du Vieux Monde avaient fini par entendre parler de lui, et ils s'étaient déchaînés du levant au couchant pour tenter de l'égaler. C'est ainsi que les royaumes de la civilisation avaient commencé par entendre parler de lui : il était la tempête lointaine dont on avait pressenti les bourrasques.

Et quelles bourrasques.

Elles avaient ravagé les pics et les galeries. Jamais autant de sang nain n'avait coulé depuis la guerre immémoriale qui les avait opposés au roi d'Ulthuan ; les seigneurs de la pierre, aussi lents à s'ébranler que le cours paresseux d'un fleuve, avaient mis bien du temps à s'unir. La décision fut prise lorsque le contact avec les forteresses les plus extérieures fut perdu et dès lors l'appel ancestral du Throng résonna dans toutes les veines de la terre, à coups de cors d'airain et de tambours en peau de bélier. Ils furent les premiers à s'armer contre Gorakh'tul, sans même vraiment le connaître.

Il se souvenait comme le chapeau sur sa tête distordue avait ri lorsqu'il avait mené sa grande horde beuglante dans les tunnels noirs et oubliés de tous, où bien des choses rampantes avaient détalé au son de leur marche assourdissante. Et comme la voix dans son esprit s'était esclaffée lorsque la légion bardée d'acier et de gromril lui avait fait barrage dans les profondeurs, bien loin des soucis des hommes et des elfes, seuls pour braver le danger mortel qu'il était devenu.
Et Gorakh'tul avait ri avec lui.

Nombreux étaient les Dawis à s'être sacrifiés pour permettre au reste de l'armée de s'enfuir. Seule l’exiguïté du lieu des combats, sorte de défilé caverneux où les corps s'étaient entassés tant et si bien qu'ils s'improvisèrent tranchées de chair rouge et de métal brisé, permit la retraite du Throng. Le grand roi des nains avaient compris que la survie du monde valait davantage qu'une mort honorable.
C'est ainsi que les campagnes de l'Empire se virent traversées par des compagnies entières de petits guerriers barbus et cuirassés convergeant vers la capitale, et l'exode humain s'amorça à leur suite. On ne restait pas là où même l'armée du Karaz Ankor battait en arrière.

Les comtes furent réunis, le Reiksmarshall rappelé de son repos. On écouta les seigneurs des montagnes au cénacle impérial et l'on cru prendre la mesure du désastre. Des missives furent dépêchées à Ulthuan, et que leurs hôtes en arme ne fassent que froncer des sourcils au lieu de se récrier vivement ne fit qu'alourdir encore l'atmosphère d'Altdorf. Des réfugiés arrivaient par milliers, pressés disaient-ils par des nuées entières de peaux-vertes rendus comme fous furieux par la fuite des citoyens de l'Empire.
On leur refusait le sang qu'ils étaient venus chercher. On rapporta, dans des témoignages écoutés avec suspicion, comment les orques frustrés en arrivaient à s'entre-tuer lorsqu'ils ne parvenaient pas à mettre la main sur leurs proies.

Les elfes répondirent à l'appel. Ils arrivèrent dans de longues nefs élancées aux voiles blanches et aux proues étincelantes, auréolés de la grâce froide qu'ils étreignaient avec tant de naturel. Leurs soldats débarquèrent plus au Nord et gagnèrent la grande cité en cohortes impeccables de lances effilées et de boucliers argentés, et nombreux étaient ceux qui emportaient les arcs marins aux cordes d'or de Lothern.

* Il était arrivé et il était furieux.

Fou furieux.

Il hurlait comme un damné tout en cognant, encore et encore, la tête de son lieutenant contre le rocher dépassant du sol au milieu des herbes jaunies par le début de l'été. Gorakh'tul avait marché, marché, et marché encore, marché beaucoup trop, sans se battre et sans tuer. Il hurlait, que c'était la faute du chapeau, qu'il l'avait trahi, dupé. Qu'il lui avait fait de fausses promesses.
Le chapeau ne disait rien, pour une fois. Il savait qu'on ne pouvait raisonner avec une bête sauvage : alors il attendit.

Quand le crâne du guerrier céda contre l'arête tranchante de la caillasse et que le chef de guerre continua de vociférer à pleins poumons il ne dit toujours rien. Il attendit.
Ce n'est que lorsqu'il se retrouva à quatre pattes, griffant la terre, les yeux écarquillés, le poitrail secoué par une respiration sifflante, que la voix lui annonça que tout faisait partie du plan. Qu'il avait été nécessaire d'effrayer les peaux roses, les petits barbus, les peaux pâles. Leur faire peur pour qu'ils se regroupent tous en un même lieu, cette ville aux remparts épais et hérissés de canons. Pour les détruire, tous ensemble, d'une seule grande bataille où il aurait brisé le monde.

La horde encerclait Altdorf à perte de vue. Ni la capitale ni les assiégeants n'avaient les moyens de tenir un siège au vu des vivres dont chacun disposait : le carnage était tout à la fois souhaitable et inéluctable. Le ciel s'était assombri de véritables nuages de charognards, qui avaient appris à suivre les bannières claquant au vent et dont les murailles se coiffaient sans discontinuer de bannières colorées aux tons impériaux, bretonniens, elfes et nains. L'air de l'après-midi n'était pas lourd que de saison, mais bien pesant de cette atmosphère où les uns se rendaient à peine compte d'à quel point ils étaient haïs des dieux, et où les autres retenaient difficilement leur envie primale de se jeter tête la première contre des portes de fer.

Il y eu bien des prières ce jour-là, et il n'y a pas grand-chose de plus désespéré qu'un guerrier qui réalise lentement qu'il va sûrement mourir. Les supplications qui s'élevèrent au-dessus de la capitale furent lourdes de détresse, et quelque part elles furent entendues...

Gorakh'tul se tenait au-devant de son peuple, improbable messie d'une espèce dégénérée avide de destruction. Il y avait des dizaines et des dizaines de milliers de gueules porcines et cassées dans la plaine ravagée du Reilkand, mais aucune n'était aussi démente que la sienne. Juché sur son énorme sanglier au pelage crasseux et couvert de vieux remugles, il semblait aussi fou que terrifiant. Énorme, sa peau apparente gonflée de veines palpitantes dures comme le verre, il soufflait et reniflait à la manière d'un taureau qui vient de tuer. Ses épaules et son faciès étaient sabrés de sang frais, et des pièces d'armures en mailles écrasées les unes contre les autres lui drapaient le torse et l'aine. Il avait enfoncé des pointes d'acier ressortant par le bas de sa mâchoire qui lui donnaient une apparence de barbe métallique, et dans sa grosse main levée au ciel il tenait un immonde kikoup' tout zébré de rouille et de restes humains.
Son cri de guerre couvrit la vacarme de la Waaaagh. Démultiplié par une force maléfique qui fit frissonner tous les sorciers cloîtrés de la cité, son hurlement sauvage éclata comme le tonnerre dans les cieux étroits des montagnes.

Et ils déferlèrent.

Les remparts tremblèrent tandis que les faubourgs, masures et barricades comprises, étaient renversés par la marée montante couleur d'herbes vivaces au son d'innombrables pieds nus et de sandales cloutées martelant la terre. Ils tremblèrent encore lorsque les peaux-vertes, saisis par la frénésie du nombre où ils s'excitaient les uns les autres, se jetèrent épaules en avant contre maçonnerie et bas-reliefs monumentaux en forme de crânes ceints de lauriers. Les canons tempêtèrent au-dessus de leurs têtes, ajoutant aux secousses, soulevant assez de pelletées de boue et de sang pour remblayer des collines entières. On fit pleuvoir flèches et carreaux, les balles, les javelots. Les orques qui succombaient par centaines meuglaient encore davantage de rage que de douleur, parce que leurs minuscules cerveaux saturaient d'étranges fluides et de la sensation inénarrable d'appartenir tous ensemble au Grand Vert.
De lourdes échelles aux extrémités pourvues de hameçons s'élevèrent en désordre et s'abattirent en claquant sur les créneaux, fracturant des moellons entiers de pierre. Les premiers à y monter furent précipités aux pieds de la ville dans de grandes clameurs où, le temps de s'abattre au sol, ils trouvaient encore la force et le plaisir de brailler un sempiternel : « WAAAAAAAAAGH ! » repris en chœur par leurs congénères.

Les larges chemins de ronde encombrés de combattants furent le théâtre de scènes de folie plus absurdes encore. Un arquebusier vit un orque se jeter contre son arme et enfourner le canon de sa grande gueule hérissée de crocs avant de la mordre sauvagement plusieurs fois d'affilée, la lui arrachant des mains alors même que le projectile venait de lui ouvrir un trouant dégoulinant sous la nuque. Une noble princesse asure fut jetée à terre et sauvagement déchiquetée par les grands coups que lui assénèrent à même le sol des brutes aux langues pendantes. Elle n'entendit pas, à quelques mètres à peine, le jeune nain qui hurlait en sentant les deux moitiés de son corps se séparer sous la morsure d'un kikoup' particulièrement imposant.

Et loin et haut dans son donjon, l'Empereur voyait ses armées se faire mettre en pièces.

Le sang se déversait des murs pour s'agglutiner dans les rues en contrebas. Des membres, des entrailles, de la bouillie humaine ou non qui s'envolait sous la force et la rage surnaturelle des orques comme possédés. À la plus grande porte de la ville, ses battants détruits et défoncés, une procession hystérique de cavaliers sur sangliers menés par Gorakh'tul enfonçait sans coup férir les rangs des impériaux. Le chef de guerre était pareil à une catastrophe ambulante : sa monture massive éventrait chevaux et hommes avec une égale indifférence, et à chaque revers de sa lame au tranchant ignoble il abreuvait de rouge les pavés lisses de l'avenue.

La victoire lui tendait les bras. La victoire sur tous et toutes : les peaux roses, les petits barbus et les peaux pâles... Il s'arrêta un instant, béat et fumant d'humeurs suintantes arrachées aux vaincus, un sourire distordu lui fendant la gueule. Ses petits yeux clignèrent tandis qu'il observait, d'un côté et de l'autre, le massacre ambiant. On l'entendait encore davantage qu'on le voyait, de cris de terreur, de pleurs de douleur, et pourtant le spectacle était déjà à lui en bouffer les yeux tant il était splendide.
Mais quelque chose le dérangeait soudain.

C'était le chapeau. Parce que le chapeau ne riait plus dans sa tête.

Il était comme tout à coup muet. Le souffle coupé, de cette respiration manquante avant l'extase. Mais l'extase était là, elle était l'instant présent : pourquoi le chapeau n'en riait pas ? Qu'attendait-il de plus ? Cette question s'imposa à l'orque avec une force telle qu'il se tendit subitement, tous les sens aux aguets.
Et alors il la vit.

La grande faille. La déchirure, qui lui hérissait désormais le poil. Elle était là, derrière les derniers régiments ennemis. Ondulante au-dessus de la rue, pleine de couleurs indéfinissables qui semblaient avoir un goût, une texture et une odeur. Elle s'ouvrait, comme l'épée ouvre la chair, dans le tissu même de l'air et du monde. Elle s'agrandissait, par à coups évoquant la chamade d'un cœur désordonné, à chacune des âmes violentées que le carnage arrachait aux vivants. Et elle lui révélait des choses bizarres, étranges, qui n'avaient pas leur place dans ce qu'il connaissait.

Une surtout. Une forme géante et cornue, difficile à comprendre tout à fait, mais qui débordait jusqu'à lui d'une brutalité lui excitant les sens. Il lui devinait de grandes ailes parcheminées noires comme les nuits d'hiver, une gueule bovine qui bouillonnait d'un écoulement perpétuel de sang. Il apercevait des cercles d'acier huileux qui s'entrechoquaient entre eux, percés à même son cuir velu couleur de bronze chaud. Du coin de l’œil il remarqua des sabots fourchus fendus en huit et il entendit claquer, quelque part dans une autre dimension, l'extrémité acérée d'un fouet qui voulait lui écorcher l'âme.
Cette forme venue d'un autre âge et d'un autre lieu, c'était lui qu'elle fixait. Elle ne fit que prononcer son nom, Gorakh'tul. Et c'était la voix du chapeau.

Il comprit tout en un éclair, ou presque - ou ce fut tout comme. On s'était joué de lui. On l'avait amené à faire la sale besogne, à faire la guerre pas pour la guerre, mais pour préparer l'arrivée de cette chose. Il sentait instinctivement jusqu'au fond de ses os que la chose en question était la guerre elle-même, sans vraiment l'être. Une guerre qui n'était pas de son monde.
Cette certitude trouva, profondément enfouie dans son être primitif de peau-verte, l'écho d'une très ancienne instruction. Même les plus sages des elfes l'ignoraient, mais au temps où le monde était jeune les Anciens avaient créés ou élevés les races : et les orques avaient une place dans leur grand Dessein. Ils étaient l'ultime verrou. Le tout dernier garde-fou, violent jusqu'à la bêtise, au point que si leurs serviteurs devaient faillir à repousser l'Ennemi alors eux s'en chargeraient.

Parce que les orques préféraient détruire le monde que de le voir corrompu. C'était dans leur nature.

Alors Gorakh'tul se redressa de toute sa hauteur en arrachant le chapeau de son crâne, qu'il déchiqueta en quelques claquements de mâchoires. Il fit cabrer le vieux Groin Rouge à la gueule ensanglantée et le long beuglement qu'il cracha au visage du dieu de la Ruine, à travers la faille, retentit au-dessus des combats comme un verre renvoie dans une pièce la vibration d'une pichenette. Il chargea droit devant, renversant les impériaux hébétés avec une rage renouvelée, et toute la horde se déversa des rues et des remparts à sa suite.
La marée verte piétina les corps et les ennemis, et l'on vit des orques qui auraient dû s'écrouler raides morts de leurs blessures courir parfois même à trois pattes derrière leurs semblables. Si l'on avait été capable de voir l'énergie du vert avec des yeux, Altdorf toute entière aurait rayonné comme un soleil.

Et la Waaagh s'engouffra dans la faille, à grands flots bouillonnants. L'on entendit encore leurs hurlements sauvages, déformés comme s'ils étaient sous l'eau, et le spectacle de leurs reflets s'agitant en tous sens au milieu de démons sanguinolents aux langues bifides et aux cornes noires devaient longtemps donner des cauchemars aux guerriers hébétés des environs.
Cela dura peut-être une minute, ou deux. Et dans un grand craquement de fin du monde la brèche dans le réel explosa en centaines de petits éclats, qui se dissipèrent comme la neige de printemps avant même de toucher le sol.

Son nom avait été Gorakh'tul, et il avait failli briser le monde. Mais sans que quiconque ne le comprenne vraiment, et lui moins que les autres, il venait de le sauver...
Morwen Nidariel, Voie du Danseur de Guerre
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* : Bottes du voyageur + Peinture de vivacité

Score d'esquive de base :
15 (Hab) + 2 (Tatouage de Loec) + 1 (Aspect du serpent) + 2 (Acrobatie de combat, Danse de Morrslieb) = 20

Compétences de combat :
Arme de prédilection (lance)
Bravade
Danse des ombres

Arme :
Lance à deux mains : Rapide (-2 Parade/Esquive), Longue (-2 Attaque), 25 + 1D8 dégâts, 10 Parade

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« Le jour où tout sera fini, où j'aurai payé toutes mes dettes et où j'aurai gagné leur confiance, je pourrai enfin rentrer... »

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Re: [Concours] Ranald est ma muse

Message par Galfric Lawmaker » 20 juin 2019, 20:17

Conditions tirées : Ogre / Voie de l'Aubergiste /Du miel
Ceci nous donna...

L'auberge au tabouret grassouillet !

Son nom était Fracass-Croûte, c'était un ogre mais pas n'importe quel ogre ! Il s'agissait d'un ogre aubergiste célèbre pour sa sauce au miel de Verdântre!
Image
voyez ici Fracass-Croûte, le plus aimé des ogres de l'Empire !

Fracass-Croûte était un ogre presque comme les autres. Il était grand, ventripotent et graillant. Ses parent l'avait nommé ainsi parce que ça rimait certainement avec "Casse-croûte" ce qui était un mot très important chez les ogres. Il avait la particularité d'avoir une peau avec un teint verdâtre que l'on pouvait aisément le confondre avec un orque si l'on ne faisait pas attention à plusieurs détails. Le premier était sa généreuse moustache bien fournie d'un brun sombre à vous rappeler la saveur fraîche d'une bonne bière brune de Nuln. Le second était ses rangées de grosses dents ressemblant toutes à des molaires avec toujours un large espace entre chacune afin de pouvoir récolter des restes de repas éventuels. Quand il souriait, on avait aussi peur que l'on était rassuré en voyant ce grand gaillard sourire de toutes ses dents en parfait état (ce qui n'est pas commun chez les ogres) ! Le troisième était le monocle qu'il se trimballait en permanence quelque soit les circonstance

Il était l'heureux propriétaire d'une des plus prestigieuse auberge de l'Empire: "au tabouret grassouillet". Ce bâtiment était situé à l'est du Wissenland, plus précisément près de Steinberg. La bâtisse avait belle allure. Il s'agissait d'une énorme bicoque, dont la façade ressemble à celle de n'importe quelle autre auberge classique, à l'exemption de quelques détails. On pouvait trouver autour du bâtiment 4 grande roue de moulin à eau disposée chacune dans un des quatre coins rectangulaire de l'enseigne comme s'il s'agissait de roues avec lesquelles l'auberge pouvait rouler de la même manière qu'une cariole. On y apercevait également divers lampions de couleurs bleus, rouges et oranges disposés de manière chaotique accrochés sur des banderoles tricolore des mêmes couleurs.
Alors certes, la décoration de la façade extérieur laissait à désirer et pourtant c'est bien ce qui fait le charme de l'éminent "Tabouret Grassouillet". Car oui, une fois à l'intérieur, on était dans un autre monde. Tout était si grand et si bien aménagé ! Le mobilier était conçu pour accueillir n'importe quelle clientèle quelque soit sa taille. De grandes tables basses pour les halflings et nain, du mobilier "standard" pour les tailles standards et bien entendu le gros et grand mobilier pour les tailles "lourdes" qui était conçu avec un blindage en acier afin de convenir à l'ossature lourde de certains clients (en l'occurence des ogres). Le parquet, les tables, les couverts en argents, les murs, le plafond, les poutres et même les bavettes pour les nains étaient si propres que l'on pouvait voir son propre reflet dedans (nous vous assurons que cela est possible avec les bavettes) ! Ce qui est totalement incongru venant d'une auberge tenue par un ogre ! Les chambres sont réparties sur deux étages, avec au premier les suites "aménagées" pour les clients exigeants et les clients dont le mobilier standard des humains a du mal à résister ; tandis qu'au second étage on y trouvais des chambres certes moins ostentatoires mais tout aussi confortable. Chaque chambre avait trois fenêtres aux volets blancs et bleus donnant ainsi une vue splendide sur le fleuve et sur la ville qui dès l'aube rayonne avec le même scintillement que celui de Ghal Maraz, le marteau de Sigmar, quand il est lustré ! On y trouvait des lits doubles avec des draps blancs, à la naperie élégante à rendre toute les grands-mères jalouses. Elles étaient en blancs, avec des carreaux de couleurs mauves et jaunes. Le plancher lui, était en bois de frêne et en bois de chêne, donnant ainsi des planches blanches et brunes bien poncées. Il n'y avait que peu de choses à redire !

Mais côté cuisine, que trouve-t-on ?
Ah mesdames et messieurs, si vous saviez ! La première chose à savoir est que le menu n'est jamais le même, il change en permanence. Si les ogres ont une préférence pour la quantité, notre chef Fracass lui parvient à combiner quantité et qualité, afin de convenir à l'appétit d'un ogre mais aussi de satisfaire le fin pallet d'un elfe. Chaque ingrédient doit d'abord passer LE test du chef. Dans ce test de passation culinaire, l'éminent chef Fracass-Croûte savoureux ingère l'aliment afin que son palet alimenté par son instinct d'ogre (c'est à dire son appétit) va tester non seulement le goût mais également l'apport nutritif car chaque plat conçu dans cette cuisine doit avoir un dosage précis de calories nutritives. Chacun de ses nouveaux traiteurs craignent et redoutent ce moment, car il scelle bien souvent la destiné du nouvel ingrédient ainsi que la carrière du traiteur. Si l'ingrédient ne convient pas aux dents et au goût du chef Fracass, il répond par un grandiloquent:


PAS BON ! A L'GOÛT D'UN CUL D'ORQUE PAS TORCHÉ !

D'ailleurs le chef, d'où peut bien provenir son succès ?
Quand on jette un oeil (très) discret aux cuisines, on peut voir que l'ogre ne plaisante pas avec l'hygiène comme dit plus haut. Il se lave constamment ses mains et ça sent bon le romarin. Tout est propre, pas une pincette de gras ne reste sur les casseroles et autres instruments culinaires. Ce qui donne autant de saveurs et d'authenticité aux plats de Fracass-Croûte le savoureux, c'est sa technique ultime de cuisine. Ce dernier ne fait point usage de la gastromancie, cette fameuse magie ogre centrée sur la nourriture et les bons repas. Loin de là, notre grand et gros chef a une technique bien à lui connue de très peu de gens. On se demande souvent comment le poivre peut avoir ce goût moins fort alors qu'il enduit les steaks ? C'est parce qu'il provient de la moustache de Fracass pardi ! Il saupoudre les plats en grattant discrètement d'un geste de maître sa moustache dans laquelle il a subtilement mélangé le sel avec le poivre. Ses pores et ses capillaires (ainsi que sa transpiration) rajoutent des propriétés totalement unique aux simples ingrédients ! Avec les feuilles de thym, il rajoutent un poil de ses oreilles. Parfois, pour redonner au saumon une saveur plus fraîche lors de la cuisson, il prend un torchon pour récupérer sa précieuse et succulente sueur, ne gâchant rien il en fait une sauce marinière en la versant sur le poisson. Ses rognures d'ongles jaunies par le dur travail et le soin apporté à ces derniers l'aident à faire mieux croustiller ses frites de céleris au four. L'ogre aubergiste faisant preuve d'une hygiène sacrée que les sigmarites jalouseraient il argumente en défendant sa méthode qui peut faire jaser la gazette de Middenheim par sa propre réthorique culinaire:

ÇA RAJOUTE DU GOÛT ET AFFERMIT LES ALIMENTS !

Mais ce qui fait toute la renommée du grand et gros chef Fracass-Croûte n'est autre que sa mystérieuse sauce au "Miel de Verdântre". On ignore de quoi il s'agit réellement. Est-ce du miel produit par lui même ? Est-ce le nom d'un ingrédient secret dont il en a la seule existence ? On n'en sait que trop peu au désespoir des halflings. Tout ce que l'on sait, c'est qu'il en met dans tout ses plats sans exception (bières incluses).

Mais quelle est l'histoire de l'auberge au Tabouret Grassouillet ?
Longue histoire !
Il s'agissait au départ d'une auberge piteuse, miteuse et misérable. Le tenancier à moitié fou la vendait pour une bouchée de pain mais personne n'osait entreprendre vu comment le coin avait prit mauvaise réputation (malandrins, bêtes dans les bois...). Les voyageurs préféraient passer leur chemin et ignorer totalement cette auberge isolée.
Un jour, on vit un ogre intéressé par l'enseigne. Il prétendait avoir besoin d'un gîte, d'un toit voire d'un foyer. Il argumentait qu'il en avait assez de la vie brutale avec les autres ogres ce qui était schématiquement (en tenant compte des habitudes des ogres, de leur instinct, leur nature et leurs traditions) était inconcevable ! Pourtant il était là. Il aurait développé un goût pour la "fine" cuisine en bonne quantité le jour où il eut l'idée de mettre une feuille de salsa pareille sur son steak de bison. Les autres ogres le raillait pour son zèle à vouloir manger mieux plutôt que de boulotter tout ce qui est comestible sans avoir à se soucier de l'origine ni la préparation.
Il eut donc cette auberge. Au départ, il chassait ses repas dans la forêt. La première il n'eut que de maigres repas à base de douzaines de lièvres. Puis ensuite les badauds furent surpris de le voir revenir avec un cerf, puis un ours, puis contre toute attente une tête de minotaure ! Et au fur et à mesure qu'il chassait pour préparer des plats, les paysans des alentours devinrent de plus en plus curieux sur cet ogre et lui demandèrent ce qu'il fabriquait avant qu'il ne leur réponde avec un morceau de cervelle de minotaure entre les dents:


JE M'ENTRAÎNE POUR MON ART CULINAIRE

disait-il en prenant une pose théâtrale. Les paysans du coin ne gagnaient pas très bien leur vie et avec l'ogre qui partait chasser, les chasseurs tombèrent à cours de vivres. C'est alors qu'un beau jour, un vieux paysan demanda à l'ogre s'il pouvait "goûter" l'un des plats qu'il se préparait seul assit sur un tabouret qui avait trop souffert de l'ossature lourde de l'ogre.
Bien entendu, il est inutile de préciser que les ogres, dans leur nature, ne sont pas prêteurs surtout quand il était question de nourriture.
Mais ce vieux croûton ne fut pas le seul à demander. L'ogre ayant développé un semblant de conscience ou de civilité en vivant à proximité des humains sans demander paiement pour avoir massacrer quelque chose, accepta un beau jour.
Et par les 7 sacrements ! Les paysans n'avaient jamais rien mangé d'aussi bon !
Ils lui expliquèrent que ça serait une excellente idée de réouvrir l'auberge, que les paysans étaient même prêt à aider l'ogre s'il les invitait à sa table régulièrement.
L'ogre accepta donc la proposition, voyant ainsi un meilleur moyen de s'intégrer dans la société, à la condition qu'il gère lui même l'auberge et la cuisine et que personne n'avait le droit d'aller voir ce qu'il faisait.
Ainsi, en l'honneur du tabouret sur lequel l'ogre concocta ses tous premiers plats et qui se brisa au 32 jours après son arrivé dans le coin, l'auberge se nommera au "Tabouret Grassouillet".

Mais revenons-en au fameux et mystérieux "Miel de Verdântre"...
Cet ingrédient secrets faisait l'objet de convoitise... L'ogre avait déjà eu affaire à de l'espionnage culinaire ! Il avait même attrapé une grosse sourie qui parlait une fois dans la cuisine ! Ne sachant qu'en faire il en avait fait un ragoût qui aurait donné des orgasmes à des slaaneshis durant des jours rien qu'en y pensant.

Mais le seul à être parvenu à s'approcher de la vérité ne fut autre que le malheureux larron Larrontius Unglücklich. L'auberge du "Tabouret Grassouillet" connaissait un succès sans précédent. On y mangeait comme des rois pour des prix permettant même à un pécore de manger à sa faim. Nul ne savait si l'ogre gagnait beaucoup, mais cela l'en importait peu. Fracass-Croûte avait développer un trait de caractère unique pour un ogre. Car s'il aimait manger de bons plats, il aimait encore plus de pouvoir les partager et de voir des visages sourire et des orbites oculaires devenir blanc à cause de l'orgasme culinaire. C'était sa façon d'être altruiste et de rendre service au monde d'une façon ou d'une autre.
Quoiqu'il en soit, ses revenus personnels à lui n'étaient pas très élevés, tant qu'il pouvait continuer à bien s'approvisionner cela lui suffisait.
Mais voilà que le malotru de larron Larrontius Unglücklich c'était mit en tête de cambrioler l'auberge, voire de voler la fameuse recette du "Miel de Verdântre". Une nuit en fin de Sigmarzeit, il s'était introduit dans l'auberge. L'ogre était en train de ranger et de passer le balai et la serpière. Il observait depuis l'Ombre. Il était conscient du fait que l'ogre n'avait pas une vue ni une ouïe particulièrement développée, toutefois son odorat était digne d'un limier. C'est pourquoi il s'était enduit de graisse de porc et de viande séchée afin de ne pas perturber l'arôme parfumant la cuisine. L'ogre chantonnait et nettoyai la salle à manger de bon coeur, totalement inconscient du fait qu'un intrus était chez lui. Au préalable, il avait profité du fait que l'ogre était distrait pour vérifier la caisse ou les endroits où l'ogre stockait son pécule. Malheureusement, il n'y avait pas grand-chose et le larron dû s'empêcher de pester au nom de Ranald. Il décida alors de voler ce que l'ogre pouvait avoir de plus cher: la recette secrète du miel de "Vertdântre". Il parvint à s'infiltrer dans la cuisine en ayant renversé une casserole. Il se cacha alors dans une des poubelles (étonnamment propre) de la cuisine. Une heure plus tard, l'ogre entra dans la cuisine en marmonnant (enfin en parlant à voix haute, car il s'agissait d'un ogre tout de même):


FAUT QU'JE PRÉPARE MON MIEL MAINTENANT.

Ça y est, c'était le moment ! Le moment qu'aucun être du Vieux Monde n'a pu assister et jamais auquel il n'assistera ! Le chef Fracass-Croûte allait faire son miel ! Une occasion unique ! Larrontius dû se retenir de trembler d'excitation. Il releva doucement le couvercle de la poubelle et put avoir un excellent aperçu de l'Ogre qui semblait prendre un flacon...
Qu'est-ce que ça pouvait bien être ? Un sirop ? Des cachets de dragibus ? Une sauce au poivre sans poivre ? Il était en train de percer l'un des mystère du Vieux-Monde, il n'arrivait plus à croire ce qu'il voyait. Toutefois, en se focalisant sur l'inscription du flacon il put lire "sirop contre le rhume, attention très fort !".
Impensable ! Le fameux miel de Verdântre était à base de sirop pour le rhume ?
Non, l'ogre n'avait pas fini...
L'ogre attrapa une plume...
Une plume d'oiseux, de phoenix ? C'était donc ça l'ingrédient unique ?!
Non il y avait plus encore...
Que faisait-t-il ? Il écrasait la plume ? La reniflait ?
Loin de là...
L'ogre semblait continuer à marmonner seul


TOUJOURS DIFFICILE DE SE FAIRE ÉTERNUER APRÈS LONGUE JOURNÉE DE BOULOT. HEUREUSEMENT QUE JE SUIS ALLERGIQUE AUX PLUMES D'OIES !

Il cherchait à se faire éternuer mais pourquoi donc ? Larrontius ne comprenait pas...
Tout à coup, l'ogre se chatouilla alors le nez pendant plusieurs instants. Il tentait de forcer son allergie à se manifester. Au départ il riait bêtement à cause des démangeaisons hilarantes qu'ils s'infligeait. Puis, il avait le nez bouché. Pendant de longue minute il luttait de toute ses forces pour ne pas renifler et faire descendre le précieux liquide dans son oesophage. "Mais pourquoi donc ? Mais pourquoi donc ?" s'impatientait Larrontius obnubilé par l'excitation.

Soudain, sans prévenir, un grondement eut lieu. L'auberge semblait avoir tremblé. Aurait-il invoqué des puissances impies ? Serait-ce de la magie ?
Loin de là ! Le rhume forcé de l'ogre était si fort et son nez était si bouché qu'un puissant jet de morve et de crottes de nez sortèrent. Giclant le plan de travail blanc devant lequel il se tenait. Il récolta délicatement l'ignoble mixture à vous en faire rêver un nurglite avec un grand sourire.


VOILÀ J'AI FINI LE MIEL !

Il vomit.
Dégoûté par l'implacable vérité il ne pouvait se retenir...
Il comprit alors au même moment pourquoi cela s'appelait le "Miel de Verdântre".
Vert parce que l'Ogre l'était.
Et Antre car il s'agissait de la caverneuse cavité nasale de l'ogre !
Larrontius venait de griller sa position.
Surprit l'ogre demanda :


ON EST FERMÉ

Larrontius pensait que c'était la fin. Il voyait déjà l'ogre en train de lui arracher la langue pour ne pas qu'il communique ce secret. Il se voyait finir comme un pantin désarticulé auquel on s'était amusé à mettre les jambes à la place des bras afin de pouvoir dire qu'il était revenu les pieds devant. Il s'écroula à terre, emplit de désespoir. Toutefois, complètement imperméable et inconscient au fait que son ultime recette secrète, celle du "Miel de Verdântre" venait d'être découverte, l'ogre lança à Larrontius qui louait silencieusement tout le panthéon de l'Empire en balbutiant le nom de chaque Dieu:

ON EST FERMÉ. FAUT PAS RENVERSER DU VOMI PARTOUT !

Gentil comme tout, l'ogre voulut raccompagner Larrontius dehors. Toutefois, l'homme n'avait plus la force de se relever et l'ogre dû l'attraper par l'oreille. Une fois à l'entrée de l'auberge l'ogre lui dit alors :

SI VOUS VOULEZ J'AI ENCORE DES RESTES À VOUS DONNER

Mais il fut à nouveau surprit en constatant qu'il s'adressait à une oreille arrachée. Il revint sur ses pas pour retrouver le corps convulsé de Larrontius, terrorisé et tétanisé par la vérité.

FAUT PAS RESTER ICI, VIENS DEHORS

L'ogre tenta de trainer Larrontius à la sortie en le prenant par le bras, mais il oublia qu'il avait affaire à un humain et non avec un sac à patate. Il regarda le pauvre client perdu (à ses yeux) dont le bras cassé manquait de s'arracher. Il l'attrapa donc par le buste et le raccompagna à la sortie. Il l'aida à se relever sur ses jambes brisées puis, avant de violemment fermer la porte d'entrée (il voulait le faire doucement), il lança en souriant:

BONNE NUIT ET REVENEZ VITE !

Reprenant ses esprits, Larrontius couru.
Il couru vers la milice et supplia qu'on le mette en prison s'il délivrait un témoignage unique. Les gardes acceptèrent, après tout le larron était un criminel reconnu et recherché alors si le bandit se rendait tout seul...
Toutefois nul ne le crut, le prenant pour un dément.
C'est ainsi que s'acheva la carrière de Larrontius Unglücklich et que continua la légende de l'auberge au "Tabouret Grassouillet", son chef Fracass-Croûte et bien entendu le mystère du "Miel de Verdântre"...

Merci à vous d'avoir lu jusqu'au bout ! J'ai pris beaucoup de plaisir à faire ce post d'évent, j'espère que vous aurez un peu souris en lisant le post ! Bonne chance aux autres participants !
Galfric Lawmaker, Mercenaire (chasseur de prime)
Profil: For 8 | End 8 | Hab 9 | Cha 8 | Int 9 | Ini 8 | Att 8 | Par 9 | Tir 9 | NA 1 | PV 65/65
Lien Fiche personnage: wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_galfric_lawmaker
Tiens ? On l'entend au loin...
Je ne suis pas un héros, juste un vagabond souriant voulant apporter son aide.
Ce sera quoi pour vous aujourd'hui ?

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La chanson d'un étranger au grand coeur
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Quoi ? Si je connais Heinrich aus den Hutten ? Nan j'le connais, ce n'est pas moi et c'est certainement un bouffon ! C'est pas moi je vous rassure !

Verrouillé

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