[Reinard Faul] Sous quarantaine

Nuln est la seconde ville de l’Empire et du Reikland. Nuln centralise tout le commerce du sud, c’est là que convergent les voyageurs du Wissenland, du Stirland, d’Averland et des régions plus à l’est. Nuln est le siège de l’Ecole Impériale d’Artillerie, où les canons sont fondus et où les artilleurs apprennent la balistique. Ils y étudient les nombreux problèmes pratiques liés au déplacement et à la mise en œuvre des pièces d’artillerie. Grâce à leurs efforts, l’Empire bénéficie d’un vaste et efficace corps d’artillerie, de loin supérieur à tous ceux des pays frontaliers.

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Armand de Lyrie
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[Reinard Faul] Sous quarantaine

Message par Armand de Lyrie » 16 avr. 2019, 17:04

Le capitaine Vitale Candiano était tout à la pointe du bateau, perché sur la proue, au lieu d’être caché dans le château de poupe comme il est normalement habituel pour un commandant de galère. Renversé par une mer houleuse et chahuté, son nez envahi du sel fin et de la putréfaction qui avait infecté la totalité de l’équipage, il se tenait le plus solidement possible sur un morceau de rambarde, son corps dégoulinant d’une eau gelée et battu par une pluie qui lui avait ruiné son magnifique costume de vêtements de fourrure et de velours.
D’un œil inquiet, il regardait sa chiourme qui, sous les roulements de tambours, les coups de fouet et les hurlements d’un ergastulaire tentait de maintenir la cohérence et la discipline au milieu de ce qui restait encore d’équipage. Les bancs des rameurs étaient remplis d’hommes au regard hagard, la peau salie par des nécroses et des ulcères en tout genre, leurs yeux entourés de cernes qui étaient dues tant à l’épuisement généralisé qu’à l’infection qui les traversait.
En tournant sa tête, pour regarder de son œil inquiet l’horizon – il n’en avait qu’un, lui qui était borgne depuis une passe d’armes avec des pirates arabéens – il découvrit alors avec horreur que ce n’était pas seulement la maladie de son équipage, ou la mer orageuse qui risquaient de l’engloutir et de le tuer sous les flots : Il pouvait reconnaître, à l’horizon, là où les nuages se confondaient avec les vagues, la trace distincte d’un galion Bretonnien.

« Ô Manann », se mettait-il alors à prier à toute vitesse, « Maître des Océans, gardien des profondeurs, roi des vagues et des mers, protège-moi et mon vaisseau, guide-moi car je suis ton fidèle !
– Passe-vogue ! » hurlait le maître des galériens, pour provoquer un battement de tambours plus rapide et forcer la chiourme à se battre contre les éléments déchirés, en donnant le peu de forces qu’il leur restait encore.

Vitale avait peur. Lui qui pensait avoir banni ce sentiment, lui qui était connu à Remas pour son courage et sa hargne belliqueuse, il sentait cette sensation d’épouvante lui assaillir les entrailles, lui tordre l’estomac jusqu’à sentir l’envie de vomir. Devant les maonas arabéennes, il sortait son sabre et se jetait à l’abordage. Mais aujourd’hui, couvert de furoncles, les jambes tremblantes, fiévreux, il sentait que la fin était proche, et il refusait obstinément de l’accepter.

« Ô Manann », répétait-il alors que la figure du gigantesque navire Bretonnien se faisait de plus en plus volumineuse à l’horizon, « je t’ai toujours servi fidèlement ! Je t’ai toujours donné mes richesses et mes butins ! Je t’ai toujours prié, et je te prierai encore, aide-moi en ce jour, aide-moi ! »

Que lui avait-il prit de venir jusqu’ici ? Pourquoi avait-il accepté la quête maudite de cette sorcière ? Vitale Candiano n’était pas un homme bon, n’ayez pas pitié de lui, malgré la vision de ce pauvre matelot perdu et apeuré devant les éléments. C’était un rapace, une brute, un petit dur déjà dans l’enfance où il n’hésitait pas à pousser et gifler les autres enfants de la noblesse. Courageux, ça, il l’était indéniablement ; Pieux, il l’était, comme n’importe qui dans une ville Tiléenne. Mais lorsqu’une magnifique femme sulfureuse lui avait promit monts et merveilles, fortune et abondance, pouvoir et respect au milieu d’un duché Bretonnien maudit et perdu, il n’a pas hésité à casser sa tirelire et appeler sa clientèle de patrice pour mettre sur pied trois galères, un équipage, et se rendre dans le Mousillon à la recherche d’artefacts qu’il faudrait trouver dans des caveaux familiaux et des chapelles du Graal profanées.
On s’était bien joué de lui. Venu avec 3 vaisseaux et un peu moins de cinq cent matelots, servants et nobliauds en tout genre, il ne repartait qu’avec une galère et à peine une centaine de rescapés, tous malades au point de vomir une bile noire, des cancers leur poussant à vue d’œil sous leur peau. La sorcière avait trouvé comme dernière phrase bien ironique pour conclure son aventure : « Le trésor que tu cherchais était en toi depuis le début… ». En omettant bien sûr de dire que le trésor étaient les multiples infections et les pustules immondes qui se répandaient partout sur lui.

Mais les armées du duc de Bordeleaux n’avaient aucune intention de le laisser repartir avec les miasmes qui envahissaient son navire. Alertés par la Turris Vigilans des prêtres de Verena, qui avaient allumé une tour à feu grandiose, les navires de Bretonnie se préparaient à barrer la route à la maigre galère. Plus rien, à part un Dieu, pouvait encore sauver Candiano.

« Ô Manann ! » répétait-il encore, désemparé. « Je te donnerai tout, toute ma fortune, tous mes navires ; Je ferai amende honorable, je deviendrai humble, je quitterai mon luxe pour me dédier à la Mer et à ton service ; Je me couvrirai de haillons, j’embarquerai sur une péniche, je deviendrai un humble pêcheur de morues qui te dédie chaque instant de sa vie, mais pitié, sauve-moi, sauve mon navire que je brûlerai, sauve mon équipage ! »

Le tambour battait toujours aussi fort. Les fouets claquaient. Et maintenant, le gigantesque galion Bretonnien était parfaitement visible : Les Bretonniens étaient réputés pour être les meilleurs marins du Vieux Monde. Là où leurs armées chevaleresques refusaient d’utiliser la poudre à canon et les innovations modernes, préférant la guerre honorable et pieuse, la marine Bretonienne était marquée par le pragmatisme et le progressisme. Ce n’était pas une bicoque pourrie qui leur faisait face. C’était un navire avec une coque de quarante pieds, qui arrachait les vagues avec un frégatage qui permettait le tir de 250 archers longs sur le château, chacun des flancs renforcés du navire possédant 49 couleuvrines qui réduiraient en échardes la petite galère élancée des arsenaux de Remas.
Battre en retraite, ça serait mourir dans le Mousillon. Rester sur place, ça serait mourir emporté sous les eaux. Alors, Vitale, enragé et fou furieux, envoya son équipage maladif charger à toute vitesse le galion. Ils arrivèrent avec une telle vitesse que bientôt, ils pourraient lire la gravure en lettrines dorées désignant le nom du navire Bretonien : L’Éperon de Roland. Vitale pouvait parfaitement distinguer les armoiries du duc de Bordeleaux cousues sur les drapeaux et les fanions du vaisseaux. Son navire à lui, Il Dolce Delfino, avait servi dans de nombreuses campagnes, mais il paraissait aujourd’hui bien moins sublime que la galère qui avait emporté la décision lors du combat du Golfe Noir.

Le navire Tiléen chargea à toute vitesse. Ce n’était pas chose aisée : Conçue pour les mers intérieures, la galère était rapide, mais face à un océan agité, elle ne cessait de tanguer, de bâbord à tribord. Au contraire, le galion pesant qui s’opposait à eux tournait lentement, de manière à afficher son flanc aux Tiléens. Il pouvait paraître suicidaire pour n’importe quel navire de présenter ainsi une telle faiblesse face à un éperon ouvragé issu des fonderies de Miragliano, sur-mesure pour crever des vaisseaux ennemis. Mais c’était pour exploiter sa taille et son artillerie : Alors que la grosse tâche Bretonienne était maintenant un cafard géant, les officiers de l’équipage qui se tenaient sur la proue pouvaient distinctement observer les bouches des couleuvrines.

« Jetez-vous à terre ! » hurla l’enseigne de vaisseau. Une succession de détonations terrifiantes retentirent, et alors, des boulets se mirent à pleuvoir. La plupart s’échouaient dans l’eau, mais la vergue du mât éclata et s’écrasa sur les bancs du navire. Un autre éclata une bonne partie des rames de tribord. Les matelots maladifs hurlèrent de peur et s’écrasèrent à terre. La voile se déchira et à présent, ce n’était non plus les galériens, ni le vent qui les portaient, mais uniquement la mer qui les faisaient dévier et ne les laissait plus être perpendiculaires au galion adverse, qui déjà rechargeait.
« Au combat ! Au combat, maintenant ! » Cria de toutes ses forces l’enseigne assis sur ses fesses, donnant ainsi le signe à un jeune noble de seize ans pour qu’il sorte un sifflet dans lequel il soufflait de toutes ses forces.

Tremblants, fiévreux, affaiblis, des rameurs malades bondirent de leurs bancs, en saisissant leurs arbalètes. L’un d’eux vomit. Un autre s’écroulait raide mort. Ils se jetèrent sur le franc-bord élargit pour permettre la navigation en haute-mer, se pressèrent sur la proue, et, alors que le galion était à portée de tir, ils ouvrirent le feu de leurs arbalètes alignées pour tenter de tuer les matelots en face.
Bondissant sur le frégatage, une centaine d’archers longs Bretonnien répondirent à leurs tirs. Bien plus hauts, ayant une vue parfaite sur les rangs de rameurs, ils eurent à tirer comme à l’entraînement, et avec une cadence de tir bien plus élevée que les puissantes arbalètes adverses. Tandis que les matelots Tiléens posèrent leurs armes à terre afin de pouvoir recharger, une grêle de fer se déversait sur eux, et on entendait les plaintes angoissées et les cris de ceux qui, touchés, roulaient à terre, ou retombaient dans la fosse des galériens.
Vitale n’avait plus envie d’implorer le Dieu de la mer. Désormais, il fermait son poing, et rageait contre les vagues.

« Ô Manann ! Puterelle ingrate ! Sodomite vénérien ! J’ai traversé tous les océans pour toi ! Je suis allé jusqu’en Lustrie pour toi ! Je t’ai donné mon fils cadet, englouti sous les eaux ! Comment oses-tu m’abandonner maintenant ! Donne-moi tout ce que tu as ! J’exige que tu me sauves ! »

La maigre galère fracassa le galion Bretonnien. Une force suffisante pour faire trembler le vaisseau, mais certainement pas pour l’endommager suffisamment pour le faire tomber. Les couleuvrines, à présent à bout portant, rechargèrent, s’alignèrent, et se préparèrent à tirer, tandis que sur le pont adverse, une masse d’hommes d’armes, accompagnés de quelques chevaliers au pied marin, se pressèrent. L’enseigne hurla des ordres, les matelots pestiférés se levèrent et sortirent de longs couteaux et des fauchons, et se préparèrent à se tuer dans une charge suicidaire pour tenter de s’en sortir.

Ses matelots n’arrêtaient pas de tomber raide morts. Son vaisseau s’échouait en morceaux. La peur de sa mort prochaine le submergea. Alors, Vitale se jeta sur le ventre, couvrit ses oreilles, et, dans un élan de colère et de peur terrifiante, il conjura le sort :

« Ô Nurgle ! Père tout-puissant ! Je te donne ma vie, mon navire, et mes hommes ! Je te confie mon âme ! Je te donne tout ce que tu souhaites !
Sauve-moi de la mort ! Je te donne mon âme ! »

Et alors, l’un des coffres du château de poupe, débordant d’artefacts profanés subtilisés, se mit à dégouliner d’une mélasse immonde et verte…
***
Reinhard Faul se relevait de son mauvais rêve. Il sentait encore l’air marin dans ses naseaux et une douleur saline dans sa gorge, comme s’il avait bu la tasse. Au-dessus de lui, Mistigri, un chat noir borgne et obèse, s’était placé sur ses genoux pour s’y reposer, et à présent il ronronnait comme une vilaine bête en mettant des poils sur les haillons du cultiste de Nurgle.

Mémé Gâteuse faisait la sieste. Se fut le réveil soudain et agité de Faul qui lui fit enfin ouvrir les yeux en bougonnant. La vieille peau ridée et nauséabonde l’observa. Elle était censée guider Faul durant sa divination, mais visiblement elle s’était déconcentrée.

« Bon bon bon », fit-elle en caquetant avec ses dents manquantes. « T’as su des trucs sur c’te rafiot ?
Nan me dis pas tout d’suite. J’ai soif amène-moi un verre d’eau. Et ensuite tu me couperas les ongles des pieds. »
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Reinhard Faul
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Re: Sous quarantaine

Message par Reinhard Faul » 16 avr. 2019, 18:32

Ce n'est pas le réveil le plus agréable de ma vie. J'ai la bouche pâteuse et l'impression d'avoir le cerveau dans du coton. Je n'ai jamais vu la mer « en vrai », ça ne m'a pas donné envie d'y faire un tour. Je cligne stupidement des yeux pour focaliser mon regard sur quelque chose de moins flou.

Je suis dans un vieux fauteuil tellement défoncé que j'ai quasiment le visage au niveau des genoux. J'ai l'insigne honneur d'être accueilli dans la vaste maison de Mémé Gâteuse, adresse au quartier des Taudis. Rien que l'odeur vaut le détour. Elle a quasiment une présence physique, poisseuse, gluante, chaude, qui colle à la peau et qui tapisse l'intérieur des narines. Les chats prennent une bonne place dans cet opéra olfactif – bien sûr -, mais sans éclipser l'odeur de vieille dame. Un mélange d'urine, de vieille eau de Cologne et de replis de peau mal lavés. Il y a aussi les différentes tonalités de moisi, allant de celui des vêtements mal séchés aux rideaux qui ont pris l'humidité jusqu'à celle très spécifique de fleurs ayant pourri dans leur vase.
Mais je voudrais ajouter une mention spéciale à la cuisine. Mémé Gâteuse laisse traîner de grandes marmites remplies de substances visiblement non comestibles. J'adore soulever les couvercles. Une fois je suis tombé sur une carcasse de lapin en train de se décomposer dans son bain de graisse figé. Et puis bien sûr il y a une bassine pleine de flotte et de vaisselle sale qui a développé sa propre flore – principalement fongique. Comment faire un bon nid à merde sans un peu d'eau stagnante ?

Je me mets à gratouiller la nuque du chat, il enfonce aussitôt ses griffes dans ma cuisse. Je n'ose pas le pousser ; Mémé a de très vilaines colères quand on est méchant avec ses animaux. En me voyant réveiller elle commence par m'ordonner des choses. Il faut que je me lève. Je décolle avec précaution chaque griffe de la sale bête avant de la poser au sol.

Apporter un verre c'est assez couillon : il y a un système de récupération d'eau de pluie sur le coté de la maison. Suffit juste d'enlever les feuilles et le cafard mort qui flotte dedans. Les ongles de pied c'est une autre histoire. Mémé Gâteuse a une corne dure comme de l'acier, jaune, ça vole comme une flèche dès qu'on coupe. Je me suis pris un éclat dans la gorge la dernière fois, et j'ai passé un sale moment, je te garantie. Je pars chercher le coupe-ongle en grimaçant.

C'est un tel bordel là dedans ! On dirait que des bandits sont venus faire la fête dans la maison d'une vieille dame, et qu'elle en est morte. On sent qu'il y a tous les éléments qu'il faudrait pour une honnête grand mère – les vases, les tricots, les cadres aux murs...-, mais que quelque chose s'est très mal passé ensuite. Comme les vestiges d'une normalité ancienne. Je pousse du pied un drap roulé en boule et plein d'urine de chat, pour accéder jusqu'à une commode branlante. Le coupe-ongle traînait près d'un sous vêtement masculin. Je ramasse l'objet maudit.

Mémé Gâteuse a déjà commodément enlevé ses pantoufles, pour tendre fièrement devant elle deux panards crochus. Je me mets à genou devant elle pour commencer ma tâche, en essayant de ne pas mettre mon visage dans la trajectoire.

"C'était un bateau tiléen qui revenait du Moussillon."

Je mobilise les souvenirs de mon « rêve ». En fait j'ai carrément une absence. La bouche entrouverte, les bras ballants, en bavant un peu. Mémé, qui n'est pas très patiente par ailleurs, est bizarrement compréhensive quand j'ai mes petits moments de folie. En échange j'essaye de ne pas passer plusieurs jours à hurler et à gémir en me roulant par terre. Je n'ai strictement aucun contrôle là dessus, mais j'essaye quand même.

"Il était plein de cadeaux de Grand Père, dans les gens et dans les coffres. L'a coulé. C'est les bretonniens qui l'ont fait. Ça s'est passé très loin d'ici. Je... je comprends pas très bien où ça va cette histoire..."
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Armand de Lyrie
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Re: Sous quarantaine

Message par Armand de Lyrie » 16 avr. 2019, 23:09

Mémé Gâteuse agitait ses orteils, et chantonnait pendant qu’elle lui retirait ses ongles jaunes et trop durs : elle avait l’air visiblement ravie.
« Lalalalala ! La demoiselle au beau chapeau...
Tu es un bon garçon, petit canard ! Autrement plus gentil que mon ancien assistant ! Bon petit ! »

Elle tendait alors sa main pour caresser Uriel, un autre de ses chats, celui-là un petit roux malingre et squelettique, qui frottait sa moustache aux doigts de Mémé. Reinhard put découvrir, avec un certain délice, que le bras de Mémé était affreusement blanc, ridé, et que les doigts de sa main étaient complètement nécrosés, couverts de grosses tâches noirs et d’ongles cassés qui partaient dans des sécrétions de pus. Une prêtresse de Shallya serait horrifiée devant une telle abomination, mais à vrai dire, sans l’aide de Papy, il était sûr que le bras provoquerait la mort de Mémé Gâteuse immédiatement.

« Tu sais ce qu’est une quarantaine, petit canard ? C’est quand un navire entre en ville, mais qu’on le suspecte d’avoir une maladie à bord ; Pour qu’il ne le propage pas à toute la ville, alors, on le met à part sous surveillance dans un endroit, et on attend de voir comment l’équipage se porte pendant quarante jours – d’où le nom, quarantaine !
Des navires en quarantaine il y en a souvent, et la plupart du temps, l’équipage n’a qu’une petite grippe qui se résorbe. Récemment, un navire qui vient de très très loin a été placé en quarantaine sur l’île de l’Aver, pour être surveillé et protégé...
Masse-moi les pieds mon petit canard s’il te plaît. »

Elle fit des bruits bizarres lorsque Faul s’exécuta. Elle avait les mollets couverts d’escarres profondes, et de petites ulcérations variées.

« L’un de mes petits pioupious travaille à la prévôté des marchands… Il passe tout son temps à signer des manifestes et à regarder des entrées et des sorties… Et tout récemment, il y a une caraque de Bretonnie qui est arrivée et qui a été placée en quarantaine, et qu’elle s’appelle l’Éperon de Roland. Tu m’diras, on s’en fout, mais l’un des collègues de mon pioupiou a dit que c’était pas possible que la caraque soit ce navire à la con, parce que, selon lui, il avait déjà vu l’Éperon de Roland de ses propres yeux, que c’était un galion de guerre gigantesque baptisé en l’honneur d’un Duc Bretonnien qu’est mort – comme tu l’sais très bien même les grands messires finissent par bouffer les pissenlits par la racine – et pas une petite caraque de commerce.
Donc, il y a un problème manifeste, dans le manifeste. Héhé… J’aimerais que t’aille rencontrer ce pioupiou. Il s’appelle Bernhard et il travaille sur les docks, près des taudis. Tu risques de pas trop l’aimer de prime à bord parce qu’il est tout propre sur lui, mais les apparences sont trompeuses », ajouta-t-elle d’un petit clin d’œil.
« J’veux qu’tu trouves c’est quoi le problème avec ce bateau. Si c’est bien un rapport avec ce que t’as vu dans ton rêve, alors, ça pourrait bien dire que Papy nous a envoyé un petit cadeau à bord du navire… Il faudra que tu trouves de quoi il s’agit. Que le trésor soit dans les coffres, ou dans l’équipage... »
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Re: Sous quarantaine

Message par Reinhard Faul » 17 avr. 2019, 19:56

C'est assez rare qu'on m'appelle « petit canard », probablement parce que j'ai la quarantaine bien tassée. J'ai néanmoins porté des surnoms bien plus désagréables, et il faudrait y aller fort pour écorner ce qu'il peut me rester d'amour-propre. En plus de ça, je ne tiens pas à la contrarier autant que son ancien « assistant ». Elle pue la magie. Son corps est tellement couvert de cadeaux... c'est si beau.... enfin bref, je préfère me méfier, vieille dame ou pas. Plus jeune je l'aurais sans doute poussée par terre pour essayer de lui voler des trucs, et je m'en serais mordu les doigts. Maintenant... mes priorités sont autres, on va dire.

Cette histoire de massage de pied m'embête un peu plus. Je ne sais pas comment on fait. Je me mets à malaxer sans conviction la zone, Mémé a l'air contente. Elle poursuit son histoire. Je ne me concentre plus trop sur ce que je fais pour écouter.

Deux bateaux différents qui ont le même nom... rien qu'aux mots « éperon de Roland » j'entends encore les hurlements et le craquement du bois lors de l'impact. Les lettres étaient si près, toutes dorées... pourtant je ne sais pas lire. Ce genre d'incohérence me donne mal au crâne. Et qu'est ce que j'y connais en bateaux ? Ma seule expérience en navigation a consisté à croiser des marins dans les maisons closes. Je ne sais même pas spécialement bien nager.

Mais l'important, c'est les cadeaux de Grand Père. En quarantaine... c'est une si vilaine habitude d'isoler les malades. Je rêve souvent des créations de Papy. Il a un grand chaudron, que j'ai du mal à regarder en face, comme le soleil. Il s'y passe beaucoup de chose. Des fois Papy touille dedans et j'ai envie de mourir tellement c'est beau. Ça me fait mal d'imaginer une si mignonne maladie mourir toute seule sur un bateau plein de cadavres tout secs. Elles ont besoin d'un endroit chaud et vivant pour se nourrir. Je vais trouver comment.

En pensant à tout ça, j'ai involontairement serré les poings autour de la cheville de Mémé. J'ai du sang et du pus plein les doigts. Je résiste à l'envie de lécher. Mémé pourrait mal le prendre. Elle m'a mis une claque une fois parce que j'ai joué avec le cadavre d'un de ses chats. J'ose plus faire grand chose depuis. J'essuie mes mains sur mes cuisses.

- Désolé.

J'imagine que c'est le signal pour dire qu'il est temps que j'y aille. Il n'y a plus rien à faire ici. J'ai peur de décevoir Grand Père. Il pourrait croire que je ne pense pas assez à lui, ou que je ne suis pas assez intelligent pour le servir. Il me le dirait très gentiment, comme à son habitude, avant de me transformer en incubateur géant pour une maladie mortelle. Et ma contribution à sa grande œuvre aura été minime, indigne de Lui.

- Je sais pas encore trop comment je vais faire, je suis vraiment le plus mauvais voleur du monde. Mais je vais trouver. Du coup... je peux aller voir Bernhard ? Il traîne où ?
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Re: Sous quarantaine

Message par Armand de Lyrie » 17 avr. 2019, 21:02

« Tu n’es pas obligé de voler tout seul, mon tout petit canard ! » Assura Mémé Gâteuse avec un gigantesque sourire très doux, mais qui terrifiait les enfants du quartier car il affichait ses dents cariées. « Il y a beaucoup de malfrats et de marginaux en tout genre dans cette ville… Nuln regorge de racailles, de faquins, de crapules qui peuvent te vendre des outils ou des moyens pour t’aider dans ta mission… Le Grand-Père adore. Il trouve cela délicieux. Toutes ces pauvres âmes esseulées, désemparées… Tu ne manqueras pas de trouver des alliés dans ta mission.
Mais tu dois faire attention ! Car les ennemis de Grand-Père rodent aussi ! Je veux que tu trouves ce qu’il y a dans l’Éperon de Roland. Je te fais confiance, tu es libre d’agir comme tu le souhaites… Mais il ne faut pas que tu alertes les mécréants. Tu pourras faire cela petit canard ? »

Elle retira ses pieds qu’elle plaça dans ses pantoufles. Elle se préparait à commencer sa journée : elle avait nombre de potions à préparer pour ses fidèles.

« Petit Bernhard travaille sur les docks. Cela peut te sembler être une description sommaire, mais crois-moi, tu le reconnaîtras très facilement : Au milieu des matelots trapus et des ruffians étrangers qui écument le port, lui est un petit fonctionnaire minuscule, grassouillet, avec une calvitie naissante, des petites lunettes, et des boutons sur le visage. Il travaille pour la prévôté des marchands, il doit donc s’occuper de compter les cargaisons et de s’occuper des impôts… Fait attention en l’approchant, car il sera sûrement escorté par quelques brutasses fortes en gueule.
Avant de partir, regarde dans le tiroir de la cuisine : Mémé a un petit cadeau pour toi. »
Cadeau de Mémé Gâteuse :
– 10 Couronnes d’Or
– Un flacon de caresse de vipère, un venin qui peut être appliqué sur une lame ou un objet tranchant.
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- Coups puissants : +1d3 de dégâts
- Dégainer l'épée : +1 en INI lors du premier round
- Parade : Valeurs de parade doublées
- Sang-froid : +1 lors d'actions réalisées sous stress

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien
- Danse : Excellent danseur
- Étiquette : +1 lors des interactions avec la haute société
- Empathie : Capable, sur un test, de lire les émotions sur le visage de quelqu'un.
- Monte : Ne craint pas de chutes lors d'une montée normale
- Héraldique : Capable de reconnaître les blasons des familles nobles, et d'en savoir plus sur eux sur un test
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Reinhard Faul
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Re: Sous quarantaine

Message par Reinhard Faul » 19 avr. 2019, 19:09

Je me suis levé pour ramasser les cadeaux de Mémé. J'aurais préféré que ça s'accompagne d'un petit quelque chose à manger, mais on peut pas tout avoir. Je l'ai remerciée et je suis parti sans oublier mon bâton. La petite promenade en ville n'avait rien d'intéressant, alors je vais t'en épargner le récit et sauter directement à la destination.

Les docks c'est très peuplé. J'y traîne peu d'habitude parce que ce genre d'endroit fréquenté – donc très rentable - est habituellement « protégé » quand il s'agit de mendicité et autres petites bricoles. Il faut payer un tribu pour bénéficier de la « protection ». Ça finit toujours très mal pour moi quand je dois de l'argent à quelqu'un. Je veux plus mettre les mains là dedans.

En plus, Mémé m'a bien dit de faire attention en abordant Bernhard : il sera entouré de gens beaucoup moins rigolos. Je décide de faire un tour de repérage en marchant vite, pour ne pas avoir l'air de mendier. Les gens me regardent, parce qu'il est inhabituel de voir un clochard fendre la foule avec un air pressé.
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Armand de Lyrie
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Re: Sous quarantaine

Message par Armand de Lyrie » 03 mai 2019, 18:41

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Les docks de Nuln étaient une fourmilière gigantesque. Sur des pontons en bois roulaient des tonneaux depuis de magnifiques galères élancées ou d’épaisses péniches impériales, de jeunes garçons pieds-nus payés pour quelques sous sautant de navire en navire pour faciliter les opérations de transit et de transfert de marchandises. Ça puait. Ça puait un mélange d’odeurs insupportables, balayées par tout le capharnaüm d’êtres et de choses qui se bousculaient sur les abords du fleuve du Reik. Ça sentait les épices et la merde, le poisson frais pêché dans le confluent pollué de l’Aver, le parfum avec lequel des gros bourgeois et de riches marchands se barbouillaient pour tenter d’estomper la pestilence de la boue et du sel qui envahissait les navires sur lesquels leur propriété se chargeait et se déchargeait. En regardant au-dessus de lui, Reinhard pouvait voir d’étranges bidules, des tours charpentées couplées à de grandes roues et à de solides cordes, qui servaient à soulever par d’ingénieux et incompréhensibles systèmes de contrepoids des caisses d’une lourdeur qui interdisait le transport par la force d’un être humain. Et il y avait du monde. Les garçons qui sautaient, les négociants bien dodus, mais surtout une foule de marins au teint hâlé, certains avec des accoutrements qui tranchaient beaucoup avec la mode de Nuln. Il était compliqué pour Reinhard de différencier un Bretonnien d’un Estalien, mais alors qu’il remontée l’avenue aux crabes, ses oreilles bourdonnaient d’accents et de phrases qui sonnaient typiquement étranger.

Il se retrouvait devant le stand d’un vendeur d’anguille. Tout autour de lui, des marchands hurlaient à son attention, en essayant de l’attirer pour vendre la fraîcheur et le goût de leur poiscaille. Le cultiste se retrouvait bien vite dans l’ombre d’un magnifique édifice de pierre, dont la robustesse et la propreté tranchait évidemment avec les taudis et les bicoques en bois de pécheurs et de familles de marins qui s’étiolaient le long du Reik. C’était la chapelle locale dédiée au Dieu de la Mer Manann : Un immense trident plaqué or était accroché à la façade du temple, et Reinhard ne put s’empêcher d’avoir très légèrement mal à la tête en entendant les prières dédiées à ce Dieu trop bon, les vœux de ces marins trop terrifiés par la mort par noyade pour accepter que le Grand-Père ne leur veut en fait pas de mal quand il souhaite se saisir de leurs corps en décomposition.

Il était pourtant plus-ou-moins obligé d’endurer ce supplice infâme. La chapelle de Manann était juste en face d’une magnifique tente brodée. Gardée par deux hallebardiers portant pourpoint, chausses et cuirasses, une file indienne de marchands bien habillés se suivaient sans se presser ou se pousser pour passer devant un petit notaire au dos voûté au-dessus de sa table. Reinhard reconnu instantanément le scribe dont mamie lui avait parlé.
Croyant bien faire, il décida donc de faire la queue, comme tout le monde. Les mains dans les poches, dans l’ombre du clocher de la chapelle, il se mit donc à attendre sans faire d’histoire.

Au bout d’une minute, il senti une certaine gêne de la part de l’homme qui attendait devant lui. Un petit monsieur d’âge mûr, grassouillet, qui était vêtu d’une fourrure d’un animal que Reinhard n’aurait de toute façon pas reconnu (Au fond, quelle différence entre une peau de vison, de renard ou de rat?) et d’un bonnet feutré, se retourna pour lui faire face. Il avait le sourire plissé, les dents serrées, typique d’un homme très incommodé mais qui a été trop bien éduqué pour demander aux gens de débarrasser le plancher. Avec un ton emprunté et teinté d’une certaine condescendance, il tendit une pièce en argent à Reinhard.

« Vous êtes perdu mon brave homme ? Tenez, allez boire quelque chose. »

Le bourgeois pinçait la pièce entre son pouce et son index, préférant sans doute que Faul s’en saisisse plutôt qu’il ne touche directement la peau de ses doigts. Il nota une certaine incompréhension dans le regard du cultiste, ce qui lui fit froncer les sourcils.

« Vous heu… Vous êtes au courant qu’ici c’est pour payer les droits de douane, oui ? »
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Re: Sous quarantaine

Message par Reinhard Faul » 03 mai 2019, 19:39

« Euuuuuh... »

Le chant provenant du temple me faisait mal, et c'est dans un état second que je suis rentré dans la queue pleine de riches marchands. Maintenant je suis mis face à ma bêtise et je dois filer de là.

« C'est pas le jour où les prêtresses de Shallya viennent donner la soupe ? Oh zut. »

J'ai tiqué pour la pièce.

« Merci m'sieur. »

Puis je suis parti avant de me mettre à faire de la lumière avec les yeux ou tourner ma tête à 360° en dégueulant de la purée de pois. Les hallebardiers commençaient déjà à me regarder. Comment j'ai pu ne pas remarquer deux connards avec de grands bâtons très pointus ? C'est pourtant le genre de détail qui me fait tiquer tout de suite d'habitude.
J'ai filé pour dégueuler dans une ruelle adjacente. Putain de temple de merde. Il me rend littéralement malade. Leurs chants ressemblent à des ongles sur un tableau noir. Leurs conneries me font vriller à un niveau métaphysique. Forcément que je gerbe quand je suis obligé de dire « métaphysique » pour parler de mon état. C'est pas des choses qui se font.
Je décide pourtant de me trouver un petit poste d'observation qui soit à la fois loin du temple et avec le scribe en ligne de mire. Petit point bonus si c'est à l'ombre. Ça reste trop près pour être agréable. Tant pis.

Comment faire ? Le seul moyen que j'ai pour communiquer avec lui d'ici, c'est de lui envoyer des mouches. C'est assez faible niveau discrétion. Il ne me reste qu'à attendre, et le suivre jusqu'à ce qu'il soit seul.
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Re: Sous quarantaine

Message par Armand de Lyrie » 03 mai 2019, 20:25

Le bourgeois n’eut aucune autre réaction qu’un petit sourire en coin, très satisfait de lui-même. Nul doute que, sitôt rentré chez lui, il irait sûrement dire fièrement à sa femme et à ses enfants qu’aujourd’hui il avait donné la charité à un clodo, ce qui prouvait évidemment sa bonté et sa gentillesse.

Au moins, le détour avait servi un intérêt qui n’était pas minuscule : il avait observé la situation, et découvert l’escorte de maître Bernhard. Il décida, voulant certainement éviter les hallebardiers, d’attendre plus loin que le fonctionnaire termine de noter les paperasses des négociants qui venaient à tour de rôle présenter les manifestes de leurs cargaisons respectives.

Il trouva finalement un lieu qui le convenait. Derrière la cabane d’un pêcheur, il resta là, à se tourner les pouces pendant un peu plus d’une demi-heure. Dans l’ombre, caché sous un nid de mouettes qui ne cessaient de hurler et de voler au-dessus de lui dans le ciel, il trouvait qu’il pouvait assez bien surveiller la tente.
Il y eut enfin un peu de mouvement, suffisant pour l’obliger à se décoller du mur et à dégourdir ses jambes endolories par quelques fourmis naissantes.

Maître Bernhard était parti de sa tente. À ses côtés se tenait un bourgeois plus mince que les autres, très grand, avec une jolie barbe bien taillée et huilée, et un manteau gigantesque dans lequel Reinhard aurait pu dormir confortablement. Les hallebardiers suivaient les deux hommes, trois pas plus loin, leur arme bien collée à leur épaule. Reinhard tenta de les suivre discrètement et d’écouter leur conversation.
Habilité de Reinhard : 9
Jet : 8, réussite
Marchant nonchalamment le long des docks, se fondant au milieu de la foule de marins qui braillaient très fort et de poissonnières qui hurlaient à gorges déployées, Reinhard parvint à devenir une véritable ombre. Bien qu’il était vêtus de haillons et qu’il avait une mauvaise odeur, il ne semblait pas transparaître au milieu des habitants de Nuln. Il pouvait donc lentement suivre la progression du maître, en évitant d’attirer l’œil de la soldatesque qui les talonnait. Il pouvait aussi distinguer des fragments de voix de la part des deux bonshommes.

« Vous avez de quoi réapprovisionner toute la cour comtale ? Demanda maître Bernhard avec une petite voix aiguë.
– Cela dépendra de l’estomac de ces honorables seigneurs ! Railla la voix nasillarde du bourgeois au gros manteau avec un accent dont il ne pouvait pas déceler la provenance. Tout a été salé dans la ville de l’Anguille, ce sera un produit délicieux, bien loin de toute la vilenie qui se fait dans ce pays !
– Hm. Je ne comprendrai jamais l’obsession de ces honorables seigneurs à commander de la viande étrangère, quand il y a déjà quantité de truies et de porcins dans le Wissenland…
– Si vous goûtiez une tranche, vous le sauriez, bon maître. Si vous le souhaitez, je pourrai m’arranger pour envoyer un jambon à votre femme…
– Non merci. Un échevin pourrait prendre ceci pour de la corruption. »

Les hallebardiers s’arrêtèrent devant un ponton qui menait à une jolie galère, ils en bloquèrent l’accès tandis que le bourgeois et maître Bernhard montaient à l’intérieur.
Intelligence de Reinhard : 8.
Jet : 19, échec.
Faul n’avait pas la moindre foutue idée de quel était ce vaisseau, ou d’où il provenait. Tout ce qu’il notait, c’est qu’apparemment, il y avait une énorme fleur-de-lys estampillée sur les voiles. Et que, à en croire la conversation des deux hommes, il y avait de la barbaque à l’intérieur.
Des enfants et de fiers marins bourrus étaient en train de faire des allers-retours sur le ponton pour s’occuper de gigantesques carcasses porcines. Ils s’arrêtaient pour saluer les deux bourgeois lorsqu’ils passaient devant eux.
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Re: Sous quarantaine

Message par Reinhard Faul » 06 mai 2019, 10:29

Nous sommes arrivés devant un grand bateau. Maître Bernhard et l'amateur de jambons sont montés à bord. Et fin de l'histoire. Je me suis mis à fixer le ponton comme une andouille. Que faire ?

Les marins et les enfants ont le droit de monter à bord, eux, parce qu'ils transbahutent de la cochonnaille. Est ce que je peux les rejoindre ? J'ai pas entendu dire qu'il faille une hygiène impeccable pour être marin. Je me suis rapproché du groupe, en train d'installer une carcasse sur les épaules de deux adolescents. Je reste vigilant parce qu'on est jamais à l'abri d'un jet d'objet à la figure (je fais des fois cet effet aux gens).

- Euuuh... salut ? 'fin j'me suis dit je pourrais vous aider, si en échange je pouvais avoir les sabots ou un truc qui vous sert à rien... 'fin pour manger, voyez ?

Je pense que si j'explique avoir besoin de croiser un riche monsieur des impôts, ça va pas passer. Pas contre j'ai probablement l'air prêt à vendre ma mère contre un bol de soupe. Peut être que j'arriverais à croiser le monsieur une fois là haut. Des fois on est obligé de bosser comme un chien en s'abîmant le dos contre des restes bons pour la poubelle, sans espoir de promotion possible. J'aimerais pouvoir dire que ça ne m'est jamais arrivé. J'aimerais vraiment.
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