[Ludwig] Celui qui a vu l'abime

La Sylvanie inspire la peur dans le reste du Stirland. Depuis la sombre ville de Tempelhof, qui n'a pas eu de prêtre de Morr attitré depuis 800 ans, jusqu'aux contreforts des Montagnes du Bord du Monde, entre le bief de l'Aver et le Stir, la plus grande région du Stirland est un lieu de terreur et d'obscurité. On dit que les fantômes y évoluent en toute impunité à la nuit tombée parmi les collines Hantées et que l'épais brouillard des bois sylvaniens emprisonne parfois les âmes, les obligeant à y errer à jamais. La portion orientale de la province est la plus désolée, là où d'anciens châteaux noirs sont juchés sur leurs pics escarpés comme des vautours scrutant les villes en contrebas.

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[MJ] Le Djinn
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[Ludwig] Celui qui a vu l'abime

Message par [MJ] Le Djinn » 26 déc. 2018, 12:39

Le printemps arrivait doucement sur Averheim. Les branches nues laissaient paraître les premières feuilles et le gris-brun de l'hiver laisserait bientôt place à la verdure. La cité de l'Averland était connue pour être prospère et en bonne santé économique malgré une situation politique instable. Les maisons, commerces ou auberges étaient solides, en pierres renforcées par du bois de bonne qualité en provenance de la province. Prévues pour résister aux invasions des peaux-vertes, les fortifications et fondations se montraient costaudes, dures et inflexibles. Pour autant la ville n'était pas plate. Elle s'était en fait constituée sur les flancs d'une large colline solitaire sur laquelle trônait la forteresse de l'Averburg, véritable joyaux couronnant la ville. Le palais était sublime même de loin: un véritable bloc de pierre, capable de résister aux plus puissants assauts sans même broncher. Des tours rondes aux toits coniques s'ajoutaient à l'aspect martial, relativisant une fonction militaire depuis longtemps sous-utilisée pour venir à un caractère plus classique de lieu de prestige.

Nul doute que lorsque Ludwig entra il fût frappé, lui qui avait pourtant connu la belle Nuln, par la puissance qui se dégageait de l'ensemble. Certes, Averheim n'était pas aussi sophistiquée que la capitale du Wissenland, sans doute moins cosmopolite également à voir la proportion d'humains comparée à la population non-humaine, inexistante à l'exception de rares halfings et un ou deux nains. Cela ne suffisait heureusement pas à tarir l'admiration que le voyageur pouvait avoir pour cette cité fière et noble qui se dressait, arrogante face aux montagnes de l'Est. Dans les rues, pour renforcer le sentiment martial qui régnait en maître, de larges patrouilles de soldats en vêtements or et noir défilaient, lances au poing. Des yeux indomptables témoignaient d'un entraînement violent et rigoureux les rendant capables d'arrêter sans sourciller tout adversaire, quel qu'il soit. Les hommes de l'Averland n'étaient pas à sous-estimer, c'était de connaissance commune.
Perdu sans doute dans ce décors aux allures martiales, von Hoffenbach déambulait dans les rues. Il avait récemment terminé une difficile affaire avec une inquisitrice qui ne lui avait pas laissée que de bons souvenirs. Maintenant il cherchait à oublier, certes, mais surtout à avancer. Avancer vers un but connu mais dont il redoutait l'aboutissement. Il voulait rejoindre Leicheberg pour retrouver un être cher, perdu peut-être dans les ténèbres. Pour cette mission, Ludwig serait seul avec son épée, abandonné dans une zone hostile à tout ce que le monde avait pu produire de bon et de juste.

Mais la justice n'existe pas dans le Vieux Monde. Il n'y a que la loi du plus fort, du plus cruel, et les cris infinis de ceux qui étaient trop faibles pour accomplir leurs ambitions.
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Ludwig Von Hoffenbach
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Re: [Ludwig] Celui qui a vu l'abime

Message par Ludwig Von Hoffenbach » 20 janv. 2019, 16:46

C’était donc ça Averheim ? Tant de péripéties pour arriver jusqu’à ce lieu ; une étape nécessaire dans son voyage vers la Sylvanie. Cela faisait plus d’un mois qu’il avait quitté Nuln dans le but de retrouver son père. Il avait mis bien plus de temps que nécessaire pour arriver ici. Visiblement le destin s’attachait à mettre des embûches entre lui et les retrouvailles avec son paternel. Même dans la meilleure pièce de Detlef Sierck il ne se serait pas retrouvé mêler aux affaires d’un réseau d’adeptes de Slaanesh, au côté d’une Inquisitrice un peu dérangée. A croire que, pour le pire et le meilleur, le destin était plus ingénieux et original que le maestro du théâtre.

Ludwig avait été utile à l’Empire et à ses habitants pendant cette période. Il avait sauvé un jeune couple des griffes d’esclavagistes. Avec Alicia, l’inquisitrice, ils avaient ensuite traduits en justice ces derniers. Malgré ces bonnes actions Ludwig avait l’impression d’en avoir fait trop peu. A son goût, Alicia en fait bien plus que lui pendant cette affaire. Les souvenirs douloureux de sa dernière nuit à Nuln l’avaient tourmentés à tel point qu’il avait perdu ses moyens à plusieurs reprises. Alicia l’avait remarqué. Qui ne l’aurait pas fait ?

Au fur et à mesure des jours, ses tourments avaient commencé à s’estomper. Bien qu’émises dans un but contraire, les révélations de Zania avaient contribuées, au même titre que le temps, à sa guérison. Malheureusement celle-ci n’était pas encore totalement acquise. Alors qu’il croyait voir la fin du tunnel du désespoir, la surface de la mer du tourment, une rencontre, une seule, l’avait fait replonger. Cette rencontre avait eu lieu dans un bordel mal famé de la ville de Wissenburg, Le Doux Baiser. Remontant dans la hiérarchie du réseau slaaneshi, Ludwig avait eu vent d’une rencontre dans ce lieu de perdition et avait décidé de jouer le trouble-fête. Quelle erreur !

La femme qu’il rencontra dans ce bordel avait bien plus de ressources qu’il aurait pensé. Ses qualités d’escrimeuse et sa beauté allait bien au-delà de ce qu’il avait imaginé. Malgré tout, ce n’est pas les qualités de cette femme qui l’anéantirent, mais bien son propre défaut. La pitié. A deux doigts de la vaincre il fut submergé par cette pitié et par l’envie de la sauver d’elle-même, de la sauver de la damnation. Red Karla, surement son pseudonyme, n’eut pas ces états d’âmes. La suite était très flou dans l’esprit de Ludwig. Mais il savait que c’était à ce moment que tout avait basculé. Après avoir plongé dans l’inconscience et les délires, il fut tiré de son coma par une étrange sensation. A cette époque, il n’en connaissait pas la signification. Ce ressenti était celui de la douleur extrême. Si extrême pour les nerfs saturés que celle-ci ne retransmettait que d’infimes picotements au cerveau. Ludwig prit conscience de l’étendue de son erreur lorsqu’il vit son reflet dans une glace. Sa joue droite avait été ravagée, à tel point que les muscles faciaux étaient en contact direct avec l’air de la pièce. Pour clore ce spectacle sanglant, une larme de sang avait coulé de son œil gauche, laissant une traînée carmin dans son sillage. Le destin était décidément bien meilleur dramaturge que Detlef Sierck. Deux ans auparavant, Ludwig n’aurait jamais cru qu’il vivrait de pareils événements.

Les heures après le duel contre Red Karla furent rocambolesques. Quittant la « maison des plaisirs » en flammes, Ludwig erra dans les rues désertes de Wissenburg à la recherche d’une aide, inespérée en cette nuit sombre. Il tituba plusieurs heures comme un ivrogne, chutant à plusieurs reprises, au fur et à mesure que la douleur le lançait. Quittant cette ville de malheur difficilement, il finit par s’écrouler sur un chemin de terre boueux, en pleine campagne, terrassé la fatigue, la faim et la douleur.

Les souvenirs de Ludwig après cette terrible nuit furent plus conséquents, comme si la femme qu’il avait combattue l’avait droguée une fois vaincu. Si elle avait voulu se faire oublier, c’était raté. L’image de Red Karla était marqué au fer blanc dans l’esprit de Ludwig.

Le lendemain, il ne se réveilla pas sur le chemin boueux ou il avait sombré, mais sur une paillasse plutôt confortable. A peine levé il fit la connaissance des gens chez qui il était hébergé, de vieux éleveurs d’Averland, du nom de Carolus et Magda. Malgré les atroces blessures de Ludwig, ils ne posèrent que peu de questions à Ludwig. Comme si ces derniers avaient confiance en ce gamin qui avait bien 40 ans de moins qu’eux. Aux soins de ces adorables paysans, Ludwig fut remis totalement d’aplomb en deux semaines. A chaque jour qui passait sa douleur au visage décroissait. La cicatrice, elle, ne disparaissait pas. Il allait surement devoir porter ce stigmate toute sa vie. Cette blessure était pour lui comme un rappel de la violence de la vie et du coût d’une existence au service des autres. Malgré tout, l’esprit de Ludwig n’avait pas été si clair depuis bien longtemps. La pitié qu’il avait eue pour cette femme, il ne la regrettait pas. Jamais il ne regretterait d’avoir retenu son coup. Son intuition lui avait dit que l’absolution était encore possible pour elle. La stratégie de Ludwig avait été dangereuse, mais elle s’était avérée payante. Red Karla ne l’avait pas tué. Elle avait fui, laissant derrière elle quelque chose. Un aveu. La confession de la présence au plus profond d’elle d’une étincelle de vie, de pitié, d’humanité. Ludwig n’avait fait que payé le prix qu’avait fixé la face sombre de Red Karla, la face sombre de l’humanité. Ce stigmate n’était rien comparé à la possibilité de sauver une âme de l’abîme. Cette abîme, il l’avait vu dans les yeux de cette femme. Il l’avait combattue et il la recombattrait si c’était nécessaire. La seule chose qu’il ne s’expliquait toujours pas était la larme sanguine qui avait traversé sa joue après le duel. Effets d’une drogue, dérèglement lacrymal, signe divin ? Loin d’accaparer son esprit, cette question restait toujours glissée dans un coin de sa psyché.

Bien qu’il devait reprendre la route en direction de Leicheberg, Ludwig refusa de quitter ses « hôtes », ses « sauveurs » sans un quelconque dédommagent. C'était pour lui une obligation morale. Les moments passés par ces paysans à le soigner devaient être payés. Les actes d'humanité n'étaient pas à sens uniques. L'individualisme n'avait pas sa place dans la société que Ludwig rêvait. Ainsi, il prit le temps équivalent à sa convalescence pour aider les vieux éleveurs dans leur vie quotidienne. Les laissant s’occuper de leur petit cheptel, il s’attela à couper du bois pour la cheminée et à faire quelques réparations dans leur vieille chaumière. Au bout d’un mois au côté de Carolus et Magda, Ludwig décida de leur faire ses adieux. Les remerciant chaleureusement, il les quitta ému par leur hospitalité.

La route jusqu’à Averheim fut longue, mais très paisible. Alternant entre marche à pied et navigation sur l’Aver, Ludwig arriva dans la capitale régionale pour le début du printemps. Après un hiver rigoureux, les bourgeons apparaissaient sur les branches nues des arbres. Les animaux eux se remettaient à leurs activités des beaux jours. La nature entière se réveillait.

Averheim était une belle ville. Bien plus que le racontait les conteurs des tavernes de Nuln. La rivalité entre le Wissenland et l’Averland devait être grande pour que ces derniers travestissent la réalité à ce point. La cité pourtant bien mois raffiné que son homologue du Wissenland, respirait un air de noblesse. La majestueuse forteresse de l’Averburg qui trônait sur les hauteurs de la ville accentuait ce sentiment. Les averlanders semblaient favoriser le fonctionnel au décoratif. Mais ils faisaient ça avec tellement de goût que l’ensemble était plutôt harmonieux.

Ludwig flâna dans les rues d’Averheim plusieurs heures comme l’auraient fait des altdorfers en repos en province. Il ne reviendrait probablement plus jamais dans cette ville, et il n’était plus à l’heure près. Ludwig prit donc son temps. Baissant son capuchon à l’approche de chaque patrouille de la garde, il n’attira l’attention d’aucune. Par simple mesure de précaution, il agissait comme si la nouvelle de sa désertion du guet de Nuln avait fait écho jusqu’ici. Ce qui était peu probable. Et même si c’était le cas, les autorités d’Averland n’en avaient surement rien à faire. Sa désertion n’était pas la seule responsable de son attitude. Par pudeur ou peut-être même par honte, Ludwig répugnait à dévoiler son visage meurtri aux passants. Symbole des atrocités qu’il avait pu voir, il préférait en épargner les gens.

Une fois ses flâneries terminées, Ludwig se mit en route vers le port fluvial de la ville. Afin d’accélérer son rythme de voyage, il avait en tête de trouver une embarcation qui l’emmènerait au moins jusqu’au aux portes de la Sylvanie. Peut-être qu’il aurait de la chance et qu’une le transporterait jusqu’à Leicheberg. Mais Ludwig en doutait, les embarcations à direction de la Sylvanie se faisaient rares. Seuls les convois militaires, les convois de première nécessité ou les fous allaient se risquer jusque dans cette province maudite. Sa sinistre réputation permettait à elle seule de tenir les curieux à l’écart.

Déambulant sur les quais, Ludwig enquêta sur la présence d’une embarcation en direction de la destination souhaitée. Restant discret, capuchon sur la tête, il usa plus de ses oreilles et de ses yeux que de sa bouche. La mission qu’il avait de retrouver son père devait rester secrète. Les gardes noires n’étaient pas particulièrement appréciées par les populations. Encore heureux que les révélations de Zania n’aient pas été publiques… En cas d’extrême nécessité, il avait cette lettre officielle au fond de sa poche. Mais… pas sûr que ça marche pour autant. Ludwig n’avait aucune idée de comment les gens d’ici percevraient une lettre officielle du Stirland, traitant d’un individu du Wissenland. Contrairement à ce qu’il croyait dans sa jeunesse, l’Empire était très loin d’être homogène et uni. Continuant d’arpenter le quai et d’admirer les flots de l’Aver, Ludwig se tenait prêt à saisir la meilleure occasion d’embarquer pour la Sylvanie.
Ludwig Von Hoffenbach, Voie de l'Inquisition
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