Un matin normal au Zoo d'Altdorf

L’Empereur Karl Franz siège à Altdorf, capitale impériale depuis. Altdorf est un carrefour du savoir et son université est l’institution académique la plus respectée de tout l’Empire. Là, les seigneurs et les princes de nombreux pays viennent s’asseoir aux pieds des plus grands penseurs du Vieux Monde. Altdorf est aussi le centre du savoir magique et ses huit collèges de magie sont fort justement réputés bien au-delà du Vieux Monde. Altdorf est une ville affairée, avec un nombre important d’étrangers, de commerçants et d’aventuriers. La cour impériale elle-même engendre une activité économique florissante, qui attire toutes sortes de gens.

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Le Voyageur
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Un matin normal au Zoo d'Altdorf

Message par Le Voyageur » 21 juin 2018, 18:38

Voilà cinq ans qu’Heinrich était garde au Parc Dieter IV – plus communément appelé Zoo Impérial. Sa mission était de patrouiller le long des allées pavées qui serpentaient entre les enclos et de s’assurer de la sécurité des visiteurs. Ces derniers étaient en grande majorité des nobles, des bourgeois ou de riches dignitaires étrangers. Le parc était l’un des joyaux de la capitale, sis dans le quartier huppé de l’Amstbezirk District. C’était un endroit formidable où l’on pouvait observer des créatures plus exotiques les unes que les autres provenant des quatre coins du monde connu. Du fait de sa clientèle mondaine et pour le moins prétentieuse, son accès était strictement interdit aux citoyens de basse extraction, aux mendiants et aux vagabonds. Le vol à l’arrachée et autres délits de même nature y étaient donc extrêmement rares et le poste de garde du zoo était probablement le plus calme de la ville.

Heinrich avait servi deux décennies dans les rangs de l’armée impériale comme simple fantassin. C’était un homme simple au caractère paisible qui n’avait jamais cherché la gloire ou les promotions. Vingt ans de bons et loyaux services lui avaient valu une recommandation de la part de ses officiers pour intégrer le contingent des gardes du parc zoologique, connu pour offrir une fin de carrière tranquille et une paye confortable.

La routine d’Heinrich était bien rodée. Il se levait juste avant l’aurore, embrassait sa femme et ses enfants et quittait sa modeste habitation du quartier des docks de l’Universität District. Là il remontait les quais, déjà bien animés en cette heure matinale, et traversait le Reik par le pont des Trois-Péages. Une accréditation du directeur du zoo le dispensait de s’acquitter du droit de passage. Heinrich, en homme pragmatique qu’il était, voyait cela comme une sorte de bénéfice qu’il avait pris pour habitude de dépenser en achetant quotidiennement un bretzel au gros sel à Madame Suzette, qui tenait boutique sur la rive sud du pont. Puis il descendait la Rue du Temple et traversait quelques pâtés de maisons cossues avant d’arriver à la Goellner Strasse et au zoo. Il se rendait alors dans le bâtiment faisant office de baraquement près du portail d’entrée, saluait ses collègues, enfilait son uniforme alternant rouge vif et jaune criard, passait ses gants blancs et coiffait son extravagant morion aux gigantesques plumes roses. Cet accoutrement loufoque était, dit-on, issu du caprice de l’une des donatrices historiques du parc qui, à l’époque, n’accepta de financer l’entretien du lieu que si le service d’ordre était habillé selon ses envies. Ainsi fut fait, la tradition persista après la disparition de cette duchesse excentrique et Heinrich s’exécutait tous les jours sans trop poser de question, priant juste pour que ses anciens frères d’arme ne le voient jamais habillé de la sorte. Il attrapait enfin sa hallebarde au manche décoré de pompons pourpres et allait prendre son poste, c’est-à-dire debout dans une loge en bois à l’angle de la grande volière. Les premiers visiteurs arrivaient peu après et Heinrich pouvait s’endormir tranquillement contre la hampe de son arme et attendant la prochaine patrouille à effectuer.

Ce matin-là, notre garde somnolait debout dans sa petite loge, comme à son habitude. Il rêvait de cette fois où il était dans les plaines fertiles de l’Averland avec sa compagnie, il y a bien longtemps. Le soleil brillait fort, les champs de blé étaient mûrs et le sergent venait de leur annoncer que la troupe de bandits qu’ils traquaient depuis trois semaines venaient d’être rattrapée et exterminée par un autre corps du régiment. Les hommes se délassaient donc à l’ombre fraîche d’un bosquet et l’humeur était à la fête. Les souvenirs d’Heinrich se mêlaient alors aux songes et le vieux briscard voyait de jeunes femme leur porter du vin et des pêches de vigne et proposer aux soldats fourbus de leur masser les pieds. Mais des piaillements retentirent soudain, suivis de mugissements bestiaux et de cris terrifiés. Ces bruits inattendus ne collaient pas avec le doux rêve et ce dernier se transforma rapidement en cauchemar. Ces échos éveillaient en Heinrich des souvenirs moins plaisants, ceux de la peur au ventre lors des longues marches dans les forêts sombres et des monstres qui habitaient ces dernières. Des créatures cornues vêtues d’ombre et de sang surgirent dans ses songes et étripèrent les gentilles villageoises en hurlant à la lune.

Perturbé, le garde se réveilla subitement en écarquillant les yeux. Il était désorienté et perdit équilibre en s’appuyant sur sa hallebarde, manqua de tomber en avant et se rattrapa au bord de sa loge. Ce n’est qu’en relevant la tête qu’il se rendit compte avec effroi que les bruits entendus dans son sommeil ne provenait pas de ses songes, mais bel et bien de la scène qui était en train de se dérouler sous ses yeux.

Les animaux s’étaient échappés de leurs enclos ! Les visiteurs couraient dans tous les sens en hurlant et les scènes de chaos étaient partout où les yeux se posaient. Des oiseaux multicolores volaient de toute part et un paon paniqué décolla si près d’Heinrich qu’il lui fit tomber son casque grotesque. Le zoo résonnait des caquètements, croassements, aboiements, rugissements, hennissements, mugissements, barrissements de dizaines de créatures subitement libérées de leurs cages.

Là de gros primates à la fourrure orange se battaient entre eux pour arracher des pans de robe à une aristocrate qui s’était évanouie à force de hurler. L’un des singes, juché sur le toit d’une des bâtisses, poussait des braillements surexcités en arrachant les tuiles avant de les balancer sur quiconque était à portée. Plus loin, une petite de troupe de sangliers zébrés des Terres Arides se ruait vers l’avant, queue en l’air, et dégageait l’allée à coup de groins dans un concert de couinements porcins. Des bêtes galopaient et bondissaient dans tous les sens et Heinrich regardait ça, complètement abasourdi. Comment était-ce possible ? Le conservateur Herr Grötz était le seul à détenir les clés des enclos ! Un essaim de perruches bleues se scinda subitement en deux lorsqu’un vautour de la taille d’un cheval plongea au milieu. Le formidable rapace, dont la tête nue était surmontée d’une épaisse crête tombante, referma ses serres sur un bourgeois grassouillet et fou de terreur et l’emporta dans les airs en poussant un haro à percer les tympans. Tout n’était que désordre et notre garde était bien impuissant. Une longue plainte déchirante suivie d’un roucoulement grave indiqua que le griffon bicéphale s’était fait ouvrir la porte également.

Le sang d’Heinrich se glaça alors, car il réalisa petit à petit ce qui était en train de se passer. Non pas qu’il comprenait l’origine de cette anarchie mais son esprit militaire avait rapidement saisit que ce fâcheux incident allait se transformer sous peu en un bain de sang. Au-delà des caméléons-siamois de Lustrie et des jolies belettes à moustache cathayennes, le zoo d’Altdorf abritait parmi les plus dangereux prédateurs qui rôdent dans le monde sauvage. A l’image de ce Croc de Sabre qui sauta depuis un massif de fleurs et atterrit sur l’un des collègues d’Heinrich. Le malheureux essaya de se défendre et dégaina la dague qui pendait à sa ceinture mais le fauve lui ouvrit la gorge dans une effroyable effusion écarlate avant de dresser le poitrail et de pousser un rugissement tonitruant. L’odeur du sang attira l’un de ces horribles lézards aux écailles noires ramené des étendues glacées de Naggaroth. Le saurien bipède siffla entre ses crocs et se jeta sur le Croc de Sabre, griffes en avant. S’ensuivit une terrible bataille entre les deux carnassiers qui ne fit qu’accentuer le foutoir ambiant, avec pour toile de fond les ruades d’une antilope à six cornes et les tribulations bondissantes d’un troupeau de squigs.

La panique était totale, les visiteurs se bousculaient et hurlaient, essayant de grimper dans les arbres d’agrément ou se jetant dans le bassin aux phoques pour éviter de finir en en-cas ou de se faire piétiner. Les animaux étaient comme fous et Taal les encourageait visiblement à se venger des années de captivité qu’ils avaient subi, ce qu’ils faisaient brillamment.

C’est là qu’Heinrich décida de fuir. Il avait servi l’Empereur pendant vingt temps, ce n’était pas pour mourir aujourd’hui, alors qu’il avait femme et enfants, entre les crocs d’un fauve ou écrasé par un amas de snotlings en furie. Il laissa tomber sa hallebarde et voulu s’élancer hors de sa loge. Quelques secondes trop tard, cependant, car son petit poste de garde fut pulvérisé par la charge d’un rhinox ivre de rage et le vétéran fut réduit en pulpe rougeâtre en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire.


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Je ne suis qu'un voyageur
Sous le soleil et la pluie
Je ne suis qu'un voyageur
Et je retourne au pays

Je n'ai plus que mon cheval
Mon cheval et mes habits
Des habits qui me vont mal
Et je retourne au pays

J'ai couru le monde, mais ma raison
M'a dit que le monde, c'était ma maison

Je ne suis qu'un voyageur
Qui chemine dans la nuit
Et je sens battre mon coeur
Car je retourne au pays

J'ai quitté ma blonde, qui m'avait dit
Va courir le monde si c'est ça ta vie

Je ne suis qu'un voyageur
Elle ne m'a jamais écrit
Et maintenant ah j'ai peur
De retourner au pays

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