[Morwen Nidariel] Quand les Hommes redeviendront des Bêtes

La province du Nordland est peu peuplée et ses régiments passent l'essentiel de leur temps à patrouiller le long des côtes pour les protéger des pillards du nord. Le Comte Electeur Theodric Gausser siège à Salzenmund.

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Re: [Morwen Nidariel] Quand les Hommes redeviendront des Bêtes

Message par [MJ] Ombre de la Mort » 06 juil. 2018, 14:55

Otwin Albrecht observa la scène avec une certaine réserve, sa gestuelle corporelle trahissant une certaine prudence vis-à-vis de cette elfe inconnue qui se comportait de manière hautement étrange dans son propre bureau. La scène, surréaliste, du dessin et de cette apparente lutte intérieure décontenança le Grand Sénéchal du Nordland, qui, inquiet, croisa les bras en observant cette Elfe proposer son aide. Comment faire confiance à cette étrangère au comportement tout aussi étrange que son physique ?
ImageOtwin Albrecht, Grand Sénéchal du Nordland: Et bien, et bien... Cette rencontre n'en devient que plus déroutante seconde après seconde... Pardonnez-moi. Votre aide serait bien évidemment la bienvenue pour éradiquer les restes d'immondes bêtes qui continuent de hanter et martyriser nos bons et braves citoyens de l'Empire. Néanmoins, comprenez que je possède des ... réticences vis-à-vis d'un tel partenariat, disons, des plus insolites dirons-nous.

Tout en parlant, il se leva et partit se poster devant la grande fenêtre ornée de vitraux qui donnait vers l'extérieur, vers l'ouest, vers Laurelorn. Il resta là une bonne quinzaine de secondes à réfléchir, sa respiration troublant le silence.
ImageOtwin Albrecht, Grand Sénéchal du Nordland: Mais vous avez raison quant au fait que nos troupes sont impuissantes face à certaines menaces. Nous, Humains, n'avons pas la connaissance et l'adresse que vous, Elfes, possédez dans certains environnements peu propices à notre action. Soit. Avant de vous octroyer les permissions et les droits qui siéraient à une volontaire... telle que vous, je vais devoir juger votre bonne foi et votre valeur, sans impliquer directement ma personne et mon rang. Et, vous comprendrez, encore moins la renommée et le prestige de la maison Gausser.

Bien. Un peu plus à l'est d'ici, une route serpente à travers les forêts du Nordland : la route d'Erengrad, qui relie Middenheim au sud et Erengrad au nord. Vous le savez peut-être mais cette dernière a été durement touchée par la Tempête du Chaos : presque tous ses bâtiments ont été rasés et des milliers de ses citoyens ont été massacrés par les armées du Seigneur de la Fin des Temps. Fort heureusement, la terre a échappé à la corruption qui s’est abattue sur la région et, à leur retour, les réfugiés ont pu entamer la reconstruction. Qui dit reconstruction dit besoins en matériaux, qui transitent notamment par la route d'Erengrad et nos forêts.

Néanmoins, ces dernières semaines, nous avons ouï dire que des attaques de bêtes du Chaos, des Hommes-Bêtes comme ceux que vous.. tentiez de dessiner un peu plus tôt. Ce sont des embuscades dans leur plus simple expression, malheureusement nous n'arrivons pas à intervenir suffisamment vite ni à trouver leurs caches dans la forêt.
Il se retourna pour la regarder droit dans les yeux.
ImageOtwin Albrecht, Grand Sénéchal du Nordland: Trouvez-les. Éliminez-les. Amenez-nous à eux si vous avez besoin d'aide, suivant leur nombre. Faites ceci pour le Nordland et nous construirons un véritablement partenariat, un nouveau rempart contre les restes tumoraux de la Tempête sur nos terres. Nos terres communes. Pas seulement celles de l'Empire, ni celles du peuple de la forêt. Nos terres.
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Re: [Morwen Nidariel] Quand les Hommes redeviendront des Bêtes

Message par Morwen Nidariel » 13 juil. 2018, 06:37

Leurs terres.

Morwen avait le cœur sauvage, ce qui voulait surtout dire qu'il était aussi imprévisible que la direction du vent. Une part profondément tapie de son être savait que l'harmonie de la forêt où elle avait décidé de refaire sa vie - et qui n'était jamais, comme toutes les autres sylves, qu'un des reflets lointains de la vieille Loren - passait par la paix avec les hommes. Ceux-là étaient suffisamment prompts aux actes stupides pour qu'une cohabitation entre eux et les Asrai soit fragile au mieux, sanglante au pire. L'avenir qu'évoquait à mi-mots le sénéchal était de fait étonnamment... sage.
Mais la sagesse n'avait jamais vraiment été la voie qu'elle s'était choisie.

L'elfe vint se mettre à côté de son hôte, portant ses yeux sombres là où lui-même les avait précédemment fait vagabonder. Au travers de la fenêtre peinturlurée de verre coloré et incrusté de plomb elle redécouvrit Laurelorn, sous une perspective inédite. Comme le bois pouvait paraître calme vu d'ici, et mystérieux aussi ! Elle pencha la tête comme si l'inclinaison, à la manière d'un prisme qu'on infléchissait devant l’œil, pouvait faire surgir une autre vision à son regard.
Un tambour battait la chamade dans sa poitrine. Elle aurait tant voulu que les choses soient différentes ! Morwen avait l'intime conviction, sacrée, qu'en des temps naguère Athel Loren s'étendait sur le monde comme les continents dans la mer, et que la forêt avait consenti un incommensurable sacrifice pour le bien de tous. Elle n'en concevait aucune peine : rien qu'une colère tenace, à grésiller jamais bien loin sous la cendre, et du haut de cette tour elle s'imaginait les guerriers de son peuple qui se précipitaient dans la campagne du Nordland pour semer la terreur et la souffrance chez la race inférieure des humains, afin de leur rappeler qu'ils vivaient dans leur ombre. Elle s'y voyait elle-même, courant au milieu des chaumières et sur les chemins de terre, riant en faisant tournoyer sa lance tachée de sang sous le soleil ardent.

Ils l'avaient fait à une époque, tuant en nombre hommes et nains pour le plaisir de la chasse ! Mais c'était en une saison que beaucoup avaient oublié, même parmi les siens... et qu'elle craignait de ne jamais voir reparaître. Trop peu partageaient ses humeurs belliqueuses aujourd'hui, et on aurait même pu dire qu'elle avait plus en commun avec les dryades de Loren qu'avec ses pairs.
Son amertume devait se lire dans son expression lorsqu'elle se tourna vers Otwin, juste à côte d'elle. Grande même parmi les Asrai, Morwen le dépassait de plus d'une tête ; alors qu'ils étaient aussi proches, elle devait baisser les yeux pour le dévisager.

« Non, j'ignorais tout de cette... Erengrad. Vos villes m'importent peu. »

C'était en réponse à son interrogation et elle n'avait pas raté l'occasion d'exprimer le fond de sa pensée. Il y avait, en fait, bien des choses qu'elle ne savait pas, d'autant plus qu'elle s'était en quelque sorte littéralement retirée du monde pendant bien longtemps. Si elle avait écumé la région pendant plusieurs années, ç'avait été sans cesse pourchassée et obligée de louvoyer pour ne pas se retrouver prise au piège par les forces de la corruption, aussi n'avait-elle jamais porté son intérêt sur ce qui avait pu se passer encore plus au Nord : il n'y avait là, avait-elle alors supposé, que désolation et âmes damnées. Qu'une cité y ai finalement survécu, d'une certaine façon, ou soit en passe de s'y dresser de nouveau n'était qu'une preuve de plus s'il en fallait de la fascinante capacité de résilience des êtres humains. Aussi irresponsables et faibles qu'ils soient individuellement, leur espèce faisait montre d'une pugnacité à toute épreuve lorsqu'il s'agissait de se répandre à la surface de la terre. Quel genre de cataclysme pourrait bien en venir à bout ?
C'était peut-être la destinée de ces créatures éphémères que de survivre jusqu'à la fin des temps, ricana l'elfe en son for intérieur dans un accès d'auto-dérision.

« Mais en revanche, je connais la route dont vous parlez, à défaut de savoir où elle mène. »

Évidemment, il y avait fort à parier qu'Albrecht la suppose native de Laurelorn, et donc qu'elle avait une certaine connaissance de la région en particulier et du Nordland en général. Rien ne saurait être plus faux.
Elle se détourna de l'homme, revenant vers son bureau et ses papiers. Morwen réprima une grimace en repensant à son essai au fuseau de tantôt, ses mains effleurant les feuilles comme si elle pouvait les déchiffrer du bout de ses longs doigts. Sa voix prit une tonalité rêveuse alors qu'elle évoquait ses propres luttes passées :

« Je l'ai suivie plus de fois que je ne saurais en compter. Depuis son bas-côté et ses ravins pleins de fourrés, prenant avantage du sous-bois de ce que les vôtres appellent la Forêt des Ombres ; ces quatre dernières années, j'ai provoqué et attiré à son orée les guerriers de l'ost qui a fondu sur le Nordland. Du moins ceux qui en avaient assez de tuer vos femmes terrifiées dans la campagne et voyaient en moi une adversaire plus stimulante. »

C'était apparemment dit sans moquerie mais de la part de celle qui avait jadis piqué l'intérêt des danseurs de guerre, tant par sa grâce au combat que par le manque de pitié de sa langue, on pouvait considérer que tout était possible. L'acte de bravoure qu'elle évoquait, voire d'abnégation, pouvait tout aussi bien être une raillerie à l'intention expresse d'un sénéchal qui arborait une armure d'apparat dans ses appartements.

« De tous ceux qui m'ont trouvée, je me rappelle n'en avoir laissé aucun en vie. Elle ne mentionna pas que son dernier affrontement avait failli lui coûter la vie, et que l'issue n'avait laissé de l'Asrai que l'ombre de ce qu'elle avait été. C'était une blessure qu'elle portait encore ouverte dans son cœur plein de fierté. Mais peut-être certains y sont restés après la défaite de leurs armées. Peut-être même que les sabots-fourchus qui s'y regroupent pensent devoir continuer la bataille au long cours, qu'elle n'est pas tout à fait terminée dans leurs têtes malades. »

Elle scruta les traits d'Otwin en lançant cette dernière remarque d'un ton cinglant, guettant ses réactions. Par jeu, elle aurait donné cher rien que pour déstabiliser cette figure d'autorité de Salzenmund, et la perspective d'avoir affaire à des monstres qui se croyaient encore en guerre contre sa patrie pouvait semer le trouble chez bien des hommes.

« Mais peu importe, au bout du compte. J'irai à l'Est et je les débusquerai. »

Rien que cette perspective réveillait ses instincts prédateurs dans ce qu'ils avaient de plus primaux. Elle sentait son sang se réchauffer à l'idée du jour prochain où elle pourrait se lancer aux trousses de sa proie et la percer de sa lance. Son esprit rusé envisageait déjà d'user des humains comme d'appâts pour attirer les créatures, qu'elle pourrait alors suivre à loisir. Morwen les connaissait bien et sous leurs dehors nomades, elle n'ignorait pas qu'ils avaient cette tendance à se regrouper en hardes qui s'attachaient pour un moment aux lieux qu'ils avilissaient d'autels distordus, tristes parodies des pierres gardiennes d'Athel Loren.
Quand elle saurait où ils se tapissaient il n'y aurait plus qu'à organiser la curée, et le sang odorerait alors toute la forêt !

Elle pivota vivement vers son hôte, comme ragaillardie par une vigueur nouvelle.

« Quelques dernières indications, Otwin Albrecht ? » Un sourire pointa sur ses lèvres, le premier qui fût sincère depuis qu'elle avait quitté Laurelorn, quoique ce n'était jamais qu'une pâle imitation en comparaison de ses risettes pleines de vie d'antan. Qu'on lui promette un massacre était suffisant pour que la guerrière oublie un peu de sa rancœur envers la race humaine.
Elle aurait trouvé cela triste, avant, mais elle n'avait plus le luxe de se chagriner pour si peu.
Modifié en dernier par [MJ] Ombre de la Mort le 20 juil. 2018, 09:13, modifié 1 fois.
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Re: [Morwen Nidariel] Quand les Hommes redeviendront des Bêtes

Message par [MJ] Ombre de la Mort » 20 juil. 2018, 09:31

Otwin Albrecht était visiblement impressionné par les paroles de Morwen. Celle-ci soufflait le chaud et le froid dans ses propos et elle pouvait aisément voir les fluctuations de ressenti de l'humain sur son visage. Si elle pouvait conclure quelque chose vis-à-vis du Sénéchal suite à leurs quelques échanges initiaux, c'était qu'il était un piètre dissimulateur d'émotions.
ImageOtwin Albrecht, Grand Sénéchal du Nordland: Et bien sachez que le Nordland vous remercie pour vos efforts passés contre les hordes d'horreurs que le Chaos a pu y déverser. Vous ne devriez donc pas être dépayser par la tâche qui vous attend.
Tout en parlant, il sortit une carte qu'il déposa sur la table. Alors qu'il expliquait à l'elfe, il montrait du doigt les points importants.
► Afficher le texte

ImageOtwin Albrecht, Grand Sénéchal du Nordland: Rendez-vous à Beeckerhoven, à l'est d'ici. Demandez à voir le coordinateur des trappeurs Wiehler. Il pourra vous aiguiller quant à la région et vous transmettra les informations à sa disposition. De là, investissez la forêt, trouvez la source du mal qui nous harasse et nous approfondirons notre partenariat.
Lorsqu'il eut terminé, le serviteur qui l'avait amenée jusqu'ici se remanifesta. Elle allait sûrement être ré-escortée vers la sortie...
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Re: [Morwen Nidariel] Quand les Hommes redeviendront des Bêtes

Message par Morwen Nidariel » 26 juil. 2018, 10:11

Morwen regarda la carte avec un léger voile sur les yeux, laissant à penser que son esprit était ailleurs pendant que le sénéchal lui donnait ses ultimes indications. Et il était effectivement ailleurs, loin d’ici dans l’espace et dans le temps : elle ne pouvait s’empêcher de songer que la conception humaine de l’organisation du monde était incroyablement étriquée. Fallait-il toujours qu’ils posent tout sur du papier, qu’ils s’échinent à faire des représentations de la réalité, qu’ils travestissaient avec de l’encre et de la mine de crayon ? Elle se demanda un instant, avec une pointe d’amusement vaniteux, comment ils s’y prendraient pour inscrire Athel Loren sur leurs précieuses cartes. La guerrière venait d’un tout autre monde, un monde où la distance et la temporalité avaient bien des sens différents. Comment pourraient-ils comprendre, avec leur besoin maniaque de tout organiser selon des règles et des échelles, que certaines clairières de la forêt originelle ne connaissaient encore que la toute première incarnation d’Orion, là où d’autres en avaient connu plus de milles ? Comment pourraient-ils accepter que l’on pouvait passer d’un royaume sylvestre à l’autre et s’accoutumer simplement à leurs différentes réalités comme les yeux s’accoutument du jour à la pénombre ? Comment pourraient-ils admettre que l’on pouvait en quelques heures passer d’une orée à l’autre, mais qu’on pouvait aussi errer des centaines d’années le long d’un seul sentier...

Elle aventura sa main sur les tracés néanmoins habiles de la carte, la pulpe de ses doigts effleurant à peine le vélin comme si elle craignait d’être atteinte par quelque mal mystérieux qu’il recélerait dans son grain de qualité. Ses yeux sombres revinrent ensuite à Otwin qu’elle fixa ainsi un moment, seuls les reflets cuivrés de ses cils donnant un peu de couleur à son regard. Puis Morwen sortit de la pièce sans un mot supplémentaire, le serviteur d’abord interdit lui emboîtant le pas avec un temps de retard.

L’idée de laisser derrière elle la ville humaine poussait l'elfe à avancer à vive allure ; ses longues jambes faisaient glisser sa silhouette à travers les corridors, les entrailles du château lui paraissant à nouveau bien ternes et assourdies en comparaison des halls souterrains de son peuple, sortes de grandes clairières sises entre les racines des arbres, tout en arches ciselées et en colonnades de verre, et où résonnaient souvent les rires et les chants des Asrai. Un bref soupir lui échappa comme, une fois n'étant pas coutume, elle plaignait les hommes d'avoir été condamnés dès la naissance à la médiocrité qui les caractérisait.
Le laquais sur ses talons fut obligé de presque trotter pour la dépasser et, la mine guindée, il la reconduisit jusqu'aux portes de la citadelle en prenant bien soin de garder une longueur d'avance.

Tout en marchant, la guerrière n'avait cessé de laisser la majeure partie de son attention se concentrer sur la tâche qui l'attendait. Elle le faisait presque inconsciemment, d'une façon très elfique, laissant son instinct inscrire dans un recoin de son esprit les éléments dont elle aurait besoin pour mener à bien sa mission. Sa destination aurait été plus lointaine qu'elle se serait enquise, à contrecœur bien sûr, de provisions pour son périple : ayant scruté la carte du sénéchal elle en avait déduit qu'elle arriverait à Beeckerhoven à la tombée du soir, et avait favorisé le confort de voyager léger à la prudence de s'en aller avec une gibecière bien remplie.
Elle pouvait presque entendre Athras lui dire que ce choix lui ressemblait bien, qu'elle était de ces personnes qui optaient immanquablement pour la voie leur apportant le plus de liberté ! Mais était-ce bien la voix du jeune guérisseur... ou celle de son aïeul Eril, dont le temps ne saurait jamais atténuer l'écho ? Ils se ressemblaient tant.

Montrant brièvement les dents pour chasser le souvenir plein de douleur qui menaçait de la submerger, Morwen rejeta les épaules en arrière et laissa derrière elle ses regrets ainsi que la silhouette inquiétante du château de Salzenmund.
Curieusement, son mépris viscéral du genre humain avait été légèrement atténué par sa nouvelle préoccupation : les hommes-bêtes qu'elle avait fait vœu de mettre à mort. Tout en suivant l'exact chemin inverse de son aller elle promenait un regard nouveau sur les rues de la capitale du Nordland. La ville était toujours aussi laide, et sans doute qu'elle la supportait d'autant mieux qu'elle était en train de la quitter, mais elle en venait à habiller d'un vernis de tolérance son dégoût initial.

Elle avait toujours eu l'humeur changeante : c'était là une caractéristique bien sylvaine, l'essence même de ce qui les rendait imprévisibles... il n'existait pas d'alliance ou de serment - autre que celui avec la vieille Loren - mais une loi très simple, qui encourageait à agir en fonction de ses besoins et de ses sentiments immédiats. Et dire que les hommes et les nains, et même tous les autres elfes, se forçaient à se comporter d'une façon ou d'une autre en vertu de préceptes aussi stériles que l'honneur ou la loyauté, toujours à se conformer au jugement des autres... alors qu'il suffisait seulement de vivre selon son cœur.

Tandis qu'elle remontait les avenues de la cité elle regardait tous ces hommes et toutes ces femmes qui étaient à leur labeur, et sur leurs traits tirés pourtant expressifs elle ne lisait pas grand-chose qui lui était familier. Elle ne retrouvait pas dans cette espèce la moindre trace des grands élans qui la faisaient frémir quotidiennement, qu'il s'agisse de sa soif de violence ou de son amour des belles choses du monde, et se demanda si les dieux les détestaient à ce point pour les avoir rendus presque sourds et aveugles de leur naissance à leur mort, si vite arrivée.

Il y avait moins d'animosité que de pitié dans la façon dont elle croisa les yeux des gardes en poste à la grande porte par laquelle elle était entrée plus tôt, reprenant son arme en éprouvant un sentiment comparable à un naufragé crevant la surface de l'eau après de trop longues minutes de noyade. À leur camarade dans la ville, qui l'avait outragée en désignant le comte électeur du Nordland comme seigneur de Laurelorn, elle dédia le vœu intérieur plein de miséricorde qu'il ne mit jamais le pied aux abords des bois ; si elle l'y trouvait, elle l'y tuerait sans plus d'hésitation et jetterait son corps en pâture à qui en voudrait.

C'est sur cette dernière pensée que Morwen mit derrière elle la ville et ses humains, espérant vainement ne pas avoir à y retourner... Elle savait bien néanmoins que ce jour arriverait trop tôt.
Il y avait une trentaine de kilomètres d'ici à Beeckerhoven, et un marcheur moins aguerri qu'elle n'aurait pas escompté y parvenir avant la nuit : mais elle avançait vite le long de la route, évoluant tantôt sur la piste de terre tantôt à partir du bas-côté où les herbes vivaces rafraîchissaient ses pieds et ses chevilles. Elle croisa quelques voyageurs et chacun se garda bien d'aborder l'autre, d'autant qu'elle les dépassait souvent en chantant à mi-voix un air mélodieux et triste dépourvu de paroles, quasiment une complainte, ce qui décourageait même le moindre salut.

Son trajet ne comporta pas plus d'incidents et c'est à la tombée du soir, lors de cet instant entre chien et loup où le soleil éclabousse d'or fondu la stricte ligne crénelée d'arbres de l'horizon, que l'elfe parvint en vue du village forestier. La fatigue ne la guettait pas – il en fallait plus pour l'éprouver – mais malgré son aversion des communautés impériales l'idée de s'arrêter un moment et de manger, même la nourriture de ces créatures généralement sales, lui paraissait tentante. En fait, la composition typique qu'elle se faisait du menu du commun des mortels était assez éloignée de la réalité car ce qu'elle imaginait être une piètre tablée aurait demandé à chaque famille du Nordland de mettre à son service une paire de braconniers et de vignerons... mais ce ne serait jamais qu'une désillusion de plus : elle n'était plus à ça près avec cette espèce !
Modifié en dernier par [MJ] Ombre de la Mort le 27 juil. 2018, 21:18, modifié 2 fois.
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Re: [Morwen Nidariel] Quand les Hommes redeviendront des Bêtes

Message par [MJ] Ombre de la Mort » 12 août 2018, 18:05

Acte II. À l'ombre des arbres sommeille le Mal.
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Quelques moutons paissaient en bordure du village. Beeckerhove, petite bourgade de lisière de forêt, semblait se préparer au soir et à la nuit prochaine : des humains rentraient vers le couvert du village, même si elle remarqua bien vite que la sécurité de l'endroit était toute relative. Aucun mur ni pieu, juste une légère déclinaison dans le terrain qui permettait à Beeckerhoven d'être surélevée de quelques mètres par rapport à la lisière et les bois. Il ne devait pas y avoir plus d'une vingtaine de bâtisses, simples, construites les unes proches des autres. Entre elles se démarquait une construction en pierre qui devait être un lieu de culte : de là où elle se trouvait, elle pouvait observer un symbole de marteau sur la tour principale, d'où provenait le bruit de cloches. Les humains semblaient utiliser ce signal comme d'un rappel qu'il était temps de quitter les alentours du village et y rentrer.
Elle sortit du couvert de la forêt, suivant d'une dizaine de mètres le cheminement d'un homme en arme qui semblait être un garde local, vu son allure. Il ne l'entendait visiblement pas, sa gracilité elfique étant à plein potentiel dans un environnement comme celui-ci. Néanmoins, le jeune homme qui, au loin, rassemblait les animaux avant la nuit la vit, lui. Il cria au garde quelque mot en Reikspiel qui échappa à Morwen mais ce n'était pas important car elle comprit tout à fait le but de cet appel. Le garde se retourna vivement, visiblement paniqué d'avoir été pris au dépourvu. Il sortit instinctivement son épée.

Halte !
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