[Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Les gens du Hochland sont célébres pour leurs talents de chasseurs et les denses forêts de leur province. Une bonne partie de leurs armées est composée d'habiles arquebusiers. Le Comte Ludenhof tient sa cour à Hergig.

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Dokhara de Soya » 20 janv. 2019, 00:27

Putain. Putain de putain de putain de putain de PUTAIN.

De nouveau, le train de pensée de Dokhara virevoltait d'une idée à l'autre, à toute vitesse. Pas le temps pour construire des réflexions complètes, juste d'analyser et traiter les signaux de ses sens pour décider quoi faire, alors que manifestement rien ne se déroulait comme prévu.

Des ordres de soldats effrayés. Elle doit se rendre.
Mingrélie. Un carreau. Aucune sommation. Abattue net.
Un seul arbalètrier. Besoin d'une poignée de secondes pour recharger. Distance des soldats dix, peut-être quinze mètres.
Gauche. Droite. Deux autres groupes qui resserrent l'étau sur les stryganis. Et sur elle.
Bruits de combat, derrière elle. Cris de peur, de douleur, de panique.
L'intimidation de Lucrétia avait échoué.
Pas d'échappatoire.
Se rendre ?


Ils courent vers elle.

La peur perturbait sa capacité à prendre une décision dans l'urgence. Trop de paramètres, trop d'incertitudes, trop de risques de prendre la mauvaise décision. Aussi, au moment décisif où elle se devait de faire un choix, elle mit inconsciemment à contribution tout ce que Slaanesh lui avait enseigné : elle abandonna tout ce qui parasitait son esprit, toutes les entraves l'enfermant dans le doute pour ne plus devenir qu'un animal d'instinct brut. Oublier ses craintes, sa prudence, sa logique, et ne plus écouter que ses désirs immédiats pour se laisser guider par ce qu'il y avait de plus primitif en elle.

Que voulait-elle ?

Lucrétia.

Face à la limpidité de sa situation, le corps de Dokhara se mut de lui-même.
Puisque l'ennemi était présent dans toutes les directions, la destination évidente pour s'assurer une chance de survie était aux côtés de son amante. Et peu importait qu'il lui fallait traverser le chaos d'un champ de bataille pour la rejoindre, cela vaudrait toujours mieux que de devenir une otage avec laquelle ils pourraient négocier avec elle. Elle ne serait plus un fardeau pour la lahmiane. Plus jamais.
Elle sprinta soudainement, dégainant sa lame d'or marin et sa main gauche, puis contourna la roulotte derrière laquelle elle avait cru pouvoir se dissimuler, pour se jeter dans la mêlée entre impériaux et stryganis.

Rester en vie, et trouver Lucrétia. C'était tout ce qui comptait.

Et peu importait qui se mettrait sur sa route : impériaux ou stryganis, elle tuerait sans le moindre scrupule quiconque l'empêchant d'atteindre son but.

Dokhara n'a plus qu'une idée en tête : trouver Lucrétia. Elle ne compte pas sauver qui que ce soit, ni faire preuve d'un quelconque héroïsme déplacé : elle n'aura d'ailleurs aucun scrupule dans la mêlée à commettre les pires actes pour survivre. S'il faut pousser un strygani sur un impérial qui la charge pour le ralentir, elle s'en fout totalement : elle cède à 100% à son instinct qui lui hurle de survivre et de trouver Lucrétia quel qu'en soit le prix : plus rien d'autre ne compte.
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par [MJ] Le Grand Duc » 22 janv. 2019, 22:30

Pour Lucrétia
► Afficher le texte
Lucrétia percuta Otto von Falmer avec une telle force que ce dernier eut un hoquet de surprise et vida les étriers pour s'écraser lourdement au sol tandis que son destrier continuait de galoper à tout fracas.

La lahmiane se retrouva à califourchon sur l'homme étendu dans les feuilles mortes, juste à la lisière du bois.


- "Tu vas crever, démon !" beugla Otto, le visage déformé par un mélange de douleur, de colère et de peur panique.

Il essaya d'attraper l'Immortelle à la gorge de ses mains gantées de fer mais Lucrétia, avec sa force surhumaine malgré sa frêle silhouette, n'eut aucun mal à le maintenir au sol.


Seulement, d'autres chevaliers de la suite du noble avaient, entre temps, réussi à maîtriser leurs chevaux, et ils cavalaient au secours de leur seigneur. Les destriers se bousculaient entre eux en hennissant tandis que leurs cavaliers les ruaient vers l'avant, celui de pointe abaissant déjà sa lance.


Pour Dokhara
Face aux soldats qui courraient vers elle, Dokhara n'hésita qu'une seconde.

Elle dégaina ses armes et contourna la roulotte le plus vite qu'elle pu avec pour objectif de traverser le campement et de rejoindre Lucrétia, quoi qui se dresse sur sa route. Et au détour de sa cachette, elle vit le chaos qui régnait céans.

Des stryganis couraient dans tous les sens, certains essayant de se barricader dans les roulottes tandis que d'autres luttaient contre des dizaines de soldats. Les combats étaient sporadiques mais sans merci et de nombreux corps jonchaient déjà le sol. Tout n'était que cris et pleurs et les grandes toiles du chapiteau qu'on dressait le soir étaient jetées aux sol, le mât central étant tombé dans la cohue.

La baronne se mit à courir, tout se déroulait trop vite. Du coin de l’œil, elle aperçu Idriss aux prise avec deux miliciens, et Gouri de même, moulinant de son marteau de forgeron en poussant des imprécations. De l'autre côté, elle repéra une forme prostrée qui devait être Tsinep, agenouillée face à l'une des grandes roulottes de matériel, criant des lamentations de sa voix chevrotante. Dokhara ne s'arrêta pas. Armes en main, elle continuait de traverser le camp comme une ombre tandis que la violence se déchaînait autour d'elle. Des soldats enfoncèrent la porte d'une des caravanes et s'engouffrèrent à l'intérieur dans un concert de hurlements et de pleurs d'enfants. Des chevaux hennissaient de toute part, une torche fut lancée à travers l'écoutille de l'une des voitures. La jeune femme trébucha sur quelque chose et se releva aussi vite, pour voir que c'est sur le corps de Bubba le Boiteux qu'elle avait chuté. Le bougre était étendu sur le dos, une expression de surprise figée sur le visage et une grosse tâche pourpre sur sa tunique déchirée. Des carreaux d'arbalètes sifflaient ça et là, paraissant venir de différentes directions. A moitié avachie sous l'une des charrettes, Tyra se faisait violer par un épéiste. Mais Dokhara ne s'arrêta pas.

A la lisière du bois, elle vit ce qu'elle cherchait : Lucrétia maintenant Otto von Falmer au sol, tandis qu'un destrier s'éloignait au galop, selle vide, à une dizaine de mètres à peine du terrible massacre. Derrière, plus loin entre les pins, la jeune femme pouvait voir l'escadron de chevaliers débouler au grand galop et celui de pointe abaisser sa lance pour viser la lahmiane.

Une main lourde et déjà ensanglantée lui attrapa l'épaule. Si elle se retournait pour égorger l'importun, elle reconnu Marcus Freeh, le front ouvert et la lèvre fendue.


- "Madame ! Vous devez vous cacher ! Venez avec moi maintenant ou ils vous tueront !" lui intima-t-il, une épée dans l'autre main.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 23 janv. 2019, 21:07

Oui, le choc fut violent. Très violent. La Lahmiane eut l’impression de percuter, suite à une erreur d’appréciation lors d’un vol en rase-mottes, un mur à pleine vitesse. Ou presque. Car, en dépit de sa stature et de l’armure qui le protégeait, Otto n’était pas autre chose qu’un simple homme, bien engoncé dans son amas métallique, certes, mais aucunement fixé au sol, et point plus solide non plus. Avec une force suffisante, il demeurait tout à fait possible de le déloger de sa selle à haut troussequin. Elle le savait. Et c’était précisément avec cette volonté-là qu’elle s’était lancée à l’assaut du cavalier.

A n’en pas douter, eût-elle encore respiré qu’elle en aurait eu le souffle coupé, et, bientôt, le monde se réduisit à un tourbillon sans fin dans lequel elle plongeait. Après avoir entendu, de loin, le craquement de métal et le cri de surprise de sa cible, suivis du hennissement de sa monture, elle perdit tout repère, roulant sur le bas-côté du sentier, encore et encore. Lucretia devait afficher une piteuse mine, là, échevelée, le visage couvert de poussière et les vêtements de terre, mais elle n’en avait cure. Elle avait atteint son objectif, elle était à même que de mettre un terme à ce carnage tout en sauvant la vie de Dokhara. S’accrochant à cette idée, elle se redressa vivement, assise, bien trop rapidement pour une simple sorcière venant de heurter un chevalier en plates. Comme si elle n’avait pas essuyé le moindre dommage, son esprit était déjà clair, et, se remettant sur pied, chercha immédiatement Otto von Falmer.

Bien avant son regard, ce fut son ouïe qui le repéra en premier. Certes, le conflit régnait encore et toujours dans le campement, et les hurlements déchirants s’élevaient bien haut dans les airs aux côtés du fracas des armes entrechoquées les unes contre les autres. Mais ses sens isolèrent immédiatement la respiration rauque du hobereau, non loin de là, et sa main qui grattait l’herbe, caressant le vain espoir de pouvoir se relever avant elle. Alors, tournant le visage dans sa direction, l’immortelle posa des images, une vision, sur ces sons épars.

C’était qu’il avait mauvaise allure, le baronnet. A moitié allongé, de ginguois au milieu des cailloux et des feuilles mortes, il tentait tant bien que mal, effectivement, de se relever, mais le poids de son armure ne cessait que de l’entraîner vers le sol. Une grimace défigurait ses traits, mais il était difficile de statuer sur son sort. Etait-ce le visage de la haine que la vampire voyait là, ou bien l’expression d’une intense souffrance provoquée par sa dernière chute ? Un peu des deux, peut-être ? Lucretia ne s’en préoccupa guère davantage ; elle fondit sur sa proie.

Otto réprima un nouveau hoquet ahuri auquel se mêlait la peur et le désespoir. Il manqua de rouler sur le sol, cherchant une meilleure posture qui l’aiderait alors à se relever, mais n’en eut point le temps. Sentant la poigne de Lucretia se refermer sur son col, il beugla une dernière menace, une dernière intimidation. Mais tous les deux le savaient ; ce n’était que bravade. Ses mains gantées tentèrent malgré tout d’agripper son adversaire, mais elle eut tôt fait de s’en affranchir, dégainant au passage sa lame qu’elle lui glissa sous la gorge.

Mais derrière elle, un grondement s'éleva du sol, et Lucretia n’eut pas besoin de se retourner pour comprendre ce nouveau danger. Certains cavaliers avaient su rendre docile leur monture, et, après les avoir maîtrisées, les avaient fait charger. Ils fonçaient tout droit, sus à elle, et les pointes étincelantes de leur fer de lance dardaient dans sa direction. Sans réaction aucune de sa part, elle ne manquerait pas de se faire transpercer de part en part. Le choix était vite fait.

Elle ne pouvait décemment pas lâcher Otto après lui avoir mis la main dessus ; il était bien trop important pour la suite de ses plans, pour faire cesser les combats et soumettre les soldats. Se mettre à terre, à couvert, ou se transformer en corneille permettrait à son otage de s’enfuir une nouvelle fois. Non, elle ne le laisserait pas s’échapper.

Lucretia releva le petit seigneur comme s’il s’agissait d’une brindille, le remettant sur ses pieds, et lui arrachant au passage une grimace. Puis elle pivota, faisant face aux cavaliers qui s’élançaient vers elle. Mais la Lahmiane fit passer Otto devant elle, quoique le menaçant toujours de son arme. Si ses hommes tenaient tant à la pourfendre, alors devraient-ils exécuter leur maître en premier. Ou risquer de le faire. Téméraire jusqu’au bout, elle leur fit même l’affront d’effectuer un pas dans leur direction, obligeant Otto à faire de même. Puis, les yeux rivés droit sur eux, si elle en avait encore le temps, elle leva la voix.

« Et vous, alors, tenez-vous donc si peu à votre seigneur ? » les nargua-t-elle tout en menaçant encore et toujours la gorge de son otage.
Je ne sais pas comment vont évoluer les choses, mais, si possible, je trouve un endroit en surplomb et j’exhibe un Otto vaincu et en piteux état, continuant de le menacer de ma lame, et j’exige l’arrêt des combats. Si ça refuse, ou qu’Otto lui-même rechigne à la tâche, je m’arrange pour qu’il fasse selon ce que je demande (appuyer là où ça fait mal, l’entailler, lui dire que je m’occuperai de lui puis de son futur fils, toussa-toussa).
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Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

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- Éloquence
- Séduction
- Érudition
- Intimidation
- Alphabétisation
- Sens Accrus
- Vision nocturne
- Connaissance des démons
- Comédie
- Force accrue
- Esquive
- Monte - chevaux
- Coup précis lvl 3
- Arme de prédilection - épée à une main
- Escalade
- Coriace
- Chance
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
- Etiquette
- Intrigue de cour
- Littérature
- Réflexes éclairs
- Linguistique

Dons du Sang:
- Défi de l'Aube
- Innocence Perdue
- Domination
- Ame Profane
- Forme de Familier : Corneille
- Régénération Impie
- Sang argenté
- Sang vif

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- 10 hommes d'armes
- un carrosse tiré par quatre chevaux
- Hans le cocher
- Marcus le capitaine de la garde
- Une petite bestiole attachante nommée Dokhara.

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Dokhara de Soya » 25 janv. 2019, 14:30

A l'intérieur du cercle des roulottes, Dokhara ne fut accueillie que par le chaos et le désespoir. Les stryganis étaient en déroute. Mal préparés face à pareil assaut, sous-équipés, ils menaient une défense désespérée dans un combat perdu d'avance. Les troupes du noble étaient quant à elles partiellement composées de reîtres et de mercenaires : les agresseurs n'étaient pas tant là pour obéir à leur maître que pour satisfaire leurs désirs de destruction, et cela se ressentait dans chaque scène qui se jouait autour de la baronne déchue.
Mais qu'importait ce spectacle affligeant, Dokhara n'en avait cure. Obsédée par une unique pensée, son esprit occultait toute émotion parasite. Elle courait à perdre haleine, cherchant partout du regard celle qui obsédait ses pensées.

Elle vit Idriss et Gouri en difficulté.
Elle ne s'arrêta pas pour les aider.

Elle vit le cadavre de Bubba après avoir trébuché dessus.
Elle ne s'arrêta pas pour le pleurer.

Elle vit un carreau d'arbalète filer juste devant elle.
Elle ne s'arrêta pas pour s'abriter.

Elle vit Tyra, sous une roulotte, violée par un soudard.
Elle ne s'arrêta pas pour la sauver.

Toutes ces scènes qui s'imposaient à elle en courant, ces fragments d'horreur dans la tourmente, ses yeux les percevaient mais son cerveau refusait de traiter l'information. Son corps, son esprit, son cœur, tout son être était ne répondait désormais plus à la raison. Dokhara s'était totalement abandonnée à ce qu'il y avait de plus primitif en elle, et elle ne suivait plus rien d'autre que son instinct de préservation. Seule comptait sa survie. Le bouquet d'émotions qui bouillonnait en elle était mis sous sourdine, totalement inaudible, et ne servait qu'à être moteur de sa course frénétique à travers la mêlée. Sa peur, sa colère, sa tristesse, rien de tout cela ne vint parasiter son esprit entièrement focalisé sur un seul et unique objectif.

Elle vit Lucrétia, à l'orée des bois, maintenant Otto Von Falmer au sol.
Elle s'arrêta, mais pas de son plein gré.

Une main sur son épaule. Quelqu'un essayait de l’empêcher de rejoindre son amante.

Tout son corps réagit par réflexe. Un rictus de pure haine s'afficha sur son visage méconnaissable, alors qu'elle se retournait en hurlant, l'épée levée et prête à frapper.

Marcus Freeh.

La colère s'accumula dans un torrent incontrôlable qui fit voler en éclats le barrage qu'elle avait imposé à ses émotions.


Comment ose t-il m'empêcher de rejoindre celle que j'aime ?


Il a déjà essayé de m'éloigner de Lucrétia lors du combat avec le minotaure.

Il a déjà mis cette main immonde sur moi, ici, sur mon épaule.

Je l'ai déjà mis en garde, lui ai déjà montré qu'il lui en coûterait de se mettre entre moi et elle.




C'est un traître, comme Chavo.


Il jalouse ma relation avec sa maîtresse.


Il me reproche la mort de Hans.




Il veut m'éloigner d'elle pour me prendre en otage, pour me violer sous une roulotte comme Tyra, pour m'égorger avant que je ne puisse accéder à la puissance promise par Lucrétia.


Je ne le laisserais pas faire.


Et pourtant c'est cette même colère qui sauva la vie de Marcus. En la saisissant ainsi, en lui parlant, il l'avait faite sortir de sa torpeur, et lui avait permis de retrouver sa raison. L'épée toujours levée, la main serrée si fort sur la fusée de son arme que les jointures de ses mains blanchissaient, le regard fou, c'est avec une difficulté surhumaine qu'elle réussit à contrôler son animosité et à ne pas frapper. Car Marcus avait raison. Des cavaliers chargeaient Lucrétia. S'ils dépassaient la lahmiane, alors ils arriveraient directement face à Dokhara, qui n'était pas armée pour affronter pareils adversaires. Elle finirait embrochée. Elle ne pourrait que mourir, il n'y aurait pas de miracle cette fois-ci.

Elle ne devait pas rejoindre Lucrétia.

Cette unique pensée, terrifiante, fut d'une invraisemblable difficulté à assimiler pour la jeune femme. Il eut été si aisé de ne pas réfléchir, de tuer Marcus, d'abattre ce minable déchet qui osait avoir raison. De ne pas l'écouter et de courir vers celle qu'elle aimait.

Mais tant qu'elle serait humaine, une fragile, frêle et ridicule petite humaine, elle ne serait jamais autre chose qu'une gêne pour la lahmiane, peu importait combien elle s’entraînait au combat ou s'astreignait à changer de comportement.

Elle hocha de la tête à l'attention de Marcus, presque imperceptiblement. Ce moment d'hésitation, cette seconde perdue, c'était bien plus que ce qu'une personne dans sa situation pouvait se permettre. Alors sans plus douter davantage, Dokhara reprit sa course, Marcus à ses côtés, mais cette fois-ci non plus vers le sud-ouest. Sa nouvelle destination était le nord-ouest, la seule direction dans laquelle ne se trouvait aucun adversaire... du moins l'espérait-elle. Restait à survivre à la vingtaine de mètres la séparant de l'orée de la forêt, où le couvert des arbres la protégerait des charges de cavalerie en ligne droite et des carreaux d'arbalète.

Alors qu'elle s'éloignait de Lucrétia, Dokhara s'assura que de ses morbides écorchures sur son bras tatoué, des gouttelettes de liquide carmin continuaient de s'écouler, n'hésitant pas à ajouter une nouvelle taillade à sa collection si nécessaire. Elle ne pouvait qu'espérer que Lucrétia, qui avait plus d'une fois goûté à son sang, serait capable de remonter cette piste pour la retrouver.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 29 janv. 2019, 20:25, modifié 1 fois.
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par [MJ] Le Grand Duc » 29 janv. 2019, 11:31

Pour Lucrétia

Otto von Falmer se releva avec un grognement de douleur, solidement maintenu par la lahmiane. Cette dernière pouvait sentir la carcasse du hobereau trembler dans son armure en faisait cliqueter sa cotte de maille. Peur, colère, douleur et lame appuyée contre la carotide avaient eu raison du sang froid de l’ostlander.

Lucrétia vit juste et les chevaliers interrompirent tant bien que mal leur charge à quelques mètres à peine de leur cible, ne voulant pas prendre le risque de massacrer leur seigneur en même temps que la sorcière. Les destriers, confus, se cabrèrent ou firent des tours sur eux-même avec nervosité.


- « Errrh … Faites ce qu’elle dit ! » beugla Otto à ses hommes, les dents rougies et du sang à la commissure des lèvres. « N’attaquez pas, rappelez les autres. » Ses ordres ne rencontrèrent que l’hésitation. « ALLEZ, FOUTRENOM. »

L’un des chevaliers releva sa visière et porta la main à sa selle pour saisir une corne de chasse dans laquelle il souffla trois coups brefs. Ses compagnons restèrent aux abois, les mains sur leurs armes, scrutant les mouvements de l’Immortelle à travers la fente de leurs heaumes.

C’est à cet instant qu’un grand fracas de bois éclaté retentit depuis le campement en contrebas, rapidement suivi d’un rugissement effroyable et de cris de terreur. Les chevaux hennirent, les yeux révulsés, et quelques chevaliers se tournèrent vers cette nouvelle menace alors que, déjà, deux ou trois soldats paniqués remontaient le sentier vers la forêt en détalant aussi vite qu’ils le pouvaient.

Les sens de Lucrétia ne pouvaient pas la tromper : à travers l’odeur rance de sueur et de peur, celle métallique et suave du sang d’Otto qu’elle tenait serré contre elle, elle pouvait percevoir cette fragrance éthérée et creuse, celle de la pierre tombale et des derniers soupirs, des pleurs et des malédictions. Celle de la Dhar.


Pour Dokhara
Marcus chercha rapidement une issue dans cette cohue et fit signe à Dokhara de le suivre.

Ils se mirent à courir vers l’orée de la forêt, slalomant entre les corps et les combats en espérant profiter du chaos ambiant pour passer inaperçus. Mais un soldat surexcité par le massacre leur barra la route en poussant un cri rageur et se jeta sur eux en pointant hallebarde. Marcus bouscula Dokhara pour s’interposer. La jeune femme roula au sol et se remit sur pieds d’un bond pour voir le soldat debout au-dessus du capitaine de Bratian, plantant son arme encore et encore dans le corps de Marcus tandis que ce dernier se recroquevillait en poussant un râle.

Il y eut soudain un grand fracas et une pluie d’échardes de bois vola depuis l’une des roulottes, réduisant instantanément les combats en un silence ahuri. Un rugissement bestial secoua la clairière et l’enfer se déchaîna sur les ostlanders.

Tout se passa trop vite pour que Dokhara puisse saisir ce qu’il se passait. Une forme gigantesque bondit et retomba sur un soldat, et des membres giclèrent dans une tornade de sang. Déjà la masse sautait sur un second, puis un troisième soudard et les faisait éclater tout de même. Ce fut la débâcle. Les ostlanders se mirent à courir de toute part vers la forêt en poussant des cris de terreur, jetant leurs armes et détalant à toute vitesse. Les stryganis, à l’inverse, s’aplatirent immédiatement au sol dans une position de prosternation, les mains devant eux et le visage contre les genoux.

La forme s’immobilisa un instant, et Dokhara pu la voir plus distinctement. C’était un monstre grand comme deux hommes, tout de muscles noueux et de tendons, se tenant debout sur des pattes reptiliennes. Son poitrail était large et ses mains terminées par des griffes aussi acérées que des dagues et déjà rouges de sang et de tripes. Ses coudes et sa colonne vertébrale étaient des épines osseuses et sa tête – quelle tête – celle d’une créature assoiffée de sang, une gueule démesurée aux crocs saillants et à la mâchoire distendue, des yeux noirs et cruels, deux fentes en guise de nez, des oreilles pointues et des aiguillons de chitine noire sur le crâne. Sa peau était pâle, semblait épaisse comme du cuir et était intégralement parcourue de sillons et de scarifications en relief dessinant des symboles semblables à ceux qu’Yrié traçait. Ses cuisses et ses bras étaient en outre parés de nombreux et épais cerceaux en or martelé d’une finesse rare figurant des scènes et des personnages. Des dizaines de pendentifs ornaient ses oreilles, petites plaquettes dorées qui s’entrechoquaient tandis que le monstre dardait son regard de prédateur sur les soldats. L’une d’elles pendait même de son menton, où elle semblait fixée à même la chair.

Cette créature de cauchemar baissa la tête vers Tsinep prostrée devant la roulotte à la porte défoncée, et étira la mâchoire pour prononcer une série de borborygmes graves et incompréhensibles. Il reporta ensuite son attention sur les soldats qui fuyaient de toute part et galopa pour les rattraper, les massacrant un à un tandis que les autres s’éparpillaient dans la forêt.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 29 janv. 2019, 19:34

Otto n’avait eu de cesse que de trembler tout au long des exactions de la Lahmiane. Il n’avait plus rien à voir avec le guerrier déterminé et téméraire qu’il avait incarné jusque-là, menant plus d’une trentaine de soldats au combat. Sous la poigne de Lucretia, il venait tout de révéler sa vraie nature ; un rodomont qui n’avait que le courage de charger une poignée de gitans, point davantage. Face à l’adversité que lui avait opposée la vampire, il s’était simplement effondré, et cela aussi bien physiquement que mentalement. Son petit esprit humain reflétait bel et bien l’état de sa condition physique ; frêle, fragile, et méprisable. La douleur avait eu raison de lui, au même titre que la peur et la colère issue de sa totale impuissance.

Par ailleurs, sa crainte avait crû que plus encore lorsque la Lahmiane l’avait redressé que pour mieux l’exposer aux lances de ses propres cavaliers. Bien que submergé par la haine, il avait tout de suite compris le danger auquel il faisait face. L’homme s’était subitement raidi dans son armure, ses poings s’étaient refermés, ongles mordant ses paumes, et ses tremblements s’étaient intensifiés. Droit comme un piquet, il avait tenté de reculer à tâtons, mais s’était heurté au mur stoïque et intransigible que formait le corps de la baronne de Bratian. Un mince filet de sang s’était écoulé le long de son cou, la lame de la vampire ayant légèrement entaillé sa peau.

Néanmoins, force était de reconnaître qu’une charge de chevaliers en armure, armes ainsi abaissées, avait de quoi vous tétaniser sur place, et, si ce n’avait été son petit ton supérieur et orgueilleux, Lucretia eût amorcé un pas en arrière. Mais la Lahmiane n’avait plus le choix. Après avoir fait main-basse sur le hobereau, après avoir exhibé un visage si fort et si confiant, elle n’avait pu dévier de sa ligne directrice. Incarner, face à ces guerriers, une figure de confiance et de puissance que rien ne pouvait faire frémir. Leur montrer que la sorcière qu’ils craignaient tous était bien réelle, et que ses pouvoirs comme sa magie dépassaient leur entendement. Nourrir leurs peurs et saper leur courage afin d’apporter plus de crédit encore à ses prochaines paroles. Car elle-même ne connaissait son futur, et, sur un malentendu, pouvait tout à fait essuyer un cruel revers.

Mais cette attitude avait toutefois porté ses fruits ; les cavaliers, la voyant ainsi menacer la vie de leur meneur sans fléchir, avaient tiré sur leur bride. Les montures avaient freiné des quatre fers, ruant, hennissant, leur mors manquant de leur arracher la bouche, quand d’autres avaient tout simplement dévié leur course de peur d’embrocher leur seigneur. Désormais entourée d’ennemis, Lucretia ne relâcha pas sa prise, et tourna çà et là, prête à trancher la gorge de son prisonnier. Ce dernier finit par proférer ces mots qu’elle attendait tant, ces phrases qui marqueraient, l’espace d’un temps, l’arrêt des combats.

L’un des cavaliers retira son heaume, et, portant à ses lèvres un cor de guerre, souffla dedans. L’instrument tonna dans toute la forêt, dérangeant les oiseaux qui s’envolèrent, et l’ouïe acérée de la vampire lui causa quelques douleurs. Mais elle tint bon, menaçant toujours son otage, et son regard se porta en direction du campement. Le spectacle qu’elle avait espéré voir se réalisa ; les soldats, bien que toujours menaçants, rompirent l’engagement, reculant de quelques pas, mais ne quittant pas des yeux les gitans. Les derniers des khilis, constatant l’attitude soudainement passive des ostlandais, battirent à leur tour en retraite, calmant leur respiration, récupérant de leurs derniers émois. Mais cette paix tacite, bienvenue, et à peine forgée, éclata une demi-seconde plus tard.

La forêt bruissa d’un nouveau coup de tonnerre, mais il ne s’agissait aucunement de la longue et lente complainte d’un cor. Quelque chose venait d’entrer dans l’enceinte que formaient les roulottes, dissimulé au regard de la Lahmiane. Quelque chose qui sembla apporter la terreur et la mort. Les chevaux s’emballèrent, fuyant ce qui venait d’arriver, bientôt poursuivis par les hommes. Si Lucretia n’avait aucun visuel sur la chose, elle parvenait en revanche à la percevoir quelque peu, notamment au travers de son sixième œil.

La Dhar. Ça embaumait la Dhar à des lieues à la ronde, et l’odeur de mort s’engouffra dans la clairière comme un pot de chambre que l’on aurait renversé. Quoi que cela pût être, cela n’avait très probablement plus rien de vivant, et était à même de compromettre la sécurité de chacun, y compris celle de Lucretia. Mais cela impliquait tout autant l’existence de Dokhara, qu’elle avait laissée dans le campement. La Lahmiane ne pouvait décemment pas la laisser là, tout comme elle ne tenait guère non plus à voir Otto s’enfuir avec ses hommes. Alors, le harpant plus fort que jamais, elle descendit vers la clairière.

Je cherche Dokhara en continuant de maintenir Otto. Et si je peux voir ce qu’il se passe, je prends aussi.
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Dokhara de Soya » 31 janv. 2019, 14:21

C'était une erreur que de croire que le cœur de la mêlée quitté, elle arriverait plus facilement à rejoindre le couvert que pourrait octroyer l'orée de la forêt. Ça et là des chevaliers se battaient contre des stryganis qui s'étaient retrouvés isolés en tentant de fuir l'embuscade. Quelle belle organisation meurtrière et bien rodée que voilà, des hommes restant en retrait des combats pour abattre les fuyards. Comme Mingrélie. Comme Marcus et elle.
Pas de carreau d'arbalète pour les arrêter dans leur course cette fois-ci, mais un hallebardier ivre de massacre qui fonça droit vers elle, souhaitant profiter de l'allonge de son arme pour l'abattre sans difficulté. Elle n'eut le temps de se mettre en garde ni même de réagir, que déjà Marcus joua les héros, la bousculant pour la protéger, et se mettre sur la trajectoire de l'arme.

Alors qu'elle se releva d'un bond, prête au combat, elle ne put que constater les conséquences de l'héroïsme de Marcus. Elle l'avait sauvé de la maladie inoculée par des armes gobelines pour mieux le voir se sacrifier aujourd'hui. Pourquoi avait-il choisi, plutôt que de fuir seul, que de s'enquérir d'elle en plein champ de bataille ?

Un cadavre de plus sur la longue liste des dommages collatéraux qu'elle aura provoqué.

Dokhara tomba à genoux. Quand le chaos des affrontements avait commencé, elle avait réussi à compartimenter son esprit. Mettre de côté ses sentiments, les enfermer dans une petite boite, et ne plus se concentrer que sur sa survie. Peu importait les stryganis morts, elle gérerait sa culpabilité une fois sortie d'affaire aux côtés de la lahmianne. Mais lorsque Marcus l'avait interceptée, lorsqu'elle avait été forcée de prendre la décision de ne pas rejoindre Lucrétia, la petite boite s'était fissurée. Et voir Marcus mourir fut cette fois-ci le coup de trop porté à une femme qui tentait tant bien que mal de ne plus laisser ses émotions l'affaiblir.

Ils l'abandonnaient tous, toujours, tout le temps. Quel genre de malédiction perverse était-ce là ? Pourquoi tout ce qu'elle touchait finissait invariablement détruit ou perverti ? Ca n'avait pas de sens... elle avait juste joué avec les émotions d'un jeune homme qui lui devait la vie. Elle avait failli mourir en affrontant ce minotaure, c'était un acte de bonté, il serait mort sans elle, alors pourquoi ? Pourquoi ses actions méritaient de se conclure en un tel carnage ?

Jusque là elle s'était convaincue si fort. Peu importait les dommages collatéraux, peu importait combien seraient blessés ou tués pour elle, cela importait peu. Car devenir vampire serait une renaissance, un nouveau départ, et tous ces regrets et remords n'auraient plus de sens une fois qu'elle serait devenue une créature supérieure. Une argumentation égoïste et sans failles qui permettait d'avancer en oubliant le passé, en oubliant Wildred, Rolff, Harold, Rhomgar, Gart, Gustav, Nicklaus, Elli, Lilli, Lutgard, Vester, Nadja, Ewald, Geralt, Ludwig, Ruud, Cogneur, Edrik, Alda, Ilsa, Ingrid, Hans... ceux qui l'avaient abandonné, soit en la fuyant, soit en la trahissant, soit en mourant. Tant de personnes qui ont voulu l'aider, et qui reste t-il aujourd'hui ? Personne. Elle était seule. Même Lucrétia ne pouvait être assez puissante pour affronter les cavaliers d'Otto et la sauver en même temps. Les deux derniers fragments de son passé de baronne Von Schwitzerhaum étaient retournés à la poussière dans cette foutue fuite.

Ça suffit.

Ça suffit.

Des larmes coulent sur ses joues. Elle s'était jurée de ne plus pleurer. De ne plus être cette fille-là. Mais elle ne contrôle plus rien. Avait-elle déjà contrôlé quoi que ce soit de toutes manières ? Elle était un jouet, que son père avait vendu à des prétendants, dérobé par des voleurs, puis perverti par des cultistes, avant d'être récupéré par une vampire. Une femme qui en a marre de croire qu'il y a une échappatoire, qui se moque qu'Erengrad soit si proche car elle n'arrive plus à voir une conclusion satisfaisante à son histoire.

Un rugissement monstrueux la sort de sa spirale de culpabilité. Il faisait écho à son esprit à ce beuglement de minotaure, celui qui aurait pu précéder sa mort. Elle avait réchappé à son destin cette fois-là aussi, sauvée par Hedred. Qui était mort des mains de la créature à cause de son héroïsme.

Toujours à genoux, Dokhara tourna la tête pour voir la provenance de ce nouveau capharnaüm de destruction. Et elle aperçut alors cette chose monstrueuse, ce colosse tout en griffes et en crocs, se déplaçant à une vitesse surhumaine dans le champ de bataille pour broyer les soudards en une fraction de seconde dans une avalanche de membres arrachés et de hurlements de terreur et de douleur.

Dokhara était trop bouleversée pour vraiment comprendre ce qui se passait. La chose massacrait les ostlanders mais pas les stryganis, qui semblaient vouer une certaine ferveur envers elle, n'hésitant pas à se prosterner devant elle.

Comme ils le faisaient devant Lucrétia.

Stryge.

"Vampires bannis et traqués par les autres lignées". C'est comme cela que Lucrétia lui avait décrit ces choses il y a longtemps. Dokhara ne savait rien d'elles, ses recherches personnelles s'étant toujours limitées aux lahmiannes lorsqu'elle avait vainement tenté de mieux comprendre son amante. Si elle avait pu nommer cette chose, ce n'était que par déduction en voyant les réactions des stryganis à son égard, ainsi que les similarités entre leur culture et les tatouages et breloques présents sur son corps.

Ami ou ennemi ? Impossible à savoir. Mais la créature était magnifique, tant dans sa puissance brute que sa rapidité. La violence avec lesquelles elle détruisait le corps de ses adversaires était hypnotique, et Dokhara resta là plusieurs secondes, agenouillée et les yeux embués de larme, incapable de lâcher des yeux le spectacle sanglant qui se jouait devant elle. Là où tous les ostlanders s'en retrouvaient terrorisés, fuyant le champ de bataille en hurlant pour leur survie, imitant ironiquement leurs précédentes victimes, Dokhara restait abasourdie et incapable de se mouvoir. Elle ne ressentait rien d'autre qu'une fascination morbide pour la scène qui se jouait devant elle.

Cette bête... c'était ça que Lucrétia cachait au fond d'elle. Cette bestialité, cette brutalité, cette force. C'était beau.

Quelque chose au fond d'elle, l'instinct primaire qui l'avait amenée jusqu'ici, sembla retrouver un semblant de contrôle. Sans y prêter attention, ses pensées perdues dans le marasme de ses émotions entre peur et culpabilité, colère et fascination, Dokhara de Soya trouva la force de se redresser sur ses jambes et de se remettre à marcher, péniblement, en direction de Lucrétia. Autour d'elle, des cadavres et des cris, et derrière, la bête qui tuait, encore et encore. Mais quelque chose au fond d'elle de profondément égoïste voulait encore survivre, quoi qu'il arrive, peu importait les conséquences et les victimes.

Alors pas après pas, avec autant de larmes coulant de ses yeux que de sang dégoulinant de son bras, les mâchoires si serrées que la douleur en résultant lui permettait de rester lucide, elle progressa lentement vers la seule et dernière personne qui ne l'avait pas encore abandonnée.
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par [MJ] Le Grand Duc » 01 févr. 2019, 19:15

Lucrétia descendit jusqu'à l'orée de la clairière, maintenant solidement Otto von Falmer devant elle, sa lame toujours plaquée contre la carotide du hobereau. Des soldats terrorisés passaient à côté d'eux dans le sens inverse sans jeter un regard à leur seigneur et maître ou à la sorcière qui le retenait captif. Seul l'effroi se lisait dans leurs yeux écarquillés, et ils n'avaient en tête que de fuir pour leur vie.

Lorsque la lahmiane traversa la dernière ligne de troncs, ce fut pour voir le carnage qui avait eu lieu ici. Les corps jonchaient le sol, étendus ça et là dans l'herbe grasse, portant tantôt la tenue bigarrée des stryganis tantôt l'uniforme noir et blanc des ostlanders. L'une des roulottes était en feu, et le brasier menaçait de se propager à la suivante. Au milieu de cette scène, les gitans survivants étaient tous prostrés au sol, au même niveau que les cadavres, face contre terre. C'est à cet instant que Lucrétia vit s'avancer le monstre entre deux véhicules. Un stryge, sans l'ombre d'un doute, dont le corps était maculé des éclaboussures de sang de ses victimes. Il traînait encore un soldat qui hurlait à la mort, la main griffue du vampire refermée sur sa tête. L'Immortel marchait lentement jusqu'au centre du camp, écrasant nonchalamment le crâne du malheureux dans sa poigne avec un bruit écœurant avant de laisser mollement le corps tomber au sol.

Et au devant de tout cela, Dokhara qui marchait vers elle, le bras ruisselant de sang et les joues humides de pleurs.

Derrière la châtelaine de Bratian, un chevalier plus courageux que les autres refusa de fuir face à l'horreur et éperonna sa monture en invoquant Ulric. Il fonça droit vers le stryge, passant à côté des deux baronnes sans s'arrêter. Le stryge le repéra et gronda en se campant sur ses jambes musculeuses. Le chevalier poussa un cri de guerre en abaissant sa lance et percuta le vampire, lui enfonçant son fer en plein poitrail. Mais le monstre était loin d'être terrassé. Sans même broncher, il saisit la lance qui dépassait de son corps d'une main et la souleva, avec le chevalier au bout. Le pauvre bougre s'éleva dans les airs avec un cri et retomba avec fracas aux pieds du stryge. Ce dernier poussa un rugissement en plongea ses griffes dans la cuirasse de l'homme qui beuglait comme un damné, écartant le métal aussi facilement qu'une feuille de papier et l’étripant d'un coup de mâchoire en éclaboussant les alentours de viscères.

Il se redressa, le sang ruisselant de sa gueule démesurée, et posa ses yeux cruels sur Dokhara, Lucrétia et Otto von Falmer, tandis que la blessure qu'il avait à la poitrine se résorbait comme par magie.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 02 févr. 2019, 22:43

Tout, autour d’elle, n’était plus que fuite éperdue. La vingtaine de soldats ayant pénétré dans le campement s’esbignait ventre à terre, sans même prêter attention à leur seigneur que la Lahmiane tenait serré contre elle. Les visages se résumaient à des traits étirés et livides, les bouches se tordaient en une grimace horrifiée, et les yeux roulaient follement dans les orbites. Les mains s’étaient affranchies de toute lame, de tout poids supplémentaire, s’assurant de la sorte une course bien plus rapide afin d’échapper à l’innommable. Là, Lucretia vit un homme s’arracher les ongles en tentant de gravir un monticule bien trop abrupt pour lui. Dans sa frayeur, il s’était focalisé sur le chemin direct, le plus droit, le plus court, sans même remarquer qu’un raidillon à quelques pas de là l’aurait emmené au sommet du talus. Plus loin, la camaraderie entretenue par l’armée venait de voler en éclat ; deux frères d’armes se poussaient l’un l’autre afin d’être le premier à disparaître de la clairière, ignorant totalement un troisième guerrier, coincé sous une roulotte en feu. Ses gesticulations et ses appels à l’aide n’eurent comme écho que les cliquètements de plus en plus lointains des cottes de mailles et les martèlements frénétiques des bottes sur la terre. Bientôt, ses cris de désespoir se muèrent en hurlements d’épouvante alors que les flammes commençaient à lui lécher le corps.

Lorsque la Lahmiane entra véritablement au milieu du campement, son regard engloba le carnage qu’avait provoqué les ostlandais. Les cadavres s’éparpillaient les uns sur les autres dans des postures grotesques, des armes constellaient le sol rougeâtre avec, parfois, une main toujours accrochée autour de la poigne. Force était de constater que la plupart des macchabées appartenaient aux khilis ; sous les vêtures déchirées et les hautes herbes piétinées se distinguaient bien souvent une peau hâlée, parcourue de noires arabesques, ou encore des silhouettes bien trop frêles, chétives et recroquevillées pour appartenir à la soldatesque. Les corps des soldats, ainsi bien moins nombreux, gisaient aux côtés de leurs homologues, signe d’une certaine discipline, là où les gitans n’avaient été que trop désorganisés.

Puis, un peu plus loin, Lucretia aperçut les rescapés. Ils se tenaient immobiles, prostrés, courbés vers l’avant. Au milieu du crépitement du début d’incendie, au beau milieu des râles des mourants, ils demeuraient là, ignorant tout ce qui pouvait bien se passer autour d’eux. C’est alors que l’ancienne baronne de Bratian remarqua l’objet de leur subite vénération. Un monstre, une bête, une abomination de la nature, ne serait-ce que de par sa simple apparence. Une large carcasse, trapue et noueuse, qui irradiait d’une puissance maléfique. Des chairs putrescentes, des mains griffues, une gueule bien trop longue pour être humaine, et bien trop garnie de crocs démesurés et irréguliers. Des excroissances surgissaient de ses os, traversant le cuir fuligineux et épais de sa peau, et se terminaient en petites pointes, en pics hérissés. Voilà d’où provenaient ces effluves de Dhar qu’avait ressentis Lucretia. Ce n’était pas quelque spectre ou nécromancien, non, mais bien un Immortel, un vampire, et l’un de la pire engeance possible ; un stryge.

La chose, sa silhouette trapue maculée de sang, se déplaçait entre les roulottes avec la nonchalance de ceux qui y viennent en maître. Le pas était lourd, pesant, lent, et, à chacune de ses enjambées, la terre manquait tout juste de trembler. Dans son sillage, il traînait le corps d’un ostlandais, dont le crâne était emprisonné entre les doigts refermés de la créature. Il gémissait de douleur, se tortillait comme il le pouvait, mais, sous la pression du vampire, il ne parvenait point à ouvrir la bouche afin de lâcher au monde un hurlement libérateur. Les griffes recourbées de la bête lui lacéraient le visage, lui défigurant que plus encore les traits sur lesquels s’écoulaient des flots de sang. Dans un craquement écœurant, le cartilage fut broyé par la force du stryge, qui abandonna le cadavre. Enfin, entre Lucretia et l’autre vampire se trouvait Dokhara.

Si le cœur de la Lahmiane avait toujours cogné dans sa poitrine, nul doute qu’il eût manqué un battement de soulagement en la retrouvant. Elle avait craint pour sa sécurité, avait perdu le contact avec elle après s’être envolée, et n’avait eu de cesse que de penser à elle tout au long de ces longues dernières minutes. Au beau milieu du combat, personne n’était à l’abri d’un coup porté dans le dos ou d’une sagette fusant au hasard ; le danger était partout, et pouvait venir de tous les côtés à la fois. Et Dokhara, elle, avait pour elle la fâcheuse tendance à se fourrer dans de beaux draps. Mais également d’y réchapper, ainsi qu’elle venait de le faire. Pas toujours en bon état, toutefois.

Car la jeune femme affichait pâle figure. Elle avait le pas difficile, se tenait le bras, et ses joues scintillaient des dernières larmes versées. Ses habits en piteux état s’étaient colorés d’un rouge foncé en divers endroits, à tel point que Lucretia ne parvenait pas à deviner s’il s’agissait de son sang ou de celui de ses adversaires. Voir ainsi son visage ingénu et perdu, plus vulnérable que jamais, lui déchirait le cœur. L’envie de courir la rejoindre grandissait en elle, comme une lame de fond menaçant de tout emporter sur son passage. Mais elle se retint, une fois de plus. Le stryge.

Lucretia ne pouvait décemment pas se jeter à la rencontre de son amante sous l’œil cruel, mais néanmoins intelligent, de cette bête. C’eût été avouer l’une de ses faiblesses sans rien gagner en retour, nul avantage, nulle connaissance. Elle ne savait rien de cette créature, de son nom, de sa provenance, ou même de ses intentions. Elle s’était attaquée aux ostlandais car ces derniers avaient massacré les gitans, son peuple – Lucretia connaissait bien le lien qui unissait ces êtres immondes aux stryganis. Mais, à présent que la menace avait été éradiquée, quels étaient les projets du stryge ? La considérait-il comme un ennemi ? Eu égard au bagage historique qui séparait leurs deux lignées, cela ne relevait pas du domaine de l’impossible.

Le galop d’une monture se fit entendre loin derrière elle, et Lucretia se retourna d’un geste, emportant avec elle son otage. L’un des cavaliers du hobereau avait lancé son destrier à pleine vitesse, tout droit sur eux. Et sur Dokhara qui se tenait à une encablure derrière elle. Lucretia jura. Tant pis, elle ne prendrait pas le risque de voir sa consœur se faire transpercer d’une lance tout juste après l’avoir retrouvée. Elle la préserverait, dût cela se faire sous le regard du vampire. Elle se précipita à la rencontre de la jeune femme, mobilisant sa force et sa vélocité surhumaines, et usa du même stratagème ; la Lahmiane plaça Otto devant elle, se protégeant tout en assurant la défense Dokhara. Si le cavalier désirait tant que cela mettre fin à leur vie, alors lui faudrait-il pourfendre son seigneur dans un premier temps.

Mais l’homme les ignora, purement et simplement, pour continuer sa route jusqu’à atteindre le stryge. Sa lance se ficha dans les chairs mortes du vampire, lequel ne tressaillit pourtant pas. Plus encore, dans un stoïcisme déconcertant, il s’empara de la lourde tige de bois, la retira de son poitrail, et la secoua tout bonnement. Le chevalier, qui s’y était agrippé, fut violemment arraché de sa selle, tombant aux pieds de l’Immortel qui ne fit alors qu’une bouchée de lui. Eventrant la cuirasse, il se nourrit des entrailles du soldat à l’agonie, et la plaie de sa blessure se referma. Alors, il se redressa, et son regard erra sur les deux jeunes femmes.

Difficile, pour Lucretia, de ne pas ressentir de dégoût face à pareille vision. Difficile d’ignorer la décadence de cette chose qui souillait le sang pur des Immortels. Dire que cet amas de tendons et de chairs viciées se disait appartenir à leur monde. Ça empestait, ça puait la mort et la Dhar, ça n’avait pas la décence de se cacher aux regards des autres, et ça se complaisait dans sa médiocrité. Les stryges étaient aux Immortels ce que les pouilleux étaient à l’Empire ; sales, odorants, et inutiles. Rien de noble dans leur apparence, rien de distingué dans leur manière, rien de raffiné dans leur nourriture. Ils ne valaient pas davantage que les goules qui les accompagnaient, et avec lesquelles, assurément, elles copulaient. Une infection qui gangrenait les lignées, qui se répandait aux quatre coins du Vieux Monde, et qu’il fallait absolument éradiquer.

« Si je m’attendais à voir ça... »

La voix de la Lahmiane était froide et méprisante, à l’image de son expression. Elle se tenait là, bien droite, le menton légèrement relevé, et morguait la bête de son regard émeraude. Tout dans son attitude transpirait la condescendance et le dédain, tandis qu’elle effectuait deux pas dans sa direction.

« Tu en as mis, du temps, pour venir sauver les tiens », lâcha-t-elle ensuite, et c’était tout juste si elle n’avait pas prononcé le mot chien à la fin de sa phrase. Elle le considéra de nouveau, de haut en bas, avec ce même air affecté et dégoûté qui la caractérisait si bien, puis tourna son regard en direction des gitans.

« Pauvres humains… », laissa-t-elle échapper dans un murmure qui en disait long sur son ressenti. Elle sembla alors se remémorer quelque chose, et se tourna frénétiquement à gauche, puis à droite, faisant voleter Otto dans son sillage tout en scruttant les environs.

« Où est Chavo ? Où est passé ce f… ce coquart ? »
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Dokhara de Soya » 04 févr. 2019, 11:11

La clairière puait le sang et le bois brûlé.

Dokhara enjamba un corps. Un khili au vu de ses vêtements. Écroulé sur le ventre, son visage était tourné vers le sol et elle ne le reconnut pas. Elle n'attarda pas son regard, pas plus que sur les précédents. Elle n'avait pas envie de savoir, elle ne voulait pas faire l'inventaire des victimes que ses actes avaient provoqué.

A sa droite, les cliquetis frénétiques de l'armure d'un reître qui courait à perdre haleine, tentant de trouver refuge dans les bois, encore à une bonne poignée de mètres devant lui.

Un cri de douleur derrière elle - un autre soudard n'avait pas réussi à s'échapper à temps et se faisait réduire en charpie par la stryge. Ses hurlement se mêlèrent à celui d'un autre qui, d'après ses beuglements, se faisait incinérer vivant, sans doutes prisonnier des flammes que ses compagnons avaient volontairement propagé au sein des roulottes.

Dokhara ne s'était pas retournée. A quoi bon ? Elle pouvait deviner ce qui arrivait à ces hommes rien qu'avec les hurlements qu'ils produisaient, et ne comptait certainement pas leur prêter assistance. Quant à la créature, si cette chose décidait soudainement de la charger pour la tuer, si aucun de ces soldats expérimentés n'avait eu la moindre chance avec leur équipement de guerre, que pourrait-elle faire dans ses guenilles de gitane ?

Elle n'avait qu'un objectif, alors qu'importait ce qui se déroulait encore autour d'elle : pas après pas, elle avançait vers sa destination. Et lorsqu'enfin elle devina la silhouette de Lucrétia devant elle, quittant l'orée des bois, le rythme de ses battements de cœur s’accéléra. Du dos de la main gauche, elle tenta d'essuyer les larmes qui gênaient sa vision mais ne réussit qu'à étaler un peu plus de sang sur son visage qui en était déjà maculé par sa tentative ratée d'intimidation. La voir renforça son unique désir, son obsession de se retrouver auprès d'elle, de se blottir dans ses bras et de s'abandonner à elle, de fuir tous ces sentiments qui la rongeaient, de transmettre son fardeau à la femme forte qu'était Lucrétia.

Et pourtant, si ses enjambées se firent plus grandes et son rythme de marche accéléré afin de rejoindre au plus vite sa conjointe, Dokhara était tout comme elle encore lucide du danger qui les menaçait encore. Les ostlanders étaient certes défaits, mais ils avaient été remplacés par la stryge, dont les intentions à leur égard restaient incertaines. Si elle protégeait les stryganis, les considérerait-elles comme des alliées s'étant battues aux côtés des gitans ou comme des ennemies, responsables du carnage qui avait eu lieu ?

Mais alors qu'elle n'était plus qu'à quelques mètres de Lucrétia, elle vit un cavalier derrière son amante la charger, lance en avant. Que ce soit par le regard de Dokhara ou le bruit du galop, la lahmiane comprit la situation et réagit en un éclair, bondissant vers elle à une vitesse surhumaine avant de se retourner vers le danger, et utilisa son otage tel un bouclier, parée à encaisser le choc à venir. Dokhara quant à elle s'était immobilisée, incapable de bouger, craignant pour la vie de sa consœur dont elle avait l'espace d'un instant oublié la nature vampirique.

Mais l'impact ne vint jamais. L'ostlander et sa monture les dépassèrent toutes deux, poursuivant sa course vers le cercle de roulottes, pour percuter la stryge de plein fouet. La lance de cavalerie d'enfonça profondément dans son torse, si bien que Dokhara crut le monstre vaincu par cet acte héroïque. La suite lui prouva une fois de plus combien elle sous-estimait la race des vampires. L'homme fut soulevé de sa monture, massacré et partiellement dévoré, par une stryge qui avait retiré la lance de son abdomen comme s'il s'était agi d'une vulgaire écharde.

Même si le danger ne les avait pas ciblées, Lucrétia avait pourtant agi en un instant pour la protéger. Voir la vampire si prompte à la protéger, se rappeler qu'elle comptait à ses yeux, voilà qui permit à Dokhara de retrouver un tant soit peu d'assurance et de clarté dans ses pensées. Elle jeta un œil à son otage qu'elle reconnut enfin : Otto, ce pitoyable nobliau qui avait cru bon de venir chercher la gloire de leur capture. Elle aurait aimé pouvoir le détester, le tenir responsable pour toutes les victimes faites, mais elle n'arrivait pas à perdre sa lucidité, et à se réfugier dans l'accusation d'autrui. Le noble n'était qu'un domino qui s'était affaissé parmi tant d'autres dans une réaction en chaîne, il n'était pas le réel instigateur de la situation.

Cela ne l'empêcha pas pourtant de cracher au visage de l'otage solidement maintenu par la poigne de fer de la lahmiane. Voilà qui n'était pas digne d'une baronne, mais elle ne possédait plus ce titre après tout. Elle n'était qu'une sorcière, une gitane, une jadokari. Alors, d'une voix aussi glaciale que son regard, elle lui dit :

- Vous auriez du écouter nos menaces. Trop tard pour regretter désormais. Je suis désolée, pour vos hommes, pour vous, pour votre femme, et pour votre fils.

Puis elle détourna les yeux pour croiser le regard émeraude de son amante. D'un hochement de tête presque imperceptible, elle lui communiqua ce qui était nécessaire : elle avait retrouvé ses esprits, et saurait affronter la suite des évènements. Elle espérait avoir réussi à partiellement cacher la détresse qui faisait tambouriner son cœur, qui suppliait cette journée d'enfin se conclure pour qu'elle puisse juste s'affaisser, et se cacher du monde dans les bras de son amante.

Alors que Lucrétia s'avançait vers la stryge, son otage fermement agrippé, Dokhara suivit ses pas en veillant bien à rester légèrement en retrait. Dans pareil échange, elle n'avait nullement la place d'égale des deux vampires, tout au plus celle de muette servante. Et alors que sa consœur s'adressait avec une absence notable de respect à la monstrueuse créature dont la gueule ouverte laissait encore échapper le sang de ses victimes, Dokhara tenta de toutes ses forces de ne pas laisser paraître la surprise et la peur qui la saisirent, pour uniquement se concentrer sur le seul individu qu'elle pouvait haïr tout autant que Lucrétia pour sa responsabilité dans ce massacre : le deux fois parjure, Chavo.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 10 févr. 2019, 18:50, modifié 1 fois.
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Dokhara de Soya, Voie de l'aristocrate, Noble
Profil: For 9 | End 9 | Hab 11 | Cha 15 | Int 11 | Ini 10 | Att 11 | Par 11 | Tir 10 | NA 2 | PV 75/75
Compétences : Étiquette, Diplomatie, Séduction, Éloquence, Alphabétisation, Musique (violon), Danse, Chant, Tatouage Empathie, Bagarre, Sang-froid, Résistance accrue (spécialisation alcool), Fuite
Fiche de personnage

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