[Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Les gens du Hochland sont célébres pour leurs talents de chasseurs et les denses forêts de leur province. Une bonne partie de leurs armées est composée d'habiles arquebusiers. Le Comte Ludenhof tient sa cour à Hergig.

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[MJ] Le Grand Duc
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par [MJ] Le Grand Duc » 18 déc. 2018, 11:43

Lucrétia, dans la caverne

L’argent mordit la peau de la lahmiane lorsque celle-ci le passa au doigt, brûlant sa peau et rongeant sa chair morte. Lucrétia, dont la condition de mort-vivant lui empêchait de ressentir toute douleur physique, fut subitement emportée par une vague de souffrance, comme si son âme même, noire et corrompue, était ébranlée. Mais l’Immortelle était également dotée d’une volonté surnaturelle qui lui permit de passer outre cette souffrance, et de la supporter.

Lorsque qu’elle enfila l’anneau, la matière laiteuse que contenait la pierre sertie se mit à tournoyer furieusement dans son habitacle. Lucrétia pouvait sentir le bijou vibrer, elle l’entendait presque bourdonner. Puis soudain le mouvement cessa et le brin de brume sembla s’évaporer et disparaître, laissant la pierre vide et translucide un instant. Il y eut un temps mort, suspendu, et soudain un éclair blanchâtre illumina la grotte alors qu’un hurlement strident secouait les parois de pierre. Un hurlement lointain, brouillé, venu d’outre-tombe. Un hurlement de femme.

Lucrétia se retrouva face à la silhouette fumeuse d’une banshee. Le fantôme était de cette matière presque translucide, d’un blanc aux reflets vert pâle et fluorescent, dont étaient faits les esprits des défunts auxquels Morr refusait le repos éternel. Le visage de l’apparition était changeant, comme fait de deux couches qui, tour à tour, se superposaient ou se substituaient. L’une était celle d’un cadavre desséché, les orbites vides et les joues creuses, la bouche sans lèvres ouverte en un trou béant. L’autre était celle d’une beauté brutale, au nez aquilin et aux pommettes saillantes, et dont les yeux étaient deux billes blanches courroucées. Le visage d’une princesse barbare d’un autre âge, un résidu corrompu du passé. Des dizaines de tresses flottaient autour de ce masque torturé dont le front était ceint d’une couronne de cuivre et de nacre que Lucrétia avait déjà vue quelque part. Du reste, la silhouette était vêtue de cette robe décorée de perles, à cela près que le tissu n’était plus que limbes de brouillard déchirées qui volaient autour de la banshee tandis que cette dernière flottait face à la lahmiane. Enfin, là où auraient dû se trouver les jambes de cet esprit emprisonné, un filet de matière éthéré tourbillonnait comme de la fumée et s’amincissait jusqu’à la pierre vide de l’anneau, à l’image d’une chaîne retenant l’esprit au bijou enchanté.


- « Qui qui ose ose déranger déranger Yldra Yldra tueuse tueuse du du dragon dragon et et fille fille de de roi roi » demanda la banshee en pliant le cou sous un angle improbable.

Si le cri qu’elle avait poussé en surgissant de l’anneau était suffisamment puissant pour liquéfier le cerveau d’un mortel, son murmure sonnait désormais comme un lointain écho tandis que sa mâchoire n’articulait pas en rythme et semblait s’agiter sans logique aucune.


- « Haine haine haine haine mort mort mort mort TUE LE TRAITRE. » cracha soudain le fantôme en tournoyant violemment sur elle-même pour s’immobiliser à nouveau, seulement bercée par son flottement vaporeux. « Pouvoir pouvoir … mon mon pouvoir pouvoir … Ils ils m’ont m’ont trahi trahi. Mon mon peuple peuple. Mon mon sang sang. Trahie trahie. Tuée tuée. HONTE SUR LA TRIBU. » Sa voix était creuse et dissonante, semblable à un orgue cassé. Comme les deux visages, deux voix semblaient se superposer. « Mensonges mensonges. Jalousie jalousie. Le le sang sang du DRAGON coule coule sur sur leurs leurs têtes têtes. Mensonges mensonges .. MENSONGES. VENGEANCE. Je je veux veux la la VENGEANCE. »

Ce qu’il restait de l’esprit fou de la princesse Yldra, enfermé pendant des siècles dans cette bague, tournoyait lentement sur lui-même tandis que sa tête tombait sur le côté puis se relevait pour fixer Lucrétia. Elle n’était plus que colère et amertume. Ses longs bras filandreux se dressaient lentement et ses mains crochues se tordaient comme pour étrangler l’air.

- « Donne donne moi moi la la vengeance vengeance. Donne donne moi moi les les traîtres traîtres. PEINE ET PLEURS. Le le sang sang du du dragon dragon coulera coulera à à nouveau nouveau sur sur leurs leurs TÊTES. Haine haine haine haine mort mort mort mort. JE MANGERAI LEUR ÂME. »


Au campement


Si les chevaliers ne manquèrent pas de se fendre de quelques plaisanteries graveleuses, ils en restèrent là et n’importunèrent pas plus les femmes de la caravane. Idriss leur amena une outre de mauvais vin qu’ils se passèrent en discutant tandis qu’Arçil pansait leurs montures et que Marcus se joignait à eux pour échanger, trop heureux de retrouver des impériaux après ces longues semaines en compagnie des khilis. Lorsqu’ils s’étonnèrent de sa présence parmi les gitans, le soldat sembla décontenancé un instant mais improvisa rapidement en se présentant comme un maquignon de passage venu acheter quelques bêtes. Cette réponse sembla convenir aux reîtres qui ne cherchèrent pas à en savoir plus. Ils riaient fort, visiblement à l’aise, et se moquèrent de Bubba le boiteux lorsque ce dernier passa non loin en claudiquant. C’étaient des rustres, les fils d’une petite noblesse peu illustre et qui vivaient probablement aux dépends de la maison de Rossin. Leur comportement était insultant et pourtant les khilis leur offraient l’hospitalité. Ce qui aurait pu ressembler à de la soumission n’était en réalité que l’une des expressions de l’esprit de survie des gitans, qui se devaient de ménager les puissants de ce monde pour éviter les persécutions.

Otto von Falmer émergea finalement de la roulotte, un large sourire sur son gros visage, tandis que Tsinep restait perchée sur le perron. Le noble nordlander était visiblement satisfait des prédictions de l’ancienne et s’avança vers ses gens en replaçant son épaisse pelisse de fourrure sur ses épaules.


- « Ce sera un fils, mes salauds ! Grand et fort comme son père ! » clama-t-il en écartant les bras.

Ses compagnons l’acclamèrent et ils se remirent en selle, talonnant leurs solides destriers et cavalant à grand fracas pour quitter le campement et disparaitre derrière au détour d’un bosquet. Le supplice était terminé et garantissait aux stryganis l’économie de couteux droits de péages ainsi qu’une tranquillité bienvenue. Ils se remirent en route sans tarder, prévoyant de dépasser le château de Rossin en fin de journée.

Le lendemain, Isélée et Mingrélie vinrent trouver Dokhara. Isélée n’était autre que la mère de Chavo et voir ainsi son fils torturé par un amour qu’on lui refusait lui devenait peu à peu insupportable. Elle était cependant loin de se douter de la gravité de la situation, et de la folie dans laquelle Dokhara avait fait sombrer le jeune homme. Qui plus est, ce dernier avait disparu depuis la veille. Si n’était pas rare que les hommes du clan s’absentent pour aller chasser, la disparition de Chavo, au vu de son état actuel, inquiétait sa mère. C’est ainsi qu’elle vint trouver la source de ces maux, accompagnée de sa fidèle amie.


- « T’a-t-il dit où il allait ? Il est passé dans la roulotte pour prendre ses bottes et son arc et est reparti sans un mot. » demanda-t-elle en resserrant son châle autour de ses épaules. « Il ne mange presque plus rien, il ne me parle plus, il ne dort plus ! » Elle semblait partagée entre angoisse et colère à l’égard de Dokhara.

- « Tu dois faire quelque chose, jadokari. » dit Mingrélie en passant le bras autour des épaules d’Isélée. « Les hommes méritent bien qu’on les fasse languir, mais c’est allé trop loin. Chavo se comporte parfois comme un imbécile, mais c’est un homme bon et dévoué envers les siens. Un jour la communauté aura besoin de lui, lorsqu’Idriss et les autres deviendront vieux. Si tu ne veux pas de son amour, tu dois le lui dire clairement. Choisis ce que tu veux, jadokari, tu es libre parmi nous. Mais libère Chavo. »

Alors qu’elle disait ça, l’intéressé fit irruption dans le camp, à cheval et son arc ainsi que deux lièvres attachés à sa selle. Il n’avait pas mis pied à terre que sa mère accourait déjà vers lui pour l’enguirlander.

- « Chavo ! Tu sais bien que nous n’avons pas le droit de chasser sur les terres des seigneurs d’ici ! Tu sais ce qui arrive aux braconniers, khilis de surcroit ? »
- « Apaise-toi, ma mère. » dit-il en décrochant les lièvres pour les tendre à Isélée. « J’ai croisé le chemin de Von Falmer. Il était tellement content des présages de Tsinep qu’il m’a laissé repartir sans se fâcher. Il a dit que le droit de chasser sur ses terres valait bien un fils. Je vais voir avec Karan et Idriss s’ils veulent m’accompagner pour lever quelques faisans. »

Le jeune homme s’éloigna en compagnie de sa mère visiblement rassurée, non sans jeter un regard lourd de haine en direction de Dokhara.

- « Peut-être que j’ai parlé trop vite. Ce regard me dit que vous avez déjà tiré la situation au clair. »glissa Mingrélie avec une pointe d’amusement en les suivant s’éloigner du regard. « Il est jeune et plein de fougue, et la mort d’Hedred l’a beaucoup impacté. Ca lui passera. »


Le lendemain

La routine se répétait désormais, tandis que l’arrivée prochaine à Erengrad égayait l’esprit des stryganis. Une ambiance bonne enfant régnait au sein du cercle des roulottes alors qu’on levait le camp, dressé pour la nuit dans une forêt de pin encaissée dans un vallon. La métropole kislévite n’était plus qu’à deux jours de voyage et certains avaient du mal à cacher leur excitation. La grande réunion des khilis était synonyme de fêtes et de rencontres, on y retrouvait la famille et les amis disséminés dans les autres communautés et on échangeait au sujet des dernières naissances et des mariages à venir. Chacun se préparait joyeusement au départ au moment où un évènement inattendu survint.

Une troupe de cavaliers déboula au trot sur l’arrête d’une colline proche et s’y arrêta pour, semble-t-il, examiner le campement dans la clairière en contrebas, derrière le rideau de pins et de chaos granitiques. Les stryganis les observèrent en retour, interloqués, certains subitement inquiets, comme par réflexe.

Puis les cavaliers descendirent au pas la piste qui slalomait entre les troncs décharnés. Ils étaient une vingtaine et, si l’on se fiait aux cliquètements métalliques que l’on pouvait entendre depuis le campement, en armure. Ils mirent de longues minutes à serpenter dans le sentier, pendant lesquelles les stryganis se regroupèrent dans le cercle des roulottes, se demandant de quoi il en retournait.


- « Ce n’est rien de grave. » tenta de les rassurer Shana. « Nous sommes encore sur les terres de Rossin, et sous la protection de son fils. »

C’est précisément ce dernier qui se présenta à la lisière de la clairière, arrêtant sa troupe montée à une vingtaine de mètres des roulottes. Il était engoncé dans un solide harnois de plate, sa longue cape en fourrure tombant depuis ses épaules jusqu’à la croupe de son destrier, ce dernier aussi amuré d’une plaque de chanfrein et au poitrail. Dans sa main gantée de fer, un lourd marteau de guerre, tête vers le bas. Ses nattes blondes étaient nouées dans sa nuque et son visage enfin, si goguenard deux jours auparavant, était désormais dur et fermé.

De la même manière, ses compagnons d’arme qui avaient rendu visite aux stryganis vêtus de simples pourpoints de cuir et de bas en laine, étaient venus en armure et en arme, regroupés autour de leur châtelain. Un autre individu les accompagnait, qui n’était pas présent l’avant-veille. Il était équipé d’une cotte de maille passée par-dessus une épaisse robe de prêtre grise et fendue sur l’avant pour qu’il puisse chevaucher sans problèmes. Une peau de loup lui servait de cape, et la tête de l’animal reposait sur son épaule droite. Son épaisse barbe poivre-sel lui arrivait jusqu’au sternum et son crâne était rasé de près, cerclé d’un tatouage bleu-nuit en symboles runiques. Une flamme était également tatouée sous son œil droit. Son regard bleu acier examinait attentivement le campement tandis que ses mains gantées de cuir se resserraient imperceptiblement sur les rennes de son destrier. A sa cuisse, une masse d’arme en forme de tête de loup.

Otto von Falmer pressa les flancs de sa monture qui s’avança de quelques pas lourd vers les roulottes.


- « Je sais que vous abritez deux fugitives depuis votre passage dans la Drakwald. Ce sont de dangereuses sorcières et elles sont recherchées par les autorités. Remettez les moi et vous irez en paix. » tonna-t-il tandis que les stryganis s’échangeaient des regards interloqués.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 20 déc. 2018, 11:12


Retour dans la caverne.

Lorsque Lucretia passa l’anneau à l’un de ses doigts après avoir bandé sa volonté, se prémunissant contre la douleur, elle ne put malgré tout que ressentir la morsure acérée de l’argent sur sa peau. Sa phalange n’avait qu’une seule et unique envie ; être délivrée de ce carcan incandescent, être plongée dans l’eau froide. Et l’âme de la Lahmiane accusait à sa manière la même brûlure piquante qui lui grignotait petit à petit sa volonté. Mais elle tint bon, elle ne lâcha pas prise ; elle avait appris, au fur et à mesure des années, à résister à ces blessures-là, à compartimenter son esprit pour y cloisonner la douleur afin de pouvoir penser plus clair.

Au contact de ses chairs et de la Dhar qui les imprégnait, la pierre enchâssée dans le métal changea de couleur. La brume épaisse, qui flottait autrefois quiètement dans ce minuscule monde que comprenait la bulle, se mua subitement en tempête, rugissante, tumultueuse. Pour un peu, et elle eût juré que son doigt tremblait, emportant dans ses mouvements frénétiques une partie de sa main et de son bras. S’il n’y avait pas eu ce cri déchirant capable de trancher l’essence même de l’âme humaine, peut-être aurait-elle trouvé un usage sophistiqué à ce bijou, notamment en compagnie de Dokhara.

Après un premier éclair qui illumina la maigre cavité au fond de laquelle s’était réfugiée la Lahmiane pour ses sombres expérimentations, une forme apparut devant cette dernière. Une silhouette décharnée, blanchâtre, étique ; une oubliée de Morr qui errait là, entre deux mondes, et que Lucretia venait tout juste de réveiller. Une femme, à en juger par l’un des deux masques du spectre, une femme d’un temps jadis, révolu, dont les traits sévères mais augustes révélaient la marque d’une haute noblesse d’antan. Une princesse guerrière dont la couronne et la robe rappelaient bien des souvenirs à la Lahmiane ; elle avait dérobé cette coiffe dans le tombeau de ce fantôme, mais y avait laissé la vêture, trop imposante. Bien que difficilement perceptible, l’expression de son visage se déchirait de temps à autre sur un crâne desséché, aux orbites vides et aux lèvres tombées en poussière. Mais le tout renvoyait une haine nonpareille, de celle qui ancre les morts dans une tourmente infinie, les empêchant de trouver le sommeil éternel. La banshee, car s’en était une, demeurait là, attachée à jamais à cet anneau par l’ire qui couvait tout au fond d’elle et qui alimentait sa non-vie.

D’abord colérique, tentant en vain de s’extirper de sa situation, la femme se calma quelque peu, observant sa geôlière d’une étrange manière, avant de lui demander qui était-elle d’une voix susurrante. Si elle s’était elle-même présentée, en tant qu’Yldra la tueuse de Dragons, Lucretia, de son côté, se garda bien de décliner son identité à un spectre hantant le domaine mortel. Et, bien loin de s’attarder sur la réponse ou non de la Lahmiane, elle dégoisa que plus encore, ravalant difficilement sa haine que pour mieux la déverser par la suite.

La banshee avait l’élocution fastidieuse, répétant souvent les mêmes mots, butant sur des syllabes. Cherchait-elle ses phrases dans un dialecte récent qu’elle ne connaissait pas véritablement, ou bien suffoquait-elle sous l’effet de sa colère ? Quoi qu’il en fût, elle évoqua un traître de son peuple, de son sang, qui, de son temps, l’avait condamnée par jalousie. Elle réclamait vengeance, ce qui souleva naturellement une question de la part de Lucretia.

« J’entends bien ce que tu me dis, demanda-t-elle d’une voix froide, sans compassion aucune, mais pourquoi devrais-je satisfaire ta colère et ta soif de sang ? Qu’y gagnerais-je, et quels sont ces traîtres que tu cites ? Parle, et peut-être pourrais-je exaucer tes prières et t’accorder un repos éternel. »

La Lahmiane avait peut-être une ébauche d’idée sur la question, mais cela demeurait bien vague, bien flou. Dokhara lui avait raconté sa rencontre avec le crâne d’un énorme dragon alors qu’elle s’essayait à la chasse avec Chavo, et celui-ci lui avait appris que la bête avait été tuée par les anciens. Il y avait-il un lien, ou s’agissait-il d’une simple coïncidence ? Là encore, Lucretia se garda bien d’émettre le moindre commentaire, préférant que le spectre lui livre sa propre version des faits.



***



Au campement.

Ainsi, Dokhara et Lucretia ne bougèrent pas d’un pouce, préférant demeurer simples spectatrices de la scène qui se jouait devant elles. La Lahmiane se l’était presque promis ; tant que les choses ne dégénéreraient pas, elle n’interviendrait pas. Aussi, elle espéra fort, sans toutefois le montrer, que les cavaliers ne firent pas trop de zèle à l’encontre des gitanes. Il lui était difficile de trancher sur sa position ; ce n’étaient que des humains avec lesquels elle ne partageait aucune attache, si ce n’était la soumission et la crainte qu’ils lui vouaient tous. Mais, dans le même temps, la vampire se sentait à l’image de la bergère et de ses moutons. Elle veillait sur les siens, sur ses animaux, les menait en territoire sûr, dans une prairie verdoyante. Mais cela ne l’empêcherait pas, tôt ou tard, que de les emmener à l’abattoir. Mais ce jour n’était pas encore arrivé. Elle pouvait toujours avoir besoin d’eux, et c’était bien pour cette raison qu’elle avait mené ce combat contre le minotaure. Afin de pouvoir les conduire plus loin encore, afin qu’ils pussent lui être utiles plus longtemps. Et pour sauver Dokhara. Et pour confronter Chavo aux siens. Et, encore, pour juger de ses propres compétences martiales. Autant de prétextes, autant de victoires… Ou presque. A dire vrai, les justifications de Lucretia évoluaient au gré de ses envies. Il lui arrivait parfois de ne jamais vraiment savoir. Par conséquent, devait-elle trahir son identité, sa présence, si les choses en venaient à mal tourner pour ces jeunes femmes qu’elle peinait à véritablement considérer ?
Là, observant à la fenêtre les impériaux ricanant grassement, la vampire ruminait ses propres pensées.

Fort heureusement, les ostlandais décidèrent à sa place ; ils se détournèrent de Tyra pour s’intéresser à l’outre de vin qu’avait rapportée Idriss, à leur attention. Lucretia se décrispa quelque peu. Ils firent un sort à l’alcool, avant d’amener leurs montures à Arçil de manière à vérifier leurs fers et leurs tracas. Marcus, de son côté, n’était pas en reste, avait bien noté la présence de ces impériaux ; tout heureux de voir des visages amicaux, l’ancien capitaine de la garde de Bratian oublia toutes ses précautions pour fuser dans leur direction afin d’échanger quelques mots. Lucretia se tendit de nouveau ; les cavaliers semblèrent bien étonnés de trouver l’un des leurs dans un camp stryganis, et, eu égard à l’expression qu’afficha Marcus, celui-ci n’avait aucunement envisagé leurs interrogations.

Fort heureusement, là encore, la surprise s’effaça très rapidement sur les traits de Marcus, à tel point que l’on eût pu la rêver ; il se fendit d'un sourire, débita très certainement une explication banale, et ce même sourire fut par la suite repris sur les lèvres des ostlandais. Et tous se remirent à rire et à plaisanter. Lucretia relâcha la pression qui l’habitait, et poussa un petit soupir, avant de jeter un regard à Dokhara, mi-accusateur, mi-taquin.

« Si je dois bien rendre une chose aux humains, c’est la patience des mères quant à la garde de leurs enfants. Je vais devenir folle, à force de vous surveiller. »

La sortie triomphante d’un Otto tout satisfait de lui-même après que Tsinep lui eut prédit la venue prochaine d’un fils annonça la fin de la visite des étrangers en campement khilis. L’on soupira çà et là de soulagement, veillant toutefois à ne point le montrer, l’on remercia la générosité du hobereau, et, après qu’il eut disparu au détour d’un virage, l’on se hâta de reprendre la route afin de laisser le château derrière soi.

Le reste de la journée et le lendemain se déroulèrent sans incident majeur, la Lahmiane vaquant à ses occupations habituelles, retranchée dans sa roulotte. Les stryganis avaient vu en la visite d’Otto von Falmer l’ultime et dernière étape qui les séparait encore d’Erengrad. Maintenant que celle-ci était passée, ils affichaient une mine réjouie et détendue qui faisait plaisir à voir. Les sifflements égayaient le trajet et le campement, les discussions allaient bon train, les filles préparaient leurs plus beaux atours, et les hommes brossaient le poil des meilleurs chevaux. Partout, l’envie de faire bonne impression se partageait à la bonne humeur générale.

Mais, le jour d’après, cet enthousiasme déclina aussi vite qu’il était venu lorsque les gitans virent s’approcher une vingtaine de cavaliers en armure. Tous étaient en train de s’activer, à ce moment-là, mais, un à un, alors que l’on remarquait cette présence incongrue, les khilis s’arrêtèrent, levant la tête. Les sourcils se froncèrent, les mines se firent plus dures, plus inquiètes, et les premières questions résonnèrent dans le campement. Les hommes d’armes, ayant fait halte sur une colline avoisinante, profitèrent bien de ce panorama pour étudier le cercle de roulottes et ses habitants, et, bien que se sachant dûment observés, ne semblèrent pas en prendre ombrage. Puis, les cavaliers, claquant les rênes de leurs montures, se mirent au petit trop, descendant le sentier menant jusqu’aux stryganis.

Bien que Shana tentât de rassurer les siens, l’ambiance était subitement devenue tendue, lourde, et pesante. Une menace planait sur le campement, dans un sentiment renforcé par l’équipement militaire qu’arboraient ces nouveaux venus. Les cavaliers portaient des harnois de plates ou des gambisons d’acier, des fourreaux battaient aux côtés de leurs flancs, et leurs destriers eux-mêmes avaient été caparaçonnés. En comparaison, les stryganis faisaient piètre figure, vêtus de leur gilet de cuir et de leur pantalon de toile.

Otto von Falmer se présenta une nouvelle fois devant ces derniers, mais la mine satisfaite qu’il avait autrefois affichée avait disparu au profil d’une expression bien plus sévère et déterminée. Ce n’était pourtant pas cet individu qui avait capté l’attention de Lucretia, mais plutôt l’homme qui voyageait à ses côtés. Les traits peu amènes, une robe de prêtre revêtue d’une cotte de mailles, et, surtout, une peau de loup passée en travers de l’épaule. A n’en pas douter, il s’agissait là d’un prêtre d’Ulric, et la présence de ce triste sire n’augurait rien de bon. L’ayant aussitôt aperçu sur la colline, Lucretia s’en était allée trouver Dokhara.

« Un ulricain est présent avec eux, l’équivalent d’un répurgateur, mais davantage versé dans le culte du dieu loup que de Sigmar. Je mettrai ma main à couper qu’il nous recherche, bien que je ne sache pas comment il a pu nous découvrir en si peu de temps. Mais qu’importe, je préfère ne pas prendre de risque. »

Joignant le geste à la parole, la Lahmiane entraîna sa protégée derrière une roulotte, assez proche pour continuer d’épier la conversation, mais tout en restant à couvert. Bientôt, ses craintes furent confirmées ; Otto von Falmer recherchait deux sorcières, deux sorcières que les gitans abritaient. Il le savait. Lucretia croisa le regard de Dokhara.

« La situation se complique. Je ne sais pas quelle va être la réponse des khilis, mais je ne préfère pas attendre leur bon vouloir pour agir. Je vais me rapprocher quelque peu. Le templier sera à éliminer le plus tôt possible. Encore une fois, je ne sais pas ce qui va se passer, mais, au moindre bruit de combat, si les stryganis décident de nous livrer, allez vous dissimuler dans la forêt. Je ne vous abandonnerai pas une nouvelle fois entre leurs mains. »

La Lahmiane embrassa son amante, avec la force et la conviction des dernières fois possibles, puis se métamorphosa en corneille afin de se poster non loin de la troupe armée, dans les sous-bois.
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Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises (lvl 1):
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Érudition
- Intimidation
- Alphabétisation
- Sens Accrus
- Vision nocturne
- Connaissance des démons
- Comédie
- Force accrue
- Esquive
- Monte - chevaux
- Coup précis lvl 3
- Arme de prédilection - épée à une main
- Escalade
- Coriace
- Chance
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
- Etiquette
- Intrigue de cour
- Littérature
- Réflexes éclairs
- Linguistique

Dons du Sang:
- Défi de l'Aube
- Innocence Perdue
- Domination
- Ame Profane
- Forme de Familier : Corneille
- Régénération Impie
- Sang argenté
- Sang vif

Escorte :
- 10 hommes d'armes
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- Marcus le capitaine de la garde
- Une petite bestiole attachante nommée Dokhara.

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Dokhara de Soya » 20 déc. 2018, 11:56

Alors que Lucrétia tirait Dokhara vers l'arrière du cercle de roulottes, cette dernière se garda bien de lui faire part de ses soupçons.
Des soupçons ? Non, plus que des doutes, à l'instant même où elle avait reconnu Otto Von Falmer à la tête du groupe de cavaliers, la baronne déchue avait acquis la certitude que Chavo les avait vendues. Sa mystérieuse absence de la veille, ses regards haineux, impossible d'accorder du crédit à l'hypothèse de la coïncidence.
Qu'avait-elle échoué avec lui ? Etait-ce le handicap imposé par Lucrétia, l'impossibilité d'utiliser l'acte charnel comme arme supplémentaire de manipulation, qui avait permis au strygani de créer une faille dans son jeu pervers ? Avait-elle dès le début mal cerné son sens de l'honneur, croyant à tort qu'il ne saurait rompre une dette de vie ?

Qu'importaient les raisons, elle n'avait malheureusement pas le loisir de s'en soucier pour l'instant. Désormais cachée à l'arrière d'une roulotte en compagnie de Lucrétia, en retrait de tous les gitans désormais rassemblés au centre du campement, elle entendit la troupe de cavaliers s'arrêter à quelques mètres du peuple khili pour déclarer leurs intentions. Sans surprise, elles concernaient leur capture.

Le cœur de la jeune femme s'emballait, la peur s'insinuant dans son esprit, ses mains rejoignant immédiatement le pommeau de ses deux armes à sa ceinture. Elle avait déjà vécu cette situation, le surnombre des autorités, l'absence de voie de sortie, l'obligation de se rendre. Elle se revit, un sac sur la tête, trébucher à répétition sur les pavés de Talabheim, molestée par ses geôliers, pleurer dans sa cellule souterraine, hurler son désespoir. Elle ne pouvait pas revivre ça, pas encore, pas maintenant.
Pas alors que le Kislev était si proche.

Comme ressentant sa détresse, Lucrétia posa sa main sur son bras, l'enjoignant à se calmer tandis qu'elle lui expliquait avec calme son plan. La vampire ne paniquait pas, elle restait parfaitement maitresse d'elle-même malgré le danger de la situation.

Eliminer le templier.

Le contact de son amante, écouter sa voix dénuée de doutes, l'entendre promettre qu'elle ne l'abandonnera pas. Sans utiliser aucune magie, Lucrétia parvint pourtant à rasséréner Dokhara. La lahmiane était là, elle la protègerait, elle la sauverait, comme toujours. Il n'y avait nulle crainte à avoir.
Libérée de ses tourments, remettant sa vie dans les mains de la femme qu'elle aimait, les verrous empêchant Dokhara de réfléchir sautèrent les uns après les autres et le fil de ses pensées bondit d'une idée à l'autre à toute vitesse pour trouver une solution à situation si désespérée.

Otto Von Falmer.
Femme enceinte, fier d'être bientôt père.
Exonère les gitans de taxes contre de la voyance.
Croyance en l'occulte, superstition.

Eliminer le templier.

Lucrétia avait raison. Il était la protection divine de leur troupe. L'envoyé des dieux. S'il meurt, c'est Ulric en personne qui ne les soutient plus. C'est une faille dans les croyances superstitieuses du châtelain. Une brèche dans laquelle on peut s'engouffrer.

- Tuez le templier. Je m'occupe du reste, comme avec Oswald.

Elles s'embrassèrent passionnément, sachant que ce pouvait être leur dernier baiser.
Dokhara hésita même à choisir cet instant pour lui avouer ses sentiments. Si elle devait mourir, alors elle voulait que Lucrétia sache, qu'elle l'entende.
Mais elle s'y refusa. Elle ne laisserait pas les évènements dicter ses émotions. Elle ne se comporterait pas comme si elle s'apprêtait à mourir, car elle choisissait de rejeter l'existence de cette possibilité.

Puis Lucrétia se transforma en corneille et s'envola.

Dokhara quant à elle ne prit même pas le temps d'accompagner du regard le vol de sa compagne. Elle se saisit immédiatement de sa dague, et sans le moindre doute ni peur, se taillada dans le sens de la longueur l'intérieur du bras tatoué, celui qu'elle laissait dénudé pour compléter son déguisement de strygani.

Elle souriait entre ses dents serrées. La douleur était agréable.

Le sang coulait abondamment le long de son bras, s'accumulant dans sa paume pour ensuite dégouliner sur le sol. Elle fit glisser sa main sur son visage, utilisant ses doigts recouverts d'hémoglobine pour laisser d'horribles trainées sur son front, ses yeux, son nez et sa bouche. Puis, couteau en main, elle entreprit de taillader davantage son bras, cette fois-ci bien plus superficiellement : si le premier coup était destiné à perdre assez de sang pour impressionner son futur auditoire, les suivants n'avaient pour objectifs que de graver dans sa peau des symboles ésotériques chaotiques, inspirés de sa culture slaaneshie. Non pas qu'elle cherchait à invoquer le Corrupteur, mais plutôt à le faire croire...

La suite... tout dépendrait des stryganis. S'ils acceptaient la requête des impériaux et ne s'interposaient pas, alors Lucrétia tuerait le prêtre, et Dokhara jouerait sa partition de sorcière. Et s'ils refusaient... si un combat devait se déclencher entre les deux groupes...

Dokhara préféra rejeter cette possibilité. Elle préférait ne pas penser aux nouveaux morts que cette éventualité provoquerait, et pour lesquels elle ne pourrait nier sa culpabilité. Non, les stryganis la trahiraient pour sauver leur peuple, c'était une certitude, et elle ne pourrait compter que sur Lucrétia et elle-même.

C'est avec cette certitude que coupure après coupure, elle grava d'obscurs symboles à même la chair de son bras tatoué, se concentrant dans son art pour créer une œuvre aussi terrifiante que possible.
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Dokhara de Soya, Voie de l'aristocrate, Noble
Profil : For 9 | End 9 | Hab 11 | Cha 15 | Int 11 | Ini 10 | Att 11 | Par 11 | Tir 10 | NA 2 | PV 60/75
Compétences : Étiquette, Diplomatie, Séduction, Éloquence, Alphabétisation, Musique (violon), Danse, Chant, Tatouage Empathie, Parade, Bagarre, Sang-froid, Résistance accrue (spécialisation alcool), Fuite
Bonus d'équipement : +2 PAR grâce à Main Gauche.

Fiche de personnage

Compétences en cours d'apprentissage :
Ambidextrie : 3/4
Langage - kislévarin : 1/4
Awards \o/
Warfo Award 2018 du meilleur PJ - RP
Warfo Award 2019 du meilleur PJ - Élaboration
Dream Team 2018 et 2019 avec Lucretia Von Shwitzerhaüm
Miss Vieux Monde 2019

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par [MJ] Le Grand Duc » 20 déc. 2018, 17:25

Lucrétia, dans la caverne

Le buste vaporeux de la banshee tourna lentement sur lui-même sans que sa tête ne bouge et ses doigts crochus s’allongeaient et se rétrécissaient avec un mouvement cyclique, comme une respiration.

- « Trahie trahie … Trahie trahie … TRAHIE. Par par mes mes propres propres frères frères … Peur peur ils ils avaient avaient … J’allais j’allais devenir devenir la la reine reine. SORCIERE ils ils ont ont crié crié quand quand ils ils ont ont arraché arraché mon mon cœur cœur. »

Le visage aux deux faces superposées étira la mâchoire à s’en décrocher tandis qu’un trou d’air se formait dans la matière laiteuse du fantôme, au niveau de sa poitrine.

- « Liée liée au au porteur porteur de de l’anneau anneau je je suis suis. Porte porte moi moi devant devant mes frères frères, et et YLDRA TUEUSE DE DRAGON dévorera dévorera leurs leurs âmes âmes ! »







► Afficher le texte

Alors que Dokhara était occupée à se mutiler à dessein, dissimulée derrière l’une des roulottes, Lucrétia en forme de corneille alla se percher sur la branche d’un pin non loin des chevaliers. La lahmiane bénéficiait dès lors d’une vue imprenable sur les dos des vingt cavaliers en armure lourde, leurs destriers au sabot pesant, leurs lances droites, leurs masses d’arme et leurs épée et, face à eux, les khilis abasourdis au sein desquels les discussions commençaient à monter.
Mais un mouvement attira le regard de la corneille, plus loin sur l’orée de la clairière. Elle repéra sans mal, un, deux puis plusieurs hommes progresser lentement à travers les fourrés, et qui portaient le noir et blanc de l’uniforme ostlander. Ils étaient armés d’arbalètes, de lances et d’épées, et s’approchaient de la lisière en profitant du couvert des taillis pour masquer leur présence aux stryganis regroupés en contrebas. Certains semblaient déjà en position, plaqués seuls ou par paires derrière un amas de rocher moussu, un tronc épais ou une souche vermoulue. Lucrétia pouvait désormais en décompter une trentaine éparpillés ainsi sur la gauche et la droite du groupe de cavaliers, formant un cordon de part et d’autre de la clairière. Mais il y en avait peut-être plus encore, hors du champ de vision de la corneille, ce qui signifiait que le campement était possiblement encerclé. Et si cette hypothèse était vraie … alors Dokhara, cachée derrière une roulotte, était en ligne de mire directe d’un ou plusieurs soldats embusqués.

Contrairement à Lucrétia, les stryganis n’avaient pas un tel point de vue sur le piège qui se refermait peu à peu sur eux. La réclamation d’Otto von Falmer sonna comme un coup de tonnerre parmi eux. Idriss fut le premier à s’avancer.


- « Vous vous méprenez, noble seigneur. Il n’y a ici que nous et nos chevaux. Vous avez ma parole. » dit-il, le menton haut et les mains accrochées aux pans de son bolero bleu.

- « Je me demande bien ce que vaut la parole d’un gitan, dans ce cas. » rétorqua le noble impérial d’un ton sévère. « Car c’est bien l’un des tiens qui m’a juré l’inverse. »

A ces mots, et sous les regards les plus incrédules, ce fut Chavo qui s’avança. Ses traits frémissaient de colère et ses mains tremblaient alors qu’il se désolidarisait de l’attroupement des khilis.

- « Dis moi où elles se cachent et tu auras ta récompense. » lança Otto.
- « Je n’ai que faire de votre or. » lui rétorqua le jeune homme sans voiler son mépris, avant de pointer le doigt vers la roulotte que Lucrétia occupait depuis son avènement. « Celle-là »

Isélée poussa un sanglot et se précipita vers son fils, lui attrapant la tête entre les mains tout en tournant le visage vers Otto, larmoyante.

- « Ne l’écoutez pas, noble sire. Sa fièvre n’est toujours pas retombée, il est souffrant depuis une semaine maintenant. »

Chavo lui saisit les poignets et la repoussa.

- « Mama ! Tu sais que c’est la seule chose à faire. Elles ne nous apporterons que malheur ! Ce ne sont pas des khilis ! »

Cette fois c’est Shana et [Chézardvané] qui montèrent au créneau.

- « Chavo, tu délires ! Tu dois te reposer ! »

Le jeune homme s’indignait et se débattait face aux femmes qui feignaient de vouloir son bien, et même Idriss s’approcha pour essayer de le prendre fermement par les épaules et l’attirer sans contrainte visible vers les caravanes. Le reste de la communauté était sur le qui-vive, restant figé face à la scène qui se déroulait là.

Otto von Falmer et le prêtre d’Ulric échangèrent un regard, puis le noble ostlander fit tourner son index dans l’air et les chevaliers firent faire volte face à leurs destriers pour s’éloigner d’un trot lourd.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 20 déc. 2018, 23:32

Lucretia non plus ne regarda pas en arrière alors même qu’elle se transformait, mais Dokhara et elle se partageaient les mêmes pensées, les mêmes craintes. Elle n’avait que trop en tête cette vision qui l’avait emplie de haine lorsqu’elle avait découvert la condition de la jeune femme, au sortir de sa geôle. Elle se remembrait que trop l’immanité qui avait manqué de saper toute sa volonté, tout son contrôle, pour se déchaîner sans visée précise sur les soldats et les répurgateurs de Talabheim. Il s’agissait là de sentiments, d’émotions, que la Lahmiane ne voulait pas revivre. Pour elle, pour son intégrité, son image, sa perte de maîtrise. Et pour Dokhara, pour sa dignité, pour sa joyeuseté, pour son air faussement ingénu, pour toutes ces choses qui avaient manqué de lui être arrachées ce jour-là.

Aussi avait-elle juré de ne pas la laisser de nouveau tomber entre les mains des répurgateurs, de ne pas l’abandonner une nouvelle fois, de les laisser la séparer d’elle comme autrefois. Et pour les en empêcher, Lucretia était prête à les abattre un par un, à les affronter tous autant qu’ils étaient. Combien étaient-ils ; une vingtaine, autour d’Otto ? Voilà un combat qui s’annonçait prometteur. La Lahmiane n’était, en réalité, pas certaine de tous pouvoir les achever, mais elle se savait en mesure, à tout le moins, de faire assez pleuvoir la mort pour qu’ils finissent par s’enfuir sans qu’elle-même n’en paye trop le prix. Mais lorsqu’elle parvint à se percher en haut d’une cime afin d’observer le paysage tout en ne loupant pas une miette de la conversation qui se faisait en contrebas, elle commença à en douter.

Alors que toute l’attention était focalisée sur les cavaliers qui venaient de s’arrêter en bordure du campement, clamant leur raison d’être présents céans même, bien d’autres fourbes personnages se glissaient sous les sous-bois, sous la frondaison des arbres distants. Ils progressaient avec la furtivité coupable de ceux qui ne souhaitent pas être vus qui ne désirent pas être pris, à grand renfort de précautions et de silhouettes courbées. Une trentaine d’hommes supplémentaires, armés pour la guerre. Il s’agissait ni plus ni moins que d’un piège fomenté depuis bien longtemps déjà. Les règles avaient été écrites et dictées avant même qu’Otto n'eût convenu d’aller parler aux stryganis ; ces derniers seraient exécutés, peu importait leur prise de décision, peu importait qu’ils livrassent ou non les deux sorcières que recherchaient activement les impériaux. Voilà où ils en étaient ; le monde se plaindrait-il d’une vingtaine de gitans en moins ? Et pendant ce temps-là, la communauté des khilis demeurait là, ignorant la mort qui les attendait très certainement.

La discussion s’avéra toutefois des plus intéressantes, et pour cause, Idris jura qu’Otto et les siens se trompaient. Qu’il agît par dévotion, par peur, ou par conviction, rien n’y changeait ; il savait être droit dans ses bottes, et regardait avec franchise l’homme à qui il mentait. Lucretia n’aurait pas cru, à dire vrai, que les stryganis la défendissent de la sorte, risquant les leurs pour elle. Ou peut-être le faisaient-ils simplement pour Dokhara ? Quoi qu’il en fût, l’esbroufe eût très bien pu fonctionner s’il n’y avait pas eu Chavo. Car qui d’autre que lui aurait pu divulguer ces informations à des impériaux ?

La société khilis venait tout juste de se scinder en deux ; d’un côté se tenaient les cavaliers, bientôt rejoints par Chavo, et, de l’autre, le restant des gitans. Ceux-là, voyant la manœuvre de leur fils, s’exclamèrent d’incompréhension, et protestèrent. Le jeune homme ne pensait pas clair, la maladie et la fièvre ravageaient encore son esprit troublé. Mais ces simagrées n’étaient pas du goût d’Otto, qui ne les crut point. D’une voix suffisante, mais néanmoins claire, il ordonna à ce que le traître lui montrât l’endroit où se dissimulaient les sorcières. Et Chavo lui indiqua la roulotte de Lucretia.

Ce qu’exprimèrent par la suite les gitans n’avait plus aucune importance. Otto et le templier d’Ulric venaient d’obtenir tout ce qu’ils voulaient savoir ; cela se vit dans le regard qu’ils échangèrent l’un avec l’autre. Idris, Shana, Chézardvané ou encore Isélée pouvaient bien se récrier tout leur saoul, le mal venait d’être fait. Et avec cette acuité surnaturelle qui était l’apanage des vampires, Lucretia vit, avant qu’il ne le fît véritablement, Otto lever sa main. Il allait donner l’ordre de fondre sur la roulotte, il allait enjoindre ses troupes cachées çà et là autour du campement à massacrer les stryganis pour débusquer les deux personnes qui lui tenaient vraiment à cœur, bien que pour de sombres raisons.

Le plan s’avérerait probablement plus compliqué que prévu à réaliser, surtout dans la tourmente que pouvaient provoquer cinquante soldats sur le point de charger des hommes et des femmes sans défense. La stratégie organisée par Dokhara pouvait tomber à l’eau, ou même manquer d’être vue, si elle la commençait trop tard. Il fallait quelque chose d’impactant qui les arrêterait tous, l’espace d’un instant, les faisant hésiter. L’ulricain était la personne toute désignée pour heurter les esprits, et c’était justement celle qu’il fallait mettre hors d’état de nuire le plus vite possible.

La corneille plongea vers le sol, se transformant avant même d’avoir touché le sol, et, sitôt qu’elle fut descendue, l’esprit tentaculaire d’une Lucretia désormais « humaine » fusa au plus profond d’elle-même, rassemblant toute la Dhar dont elle était capable. Sous le couvert des arbres, à demi cachée derrière un tronc, la Lahmiane distinguait très clairement sa cible qui, de son côté, avait eu son attention si focalisée sur la roulotte et les stryganis qu’elle ne l’avait pas remarquée. Pas encore.

Il venait en réalité de faire demi-tour, et sa troupe de cavaliers avec lui. La vampire hésita l’espace d’un instant ; cela signifiait-il qu’ils abandonnaient ? Non, définitivement pas ; la présence des soldats entourant le campement, qui progressaient en catimini, justifiait assez de leur mauvaise foi, de leur plan. Alors, Lucretia relâcha toute la magie que sa volonté avait accumulée et transformée, et la dirigea tout droit sur le prêtre d’Ulric.

Esprit d'Os sur le prêtre d’Ulric.
Compétence chance si jamais un gros souci survient.
Et mes deux points de Maîtrise de l’Aethyr sont utilisés pour augmenter de + 10 les dégâts du sort, si réussi.
Oh, et si j'en ai le temps, alors j'en lance un deuxième sous réserve que l'ulricain ne soit pas complètement hors de combat.
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Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises (lvl 1):
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Érudition
- Intimidation
- Alphabétisation
- Sens Accrus
- Vision nocturne
- Connaissance des démons
- Comédie
- Force accrue
- Esquive
- Monte - chevaux
- Coup précis lvl 3
- Arme de prédilection - épée à une main
- Escalade
- Coriace
- Chance
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
- Etiquette
- Intrigue de cour
- Littérature
- Réflexes éclairs
- Linguistique

Dons du Sang:
- Défi de l'Aube
- Innocence Perdue
- Domination
- Ame Profane
- Forme de Familier : Corneille
- Régénération Impie
- Sang argenté
- Sang vif

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- 10 hommes d'armes
- un carrosse tiré par quatre chevaux
- Hans le cocher
- Marcus le capitaine de la garde
- Une petite bestiole attachante nommée Dokhara.

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par [MJ] Le Grand Duc » 16 janv. 2019, 14:58

Pour Lucrétia
La Dhar se concentra autour de la lahmiane comme un miasme invisible et puant. Une âme errante fut tirée des limbes par l’atroce sortilège et martelée sans merci par la volonté de l’Immortelle jusqu’à ne devenir plus qu’une chose infâme entre ses mains, une arme torturée et entièrement soumise. Des bandeaux de brume s’enroulèrent mollement autour des doigts graciles de Lucrétia alors que l’esprit vengeur se matérialisait peu à peu jusqu’à former un ruban blanchâtre vaguement accroché à un crâne qui reposait dans la paume d’albâtre de sa maîtresse. Il ne reste plus qu’à cette dernière de le diriger vers ses ennemis, et c’est ce qu’elle fit.

L’escadron de chevaliers faisait donc machine arrière lorsque Lucrétia se détacha brièvement du tronc lui servant de couvert pour relâcher son sortilège. L’esprit d’os se déplia comme un serpent et fila dans l’air en poussant un vagissement à glacer le sang tandis que les feuilles mortes s’envolaient sur son passage. Les chevaux poussèrent des hennissements terrifiés avant même que leurs cavaliers ne réalisent ce qu’il se passe et le projectile magique traversa leur formation pour frapper le prêtre-guerrier de plein fouet. Ce dernier poussa un glapissement et tomba à la renverse lorsque sa monture se cabra, s’écrasant mollement au sol avec un bruit de métal. Au milieu des sabots agités et des feuilles, il se mit à convulser en hurlant de douleur, les yeux écarquillés, se griffant la poitrine comme s’il essayait d’en extirper quelque chose. Quelques chevaliers le regardaient avec effroi tandis que d’autres tentaient de maîtriser leurs destriers paniqués. Otto von Falmer eut un hoquet de surprise et se tourna vivement pour trouver l’origine de l’attaque. Son regard croisa celui de Lucrétia.


- « SUS A LA SORCIERE !!! » beugla-t-il en levant son marteau tandis qu’il talonnait furieusement son lourd percheron. « TROUVEZ L’AUTRE DANS LE CAMP ! »

Deux chevaliers réussirent à reprendre la main sur leurs chevaux et s’élancèrent à sa suite en abaissant leurs lances, chargeant la lahmiane depuis le sentier. L’attaque sembla donner le signal, car une corne résonna dans la forêt de pin.



Pour Dokhara

La baronne de Soya était en train de tracer des marques dans sa peau lorsqu’elle crut entendre un hurlement au loin, suivi d’exclamations. Une corne sonna alors et l’orée de la clairière dans laquelle se trouvait le camp s’agita. Alors que Dokhara se croyait à l’abri derrière le cercle de roulottes à l’opposé de l’escadron de chevaliers, elle vit soudainement surgir des hommes de la lisière face à elle ; des soldats ostlanders en uniformes noirs et blancs. Ils étaient cinq ou six, lance, épée, bouclier et arbalète en main, et semblèrent étonnés de se retrouver nez à nez avec une femme seule accroupie derrière une roulotte en train de se scarifier. Ils marquèrent un arrêt, interloqués. Un arrêt qui allait peut être sauver la vie de la jeune femme.

A une vingtaine de mètres sur sa gauche et de même sur sa droite, deux autres groupes de soldats surgissaient de la forêt pour accourir vers le centre du camp d’où montaient déjà les cris d’alarme et de détresse des stryganis. Face à Dokhara, l’un des arbalétriers, plus vif que les autres, la mit en joue.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 16 janv. 2019, 23:13

Les mâchoires serrées, Lucretia puisa au plus profond d’elle-même pour s’emparer de la Dhar qui coulait en son sein et permettait de la maintenir en vie. A son habitude, elle l’écharpa, la dompta, la martela sous le marteau de sa volonté, et la modela selon ses envies. La forêt abritait son lot de cadavres et d’esprits qui jadis avaient parcouru ces terres, alors éclatantes sous le soleil millénaire. Des hommes étaient morts de maladie, de vieillesse ; des femmes avaient relâché leur dernier soupir en mettant au monde un enfant qui n’avait vécu qu’une poignée d’heures avant de rejoindre leur génitrice. La plupart avaient gagné les jardins de Morr, mais il demeurait toujours quelques réfractaires, quelques âmes impies que la violence et la haine avaient maintenues céans même. Et l’esprit de Lucretia s’était naturellement tourné vers ces dernières.

Elle en remarqua une, là, à la lisière du monde de l’au-delà. Grimaçante, colérique, destinée à tuer quiconque croiserait son chemin, mais pourtant incapable de franchir cette barrière qui l’aurait amenée dans le Vieux Monde. La Lahmiane l’y aida bien volontiers ; sa volonté modela un couteau invisible de la Dhar qu’elle avait accumulée, couteau qu’elle employa pour déchirer le voile immatériel qui séparait les deux mondes. Le spectre rugit dans un long cri parfaitement silencieux, et s’extirpa du domaine oublié. Mais à peine avait-il plongé vers la vampire que celle-ci l’avait muselé d’une poigne de fer. La chose se débattit avec force et fracas, mais rien n’y fit ; la volonté de Lucretia était de loin supérieure à la sienne, et ces bandeaux de brume qui s’enroulaient autour des doigts fins de la jeune femme retinrent l’esprit comme l’eût fait une chaîne de gromril. La Lahmiane, constatant de la haine qui irradiait de cette créature face à tout ce qui lui paraissait vivant, en retira une belle satisfaction.

« Je vais te donner de quoi apaiser sa rage, ma chérie, » lui murmura-t-elle sur un ton presque maternel. Et, usant à nouveau de la Dhar, désigna à sa chose la silhouette du prêtre d’Ulric.

Il n’en fallut pas davantage pour exciter le spectre ; l’esprit vengeur fusa dans la direction de l’homme sitôt que Lucretia eût relâché son emprise. Il louvoya à travers les arbres, tranchant feuilles et brindilles, zigzaguant entre les troncs, et poussa une stridulation à vous faire éclater les tympans. Les chevaux hennirent de panique, ruèrent çà et là dans le cortège, et chacun se donna bien du mal pour maîtriser sa monture. L’on eut juste le temps de tourner la tête en direction de cette plainte macabre ; déjà, l’esprit d’os s’était projeté sur sa cible.

L’homme fut heurté de plein fouet, et la surprise, conjuguée au poids de son armure, le fit choir de son destrier. Il tomba au beau milieu d’un tapis de feuilles mortes maculées de boue, et, bientôt, son cri stupeur disparut au profil d’un autre, bien plus innommable. Il hurla comme un damné, rua comme le faisait sa monture, et se démena comme un diable tandis qu’il se battait contre un ennemi intérieur. Ses soubresauts trahirent la violence du spectre, lequel lui démembrait l’âme et aspirait son essence vitale. Des griffes intangibles vinrent lui labourer le cœur, des crocs putrescents lui dévorèrent la cervelle, et, dans sa subite folie, les ongles de l’homme s’arrachèrent à force de rapper contre le harnois métallique. Si ce n’étaient les cordes vocales vrillées du prêtre ou les martèlements de sabots des montures paniquées, un silence glacial s’était fait sur la route, et l’effroi se lisait dans les yeux des chevaliers. Il y en eut toutefois pour se débarrasser de cette vision cauchemardesque d’un homme saisi d’insanité et, les idées plus claires, ils tournèrent le regard en direction de l’origine du sortilège. Otto von Falmer faisait partie de ces gens-là. Le lien, très certainement, se fit instantanément dans son esprit ; cette exaction venait d’être commise par l’une des sorcières, assurément. Levant son marteau, il aboya à ce qu’on la retrouvât, et deux cavaliers s’élancèrent dans la forêt, en direction de Lucretia.

« Jarnicoton, le voilà bien endêvé », jura-t-elle entre ses dents tandis qu’elle se transformait en corneille.

Bien évidemment, la trajectoire de l’esprit demeurait tout à fait traçable, et les hommes d’armes avaient une belle idée de l’endroit où elle se trouvait actuellement. Elle ne pouvait décemment pas rester à la même place, et, d’une tout autre manière, elle avait pour visée que de rejoindre Dokhara. Mais, alors qu’elle louvoyait entre les arbres afin de regagner le campement, le son caractéristique d’une trompette éclata dans les environs. L’attaque venait d’être lancée sur les gitans, et les soldats s’étant dissimulés dans les fourrés venaient très certainement de se mettre en marche. Dokhara ignorait sûrement leur présence, et, lorsqu’elle s’en rendrait compte, il serait bien trop tard. Elle n’aurait pas le temps, point l’occasion, de mettre à exécution son plan, et se ferait tôt ou tard capturer. Peut-être, alors, qu’elle aurait le temps de jouer sa partition. Mais Lucretia, lorsqu’il s’agissait de son amante, se révélait soudainement bien peu joueuse. Non, elle ne prendrait pas ce risque. Non, ainsi qu’elle lui avait promis, elle le l’abandonnerait pas de nouveau entre les mains des répurgateurs. Il lui fallait faire pression sur Otto afin qu’il avortât au plus vite son attaque. Et un moyen de pression, sur cet homme qu’elle n’avait jamais rencontré, Lucretia en connaissait justement un.

Après avoir virevolté sous les frondaisons, la corneille atterrit sur le sol, toujours dissimulée, et reprit une nouvelle fois sa forme humaine. Guettant un court instant la progression des cavaliers, lesquels allaient très certainement dans la mauvaise direction à présent qu’elle s’était mue dans la forêt, elle s’immobilisa que pour mieux se concentrer sur sa tâche imminente. Et, là encore, son esprit plongea rapidement dans ses réserves de Dhar.

Une voix rauque retentit dans la forêt, grondant comme le tonnerre.

« TIENS-TU DONC A TON FUTUR FILS, OTTO VON FALMER ?! »

La voix, modulée par la puissante magie noire de Lucretia, resonna lourdement à une demi-lieue à la ronde. Elle semblait sortir d’outre-tombe, gutturale, menaçante, déformée, comme sortant d’une gigantesque bouche sans lèvre placée en chaque endroit de la forêt, mais surtout tout juste derrière soi. Elle s’imprégnait de ces choses innommables et indescriptibles, bien trop imposantes et assourdissantes pour que l’esprit puisse la rationaliser. Elle vous faisait vibrer de crainte, réveillant vos peurs les plus enfouies, et, dans son ubiquité, dans son omnipotence, vous laissait aussi vulnérable qu’un nouveau-né. Quelques oiseaux s’enfuirent au loin dans ces croassements apeurés. La Lahmiane continua de plus belle.

« RETIENS TES HOMMES, OTTO VON FALMER, ET NE TOUCHE POINT AUX STRYGANIS, SANS QUOI TON NOM MOURRA DANS LE VENTRE GONFLE, PUTREFIE, DE CELLE QUE TA SEMENCE AURA ENGROSSEE. CAR, EN FAISANT APPEL A LA MAGIE IMPIE DES STRYGANIS, EN DESIRANT CONNAITRE CE QUI DEVAIT DEMEURER CACHE, TU AS OUVERT UNE BRECHE SUR TON FILS, BRECHE DANS LAQUELLE NOUS NOUS SOMMES INFILTREES. NOUS SOMMES LIEES A LUI COMME TU ES LIE A NOUS, DESORMAIS. QUE LE MOINDRE MAL NOUS SOIT FAIT, ET TA LIGNEE S’ETEINDRA A JAMAIS. »
Usage du sortilège « Maîtrise du son » (amplifié avec Maîtrise de l’Aethyr, je me le suis permis), qui a donc été réussi après t’avoir demandé un jet.
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- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises (lvl 1):
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Érudition
- Intimidation
- Alphabétisation
- Sens Accrus
- Vision nocturne
- Connaissance des démons
- Comédie
- Force accrue
- Esquive
- Monte - chevaux
- Coup précis lvl 3
- Arme de prédilection - épée à une main
- Escalade
- Coriace
- Chance
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
- Etiquette
- Intrigue de cour
- Littérature
- Réflexes éclairs
- Linguistique

Dons du Sang:
- Défi de l'Aube
- Innocence Perdue
- Domination
- Ame Profane
- Forme de Familier : Corneille
- Régénération Impie
- Sang argenté
- Sang vif

Escorte :
- 10 hommes d'armes
- un carrosse tiré par quatre chevaux
- Hans le cocher
- Marcus le capitaine de la garde
- Une petite bestiole attachante nommée Dokhara.

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Dokhara de Soya
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Dokhara de Soya » 18 janv. 2019, 11:15

Le cœur de Dokhara battait la chamade, si fort qu'elle avait bien du mal à ne pas trembler tandis qu'elle tailladait sa propre peau. Suivant les motifs du tatouage sur son bras, elle en accentuait les courbes avec des entailles plus ou moins profondes, utilisant l'existant pour créer une deuxième œuvre sur la première. Son souffle se saccadait, tandis qu'elle tentait de rester concentrée alors que la peur et la douleur venaient perturber son art.

Il y avait tant de choses à penser, tant de bribes d'émotions qui essayaient de la parasiter. La peur de mourir, la colère contre Chavo, l'amour de Lucrétia. L'envie de croire que c'était là le dernier obstacle, que si elle survivait à cette ultime épreuve, cette fois-ci, le voyage toucherait à son terme. La culpabilité n'était pas en reste : puisqu'elle était la raison pour laquelle Chavo les avait vendues, elle était donc l'instigatrice de ses propres mortelles embuches. Encore une fois.

Et pourtant, elle ne pouvait pas se permettre de laisser son esprit vagabonder. Serrant les dents, se mordant les joues si fort qu'elle sentit du sang perler sur sa langue, elle continua son travail, si profondément concentrée sur son art qu'elle ne pouvait remarquer les soldats cachés dans la forêt devant elle.

Puis vint le hurlement de douleur. C'était le signal qu'elle attendait, ce qui signifiait que Lucrétia était passé à l'acte et avait abattu l'ulricain. Il était temps pour elle d'intervenir. Elle releva les yeux, prête à quitter sa cachette pour jouer la comédie de la méchante sorcière. Malheureusement, avant qu'elle ne fasse le moindre pas, elle entendit alors une corne sonner, immédiatement suivie par la vision de six hommes en arme quittant le couvert des arbres pour s'approcher d'elle. Sur les côtés, d'autres groupes se révélaient, se dirigeant vers le centre du campement, prêts à faire un carnage. Le noble était venu avec une petite armée, et les cavaliers n'avaient été que la face visible de l'embuscade qu'il avait préparé : leur groupe était complètement encerclé.

Lucrétia affrontant déjà les cavaliers, les stryganis ne pouvant la voir maintenant qu'elle s'était cachée derrière une roulotte, Dokhara était seule contre tous. Sans armure, avec juste son poignard dans la main, il ne lui fallut pas plus d'un dixième de seconde pour savoir qu'il n'y avait qu'une seule issue pour survivre.

Et pourtant, alors qu'elle lâchait son arme ensanglantée qui tomba au sol, elle eut l'agréable surprise d'entendre la voix surpuissante de Lucrétia couvrir toute la clairière. Dokhara ne pouvait mettre son plan en exécution, mais elle avait parlé d'Oswald à la lahmiane avant qu'elles ne se séparent : cela avait suffi pour qu'elle comprenne le plan imaginé par son amante, et l'améliore grâce à sa véritable magie. La jeune de Soya ne pouvait que bluffer, tandis que la vampire pouvait prouver ses dires.

C'était ça, leur seul espoir. En tuant le prêtre, elles démontraient qu'aucune protection divine ne permettait d'arrêter leur sinistre magie. En mettant en cause la divination de Tsinep, ils pouvaient faire d'Otto le responsable du malheur futur de sa propre famille. Jouer sur sa superstition et l'amour de ses proches pour le faire hésiter. Créer une brèche et s'engouffrer dedans.

Face à la magie de Lucrétia et au bras ensanglanté de Dokhara, les soldats avaient marqué un temps d'arrêt. Une courte seconde d'hésitation. Elle n'aurait pas d'autre moment pour agir.

Elle leva lentement les bras en l'air, s'assurant que sa sinistre œuvre soit bien visible de tous, et s'adressa à eux en hurlant afin de s'assurer qu'ils l'entendaient bien.

- Je me rends ! Mais sachez ceci : c'est trop tard, soldats de l'Ostland ! Notre magie est déjà à l'œuvre désormais et nous sommes les seules à pouvoir l'arrêter. Vous avez entendu ma sœur : si vous me blessez, Herr Von Falmer devra en payer le prix.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 18 janv. 2019, 16:59, modifié 1 fois.
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Dokhara de Soya, Voie de l'aristocrate, Noble
Profil : For 9 | End 9 | Hab 11 | Cha 15 | Int 11 | Ini 10 | Att 11 | Par 11 | Tir 10 | NA 2 | PV 60/75
Compétences : Étiquette, Diplomatie, Séduction, Éloquence, Alphabétisation, Musique (violon), Danse, Chant, Tatouage Empathie, Parade, Bagarre, Sang-froid, Résistance accrue (spécialisation alcool), Fuite
Bonus d'équipement : +2 PAR grâce à Main Gauche.

Fiche de personnage

Compétences en cours d'apprentissage :
Ambidextrie : 3/4
Langage - kislévarin : 1/4
Awards \o/
Warfo Award 2018 du meilleur PJ - RP
Warfo Award 2019 du meilleur PJ - Élaboration
Dream Team 2018 et 2019 avec Lucretia Von Shwitzerhaüm
Miss Vieux Monde 2019

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par [MJ] Le Grand Duc » 18 janv. 2019, 17:55

Pour Lucrétia

► Afficher le texte

La voix de Lucrétia résonna dans le bois comme si elle venait de chaque tronc, de chaque pierre, de chaque feuille morte. Otto von Falmer tira sur les rennes de sa monture qui, nerveuse, s'arrêta dans sa charge et tournait sur elle même en renâclant tandis que son cavalier cherchait fébrilement la sorcière autour de lui, le regard fusa d'un arbre à l'autre.

- "Sors de ta cachette, hérétique !" hurla-t-il en brandissant son marteau de guerre tandis que les deux chevaliers qui l'avaient suivi le dépassaient au galop, à la recherche de la lahmiane.

Le noble norlander semblait désormais en proie à la panique, et pris visiblement une décision puisqu'il fit faire violemment volte face à son destrier et le talonna de toutes ses forces pour foncer vers le campement, sa grande cape de fourrure battant derrière lui.

- "TROUVEZ LA VIEILLE ! AMENEZ LA MOI !" hurla-t-il sur son passage aux quelques soldats qui n'avaient pas encore rejoint les roulottes.

De ce que pouvait voir Lucrétia à travers les branchages secs des pins, le chaos régnait dans le cercle de la caravane. Quelques stryganis tentaient de résister tandis que d'autres courraient dans tous les sens, essayant de se barricader dans certaines roulottes ou de profiter de la confusion pour fuir dans les bois avec les enfants. Plusieurs corps gisaient déjà à terre, et les combats éclataient ça et là avec un avantage significatif pour les ostlanders, bénéficiant de l'effet de surprise et équipés pour tuer. Mais il était difficile de voir plus clairement depuis la position de l'Immortelle.




Pour Dokhara


Les soldats s'approchaient lentement de Dokhara, la poigne bien solide sur leurs armes et le bouclier haut, l'air visiblement anxieux. Derrière, les cris et les pleurs produisaient un vacarme croissant, teinté du bruit des lames qui se percutaient entre elles. La voix qui venait de résonner les faisait frémir de peur, mais ils étaient de têtus ostlanders et désobéir aux ordres ne leur serait même pas venu à l'idée. Pour autant, ils semblaient complètement apeurés.

- "Mets toi à genou, les mains à plat sur le sol, sorcière ! Pas de coup fourré !" lui lança l'épéiste le plus proche tout en avançant lentement, sur le qui-vive.

Mais Mingrélie fit soudain irruption dans la scène, surgissant en courant d'entre deux roulottes alors qu'elle cherchait une porte de sortie à cet enfer. Elle s'arrêta net en tombant nez à nez avec les soldats et n'eut pas le temps de retenir son souffle, les yeux écarquillés, qu'un vireton venait la jeter au sol avec un râle. C'était l'arbalétrier du groupe qui, par sursaut autant que par nervosité, avait appuyé sur la gâchette de son arme. Confus, il bredouilla quelque chose et se mit à la recharger lorsque l'épéiste de tête pointa sa lame vers Dokhara.


- "Saisissez la !" cria-t-il à ses hommes tandis qu'ils se mettaient tous à courir vers la jeune femme.
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 18 janv. 2019, 21:36

Oswald. C’était en se remembrant ce passage précis à Talabheim que Lucretia s’était lancée dans cette esbroufe dont la visée première n’était pas autre que l’arrêt instantané des combats. Alors qu’elles venaient d’être menacées par un petit groupe de bandits, Dokhara avait joué la comédie en endossant le rôle pour lequel elle avait toujours été pourchassée ; celui de sorcière. En se scarifiant la peau et les membres, en faisant rouler ses yeux tout en faisant couler son sang, elle était parvenue à semer le doute chez leurs assaillants. Et, alors que tous les regards craintifs s’étaient tournés vers la baronne de Soya, la Lahmiane avait eu tout le loisir de manier la Dhar et de les faire détaler aussi vite qu’ils étaient arrivés.

Dokhara avait bien mentionné Oswald, justement, juste avant qu’elles ne se quittassent l’une l’autre, la première restant dans l’arrière du campement tandis que Lucretia s’en allait abattre l’ulricain. Voilà ce qui avait tout déclenché ; user à leur avantage l'angoisse primaire des hommes en bluffant comme jamais. Les bandits avaient eu peur du surnaturel. Otto avait semblé si fier à l’annonce de la naissance de son fils. La vulnérabilité s’était désignée d’elle-même. Et si jamais le plan tacite auquel elles avaient songé n’avait pu être joué jusqu’au bout, car à Dokhara revenait initialement la dernière partie, elles avaient tout de même pu l’arranger selon ce qui leur convenait de mieux. Et c’était ce que Lucretia venait justement de faire, notamment grâce à sa magie. La vampire avait su manier cette dernière afin de compenser l’imprévu. Et la voix d’outre-tombe qui avait surgi dans la forêt avait fait hésiter Otto.

En pleine charge, l’homme avait subitement retenu sa monture en tirant sur la bride, et l’animal avait manqué de ruer tandis que son cavalier observait les alentours, désormais bien moins sûr et vindicatif qu’il ne l’avait été jusque-là. La peur s’était doucement glissée dans son esprit, insidieuse et conquérante. Son regard roulait dans ses orbites, tentant de dénicher cette sorcière qui menaçait si sinistrement sa progéniture. Elle n’était pas loin, il le savait. Mais elle demeurait introuvable, tandis que sa voix, elle, continuait de gronder de tous les côtés, mauvaise et envahissante. Par dépit, alors, il leva bien haut son marteau de guerre, ordonnant à la sorcière, dans un dernier geste, de se montrer une bonne fois pour toutes. Puis, voyant que sa déclaration colérique n’avait aucun effet sur son adversaire, il talonna les flancs de sa monture, aboyant que l’on retrouvât Tsinep. Pourquoi diable demandait-il à ce que l’on mît la main sur la vieille femme ?

Cette question, Lucretia se la posa effectivement. Elle fit rapidement le tour des possibilités qu’elle parvenait à envisager, là, dans ce capharnaüm ambiant. Il pouvait très bien la prendre comme otage, dans un premier temps, afin de marchander la vie de son fils contre celle de l’ancienne khilis. Mais pensait-il véritablement que cela arrêterait Lucretia ? A dire vrai, eu égard à la situation, elle ne pouvait décemment pas faire mine de relâcher son sortilège, car elle se retrouverait dès lors, et Dokhara avec elle, vulnérable au beau milieu d’une troupe de soldats armés. Non, il faudrait à la vampire prendre ses distances avec Otto, l’assurant qu’elle annulerait l'effet de sa magie sitôt qu’elle se sentirait en sécurité, hors de sa portée et de son autorité.

Mais elle voyait également une autre hypothèse, dans le jeu du baron. Prendre une fois de plus Tsinep en otage afin de lui demander si toute cette mascarade était bel et bien possible. Là, l’issue de cette conjecture se révélait moins facile à lire. Lucretia doutait que la vieille femme la trahisse véritablement, voyant en elle un ange de la nuit, une déesse d’un temps passé, mais un temps auquel l’ancienne s’accrochait encore, ribon-ribaine. Et quand bien même en aurait-t-elle l’envie qu’il n’était pas certain qu’elle en sût véritablement assez sur la magie pour aller jusqu’à dépriser la malédiction tenue par Lucretia. Elle s’y connaissait assurément en plantes et en remèdes, mais c’était là tout. Par ailleurs, la jeune femme s’était même demandé si Tsinep n’avait pas inventé de toute pièce cette histoire d’enfant. Quoi qu’il en fût, elle la remercia intérieurement ; cela pouvait peut-être les tirer de ce traquenard.

En attendant, bien que la « sorcière » eût exprimé ses volontés pacifistes, celles-ci ne semblaient point avoir été écoutées. En contrebas, dans le campement, les rangs des soldats s’étaient refermés sur les stryganis, et plus d’un corps gisait déjà au sol. Plusieurs mares de sang s’agrandissaient sous les cadavres en des taches rougeâtres que la terre ne parvenait pas à complètement absorber. L’avantage, indubitablement, revenait aux ostlanders, aussi nombreux que les gitans, si ce n’était peut-être plus, mais assurément mieux armés, et mieux entraînés. Là, deux hommes tentaient de livrer bataille à une poignée de guerriers, permettant à deux femmes et trois enfants de prendre la fuite. Ils furent abattus avant même que les fuyards n’eussent le temps de dépasser la première roulotte. Un carreau fusa, projetant une des gitanes à terre. L’un des bambins s’arrêta, se mettant subitement à pleurer, comme s’il venait seulement de réaliser le massacre qui allait s’en suivre. Les autres l’abandonnèrent à son sort, paniqués, et s’enfermèrent dans une roulotte. Mais, dans ces différentes scènes qui se déroulaient çà et là, Lucretia, en dépit de son acuité visuelle, ne put discerner la silhouette de son amante. Les hostilités avaient déjà bien trop été entamées pour espérer un retour à la normale. Il lui fallait agir, et il n’y avait qu’un seul homme qui pût rétablir un semblant de calme, quoique sous la menace d’une lame ou d’un nouveau sortilège. Otto von Falmer.

Une corneille s’envola brusquement du sol, faisant tournoyer les feuilles mortes de la forêt, et piqua en direction du destrier qui galopait vers le campement. N’ayant point besoin de négocier quelque virage que ce fût, s’affranchissant des nids de poule et des pierres déchaussées qui ponctuaient le sentier, elle rattrapa Otto, et, tandis qu’elle fusait dans sa direction, se métamorphosa en plein vol, reprenant forme humaine. Catapultée par sa propre vélocité, elle heurta de plein fouet le cavalier, et ce fut non plus un petit oiseau, mais bien le corps d’une femme, qu’il reçut dans le flanc, à toute allure. Otto fut très certainement désarçonné ; le cheval, déjà à belle vitesse, chut sous la violence de l’impact, suivi de près par son maître qui fit plusieurs roulés-boulés sur le bas-côté de la route. Une jeune femme le rejoignit bientôt, et, malgré sa noble stature, roula en contrebas d’une manière tout aussi disgracieuse. Mais la Lahmiane se savait plus solide, et bien plus rapide. Et plus forte, également.

Idée derrière cet assaut :
- mettre Otto hors de service, car chuter de cheval à pleine vitesse et tomber dans une armure ne doit pas faire du bien. Peut-il se briser un bras, une jambe… ?
- Le prendre en otage, car il ne pourra pas se relever (ou alors bien trop difficilement) et Lucretia sera déjà sur lui.
- Se faire mal, car j’imagine, à l’instar de chuter de cheval, que percuter un chevalier en armure ne doit pas faire du bien également. :mrgreen: Oui, Dokhara m’a contaminée.
- Lui faire rendre les armes, à lui et à la totalité de ses hommes. Le hisser et l’exposer à tous si le besoin s’en fait sentir.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 22 janv. 2019, 22:09, modifié 1 fois.
Raison : 6 xps / Total : 78 xps
FOR 16 / END 14 / HAB 17 / CHAR 18 / INT 17 / INI 19* / ATT 17 / PAR 13 / TIR 11 / MAG 17 / NA 4 / PV 134/140
Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

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