[Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Les gens du Hochland sont célébres pour leurs talents de chasseurs et les denses forêts de leur province. Une bonne partie de leurs armées est composée d'habiles arquebusiers. Le Comte Ludenhof tient sa cour à Hergig.

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[MJ] Le Grand Duc
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[Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par [MJ] Le Grand Duc » 13 sept. 2018, 19:42

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C'est ainsi que Lucrétia von Shwitzerhaüm, Dokhara de Soya et Marcus Freeh continuèrent leur traversée de la Drakwald en compagnie des stryganis.

La caravane était constituée d'une vingtaine de roulottes aux allures aussi diverses que variées. La grande majorité d'entre elles faisait office d'habitation pour les familles qui composaient la communauté, tandis que les deux dernières, plus spacieuses mais aussi plus austères, transportaient probablement les vivres et le matériel. Chacun de ces véhicules était tracté par une ou deux paires de percherons, des bêtes aux poitrails solides qui poussaient sans rechigner sur leurs colliers décorés de rubans et de grelots. Suivaient une demi-douzaine de carrioles à deux roues charriant les vieillards et les enfants, et enfin un petit troupeau de chevaux dont la cohésion et la garde était assurée par trois ou quatre cavaliers. La plupart des gitans se déplaçait à pied le long de la caravane, n'investissant les roulottes que lorsque le soir approchait et qu'il était temps de monter le camp. Des chiens bâtards suivaient la marche, galopant et fouinant le long de la colonne. En tout et pour tout, cette singulière compagnie comptait près d'une centaine de personnes, presque toutes liées par le sang.

A leur contact, les baronnes en apprirent plus sur ces gens du voyage. Ils appartenaient au clan des Khilis, une sorte de famille étendue composée de plusieurs groupes qui voyageaient régulièrement entre l'Empire et le Kislev. Contrairement aux autres stryganis, qui circulaient principalement sur les cours d'eau à bord de barges bariolées, les Khilis se déplaçaient uniquement par voie terrestre, sillonnant les anciennes routes qui traversaient les vastes forêts. Spécialisés dans l'élevage des chevaux, ils ne commerçaient qu'avec les bourgades relativement importantes qu'ils croisaient en chemin, le grand événement annuel étant la foire aux bestiaux d'Erengrad, occasion à laquelle ils participaient chaque année et où leur grande et pour le moins éparpillée famille pouvait se réunir pour partager, échanger mais aussi conclure pactes et mariages. Le reste du temps, ils tâchaient d'éviter les axes principaux, leur préférant des itinéraires secrets et anciens à travers bois.

Dans leur langue gutturale, "Khilis" signifiait "Enfants de la Forêt". Et ils semblaient en effet à l'aise dans cet océan de verdure, quand bien même c'était la dangereuse Drakwald qu'ils traversaient, et qu'ils allaient bientôt pénétrer dans la non moins terrifiante Forêt des Ombres. De simples feux étaient allumés autour du cercle de roulottes à la nuit tombée et seules quelques personnes se relayaient la nuit pour monter la garde. Tsinep, par exemple, s'aventurait souvent seule dans les bois pour y récolter des herbes, et tous les enfants connaissaient les champignons et les baies qu'ils pouvaient ramasser, et ceux qu'il ne fallait absolument pas toucher. La terreur causée par les nombreux périls qui se cachaient sous les frondaisons ne semblait pas avoir de prise sur les stryganis, et pour cause, puisque pas une fois la caravane ne fut inquiétée. Était-ce là une puissante protection accordée par leurs dieux, ou simplement une chance incroyable ? Que ce soit l'une ou l'autre, c'était tout bonnement impensable pour un impérial qu'un convoi si lent et visiblement peu protégé puisse survivre plus d'un jour dans les étendues sauvages.

Les gitans étaient des gens libres et nonchalants. Il était par exemple fréquent qu'ils s'arrêtent plus d'une nuit au même endroit si ce dernier leur plaisait. C'est ainsi qu'ils passèrent trois jours près des sources chaudes au nord de Vodf, où ils se prélassèrent et se baignèrent nus -hommes et femmes séparés bien entendu. Les chemins détournés de la forêt recelaient leur lot de crevasses, de nids-de-poule et autres obstacles. Lorsque la roue d'un chariot se brisait sur un caillou particulièrement mal placé, la colonne entière s'immobilisait et un ou deux charpentiers se mettaient à l'oeuvre, ce qui pouvait parfois prendre de longues journées. On réunissait alors les autres roulottes et on profitait de se répit pour se reposer et pour jouer de la musique.

Contrairement à ce que Lucrétia et Dokhara semblaient penser, la communauté ne paraissait pas avoir de chef à proprement dit. Chacun était libre de ses choix, et la vie du camp s'organisait comme de part elle-même. Les querelles étaient courantes mais s'apaisaient rapidement, et le dernier mot revenait généralement aux anciens comme Tsinep. Les tâches étaient réparties d'une manière naturelle, et la seule règle semblait être celle de la parole donnée : il fallait faire ce que l'on disait que l'on allait faire, mais aussi en assumer les conséquences. Chacun mettait la main à la pâte à sa manière et en fonction de ses connaissances et aptitudes.

De prime abord, les baronnes furent accueillies avec distance, parfois même avec mépris. Marcus fut déposé dans l'une des roulottes, et c'est Tsinep qui s'occupa de panser ses plaies à l'aide de cataplasmes et de son savoir ancien. La vieille femme garnit aussi la blessure de Dokhara avec une pâte verdâtre qui atténua la douleur et permit à l'héritière De Soya de guérir et de marcher sans mal. Au demeurant, cette dernière et sa comparse étaient ignorées du reste des striganys. La nuit, elles dormaient dans des couchages de cuir et de fourrures disposés sous un auvent en bois tiré du flanc d'une des roulottes. Des braises étaient empotées dans de petits braseros en fer et disposées autour d'elles pour les réchauffer, et il était fréquent qu'elles se réveillent le matin entourées des chiens roulés en boule qui se rapprochaient des braseros pour se réchauffer eux aussi. La journée, elles progressaient avec la colonne tandis qu'on murmurait dans leur dos dans la langue des Khilis. Seuls les enfants s'amusaient à leur courir autour en les appelant "jadokaris", mot qu'elles avaient déjà entendu. Elles apprirent plus tard qu'il signifiait "sorcières". Car c'était ainsi que les voyaient les gitans : deux sorcières en fuite qui se faisaient passer pour des dévotes de Sigmar, dieu au demeurant absent de ce convoi. On les pensait probablement aux abois, quelques méfaits ou mauvaise réputation laissés derrière elles. Malgré cette méfiance, les striganys ne semblaient pas totalement hermétiques aux choses occultes : de nombreux talismans, colifichets et aux symboles ésotériques ornaient leurs habits, leurs roulottes, les harnais de leurs chevaux et jusqu'à la peau tatouée de leurs femmes. Quels dieux honoraient-ils ? En avaient-ils seulement ? Y avait-il, parmi eux, des adeptes de la magie ?

Mais bientôt, la glace se brisa et les deux voyageuses apprirent à connaître leurs compagnons de voyage. Il y avait Shana, bien sûr, au tempérament de feu et à la rancune tenace. Elle semblait encore en vouloir à Lucrétia pour s'être jouée d'elle mais se détendit au fur et à mesure du chemin. Bien que par moments froide et distante avec les deux impériales, elle se faisait plus sympathique lorsque le soir venait et que tous se retrouvaient sous les voiles du cercle des roulottes. Tsinep était là aussi, figure silencieuse mais omniprésente, ses petits yeux plissés observant les moindres faits et gestes de leurs hôtes. Idriss, lui non plus, n'était pas du genre bavard. Grand et maigre, il incarnait pourtant toute la virilité fière d'un vrai gitan. Il portait une chaîne en argent sur son torse velu, et ses bras étaient toujours croisés, sauf lorsqu'il maniait la hache pour couper du bois. Il se montrait pourtant attentionné, et servait le repas et ce thé noir et amer aux baronnes lorsqu'il était temps de se restaurer. Le soir, il fumait une longue pipe et écoutait les histoires et les conversations au bord du feu. Il jouait parfois de la guitare et chantait des airs mélancoliques dont Lucrétia et Dokhara ne comprenaient pas les paroles. Chavo, vingt printemps, ne manquait bien sûr pas de faire le beau pour attirer les regards. Vexé par Lucrétia lors de leur première rencontre, il s'était alors entiché de Dokhara. Apprenant de ses erreurs, et comprenant qu'une impériale ne se laissait pas faire aussi facilement, il se montra plus fin et se contenta, jusqu'alors, de plaisanter et d'inviter la jeune femme à danser.

Mais il y avait aussi Gouri, le forgeron du convoi, un homme jovial à la grosse voix. Sa barbe lui tombait jusqu'au nombril et ses mains étaient toujours noires. Il n'avait de cesse de railler les hommes de l'Empire, les appelant les "ქათამი*", ce qui n'avait sûrement rien de flatteur. Il accompagnait toujours ses boutades d'une œillades vers les baronnes, essayant de leur tirer un rire ou au contraire une protestation outrée. Lorsque Marcus fut suffisament rétabli pour sortir de son lit, Gouri se fit un malin plaisir de l'asticoter constamment, jusqu'à ce que le capitaine de la garde de Bratian ne menace de lui en coller une – quand bien même ses jambes étaient encore tremblante et son teint pâle. Gouri s'esclaffa bruyamment et lui envoya une claque dans le dos qui manqua de le faire tomber avant de lui servir une rasade de mauvais vin.

Chévardzané était le pendant féminin du forgeron, quoi que plus douce : une grosse femme à la poitrine opulente et aux formes maternelles. Elle régnait en maître sur la gente féminine de la communauté, et les enfants l'écoutaient au doigt et à l’œil – un coup de louche sur la tête des plus récalcitrant aidant. C'était la reine des ragots, et gare à celle qui osait la contredire. Elle avait mauvais caractère et trichait aux dés, mais elle avait un bon fond et offrit même à Dokhara un ruban de soie bleue pour s'attacher les cheveux. "Ché", comme on l'appelait dans le camp, prétendait que le ruban venait tout droit de Cathay et qu'elle l'avait eut en lisant l'avenir d'un marchand étranger dans la pomme de sa main. De part son autorité naturelle, c'est elle qui répartissait les corvées de la journée. Elle était secondée par Isélée et Mingrélie, deux autres femmes qui semblaient avoir un certain statut parmi les leurs.

Venaient ensuite Vingor, le mari de Tsinep, un petit vieux voûté que Lucrétia et Dokhara n'avaient jamais entendu prononcer un seul mot. Il passait ses soirées assit auprès des chevaux, et ces derniers venaient parfois lui réclamer une caresse, comme s'ils reconnaissaient leur maître. Vingor, malgré son grand âge, s'obstinait à mener les chevaux à la rivière lorsque le camp était en train d'être monté. Alors Arçil, un jeune homme discret de l'âge de Chavo, l'aider à réunir les bêtes et à les mener boire. Bientôt, ce fut Marcus qui se joint à eux. Les trois semblèrent créer un lien, quand bien même Vingor ne parlait pas le reikspiel, et c'est en compagnie des deux gitans que Marcus enterra sous un vieux chêne les effets de Hans Zimmer qu'il avait pu récupérer en hâte avant de fuir les gobelins. En tassant l'humus noir sur le béret à aigrette et la blague à tabac du palefrenier, le capitaine de Bratian raconta aux striganys combien son compagnon aurait été heureux de pouvoir s'occuper de si beaux chevaux.

Et il y avait Karan, un vieux grisonnant qui ne voyait pas d'un bon œil la présence des impériaux. Et la coquette Tyra qui mettait des fleurs dans ses cheveux, et Bubba le boiteux qui se cachait pour regarder les femmes se laver dans la rivière, et Koka, et Mariam, et d'autres. Et les enfants, joyeux gamins crottés de la tête aux pieds qui passaient leurs journées à courir et à se battre avec des bâtons. Toute cette communauté battait d'une vie propre, bruyante et joyeuse. Souvent dure et misérable, quand la pluie tombait ou que la nuit était froide, mais loin des persécutions et des malheurs que leur imposait la civilisation. Ils évitaient cette dernière comme la peste, et les rares voyageurs qu'ils croisèrent sur les chemins forestiers ne récoltaient que regards noirs et malédiction sussurées à voix basse. Du reste, les striganys étaient comme un phare de lumière et de vie dans les mornes profondeurs de la Drakwald.

Mais tout n'était pas que rires et soirées au coin du feu. Il y avait à faire, et nos baronnes n'eurent pas le luxe de l'oisiveté. Elles étaient des femmes, et ce sont donc les femmes de la communauté qui les prirent sous leur aile. Parmi les nombreuses corvées qui leur étaient dévolues, il y avait la cuisine, la vaisselle des ustensiles et des marmites, le lavage du linge à la rivière, la reprise des habits et des voiles déchirés, l'entretien du feu, et autres tâches plus ou moins ingrates. Dokhara se montra docile et acquis ainsi l'affectation de la plupart des gitanes. Ces dernières étaient des femmes fortes et libérées, et parlaient ouvertement de choses qu'un sigmarite n'aurait pu imaginer. Ni leurs maris par ailleurs, qui étaient rhabillés pour l'hiver dès que les lavandières battaient le linge ensemble. Entre deux corvées, elles jouaient aux dés ou aux cartes, buvaient du thé dans lequel elles versaient du vin, racontaient des histoires et juraient. Curieuse, Mingrélie demanda à Dokhara pourquoi elle n'était pas tatouée, et Ché lui proposa – lui énonça, plutot, qu'elle allait lui tatouer le menton pour faire d'elle une vraie Khilis ! Shana lui demanda pourquoi elle voulait aller vers le nord, Tyra lui demanda si elle était mariée, Mariam si elle connaissait des sorts puisqu'elle était une sorcière, Isélée qui elle priait quand elle voulait un enfant, et Ché si elle connaissait un philtre pour faire bander les hommes. Et toutes s'esclaffaient bruyamment. Lucrétia, à l'inverse, mit une telle mauvaise foi à l'ouvrage qu'on renonça bientôt à lui demander quoi que ce soit. Les autres femmes se contentèrent de l'ignorer, voir de lui jeter des regards mauvais, à l'inverse des hommes qui la suivaient souvent des yeux avant de se prendre une baffe à l'arrière de la tête. On disait la lahmiane oiseau de mauvais augure, et seuls Idriss et Tsinep s’asseyaient à côté d'elle le soir près du feu.


*katami


Pour Lucrétia

La lahmiane, être immortel à la puissance surhumaine, ne trouva pas la vaisselle et le lavage du linge à son goût. La couture ne lui plaisait pas plus, et l’idée même de s’occuper des gamins du camp la répugnait probablement. Les gitanes, visiblement ignorantes de sa vraie nature, n’y voyaient qu’oisiveté et insolence. Scandalisées par le comportement de Lucrétia, elles tancèrent vertement cette dernière à plusieurs reprises, n’hésitant pas à l’insulter dans leur langue rauque, ce qui ne manquait pas de déclencher des disputes où les plus véhémentes menaçaient d’en venir aux mains. C’est l’intervention de Tsinep qui calmait généralement ces ardeurs. La vieille gardait la baronne de Bratian sous sa protection, ce que les autres femmes voyaient d’un mauvais œil. Pourquoi couvrir ainsi une telle fainéante ? La situation semblait délicate, et bientôt c’est l’ancêtre qui allait devoir répondre de l’ire des gitanes. L’intéressée, au demeurant, ne semblait pas plus préoccupée que cela par la colère de ses congénères. Elle se contentait de les renvoyer à leurs occupations d’un simple mot, non sans s’attirer des regards réprobateurs.

En désespoir de cause, il restait une dernière tâche à laquelle Lucrétia pouvait peut-être s’avérer utile : la cuisine. C’est ainsi que la lahmiane se retrouva face à un établi, près du foyer. Des quartiers de viande de sanglier et quelques lapins étaient déjà en train de rôtir au-dessus des braises, fruits de la chasse de la veille. L’Immortelle était quant à elle chargée de faire la soupe. Il y avait devant elle des oignons, des herbes sauvages fraîches, des pommes de terre et autres tubercules, et de petits pots en terre décorés de chevrons colorés et contenant diverses épices et condiments. Une marmite contenant de l’eau bouillonnait déjà dernière elle, sur un trépied. Il ne lui restait plus qu’à éplucher, découper, assaisonner.

Comme d’habitude, Tsinep n’était jamais loin. La vieille femme se déplaçait lentement, petit tas voûté de turbans et de châles, et pourtant il suffisait de tourner la tête quelques secondes pour soudainement l’avoir devant soi, elle qui n’était pas là l’instant d’avant. Gouri travaillait sur sa forge non loin, Marcus se reposait sous l’auvent, des enfants jouaient çà et là, les autres gitans étaient affairés ailleurs et personne ne prêtait attention à Lucrétia. Même les chiens l’évitaient, sentant probablement l’énergie noire qui se dégageait de tout son être. Ainsi, Tsinep et elle étaient seules auprès du foyer, au centre du cercle composé par les roulottes.

L’ancêtre était assise sur un tabouret à côté de l’établi, une poignée de graines entre ses mains fripées. Elle en jetait çà et là autour d’elle d’un petit geste, attirant les quelques poules qui se promenaient en liberté dans le camp.

- « Je sais qui tu es. » dit Tsinep en regardant Lucrétia à travers la fente formée par ses paupières. « Tu n’es pas un pèlerin. Tu n’es pas une sorcière. Tu n’es pas une humaine. Tu es ღამის გმოგო** , un Ange de la Nuit. »

D’un geste fulgurant et qui jurait avec sa fragilité de petite vieille, Tsinep se pencha d’un coup et attrapa la poule la plus proche par le cou, faisant fuir les autres. Elle saisit des deux mains la nuque du volatile qui se débattait et la brisa avec un craquement sinistre, puis ferma les yeux et prononça un mot à voix basse avant de plumer calmement l’animal.

- « Ce sont ceux de ton ascendance divine qui firent ce que nous sommes aujourd’hui. Vous portiez le feu, la mort et la maladie sur nos ancêtres. Nées des sables noirs, vous avez affronté nos dieux, vos frères. Que sommes-nous, stryganis, face aux batailles célestes des Maîtres Éternels … » Parlait-elle à Lucrétia, ou à elle-même ? Toujours est-il qu’elle continuait à fixer la lahmiane. « Je suis la gardienne du savoir de mon peuple. Seule, je sais que les dieux marchent avec nous sur la terre, nous observent. Parfois ils nous protègent, parfois ils nous dévorent. Nous, mortels, ne vivons que pour servir l’Immuable. სასჯელი***» Elle fît un geste de la main droite, presque par automatisme : poing fermé, index et auriculaire relevés.

Tsinep, et plus généralement les siens, ne semblait pas avoir une idée précise de l’histoire de son peuple. Cette connaissance s’était probablement perdue au fil des siècles, transformée en légendes et en prophéties obscures par la transmission orale et les effets du temps. La traduction du khilis au reikspiel n’aidait probablement pas à clarifier les paroles de l’ancêtre. Pour autant, la ferveur en ce que les universitaires impériaux appelaient la foi vampirique paraissait encore bien présente chez elle. Tsinep croyait s’adresser à une déité. Avait-elle tort, dans le fond ? Cependant, la vieille femme n’avait aucunement l’air intimidée ou éblouie. Lucrétia était peut-être une déesse, mais ce n’était pas celle de son peuple.


- « Le malheur et l’errance sont notre châtiment. Mais toi, pourquoi fuis-tu ? Que vas-tu chercher dans la terre de la glace et des esprits ? Pourquoi voyages-tu avec nous ? Les Anges de la Nuit chassent nos dieux comme des animaux. Les miens pensent que tu n’es qu’une sorcière, mais si je leur dis qui tu es vraiment, ils me maudiront et m’abandonneront dans la forêt. Je t’ai accueillie parmi nous parce que j’ai lu dans les étoiles que c’était mon destin. J’y ai vu ma mort, ainsi que celle de ma fille Shana. Mais j’y ai aussi vu le salut de mon peuple. Les étoiles m’ont dit : ის, ვინც დაანგრია, იქნება ის, რაც ჩვენ გადაგარჩენს****. Celle qui nous fit périr sera celle qui nous sauvera. Réponds moi, ღამის გმოგო**. Quel est ton dessein ? »

**ghamis gohgo

***sasjeli

****is, vints daangria, ikneba is, rats chven gadagarchens
Pour Dokhara

Les khilis étaient des nomades. Pour se nourrir lors de leurs voyages, ils se reposaient sur les denrées qu’ils pouvaient se procurer dans les bourgades où ils vendaient leurs chevaux. Mais ces dernières étaient souvent insuffisante, surtout lorsque le convoi disparaissait de longues semaines au cœur des bois. Ainsi, la chasse, la pêche et la cueillette représentaient un apport non négligeable au régime quotidien de la communauté.

C’était au tour de Chavo de chasser. Il était accompagné par Hedred, un homme d’âge mûr aux impressionnantes scarifications rituelles le long des bras, mais le jeune homme s’était aussi arrangé pour que Chévardzané envoie Dokhara les rejoindre. C’est ainsi qu’ils partirent du camp aux premières lueurs du matin, passant de longues heures à vérifier les prises des collets posés la veille. Hedred portait la gibecière, d’où dépassaient déjà les pattes de cinq ou six lapins. Il était équipé d’une lance, tandis que Chavo portait un arc à double courbure de facture kislévite. Une dizaine de flèches dépassaient du carquois attaché à sa ceinture colorée. Dokhara, quant à elle, avait l’arbalète de Hans. Trois chiens jaunes les accompagnaient, occupés à renifler le moindre buisson et à galoper le long de la piste.

Ils s’étaient enfoncés loin dans la forêt, mais ni Hedred ni Chavo ne semblaient inquiets. La Drakwald s’étendait tout autour d’eux, comme une infinité de bois sombres et de taillis.


- « Tu as bien fait de venir, jadokari. » fanfaronna le jeune homme comme si ce n’était pas de son fait, alors que les chasseurs descendaient une pente douce en bordure d’un petit ruisseau, faisant attention de ne pas glisser sur les cailloux mouillés. « Je vais te montrer le plus bel endroit de la forêt. »

- « Regarde avec tes yeux plutôt qu’avec ta bite, Chavo. Ces pierres sont plus glissantes qu’une anguille. » lança Hedred derrière eux.

- « C’est sûr que toi tu risques rien, avec la mule qui te sert de femme ! » répondit l’insolent en éclatant de rire.

Ca ne manqua pas, et alors qu’il se retournait pour voir la mine d’Hedred, il chancela sur un appui peu sûr. Les grands moulinets de ses bras n’y firent rien et il perdit l’équilibre pour se retrouver le cul dans l’eau glacée. C’était au tour d’Hedred de s’esclaffer, avant d’aider Chavo à se relever pour reprendre la marche.

Ils bifurquèrent dans un épais bosquet où la piste continuait de descendre en lacets serrés, jusqu’à arriver sur un vaste espace dégagé. C’est là qu’un tableau incroyable s’offrit à la vue de la baronne de Soya.

Le crâne d’un gigantesque monstre gisait dans la clairière, recouvert de mousse et de lierre. Des vertèbres prolongeaient cette apparition titanesque, et le reste du squelette – s’il y en avait un – se perdait dans la végétation. Les mâchoires de cette créature de cauchemar étaient encore ouvertes, menaçantes, et auraient pu engloutir une maison tandis qu’un seul de ces crocs était de la taille d’un homme adulte. C’était une vision incroyable, et l’imagination seule laissait rêver de cette bête fabuleuse lorsqu’elle avait encore chairs, tendons et peau.



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- « Alors ? » demanda Chavo en bombant le torse, souriant en attendant la réaction de la jeune femme.

- « Tu vois jadokari, les tiens appellent cette forêt la Drakwald car elle était le foyer des dragons. Ils sont tous morts aujourd’hui, et je crois bien qu’ils l’étaient déjà il y a mille ans. » expliqua Hedred en regardant le squelette, un sourire satisfait aux lèvres. « Pour nous les khilis, cet endroit s’appelle გველი სიკვდილი**, la Mort du Serpent, et nous connaissons son emplacement depuis toujours. C’est ici que notre Seigneur apparu une fois, pour tuer le grand monstre Ylulu. Mon grand-père était là lorsque cela arriva. Il n’était qu’un enfant à l’époque, mais il raconta son histoire à mon père, qui me la raconta, et je la raconte aujourd’hui à mes fils. Nous prions nos dieux pour leur protection, et ils nous l’accordent. Ces forêts sont à nous. »

Sur ces paroles, Hedred et Chavo s’agenouillèrent momentanément. Ils priaient à voix basse dans leur langue, les yeux fermés. Lorsqu’ils eurent terminé, ils se prosternèrent contre l’humus, et Hedred déposa l’un des lapins sur le sol en guise d’offrande. Ils repartirent ensuite, quittant la clairière pour remonter la pente boisée.

Ils s’arrêtèrent près de la rivière pour déjeuner, puis se remirent en route. Chavo tira quelques oiseaux et un castor qui vinrent rejoindre les lapins dans la gibecière. Ce ne fut que quelques heures après que Dokhara eut l’occasion de s’exercer un peu au tir. Deux des chiens étaient à l’arrêt face à un buisson, et Hedred s’accroupit en faisant signe aux autres de faire de même, un doigt sur les lèvres. Chavo s’approcha de Dokhara par l’arrière, toujours accroupit.


- « Là, tu vois, entre les branchages. » murmura-t-il, le doigt pointé vers le cœur du taillis. « Un faisan. » En effet, il suffisait de se concentrer un peu pour déceler le plumage moucheté de l’oiseau au milieu des feuilles. « Fais-moi signe quand tu es prête, et les chiens le feront s’envoler. Là, tu pourras tirer. Vise bien, tu n’auras qu’une chance, jadokari

Dokhara pouvait sentir son souffle contre sa nuque, et sa main posée délicatement contre son dos.



**gveli sik’vdili



On peut considérer que l'on a avancé d'une voir deux semaines.

Voici à quoi peut ressembler une des roulottes :

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Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 17 sept. 2018, 21:02


Rejoindre les stryganis s’était révélé comme étant une bonne idée, à n’en pas douter. Lorsque les deux jeunes femmes avaient commencé leur voyage au travers de la Drakwald, elles avaient connu un trajet dans un premier temps dénué de tout danger. La sombre forêt avait pesé sur leurs êtres, les avait menacés de son souffle de mort et de ses murmures plaintifs, mais n’était jamais véritablement passée à l’action. Les journées avaient défilé et s’étaient ressemblées, sans distinction aucune, à coup de sabots mis les uns devant l’autre et de campement érigé au petit soir, lorsque les frondaisons des arbres déformés avaient aspiré jusqu’à la plus petite once de lumière. Les repas s’étaient succédé, de même que les levés difficiles au petit matin, ou les tours de garde de Lucretia, mais rien n’était venu les déranger. Les sous-bois faisaient entendre leurs clameurs lointaines, l’écho de cris de bête se portait jusqu’à leurs oreilles, mais sans jamais que ne leur apparût la créature à l’origine de ces hurlements difformes. Pourtant, il n’avait fallu qu’une seule fois pour qu’éclatât leur petit groupe en la mort de Hans, le palefrenier. Une seule et unique fois pour provoquer la perte de la majorité de leurs affaires, et une fuite éperdue à travers la forêt, dans une course à la vie à la mort qui manqua de justesse d’emporter Marcus. Alors, au sein de ce cortège strygani, l’existence paraissait soudainement plus légère et bien moins menaçante après avoir connu ces derniers tracas.

Car cela faisait maintenant deux semaines que les deux jeunes femmes avaient rejoint les gitans, deux semaines exemptées de tout danger, alors même qu’elles étaient encore et toujours environnées par l’épaisse forêt. Une petite quinzaine de jours sans risquer sa vie ou sans voir l’un de ses proches au bord de la mort, voilà qui apaisait l’âme et qui conduisait à une petite routine possiblement ennuyeuse, certes, mais certainement pas déplaisante. Cela avait pourtant été loin d’être gagné.

Shana continuait d’être froide et distante envers les deux jeunes femmes étrangères, n’ayant toujours pas digéré les petits sarcasmes de Lucretia lorsque cette dernière avait entrepris de répondre à ses questions. Si la Lahmiane n’avait pas menti sur ses intentions et avait décidé de nourrir la curiosité de la gitane de la manière la plus franche et plate qui fût, elle n’avait pu se résoudre à ne pas glisser une ou deux petites piques dans son discours. Et chacune de ces remarques avait vraisemblablement visé juste, atteignant en plein dans le mille la raison et la dignité de Shana.

Les autres femmes stryganies les avaient également accueillies avec des regards en coin et des visages fermés, très peu enclines à ce que des étrangères fussent ainsi invitées en leur sein. Si Lucretia n’avait fait montre de ses talents surnaturels qu’à Shana et Idriss, ces derniers avaient eu tôt fait de le répéter à l’ensemble du cortège. La rumeur avait enflé et s’était déformée, et tout un chacun les avait taxées de sorcières et d’autres noms d’oiseau qu’elles ne comprenaient pas mais qu’elles devinaient point très flatteurs. Les conversations diminuaient à leur approche, les langues se taisaient sur leur passage, et poursuivaient dans leur dos, sur un ton bas qui n’avait rien d’amical. Les adultes ne leur adressaient que difficilement la parole, et les enfants, reprenant plus ou moins les mots de leurs parents, s’amusaient à les provoquer en les harcelant de leurs jeux ingénus. Toutefois, ils réfrénèrent rapidement leurs ardeurs lorsque Lucretia, après avoir feinté la plus grande impassibilité, avait subitement jailli sur un garnement un peu trop téméraire pour le harper et lui administrer un gauche droite retentissant sur les joues qui manqua de le faire vaciller. A dire vrai, les journées s’avéraient si paisibles que la vampire y avait mis un peu trop de force. L’expression de l’enfant dessinait toutefois un rictus amusé sur ses lèvres, et elle dit que, en fin de compte, elle n’était peut-être pas contre le fait d’enseigner un tant fût peu d’éducation à ces marmots qui en avaient grand besoin. Cela ne manqua pas de déclencher l’hostilité de la mère.

Marcus, bien que gravement blessé, fut néanmoins le membre de leur groupe qui reçut le plus d’attention, et même un toit et des murs au sein d’une des roulottes. Tsinep s’occupa de sa personne, veillant sur lui, et lui prodigua les soins qu’il requérait afin de guérir le plus rapidement possible. Pendant ce temps-là, les deux baronnes, de leur côté, dormaient à la belle étoile, contre un flanc de voiture sous un paravent de bois. Bien que Lucretia ne craignît pas le froid, elle ressentait tout à fait les effets de l’air vespéral chargé d’humidité qui se déposait chaque matin sur son couchage et sa vêture. La sensation s’avérait des plus désagréables non seulement pour elle, mais également pour Dokhara, laquelle demeurait en sus de cela vulnérable à la maladie. Aussi, Lucretia lui confia une couche de vêtement de plus tout en veillant à lui prodiguer de temps à autre, alors emmitouflée dans l’ombre et les couvertures, certaines attentions qui ne manquèrent pas de lui tenir chaud.

Toutefois, une fois le petit matin venu, alors que Lucretia, afin de tromper la vigilance de certains, avait feinté de dormir, elles eurent la surprise de découvrir que les chiens du campement s’étaient réfugiés autour d’elles et des braseros, en quête de chaleur. La rosée de l'aube, couplée avec l’odeur tiède que dégageaient les canidés, libérait des exhalaisons repoussantes qui ne manqueraient pas de venir s’accrocher à leur vêture, et c’était sans compter toute la vermine que pouvaient véhiculer les bestioles. Fort décidée à ce qu’ils ne revinssent plus, la Lahmiane puisa dans son énergie. Non pas pour jeter le moindre sortilège, non, mais pour faire étalage de sa puissance et de ce qu’elle était, lâchant un peu de son aura qui vint chatouiller les sens si développés des chiens. Ces derniers sentirent rapidement que quelque chose clochait dans les environs ; leurs oreilles se redressèrent subitement et leurs poils se hérissèrent tandis qu’ils se mettaient à gronder çà et là. Une nouvelle petite pulsion mentale de la Lahmiane, et ils décampèrent aussi vite qu’ils étaient venus, leur laissant le champ libre. La nuit suivante, ils s’abstinrent bien de recommencer.

Les deux jeunes femmes durent aussi se soumettre aux travaux quotidiens, ainsi que l’avait décrit Shana. Dokhara sembla ne pas rechigner à la tâche, gagnant la sympathie de la communauté féminine des gitans. En ce qui concernait Lucretia, en revanche, ce fut une tout autre paire de manches.

Rapidement après avoir rejoint le convoi, l’une des femmes se dirigea directement vers la Lahmiane et, dans un reikspel douteux entrecoupé de mots stryganis, lui refila un panier de linge sale, une brosse, de la cendre ou autre solution abrasive, ainsi qu’une latte de bois pour sécher le linge. Et sans concession aucune, elle lui désigna un petit plan d’eau non loin de là. Lucretia la regarda de haut, non sans une certaine morgue, elle et son panier.

« Non. »

La réponse ne sembla pas plaire à la gitane, qui s’exclama alors pleinement dans son idiome, jurant très certainement, avant de lui remettre le panier dans les mains d’une façon assez brutale.

« Sincèrement, je ne pense pas que ça soit une bonne idée », renchérit Lucretia, qui lâcha alors tout bonnement le panier à ses pieds.

La femme devint dès lors toute rouge. Caractérielle à souhait, et peut-être aussi têtue que ne l’était la baronne, elle reprit le panier, et le colla une énième fois entre les mains de cette dernière, en vociférant outrageusement. Mais elle ne s’arrêta pas là. Bien décidée à ce que cette étrangère qui n’en faisait qu’à sa tête se pliât aux œuvres journalières, elle alla jusqu’à attraper le col de la Lahmiane pour l’emmener de force au bassin rempli d’eau. Celle-ci, qui n’avait jamais été malmenée de la sorte, en fut tellement stupéfaite qu’elle ne put faire autrement que d’effectuer deux ou trois pas dans la direction souhaitée par sa tortionnaire. Les yeux ronds comme des soucoupes, les paupières cillant comme jamais, Lucretia finit par s’arrêter, dissimulant tant bien que mal ce début de fureur qui commençait à lui irriguer l’esprit, et leva les bras.

« D’accord, d’accord. Je m’y rends. Voyez, il suffit de le demander poliment, et tout rentre dans l’ordre. »

Elle récupéra le panier, et, la tête altière et la démarche impériale, s’en alla hautainement vers le plan d’eau. La vampire ne manqua pas de remarquer le petit sourire satisfait de la gitane, laquelle ne la quitta toutefois pas du regard, vérifiant que la nouvelle venue se soumettait bien.

Une bonne vingtaine de minutes plus tard, Lucretia revint vers la brute, lui tendant le panier dans un sourire aussi flamboyant qu’exagéré. Elle était fière de son travail, et rayonnait comme jamais. Soupçonneuse, la mine austère, la gitane s’empara d’un vêtement, et, tendant les bras, le déplia devant elle avant de lâcher un petit cri horrifié.

La robe, car c’en était une, avait auparavant arboré un magnifique rouge écarlate. Désormais, sa teinte semblait avoir subitement fané ; la majorité des tissus avaient été grignotée par un excès de savon ou autre produit abrasif ou s’était nuancée de noir après avoir été trop longuement frottée à la cendre. Et ce n’était pas tout ; Lucretia, emplie de toute la mauvaise fois possible, n’avait toutefois pas rechigné à la tâche. A dire vrai, elle en avait même trop fait. Elle avait passé sa rancœur sur les habits, usant de sa vitesse et de sa force pour les brosser à toute allure, et l’outil avait déchiré çà et là le magnifique tissu. Enfin, lorsqu’il avait fallu sécher les vêtures, Lucretia les avait placées sur une pierre plate et les avait battues si énergiquement que chaque fibre avait fini par être écrasée. La robe, ainsi que le reste du panier, avait si fait été décolorée, déchirée, et déformée. Toujours tout sourire, la Lahmiane haussa les épaules.

« Je vous l’avais bien dit que ce n’était pas très indiqué. »

Et, avant de tourner les talons et de quitter l’endroit avec cette même hauteur qui l’accompagnait parfois, elle jeta aux pieds de la gitane la latte de bois. Ou une partie ; elle avait été brisée en deux à force des coups répétés et bien trop énergiques de la baronne de Bratian. Sifflotant presque innocemment tout en partant, cette dernière ne perçut aucunement les bruits de pas de la gitane dans son dos. Elle demeurait là, sur le perron de sa roulotte, et c’était à son tour que d’avoir les yeux exorbités, quoique pour une durée bien plus longue que ne les avait eus Lucretia.

Mais l’on vint rapidement la trouver une nouvelle fois. La Lahmiane était en train de vaquer tranquillement à ses occupations lorsqu’une autre bonne femme surgit dans son champ de vision, tenant un nouveau panier. Allons donc ; n’apprenaient-elles jamais ? Et à cette nouvelle gitane de lui glisser ledit panier entre les mains. Toutefois, celle-ci avait un ton plus doux, plus poli, et semblait bien moins vivace et agressive que sa comparse de la dernière fois. Elle ne venait également pas pour la même demande ; point de lessive à faire, mais plutôt du reprisage. Mais la vampire n’était toujours pas encline à effectuer ces basses-œuvres qui ne lui correspondaient absolument pas.

« Je vous ai déjà dit que je ne fe… D’accord, très bien », se reprit-elle en réprimant un soupir.

Elle conserva le panier, attrapa les pelotes de fils et les aiguilles que lui tendait la femme, et, d’un pas énergique, lui tourna le dos pour s’installer sur une petite table, à l’ombre d’un grand arbre.
Lucretia était habile de ses mains, preste, et précise, et la couture ne lui était pas si étrangère que cela. Avec un peu de patience et de volonté, nul doute qu’elle eût su faire de grandes broderies. Mais elle en avait totalement décidé autrement.

Elle sortit plusieurs vêtures, repéra les endroits abîmés, et tâcha de les rafistoler. Mais, éternellement armée de sa mauvaise foi et de son manque de volonté flagrant, elle en fit aucun effort pour distinguer les différentes pelotes. Là où le vêtement était en laine, elle usa de simple tissu. Lorsqu’il était en lin, elle le rapiéça de chanvre, lorsqu’il était noir, elle choisit du fil vert. Et elle continua ainsi, redoublant d’ingéniosité pour effectuer le pire travail possible. Puis une idée lui vint ; ne devait-elle pas, ainsi, reboucher les trous ? Elle trouva une tunique, rechercha une manche, et entreprit de clore cette béance par laquelle l’on avait coutume d’y glisser le bras. Elle réitéra son méfait encore une ou deux fois, piochant les vêtements au hasard dans le panier, puis décida qu’elle avait accompli la tâche qu’on lui avait demandée. Bourrant le linge dans le contenant, elle s’en alla trouver la bonne femme, lui remit, avec autant d’énergie que n’en avait eu la première, le panier dans les mains, et tourna les talons. Quelques secondes plus tard, et des cris interloqués se firent entendre, lui arrachant un petit sourire satisfait. Allaient-elles enfin comprendre ?

Non. Alors que les regards mauvais commençaient à peser sur elle tandis qu’elle s’entraînait à l’épée, travaillant sur son jeu de jambes, la fluidité et la précision de ses mouvements, l’on vint une fois de plus la déranger. Apparemment, ès qualités de femme, Lucretia ne devait pas avoir d’autre loisir que les poussières, la garde des chiourmes, ou les lessives, et toute activité masculine était à proscrire. Ce qui l’agaça profondément. Elle qui déployait des trésors de stupidité pour éviter pareil labeur, voilà que ces bonnes femmes rivalisaient avec elle en matière de persévérance.

La troisième femme qui vint la trouver lui fit don d’un lapin mort. Evidemment. La cuisine. Lucretia ne chercha même plus à protester, et, usant de ses plus beaux sourires mielleux, effectua une petite courbette insolente.

« Mais quelle bonne idée. J’y cours ! »

Elle se demanda bien si sa vis-à-vis allait tiquer suite à pareil entrain, alors qu’elle n’avait eu de cesse que de saboter tout travail qui lui avait été confié, mais la mégère la laissa faire, quoique d’un regard sceptique. Lucretia rejoignit la roulotte faisant office de cuisine, et commença ce carnage longuement planifié. Armée d’un long et lourd couteau, elle déchiqueta la bestiole et quelques autres qu’elle trouva à proximité afin d’alimenter son salmigondis. S’il y avait du sel, aliment malgré tout bien rare, elle en versa beaucoup trop. Si elle trouva du poivre, elle fit pareil, et recommença avec les épices et toutes les herbes, sans distinction aucune. Elle broya au hasard les différentes parties de viande, ne se préoccupant pas des tendons, des os, de la tête, des pattes, et autres ligaments que refusait furieusement l’estomac humain, et vida le tout dans le pot commun qui servirait de repas.

Au soir, tout le monde ou presque se retrouva autour du feu de camp, et Lucretia prit place aux côtés de Dokhara. Au beau milieu des conversations, l’on servit le bouillon dans des auges creuses que l’on fit passer de main en main. Un petit mouvement de dégoût vint interpeller une ou deux personnes ; l’on venait de trouver un œil écrasé au beau milieu d’une assiette, mais cela ne causa pas davantage de remous. Lucretia fit un petit signe discret à l’attention de Dokhara ; mieux valait ne pas manger ce qu’il s’y trouvait. Et lorsque l’on porta cette bouillie à hauteur des lèvres, il y eut une série de plusieurs réactions.

Certains ne sentirent rien, et apprécièrent le repas. Sûrement étaient-ils tombés sur des portions comestibles du pot commun que l’on avait mal touillé. Mais les autres, en revanche, affichèrent nombre de grimaces de dégoût aussi bien que de douleur. L’on recracha la viande sur le côté, l’on recueillit entre deux doigts un minuscule os qui s’était fiché dans le palais, et l’on maudit bien volontiers l’incompétente qui avait pu préparer un met aussi infect et salé. Evidemment, les histoires des lessives et de ravaudage ayant fait le tour du campement, l’on ne tarda pas à désigner Lucretia du doigt.

Celle-ci, contrairement à la signification du geste qu’elle avait adressé à Dokhara, mangeait confortablement le contenu de son auge, avec une placide insolence. Elle leva un regard curieux tout autour d’elle, comme si elle venait tout juste de remarquer l’effervescence tempétueuse qui s’agitait autour d’elle. Puis haussa les épaules tout en continuant d’ingurgiter ce repas infâme qu’elle singeait d'apprécier. D’une façon comme d’une autre, si elle le trouvait effectivement dégoûtant, elle n’en avait point besoin pour vivre, et avait appris au fil des années à feindre l’indifférence quand bon lui semblait.

L’on se mit debout, enragea, renversa les coupes, et leva le poing en direction de ladite sorcière qui avait assurément fomenté leur mort.

« Franchement, ce n’est pas faute de vous l’avoir dit, je ne sais pas si bien faire que cela. Et puis, ce n’est pas si mauvais que cela, eh. Votre colère non seulement vous aveugle, mais vous fait également perdre votre goût et votre appétit, mes amis », déclara la Lahmiane, dissimulant un sourire mesquin derrière son bol.

Toutefois, elle se tenait bien prête à réagir au quart de tour si les gitans devenaient trop belliqueux. Mais elle n’en eut pas besoin ; Tsinep interféra en sa faveur, au grand dam de toute la population stryganie. Elle se leva, et, de sa voix calme mais puissante, imposa le silence à tout avant de demander à ce que l’on refît à manger. Etonnée, mais non moins satisfaite de se voir ainsi couverte, Lucretia fit encore davantage étalage de son petit air pédant, allant jusqu’à émettre des petits bruits de succion tout en finissant son bol.

A partir de cet instant, Lucretia fut définitivement libérée de toute corvée, et l’on s’abstint bien de lui demander quoi que ce fût. Désormais affranchie de ces entraves, elle avait tout le loisir de vaquer à ses propres occupations, et passait le temps à rendre visite à Marcus lorsqu’elle ne s’entraînait pas à l’épée. Grand bien lui en fit ; elle eut l’occasion d’assister à son réveil et de le mettre au courant de leur nouvelle situation et de leurs dernières appellations, ce qu’il comprit sans faire de vague. Sans quoi, de temps à autre, l’ancienne baronne de Bratian patrouillait autour du campement, adoptant ce rôle de sentinelle qu’elle avait joué lors des premières semaines de voyage.

La Drakwald se révélait toujours aussi riche de son histoire perdue depuis des décennies. Lorsqu’elle s’aventurait çà et là, la Lahmiane tombait presque à chaque fois nez à nez avec des vestiges oubliés de civilisation. D’autres campements, des hameaux engloutis par la forêt, et d’autres tumulus qui n’étaient pas sans lui rappeler cette nuit où son petit groupe avait dû prendre la fuite. La curiosité la poussait encore et toujours à investir ces lieux anciens et à y découvrir leurs secrets, mais, dernièrement, elle n’avait que trop tiré sur la corde pour risquer de plus graves problèmes auprès des gitans. Aussi se contentait-elle de passer à côté tout en continuant sa route.

Sans quoi rendait-elle également visite à Dokhara lorsque celle-ci n’était pas occupée à ces tâches de servante dont on avait voulu qu’elle s’accommodât. Là encore, elle lui dispensait des cours d’escrime ; elle n’en saurait jamais assez et ne serait jamais assez habile dans un milieu aussi hostile que la Drakwald, et leur futur demeurait encore et toujours inconnu. Les deux jeunes femmes en profitaient aussi pour parler de tout et de rien, planifier leur route, et se raconter les derniers ragots du campement, véritable petit village ambulant.

Car en fin de compte, avec le temps et les journées qui passèrent, si les femmes ne parvenaient plus à supporter Lucretia, les hommes, de leur côté, lui accordaient encore ces genres de regards qui en disaient long sur leur ressentit et ne manquaient pas de provoquer l’ire de leurs femmes. Ce qui, par définition, amusait grandement Lucretia.

La déconvenue de Chavo avait assurément fait elle aussi le tour de la population stryganie, et chacun des hommes était-il ainsi informé. Pourtant, que ce fût par jeu, par défi, ou simplement par espoir d’un nouveau regard ou d’un sourire, certains s’y risquaient encore auprès d’elle. Bien qu’elle passât déjà pour une sorcière, et pire encore lorsqu’elle effectuait ses mouvements martiaux à l’épée, la gent masculine semblait moins rechigner que les femmes à discuter avec elle. Au début, certes, il y eut cette appréhension et ce petit malaise de ne pas savoir comment se comporter en présence de cette femme, mais, lorsque la Lahmiane y mettait du sien et un peu de bonne volonté –pour une fois-, elle devenait soudainement aussi charmante et agréable que la jeune bachelette qu’elle feintait d’être. Elle riait simplement à un trait d’humour salace, bougonnait après un jet de dés particulièrement malchanceux sur lequel même sa stature de sorcière ne pouvait influencer, et s’appliquait avec concentration lors de passes d’armes. Lucretia possédait un naturel curieux et une fulgurance d’esprit qui ne manqua pas d’interloquer plus d’un homme lorsqu’elle ripostait au cours d’un échange de taquineries, et, bonne cavalière qu’elle était, avait à plus d’une reprise mis un gitan à l’amende durant une course improvisée.

Ainsi s’entendait-elle relativement bien, en fin de compte, avec Idriss, même si la glace mit un certain temps avant d’être brisée. Contrairement à nombre de gitans, il ne craignait pas Lucretia, et venait souvent s’asseoir non loin d’elle lors des repas. Les mélodies qu’il jouait à la guitare n’avaient rien à avoir avec les nombreux opéras et orchestres auxquels la Lahmiane avait assisté, mais il s’y dégageait une simplicité sauvage, entraînante, et aussi dépaysante que mélancolique.

Gouri s’était également intéressé à Lucretia. Forgeron de son état, il avait surtout remarqué la lame que la baronne maniait lors de ses séances d’entraînement, et son naturel tempétueux et jovial avait bravé l’appréhension générale véhiculée par ses comparses. Il avait demandé à étudier la lame elfique de l’étrangère, et celle-ci s’était exécutée sans souci aucun. Voyant que Lucretia n’était pas taillée dans le même bois que les autres femmes qu’il avait pu fréquenter, il s’était mis à lui coller de grandes claques dans le dos, la faisant souvent valdinguer. Et oui, cela provoquait un certain indignement du côté de Lucretia ; le gitan avait souvent les mains noires, et laissait de larges empreintes fuligineuses sur sa vêture.

Elle apprit également à connaître Vingor, l’époux de Tsinep. Celui-ci demeurait muré dans le silence, sans jamais parler ni laisser paraître la moindre expression, à tel point que Lucretia se demanda s’il n’était tout simplement pas muet. Mais son mutisme s’avéra à plus d’une reprise bienvenue, loin du tumulte braillard des gitans, et la Lahmiane à l’ouïe plus qu’affûtée apprécia la quiétude qui l’entourait. Elle le croisait à chaque fois qu’elle s’en allait patrouiller autour du campement ou qu’il fallait partir en expédition un peu plus loin que prévu afin de ramener de l’eau en provenance d’une source éloignée. Et avec lui ne tarda pas à survenir Arçil, bien moins excentrique et bien plus discret que ne l’était Chavo. Plus gauche, à sa manière, également, et Lucretia n’hésita pas à le faire rougir à plus d’une reprise en lui racontant les discussions de temps à autre bien osées que pouvaient avoir les femmes gitanes sur les hommes du campement.

Quant aux autres, la baronne de Bratian ne se faisait pas prier pour se confronter directement à Karan, un des quelques hommes qui paraissaient de pas pouvoir la supporter, et s’amusa à jouer plus d’un tour à Bubba le voyeur en lui accrochant sa canne à la cime d’un arbre. Elle participa à l’enterrement des effets personnels de feu Hans, le palefrenier, et ignorait délibérément et de façon ostentatoire Chavo, qui semblait faire de même à son égard. Quoiqu’elle surprît certaines de ses œillades dans sa direction à plus d’une reprise.

« Il nous convoite, souffla-t-elle un jour à l’oreille de Dokhara. Et surtout vous, désormais, maintenant que je l’ai éconduit. »

Elle se rapprocha d’elle, dans son dos, tandis que toutes deux avaient le regard rivé sur le jeune homme, à l’autre bout du campement. Les mains de Lucretia ceinturèrent la taille de son amante, et ses doigts se glissèrent sous sa tunique, remontant imperceptiblement le long de sa peau.

« Je n’ai pas coutume que de vous donner des ordres, mais, pour une fois, je ferai exception à la règle. Pas question que vous vous soumettiez à lui. Ou que vous le soumettiez, lui. Et oui, je sais parfaitement ce que vous demanderez en échange », termina-t-elle en lui mordillant le lobe de l’oreille, joueuse, avant de tourner les talons.

La journée, le convoi se mettait en branle, et les roulottes aux formes aussi diverses et variées que loufoques se suivaient les unes les autres sur les sentiers battus de la Drakwald. Afin d’assurer une certaine sécurité, les gitans marchaient de part et d’autre des véhicules tirés par les percherons, et gardaient un œil alerte sur les sous-bois profonds. Mais il ne s’agissait pas uniquement que de précaution. Non, le confort jouait également. Même s’il était facile d’imaginer un trajet paisible et paresseux passé à dormir à l’intérieur d’une roulotte, les chemins se révélaient si traîtreux qu’ils en donnaient le mal de mer une fois enfermé entre quatre murs. Les nids-de-poule rivalisaient de fourberie avec les racines ancestrales pour vous tordre la cheville, les crevasses et les arrêtes saillantes des pierres menaçaient de fendre les sabots ferrés des montures, et toute la forêt semblait s’opiniâtrer à briser coûte que coûte les roues des chariots.

Car si ces gitans s’appelaient les Khilis, soit les Enfants de la Forêt, et que cette dernière ne leur faisait courir aucun grave danger, elle troquait sa mansuétude contre une foultitude de tracas quotidiens. Tsinep et ses baumes étaient souvent hélés pour soigner la blessure bénigne mais incompréhensible d’un enfant, son mari l’était tout autant pour s’occuper d’un cheval soudainement pris de frénésie, et Idriss venait autant de fois accompagné de Gouri pour changer une roue subitement déformée.

Les striganis, aussi libres que le vent, n’hésitaient pas à faire halte en des lieux qui n’avaient pas autre avantage que celui de particulièrement leur plaire. Pour des raisons inexpliquées, il arrivait qu’ils s’arrêtassent dans une clairière, sur un coup de tête, pendant plusieurs jours, ce qui ralentissait fortement la progression de Lucretia et Dokhara sur le Kislev. Toutefois, les deux jeunes femmes, ou tout du moins la Lahmiane, n’en prenaient pas ombrage. Elle apprenait à vivre selon le rythme des gitans qui l’entouraient, quand bien même certains la regardaient toujours de travers. Elle prenait ses marques et ses repères, créait des liens comme des tensions, et vivotait quiètement au beau milieu de ce vivier d’étrangers. En fin de compte, cela ne l'importunait pas tant qu’elle était assurée d’approcher lentement mais sûrement de ce pays tant convoité. Il était certain, ou presque, que personne ne viendrait de toute manière la déranger céans même, perdue qu’elle était en terre hostile.

Par ailleurs, certaines de leur halte se firent dans des endroits magnifiques, dissimulés aux hommes par l’atmosphère sombre et dangereuse de l’épaisse forêt. Les sources chaudes au nord de Vodf furent l’un de ces endroits, tout autant qu’un très bon souvenir pour Lucretia. Là-bas, baignant au beau milieu d’une brume mystique, plusieurs bassins avaient naturellement été creusés dans la roche que venaient alimenter des geysers souterrains. Il s’agissait très certainement d’un lieu très attendu et fréquenté des stryganis ; à peine avait-on commencé à s’approcher de l’endroit et à reconnaître le paysage qu’ils s’y pressèrent subitement, manquant de lâcher toutes leurs affaires sur place pour plonger dans l’eau chaude.

Pourtant, avec cette discipline qui était la leur, ils s’arrêtèrent au dernier moment, et montèrent le campement. La Drakwald ne dormait jamais, et nul n’était à l’abri d’une mortelle foucade de sa part, pas même les Enfants de la Forêt. Si des tours furent organisés dans un premier temps, les gitans abandonnèrent rapidement ces derniers pour y aller quand bon leur semblait, tant que le travail avait été abattu et que l’on respectait la partie homme de la partie femme. Lucretia, revenant d’une patrouille qui n’avait, une fois de plus, rien donné, veilla bien à dérober la canne de Bubba et à la jeter à l’opposé du campement avant de se glisser au beau milieu de ce terrain volcanique.

La vampire se mit en quête de Dokhara, qu’elle trouva sans mal dans un de ces bassins environnés de vapeur. Adossée contre un rebord, la tête renversée en arrière, elle paraissait dormir, absorbée par les bouillonnements de l’eau et les doux clapotis qui en résultaient. Silencieuse comme une ombre, la Lahmiane se positionna à genou derrière elle avant de doucement glisser ses mains sur ses épaules. Sans rien dire, elle se mit à la masser avec lenteur mais fermeté, recueillant parfois de sa dextre en coupe cette ondée fiévreuse qu’elle faisait couler en un mince filet sur sa poitrine. De temps à autre, ses doigts se mêlaient à sa chevelure humide, pressant doucement son cuir chevelu de l’extrémité de ses phalanges en de longs cercles concentriques, avant d’appuyer de la base de ses pouces sur la nuque de la jeune femme, et de revenir à ses clavicules.

« La température de l’eau me monte à la tête, lui souffla Lucretia. Et c’est sans compter votre corps constellé de gouttelettes scintillantes, continua-t-elle en se glissant dans l’eau et en cueillant de ses lèvres les perles ruisselantes sur sa peau. Et cette brume vaporeuse qui nous isole en nous coupant du monde, ne laissant ici que vous et moi… »

Elle ne tarda pas à se glisser dans l’eau que pour mieux embrasser sa consœur avec un désir sans cesse croissant, effleurant ses courbes et ses formes pour lui prodiguer la même passion qui l’animait. Connaissant les envies de Dokhara, elle n’hésita pas à jouer avec elle, usant de sa puissance pour lui bloquer à plus d’une reprise les poignets contre ses hanches, à forcer le passage jusqu’à son cou pour lui mordiller la carotide, ou à la maintenir serrée contre elle. Puis ses lèvres quittèrent le creux de son épaule pour descendre petit à petit, de la naissance de sa poitrine au-dessous de ses seins, avant de s’arrêter au niveau du nombril.

« J’aurai perpétuellement un avantage sur vous. Je peux retenir ma respiration à l’infini, y compris au beau milieu d’une source d’eau chaude. »

Et elle disparut sous la surface.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 17 sept. 2018, 22:18, modifié 1 fois.
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FOR 16 / END 14 / HAB 17 / CHAR 18 / INT 17 / INI 19* / ATT 17 / PAR 13 / TIR 11 / MAG 17 / NA 4 / PV 134/140
Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises (lvl 1):
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Érudition
- Intimidation
- Alphabétisation
- Sens Accrus
- Vision nocturne
- Connaissance des démons
- Comédie
- Force accrue
- Esquive
- Monte - chevaux
- Coup précis lvl 3
- Arme de prédilection - épée à une main
- Escalade
- Coriace
- Chance
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
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- Littérature
- Réflexes éclairs
- Linguistique

Dons du Sang:
- Défi de l'Aube
- Innocence Perdue
- Domination
- Ame Profane
- Forme de Familier : Corneille
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Dokhara de Soya » 22 sept. 2018, 18:56

Morte en sursis


J'estime à trente jours le temps qu'il nous reste à progresser avant de parvenir dans le Tsarat de Kislev. Que je parvienne ou non à destination, que la Drakwald, l'inquisition ou les cultistes me tuent, ou que Lucrétia fasse de moi son enfant, une seule certitude demeure : il me reste moins de trente jours à vivre. Il n'y a nulle échappatoire et cela ne m'est pas gênant puisque je n'en cherche pas.
La chose en moi craint pourtant cette fin prochaine. Elle hurle pour que je ressente et expérimente, rie et crie, brule et copule, agresse et blesse, construise et détruise. Elle s'agite et m'excite, elle veut une apothéose pour conclure une vie morose.
J'en veux à Lucrétia de m'avoir délaissée la nuit dernière. J'ai faim de sensations et suis piégée dans une spirale de frustration, obligée de contenir mes sens et de jouer les ingénues devant les stryganis, de sourire avec gentillesse alors que je ne rêve que de planter ma dague dans leur chair. Je ne reconnais plus mes pensées, ne sais plus ce qui est moi ou ne l'est pas. Son rejet m'a blessée, et je ne sais pas si je cherche une vengeance ou un pardon.
Je chéris pourtant ce tumulte. Je veux et désire, je suis effrayée et en colère, amoureuse et haineuse. Je me sens vivante.
J'aimerais préserver ces sensations, les immortaliser dans l'une de mes mélodies. Mais je n'ai plus de violon depuis mon départ d'Altdorf, et n'ai pu en retrouver depuis. Je ne peux l'immortaliser dans ma chair, car Lucrétia sentirait mon sang et poserait des questions gênantes, sans compter qu'elle m'a déjà appris que la transformation guérirait toutes mes cicatrices. Effacerait les traces du passé pour m'offrir un nouveau départ, une toile vierge.
Je ne vois d'autres solutions que d'utiliser le biais de l'écriture. Il ne m'est pas satisfaisant, les mots ne pouvant décrire des sentiments avec la même finesse que les notes de musique. Si je me sens artiste avec un archet, un scalpel ou un sexe entre les mains, il en est autrement d'une plume. Je me sens gauche, cette forme d'art ne m'atteint pas comme d'autres, ça ne m'est pas satisfaisant. Mais c'est nécessaire à défaut de mieux.
Je suis seule, adossée contre le bois d'une carriole, face à un brasero. Les flammes dansent et m'émerveillent. Il y a un écho dans la fournaise, le visage de Crispin, le spectre de ma mère, le reflet de quelque chose d'autre enfoui en moi. Sa faible chaleur dans la nuit froide m'évoque le corps de Lucrétia. La simple pensée de ses lèvres sur moi me font frissonner de la tête aux pieds. Le fantasme danse devant mes yeux et chaque seconde à l'observer ne fait que le magnifier. Je rêve qu'elle me caresse et me lèche, me griffe et me mordre, me saigne et me torture, me baise et m'abuse. Le monstre en elle me fait jouir d'une main tandis que l'autre transperce ma cage thoracique et perfore mes entrailles. Ses crocs perforent ma gorge, et dans une dernière extase la vie s'écoule hors de mon corps enfin satisfait.

Suis-je choquante ?

Bien.

C'est ça qui doit rester. Ça que je veux graver dans ces pages. Peu importe qui me lis, étranger, proche, ou version future de moi-même. C'est cette Dokhara que je veux sauvegarder. Je ne suis plus affiliée ni à Rhya ni à Slaanesh, ni à Sigmar ni à Ranald. Je ne suis ni une vampire ni une gitane, ni une noble ni une voleuse. Je ne suis plus une impériale mais pas encore une kislévite.

Je suis juste Dokhara, désormais sans rien à accoler derrière ce nom.
Et voici le journal de mes derniers jours de vie dans le Vieux Monde.


***

Jour 1.

La Drakwald est bien moins effrayante en compagnie des stryganis. Lorsque nous étions seuls, je savais pourtant Lucrétia me protéger, être à l'abri de tout danger, mais la différence de ressenti est flagrante. Le clan des Khilis connait cette forêt, et la Drakwald semble les reconnaitre. Nous progressions à l'aide d'une carte et des repérages aériens de la lahmianne, mais n'étions pas au fait de la dangerosité des chemins empruntés. Hans en avait fait les frais.
Eux ne craignent pas la forêt. L'atmosphère angoissante qui m'a serré les tripes sept jours durant n'a pas d'emprise ici. Soucieuse d'être acceptée par leur communauté, je me suis inquiétée pour la vieille Tsinep quand je l'ai vue partir seule dans les bois ce soir. Je n'ai récolté que moqueries de la part des stryganis. Par quel miracle ces "Enfants de la Forêt" pouvaient avoir le luxe de se rire des choses cachées dans les entrailles de la Drakwald qui me terrifiaient, je ne me l'explique pas. J'ai demandé à Lucrétia, mais elle non plus n'a su me dire si une magie était à l'oeuvre afin de les protéger. La théorie la plus probable est qu'une vie passée en ces lieux leur a permis de développer un sixième sens, une façon différente de percevoir les échos dans les bois, les signes invisibles permettant de prédire les dangers et s'adapter en conséquence.

La vie en communauté est agréable, même si nous n'en faisons clairement pas partie. Cette première journée s'est inscrite sous le signe de la méfiance et de la suspicion. Ma consœur et moi avons marché seules, condamnées à subir regards en coin et et chuchotements de la part des gitans. Seuls les enfants ont osé nous approcher, nous insultant dans leur langue que je ne comprends pas. Un jeu classique pour leur âge - les deux femmes étant de dangereuses "sorcières", ils n'avaient de cesse que de tester leur courage en leur criant quelque moquerie avant de se cacher derrière une roulotte ou un adulte. Malheureusement pour le plus téméraire d'entre eux, Lucrétia n'a pas su tolérer ce type de plaisanterie bien longtemps, et voyant que nul parent ne semblait souhaiter juguler l'insolence de leur progéniture, elle a saisi le polisson pour lui coller deux claques magistrales.

Peu de temps après le convoi s'est arrêté, et une source étant proche il fut décidé que les femmes devraient se charger de la lessive. J'ai obtempéré docilement : si je ne savais pas comment faire, il m'a suffi de prendre exemple sur les autres stryganis pour prendre le coup de main. Lucrétia en revanche a pris un malin plaisir à broyer tout le matériel qu'on lui avait fourni, provoquant l'ire de toutes les gitanes.

Il devient évident que si je veux m'intégrer ici, il va falloir que je prenne quelques distances avec ma chère amante.


***

Jour 2.

Mes nuits sont agitées. Mes vieux cauchemars reviennent, plus vivaces chaque nuit. Les ombres de fantasmes que je devinais dans les flammes sont devenues bien plus réelles et palpables dans mes songes. Plus brutaux encore, plus sanglants. Les vieilles questions reviennent au matin, lorsque je me demande quelle part de ces fantasmes appartiennent au Corrupteur, et quelle part n'est que le fruit de mes désirs.

Lucrétia ne se contente pas de faire peur aux stryganis et à leurs enfants, elle s'en prend également aux chiens. Les pauvres bêtes étaient venues trouver refuge près de nous pour la nuit, mais ont bien vite décampé après qu'elle aie esquissé seulement un regard mauvais dans leur direction. Je préfère ne même pas détailler le sort ce qu'elle a réservé aux vêtements qu'on lui a demandé de repriser aujourd'hui.

Puisque seul Idriss a fait hier l'effort de venir s'asseoir à nos côtés hier soir, c'est avec lui que j'ai fait ma première tentative de rapprochement aujourd'hui. Marchant à ses côtés, je l'ai remercié d'avoir immédiatement proposé de nous aider à porter Marcus la veille alors même que l'ambiance était quelque peu tendue ; son geste avait été remarqué et apprécié.
Le bougre n'est pas très bavard, pas le genre à lancer les conversations, plutôt à écouter en silence. Mais je savais quel sujet amener pour le pousser à échanger : hier soir, il a profité de l'ambiance assez tendue entre les stryganis et "les sorcières" pour attraper sa guitare et entonner quelques chansons mélancoliques dans sa langue qui ont su détendre l'atmosphère, tout le monde l'écoutant de manière hypnotique. C'est donc sur sa musique que j'ai choisi d'échanger, lui demandant de m'expliquer les paroles de ses chansons, m'intéressant à ses talents de musicien et de chanteur. Bien qu'il soit resté peu prolixe, j'ai senti qu'il était fier de pouvoir parler de ses chants, et de leur signification ancrée dans l'histoire des Khilis.
Voleurs ou nobles, vampires ou gitans, la formule est toujours la même : si on s'interesse à eux, ils nous apprécient.

Quoiqu'il en soit, Idriss m'a parlé d'un de ses compagnons stryganis qui avait en sa possession un vieux violon dont personne ne se servait. Y voyant la possibilité de m'en servir ce soir pour me lier davantage au peuple gitan, j'ai négocié son obtention avec la personne en question. C'était un vieil instrument d'une qualité déplorable mais j'étais trop heureuse de retrouver un moyen de canaliser mes émotions dans ma musique. Un peu trop heureuse sans doutes : confiante, j'ai commencé à jouer ce soir autour du feu de camp... et l'archet s'est brisé en deux au milieu du morceau. J'ai entendu le gitan qui me l'a vendu s'esclaffer que "les poils de cul de troll c'est pas si solide qu'on croirait". Rire général tandis que je passais au rouge pivoine.
Cet échec fut malgré tout une forme de réussite. Ce court moment de gêne a permis de briser la glace qui les séparait de la dangereuse sorcière. Le ridicule a permis de leur rappeler que je n'étais qu'une humaine comme eux, rien de plus.

***

Jour 3.


Si je n'avais pas tant froissé les dieux, j'aurais pu affirmer qu'ils s'étaient montrés bien généreux aujourd'hui.

Les enfantillages de Lucrétia envers les stryganis lui ont fait retrouver une humeur si rayonnante qu'elle en a oublié mes quelques écarts alcoolisés. Ses mains étaient aussi baladeuses qu'infatigables cette nuit. Taquine comme à l'accoutumée, elle attendait que je m'assoupisse après chaque orgasme pour mieux me réveiller à nouveau, comme pour comptabiliser combien de fois mon endurance permettait de répondre à son jeu. Pas une fois elle ne m'a laissé y répondre, m'immobilisant sous les draps avec sa force surhumaine en chuchotant que je ne réussirais qu'à attirer l'attention de nos hôtes si je m'agitais, m'interdisant de même essayer de me débattre. Lui mordre la main n'a fait que renforcer son emprise sur ma gorge, pour mon plus grand plaisir.

Malgé le manque de sommeil, j'ai choisi d'accompagner Tsinep dans les bois au petit matin dans sa collecte quotidienne de plantes et herbes nécessaires à ses décoctions. La vieille n'était pas très bavarde, aussi ai-je très peu conversén me contentant de l'aider à trouver et couper ce dont elle avait besoin.
C'est pendant cette sortie que notre œil a été attiré par d'étranges lueurs. Sous un arbre, partiellement recouverte de mousse, une vieille lame elfique reflétait la lumière d'un rayon de soleil qui avait trouvé sa voie à travers l'épaisse couche de troncs et de feuilles de la Drakwald. Un squelette reposait paisiblement à côté de son arme, recouvert de mousses et de racines, comme s'il s'était fait peu à peu dévorer par la forêt elle-même. sans doutes une femme si l'on se fiait aux vêtements qu'il portait, devenus haillons poussiéreux.
J'ai récupéré la lame ainsi que le sac trouvé aux côtés du macchabée, dans lequel étaient regroupées plusieurs fioles de poison. Selon Tsinep, c'était la forêt qui me faisait ce cadeau - sinon cela ferait bien longtemps que le squelette et son arme auraient été engloutis par la végétation pour ne plus jamais reparaître. Grâce à Gouri, les deux armes ont retrouvé leur éclat d'antan et je suis bien tentée d'apprendre à les utiliser.

Pour finir, après une nouvelle journée de marche, Lucrétia et moi avons eu le plaisir de voir Marcus nous rejoindre autour du feu de camp en soirée. Sa fièvre était tombée, mais il semblait très affaibli et donnait l'impression d'avoir perdu quelques kilos. L'ancienne nous a assuré qu'il était hors de danger désormais. Je ne me pensais pas spécialement attachée au garde du corps bougon de la baronne de Bratian, mais je me suis pourtant surprise à le serrer dans mes bras de toutes mes forces lorsqu'il est apparu. Je suis heureuse que nous n'ayons pas eu à l'abandonner à l'auberge du Grand Duc.

Trop de gens sont morts par ma faute. Chaque jour cela me pèse et je tente d'occuper mon esprit à autre chose plutôt qu'à songer au passé. Je tente tant bien que mal de suivre la route que Lucrétia me trace, de me changer en la femme que je dois être pour être devenir sa fille. Mais je m'attache malgré moi aux stryganis, et ils semblent s'attacher à moi eux aussi. Ché, la "chef des femmes", a apprécié mes efforts à la lessive et à la couture : assurément, la comparaison avec ma consœur joue en mon avantage. Obtenir la confiance de Ché a radicalement changé le comportement de tout le peuple Khili à mon égard. Si l'on me nomme toujours sorcière, la méfiance dans les regards s'est peu à peu dissipée en seulement trois jours. Désormais non plus tolérée mais acceptée, je suis assaillie par la curiosité mal contenue d'Isélée, Mingrélie, Tyra, Koka, Mariam et d'autres encore dont je n'ai pas retenu les prénoms. Qui suis-je vraiment, qu'ai-je fait pour vouloir fuir l'Empire, comment était la vie dans les cités, étais-je mariée, pouvais-je lancer un mauvais sort sur leurs maris ? Leurs questions m'amusent et y répondre me détend. Je tente de mêler mystère et sincérité, d'être à leurs yeux une sorcière bienveillante.

Cela m'effraie de l'écrire et je ne suis pas certaine que Lucrétia l'approuverait même si elle doit d'ores et déjà s'en douter, mais je prends plaisir à faire ce voyage en leur compagnie malgré mes premières craintes. Les stryganis sont plein de vie, et leurs histoires me passionnent. J'ai l'impression de revivre mes débuts chez les Bienfaiteurs.

C'est agréable.

J'ai peur qu'il ne leur arrive malheur par ma faute.


***


Jour 4


Le voyage est si calme que j'ai l'impression que nous progressons dans une Drakwald différente de celle que j'ai découvert de prime abord. Si je n'arrivais pas à relâcher ma vigilance les premiers jours, je me découvre désormais incroyablement détendue pendant notre marche, confiant ma sécurité aux hommes du convoi tandis que je discute avec tout un chacun.

Ché m'a mise à la cuisine aujourd'hui, espérant que je ferais mieux que l'infâme brouet de Lucrétia. Je n'ai aucune connaissance culinaire et me suis contentée de tenter de répéter ce que j'avais déjà pu voir Alda faire lorsque que je l’embêtais en cuisine. Éplucher des légumes, les mettre dans des casseroles d'eau. Découper la viande, enlever les morceaux suspects jamais vus dans mon assiette, et les faire cuire au feu. Le résultat n'avait pas beaucoup de gout, la viande trop saignante et le reste trop cuit, et j'étais loin d'en être fière, mais là encore, les stryganis étaient si effrayés de devoir ce soir encore manger quelque chose de similaire à la veille que découvrir un repas normal leur apporta un soulagement tel qu'ils en oublièrent d'être critique avec le contenu de leur assiette. Bien au contraire, j'ai reçu un nombre indécent de compliments, que je suspecte avoir été faits uniquement dans l'optique de se moquer de mon amante. Comme si ce genre de choses pouvait l'atteindre - pour la première fois aujourd'hui on ne lui avait rien demandé de faire, et elle en était ravie. Quoique je la soupçonne d'être malgré tout déçue de n'avoir pu utiliser aujourd'hui encore sa créativité destructrice sur quelque tâche ménagère.

Marcus retrouve des couleurs. Il se fait bien à la situation, comme toujours. Tout comme moi, il n'a pas eu grand mal à sympathiser avec les stryganis : je l'ai vu accompagner Vingor et Arcil pour faire boire nos chevaux. Je crois qu'il est heureux de savoir que Wagner nous accompagne toujours. Je pense qu'il voit dans ce roncin l'un de ses derniers liens avec Hans. Il garde toujours sur lui le béret de son ancien compagnon. Il n'a jamais eu le temps de le pleurer. J'ai eu envie de l'enlacer, de pleurer avec lui, de lui dire combien j'étais désolée.

Je ne l'ai pas fait.


***

Jour 6

La roue d'un des chariots nous a lâché en milieu de journée, nous immobilisant jusqu'au soir. Les stryganis ne sont pas les gens les plus pressés ou efficaces que j'ai pu voir de ma vie, et cela ne les dérange aucunement que de devoir s'arrêter plus tôt que prévu pour installer leur campement.

J'ai profité de cette journée pour m'entrainer avec Lucrétia au combat. Nous sommes restées proches du campement, souhaitant rappeler aux gitans non seulement nos capacités respectives à nous défendre seules sans l'aide d'aucune magie, mais aussi le lien fort qui nous unissait quand bien même nous avions adopté une attitude très différente pour notre intégration au sein du clan.
J'ai essayé de me battre à deux armes, utilisant l'équipement trouvé il y a trois jours dans les bois. C'est bien plus difficile que je ne le pensais de synchroniser les gestes de mes deux mains en combat, malgré mes prédispositions en la matière acquises au violon. Lucrétia m'a donc conseillé dans un premier temps, si je tenais tant à combattre ainsi, de tout d'abord utiliser l'atout que représentait la main gauche pour perfectionner mes parades.
Elle n'a rien ajouté sur le motif de cette suggestion, mais je pense comprendre son raisonnement. N'étant qu'une frêle humaine, peu importe la manière de me battre pour laquelle j'opte, je ne pourrais jamais affronter de trop grandes menaces et espérer en sortir vainqueur. En revanche, si je suis capable de temporiser mes adversaires, de ne pas me faire blesser inutilement comme lors de mon dernier affrontement avec des gobelins, alors cela lui laisserait le temps de venir à ma rescousse comme elle l'avait toujours fait.
Je ne suis pas sure d'aimer cette logique dans laquelle je reste dépendante d'elle, mais je me suis pliée à cette suggestion, perfectionnant mes mouvements de parade. Après tout, bien avant de la revoir, c'était déjà en temporisant le combat et en analysant les points faibles de mon adversaire que j'étais venue à bout de Ludwig, le zélote qui m'avait traqué dans un bordel du Wissenland. Equipé d'une solide armure de mailles, je l'avais vaincu en l'épuisant peu à peu, en multipliant les petites entailles, plutôt qu'en ne me fiant qu'à ma puissance brute.

Chavo n'est pas insensible à mes charmes combatifs. Apparemment il a d'ores et déjà tenté sa chance avec Lucrétia lors de sa première visite, et cela s'était relativement mal terminé. Il est venu me trouver après l'entrainement, appréciant apparemment de voir mon corps recouvert de sueur et d'ecchymoses après l'effort : mon amante ne m'a, comme toujours, pas ménagée. Elle m'a cependant clairement fait comprendre qu'elle ne souhaitait pas que je donne suite aux avances de Chavo. Je suppose qu'elle a mal digéré son précédent comportement à son égard. Si je dois avouer apprécier la virilité qui se dégage du gitan et avoir quelques fois laissé ma main le frôler par hasard au mauvais endroit lors d'une danse, je ne comptais de toutes manières pas lui donner satisfaction. Trop risqué.

Mes cauchemars empirent, comme à chaque fois que je m'empêche de céder aux caprices du prince des plaisirs. Je me réveille chaque nuit plus demandeuse auprès de Lucrétia, exigeant davantage, presque agressive envers elle. Je mens en lui disant que je rêve d'elle et éprouve le besoin de faire de chaque fantasme une réalité en sa compagnie au réveil. Mais dans mes songes je me vois taillader la peau de Chavo, graver les symboles du Corrupteur sur son corps avec mes ongles lorsque je ne ne lui arrache pas méthodiquement la chair avec les dents, morceau après morceau, pour mieux sculpter son corps écorché suppliant de mettre fin à son supplice. Et alors que Lucrétia cède à mes besoins, je suis de plus en plus difficile à satisfaire, fantasmant quelque chose de plus dégradant que quelques discrètes caresses sous une couverture. Ce qui se terre en moi veut plus de risque, plus d'effusion, plus de violence.

J'ai peur de dormir.


***


Jour 7

J'ai momentanément résolu mon problème.
Je n'ai eu d'autre choix que d'avouer à Lucrétia ma faiblesse, que de me livrer à elle avec toutes mes failles. Si son sourire moqueur semble toujours vouloir minimiser l'influence du Corrupteur sur mes actes, elle m'a néanmoins rassurée dans la nuit en me signalant qu'elle pouvait utiliser sa magie pour que mon sommeil se fasse sans plus de perturbation, et qu'elle l'avait déjà utilisé avec succès sur moi lorsque nous avions embarqué dans le Weiler.
Je sais qu'elle n'apprécie pas utiliser ses sortilègres pour des raisons dérisoires, aussi ai-je accepté ses quelques moqueries en échange du réconfort de nuits sans rêves.
Comme toujours avec Lucrétia, elle est le traitement mais non le remède. Le mal est toujours là, mais elle est à même d'étouffer son influence. A chaque jour qui passe je peux de moins en moins me passer d'elle, et cela m'effraie.

Seule ma transformation me libèrera vraiment. Du moins je l'espère.

Débarrassée du fardeau de ces songes, j'ai passé une nuit reposante dans un sentiment de sécurité. Et cela a du avoir d'heureuses conséquences sur le visage que je présente, puisque les femmes stryganies n'ont eu de cesse que de complimenter ma mine rayonnante. Je me suis découverte plus ouverte à la plaisanterie, plus apte à faire preuve de légèreté sans sombre arrière pensée.
Ché m'a offert un ruban bleu pour attacher mes cheveux. Elle m'a bien signifié qu'elle ne supportait plus de voir mon visage caché par le capuchon de ma pèlerine, et que j'avais tout intérêt à dévoiler ma chevelure désormais. J'ai accepté son cadeau avec le sourire, et si je ne suis pas certaine que ce morceau de tissu attachant ma crinière soit au gout de Lucrétia, la lueur de fierté de Ché fut suffisante pour que je ne regrette pas ma décision. C'était plus qu'un cadeau, c'était un symbole d'acceptation dans leur communauté.
Je l'ai porté pour la première fois ce soir, et chaque strygani me découvrant avec pour la première fois m'offrit un sourire sincère. Presque tous les hommes du camp sont venus me proposer une danse, comme pour montrer qu'eux aussi me considéraient désormais comme une amie du clan des Khilis.

Je crois que... je suis heureuse.


***


Jour 8

Le chariot réparé, nous avons repris notre marche vers Erengrad. Nous progressons lentement, très lentement.
Ce rythme m'effraie un petit peu. Si je me sens en sécurité ici, je ne peux pas oublier le nombre d'ennemis que Lucrétia et moi nous sommes faits, et dont je ne connais ni les moyens, ni la motivation à nous punir de nos trahisons. Comment savoir combien d'entre eux étaient en train de nous traquer en ce moment-même ?
Mais dans ma lâcheté, peut-être suis-je aussi rassurée de voir ce voyage vers ma mort finalement si ralenti. La vie parmi les gitans me plait vraiment, je me surprends à apprécier chaque minute passée avec chacun d'entre eux. J'apprends peu à peu leur langue en plus de leurs coutumes. Je plaisante avec Gouri, chante avec Idriss, cancane avec Ché, fais la cueillette avec Tsinep, joue avec les enfants. J'ai même fait quelques passes d'armes avec Shana qui semble avoir laissé tomber sa méfiance à mon égard, à défaut de cesser de surveiller Lucrétia d'un œil mauvais.
Ce sont mes derniers instants de vie. Je suis heureuse de pouvoir les savourer à un rythme moins effrené que nos premiers jours dans la Drakwald.

Les femmes m'ont tendu une embuscade tandis que je lavais le linge. Cela faisait quatre jours que je n'avais de cesse de répondre évasivement à toutes leurs questions, et elles avaient décidé que maintenant que je faisais partie de la communauté, je me devais de répondre avec plus d'honnêteté à leurs questions. Je leur ai promis une réponse sincère par personne, à la condition que chacune ne me pose qu'une et une seule interrogation.

Mingrélie m'a demandé pourquoi je n'étais pas tatouée. Je leur ai simplement répondu que ce type d'art est peu répandu dans les capitales impériales. Que si j'aimais beaucoup l'idée d'utiliser le corps comme toile vierge pour réaliser une oeuvre d'art, il est très mal vu de là où je viens que d'afficher des symboles inconnus des autorités, sous peine de finir soupçonnée de collaboration avec les puissances de la ruine et de voir sa vie fortement raccourcie.

Shana, plus pragmatique, me demanda pourquoi je voyageais vers le nord. Elle essaye d'avoir les réponses que Lucrétia n'a pas voulu lui fournir. J'ai choisi de lui dire que Ilsa et moi-même nous étions faits de dangereux ennemis dans l'Empire et que nous craignions désormais ses représailles. Nous espérons que le Kislev saura nous offrir le refuge que nous en pouvons plus trouver ici.

Isélée m'a demandé si je voulais un enfant. J'ai menti à cette question. J'ai répondu que non, pas pour le moment. Je refuse d'y penser. C'est un chemin que j'ai moi-même condamné, inutile de le regarder désormais avec des regrets.

Ché m'a demandé si je connaissais un filtre pour faire bander les hommes. Je lui ai parlé du Baiser de la Courtisane, et de ses puissants effets aphrodisiaques. Je me suis excusée de ne savoir le préparer moi-même mais lui ai promis que si l'occasion de m'en procurer m'était donnée, j'en achèterais une fiole pour lui en faire cadeau. En attendant, je lui ai glissé au creux de l'oreille quelques secrets slaaneshis sur mes propres techniques pour éveiller même le plus ramolli des hommes. Elle est devenu rouge pivoine avant d'éclater de rire et me traiter d'une suite de mots stryganis qui me sont inconnus, mais que je devine mettre à mal ma pureté d'impériale.

Elles ont apprécié mon honnêteté. Tant et si bien que Ché s'est mise en tête de me tatouer le menton pour que je devienne désormais une "vraie Khili". J'ai décliné leur offre, préférant éviter d'afficher un visage relié pour toujours aux gitans. Je dois néanmoins avouer trouver magnifique la multitude de symboles qu'ils se dessinent à même la peau. Bras, jambe, sein, visage, tout leur corps devient un support artistique que je ne peux m'empêcher de jalouser. Mes fonctions dans l'Empire m'avaient en effet toujours interdit d'utiliser mon propre corps pour mes œuvres au couteau, mais maintenant que je ne suis plus qu'une fugitive, qu'est ce qui m'empêche de laisser libre cours à ma créativité ?

Moi qui écris ce journal pour laisser une trace, craignant que les cicatrices d'un scalpel sur ma peau disparaissent après la transformation... qu'en serait-il d'un tatouage ? Survivrait-il à ma transformation ?
Cela vaut la peine d'être essayé, si cela peut me permettre de garder un lien avec le passé.


***


Lucrétia, me lis-tu ?

Je t'ai vue plusieurs fois feindre de ne pas me voir écrire ce journal, et me glisser quelques sourires en coin le matin sans raison particulière. Et j'aurais juré avoir mal fermé mon sac hier, pour le retrouver ce matin la lanière de cuir bien serrée dans sa boucle. Tu n'aurais pas osé n'est-ce pas ? J'espère sincèrement pour toi que tu as su ne pas céder à la curiosité. Sinon tu risques de lire ci-dessous quelque chose qui gâchera le jour où je me déciderais enfin à venir te le dire, quand bien même tu avais sans doutes déjà des soupçons à ce sujet.

Je me rends compte que tu n'es pas ma seule échappatoire à mes problèmes. Je pourrais tout à fait changer de vie par moi-même, et intégrer par exemple les stryganis pour devenir l'une d'entre eux. Je suis capable de m'intégrer à n'importe quel groupe d'individus, j'ai toujours été douée pour me faire aimer. Alors que tout s'écroulait autour de moi, tu semblais être la seule porte de sortie, l'unique échappatoire à mes problèmes. Alors je me suis parfois demandée si mes sentiments n'étaient pas que la conséquence d'une nécessité pour survivre. T'aimer pour être aimée en retour, et ainsi m'assurer ta protection.
Mais aujourd'hui, alors que je me rends compte qu'il y a bien d'autres voies que je pourrais choisir, que je pourrais finalement refaire ma vie de bien des manières, pas une seule seconde ma volonté ne vacille quant au choix que j'ai fait : je souhaite mourir et renaître de ta main, et rester avec toi pour la suite. Le clan des Khilis est passionnant, mais tu l'es tellement davantage.

Mais toi, comment fais-tu pour ne pas douter ? Tu as tant sacrifié pour moi, mais as-tu vraiment parié sur le fait que je n'allais pas te décevoir ? Ne t'es-tu jamais demandée si ce que j'éprouvais n'était pas de l'amour mais juste de la fascination pour la créature mythique que tu es ? Si c'était le cas, alors ne crains-tu pas qu'une fois devenue ton égale je n'éprouve plus ces mêmes émotions ? Qu'une fois ce dont j'ai besoin obtenu, je te quitterais ?

J'admire ta force de caractère. Tu sembles ne jamais douter, toujours savoir quoi faire et comment le faire.

Je t'aime, Lucrétia.


***


Jour 10

Nous sommes arrivés hier aux sources chaudes au nord de Vodf. L'endroit est absolument magnifique, une petite merveille de la nature alimentée par des geysers souterrains. Une multitude de crevasses dans la roche offrent aux voyageurs plusieurs lieux de baignade de différentes tailles, dissimulés derrière un écran de vapeur.

Les stryganis y font clairement étape à chacun de leurs voyages, tant ils semblaient enjoués dans les heures qui ont précédé notre arrivée, pressant le pas là où ils nous avaient habitués à un rythme plus que tranquille. Ils nous ont annoncé qu'ils prévoyaient de faire une longue étape en ces lieux, prenant habituellement trois jours pour s'y détendre. L'idée n'est clairement pas pour me déplaire, surtout si Lucrétia se montre à nouveau si généreuse. La coquine a profité du manque de visibilité dans les sources et d'un moment d'intimité pour non seulement me prodiguer un massage exceptionnel, mais également me rappeler les possibilités offertes par la non-vie. Avec une force apte à entraver mes mouvements, l'endurance sans limites de ses muscles et l'absence de nécessité de respirer, mon amante fut particulièrement astucieuse dans l'utilisation de son environnement pour me prodiguer bien des attentions alors qu'elle avait disparu sous la surface de l'eau. Bon sang, elle ne s'est même pas arrêtée quand Tyra est apparue, désireuse de se glisser dans mon bassin pour cancaner avec moi. J'ai du balbutier aléatoirement quelques imprécations pour lui rappeler qu'une sorcière a parfois besoin d'intimité pour ne pas attirer les mauvais esprits. J'espère que ce sont bien mes mensonges qui l'ont fait fuir et non pas la vision de ce qui se déroulait sous la surface.

Après tout ce qui m'est arrivé ces dernières semaines, ces quelques moments de bonheur semblent inespérés. Ils me donnent l'espoir de ce que pourra être ma vie éternelle avec Lucrétia. Une infinité de possibilités, notre jeunesse éternelle nous permettant de voyager dans tout l'Empire pour découvrir des lieux aussi merveilleux que ces sources chaudes, et des gens aussi passionnants que le Clan des Khilis.


***


Jour 12

J'ai décidé de répondre favorablement à la proposition de Ché hier soir. J'ai bien réfléchi, et peut-être que je regretterais ce choix plus tard, mais je veux garder ces journées dans ma mémoire à tout jamais. Je refuse d'oublier ces moments heureux en compagnie des stryganis et de celle que j'aime.

Je n'ai rien osé dire à Lucrétia. Elle était partie chasser et monter la garde autour des sources, curieuse d'explorer les alentours. Je n'étais pas certaine qu'elle approuve ma décision, et c'est pour cela que j'ai hésité à passer à l'acte les deux jours précédents. Mais je l'ai choisie pour pouvoir vivre librement, et cela doit commencer par le droit de faire ce que je veux avec mon propre corps même si cela lui déplaît.

Je suis donc allée voir l'autre ancienne du clan, Yrié, qui tient le rôle d'apothicaire. Sa roulotte est remplie d'herbes douteuses à l'odeur suspecte, de tas de fioles entassées les unes sur les autres, de panneaux usés en bois et en bronze recouverts de gravures ésotériques, et d'un nombre aberrant d'ingrédients étranges accumulés n'importe comment sur des étagères bancales. A peine y ai-je mis un pied que ma tête me tournait déjà, tandis que plusieurs chats surgissaient pour se frotter entre mes jambes et réclamer quelques caresses.

J'ai demandé à l'ancienne un tatouage qui puisse être dissimulé. Hors de question de l'appliquer sur mon menton. Elle a paru outrée, mais puisqu'elle ne parle pas un mot de reikspiel je n'ai pas compris grand chose à son argumentaire. Elle semblait néanmoins comprendre ma langue à défaut de la parler, aussi lui ai-je expliqué mes raisons : je ne pourrais vivre avec eux à tout jamais, car ma première famille restait ma consœur Ilsa et cette dernière resterait toujours fermée à leurs us et coutumes. Ma présence en leur sein ne peut être définitive, viendra un temps où je devrais les quitter, et nombreuses sont les sociétés à rejeter les stryganis et qui n'apprécieront guère de voir l'un de leurs symboles sur ma peau.
Je ne venais pas pour avoir un tatouage dont je puisse être fier. Je venais pour avoir un tatouage qui me permettrait de ne jamais les oublier, de toujours les garder près de moi même si nous devons un jour nous séparer.

Je ne sais pas si mes mots ont apaisé la vieille, mais toujours est-il que nous avons conclu un marché. Je choisissais la partie de mon corps, elle choisissait le motif. J'ai accepté ses conditions.

Elle m'a préparé un bol d'un étrange ragoût, contenant une multitude d'herbes et de baies qu'elle avait semblé ramasser aléatoirement dans le chaos d'ingrédients éparpillés dans sa roulotte. S'en dégageaient des vapeurs entêtantes dont j'aurais du me méfier - à peine ai-je inspiré les fumées qui s'échappaient du récipient que mon esprit a perdu tout contrôle.

La drogue a complètement séparé mon corps de mon esprit, et mes pensées sont devenues trop incohérentes pour que je puisse les retranscrire ici avec fidélité. Je ferais un malheur à la cour de l'Empereur en revendant des doses de ce que cette vieille prépare dans sa roulotte. L'effet est proche de l'herbe-aux-poules mais en bien plus enivrant, j'ai vraiment eu l'impression d'accéder à la vérité suprême en respirant son brouet, comme si j'avais brisé les murs qui entravaient habituellement ma conscience.

Mais Yrié ne m'a pas laissée planer longtemps. Elle s'est rapidement mise à l'ouvrage, et m'a fait subir des heures et des heures de délicieuse souffrance. Même droguée, je ressentais à la perfection la douleur répétée et insistante de l'aiguille qui m'a perforé la peau encore et encore, de mon coude jusqu'à mon épaule. Il y avait une vraie musique dans le rythme et la régularité avec laquelle elle travaillait, associée aux battements de mon cœur que je ressentais jusqu'à mes tempes, et aux élancements de douleurs à l'intensité variable, comme des notes de musique jouées à des puissances différentes. Une mélodie de la torture physique magnifiée par mon esprit qui vagabondait entre rêverie et souffrance.

C'était incroyable.

Image

Je me suis réveillée ce matin en sursaut. J'avais une sérieuse migraine et ma première vision de mon retour à la dure réalité fut celle de Lucrétia. Telle que je me l'étais figuré, sa réaction à la découverte de la nouveauté gravée dans ma peau fut... mémorable.

Je crois qu'elle n'a pas aimé mon initiative.

Pour ma part, je trouve le résultat effectivement magnifique. En conséquence, puisque nous sommes toujours immobilisés près des sources chaudes et que le nombre d'obligations qui m'est dévolue est assez restreint, j'ai passé tout mon temps libre à harceler la vieille Yrié pour apprendre son art. Elle a été récalcitrante un moment, verrouillant même la porte de sa roulotte pour que je lui fiche la paix. Mais je ne me suis pas avouée vaincu pour autant : après avoir passé trois heures à faire le pied de grue devant son entrepôt ambulant, elle a fini par m'ouvrir pour mieux m'insulter dans sa langue pendant une trentaine de minutes. Je n'ai pas la moindre idée de ce qu'elle a pu dire à mon sujet mais je crois que tout mon arbre généalogique y est passé.
Apprendre la méthode n'a pas été bien difficile : le mélange utilisé pour créer l'encre est assez simple, constitué de charbon, d'ocre, de pigments naturels et de salive. Le tout est glissé dans une aiguille creuse en quantités infimes, qu'il faut alors planter dans la peau avant de souffler dans l'aiguille d'un coup sec pour qu'un peu de couleur se diffuse dans la peau. La difficulté ne venait pas des ingrédients nécessaires mais plutôt de l'habileté nécessaire pour distinguer les infimes différences de mouvements permettant d'arriver à des résultats différents. En fonction de la profondeur choisie pour l'aiguille et la façon de souffler, l'encre se diffusait différemment, permettant au choix de faire des nuées de points et de lignes, ou de créer des motifs plus importants à la manière de ce qui avait été réalisé sur son bras. Venait ensuite la note finale, la création de l'onguent à appliquer une fois le travail terminé pour apaiser les douleurs de la chair et aider à la cicatrisation rapide.
Le plus difficile a été de comprendre que le tatouage n'était pas qu'une oeuvre mécanique. Comme toute oeuvre d'art, il était porteur de messages, de signification qui, sans la connaissance de son langage, n'était plus qu'un vulgaire gribouillage coloré sur la peau. Avec la barrière de la langue et même si j'arrive désormais à reconnaître quelques mots de strygani, réussir à comprendre les explications d'Yrié est incroyablement difficile. Pour m'aider, elle a réuni les panneaux de bronze éparpillés dans sa roulotte pour me les présenter, les utilisant comme support à ses explications. J'ai compris que ces tablettes contenaient à la fois une partie de l'histoire stryganie, mais permettaient aussi de saisir les bases de leur langage. L'ancienne me montrait ainsi sur des toiles les différents motifs standards qu'elle utilisait pour ses tatouages, des assemblages de points et de lignes, pour les associer aux schémas présents sur le support de bronze. Je compris ainsi que son art se basait sur un type d'alphabet, composé de grandes figures comme celles d'un jeu de tarot : le soldat, la femme, le dieu, la tour, la ville, la mort... Et comme pour de la voyance, si chaque "lettre" de cet alphabet était porteur de multiples significations, ce n'était qu'en regroupant plusieurs de ces lettres qu'on créait un sens au tatouage. Il fallait donc non seulement retenir les maillages de points, de lignes et de tâches permettant de créer les différentes lettres de l'alphabet, mais également savoir quelles associations de ces dernières donnaient un sens plus grand à l'oeuvre.

Je suis très loin d'avoir saisi ne serait-ce que les bases de son art. Mais je sais désormais à quoi je vais occuper mon temps libre dans les jours à venir.

Quoiqu'il en soit, le nouvel ornement sur mon bras, s'il n'a guère plus à ma compagne, est particulièrement au gout du clan de Khili. Si j'ai noté quelques regrets de voir mon menton toujours immaculé, il y a une fierté dans le regard de chacun qui me fait clairement comprendre que je n'ai plus le statut de sorcière, d'étrangère ou même d'amie de leur clan.

En seulement deux semaines, je suis devenue une vraie Khili.


***


Jour 14



Lucrétia est moins fâchée que je ne le croyais à l'origine. Bien sur, elle a une moyenne d'une dizaine de moqueries quotidiennes quant à ce nouvel ornement sur ma peau, et lui expliquer mes raisons n'a pas donné de résultat concluant pour améliorer la situation. Mais elle ne semble pas fondamentalement m'en vouloir : je pense juste qu'outre l'apparence qui ne lui plait pas, elle voit d'un mauvais œil le fait de m'être condamnée à une vie éternelle avec ce tatouage sur ma peau, si par malheur la magie du sang vampirique ne m'en débarrassait pas. Difficile de lui faire comprendre que c'était précisément mon objectif.

J'accepte ses moqueries, et tente de trouver une idée pour la satisfaire. J'ai été assez égoïste depuis le début de ce voyage. Je l'ai laissée s'occuper de notre sécurité pendant que je dormais, l'ai laissée négocier avec les stryganis pendant que je picolais, l'ai laissée jour après jour me satisfaire tandis que je me montrais assez passive, par peur de ce que l'excitation pourrait me pousser à faire. Si mes nuits sont redevenues calmes toujours grâce à elle, mon désir de la voir faire preuve de davantage de sauvagerie à mon égard est toujours présent. L'impression étrange que si le sexe me satisfait, mon réel désir pour le moment est de la voir planter ses crocs en moi et se nourrir de mon sang quitte à frôler la mort.

Mais est-ce ce qu'elle désire ? Elle a été claire sur le fait qu'elle ne souhaitait pas laisser de traces sur ma peau, pas plus qu'elle ne souhaitait utiliser sa magie pour les faire disparaître. Alors je m'interroge : qu'est-ce qui pourrait lui faire plaisir ? J'aimerais lui faire un cadeau, quelque chose lui prouvant que je ne suis pas ingrate de tout ce qu'elle fait pour moi, mais je ne trouve aucune idée satisfaisante.

Demain je pars chasser avec Chavo. Il a apparemment manigancé avec Ché pour pouvoir partir avec moi précisément... sans nul doute il va profiter de notre intimité pour tenter une approche. Commencer par respecter la demande de mon amante et le repousser poliment sera d'ores et déjà un geste qu'elle appréciera sans nul doute.

Compétences en cours d'apprentissage pendant ces 15 jours de voyage :
- Parade
- Ambidextre
- Tatouage
- Langue : strygani
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 23 sept. 2018, 13:00, modifié 1 fois.
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Dokhara de Soya, Voie de l'aristocrate, Noble
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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 22 sept. 2018, 21:28


Tout ne fut pas aussi rose, toutefois, que ces derniers instants passés en la compagnie de Dokhara ; peu de temps après, celle-ci désola Lucretia. A dire vrai, elle la déçut immanquablement.

De retour d’une patrouille nocturne, la Lahmiane, voyant poindre le jour, s’était mis en tête de doucement réveiller sa comparse. Avec légèreté et souplesse, elle s’était glissée auprès d’elle, se penchant sur sa silhouette endormie afin de la tirer, presque avec suavité, des brumes du sommeil. Lorsqu’elle s’arrêta subitement, comme mouchée en plein vol. Dokhara avait changé.

Son bras arborait désormais des tracés noirâtres. Une géométrie complexe maculait sa peau, gommant sa teinte opaline pour la salir de motifs ésotériques. De longues lignes fuligineuses partaient en spirales à l’assaut de son épaule, ponctuées çà et là de taches de suie symétriques. Des mots, peut-être même des phrases, barraient son coude en long, en large, et en travers. Mais qu’avait-elle donc fait ?

Lucretia, ayant perdu toute envie de badiner, demeura immobile aux côtés de Dokhara. L’on eût dit une statue de marbre dont l’expression du visage était devenue aussi glaciale que le matériau l’ayant composée. Et elle patienta, là, attendant le réveil de la jeune femme avec une tranquillité qui passait pour déconcertante sitôt que l’on connaissait l’ire qui bouillait en elle.

L’intéressée sembla percevoir, au bout d’un petit moment, l’ombre penchée à son chevet ; elle remua, tiqua, et, enfin, émergea dans un léger sursaut, le regard braqué sur ces traits figés.

« Puis-je m’entretenir de vos dernières sottises ? », demanda Lucretia en désignant d’un mouvement sec du menton les arabesques dessinées sur le bras de la baronne de Soya.

« Savez-vous le proverbe que l’on a coutume de dire, par chez nous ? siffla Lucretia entre ses dents en insistant bien sur le mot, avant de reprendre. Inutile de malmener les humaines, car le temps qui passe le fait très bien de lui-même.. Et bien je constate que certaines d’entre elles redoublent d’ingéniosité pour le faire toute seule, sans aide aucune. »

Et, sans rien ajouter, elle se leva avec sa fluidité habituelle, avant de tourner les talons. Mais cela l’avait bien travaillée, et pas qu’un peu. Elle s’immobilisa, avant d’effectuer un nouveau demi-tour, revenant vers Dokhara.

« Mais où aviez-vous donc la tête ? Le bras, du haut de l’épaule jusqu’au coude ; une région du corps que l’on ne manquera pas d’observer un jour ou l’autre, à coup sûr. Puis-je m’enquérir de la prochaine étape ? Le visage, peut-être, pour une discrétion des plus efficaces ? Allez-vous donc vous faire graver mon nom sur le front ? »

La Lahmiane, endêvée, se pinça les lèvres, levant les yeux au ciel. Et là encore, elle reprit.

« Je n’ai pas la moindre idée quant au fait de savoir si cet écriteau que voilà vous suivra par-delà la mort. Voyez cela ? demanda-t-elle d’un ton péremptoire en lui indiquant un léger bijou qui scintillait à son propre cou. Je peux le mettre, le retirer, le changer. Je peux modifier ma coiffure, me maquiller, altérer mon apparence quand bon me semble. Mais ce que vous venez de faire, là, alors que les vêtures et les modes varieront immanquablement au cours des prochaines décennies, ainsi qu’elles l’ont toujours fait, ce que vous venez de faire, là… »

Lucretia ne savait pas ce qui adviendrait lors de la transformation vampirique, et naissait de cette dernière incertitude une soudaine hésitation dans le choix de ses propres mots. Hésitation qui ne lui était point familière et qui nourrissait peut-être que plus encore la colère dont elle faisait preuve.

Elle tiqua, serrant la mâchoire, et s’en détourna. Pour de bon, cette fois.


Ainsi, au cours du voyage, il y eut nombre de bas et de haut, des moments plaisants comme d’autres qui le furent beaucoup moins. Des aspirations qui se révélèrent vraies, et des déconvenues marquantes. Bien que le temps passât et que s’écoulèrent les jours et les semaines, les rivalités entre Lucretia et les autres stryganies demeurèrent toujours aussi prononcées. Ces dernières, quand bien même avaient-elles fini par comprendre que la Lahmiane ne s’adonnait pas tant à l’oisiveté que cela, préférant les activités lui offrant davantage de liberté, ne voyaient toujours pas d’un bon œil qu’elle ne respectât pas ces occupations de femme. Entendaient-elles au moins que cette nouvelle venue au grain de peau impeccable et opalin ne jouait pas dans leur catégorie, qu’elle était issue d’une tout autre condition que la leur ? Cela ne changea pas la donne ; les insultes fusaient, toujours aussi virulentes, et certaines furent sur le point d’en venir aux mains. Lors de ces moments, la Lahmiane se contentait d’afficher un petit rictus empli de morgue à l’attention de ces bonnes femmes.

« Il serait dommageable que vous perdiez deux ou trois doigts, voire une main, les raillait-elle en les menaçant parfois de la pointe de sa lame. Comment feriez-vous, dès lors, pour accomplir ces corvées si chères à vos cœurs ? Allez, les bonnes femmes, l’on retourne à la popote ! »

Voilà qui lui permettait d’évacuer sa bile après avoir découvert les égarements de Dokhara. De manière évidente, un tel discours n’était pas pour calmer les velléités des belligérantes, lesquelles n’enrageaient que plus encore face à l’insolence vaniteuse de l’étrangère. L’intéressée, elle, de son côté, éclatait parfois de rire alors qu’elle redoublait d’efforts pour multiplier les sarcasmes sitôt que l’on tentait de lui chercher des noises. Car, oui, il n’y avait que dans ces instants-là que Lucretia devenait véritablement insupportable ; qu’on la laissât en paix, vaquer à ses propres occupations, et la jeune femme se révélait subitement aussi accorte qu’alliciante.

Ce fut suite à l’une de ces scènes que la voix de Tsinep retentit une nouvelle fois, instaurant le silence entre les deux camps. Lucretia haussa les épaules, se gardant bien de contredire son étonnante bienfaitrice, tandis que les femmes, elles, ravalaient avec difficulté toute leur rancœur, ne parvenant définitivement pas à comprendre les raisons de ces interventions en la faveur de l’étrangère. L’on échangea encore quelques mauvais regards, et la Lahmiane perçut bien, au travers de ces œillades, que la patience des stryganies s’amenuisait de bout en bout, et qu’elles en viendraient bientôt à ne plus respecter l’ancienne. Ou même à l’accuser publiquement, elle. C’était un problème, effectivement ; Lucretia avait bien remarqué que, au sein du campement, nul chef n’avait été désigné. Bien que Shana, par exemple, pût faire office de dirigeante, elle ne l’était pas davantage que Tsinep ou que la dénommée Ché. Tous et toutes avaient voix au chapitre, et les avis de chacun détenaient autant de valeur que celui de leur comparse. Cela dit, l’on pouvait malgré tout noter une certaine tendance ; eu égard à leur éloquence, leur charisme, leur ancienneté ou leur stature, certaines ou certains stryganis avaient davantage d’importance que d’autres, ou une plus grande propension à se faire écouter. Tsinep en faisait partie. Pour l'instant.

Lucretia se détourna de la scène, ainsi que le firent ses rivales, mais Tsinep, après un petit moment, appela la Lahmiane, qui se retourna. Allons donc, allait-elle lui faire des réprimandes ? La baronne de Bratian l’attendait d’un bon pied, prête à se lancer à nouveau dans une joute verbale. Mais rien n’indiqua qu’il en serait ainsi ; la vieille femme lui demanda de la suivre. L’intéressée haussa des épaules une nouvelle fois, lui emboîtant le pas mais se s'interrogeant toutefois si sa protectrice était suffisamment dure d’oreille pour tenter de lui confier l’une de ces tâches rébarbatives que Lucretia refusait d’effectuer.

Tsinep erra un instant dans le campement, en quête d’un endroit où elles pourraient être seule à seule. Elle s’empara de quelques poignées de graines qu’elle jeta çà et là autour d’elle, attirant la convoitise des poules qui s’approchèrent de leur démarche si particulière. Puis, observant Lucretia sous ses lourdes paupières, presque closes, elle la mit en garde.

Non, elle n’était pas un pèlerin ou quelque fanatique que ce fût, pas davantage qu’elle n’était une sorcière, comme l’avait stipulé Shana. Et elle n’était pas non plus humaine, effectivement. Elle était bien plus que cela. Mais si Lucretia possédait une nature hors du commun, jamais ne se serait-elle décrite comme le fit Tsinep. Une Ange de la Nuit ? Voilà qui élargissait subitement le champ des possibilités, offrant une dimension presque romantique et romanesque à ce qu’elle était véritablement. Il y avait dès à présent un côté héroïque et justicier dans ce qu’elle avançait alors. Lucretia en aurait presque ri. Toutefois, elle se garda bien d’émettre le moindre commentaire ; à n’en pas douter, Tsinep n’allait pas tarder à lui révéler ce qu’elle pensait de sa personne, et les raisons qui la poussaient à la protéger contre les siens.

Elle continua ainsi, affirmant que les Lahmianes étaient responsables des maux de son peuple en apportant la mort et la maladie sur leurs terres ancestrales. Que les vampires, leurs dieux, les chassaient à certaines reprises, ou les protégeaient à d’autres. A cela, Lucretia haussa les épaules.

« Oui, c’est ce que l’on raconte dans les plus anciens ouvrages, dans ceux que les humains cherchent absolument à détruire. Neferata aurait effectivement condamné ton peuple il y a de cela des milliers d’années, en précipitant la chute de Mourkain. Elle manipula les hommes et fomenta bien des cabales dans les ombres, avant d’ourdir de nouveaux complots, liguant les vampires les uns contre les autres. Fut-ce justifié, fut-ce obligatoire ? Je ne le pense pas. Il n’en demeure pas moins que le sort de ton peuple témoigne d’une habileté prestigieuse de la part de ma lignée. Quant au fait de vous dévorer…

Si tu fais référence au passé de ton peuple et à ce Ushoran que j’ai cité, alors cela est-il faux. Ce dernier avait pour idéal que celui de se nourrir sur les meurtriers et les criminels, ainsi qu’Aborash l’avait souhaité dans la lointaine cité de Lahmia. Désormais… Désormais, les temps ont changé. Pour ma part, je ne dévore aucunement les miens et ceux qui m’accompagnent, sauf s’ils n’y voient aucun problème. C’est contre-productif, quoique la morsure d’un vampire peut vous plonger au beau milieu d’une extase dont vous ne vous remettrez jamais, et vous en redemanderez jusqu’à la fin de votre vie. Mais retirer ainsi le libre arbitre aux humains est... Ennuyant. Je ne me nourrirai pas sur les tiens, Tsinep. Sauf s’ils cherchent à provoquer mon ire. Alors l’obtiendront-ils.
»

Alors la vieille femme conclut-elle par une prophétie qui les concernait, elle et Shana. Toutes les deux périront par la suite, mais pour la sauvegarde de leur propre peuple. La Lahmiane haussa un sourcil aussi interrogateur que dubitatif. Voilà qui ressemblait passablement à ces augures de bas-étages, si larges et vastes qu’ils pouvaient s’appliquer n’importe quand et à n’importe quelle situation. Le tout était entouré de quelques questions que lui posa Tsinep.

« Tout le monde meurt un jour ; voilà qui n’est point difficile à prédire. Je refuse de lier mon futur à quelque destin que ce soit, que tu l’aies aperçu ou non. Je gage que tu seras incapable de préciser la façon dont tu périras, ou que tu ne peux qu’en discerner que des contours flous. Cela tant et si bien qu’à la moindre situation qui s’y apparentera, tu ne penseras qu’à cela. Et plutôt de te concentrer sur une survie que tu aurais bien pu t’assurer, tu resteras focalisée sur ton impression de déjà vu, sur ta fausse certitude de cette mort imminente, et, alors, tu ne pourras esquiver le coup que tu aurais autrefois obvié sans souci aucun. Il ne faut pas être superstitieuse, Tsinep. Cela porte malheur », conclut Lucretia dans un mauvais sourire.

Quelle réponse devait toutefois apporter la baronne de Bratian lorsque la vieille femme lui demandait le pourquoi de cette fuite ? Elle entreprit de faire au plus simple.

« Quant à mon exil et à la décision de voyager avec vous, je souhaite simplement protéger les miens. Marcus ne pouvait décemment pas rester dans l’auberge et nous abandonner ; son honneur n’y aurait pas survécu. Il me suit volontairement, sans jamais que je n’eus besoin de le contraindre. Frieda, quant à elle, cherche tout autant à gagner le Kislev afin d’échapper aux griffes de l’Empire et des répurgateurs, aussi bien que vous ne le faites vous-mêmes. Je souhaite faire de même. Si jamais je puis me rendre sans souci aucun en cette terre étrangère, Frieda ne pourrait effectuer ce trajet toute seule, avec tous les dangers qui recèlent cette forêt et ce voyage. Alors je l’accompagne, alors j’ai décidé de rejoindre votre convoi et de me mêler à vous. »

Lucretia se demanda si ses explications avaient convaincu la vieille femme, et si celle-ci allait l'interroger sur de nouvelles choses. D’une façon comme d’une autre, la Lahmiane n’avait rien à prouver, d’autant plus que Tsinep avait partiellement vu clair sur la nature de la baronne de Bratian. Alors, à quoi bon mentir ? Mieux valait plutôt omettre certaines parties de la vérité.

En attendant, ses pensées commençaient déjà à s’égarer à l’extérieur du campement. Lors de ses dernières excursions, Lucretia avait repéré une petite motte de terre, semblable à ces tumuli qui parsemaient le paysage de la Drakwald ; une vision qui n’avait pas manqué de titiller son éternelle curiosité. Elle regarda Tsinep, puis la bordure de la frondaison de la forêt.

Elle savait ce qu’elle ira faire lorsque la discussion serait terminée.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 30 sept. 2018, 14:19, modifié 2 fois.
Raison : 6 xps / Total : 12 xps
FOR 16 / END 14 / HAB 17 / CHAR 18 / INT 17 / INI 19* / ATT 17 / PAR 13 / TIR 11 / MAG 17 / NA 4 / PV 134/140
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- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

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- Éloquence
- Séduction
- Érudition
- Intimidation
- Alphabétisation
- Sens Accrus
- Vision nocturne
- Connaissance des démons
- Comédie
- Force accrue
- Esquive
- Monte - chevaux
- Coup précis lvl 3
- Arme de prédilection - épée à une main
- Escalade
- Coriace
- Chance
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
- Etiquette
- Intrigue de cour
- Littérature
- Réflexes éclairs
- Linguistique

Dons du Sang:
- Défi de l'Aube
- Innocence Perdue
- Domination
- Ame Profane
- Forme de Familier : Corneille
- Régénération Impie
- Sang argenté
- Sang vif

Escorte :
- 10 hommes d'armes
- un carrosse tiré par quatre chevaux
- Hans le cocher
- Marcus le capitaine de la garde
- Une petite bestiole attachante nommée Dokhara.

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Dokhara de Soya » 29 sept. 2018, 19:36

Peut-être aurait-elle du refuser la demande de Ché que de partir chasser en compagnie de Chavo.
Il était évident que le gitan profiterait de l'intimité pour l'approcher, et Dokhara craignait ce moment qui arriverait assurément, car selon l'approche du strygani elle n'était pas certaine de savoir y répondre de manière appropriée. Il faudrait être assez froide pour lui faire abandonner tout espoir, mais pas trop pour ne pas irrémédiablement le vexer. Mais suffisamment pour éviter toute tentation malvenue : l'apparition d'un tatouage sur son bras avait bien assez secoué son amante sans qu'elle n'aie à apprendre une quelconque tromperie avec l'homme qu'elle lui avait spécifiquement demandé de ne pas soumettre à ses désirs.

Mais la jeune de Soya était avant tout une créature égoïste : elle agissait selon ses envies, et si la sécurité du camp lui assurait un certain confort, le gout de l'adrénaline commençait étrangement à lui manquer. La peur de la Drakwald était un sentiment qui datait désormais de plus de deux semaines, et il ne restait de cette sensation qu'un souvenir brumeux. Elle se rappelait qu'elle avait été terrifiée par l'atmosphère oppressante de la forêt, mais l'exact sentiment tel qu'elle le percevait alors s'était déjà évanoui. Sans plus de violon pour entretenir sa mémoire, ses expériences sensorielles étaient, comme toujours, fugaces et instantanées. Les souvenirs portés par l'esprit n'étaient jamais que de pâles copies de la réalité, des images floues et vidées de leur substance.

Aussi avait-elle saisi l'opportunité de repasser une journée dans la Drakwald, tant pour raviver ses impression que pour pouvoir mettre en pratique son entrainement à l'arbalète sur des cibles vivantes. Elle avait trop de fois été la proie ces derniers jours, pouvoir renverser les rôles n'était pas une idée déplaisante.

Ainsi Chavo, Hedred et elle-même s'étaient enfoncés profondément dans les bois, bien loin du campement strygani, en compagnie de trois chiens de chasse. Son prétendant souriant semblait ravi de la tournure des évènements, prenant garde à tout instant de présenter son meilleur profil à la jeune femme, faisant jouer de ses muscles au moindre effort, aidant Dokhara à progresser au moindre obstacle quand bien même ce dernier était insignifiant. La rouquine joua néanmoins son jeu avec politesse, acceptant les mains tendues, mais limitant ces échanges tactiles et verbaux à ce que la politesse lui imposait de faire. Plus que son charme, son tatouage apparent sur son bras droit dénudé avait apporté la preuve aux Khilis de son intégration à leur communauté, et confortait Chavo sur ses potentielles chances.

C'est d'un rire sincère qu'elle s'esclaffa lorsque, trop fanfaron, Chavo finit les quatre fers en l'air dans l'eau glacée d'une petite rivière. S'il parut peut-être vexé de la moquerie, elle s'en excusa d'un clin d’œil complice et d'un sourire charmeur, qu'elle regretta juste après. Non pas qu'elle cherchait particulièrement à aguicher le jeune homme - elle s'était juste habituée à certaines routines comportementales pour se rendre aussi agréable que séductrice en compagnie d'hommes, et son corps avait agi avant son esprit. A force de porter un masque, la frontière entre rôle et réalité se brouillait facilement.

En compagnie des deux gitans, la forêt ne retrouva pas les mêmes teintes effrayantes qu'elle avait présenté au début de son périple. Que ce soit dans le campement ou au plus profond de ses bois, il semblerait que la seule présence d'un Khili à ses côtés suffise à apaiser la Drakwald, et que celle-ci les laisser progresser à leur aise sans jamais les déranger.

Chavo n'avait pas menti lorsqu'il avait déclaré connaitre le plus bel endroit de la forêt. Si Dokhara s'était attendue à ce que le jeune charmeur l'amène à une clairière fleurie ou encore une cascade secrète, quelque bucolique paysage béni par Rhya où il pourrait espérer plus aisément la charmer, elle dut s'avouer plus que surprise par la nature du lieu vers lequel le strygani la mena.

- Woah.

L'interjection était naturellement sortie de la bouche de la fugitive, qui resta entrouverte une longue poignée de secondes, tandis que, figée, son esprit tentait d'accepter la réalité du paysage observé.

Le squelette d'un animal proprement gigantesque reposait devant elle. En périphérie de son champ de vision Chavo attendait un retour de sa part sur l'effet que lui faisait la contemplation de cet énorme crâne, mais c'est à peine si elle l'écoutait. Incrédule, elle marcha vers le bas de la mâchoire du monstre, main tendue en avant. Et lorsque sa main rencontra l'os, elle poussa comme un soupir de surprise, comme s'il lui avait été impossible jusque là de croire en ce qu'elle voyait. Désormais au pied du crâne colossal, elle leva la tête, et observa le monstre en imaginant la taille qu'il devait faire du temps de son vivant, et à quel point elle était minuscule en comparaison.

Un dragon. Comme celui des contes et légendes. C'était un vrai squelette de dragon.

Hedred lui confirma ses doutes. Il lui conta la légende de son peuple au sujet de la Drakwald, et Dokhara but chacun de ses mots avec ferveur.

C'était incroyable.
Ses pensées filaient à toute vitesse.
Elle songeait à comment pouvait être le monde autrefois, lorsque de pareils monstres régnaient en maitres sur le Vieux Monde. Elle relativisait l'incroyable pouvoir des vampires, se disant que pareille créature devait leur être bien supérieure et s'était pourtant éteinte aujourd'hui, en dépit de leur force. Elle réfléchissait à la possibilité que c'était peut-être une vraie magie sauvage liée à cette carcasse et aux dieux Khilis qui offrait à Chavo et aux siens cette mystérieuse sécurité dans la Drakwald. Et enfin, elle se rendait compte que depuis un an, sa vie avait drastiquement changé pour côtoyer chaque jour un peu plus ce qu'elle prenait majoritairement pour des légendes, bien à l'abri derrière les murs d'Altdorf. Puissances de la ruine, morts-vivants, gobelins, et maintenant dragons... tous paraissaient bien plus réels maintenant qu'ils avaient quitté les épaisses reliures de ses professeurs pour se présenter à elle.

- C'est... incroyable. Vous... vous croyez que quelque part... certains ont survécu ?

La voix de la baronne était balbutiante, alors que la pointe de ses doigts continuait de frôler la gigantesque mâchoire du monstre pour glisser vers l'une de ses dents. Ce squelette était magnifique, il évoquait un monde que plus personne ne pouvait connaitre, un passé qui n'existait plus qu'au travers de livres poussiéreux dont les textes ne contenaient sans doutes pas le millième de ce qui composait sa réelle essence. Imaginer pareille créature vivante, et avoir la chance de pouvoir l'observer de ses yeux... voilà bien un rêve qui méritait qu'on le poursuive. Elle commençait à mieux comprendre ceux choisissant une vie d'aventure, partant découvrir les confins du monde malgré les dangers.

Elle vit les deux stryganis s'agenouiller et prier devant le squelette. Elle les imita, mais contrairement à eux ses yeux restèrent grands ouverts. Devant elle se tenait un spectacle auquel on n’assistait qu'une seule fois dans sa vie, aussi en observa t-elle chaque aspect minutieusement, s’imprégnant de cette scène surréaliste, tachant de la graver au mieux dans son esprit. Peine perdue elle le savait, malgré la majesté du dragon devant ses yeux. Elle aurait pu le croquer dans son carnet, mais l'avait laissé au camp, caché sous ses draps.

Lorsqu'ils finirent par quitter la clairière, Dokhara n'eut de cesse de jeter des regards derrière elle jusqu'à ce que le squelette disparaisse pour de bon derrière la végétation. Ce n'est qu'alors qu'elle put se concentrer à nouveau sur leur mission : chasser de quoi offrir un repas décent à leurs compagnons. Chavo et Hedred ne laissèrent guère plus d'occasions de se démarquer qu'auparavant sur les heures qui suivirent, leur perception et leurs réflexes bien supérieurs aux siens pour traquer et tirer sur les animaux rencontrés. Néanmoins, alors que leurs gibecières commençaient à être toutes particulièrement bien remplies, les deux stryganis considérèrent qu'ils pouvaient désormais se permettre de rater quelques proies afin de tester les capacités de leur sorcière rousse. Aussi, lorsque tout le groupe se mit à l'arrêt après que les chiens aient repéré un faisan, Chavo posa sa main sur l'épaule de la fugitive pour lui montrer sa cible.

Elle ne prêta guère d'attention à la proximité du strygani. Si la découverte du squelette de dragon avait clairement récompensé ces heures de marche silencieuses dans la forêt, c'était avant tout pour le plaisir de pouvoir essayer son arbalète sur une cible vivante que Dokhara avait accepté l'ordre de Ché. C'était enfin son moment, et elle n'allait pas le laisser passer.


Dokhara saisit fermement son arbalète, posa un carreau sur l'arbrier, puis tira de toutes ses forces le bras de levier pour tendre la corde de l'arme. Enfin, elle bloqua l'arbalète contre son épaule pour la stabiliser, avant de fixer des deux yeux la cible qu'elle visait. Elle tenta de déduire la direction que prendrait le faisan pour s'envoler dès lors que les chiens le délogeraient de sa couverture végétale, juste au-dessus des buissons.

Puis, une fois prête, elle fit un signe de tête vers Chavo, avant de retenir son souffle, le doigt crispé contre la détente.
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par [MJ] Le Grand Duc » 02 oct. 2018, 23:36

Pour Dokhara
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Au signal de Dokhara, Chavo siffla les chiens. Ces derniers, parfaitement immobiles jusqu'alors, se mirent à aboyer et le faisan paniqué décolla de sa cachette aussitôt, faisant bruisser les branchages autour de lui.

La jeune femme appuya sur la détente et le carreau fila dans l'air pour se perdre dans la végétation à l'opposé de la direction que prit l'oiseau. Manque de concentration, ou d'anticipation ? Toujours est-il que les stryganis éclatèrent de rire face à la piètre prestation de la baronne.

- "Heureusement que la gibecière est déjà pleine, parce qu'avec une chasseuse comme toi, c'est du potage de feuilles mortes qu'on aurait pour dîner !" se moqua Hedred.
- "Bah, c'est un coup de malchance. La forêt aime se rire de nous, parfois. La prochaine fois sera la bonne." dit Chavo avec un sourire bienveillant.

Alors qu'ils allaient se remettre en route, un jappement déchirant éclata quelque part dans le sous-bois en contrebas. Les deux autres chiens tendirent l'oreille puis se mirent à gémir et vinrent se réfugier entre les jambes de leurs maîtres.

- "Non d'une pute vérolée, qu'est-ce qu'il se passe," grommela Hedred, soudain sur le qui-vive.

Il siffla le troisième chien et l'appela plusieurs fois, mais l'animal ne vint pas. Puis des branches craquèrent quelque part dans les taillis, à quatre toises des chasseurs. Quelque chose de lourd progressait à travers l’entrelacs des ronciers et des branchages, et les chiens reculèrent en grognant, le poil hérissé. Les humains reculèrent de même, encore incrédules, lorsqu'un monstre gigantesque surgit soudainement de la futaie dans une explosion de feuilles. C'était un énorme minotaure, une bête haute comme trois humains, aux cornes démesurées et à la gueule garnie de crocs. L'horrible créature brandissait une hache grossière dont le tranchant était assez large pour briser l'échine d'un cheval. L'homme-bête posa ses petits yeux cruels sur le trio de chasseur et poussa un mugissement terrifiant avant de les charger tête baissée.

- "FUYEZ !" hurla Hedred en prenant ses jambes à son cou, rapidement suivi de Chavo. Les chiens avaient déjà détalé et étaient hors de vue tandis que les deux gitans se précipitaient dans la forêt et dévalaient la pente boisée, la bête aux trousses.

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Pour Lucrétia

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Lucrétia était face à la motte qu'elle avait repéré la veille. Il était inutile de discuter plus avant avec Tsinep, d'autant que la vieille femme s'était murée dans un silence profond après leur échange. La lahmiane s'était donc éloignée pour retrouver un endroit qui l'intéressait particulièrement, à une lieue du camp.

C'était un simple monticule comme elle en avait vu beaucoup en traversant la Drakwald, une oeuvre ancienne, visiblement de facture humaine, dont les fondations étaient faites de blocs de pierre grossièrement taillés que la végétation était venue envahir et endommager au fil des siècles. Ces tertres étaient, pour la plupart, des tombes de guerriers ou de chefs de clans qui furent probablement les contemporains de Sigmar, ou peut-être même de ses aïeux. Ces tombeaux étaient généralement vides, leur contenu réduit en poussière par les affres du temps ou pillé depuis belle lurette. Il restait parfois quelques vieux os poussiéreux, une épée détruite par la rouille ou un vase ébréché, mais rien ne tout cela n'intéressait Lucrétia.

Cependant, ce tertre là avait quelque chose de spécial. Il battait d'une énergie ténue, émoussée par le passage du temps mais pourtant distincte. Ce battement se faisait plus clair à mesure que la vampire approchait, pour distinguer après l'entrée une volée de marches fendues qui descendaient dans le sol et l'obscurité.

La nature maléfique des vampires conférait à ces derniers de nombreux dons, dont celui de nyctalopie, sous réserve qu'il subsiste quelque part une lueur, même très faible. Or les lunes jumelles brillaient à travers la canopée de la Drakwald et Lucrétia n'eut aucune difficulté à discerner ce qui se trouvait dans le couloir d'accès à la tombe.

Les parois de l'étroit passage était gravée de scènes épiques en partie effacée par l'érosion. La lahmiane pouvait y distinguer des guerriers et des dragons, des temples et des symboles ésotériques. Toutes ces figures s'entremêlaient dans une formidable bataille dont les sculptures n'étaient qu'un lointain écho, oublié et perdu dans le temps. Quelle histoire cette fresque antique racontait-elle ? Qui reposait dans ce tombeau ? Une personne de haut rang de son vivant, c'était certain, à la vue des efforts déployés pour décorer sa dernière demeure.




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Pour pouvoir répondre à ces questions, Lucrétia allait devoir franchir la porte qui se trouvait au fond du couloir. Cette dernière était circulaire, semblable à une immense roue de pierre. Composée de cinq arceaux imbriqués les uns dans les autres, elle était la source du battement que la lahmiane avait senti depuis de la surface. Et pour cause, car d'anciennes glyphes décoraient chaque arceau et étaient encore emprunts de magie. L'énergie qui faisait briller ces glyphes était terne et vacillante, mais elle était encore assez robuste pour maintenir la porte close, à l'image d'un verrou. Enfin, sur l'arceau central, une inscription en ce qui ressemblait à du reikspiel ancien était gravée sur un large cercle en bronze.
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En se concentrant, la lahmiane pouvait deviner certains mots ou certaines lettres s'apparentant au reikspiel moderne, ce qui donnait : J_ _ui_ _i fra__l_ ___ lors___ l'on prononce m__ n__, j_ m_ur_. Qu'est-ce que cela pouvait bien signifier ?
Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 03 oct. 2018, 14:14


Lucretia s’était lancée dans un long monologue afin de restituer l’histoire de son propre peuple à celle qui y appartenait et qui le demandait. Elle avait conté ce que l’on ne trouvait plus que dans les ouvrages les plus anciens et les plus maudits par les contemporains sigmarites, dans ces traités dont la moindre possession risquait de vous conduire sur le bûcher. Ajouté à cela, la Lahmiane avait affiché son mépris pour les prophéties de bas-étages et de vieilles femmes, qui annonçaient la mort à tort et à travers avec ce chuchotement mystique et de connivence dont elles avaient le secret. Enfin, elle avait répondu aux dernières questions de Tsinep, et avoué la visée première de leur voyage, poussé aussi loin dans le nord. L’ancêtre des gitans aurait au moins pu lâcher un petit commentaire suite à toutes ces paroles, mais elle préféra se murer dans un immuable silence, méditant très certainement sur tout le discours de Lucretia. Assurément que cette dernière avait levé le voile sur nombre d’interrogations de la vieille femme, et une confrontation aussi directe avec les révélations d’un passé qui lui était cher avait de quoi choquer. Voyant qu’elle n’en tirerait plus rien, la vampire tourna les talons, sans toutefois retenir de nouveaux mots.

« L’on se reverra bientôt, afin de faire le point sur tout ce que je t’ai dit et sur ce que cela implique aussi bien pour toi que pour ton peuple. »

Et elle s’en fut, non sans avoir récupéré sa lame si d’ordinaire elle n’était pas à ses côtés, rejoignant l’extrémité du campement et la roulotte de Vingor. Pas question de lui chercher des poux, à lui aussi, ou de lui demander des explications sur le comportement de sa femme, non pas. D’une façon comme d’une autre, l’homme paraissait être muet ; Lucretia ne l’avait jamais entendu prononcer le moindre mot, et le vieillard préférait de loin la compagnie des chevaux à celle des hommes. Et c’était justement pour ces montures que Lucretia s’était aventurée de ce côté-là du campement.

Si Vingor refusait catégoriquement de leur vendre l'un de ses petits protégés, au moins ne rechignait-il plus lorsque la Lahmiane surgissait de nulle part pour s’emparer d’un équidé afin de se changer les idées et de vaquer à ses propres occupations. Ce n’était guère la première fois qu’elle agissait de la sorte, et, lors de ses récentes chevauchées et patrouilles, qu’elles fussent nocturnes ou non, elle avait à plus d’une reprise croisé la route de ce palefrenier des plus singuliers. A dire vrai, au tout début, elle s’était même demandé si, à l’instar des femmes stryganies, il considérait d’un mauvais œil le comportement de Lucretia. Mais que pouvait-il lui dire, lui qui avait fait vœu de silence, à sa façon ? La Lahmiane s’en accommodait fort bien. Là, après avoir rapidement salué l’ancien, elle se saisit d’une monture, y grimpa prestement, et disparut entre les arbres.

La baronne de Bratian avait une destination très précise en tête, en la présence d’un tumulus séculaire qu’elle avait aperçu à plus d’une reprise lors de ses patrouilles. D’ordinaire, ces anciennes tombes ne présentaient aucun intérêt ; le sol et la boue les avaient déformées, avalées, et il n’en demeurait plus qu’un tas de pierres effondré sur lui-même que la végétation avait pudiquement recouvert d’un linceul de racines et de feuillage. Tout ce qu’avaient pu jadis contenir ces sépultures avait dès lors été broyé par le poids des âges et des débris cumulés.

Mais le monticule qu’elle avait repéré retentissait encore d’une certaine vitalité après des siècles et des siècles passés dans la Drakwald. C’était le premier qu’elle avait constaté de la sorte, et la curiosité naturelle de la Lahmiane y avait conduit ses songes à plus d’une reprise. Il était fort possible que les gitans ne restassent pas une journée de plus dans cette clairière où ils s’étaient installés, et, lors d’une prochaine remise en route, le monticule disparaîtrait du champ d’action de Lucretia, ne laissant derrière lui que des regrets somme toute assez amers. Non, elle se devait de le visiter tant qu’elle en avait encore la possibilité.

Parvenue en bordure du tertre, elle délaissa sa monture et l’attacha par la bride à l’un des nombreux arbres qui bordaient l’endroit. Le tombeau ouvrait sa gueule noirâtre sur la nuit, et les murs de calcaires formaient comme deux énormes molaires déchaussées qui en gardaient l’entrée. L’humus était humide de la dernière rosée vespérale, et scintillaient parfois sur les feuilles aux alentours un millier de petites gouttelettes. Quelques toiles d’araignées, venues profiter de la fraîcheur des lieux, avaient été tissées de part et d’autre de l’entrée, et Lucretia n’eut pas d’autre choix que de les déchirer en passant au travers. Elle s’arrêta sur la première marche.

En contrebas, la Lahmiane ne perçut rien, si ce n’était la suite de la volée de degrés qui descendait sous la terre épaisse. Bien que l’obscurité fût omniprésente, la faculté naturelle de ses pupilles à traverser tout voile de ténèbres en la présence de la moindre once de lumière ne lui fit manquer aucun détail, si détail il y avait. Sans bouger, elle allongea l’étendue de sa perception et de sa conscience, guettant cette légère étincelle aethyrique indiquant l’existence de vie. Si ce n’était une multitude d’insectes et cette subtile énergie qui sourdait en contrebas, Lucretia ne percevait rien pour le moment.

S’engouffrant dans les entrailles du monde, Lucretia saisit les reliefs de fresques murales datant des temps jadis. Tout le long du couloir souterrain se découpaient des peintures et des sculptures d’antan, où se déroulaient des scènes de batailles et d’avènements d’un nouvel âge. Les couronnements se succédaient aux batailles, et les batailles aux temps de prière imbriqués entre deux énormes représentations de temples massifs. A n’en pas douter, le corps qui gisait céans même avait été personne de toute importance.

A mesure qu’elle avançait, Lucretia percevait les émanations distinctes de l’Aethyr qui se renforçaient autour d’elle, pulsant non loin. C’était ce même ressentiment qui l’avait poussée à reconnaître ce tertre et à y revenir par la suite. Plus loin, l’ancienne baronne de Bratian fut acculée dans un cul-de-sac en la présence d’une lourde et ronde porte de pierre. Les circonvolutions s’enroulaient autour de son centre en cinq anneaux séparés, chacun recouvert de glyphes qui miroitaient encore d’une puissance discrète, mais toujours bien présente. Toutefois, le temps avait grandement estompé son énergie, l’ayant affaibli au cours des âges, tant et si bien que Lucretia pourpensa bien sur ses aptitudes à venir mentalement à bout de cet obstacle. Elle s’imaginait déjà fort bien projetant sa conscience et sa volonté à l’assaut de la porte, ébranlant petit à petit cette pierre et cette magie fébriles jusqu’à les effriter en poussière.

Mais son regard fut attiré par une inscription gravée sur l’un des arceaux. Voilà qui ressemblait à du reikspiel, langue que tous parlaient de façon courante dans l’Empire, mais la tournure des mots, leurs juxtapositions, et, surtout, la conjugaison imprécise, presque orale, l’incitèrent à analyser avec davantage de considération encore ces écrits. En s’y focalisant davantage, après avoir réuni l’ensemble de ses connaissances sur le sujet, la Lahmiane put parvenir à bout de ces hiéroglyphes anciens, et cela jusqu’à percer leur sens. Des lettres, puis des mots apparurent, bien que perclus de nombreux trous. A elle de retrouver le restant de ces signes oubliés afin de reconstituer la phrase qui s’y cachait.

Je suis, songea-t-elle directement. Elle était certaine de cette déduction, et de la suivante qu’elle fit immédiatement après. « Lorsque l’on prononce mon nom. Manquait à présent les derniers mots. Elle pensa bien, après le « suis », à ni, à –ci, et même à si, mais elle s’était tant imaginé trouver un nom plutôt qu’un adjectif que son esprit lui joua quelques tours et la retarda considérablement sur le succès de cette épreuve. Il en alla de même concernant la fin de l’énigme ; face à une porte, elle y voyait bien un « je m’ouvre ». Ce ne fut qu’en relisant bien que la lumière se fit dans son esprit.

Je suis si fragile que lorsque l’on prononce mon nom, je meurs.

La réponse à cette question fut instantanée, bien plus facile à ses yeux que ne l’avait été le déchiffrement de ce langage archaïque. Le silence. Voilà la clef de cette devinette qu’elle avait déjà entendue à de nombreuses reprises. Mais certainement que, à cette époque révolue durant laquelle avaient été gravées ces inscriptions, cette charade n’était pas aussi courante qu’elle l’était désormais. Mais une nouvelle question vint se superposer à toutes les précédentes ; devait-elle, en conséquence, garder le silence, et ne pas prononcer le moindre mot ? Voilà qui était fort possible, et qui expliquait pourquoi la tombe n’avait jamais été ouverte. Le genre humain avait pour lui ce besoin implacable de toujours s’exprimer, fut-ce pour communiquer, se rassurer, ou même s’exclamer après avoir buté tout seul contre une pierre. Des voleurs de reliques n’auraient pas manqué de chuchoter entre eux, tandis qu’un aventurier esseulé se serait, quant à lui, parlé à lui-même en tombant nez à nez avec cette lourde porte.

Mais peut-être, également, que la réponse à cette énigme était attendue de vifs mots, et que l’obstacle ne s’ouvrirait qu’à la prononciation du mot « silence ». Une hypothèse comme une autre, qu’il lui fallait analyser. Peut-être serait-elle en mesure de le faire en étudiant le type de magie qui gardait l’entrée de ce tombeau ?

J’utilise conscience de l’Aethyr ou toute compétence que je possède, équivalente, pour déterminer le type de magie, grosso-modo, si elle s’active en entendant un son, ou si elle pourrait disparaître face à un mot. Ce genre de chose.

Deux options, dès lors :
- Pousser le battant sans rien dire.
- Prononcer le mot silence et pousser le battant.
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- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises (lvl 1):
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Érudition
- Intimidation
- Alphabétisation
- Sens Accrus
- Vision nocturne
- Connaissance des démons
- Comédie
- Force accrue
- Esquive
- Monte - chevaux
- Coup précis lvl 3
- Arme de prédilection - épée à une main
- Escalade
- Coriace
- Chance
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
- Etiquette
- Intrigue de cour
- Littérature
- Réflexes éclairs
- Linguistique

Dons du Sang:
- Défi de l'Aube
- Innocence Perdue
- Domination
- Ame Profane
- Forme de Familier : Corneille
- Régénération Impie
- Sang argenté
- Sang vif

Escorte :
- 10 hommes d'armes
- un carrosse tiré par quatre chevaux
- Hans le cocher
- Marcus le capitaine de la garde
- Une petite bestiole attachante nommée Dokhara.

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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Dokhara de Soya » 03 oct. 2018, 14:14

- Non, Hedred a raison, répondit Dokhara à Chavo qui tentait de prendre sa défense, lui adressant un sourire attristé. Ce tir était catastrophique. Il faut que je me résigne : je suis plus douée pour le corps à corps que la visée à longue distance.

Cet échec était effectivement une petite déception pour la jeune apprentie chasseuse. Hans lui avait en effet appris à viser approximativement une cible immobile, mais toucher un oiseau en vol n'avait rien à voir en terme de difficulté. Elle avait très mal calculé la direction que prendrait le faisan en fuyant les chiens, et plutôt que d'ajuster sa visée elle a paniqué face à l'imprévu pour appuyer sur la gâchette totalement au hasard. Une chance qu'elle n'aie pas touché l'un des chiens après pareille bêtise.

Elle avait resanglé l'arbalète dans son dos, signifiant ainsi à ses compagnons qu'elle ne souhaitait pas refaire de tentatives. Si elle acceptait les moqueries de Hedred avec un sourire de façade, sa dignité en avait pourtant pris un coup.

Alors qu'ils allaient faire demi-tour, leurs gibecières assez pleines pour rentrer au campement strygani, ils entendirent le cri de l'un des chiens. Les sifflements et appels de Hedred ne donnèrent aucun résultat : quoi qu'il était arrivé au chien, c'était assez grave pour qu'il ne puisse plus les rejoindre.

Un frisson parcourut Dokhara qui sentit ses poils se hérisser sur ses bras et sa nuque. Elle jeta un coup d'œil rapide aux deux chiens effrayés, oreilles tombantes, qui gémissaient contre les jambes de Hedred.
Elle avait déjà vécu ça. Quinze jours plus tôt, c'étaient Wagner et Liszt qui dégageaient cette même impression de terreur.

Des bruits et des craquements dans la direction du chien disparu. C'était trop gros, cela faisait trop de bruit pour être le canidé. Instinctivement, Dokhara mit les mains sur les poignées de ses armes, leur contact la rassurant sur sa capacité à se défendre.

Lorsque le minotaure, colossal monstre de plus de quatre mètres, sortit de la végétation, le fait de pouvoir effleurer ses armes ne fut plus d'aucun réconfort. La chose était tellement gigantesque, massive et bestiale, que tout comme pour le squelette de dragon, il y eut un temps de silence complet pendant lequel les trois chasseurs le contemplèrent, incrédules, doutant de leurs sens et incapables de réagir. Mais lorsque l'homme-bête hurla en les observant de ses petits yeux, son cri de colère éveilla les esprits instantanément. Chavo, Hedred et les deux chiens retrouvèrent le contrôle de leur corps et firent ce que leur instinct demandait : fuir, aussi vite que possible.


Dokhara aimait le goût du danger, mais elle n'était pas suicidaire pour autant. Dans pareille situation, il n'est plus possible de réfléchir aux choix et aux possibilités, il n'y a plus que des décisions guidées par l'instinct.


Fuir.

Un seul monstre.
Pourrait se séparer pour espérer qu'il poursuivre les autres plutôt qu'elle.
Mais incapable de rentrer au camp sans guide, perdue dans la forêt.
Survivra pas seule.

Chavo peut-être sacrifiable si idiotie héroïque pour protéger une femme. Pourrait ralentir le monstre.

Courir. De toutes ses forces et aussi vite que possible. Suivre les chasseurs et les chiens.

Et espérer être la plus rapide.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 03 oct. 2018, 16:07, modifié 1 fois.
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par [MJ] Le Grand Duc » 03 oct. 2018, 16:57

Pour Dokhara


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Les trois humains galopaient comme des dératés, le minotaure derrière eux. Ce dernier beuglait et rugissait, pulvérisant les troncs d'arbre mort par-dessus lesquels les humains étaient obligés de sauter, défrichant devant lui à grands coups de hache et de cornes.

La vision de Dokhara était saccadée tandis que les arbres filaient autour d'elle. Elle ignorait probablement dans quelle direction elle courrait, sinon dans celle de Hedred et Chavo qui couraient quelques mètres devant elle. Ils esquivaient les ronciers, bondissaient au dessus des crevasses et des courts d'eau, dévalaient les pentes et essayaient de trouver tous les moyens pour distancer le monstre.

Mais ce dernier avait pour lui la vitesse et la puissance. Ses lourd sabots labouraient l'humus et son souffle rauque résonnait dernière la jeune femme, indiquant que la bête était toujours sur ses talons. Les mugissements étaient si puissants qu'ils résonnaient à travers toute la forêt et Dokhara pouvait sentir son cœur sortir de sa poitrine tant le minotaure lui paraissait proche.

Chavo se retourna brièvement dans sa course pour vérifier si la baronne les suivait toujours ou si le monstre se rapprochait. Cette seconde d'inattention lui coûta cher et son pied buta contre une rocher qui effleurait du sol. Le strygani chuta lourdement et Dokhara le dépassa en quelques secondes.


- "Jadokari, aide moi !" implora le gitan.

Mais la bête était déjà sur lui et Chavo rampa sous le couvert d'énormes racines qui sortaient du sol pour former une sorte de cage étroite. Le minotaure le repéra sans mal et poussa un beuglement bestial en déviant sa course pour se jeter tête la première dans l'entrelacs derrière lequel le jeune homme s'était réfugié. Ce dernier reculait le plus possible dans son abri, le dos raide contre l'intérieur du tronc de l'arbre, tandis que le monstre fou de rage donnait des coups de tête et commençait à arracher les racines épaisses qui faisaient office de remparts. Le visage de Chavo était tordu par la terreur.

- "A L'AIDE !"




Pour Lucrétia
La lahmiane pensa élucider l'énigme et en prononça la réponse. Rien ne bougea, même après un moment d'attente. Était-ce un problème d'énonciation, le mot attendu étant certainement très différent de celui du reikspiel actuel ? Le mécanisme de verrouillage était-il lié à l'énigme ? Ou s'était-elle simplement trompée ? Toujours est-il que la porte resta close.

Il ne restait plus qu'à essayer de dissiper la magie contenue dans les glyphes protecteurs. Cette tâche était des plus simples tant les énergies employées ici étaient flétries par le temps. Lucrétia était elle-même une puissante sorcière, et c'est sans difficulté que sa maîtrise de l'Aethyr dispersa les runes gardiennes.

C'est là, seulement, que la porte s'ouvrit. Avec un grincement sourd, les arceaux se détachèrent les uns des autres tandis que les différents niveaux de la porte roulaient sur le côté pour venir s'encastrer dans la fente du mur. Une vague de poussière tomba du plafond et des chauve-souris de sauvèrent en piaillant, et ce n'est qu'après de longues minutes que le passage fut totalement dégagé. De l'autre côté, le couloir continuait et s'enfonçait dans une obscurité telle que même la vision surnaturelle de Lucrétia ne pouvait la percer.
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La lahmiane avait besoin d'une source de lumière pour continuer sa progression dans ce tombeau, aussi appela-t-elle à elle les Vents de Magie pour composer un sort simple. Elle n'eut même pas à bouger les lèvres, et c'est en claquant des doigts qu'elle fit apparaître une petite flamme, guère plus qu'une étincelle qui vint danser dans la paume de sa main, mais malgré tout suffisante pour fournir la lueur dans la vampire avait besoin.

Elle avança dans l'étroit boyau aux parois décorée jusqu'à arriver dans un cul-de-sac circulaire qui n'était autre que la chambre funéraire. Lucrétia pouvait difficilement s'y maintenir debout. Cette pièce exiguë était vide et les murs n'étaient que roche lisse, mais en son centre trônait un sarcophage ouvert bâtit à partir d'ossements humains, à la fois majestueux et macabre.

Lucrétia s'en approcha. Dans cette tombe reposait un squelette, engoncé dans une robe tribale finement brodée d'or et de perles. Les mains étaient croisées sur le torse et le crâne était ceint d'une couronne de cuivre et de nacre, un objet magnifique autant qu'une relique d'une époque oubliée de tous. Mais c'est une bague qui attira plus particulièrement l'attention de la lahmiane. Le bijou reposait sur la phalange desséchée de l'index gauche de la dépouille. Il était constitué d'un anneau en argent somme toute commun, mais sur lequel était enchâssé un petit cristal mal taillé. Et, dans ce cristal, un ruban de vapeur crémeuse semblait tourner lentement. Une effluve magique et malfaisante s'en dégageait, ce qui n'était pas sans attiser la curiosité de l'archéologue improvisée.


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Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 03 oct. 2018, 18:52


Difficile de connaître la vérité, pour le moment, aussi la Lahmiane décida-t-elle se projeter sa conscience en direction de la porte, et d’en humer la magie. Quelle était sa forme, son origine, comment s’exprimait-elle, pourquoi tenait-elle toujours, après tant de siècles, et qu’est-ce qui était capable de la bannir ? Un mot, un son, un bruit, ou la continuité d’un silence ? Là encore, même après l’avoir approchée de son esprit, cette forme de magie demeurait étrangère. Mais Lucretia put toutefois y percevoir quelques aspérités sur lesquelles s’accrocher, et en tirer certaines leçons.

Il s’agissait d’une forme archaïque d’un sort de verrouillage, ce même charme que connaissait l’ancienne baronne de Bratian. En se focalisant davantage, elle pressentait que toute l’énergie emmagasinée dans les glyphes ne servait pas uniquement à prolonger l'enchantement pour qu’il perdurât par-delà le temps, non. Au contraire, il s’agissait plutôt d’une cage de résonnance qui s’activerait selon un certain paramètre que la Lahmiane ne connaissait pas encore. Mais dans quelle visée ? Pour supprimer de lui-même le sortilège en répondant bien à la question, ou en explosant dès lors que l’on effleurerait les arceaux de pierre, avec la magie toujours active ? Impossible de le dire. D’une façon comme d’une autre, Lucretia se devait d’agir.

Elle prononça la clef de l’énigme, en le mot « silence ». Mais rien ne se fit. Les glyphes luisaient de cette même et faible intensité qui les avait toujours parcourus, et la porte n’avait pas bougé d’un pouce. Devait-elle, afin de s’en assurer, s’appuyer sur les anneaux de manière à les obliger à se mouvoir ? Elle ne préférait pas, ne connaissant pas la nature exacte de cette petite ponction d’Aethyr qui se dissimulait encore et toujours au sein du verrou. Aussi alla-t-elle au plus simple.

En se plongeant dans les vents de magie, elle tira les énergies contraires de ce sortilège, et s’appliqua à en effacer la trame. Un à un, et sans difficulté aucune, Lucretia parvint à arracher les fils qui maintenaient rivé ce maléfice dans l’Ancien Monde, et cela jusqu’à le faire disparaître totalement. Les glyphes, en mourant, scintillait une dernière fois avant de s’évanouir de la surface inégale de la pierre, et le verrou devenait toujours de plus en plus faible, jusqu’à ce qu’il ne restât que ce petit amas d’Aethyr, indescriptible, qui persista encore. Et que Lucretia ne tarda pas non plus à rayer de la surface du monde.

Comme si ces glyphes avaient servi de support pour que tînt une porte millénaire, cette dernière s’ouvrit sitôt que ces premières eussent disparu. Roulant sur eux-mêmes, les lourds arceaux s’écartèrent de part et d’autre de la nouvelle entrée révélée, non sans relâcher un important nuage de poussière qui vint obscurcir que plus encore la vision de la Lahmiane. Une nuée de chauves-souris s’échappa, nouvellement libérée, et Lucretia se demanda bien comment ces petites créatures avaient pu parvenir en ce lieu protégé depuis des millénaires. Certainement qu’il devait y avoir un minuscule passage, quelque part, menant à cette cavité souterraine, mais tout de même. Qu’importait ; la voie était libre.

Erigeant une nouvelle fois sa volonté, la vampire fit naître une flammèche dans sa main, utilisant cette étincelle de lumière pour alimenter sa nyctalopie. Enjambant avec davantage de précautions que de nécessité cette frontière intangible qui séparait la tombe de son antichambre, la Lahmiane avança dans les profondeurs du tumulus, jusqu’à parvenir au bout d’un nouveau cul-de-sac, quoique de dimension bien supérieure au précédent. Là était sis le tombeau en lui-même, un cercueil ancestral qui ne semblait jamais avoir été dérangé par quelque étranger que ce fût. Il trônait là, au milieu de cette pièce si basse que Lucretia n’avait pas d’autre choix que de se pencher vers l’avant pour s’y tenir. Les anciens hommes étaient-ils si petits et menus, autrefois, pour parvenir à tenir debout dans ces couloirs exigus et bas de plafond ?

Dans le sarcophage ouvert avait été allongé le cadavre du défunt, ou de la défunte, probablement, eu égard à la robe matelassée d’or qui habillait encore et toujours ce que le temps avait laissé pour squelette. Les mains sur la poitrine, immobilisée à jamais, elle avait été ceinte d’une fine couronne filée de perles et de nacre. Mais ce qui attira sans conteste l’attention et la cupidité de Lucretia fut cette bague qui accrochée à l’une des phalanges d’os. Les seuls relents de magie que pouvait percevoir Lucretia émanaient de ce bijou, et, en s’approchant, celle-ci s’aperçut de sa nature spéciale. Un brouillard opaque semblait s’enrouler sur lui-même, indéfiniment, dans un cristal enchâssé dans son ornement d’argent.

La Lahmiane observa une dernière fois les alentours. Rien ne laissait supposer à la présence de quelque piège que ce fût, de chausse-trape, ou même d’incantation capable de réveiller des gardiens ancestraux. L’acte en lui-même était macabre, mais peu en chalait à Lucretia ; elle s’empara et de la coiffe, laquelle valait très certainement son pesant d’or, et de l’anneau d’argent, quand bien même dut-elle vaincre la répulsion naturelle qui la faisait grimacer sitôt qu'elle se trouvait en présence de ce métal si particulier. Elle vérifia que tout paraissait encore en ordre, et rebroussa chemin. Dans l’antichambre, côté extérieur de la porte de pierre qui s’était ouverte sur son passage, elle étudia le fruit de son larcin non pas après l'avoir déposé dans sa main mais sur l'épais tissu de sa pèlerine. A quoi donc pourrait bien lui servir cette bague ?

Conscience de la magie, là encore.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 04 oct. 2018, 10:20, modifié 1 fois.
Raison : 6 xps / Total : 24 xps
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Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises (lvl 1):
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Érudition
- Intimidation
- Alphabétisation
- Sens Accrus
- Vision nocturne
- Connaissance des démons
- Comédie
- Force accrue
- Esquive
- Monte - chevaux
- Coup précis lvl 3
- Arme de prédilection - épée à une main
- Escalade
- Coriace
- Chance
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
- Etiquette
- Intrigue de cour
- Littérature
- Réflexes éclairs
- Linguistique

Dons du Sang:
- Défi de l'Aube
- Innocence Perdue
- Domination
- Ame Profane
- Forme de Familier : Corneille
- Régénération Impie
- Sang argenté
- Sang vif

Escorte :
- 10 hommes d'armes
- un carrosse tiré par quatre chevaux
- Hans le cocher
- Marcus le capitaine de la garde
- Une petite bestiole attachante nommée Dokhara.

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