[Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Les gens du Hochland sont célébres pour leurs talents de chasseurs et les denses forêts de leur province. Une bonne partie de leurs armées est composée d'habiles arquebusiers. Le Comte Ludenhof tient sa cour à Hergig.

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[MJ] Le Grand Duc
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[Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par [MJ] Le Grand Duc » 13 sept. 2018, 19:42

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C'est ainsi que Lucrétia von Shwitzerhaüm, Dokhara de Soya et Marcus Freeh continuèrent leur traversée de la Drakwald en compagnie des stryganis.

La caravane était constituée d'une vingtaine de roulottes aux allures aussi diverses que variées. La grande majorité d'entre elles faisait office d'habitation pour les familles qui composaient la communauté, tandis que les deux dernières, plus spacieuses mais aussi plus austères, transportaient probablement les vivres et le matériel. Chacun de ces véhicules était tracté par une ou deux paires de percherons, des bêtes aux poitrails solides qui poussaient sans rechigner sur leurs colliers décorés de rubans et de grelots. Suivaient une demi-douzaine de carrioles à deux roues charriant les vieillards et les enfants, et enfin un petit troupeau de chevaux dont la cohésion et la garde était assurée par trois ou quatre cavaliers. La plupart des gitans se déplaçait à pied le long de la caravane, n'investissant les roulottes que lorsque le soir approchait et qu'il était temps de monter le camp. Des chiens bâtards suivaient la marche, galopant et fouinant le long de la colonne. En tout et pour tout, cette singulière compagnie comptait près d'une centaine de personnes, presque toutes liées par le sang.

A leur contact, les baronnes en apprirent plus sur ces gens du voyage. Ils appartenaient au clan des Khilis, une sorte de famille étendue composée de plusieurs groupes qui voyageaient régulièrement entre l'Empire et le Kislev. Contrairement aux autres stryganis, qui circulaient principalement sur les cours d'eau à bord de barges bariolées, les Khilis se déplaçaient uniquement par voie terrestre, sillonnant les anciennes routes qui traversaient les vastes forêts. Spécialisés dans l'élevage des chevaux, ils ne commerçaient qu'avec les bourgades relativement importantes qu'ils croisaient en chemin, le grand événement annuel étant la foire aux bestiaux d'Erengrad, occasion à laquelle ils participaient chaque année et où leur grande et pour le moins éparpillée famille pouvait se réunir pour partager, échanger mais aussi conclure pactes et mariages. Le reste du temps, ils tâchaient d'éviter les axes principaux, leur préférant des itinéraires secrets et anciens à travers bois.

Dans leur langue gutturale, "Khilis" signifiait "Enfants de la Forêt". Et ils semblaient en effet à l'aise dans cet océan de verdure, quand bien même c'était la dangereuse Drakwald qu'ils traversaient, et qu'ils allaient bientôt pénétrer dans la non moins terrifiante Forêt des Ombres. De simples feux étaient allumés autour du cercle de roulottes à la nuit tombée et seules quelques personnes se relayaient la nuit pour monter la garde. Tsinep, par exemple, s'aventurait souvent seule dans les bois pour y récolter des herbes, et tous les enfants connaissaient les champignons et les baies qu'ils pouvaient ramasser, et ceux qu'il ne fallait absolument pas toucher. La terreur causée par les nombreux périls qui se cachaient sous les frondaisons ne semblait pas avoir de prise sur les stryganis, et pour cause, puisque pas une fois la caravane ne fut inquiétée. Était-ce là une puissante protection accordée par leurs dieux, ou simplement une chance incroyable ? Que ce soit l'une ou l'autre, c'était tout bonnement impensable pour un impérial qu'un convoi si lent et visiblement peu protégé puisse survivre plus d'un jour dans les étendues sauvages.

Les gitans étaient des gens libres et nonchalants. Il était par exemple fréquent qu'ils s'arrêtent plus d'une nuit au même endroit si ce dernier leur plaisait. C'est ainsi qu'ils passèrent trois jours près des sources chaudes au nord de Vodf, où ils se prélassèrent et se baignèrent nus -hommes et femmes séparés bien entendu. Les chemins détournés de la forêt recelaient leur lot de crevasses, de nids-de-poule et autres obstacles. Lorsque la roue d'un chariot se brisait sur un caillou particulièrement mal placé, la colonne entière s'immobilisait et un ou deux charpentiers se mettaient à l'oeuvre, ce qui pouvait parfois prendre de longues journées. On réunissait alors les autres roulottes et on profitait de se répit pour se reposer et pour jouer de la musique.

Contrairement à ce que Lucrétia et Dokhara semblaient penser, la communauté ne paraissait pas avoir de chef à proprement dit. Chacun était libre de ses choix, et la vie du camp s'organisait comme de part elle-même. Les querelles étaient courantes mais s'apaisaient rapidement, et le dernier mot revenait généralement aux anciens comme Tsinep. Les tâches étaient réparties d'une manière naturelle, et la seule règle semblait être celle de la parole donnée : il fallait faire ce que l'on disait que l'on allait faire, mais aussi en assumer les conséquences. Chacun mettait la main à la pâte à sa manière et en fonction de ses connaissances et aptitudes.

De prime abord, les baronnes furent accueillies avec distance, parfois même avec mépris. Marcus fut déposé dans l'une des roulottes, et c'est Tsinep qui s'occupa de panser ses plaies à l'aide de cataplasmes et de son savoir ancien. La vieille femme garnit aussi la blessure de Dokhara avec une pâte verdâtre qui atténua la douleur et permit à l'héritière De Soya de guérir et de marcher sans mal. Au demeurant, cette dernière et sa comparse étaient ignorées du reste des striganys. La nuit, elles dormaient dans des couchages de cuir et de fourrures disposés sous un auvent en bois tiré du flanc d'une des roulottes. Des braises étaient empotées dans de petits braseros en fer et disposées autour d'elles pour les réchauffer, et il était fréquent qu'elles se réveillent le matin entourées des chiens roulés en boule qui se rapprochaient des braseros pour se réchauffer eux aussi. La journée, elles progressaient avec la colonne tandis qu'on murmurait dans leur dos dans la langue des Khilis. Seuls les enfants s'amusaient à leur courir autour en les appelant "jadokaris", mot qu'elles avaient déjà entendu. Elles apprirent plus tard qu'il signifiait "sorcières". Car c'était ainsi que les voyaient les gitans : deux sorcières en fuite qui se faisaient passer pour des dévotes de Sigmar, dieu au demeurant absent de ce convoi. On les pensait probablement aux abois, quelques méfaits ou mauvaise réputation laissés derrière elles. Malgré cette méfiance, les striganys ne semblaient pas totalement hermétiques aux choses occultes : de nombreux talismans, colifichets et aux symboles ésotériques ornaient leurs habits, leurs roulottes, les harnais de leurs chevaux et jusqu'à la peau tatouée de leurs femmes. Quels dieux honoraient-ils ? En avaient-ils seulement ? Y avait-il, parmi eux, des adeptes de la magie ?

Mais bientôt, la glace se brisa et les deux voyageuses apprirent à connaître leurs compagnons de voyage. Il y avait Shana, bien sûr, au tempérament de feu et à la rancune tenace. Elle semblait encore en vouloir à Lucrétia pour s'être jouée d'elle mais se détendit au fur et à mesure du chemin. Bien que par moments froide et distante avec les deux impériales, elle se faisait plus sympathique lorsque le soir venait et que tous se retrouvaient sous les voiles du cercle des roulottes. Tsinep était là aussi, figure silencieuse mais omniprésente, ses petits yeux plissés observant les moindres faits et gestes de leurs hôtes. Idriss, lui non plus, n'était pas du genre bavard. Grand et maigre, il incarnait pourtant toute la virilité fière d'un vrai gitan. Il portait une chaîne en argent sur son torse velu, et ses bras étaient toujours croisés, sauf lorsqu'il maniait la hache pour couper du bois. Il se montrait pourtant attentionné, et servait le repas et ce thé noir et amer aux baronnes lorsqu'il était temps de se restaurer. Le soir, il fumait une longue pipe et écoutait les histoires et les conversations au bord du feu. Il jouait parfois de la guitare et chantait des airs mélancoliques dont Lucrétia et Dokhara ne comprenaient pas les paroles. Chavo, vingt printemps, ne manquait bien sûr pas de faire le beau pour attirer les regards. Vexé par Lucrétia lors de leur première rencontre, il s'était alors entiché de Dokhara. Apprenant de ses erreurs, et comprenant qu'une impériale ne se laissait pas faire aussi facilement, il se montra plus fin et se contenta, jusqu'alors, de plaisanter et d'inviter la jeune femme à danser.

Mais il y avait aussi Gouri, le forgeron du convoi, un homme jovial à la grosse voix. Sa barbe lui tombait jusqu'au nombril et ses mains étaient toujours noires. Il n'avait de cesse de railler les hommes de l'Empire, les appelant les "ქათამი*", ce qui n'avait sûrement rien de flatteur. Il accompagnait toujours ses boutades d'une œillades vers les baronnes, essayant de leur tirer un rire ou au contraire une protestation outrée. Lorsque Marcus fut suffisament rétabli pour sortir de son lit, Gouri se fit un malin plaisir de l'asticoter constamment, jusqu'à ce que le capitaine de la garde de Bratian ne menace de lui en coller une – quand bien même ses jambes étaient encore tremblante et son teint pâle. Gouri s'esclaffa bruyamment et lui envoya une claque dans le dos qui manqua de le faire tomber avant de lui servir une rasade de mauvais vin.

Chévardzané était le pendant féminin du forgeron, quoi que plus douce : une grosse femme à la poitrine opulente et aux formes maternelles. Elle régnait en maître sur la gente féminine de la communauté, et les enfants l'écoutaient au doigt et à l’œil – un coup de louche sur la tête des plus récalcitrant aidant. C'était la reine des ragots, et gare à celle qui osait la contredire. Elle avait mauvais caractère et trichait aux dés, mais elle avait un bon fond et offrit même à Dokhara un ruban de soie bleue pour s'attacher les cheveux. "Ché", comme on l'appelait dans le camp, prétendait que le ruban venait tout droit de Cathay et qu'elle l'avait eut en lisant l'avenir d'un marchand étranger dans la pomme de sa main. De part son autorité naturelle, c'est elle qui répartissait les corvées de la journée. Elle était secondée par Isélée et Mingrélie, deux autres femmes qui semblaient avoir un certain statut parmi les leurs.

Venaient ensuite Vingor, le mari de Tsinep, un petit vieux voûté que Lucrétia et Dokhara n'avaient jamais entendu prononcer un seul mot. Il passait ses soirées assit auprès des chevaux, et ces derniers venaient parfois lui réclamer une caresse, comme s'ils reconnaissaient leur maître. Vingor, malgré son grand âge, s'obstinait à mener les chevaux à la rivière lorsque le camp était en train d'être monté. Alors Arçil, un jeune homme discret de l'âge de Chavo, l'aider à réunir les bêtes et à les mener boire. Bientôt, ce fut Marcus qui se joint à eux. Les trois semblèrent créer un lien, quand bien même Vingor ne parlait pas le reikspiel, et c'est en compagnie des deux gitans que Marcus enterra sous un vieux chêne les effets de Hans Zimmer qu'il avait pu récupérer en hâte avant de fuir les gobelins. En tassant l'humus noir sur le béret à aigrette et la blague à tabac du palefrenier, le capitaine de Bratian raconta aux striganys combien son compagnon aurait été heureux de pouvoir s'occuper de si beaux chevaux.

Et il y avait Karan, un vieux grisonnant qui ne voyait pas d'un bon œil la présence des impériaux. Et la coquette Tyra qui mettait des fleurs dans ses cheveux, et Bubba le boiteux qui se cachait pour regarder les femmes se laver dans la rivière, et Koka, et Mariam, et d'autres. Et les enfants, joyeux gamins crottés de la tête aux pieds qui passaient leurs journées à courir et à se battre avec des bâtons. Toute cette communauté battait d'une vie propre, bruyante et joyeuse. Souvent dure et misérable, quand la pluie tombait ou que la nuit était froide, mais loin des persécutions et des malheurs que leur imposait la civilisation. Ils évitaient cette dernière comme la peste, et les rares voyageurs qu'ils croisèrent sur les chemins forestiers ne récoltaient que regards noirs et malédiction sussurées à voix basse. Du reste, les striganys étaient comme un phare de lumière et de vie dans les mornes profondeurs de la Drakwald.

Mais tout n'était pas que rires et soirées au coin du feu. Il y avait à faire, et nos baronnes n'eurent pas le luxe de l'oisiveté. Elles étaient des femmes, et ce sont donc les femmes de la communauté qui les prirent sous leur aile. Parmi les nombreuses corvées qui leur étaient dévolues, il y avait la cuisine, la vaisselle des ustensiles et des marmites, le lavage du linge à la rivière, la reprise des habits et des voiles déchirés, l'entretien du feu, et autres tâches plus ou moins ingrates. Dokhara se montra docile et acquis ainsi l'affectation de la plupart des gitanes. Ces dernières étaient des femmes fortes et libérées, et parlaient ouvertement de choses qu'un sigmarite n'aurait pu imaginer. Ni leurs maris par ailleurs, qui étaient rhabillés pour l'hiver dès que les lavandières battaient le linge ensemble. Entre deux corvées, elles jouaient aux dés ou aux cartes, buvaient du thé dans lequel elles versaient du vin, racontaient des histoires et juraient. Curieuse, Mingrélie demanda à Dokhara pourquoi elle n'était pas tatouée, et Ché lui proposa – lui énonça, plutot, qu'elle allait lui tatouer le menton pour faire d'elle une vraie Khilis ! Shana lui demanda pourquoi elle voulait aller vers le nord, Tyra lui demanda si elle était mariée, Mariam si elle connaissait des sorts puisqu'elle était une sorcière, Isélée qui elle priait quand elle voulait un enfant, et Ché si elle connaissait un philtre pour faire bander les hommes. Et toutes s'esclaffaient bruyamment. Lucrétia, à l'inverse, mit une telle mauvaise foi à l'ouvrage qu'on renonça bientôt à lui demander quoi que ce soit. Les autres femmes se contentèrent de l'ignorer, voir de lui jeter des regards mauvais, à l'inverse des hommes qui la suivaient souvent des yeux avant de se prendre une baffe à l'arrière de la tête. On disait la lahmiane oiseau de mauvais augure, et seuls Idriss et Tsinep s’asseyaient à côté d'elle le soir près du feu.


*katami


Pour Lucrétia

La lahmiane, être immortel à la puissance surhumaine, ne trouva pas la vaisselle et le lavage du linge à son goût. La couture ne lui plaisait pas plus, et l’idée même de s’occuper des gamins du camp la répugnait probablement. Les gitanes, visiblement ignorantes de sa vraie nature, n’y voyaient qu’oisiveté et insolence. Scandalisées par le comportement de Lucrétia, elles tancèrent vertement cette dernière à plusieurs reprises, n’hésitant pas à l’insulter dans leur langue rauque, ce qui ne manquait pas de déclencher des disputes où les plus véhémentes menaçaient d’en venir aux mains. C’est l’intervention de Tsinep qui calmait généralement ces ardeurs. La vieille gardait la baronne de Bratian sous sa protection, ce que les autres femmes voyaient d’un mauvais œil. Pourquoi couvrir ainsi une telle fainéante ? La situation semblait délicate, et bientôt c’est l’ancêtre qui allait devoir répondre de l’ire des gitanes. L’intéressée, au demeurant, ne semblait pas plus préoccupée que cela par la colère de ses congénères. Elle se contentait de les renvoyer à leurs occupations d’un simple mot, non sans s’attirer des regards réprobateurs.

En désespoir de cause, il restait une dernière tâche à laquelle Lucrétia pouvait peut-être s’avérer utile : la cuisine. C’est ainsi que la lahmiane se retrouva face à un établi, près du foyer. Des quartiers de viande de sanglier et quelques lapins étaient déjà en train de rôtir au-dessus des braises, fruits de la chasse de la veille. L’Immortelle était quant à elle chargée de faire la soupe. Il y avait devant elle des oignons, des herbes sauvages fraîches, des pommes de terre et autres tubercules, et de petits pots en terre décorés de chevrons colorés et contenant diverses épices et condiments. Une marmite contenant de l’eau bouillonnait déjà dernière elle, sur un trépied. Il ne lui restait plus qu’à éplucher, découper, assaisonner.

Comme d’habitude, Tsinep n’était jamais loin. La vieille femme se déplaçait lentement, petit tas voûté de turbans et de châles, et pourtant il suffisait de tourner la tête quelques secondes pour soudainement l’avoir devant soi, elle qui n’était pas là l’instant d’avant. Gouri travaillait sur sa forge non loin, Marcus se reposait sous l’auvent, des enfants jouaient çà et là, les autres gitans étaient affairés ailleurs et personne ne prêtait attention à Lucrétia. Même les chiens l’évitaient, sentant probablement l’énergie noire qui se dégageait de tout son être. Ainsi, Tsinep et elle étaient seules auprès du foyer, au centre du cercle composé par les roulottes.

L’ancêtre était assise sur un tabouret à côté de l’établi, une poignée de graines entre ses mains fripées. Elle en jetait çà et là autour d’elle d’un petit geste, attirant les quelques poules qui se promenaient en liberté dans le camp.

- « Je sais qui tu es. » dit Tsinep en regardant Lucrétia à travers la fente formée par ses paupières. « Tu n’es pas un pèlerin. Tu n’es pas une sorcière. Tu n’es pas une humaine. Tu es ღამის გმოგო** , un Ange de la Nuit. »

D’un geste fulgurant et qui jurait avec sa fragilité de petite vieille, Tsinep se pencha d’un coup et attrapa la poule la plus proche par le cou, faisant fuir les autres. Elle saisit des deux mains la nuque du volatile qui se débattait et la brisa avec un craquement sinistre, puis ferma les yeux et prononça un mot à voix basse avant de plumer calmement l’animal.

- « Ce sont ceux de ton ascendance divine qui firent ce que nous sommes aujourd’hui. Vous portiez le feu, la mort et la maladie sur nos ancêtres. Nées des sables noirs, vous avez affronté nos dieux, vos frères. Que sommes-nous, stryganis, face aux batailles célestes des Maîtres Éternels … » Parlait-elle à Lucrétia, ou à elle-même ? Toujours est-il qu’elle continuait à fixer la lahmiane. « Je suis la gardienne du savoir de mon peuple. Seule, je sais que les dieux marchent avec nous sur la terre, nous observent. Parfois ils nous protègent, parfois ils nous dévorent. Nous, mortels, ne vivons que pour servir l’Immuable. სასჯელი***» Elle fît un geste de la main droite, presque par automatisme : poing fermé, index et auriculaire relevés.

Tsinep, et plus généralement les siens, ne semblait pas avoir une idée précise de l’histoire de son peuple. Cette connaissance s’était probablement perdue au fil des siècles, transformée en légendes et en prophéties obscures par la transmission orale et les effets du temps. La traduction du khilis au reikspiel n’aidait probablement pas à clarifier les paroles de l’ancêtre. Pour autant, la ferveur en ce que les universitaires impériaux appelaient la foi vampirique paraissait encore bien présente chez elle. Tsinep croyait s’adresser à une déité. Avait-elle tort, dans le fond ? Cependant, la vieille femme n’avait aucunement l’air intimidée ou éblouie. Lucrétia était peut-être une déesse, mais ce n’était pas celle de son peuple.


- « Le malheur et l’errance sont notre châtiment. Mais toi, pourquoi fuis-tu ? Que vas-tu chercher dans la terre de la glace et des esprits ? Pourquoi voyages-tu avec nous ? Les Anges de la Nuit chassent nos dieux comme des animaux. Les miens pensent que tu n’es qu’une sorcière, mais si je leur dis qui tu es vraiment, ils me maudiront et m’abandonneront dans la forêt. Je t’ai accueillie parmi nous parce que j’ai lu dans les étoiles que c’était mon destin. J’y ai vu ma mort, ainsi que celle de ma fille Shana. Mais j’y ai aussi vu le salut de mon peuple. Les étoiles m’ont dit : ის, ვინც დაანგრია, იქნება ის, რაც ჩვენ გადაგარჩენს****. Celle qui nous fit périr sera celle qui nous sauvera. Réponds moi, ღამის გმოგო**. Quel est ton dessein ? »

**ghamis gohgo

***sasjeli

****is, vints daangria, ikneba is, rats chven gadagarchens
Pour Dokhara

Les khilis étaient des nomades. Pour se nourrir lors de leurs voyages, ils se reposaient sur les denrées qu’ils pouvaient se procurer dans les bourgades où ils vendaient leurs chevaux. Mais ces dernières étaient souvent insuffisante, surtout lorsque le convoi disparaissait de longues semaines au cœur des bois. Ainsi, la chasse, la pêche et la cueillette représentaient un apport non négligeable au régime quotidien de la communauté.

C’était au tour de Chavo de chasser. Il était accompagné par Hedred, un homme d’âge mûr aux impressionnantes scarifications rituelles le long des bras, mais le jeune homme s’était aussi arrangé pour que Chévardzané envoie Dokhara les rejoindre. C’est ainsi qu’ils partirent du camp aux premières lueurs du matin, passant de longues heures à vérifier les prises des collets posés la veille. Hedred portait la gibecière, d’où dépassaient déjà les pattes de cinq ou six lapins. Il était équipé d’une lance, tandis que Chavo portait un arc à double courbure de facture kislévite. Une dizaine de flèches dépassaient du carquois attaché à sa ceinture colorée. Dokhara, quant à elle, avait l’arbalète de Hans. Trois chiens jaunes les accompagnaient, occupés à renifler le moindre buisson et à galoper le long de la piste.

Ils s’étaient enfoncés loin dans la forêt, mais ni Hedred ni Chavo ne semblaient inquiets. La Drakwald s’étendait tout autour d’eux, comme une infinité de bois sombres et de taillis.


- « Tu as bien fait de venir, jadokari. » fanfaronna le jeune homme comme si ce n’était pas de son fait, alors que les chasseurs descendaient une pente douce en bordure d’un petit ruisseau, faisant attention de ne pas glisser sur les cailloux mouillés. « Je vais te montrer le plus bel endroit de la forêt. »

- « Regarde avec tes yeux plutôt qu’avec ta bite, Chavo. Ces pierres sont plus glissantes qu’une anguille. » lança Hedred derrière eux.

- « C’est sûr que toi tu risques rien, avec la mule qui te sert de femme ! » répondit l’insolent en éclatant de rire.

Ca ne manqua pas, et alors qu’il se retournait pour voir la mine d’Hedred, il chancela sur un appui peu sûr. Les grands moulinets de ses bras n’y firent rien et il perdit l’équilibre pour se retrouver le cul dans l’eau glacée. C’était au tour d’Hedred de s’esclaffer, avant d’aider Chavo à se relever pour reprendre la marche.

Ils bifurquèrent dans un épais bosquet où la piste continuait de descendre en lacets serrés, jusqu’à arriver sur un vaste espace dégagé. C’est là qu’un tableau incroyable s’offrit à la vue de la baronne de Soya.

Le crâne d’un gigantesque monstre gisait dans la clairière, recouvert de mousse et de lierre. Des vertèbres prolongeaient cette apparition titanesque, et le reste du squelette – s’il y en avait un – se perdait dans la végétation. Les mâchoires de cette créature de cauchemar étaient encore ouvertes, menaçantes, et auraient pu engloutir une maison tandis qu’un seul de ces crocs était de la taille d’un homme adulte. C’était une vision incroyable, et l’imagination seule laissait rêver de cette bête fabuleuse lorsqu’elle avait encore chairs, tendons et peau.



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- « Alors ? » demanda Chavo en bombant le torse, souriant en attendant la réaction de la jeune femme.

- « Tu vois jadokari, les tiens appellent cette forêt la Drakwald car elle était le foyer des dragons. Ils sont tous morts aujourd’hui, et je crois bien qu’ils l’étaient déjà il y a mille ans. » expliqua Hedred en regardant le squelette, un sourire satisfait aux lèvres. « Pour nous les khilis, cet endroit s’appelle გველი სიკვდილი**, la Mort du Serpent, et nous connaissons son emplacement depuis toujours. C’est ici que notre Seigneur apparu une fois, pour tuer le grand monstre Ylulu. Mon grand-père était là lorsque cela arriva. Il n’était qu’un enfant à l’époque, mais il raconta son histoire à mon père, qui me la raconta, et je la raconte aujourd’hui à mes fils. Nous prions nos dieux pour leur protection, et ils nous l’accordent. Ces forêts sont à nous. »

Sur ces paroles, Hedred et Chavo s’agenouillèrent momentanément. Ils priaient à voix basse dans leur langue, les yeux fermés. Lorsqu’ils eurent terminé, ils se prosternèrent contre l’humus, et Hedred déposa l’un des lapins sur le sol en guise d’offrande. Ils repartirent ensuite, quittant la clairière pour remonter la pente boisée.

Ils s’arrêtèrent près de la rivière pour déjeuner, puis se remirent en route. Chavo tira quelques oiseaux et un castor qui vinrent rejoindre les lapins dans la gibecière. Ce ne fut que quelques heures après que Dokhara eut l’occasion de s’exercer un peu au tir. Deux des chiens étaient à l’arrêt face à un buisson, et Hedred s’accroupit en faisant signe aux autres de faire de même, un doigt sur les lèvres. Chavo s’approcha de Dokhara par l’arrière, toujours accroupit.


- « Là, tu vois, entre les branchages. » murmura-t-il, le doigt pointé vers le cœur du taillis. « Un faisan. » En effet, il suffisait de se concentrer un peu pour déceler le plumage moucheté de l’oiseau au milieu des feuilles. « Fais-moi signe quand tu es prête, et les chiens le feront s’envoler. Là, tu pourras tirer. Vise bien, tu n’auras qu’une chance, jadokari

Dokhara pouvait sentir son souffle contre sa nuque, et sa main posée délicatement contre son dos.



**gveli sik’vdili



On peut considérer que l'on a avancé d'une voir deux semaines.

Voici à quoi peut ressembler une des roulottes :

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Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois. Je vis avec mes gens, loin de la folie des hommes. La nuit je vole dans les sombres profondeurs de la forêt. Mon regard d'acier partout se pose, et sans bruit, comme le vent, je file entre les branches des arbres séculiers. Je suis le Grand Duc, seigneur de ces bois.

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Lucretia Von Shwitzerhaüm
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Re: [Lucrétia et Dokhara] Une vie de gitan

Message par Lucretia Von Shwitzerhaüm » 17 sept. 2018, 21:02


Rejoindre les stryganis s’était révélé comme étant une bonne idée, à n’en pas douter. Lorsque les deux jeunes femmes avaient commencé leur voyage au travers de la Drakwald, elles avaient connu un trajet dans un premier temps dénué de tout danger. La sombre forêt avait pesé sur leurs êtres, les avait menacés de son souffle de mort et de ses murmures plaintifs, mais n’était jamais véritablement passée à l’action. Les journées avaient défilé et s’étaient ressemblées, sans distinction aucune, à coup de sabots mis les uns devant l’autre et de campement érigé au petit soir, lorsque les frondaisons des arbres déformés avaient aspiré jusqu’à la plus petite once de lumière. Les repas s’étaient succédé, de même que les levés difficiles au petit matin, ou les tours de garde de Lucretia, mais rien n’était venu les déranger. Les sous-bois faisaient entendre leurs clameurs lointaines, l’écho de cris de bête se portait jusqu’à leurs oreilles, mais sans jamais que ne leur apparût la créature à l’origine de ces hurlements difformes. Pourtant, il n’avait fallu qu’une seule fois pour qu’éclatât leur petit groupe en la mort de Hans, le palefrenier. Une seule et unique fois pour provoquer la perte de la majorité de leurs affaires, et une fuite éperdue à travers la forêt, dans une course à la vie à la mort qui manqua de justesse d’emporter Marcus. Alors, au sein de ce cortège strygani, l’existence paraissait soudainement plus légère et bien moins menaçante après avoir connu ces derniers tracas.

Car cela faisait maintenant deux semaines que les deux jeunes femmes avaient rejoint les gitans, deux semaines exemptées de tout danger, alors même qu’elles étaient encore et toujours environnées par l’épaisse forêt. Une petite quinzaine de jours sans risquer sa vie ou sans voir l’un de ses proches au bord de la mort, voilà qui apaisait l’âme et qui conduisait à une petite routine possiblement ennuyeuse, certes, mais certainement pas déplaisante. Cela avait pourtant été loin d’être gagné.

Shana continuait d’être froide et distante envers les deux jeunes femmes étrangères, n’ayant toujours pas digéré les petits sarcasmes de Lucretia lorsque cette dernière avait entrepris de répondre à ses questions. Si la Lahmiane n’avait pas menti sur ses intentions et avait décidé de nourrir la curiosité de la gitane de la manière la plus franche et plate qui fût, elle n’avait pu se résoudre à ne pas glisser une ou deux petites piques dans son discours. Et chacune de ces remarques avait vraisemblablement visé juste, atteignant en plein dans le mille la raison et la dignité de Shana.

Les autres femmes stryganies les avaient également accueillies avec des regards en coin et des visages fermés, très peu enclines à ce que des étrangères fussent ainsi invitées en leur sein. Si Lucretia n’avait fait montre de ses talents surnaturels qu’à Shana et Idriss, ces derniers avaient eu tôt fait de le répéter à l’ensemble du cortège. La rumeur avait enflé et s’était déformée, et tout un chacun les avait taxées de sorcières et d’autres noms d’oiseau qu’elles ne comprenaient pas mais qu’elles devinaient point très flatteurs. Les conversations diminuaient à leur approche, les langues se taisaient sur leur passage, et poursuivaient dans leur dos, sur un ton bas qui n’avait rien d’amical. Les adultes ne leur adressaient que difficilement la parole, et les enfants, reprenant plus ou moins les mots de leurs parents, s’amusaient à les provoquer en les harcelant de leurs jeux ingénus. Toutefois, ils réfrénèrent rapidement leurs ardeurs lorsque Lucretia, après avoir feinté la plus grande impassibilité, avait subitement jailli sur un garnement un peu trop téméraire pour le harper et lui administrer un gauche droite retentissant sur les joues qui manqua de le faire vaciller. A dire vrai, les journées s’avéraient si paisibles que la vampire y avait mis un peu trop de force. L’expression de l’enfant dessinait toutefois un rictus amusé sur ses lèvres, et elle dit que, en fin de compte, elle n’était peut-être pas contre le fait d’enseigner un tant fût peu d’éducation à ces marmots qui en avaient grand besoin. Cela ne manqua pas de déclencher l’hostilité de la mère.

Marcus, bien que gravement blessé, fut néanmoins le membre de leur groupe qui reçut le plus d’attention, et même un toit et des murs au sein d’une des roulottes. Tsinep s’occupa de sa personne, veillant sur lui, et lui prodigua les soins qu’il requérait afin de guérir le plus rapidement possible. Pendant ce temps-là, les deux baronnes, de leur côté, dormaient à la belle étoile, contre un flanc de voiture sous un paravent de bois. Bien que Lucretia ne craignît pas le froid, elle ressentait tout à fait les effets de l’air vespéral chargé d’humidité qui se déposait chaque matin sur son couchage et sa vêture. La sensation s’avérait des plus désagréables non seulement pour elle, mais également pour Dokhara, laquelle demeurait en sus de cela vulnérable à la maladie. Aussi, Lucretia lui confia une couche de vêtement de plus tout en veillant à lui prodiguer de temps à autre, alors emmitouflée dans l’ombre et les couvertures, certaines attentions qui ne manquèrent pas de lui tenir chaud.

Toutefois, une fois le petit matin venu, alors que Lucretia, afin de tromper la vigilance de certains, avait feinté de dormir, elles eurent la surprise de découvrir que les chiens du campement s’étaient réfugiés autour d’elles et des braseros, en quête de chaleur. La rosée de l'aube, couplée avec l’odeur tiède que dégageaient les canidés, libérait des exhalaisons repoussantes qui ne manqueraient pas de venir s’accrocher à leur vêture, et c’était sans compter toute la vermine que pouvaient véhiculer les bestioles. Fort décidée à ce qu’ils ne revinssent plus, la Lahmiane puisa dans son énergie. Non pas pour jeter le moindre sortilège, non, mais pour faire étalage de sa puissance et de ce qu’elle était, lâchant un peu de son aura qui vint chatouiller les sens si développés des chiens. Ces derniers sentirent rapidement que quelque chose clochait dans les environs ; leurs oreilles se redressèrent subitement et leurs poils se hérissèrent tandis qu’ils se mettaient à gronder çà et là. Une nouvelle petite pulsion mentale de la Lahmiane, et ils décampèrent aussi vite qu’ils étaient venus, leur laissant le champ libre. La nuit suivante, ils s’abstinrent bien de recommencer.

Les deux jeunes femmes durent aussi se soumettre aux travaux quotidiens, ainsi que l’avait décrit Shana. Dokhara sembla ne pas rechigner à la tâche, gagnant la sympathie de la communauté féminine des gitans. En ce qui concernait Lucretia, en revanche, ce fut une tout autre paire de manches.

Rapidement après avoir rejoint le convoi, l’une des femmes se dirigea directement vers la Lahmiane et, dans un reikspel douteux entrecoupé de mots stryganis, lui refila un panier de linge sale, une brosse, de la cendre ou autre solution abrasive, ainsi qu’une latte de bois pour sécher le linge. Et sans concession aucune, elle lui désigna un petit plan d’eau non loin de là. Lucretia la regarda de haut, non sans une certaine morgue, elle et son panier.

« Non. »

La réponse ne sembla pas plaire à la gitane, qui s’exclama alors pleinement dans son idiome, jurant très certainement, avant de lui remettre le panier dans les mains d’une façon assez brutale.

« Sincèrement, je ne pense pas que ça soit une bonne idée », renchérit Lucretia, qui lâcha alors tout bonnement le panier à ses pieds.

La femme devint dès lors toute rouge. Caractérielle à souhait, et peut-être aussi têtue que ne l’était la baronne, elle reprit le panier, et le colla une énième fois entre les mains de cette dernière, en vociférant outrageusement. Mais elle ne s’arrêta pas là. Bien décidée à ce que cette étrangère qui n’en faisait qu’à sa tête se pliât aux œuvres journalières, elle alla jusqu’à attraper le col de la Lahmiane pour l’emmener de force au bassin rempli d’eau. Celle-ci, qui n’avait jamais été malmenée de la sorte, en fut tellement stupéfaite qu’elle ne put faire autrement que d’effectuer deux ou trois pas dans la direction souhaitée par sa tortionnaire. Les yeux ronds comme des soucoupes, les paupières cillant comme jamais, Lucretia finit par s’arrêter, dissimulant tant bien que mal ce début de fureur qui commençait à lui irriguer l’esprit, et leva les bras.

« D’accord, d’accord. Je m’y rends. Voyez, il suffit de le demander poliment, et tout rentre dans l’ordre. »

Elle récupéra le panier, et, la tête altière et la démarche impériale, s’en alla hautainement vers le plan d’eau. La vampire ne manqua pas de remarquer le petit sourire satisfait de la gitane, laquelle ne la quitta toutefois pas du regard, vérifiant que la nouvelle venue se soumettait bien.

Une bonne vingtaine de minutes plus tard, Lucretia revint vers la brute, lui tendant le panier dans un sourire aussi flamboyant qu’exagéré. Elle était fière de son travail, et rayonnait comme jamais. Soupçonneuse, la mine austère, la gitane s’empara d’un vêtement, et, tendant les bras, le déplia devant elle avant de lâcher un petit cri horrifié.

La robe, car c’en était une, avait auparavant arboré un magnifique rouge écarlate. Désormais, sa teinte semblait avoir subitement fané ; la majorité des tissus avaient été grignotée par un excès de savon ou autre produit abrasif ou s’était nuancée de noir après avoir été trop longuement frottée à la cendre. Et ce n’était pas tout ; Lucretia, emplie de toute la mauvaise fois possible, n’avait toutefois pas rechigné à la tâche. A dire vrai, elle en avait même trop fait. Elle avait passé sa rancœur sur les habits, usant de sa vitesse et de sa force pour les brosser à toute allure, et l’outil avait déchiré çà et là le magnifique tissu. Enfin, lorsqu’il avait fallu sécher les vêtures, Lucretia les avait placées sur une pierre plate et les avait battues si énergiquement que chaque fibre avait fini par être écrasée. La robe, ainsi que le reste du panier, avait si fait été décolorée, déchirée, et déformée. Toujours tout sourire, la Lahmiane haussa les épaules.

« Je vous l’avais bien dit que ce n’était pas très indiqué. »

Et, avant de tourner les talons et de quitter l’endroit avec cette même hauteur qui l’accompagnait parfois, elle jeta aux pieds de la gitane la latte de bois. Ou une partie ; elle avait été brisée en deux à force des coups répétés et bien trop énergiques de la baronne de Bratian. Sifflotant presque innocemment tout en partant, cette dernière ne perçut aucunement les bruits de pas de la gitane dans son dos. Elle demeurait là, sur le perron de sa roulotte, et c’était à son tour que d’avoir les yeux exorbités, quoique pour une durée bien plus longue que ne les avait eus Lucretia.

Mais l’on vint rapidement la trouver une nouvelle fois. La Lahmiane était en train de vaquer tranquillement à ses occupations lorsqu’une autre bonne femme surgit dans son champ de vision, tenant un nouveau panier. Allons donc ; n’apprenaient-elles jamais ? Et à cette nouvelle gitane de lui glisser ledit panier entre les mains. Toutefois, celle-ci avait un ton plus doux, plus poli, et semblait bien moins vivace et agressive que sa comparse de la dernière fois. Elle ne venait également pas pour la même demande ; point de lessive à faire, mais plutôt du reprisage. Mais la vampire n’était toujours pas encline à effectuer ces basses-œuvres qui ne lui correspondaient absolument pas.

« Je vous ai déjà dit que je ne fe… D’accord, très bien », se reprit-elle en réprimant un soupir.

Elle conserva le panier, attrapa les pelotes de fils et les aiguilles que lui tendait la femme, et, d’un pas énergique, lui tourna le dos pour s’installer sur une petite table, à l’ombre d’un grand arbre.
Lucretia était habile de ses mains, preste, et précise, et la couture ne lui était pas si étrangère que cela. Avec un peu de patience et de volonté, nul doute qu’elle eût su faire de grandes broderies. Mais elle en avait totalement décidé autrement.

Elle sortit plusieurs vêtures, repéra les endroits abîmés, et tâcha de les rafistoler. Mais, éternellement armée de sa mauvaise foi et de son manque de volonté flagrant, elle en fit aucun effort pour distinguer les différentes pelotes. Là où le vêtement était en laine, elle usa de simple tissu. Lorsqu’il était en lin, elle le rapiéça de chanvre, lorsqu’il était noir, elle choisit du fil vert. Et elle continua ainsi, redoublant d’ingéniosité pour effectuer le pire travail possible. Puis une idée lui vint ; ne devait-elle pas, ainsi, reboucher les trous ? Elle trouva une tunique, rechercha une manche, et entreprit de clore cette béance par laquelle l’on avait coutume d’y glisser le bras. Elle réitéra son méfait encore une ou deux fois, piochant les vêtements au hasard dans le panier, puis décida qu’elle avait accompli la tâche qu’on lui avait demandée. Bourrant le linge dans le contenant, elle s’en alla trouver la bonne femme, lui remit, avec autant d’énergie que n’en avait eu la première, le panier dans les mains, et tourna les talons. Quelques secondes plus tard, et des cris interloqués se firent entendre, lui arrachant un petit sourire satisfait. Allaient-elles enfin comprendre ?

Non. Alors que les regards mauvais commençaient à peser sur elle tandis qu’elle s’entraînait à l’épée, travaillant sur son jeu de jambes, la fluidité et la précision de ses mouvements, l’on vint une fois de plus la déranger. Apparemment, ès qualités de femme, Lucretia ne devait pas avoir d’autre loisir que les poussières, la garde des chiourmes, ou les lessives, et toute activité masculine était à proscrire. Ce qui l’agaça profondément. Elle qui déployait des trésors de stupidité pour éviter pareil labeur, voilà que ces bonnes femmes rivalisaient avec elle en matière de persévérance.

La troisième femme qui vint la trouver lui fit don d’un lapin mort. Evidemment. La cuisine. Lucretia ne chercha même plus à protester, et, usant de ses plus beaux sourires mielleux, effectua une petite courbette insolente.

« Mais quelle bonne idée. J’y cours ! »

Elle se demanda bien si sa vis-à-vis allait tiquer suite à pareil entrain, alors qu’elle n’avait eu de cesse que de saboter tout travail qui lui avait été confié, mais la mégère la laissa faire, quoique d’un regard sceptique. Lucretia rejoignit la roulotte faisant office de cuisine, et commença ce carnage longuement planifié. Armée d’un long et lourd couteau, elle déchiqueta la bestiole et quelques autres qu’elle trouva à proximité afin d’alimenter son salmigondis. S’il y avait du sel, aliment malgré tout bien rare, elle en versa beaucoup trop. Si elle trouva du poivre, elle fit pareil, et recommença avec les épices et toutes les herbes, sans distinction aucune. Elle broya au hasard les différentes parties de viande, ne se préoccupant pas des tendons, des os, de la tête, des pattes, et autres ligaments que refusait furieusement l’estomac humain, et vida le tout dans le pot commun qui servirait de repas.

Au soir, tout le monde ou presque se retrouva autour du feu de camp, et Lucretia prit place aux côtés de Dokhara. Au beau milieu des conversations, l’on servit le bouillon dans des auges creuses que l’on fit passer de main en main. Un petit mouvement de dégoût vint interpeller une ou deux personnes ; l’on venait de trouver un œil écrasé au beau milieu d’une assiette, mais cela ne causa pas davantage de remous. Lucretia fit un petit signe discret à l’attention de Dokhara ; mieux valait ne pas manger ce qu’il s’y trouvait. Et lorsque l’on porta cette bouillie à hauteur des lèvres, il y eut une série de plusieurs réactions.

Certains ne sentirent rien, et apprécièrent le repas. Sûrement étaient-ils tombés sur des portions comestibles du pot commun que l’on avait mal touillé. Mais les autres, en revanche, affichèrent nombre de grimaces de dégoût aussi bien que de douleur. L’on recracha la viande sur le côté, l’on recueillit entre deux doigts un minuscule os qui s’était fiché dans le palais, et l’on maudit bien volontiers l’incompétente qui avait pu préparer un met aussi infect et salé. Evidemment, les histoires des lessives et de ravaudage ayant fait le tour du campement, l’on ne tarda pas à désigner Lucretia du doigt.

Celle-ci, contrairement à la signification du geste qu’elle avait adressé à Dokhara, mangeait confortablement le contenu de son auge, avec une placide insolence. Elle leva un regard curieux tout autour d’elle, comme si elle venait tout juste de remarquer l’effervescence tempétueuse qui s’agitait autour d’elle. Puis haussa les épaules tout en continuant d’ingurgiter ce repas infâme qu’elle singeait d'apprécier. D’une façon comme d’une autre, si elle le trouvait effectivement dégoûtant, elle n’en avait point besoin pour vivre, et avait appris au fil des années à feindre l’indifférence quand bon lui semblait.

L’on se mit debout, enragea, renversa les coupes, et leva le poing en direction de ladite sorcière qui avait assurément fomenté leur mort.

« Franchement, ce n’est pas faute de vous l’avoir dit, je ne sais pas si bien faire que cela. Et puis, ce n’est pas si mauvais que cela, eh. Votre colère non seulement vous aveugle, mais vous fait également perdre votre goût et votre appétit, mes amis », déclara la Lahmiane, dissimulant un sourire mesquin derrière son bol.

Toutefois, elle se tenait bien prête à réagir au quart de tour si les gitans devenaient trop belliqueux. Mais elle n’en eut pas besoin ; Tsinep interféra en sa faveur, au grand dam de toute la population stryganie. Elle se leva, et, de sa voix calme mais puissante, imposa le silence à tout avant de demander à ce que l’on refît à manger. Etonnée, mais non moins satisfaite de se voir ainsi couverte, Lucretia fit encore davantage étalage de son petit air pédant, allant jusqu’à émettre des petits bruits de succion tout en finissant son bol.

A partir de cet instant, Lucretia fut définitivement libérée de toute corvée, et l’on s’abstint bien de lui demander quoi que ce fût. Désormais affranchie de ces entraves, elle avait tout le loisir de vaquer à ses propres occupations, et passait le temps à rendre visite à Marcus lorsqu’elle ne s’entraînait pas à l’épée. Grand bien lui en fit ; elle eut l’occasion d’assister à son réveil et de le mettre au courant de leur nouvelle situation et de leurs dernières appellations, ce qu’il comprit sans faire de vague. Sans quoi, de temps à autre, l’ancienne baronne de Bratian patrouillait autour du campement, adoptant ce rôle de sentinelle qu’elle avait joué lors des premières semaines de voyage.

La Drakwald se révélait toujours aussi riche de son histoire perdue depuis des décennies. Lorsqu’elle s’aventurait çà et là, la Lahmiane tombait presque à chaque fois nez à nez avec des vestiges oubliés de civilisation. D’autres campements, des hameaux engloutis par la forêt, et d’autres tumulus qui n’étaient pas sans lui rappeler cette nuit où son petit groupe avait dû prendre la fuite. La curiosité la poussait encore et toujours à investir ces lieux anciens et à y découvrir leurs secrets, mais, dernièrement, elle n’avait que trop tiré sur la corde pour risquer de plus graves problèmes auprès des gitans. Aussi se contentait-elle de passer à côté tout en continuant sa route.

Sans quoi rendait-elle également visite à Dokhara lorsque celle-ci n’était pas occupée à ces tâches de servante dont on avait voulu qu’elle s’accommodât. Là encore, elle lui dispensait des cours d’escrime ; elle n’en saurait jamais assez et ne serait jamais assez habile dans un milieu aussi hostile que la Drakwald, et leur futur demeurait encore et toujours inconnu. Les deux jeunes femmes en profitaient aussi pour parler de tout et de rien, planifier leur route, et se raconter les derniers ragots du campement, véritable petit village ambulant.

Car en fin de compte, avec le temps et les journées qui passèrent, si les femmes ne parvenaient plus à supporter Lucretia, les hommes, de leur côté, lui accordaient encore ces genres de regards qui en disaient long sur leur ressentit et ne manquaient pas de provoquer l’ire de leurs femmes. Ce qui, par définition, amusait grandement Lucretia.

La déconvenue de Chavo avait assurément fait elle aussi le tour de la population stryganie, et chacun des hommes était-il ainsi informé. Pourtant, que ce fût par jeu, par défi, ou simplement par espoir d’un nouveau regard ou d’un sourire, certains s’y risquaient encore auprès d’elle. Bien qu’elle passât déjà pour une sorcière, et pire encore lorsqu’elle effectuait ses mouvements martiaux à l’épée, la gent masculine semblait moins rechigner que les femmes à discuter avec elle. Au début, certes, il y eut cette appréhension et ce petit malaise de ne pas savoir comment se comporter en présence de cette femme, mais, lorsque la Lahmiane y mettait du sien et un peu de bonne volonté –pour une fois-, elle devenait soudainement aussi charmante et agréable que la jeune bachelette qu’elle feintait d’être. Elle riait simplement à un trait d’humour salace, bougonnait après un jet de dés particulièrement malchanceux sur lequel même sa stature de sorcière ne pouvait influencer, et s’appliquait avec concentration lors de passes d’armes. Lucretia possédait un naturel curieux et une fulgurance d’esprit qui ne manqua pas d’interloquer plus d’un homme lorsqu’elle ripostait au cours d’un échange de taquineries, et, bonne cavalière qu’elle était, avait à plus d’une reprise mis un gitan à l’amende durant une course improvisée.

Ainsi s’entendait-elle relativement bien, en fin de compte, avec Idriss, même si la glace mit un certain temps avant d’être brisée. Contrairement à nombre de gitans, il ne craignait pas Lucretia, et venait souvent s’asseoir non loin d’elle lors des repas. Les mélodies qu’il jouait à la guitare n’avaient rien à avoir avec les nombreux opéras et orchestres auxquels la Lahmiane avait assisté, mais il s’y dégageait une simplicité sauvage, entraînante, et aussi dépaysante que mélancolique.

Gouri s’était également intéressé à Lucretia. Forgeron de son état, il avait surtout remarqué la lame que la baronne maniait lors de ses séances d’entraînement, et son naturel tempétueux et jovial avait bravé l’appréhension générale véhiculée par ses comparses. Il avait demandé à étudier la lame elfique de l’étrangère, et celle-ci s’était exécutée sans souci aucun. Voyant que Lucretia n’était pas taillée dans le même bois que les autres femmes qu’il avait pu fréquenter, il s’était mis à lui coller de grandes claques dans le dos, la faisant souvent valdinguer. Et oui, cela provoquait un certain indignement du côté de Lucretia ; le gitan avait souvent les mains noires, et laissait de larges empreintes fuligineuses sur sa vêture.

Elle apprit également à connaître Vingor, l’époux de Tsinep. Celui-ci demeurait muré dans le silence, sans jamais parler ni laisser paraître la moindre expression, à tel point que Lucretia se demanda s’il n’était tout simplement pas muet. Mais son mutisme s’avéra à plus d’une reprise bienvenue, loin du tumulte braillard des gitans, et la Lahmiane à l’ouïe plus qu’affûtée apprécia la quiétude qui l’entourait. Elle le croisait à chaque fois qu’elle s’en allait patrouiller autour du campement ou qu’il fallait partir en expédition un peu plus loin que prévu afin de ramener de l’eau en provenance d’une source éloignée. Et avec lui ne tarda pas à survenir Arçil, bien moins excentrique et bien plus discret que ne l’était Chavo. Plus gauche, à sa manière, également, et Lucretia n’hésita pas à le faire rougir à plus d’une reprise en lui racontant les discussions de temps à autre bien osées que pouvaient avoir les femmes gitanes sur les hommes du campement.

Quant aux autres, la baronne de Bratian ne se faisait pas prier pour se confronter directement à Karan, un des quelques hommes qui paraissaient de pas pouvoir la supporter, et s’amusa à jouer plus d’un tour à Bubba le voyeur en lui accrochant sa canne à la cime d’un arbre. Elle participa à l’enterrement des effets personnels de feu Hans, le palefrenier, et ignorait délibérément et de façon ostentatoire Chavo, qui semblait faire de même à son égard. Quoiqu’elle surprît certaines de ses œillades dans sa direction à plus d’une reprise.

« Il nous convoite, souffla-t-elle un jour à l’oreille de Dokhara. Et surtout vous, désormais, maintenant que je l’ai éconduit. »

Elle se rapprocha d’elle, dans son dos, tandis que toutes deux avaient le regard rivé sur le jeune homme, à l’autre bout du campement. Les mains de Lucretia ceinturèrent la taille de son amante, et ses doigts se glissèrent sous sa tunique, remontant imperceptiblement le long de sa peau.

« Je n’ai pas coutume que de vous donner des ordres, mais, pour une fois, je ferai exception à la règle. Pas question que vous vous soumettiez à lui. Ou que vous le soumettiez, lui. Et oui, je sais parfaitement ce que vous demanderez en échange », termina-t-elle en lui mordillant le lobe de l’oreille, joueuse, avant de tourner les talons.

La journée, le convoi se mettait en branle, et les roulottes aux formes aussi diverses et variées que loufoques se suivaient les unes les autres sur les sentiers battus de la Drakwald. Afin d’assurer une certaine sécurité, les gitans marchaient de part et d’autre des véhicules tirés par les percherons, et gardaient un œil alerte sur les sous-bois profonds. Mais il ne s’agissait pas uniquement que de précaution. Non, le confort jouait également. Même s’il était facile d’imaginer un trajet paisible et paresseux passé à dormir à l’intérieur d’une roulotte, les chemins se révélaient si traîtreux qu’ils en donnaient le mal de mer une fois enfermé entre quatre murs. Les nids-de-poule rivalisaient de fourberie avec les racines ancestrales pour vous tordre la cheville, les crevasses et les arrêtes saillantes des pierres menaçaient de fendre les sabots ferrés des montures, et toute la forêt semblait s’opiniâtrer à briser coûte que coûte les roues des chariots.

Car si ces gitans s’appelaient les Khilis, soit les Enfants de la Forêt, et que cette dernière ne leur faisait courir aucun grave danger, elle troquait sa mansuétude contre une foultitude de tracas quotidiens. Tsinep et ses baumes étaient souvent hélés pour soigner la blessure bénigne mais incompréhensible d’un enfant, son mari l’était tout autant pour s’occuper d’un cheval soudainement pris de frénésie, et Idriss venait autant de fois accompagné de Gouri pour changer une roue subitement déformée.

Les striganis, aussi libres que le vent, n’hésitaient pas à faire halte en des lieux qui n’avaient pas autre avantage que celui de particulièrement leur plaire. Pour des raisons inexpliquées, il arrivait qu’ils s’arrêtassent dans une clairière, sur un coup de tête, pendant plusieurs jours, ce qui ralentissait fortement la progression de Lucretia et Dokhara sur le Kislev. Toutefois, les deux jeunes femmes, ou tout du moins la Lahmiane, n’en prenaient pas ombrage. Elle apprenait à vivre selon le rythme des gitans qui l’entouraient, quand bien même certains la regardaient toujours de travers. Elle prenait ses marques et ses repères, créait des liens comme des tensions, et vivotait quiètement au beau milieu de ce vivier d’étrangers. En fin de compte, cela ne l'importunait pas tant qu’elle était assurée d’approcher lentement mais sûrement de ce pays tant convoité. Il était certain, ou presque, que personne ne viendrait de toute manière la déranger céans même, perdue qu’elle était en terre hostile.

Par ailleurs, certaines de leur halte se firent dans des endroits magnifiques, dissimulés aux hommes par l’atmosphère sombre et dangereuse de l’épaisse forêt. Les sources chaudes au nord de Vodf furent l’un de ces endroits, tout autant qu’un très bon souvenir pour Lucretia. Là-bas, baignant au beau milieu d’une brume mystique, plusieurs bassins avaient naturellement été creusés dans la roche que venaient alimenter des geysers souterrains. Il s’agissait très certainement d’un lieu très attendu et fréquenté des stryganis ; à peine avait-on commencé à s’approcher de l’endroit et à reconnaître le paysage qu’ils s’y pressèrent subitement, manquant de lâcher toutes leurs affaires sur place pour plonger dans l’eau chaude.

Pourtant, avec cette discipline qui était la leur, ils s’arrêtèrent au dernier moment, et montèrent le campement. La Drakwald ne dormait jamais, et nul n’était à l’abri d’une mortelle foucade de sa part, pas même les Enfants de la Forêt. Si des tours furent organisés dans un premier temps, les gitans abandonnèrent rapidement ces derniers pour y aller quand bon leur semblait, tant que le travail avait été abattu et que l’on respectait la partie homme de la partie femme. Lucretia, revenant d’une patrouille qui n’avait, une fois de plus, rien donné, veilla bien à dérober la canne de Bubba et à la jeter à l’opposé du campement avant de se glisser au beau milieu de ce terrain volcanique.

La vampire se mit en quête de Dokhara, qu’elle trouva sans mal dans un de ces bassins environnés de vapeur. Adossée contre un rebord, la tête renversée en arrière, elle paraissait dormir, absorbée par les bouillonnements de l’eau et les doux clapotis qui en résultaient. Silencieuse comme une ombre, la Lahmiane se positionna à genou derrière elle avant de doucement glisser ses mains sur ses épaules. Sans rien dire, elle se mit à la masser avec lenteur mais fermeté, recueillant parfois de sa dextre en coupe cette ondée fiévreuse qu’elle faisait couler en un mince filet sur sa poitrine. De temps à autre, ses doigts se mêlaient à sa chevelure humide, pressant doucement son cuir chevelu de l’extrémité de ses phalanges en de longs cercles concentriques, avant d’appuyer de la base de ses pouces sur la nuque de la jeune femme, et de revenir à ses clavicules.

« La température de l’eau me monte à la tête, lui souffla Lucretia. Et c’est sans compter votre corps constellé de gouttelettes scintillantes, continua-t-elle en se glissant dans l’eau et en cueillant de ses lèvres les perles ruisselantes sur sa peau. Et cette brume vaporeuse qui nous isole en nous coupant du monde, ne laissant ici que vous et moi… »

Elle ne tarda pas à se glisser dans l’eau que pour mieux embrasser sa consœur avec un désir sans cesse croissant, effleurant ses courbes et ses formes pour lui prodiguer la même passion qui l’animait. Connaissant les envies de Dokhara, elle n’hésita pas à jouer avec elle, usant de sa puissance pour lui bloquer à plus d’une reprise les poignets contre ses hanches, à forcer le passage jusqu’à son cou pour lui mordiller la carotide, ou à la maintenir serrée contre elle. Puis ses lèvres quittèrent le creux de son épaule pour descendre petit à petit, de la naissance de sa poitrine au-dessous de ses seins, avant de s’arrêter au niveau du nombril.

« J’aurai perpétuellement un avantage sur vous. Je peux retenir ma respiration à l’infini, y compris au beau milieu d’une source d’eau chaude. »

Et elle disparut sous la surface.
Modifié en dernier par [MJ] Le Grand Duc le 17 sept. 2018, 22:18, modifié 1 fois.
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FOR 16 / END 14 / HAB 17 / CHAR 18 / INT 17 / INI 19* / ATT 17 / PAR 13 / TIR 11 / MAG 17 / NA 4 / PV 134/140
Ma Fiche
Objets particuliers:
- * Anneau Nowelleux (+1 INI)
- Amulette (relance d'un EC: 2/3 utilisations disponibles)

Compétences acquises (lvl 1):
- Diplomatie
- Éloquence
- Séduction
- Érudition
- Intimidation
- Alphabétisation
- Sens Accrus
- Vision nocturne
- Connaissance des démons
- Comédie
- Force accrue
- Esquive
- Monte - chevaux
- Coup précis lvl 3
- Arme de prédilection - épée à une main
- Escalade
- Coriace
- Chance
- Sens de la Magie
- Conscience de la Magie
- Maîtrise de l'Aethyr - niveau 2
- Etiquette
- Intrigue de cour
- Littérature
- Réflexes éclairs
- Linguistique

Dons du Sang:
- Défi de l'Aube
- Innocence Perdue
- Domination
- Ame Profane
- Forme de Familier : Corneille
- Régénération Impie
- Sang argenté
- Sang vif

Escorte :
- 10 hommes d'armes
- un carrosse tiré par quatre chevaux
- Hans le cocher
- Marcus le capitaine de la garde
- Une petite bestiole attachante nommée Dokhara.

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