[RP libre] Etudes, expérimentations et apprentissage
Posté : 12 mars 2016, 04:15
Le collège de magie doré d'Altdorf, l'un des plus beaux bâtiments de la capital. Les mages de ce vent de magie ont toujours prospéré dans l'Empire, amassant des richesses folles grâce à leur commerce avec les nombreux demandeurs de potions aux effets légendaires et aux objets enchantés. C'est ainsi que le collège devint le plus riche et le plus convoité d'entre tous, justifié par le règne du magister patriarche, Balthasar Gelt.
C'est entre ces murs abondamment décorés et abritant une infinité de grimoires anciens que Sholto continuait son apprentissage. Quand il n'était pas dans le laboratoire de son maître pour l'assister dans ses expériences et s'instruire, le compagnon sorcier se promenait dans les couloirs du collège en contemplant avec délice la demeure.
Leistus prenait toujours le temps d'aller s'informer du travail de ses confrères en leur rendant directement visite et en leur proposant son assistance. Il fonctionnait toujours ainsi, sympathique et serviable pour se faire apprécier de tous et s'assurer que les services qu'il apportait lui seraient rendus un jour.
Son nom était connu dans tout le collège de magie, non pas par ses exploits scientifiques, mais par sa capacité à se lier d'amitié avec quiconque. Même les magisters, qui n'ont généralement que peu d'estime pour les sorciers dans leurs débuts, se plaisent à converser avec le petit magicien d'or, répondant à ses nombreuses question et l'informant de certains des projets en cours du collège.
Sholto n'agissait pas par pure bonté d'âme, loin de là. Tout comme chacun des hommes ayant été influencé par le vent de Chamon, il couvait un esprit pragmatique et terriblement rationnel. Il comprenait bien que la vie ne carburait pas qu'à la charité et la bonne intention. Il veillait toujours à nourrir ses propres intérêts, ses assistances et bonnes paroles servant d'investissement à long terme qui finirait par payer. C'est ainsi que, grâce à son élocution, sa dévotion, mais aussi ses manipulations, le magicien jaune se créa un important réseau d'information au sein même du collège.
Certains de ses collègues l'avaient même amicalement surnommé Araneus, en hommage à l'araignée Epeire Diadème (au physique boudiné...) qui tisse une toile munie de fils avertisseurs. Ces derniers l'informent des mouvements aux alentours et la venue de ses futures proies. Cette appellation lui était devenue presque autant familière que celle de Petit Magicien d'Or, prononcée uniquement par sa tendre mère.
Leistus revenait justement de sa visite après de sa mère. Il lui avait offert un nouveau parfum et autres odorisants uniques fabriqués par ses soins. L'alchimiste se rendait à l'atelier de son maître, Lazarus Feldmann, un magister très expérimenté qui s'était profondément lié d'amitié avec son élève lors de son apprentissage. Sur le chemin, Sholto croisa Bominus Dalfort, un maître sorcier, ainsi que son tout nouvel apprenti, un incapable du nom de Liro Marthus.
Sholto les salua de la main et vint à leur rencontre. Le visage bourru et fermé de Dalfort s'illumina, tandis que celui de Liro se renfrogna.
Maître Dalfort! Quel plaisir de vous voir! Et vous aussi, Marthis... euh, Marthos, c'est bien ça?
Le maître sorcier posa un regard accusateur sur son apprenti.
Marthus, cette plaie béante et handicapante s'appelle Marthus, je crois bien.
Leistus balaya le sujet d'un geste de la main et oublia (totalement) le jeune apprenti.
Je voulais vous parler de notre dernière conversation au sujet de ce projet fantastique sur lequel vous travaillez : la potion sans rêve, vous vous souvenez?
Bien sûr, Leistus! Cette satanée expérience me pose toujours les mêmes soucis : le sommeil est trop léger, si bien que le patient se réveille au premier pet de mouche!
Sholto rit chaleureusement, disant parfaitement pour qu'il ne paraisse ni forcé, ni trop discret. Liro, quand à lui, s'esclaffa tel un homme en pleine crise de torture. Sholto et Dalfort s’interrompirent et le maître posa un regard assassin sur son apprenti.
Hum, bref. Ce point m'avait intrigué et je suis donc allé me renseigner dans les archives du collège. J'y ai trouvé une information intéressante : l'eau de nuit et ses capacités, une fois correctement traitée, à assombrir une grande surface autour d'elle. Mélangée à votre potion du sommeil, à petite dose, évidemment, elle devrait plonger la conscience du patient dans une obscurité totale brouillant ainsi même les plus terribles des cauchemars.
Cependant, cette obscurité pourrait paraître oppressante pour certains. Je me demandais donc si le rajout parfaitement dosé d'un diluant d'une couleur quelconque, mélangé à des larmes d'un nouveau né, dont nous connaissons tout deux les effets qu'elles produisent, permettraient d'amoindrir cette obscurité. Le dormeur pourrait ainsi sommeiller sans rêve, flottant simplement dans un environnement légèrement coloré.
Le maître écouta les paroles de Sholto et afficha un sourire de satisfaction après une seconde de réflexion.
C'est évidemment, comment n'y ai-je pas pensé plus tôt. Il me faudra rajouter de la poudre de lembas pour stabiliser le tout et rendre le mélange sans danger. Sholto Leistus, vous êtes une perle rare! Feldmann est bien chanceux de vous avoir comme disciple!
Il posa sa main contre le coin de sa bouche comme pour cacher ses paroles à son apprenti, mais prit cependant soin de murmurer assez fort pour que ce dernier entende :
Tout le monde n'a pas eu cette chance...
Leistus rit doucement.
Et bien Sholto, je m'en vais tester cela de ce pas! Sachez que j'ai bonne mémoire et que je n'oublie jamais un service rendu.
Araneus le salua puis continua son chemin. En croisant il lança un sourire satisfait à l'apprenti qui le regardait d'un air mauvais.
De tous les services qu'il rendait, c'était ceux qu'il préférait : collecter des informations pour les autres. Animé d'une soif de savoir intarissable, le compagnon sorcier apprenait ainsi beaucoup de ses escapades entre les bibliothèques de l'académie. De plus, il étudiait le sujet demandé en détail et s'étalait bien souvent sur d'autres domaines affiliés. Par exemple, lors de ses recherches pour maître Dalfort, il avait beaucoup appris sur toutes les sortes de concoctions en rapport avec le sommeil, mais aussi sur la neuroscience. Il était à présent capable de fabriquer de la poudre de torpeur, des philtres du cauchemar, ou encore, plus intéressant, une potion de prémonition. Cette dernière favorisait les rêves prémonitoires et les rendait plus facilement interprétables.
Sholto se rendit ensuite dans le laboratoire de son maître et le trouva, équipé d'un tablier, de gants épais et de ses lunettes de protection, en train de manipuler des fioles fumantes. Tout mage doré, qu'il soit apprenti ou magister, se plaisait à revêtir des vêtements raffinés et richement décorés, rappelant leur appartenance au collège doré. Cependant, lorsqu'ils sont dans leur atelier, le pratique remplace l'esthétique, comme le prouvait Lazarus en cet instant.
Leistus se délecta des odeurs qui émanait des différentes concoctions du laboratoire, puis il pénétra dans la pièce. Feldmann l'entendit et, sans tourner la tête, s'exclama :
Leistus! Vous tombez à pique!
Il versa trois goute d'une fiole dans un épais bol dans lequel une mixture bleuâtre fermentait. Le mélange entra soudain en ébullition et une explosion de fumée remplit la pièce, brouillant totalement la vue de Sholto. Le nuage nauséabond se dissipa en quelques seconde et le compagnon sorcier découvrit son maître juste en face de lui, le bol entre les mains et affichant un sourire fou.
Allez-y, buvez!
Sholto posa un regard sur le mélange en ébullition. Les bulles semblaient témoigner d'un liquide bouillant et corrosif.
Mais je...
Feldmann fourra le bol dans la bouche de son disciple et le leva pour le forcer à boire
Allez, allez, ce n'est pas chaud!
Leistus avala malgré lui, manquant de recraché la concoction à plusieurs reprises. En effet, elle n'était pas chaude, mais elle était aussi lui d'être bonne! Lorsqu'il eut bu tout le breuvage, le mage jaune toussa puis regarda son maître. Deux secondes s'écoulèrent et la potion fit son effet.
Sholto regardait Lazarus droit dans les yeux. Il finit par remarque que ce dernier ne bougeait plus d'un millimètre, figé avec son expression de savant fou en attente de résultat. Leistus voulut baisser légèrement les yeux pour regarder le sourire ébahi de son maître mais n'y parvint pas. Il était totalement paralysé, tout comme Feldmann et le monde autour de lui! Araneus remarqua même du coin de l’œil que les bulles des concoctions en ébullition restaient immobiles dans les airs! Le temps s'était arrêté, bien que sa perception des choses restait aussi vive qu'avant.
Sholto finit par se rendre compte que ses propres yeux bougeaient très lentement. C'est après une trentaine de secondes qu'il put enfin fixer la bouche de son maître. Le temps n'était pas figé, il était terriblement ralenti, ou plutôt les sens de perception de Leistus s'étaient développés au point de capter les millisecondes! Ainsi, le simple mouvement des yeux prenait une éternité car, bien évidemment, le corps ne pouvait pas suivre.
Très lentement, le cobaye posa son regard sur les bulles qui miroitaient dans un coin de la pièce et ce qu'il voulait voir arriva : l'une des sphères éclata sous ses yeux, offrant un spectacle d'une splendeur indescriptible. La bulle prit tout son temps et se divisa en un millier d'étincelles à la propagation parfaitement symétrique.
Sholto entendait un son constant, stable mais multiple, toutes les ondes sonores arrivant si lentement à ses oreilles qu'un simple "tic" était infini. Leistus découvrait une nouvelle forme de sonorité, une mélodie impraticable, unique, harmonieuse, inexplicable.
L'effet de la potion s'estompa petit à petit, la vie reprenant lentement dans ce magnifique tableau qui s'affichait devant Leistus. Ses yeux reprirent leur vitesse, les sons s'éteignirent pour laisser place à d'autres et les formes commencèrent à s'animer. Après une dizaine de secondes, Sholto était de retour dans la réalité.
Alors?
Le compagnon sorcier avait bien du mal à retrouver ses marques après une expérience aussi forte. Il n'arriva tout d'abord pas à articuler la moindre syllabe, puis finit par sortir un simple mot.
Indescriptible!
Feldmann afficha un large sourire de satisfaction, son expérience était une totale réussite.
Dévoré par la curiosité, Leistus ne sut quelle question poser en premier. Quels ingrédient? Quelles recherches? Quels dosages? Lazarus diffusait une énorme, mais chaleureuse, autosatisfaction. Il était fatigué après ses heures de travail et alla s'asseoir avec son apprenti. Il parlèrent des heures durant, Feldmann expliquant comment il était venu à créer un tel breuvage et Leistus posant toujours plus de question.
Certes, le maître expliqua à son disciple la fabrication du breuvage, mais il prenait pas beaucoup de risques en dévoilant ainsi sa recette. En effet, Sholto de comprenait presque rien de la préparation qui regroupait des concepts alchimiques dont il n'avait jamais entendu parler. De plus, les manipulations demandaient un tel niveau d'expertise et d'habileté qu'il serait même incapable de faire les préparatifs.
Cela faisait deux ans que Lazarus travaillait en parallèle sur ce projet dans le plus grand secret, expérimentant ses premiers essais sur des orques ou des gobelins capturés. Les premiers tests avaient été catastrophiques, les cobayes finissant fou ou l'esprit totalement anéanti. Il raconta à son disciple qu'une fois, les effets de la potion s'étaient étendus jusqu'au système nerveux. L'orque massif tentant de se mouvoir dans cette phase de temps en suspend, s'était retrouvé habité de spasmes imperceptibles à l’œil nu. Ses muscles, ses os et sa chair n'avaient pas pu supporter de tels mouvements, certes minuscules, mais terriblement brusques, et ils avaient été réduis en bouillie.
A présent que la potion fonctionnait, Feldmann avait l'intention de déposer un brevet. C'était, pour l'instant, sa plus belle création et le collège se souviendrait de son nom grâce à elle.
Vous rendez-vous comptes, Sholto? Cette potion pourra nous permettre de capter des phénomènes se produisant dans un laps de temps d'une milliseconde! Couplé avec une conscience de la magie, les humeurs aethyriques pourraient être étudiées de manière chirurgicales et nous pourrions encore mieux comprendre leur fonctionnement!
Bien que Leistus n'avait pas comprit grand chose de comment créer ce breuvage, il savait cependant que ce dernier ne pourrait pas être fabriqué par n'importe qui et que la moindre fiole prendrait un temps fou à concevoir.
Le visage de Lazarus s'assombrit soudainement.
Je pense aussi avoir mis au point, selon moi, le pire objet de torture qui ait jamais existé. Voyez -vous, il me suffit d'augmenter les dosages pour en booster radicalement les effets. Imaginez ce que vous avez ressenti, multiplié par mille! Des années entières s'écouleraient sans que la victime ne puisse cligner des yeux! Une seconde devenant un siècle durant lequel il est impossible de mourir, de bouger, de parler! Seulement fixer un seul et même point, immobile, tout comme le monde qui nous entoure.
J'en tremble rien que d'y penser! Je ne souhaiterais pas cela à mon pire ennemi.
Les deux hommes restèrent silencieux quelques instants. Sholto s'imagina à son tour subir une telle torture, il préférait subir les tortures de tous les dieux du chaos réunis plutôt que de finir ainsi, l'esprit totalement balayé, les souvenirs de la seconde précédente oubliés.
Le maître se ressaisit soudain et tapa dans ses mains pour sortir son disciple de sa réflexion.
Bien! Sholto, il est temps de se remettre au travail! Nous allons exercer votre maîtrise du vent de Chamon. Vous avez répété le sort que je vous ai demandé d'apprendre?
Bien sûr, maître. Le serviteur de Métal qui permet d'animer un compagnon à partir d'un amas de métal.
Ce sort est loin d'être aussi simple que les premiers que je vous ai appris. Je ne m'attends pas à ce que vous réussissiez du premier coup.
Sans rien dire, le compagnon sorcier s'approcha d'un amas de ferraille prévu à cet effet. Il leva ses mains au niveau de la taille et commença à prononcer l'incantation.
C'est entre ces murs abondamment décorés et abritant une infinité de grimoires anciens que Sholto continuait son apprentissage. Quand il n'était pas dans le laboratoire de son maître pour l'assister dans ses expériences et s'instruire, le compagnon sorcier se promenait dans les couloirs du collège en contemplant avec délice la demeure.
Leistus prenait toujours le temps d'aller s'informer du travail de ses confrères en leur rendant directement visite et en leur proposant son assistance. Il fonctionnait toujours ainsi, sympathique et serviable pour se faire apprécier de tous et s'assurer que les services qu'il apportait lui seraient rendus un jour.
Son nom était connu dans tout le collège de magie, non pas par ses exploits scientifiques, mais par sa capacité à se lier d'amitié avec quiconque. Même les magisters, qui n'ont généralement que peu d'estime pour les sorciers dans leurs débuts, se plaisent à converser avec le petit magicien d'or, répondant à ses nombreuses question et l'informant de certains des projets en cours du collège.
Sholto n'agissait pas par pure bonté d'âme, loin de là. Tout comme chacun des hommes ayant été influencé par le vent de Chamon, il couvait un esprit pragmatique et terriblement rationnel. Il comprenait bien que la vie ne carburait pas qu'à la charité et la bonne intention. Il veillait toujours à nourrir ses propres intérêts, ses assistances et bonnes paroles servant d'investissement à long terme qui finirait par payer. C'est ainsi que, grâce à son élocution, sa dévotion, mais aussi ses manipulations, le magicien jaune se créa un important réseau d'information au sein même du collège.
Certains de ses collègues l'avaient même amicalement surnommé Araneus, en hommage à l'araignée Epeire Diadème (au physique boudiné...) qui tisse une toile munie de fils avertisseurs. Ces derniers l'informent des mouvements aux alentours et la venue de ses futures proies. Cette appellation lui était devenue presque autant familière que celle de Petit Magicien d'Or, prononcée uniquement par sa tendre mère.
Leistus revenait justement de sa visite après de sa mère. Il lui avait offert un nouveau parfum et autres odorisants uniques fabriqués par ses soins. L'alchimiste se rendait à l'atelier de son maître, Lazarus Feldmann, un magister très expérimenté qui s'était profondément lié d'amitié avec son élève lors de son apprentissage. Sur le chemin, Sholto croisa Bominus Dalfort, un maître sorcier, ainsi que son tout nouvel apprenti, un incapable du nom de Liro Marthus.
Sholto les salua de la main et vint à leur rencontre. Le visage bourru et fermé de Dalfort s'illumina, tandis que celui de Liro se renfrogna.
Maître Dalfort! Quel plaisir de vous voir! Et vous aussi, Marthis... euh, Marthos, c'est bien ça?
Le maître sorcier posa un regard accusateur sur son apprenti.
Marthus, cette plaie béante et handicapante s'appelle Marthus, je crois bien.
Leistus balaya le sujet d'un geste de la main et oublia (totalement) le jeune apprenti.
Je voulais vous parler de notre dernière conversation au sujet de ce projet fantastique sur lequel vous travaillez : la potion sans rêve, vous vous souvenez?
Bien sûr, Leistus! Cette satanée expérience me pose toujours les mêmes soucis : le sommeil est trop léger, si bien que le patient se réveille au premier pet de mouche!
Sholto rit chaleureusement, disant parfaitement pour qu'il ne paraisse ni forcé, ni trop discret. Liro, quand à lui, s'esclaffa tel un homme en pleine crise de torture. Sholto et Dalfort s’interrompirent et le maître posa un regard assassin sur son apprenti.
Hum, bref. Ce point m'avait intrigué et je suis donc allé me renseigner dans les archives du collège. J'y ai trouvé une information intéressante : l'eau de nuit et ses capacités, une fois correctement traitée, à assombrir une grande surface autour d'elle. Mélangée à votre potion du sommeil, à petite dose, évidemment, elle devrait plonger la conscience du patient dans une obscurité totale brouillant ainsi même les plus terribles des cauchemars.
Cependant, cette obscurité pourrait paraître oppressante pour certains. Je me demandais donc si le rajout parfaitement dosé d'un diluant d'une couleur quelconque, mélangé à des larmes d'un nouveau né, dont nous connaissons tout deux les effets qu'elles produisent, permettraient d'amoindrir cette obscurité. Le dormeur pourrait ainsi sommeiller sans rêve, flottant simplement dans un environnement légèrement coloré.
Le maître écouta les paroles de Sholto et afficha un sourire de satisfaction après une seconde de réflexion.
C'est évidemment, comment n'y ai-je pas pensé plus tôt. Il me faudra rajouter de la poudre de lembas pour stabiliser le tout et rendre le mélange sans danger. Sholto Leistus, vous êtes une perle rare! Feldmann est bien chanceux de vous avoir comme disciple!
Il posa sa main contre le coin de sa bouche comme pour cacher ses paroles à son apprenti, mais prit cependant soin de murmurer assez fort pour que ce dernier entende :
Tout le monde n'a pas eu cette chance...
Leistus rit doucement.
Et bien Sholto, je m'en vais tester cela de ce pas! Sachez que j'ai bonne mémoire et que je n'oublie jamais un service rendu.
Araneus le salua puis continua son chemin. En croisant il lança un sourire satisfait à l'apprenti qui le regardait d'un air mauvais.
De tous les services qu'il rendait, c'était ceux qu'il préférait : collecter des informations pour les autres. Animé d'une soif de savoir intarissable, le compagnon sorcier apprenait ainsi beaucoup de ses escapades entre les bibliothèques de l'académie. De plus, il étudiait le sujet demandé en détail et s'étalait bien souvent sur d'autres domaines affiliés. Par exemple, lors de ses recherches pour maître Dalfort, il avait beaucoup appris sur toutes les sortes de concoctions en rapport avec le sommeil, mais aussi sur la neuroscience. Il était à présent capable de fabriquer de la poudre de torpeur, des philtres du cauchemar, ou encore, plus intéressant, une potion de prémonition. Cette dernière favorisait les rêves prémonitoires et les rendait plus facilement interprétables.
Sholto se rendit ensuite dans le laboratoire de son maître et le trouva, équipé d'un tablier, de gants épais et de ses lunettes de protection, en train de manipuler des fioles fumantes. Tout mage doré, qu'il soit apprenti ou magister, se plaisait à revêtir des vêtements raffinés et richement décorés, rappelant leur appartenance au collège doré. Cependant, lorsqu'ils sont dans leur atelier, le pratique remplace l'esthétique, comme le prouvait Lazarus en cet instant.
Leistus se délecta des odeurs qui émanait des différentes concoctions du laboratoire, puis il pénétra dans la pièce. Feldmann l'entendit et, sans tourner la tête, s'exclama :
Leistus! Vous tombez à pique!
Il versa trois goute d'une fiole dans un épais bol dans lequel une mixture bleuâtre fermentait. Le mélange entra soudain en ébullition et une explosion de fumée remplit la pièce, brouillant totalement la vue de Sholto. Le nuage nauséabond se dissipa en quelques seconde et le compagnon sorcier découvrit son maître juste en face de lui, le bol entre les mains et affichant un sourire fou.
Allez-y, buvez!
Sholto posa un regard sur le mélange en ébullition. Les bulles semblaient témoigner d'un liquide bouillant et corrosif.
Mais je...
Feldmann fourra le bol dans la bouche de son disciple et le leva pour le forcer à boire
Allez, allez, ce n'est pas chaud!
Leistus avala malgré lui, manquant de recraché la concoction à plusieurs reprises. En effet, elle n'était pas chaude, mais elle était aussi lui d'être bonne! Lorsqu'il eut bu tout le breuvage, le mage jaune toussa puis regarda son maître. Deux secondes s'écoulèrent et la potion fit son effet.
Sholto regardait Lazarus droit dans les yeux. Il finit par remarque que ce dernier ne bougeait plus d'un millimètre, figé avec son expression de savant fou en attente de résultat. Leistus voulut baisser légèrement les yeux pour regarder le sourire ébahi de son maître mais n'y parvint pas. Il était totalement paralysé, tout comme Feldmann et le monde autour de lui! Araneus remarqua même du coin de l’œil que les bulles des concoctions en ébullition restaient immobiles dans les airs! Le temps s'était arrêté, bien que sa perception des choses restait aussi vive qu'avant.
Sholto finit par se rendre compte que ses propres yeux bougeaient très lentement. C'est après une trentaine de secondes qu'il put enfin fixer la bouche de son maître. Le temps n'était pas figé, il était terriblement ralenti, ou plutôt les sens de perception de Leistus s'étaient développés au point de capter les millisecondes! Ainsi, le simple mouvement des yeux prenait une éternité car, bien évidemment, le corps ne pouvait pas suivre.
Très lentement, le cobaye posa son regard sur les bulles qui miroitaient dans un coin de la pièce et ce qu'il voulait voir arriva : l'une des sphères éclata sous ses yeux, offrant un spectacle d'une splendeur indescriptible. La bulle prit tout son temps et se divisa en un millier d'étincelles à la propagation parfaitement symétrique.
Sholto entendait un son constant, stable mais multiple, toutes les ondes sonores arrivant si lentement à ses oreilles qu'un simple "tic" était infini. Leistus découvrait une nouvelle forme de sonorité, une mélodie impraticable, unique, harmonieuse, inexplicable.
L'effet de la potion s'estompa petit à petit, la vie reprenant lentement dans ce magnifique tableau qui s'affichait devant Leistus. Ses yeux reprirent leur vitesse, les sons s'éteignirent pour laisser place à d'autres et les formes commencèrent à s'animer. Après une dizaine de secondes, Sholto était de retour dans la réalité.
Alors?
Le compagnon sorcier avait bien du mal à retrouver ses marques après une expérience aussi forte. Il n'arriva tout d'abord pas à articuler la moindre syllabe, puis finit par sortir un simple mot.
Indescriptible!
Feldmann afficha un large sourire de satisfaction, son expérience était une totale réussite.
Dévoré par la curiosité, Leistus ne sut quelle question poser en premier. Quels ingrédient? Quelles recherches? Quels dosages? Lazarus diffusait une énorme, mais chaleureuse, autosatisfaction. Il était fatigué après ses heures de travail et alla s'asseoir avec son apprenti. Il parlèrent des heures durant, Feldmann expliquant comment il était venu à créer un tel breuvage et Leistus posant toujours plus de question.
Certes, le maître expliqua à son disciple la fabrication du breuvage, mais il prenait pas beaucoup de risques en dévoilant ainsi sa recette. En effet, Sholto de comprenait presque rien de la préparation qui regroupait des concepts alchimiques dont il n'avait jamais entendu parler. De plus, les manipulations demandaient un tel niveau d'expertise et d'habileté qu'il serait même incapable de faire les préparatifs.
Cela faisait deux ans que Lazarus travaillait en parallèle sur ce projet dans le plus grand secret, expérimentant ses premiers essais sur des orques ou des gobelins capturés. Les premiers tests avaient été catastrophiques, les cobayes finissant fou ou l'esprit totalement anéanti. Il raconta à son disciple qu'une fois, les effets de la potion s'étaient étendus jusqu'au système nerveux. L'orque massif tentant de se mouvoir dans cette phase de temps en suspend, s'était retrouvé habité de spasmes imperceptibles à l’œil nu. Ses muscles, ses os et sa chair n'avaient pas pu supporter de tels mouvements, certes minuscules, mais terriblement brusques, et ils avaient été réduis en bouillie.
A présent que la potion fonctionnait, Feldmann avait l'intention de déposer un brevet. C'était, pour l'instant, sa plus belle création et le collège se souviendrait de son nom grâce à elle.
Vous rendez-vous comptes, Sholto? Cette potion pourra nous permettre de capter des phénomènes se produisant dans un laps de temps d'une milliseconde! Couplé avec une conscience de la magie, les humeurs aethyriques pourraient être étudiées de manière chirurgicales et nous pourrions encore mieux comprendre leur fonctionnement!
Bien que Leistus n'avait pas comprit grand chose de comment créer ce breuvage, il savait cependant que ce dernier ne pourrait pas être fabriqué par n'importe qui et que la moindre fiole prendrait un temps fou à concevoir.
Le visage de Lazarus s'assombrit soudainement.
Je pense aussi avoir mis au point, selon moi, le pire objet de torture qui ait jamais existé. Voyez -vous, il me suffit d'augmenter les dosages pour en booster radicalement les effets. Imaginez ce que vous avez ressenti, multiplié par mille! Des années entières s'écouleraient sans que la victime ne puisse cligner des yeux! Une seconde devenant un siècle durant lequel il est impossible de mourir, de bouger, de parler! Seulement fixer un seul et même point, immobile, tout comme le monde qui nous entoure.
J'en tremble rien que d'y penser! Je ne souhaiterais pas cela à mon pire ennemi.
Les deux hommes restèrent silencieux quelques instants. Sholto s'imagina à son tour subir une telle torture, il préférait subir les tortures de tous les dieux du chaos réunis plutôt que de finir ainsi, l'esprit totalement balayé, les souvenirs de la seconde précédente oubliés.
Le maître se ressaisit soudain et tapa dans ses mains pour sortir son disciple de sa réflexion.
Bien! Sholto, il est temps de se remettre au travail! Nous allons exercer votre maîtrise du vent de Chamon. Vous avez répété le sort que je vous ai demandé d'apprendre?
Bien sûr, maître. Le serviteur de Métal qui permet d'animer un compagnon à partir d'un amas de métal.
Ce sort est loin d'être aussi simple que les premiers que je vous ai appris. Je ne m'attends pas à ce que vous réussissiez du premier coup.
Sans rien dire, le compagnon sorcier s'approcha d'un amas de ferraille prévu à cet effet. Il leva ses mains au niveau de la taille et commença à prononcer l'incantation.