[Faust] Cinq nuits chez Frauke

Le Reikland est une province vaste, populeuse et prospère. Sa couleur est le blanc, mais certains régiments, comme les célèbres Joueurs d'Epées de Carroburg, ont leur propre héraldique. C'est l'Empereur Karl Franz Ier, Comte Electeur du Reikland, qui dirige cette province, depuis la plus riche cité de l'Empire, Altdorf.

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[MJ] Le Djinn
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Re: [Faust] Cinq nuits chez Frauke

Message par [MJ] Le Djinn » 27 nov. 2018, 15:40

La maisonnée était aussi silencieuse qu'à l'accoutumée à cette heure de la journée. La plupart des serviteurs étaient tout entiers à leur tâche, concentrés sur la ou les missions du jour. Ici la jeune Yvonne travaillait à faire reluire la vaisselle du midi, par là le cuisinier faisait le tri entre le bon et le gâté afin de préparer la liste des repas des prochains jours, puis de ce côté quelques secrétaires besogneux encastrés dans des bureaux exiguës travaillaient d'arrache pied. Evidemment quand ils voyaient l'héritier passer la plupart s'inclinaient bien volontiers avec une expression de déférence. C'était là la chance d'être né noble: tout à chacun respectait le sang bleu même quand celui-ci n'avait fait montre d'aucune qualité particulière.

En raison de son état de santé préoccupant le père Valdorf avait été placé au rez-de-chaussée dans ce qui était auparavant une chambre d'ami. Bien située avec une vue sur le Reik et des jardins elle était idéale pour plaire à un vieillard malade. De plus sa proximité avec la rue permettait au malade d'ouvrir la fenêtre pour discuter avec d'éventuelles connaissances qui passeraient par là. Il avait bien besoin de ça, le noble sire, pour se changer les idées. Notre héros le trouva sur son fauteuil favori, très rembourré et de couleur écarlate. Son occupant était en peignoir gris, une lourde couverture sur les genoux et une tasse de tisane à l'écorce de chêne dans les mains. Ses traits, longs et tirés, prouvaient une grande fatigue. Il regardait par la fenêtre en face de lui d'un air absent, ses yeux comme vitreux. Une épaisse barbe blanche mangeait son visage et des cheveux rares bien que rebelles lui faisaient comme un bonnet. Son corps était très frêle, comme affamé et lever la main pour saluer son fils lui parut un effort considérable dont il fût essoufflé.


-"Ah Faust, mon enfant… Te voir me réchauffe le cœur. Comment vas-tu?"

Il ne sembla pas écouter la réponse, ses yeux ne quittant pas leur position mi-close et fixée dans le vide des berges.

-"Bien, bien… Tu suis bien tes leçons? Tu apprends bien? Cette maison a besoin d'un homme capable..."

En prononçant ces mots il semblait que sa silhouette s'était affaissée dans son support. Une titanesque lassitude s'échappait de son être, comme si l'esprit, toujours fin et affûté, cherchait à s'extirper de l'enveloppe charnelle rabougrie. Johan Valdorf but ensuite une grande gorgée de son breuvage médicamenteux, la chaleur dût lui rendre quelque énergie car il trouva la force de sourire.

-"Tu te souviens de ce que je t'ai dit, Faust? Toute la maisonnée a de grands espoirs en toi… Quand je… Quand je ne serai plus là ce sera toi leur protecteur. A toi de leur donner à manger, à boire, de quoi se vêtir ainsi qu'un salaire… Tu dois les préserver de la rue, ce sera ton rôle en tant que nouveau patriarche..."

Sa tête tomba vers Faust et des yeux presqu'aveugles cherchèrent avec attention le dernier porteur du nom.

-"Mais ton vieux père radote, hein mon petit? Tu seras là quand ils auront besoin, tu les préserveras de la rue après moi, j'ai confiance..."

Dans un effort surhumain, la silhouette grisâtre se replaça droite en face de la fenêtre, essayant de garder une certaine dignité dans la faiblesse.
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Re: [Faust] Cinq nuits chez Frauke

Message par Faust Valdorf » 02 déc. 2018, 03:06

Ce fut une bien étrange sensation que perçut Faust lorsqu'il pénétra dans la chambre de son père. Lui-même n'aurait à vrai dire pas vraiment sût expliquer de quoi il en retournait. C'était comme si, à cet instant précis, et ce malgré les années entières passées en sa compagnie, il apercevait pour la première fois le patriarche des lieux pour ce qu'il était réellement devenu. Ce vieil homme affalé dans son fauteuil, affaibli par le temps, semblant pouvoir succomber à chaque instant sous le poids de l'âge. Cet érudit autrefois vif d'esprit et de corps, aux traits désormais tirés par la fatigue, qui semblait ne pouvoir ne serait-ce que se déplacer sans l'aide d'un tiers. Oui. Le vieillard rabougri, qu'il avait à présent en face de lui. C'était bel et bien son père.

Comment avait-il pût ne pas le remarquer avant ? Comment avait-il pu se convaincre que la situation n'était pas aussi grave qu'elle pouvait le laisser penser ? Durant des mois, il avait essayé de se voiler la face sur l'état de l'homme à qui il devait tout, mais la réalité semblait aujourd'hui lui revenir en plein visage, apportant avec elle de bien tristes nouvelles. Johan Valdorf allait mourir. C'était aussi simple que ça. Il ne savait pas quand, ni comment, mais c'était le constat que Faust était désormais bien obligé d'accepter. Dans quelques années, au mieux, son père ne serait plus de ce monde. Et il ne pouvait rien faire pour l'empêcher.

Instinctivement, il s'avança de quelques pas, une expression aussi rassurante que possible peinte sur son visage juvénile. La situation ne prêtait pas à sourire, mais il s'y efforça tout de même. S'il n'éprouvait désormais que l'envie de se morfondre aux pieds de son géniteur, il préférait autant ne pas ajouter sa propre peine au fardeau déjà lourd qui devait peser sur les épaules du vieillard. Cacher ses émotions, mentir pour ne pas blesser. C'était ce qu'il avait toujours fait, hier comme aujourd'hui.

- Je vais bien, papa. C'est toujours un plaisir de pouvoir être avec toi.

Chacun de ces mots lui brûla la gorge, comme si l'emprunte du mensonge était désormais à jamais marquée sur son être. Comment pouvait-il aller bien ? Comment aurait-il pu être heureux alors qu'il assistait impuissant à l'agonie de celui qui représentait son idéal ? Son attitude sereine, ses paroles mielleuses et presque enjouées. Tout ça n'était qu'un voile, une illusion dont il se couvrait pour ne pas faire plus souffrir celui qu'il aimait. Des paroles vaines, qui ne semblèrent de toute manière pas arrivées aux oreilles de son paternel, comme pour atténuer sa culpabilité d'avoir proféré de telles inepties.

Le vieux sage enchaîna aussitôt sur des interrogations diverses, questionnant notamment son fils sur l'avancée de son apprentissage. De par sa nature assidu, Faust ne s'inquiétait pas de décevoir son père sur ce point, mais les dernières paroles de l'érudit résonnèrent tout de même plus profondément dans son esprit. Un homme capable de mener cette maison… pouvait-il réellement espérer le devenir ?

- Bien sûr, je suis toujours mes leçons, comme tu me l'as demandé. Pour tout dire, je viens à peine de terminer le chapitre sur l'histoire du clergé vérénéen, que j'avais démarré il y a peu. Un peu longuet, mais tout de même intéressant.

Autres paroles, autres mensonges. Il n'avait éprouvé aucun intérêt, et encore moins de plaisir à terminer cet ouvrage. Mais si cela pouvait aider à donner l'impression qu'il poursuivait ses études avec enthousiasme, alors c'était toujours ça de pris. Que son père puisse être fière de lui, et vivre serein ses dernières années, c'était bien là la seule chose qui préoccupait le jeune bourgeois.

Le maître du domaine, désormais l'ombre de ce qu'il avait jadis été, tentait pourtant tant bien que mal de garder un semblait de dignité. S'il souhaitait sans doute se montrer réconfortant, le bourgeois ne pût s'empêcher de penser que le rapide discours qu'il déblatéra avait autant pour but de le rassurer lui, que de rassurer son adolescent de fils. Le doute auquel Faust était si coutumier continuait à se propager en lui comme un poison mortel, polluant ses pensées de son filtre néfaste. Du jeune homme qui avait cherché à dissimuler sa peine, il ne restait désormais qu'un enfant apeuré par ses responsabilités futurs, ne cherchant qu'à être rassuré. Que ce soit son regard tourné vers le sol, ou encore ses mains jointes derrière le dos, tout chez lui traduisait désormais l'émoi qui l'habitait. Tout, si l'on faisait abstraction de son visage doux, à l'expression aussi paisible que mélancolique, comme à son habitude.

- Je ferai du mieux que je peux, je peux te le promettre… Mais… penses-tu réellement que je serais à la hauteur ?

L'Altdorfer marqua une pause, avant de redresser légèrement la tête. La gêne autant que la honte pouvaient se lire dans son regard, mais il continua malgré tout.

- J'ai toujours été formé dans cette optique. Depuis que je suis né, tu n'as cessé de faire de ton mieux pour me préparer à reprendre le flambeau familial. Mais pourtant, pas un jour ne passe sans que je ne doute de moi. Je n'ai pas le charisme des courtisans, ni ton érudition. Alors, si tu venais à disparaître… je me demande si tout cela est bien fait pour... quelqu'un comme moi. Souhaitez-vous réellement me confier tout ce que vous avez pris tant d'années à bâtir, père ?
Modifié en dernier par Faust Valdorf le 06 déc. 2018, 20:49, modifié 1 fois.
Faust Valdorf, Voie du sorcier des collèges de magie
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Lien de la fiche wiki : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_faust
Licht und Schatten : https://www.youtube.com/watch?v=3S1NmtWDVYk
Compétences :

Sens de la Magie (E) : Votre personnage est capable de ressentir certaines altérations faites aux vents de magie dans son environnement immédiat : sans précision aucune, il sait que quelque chose ou quelqu'un concentre ou manie de la magie dans un périmètre proche. Ce “sixième sens” se manifeste de différentes manières selon le type de magie et la race du personnage ; certains la sentent -littéralement-, d'autres la perçoivent dans leur esprit, l'associent à un frisson bizarre ou ont l'intime conviction de sa présence, d'autres encore voient leur comportement s'altérer, en lien avec le vent sollicité. C'est au MJ de décider de la manière dont cette présence magique se révèle au personnage. Pour posséder cette compétence, le PJ doit avoir eu dans son passé des éléments solides qui lui permettent de faire le lien entre ses intuitions et l'usage de la magie proprement dit ; faute de quoi, malgré son ultra-sensibilité, il ne prêtera aucune attention à ce “sixième sens” magique et à ses manifestations. De plus, votre personnage peut dorénavant gagner des “points d’expérience magique” (xPm) selon les différentes méthodes de gain d’expérience magique décrites dans la section Magie des règles.

Conscience de la Magie (E) : Votre personnage est doté d'un sens plus acerbe de la magie. Non seulement il prend conscience de sa présence, mais il est capable de déterminer sa nature et son origine avec plus de certitude. Au toucher, il détermine avec exactitude si un objet est magique ou non ou si un individu est doté de pouvoirs magiques ou non. Enfin, si il se concentre et réussit un test d'intelligence, il voit littéralement les différents courant de magie et leur nature. Cette dernière action nécessite une concentration totale: se battre, courir ou réaliser toute action annule immédiatement l'effet. En revanche, le personnage peut se déplacer doucement.

Incantation - domaine de l'ombre (E) : Votre personnage sait utiliser et plier la magie selon sa forme particulière relative au domaine choisit. En terme de règles, il: - gagne 7 points dans la caractéristique Magie si il n'en a pas déjà - peut effectuer les actions “incanter” et “dissiper” sous cette caractéristique Magie - peut dépenser des points d’expérience magique pour apprendre des sorts du domaine choisit et du domaine commun (Magie primaire).

Empathie (E) : Votre personnage a aiguisé ce sentiment naturel commun à toute personne douée de conscience. Ce sentiment lui permet, sur un test réussi, de détecter des émotions normalement imperceptibles : peur, haine, mensonge, etc. Il arrive aussi à savoir si une personne ment ou si elle dit la vérité, si ses intentions sont bonnes ou mauvaises etc.,

Alphabétisation (E) : Votre personnage est capable de lire et d'écrire les langages utilisant l'alphabet du vieux monde (Bretonnien, Tiléen, Estalien, etc.,) si bien entendu il comprend ce langage (pour cela, il devra posséder la compétence «langue étrangère» pour ce langage. A l'inverse, s'il ne possède que la compétence «langue étrangère» il le comprendra, le parlera mais ne sera ni capable de le lire ni de l'écrire). Dans le RP, pour des raisons purement pratiques on considère que l'occidental est le langage partagé par toutes les races, mais dans certaines situations, le MJ pourra tenir compte de ces différences de langage.

Langue Hermetique - Magikane (E) : Votre personnage sait parler, écrire et lire le magikane. Le magikane est le langage hermétique usuel utilisé dans le vieux monde. La plupart des parchemins sont écrits en magikane et tous les sorciers ainsi que quelques personnages privilégiés peuvent l’utiliser.

Equipement :

Bâton des collèges : 6+1d6 dégats / parade 6 / +1 PAR
Pistolet : 50+1d8 dégât / Percutante et Perforante (4) / malus de -2 au TIR tous les 8 mètres
Dague : 12+1D6 dégâts / 6 parade / peut-être utilisé comme arme de jet

Chaperon
Doublet
Accessoire de Calligraphie
Grimoire
Sacoche (Grande)
Couverture
Rations

Sorts :

Domaine de l'Ombre :

Aire de Camouflage
Incognito
Masque d'Ulgu
Action secrète
Les nuages et l'obscurité l'environnent, La justice et l'équité sont la base de son trône.

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Re: [Faust] Cinq nuits chez Frauke

Message par [MJ] Le Djinn » 06 déc. 2018, 17:40

Pour une fois les mots de Faust semblèrent trouver leur chemin dans l'esprit épuisé de son père. Le patriarche balaya ses objections d'un revers de la main, faisant peu de cas des inquiétudes ou des incertitudes de son fils. A l'expression de ses doutes, il se contenta d'afficher un visage neutre, un très léger sourire naissant au coin des lèvres, fixant pourtant l'horizon.

-"Tes doutes sont justifiés, mon fils, en effet. J'avais les mêmes à ton âge. Pourrais-je faire mieux que mes aïeux? Pourrais-je réussir là où tant d'autres avaient échoués, certains bien plus doués, riches ou les deux, que moi? Pour autant regarde où j'en suis aujourd'hui. Dans un fauteuil confortable, dans un beau manoir d'un quartier côté d'Altdorf, avec mon fils à mes côtés..."

Il se passa une main dans ses cheveux devenus rares et ferma doucement les yeux, rassemblant ses forces en même temps que ses pensées. Il respira longuement, si longuement qu'on aurait pu le croire endormi. Finalement il enchaîna:

-"Je ne t'ai pas éduqué pour que tu me suives, Faust, ce n'était pas ma pensée première. Tu ne dois pas m'imiter, tu dois me dépasser, il n'est qu'ainsi que tu honoreras ton nom et ta famille. Le charisme se travaille, l'érudition s'apprend. Et puis je sens que tu as quelque chose de plus, quelque chose de rare, qu'on ne trouve pas souvent chez les hommes."

Il posa sa tasse de thé sur une table de chevet à sa gauche et tenta de se lever. Il eut quelques gémissements de douleurs en se redressant mais passa finalement outre pour aller ouvrir la fenêtre et s'y pencher.

-"Le monde est un endroit vaste, si vaste... Je regrette de n'avoir pu le visiter autant que je l'aurais voulu. Je te souhaite plus de réussite que moi dans ce domaine... Altdorf est un monde à elle seule, avec ses lieux de vie, ses lieux de morts, ses secrets et ses passions... Mais elle n'est pas l'Empire. Le simple fait de savoir ça te donnera un avantage sur les courtisans aux basses-vues..."

En se retournant pour retourner à son siège, le vieil homme trébucha et chuta lourdement au sol. Un bruit sourd de choc et de craquement retentit. Le père de Faust était étendu au sol, son corps figé pour toujours dans un angle impossible à décrire. Face contre terre il avait les yeux grands ouverts, vitreux. Au niveau de son pieds droit une bosse était remontée dans le parquet, trop petite pour être aperçue aisément, trop haute pour qu'on puisse marcher à côté sans tomber. Le choc suivit de la douleur avaient eu raison du cœur fragile du malade. Une fin tristement banale pour les anciens, nobles ou non.
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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