[Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

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Les Montagnes sont depuis l'aube des temps le domaine des Nains : c'est là, parmi les pics colossaux et les précipices vertigineux, qu'ils bâtirent jadis d'immenses forteresses souterraines.

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[MJ] Le Djinn
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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par [MJ] Le Djinn »

Le fait de répéter les mêmes questions qu'il avait déjà posé à ses Aînés laissa un blanc. On aurait pu, à leur table, entendre une mouche voler tellement le silence se faisait lourd à mesure que les petits yeux de dawis aigris se portaient dans sa direction. Il faut bien préciser "à leur table", car juste à côté des guerriers-mercenaires jouaient une partie enflammée d'osselets bretonniens et les invectives volaient bas au même titre que les paris et encouragement, le tout au rythme des chopes de bière s'entrechoquant. On savait s'amuser quand on le voulait chez le peuple de la montagne.

Revenons-en à Snorri qui observait, crispé sur son siège, que les vieux montraient les dents. Comme il était attendu, Durin Coffre-Diamant lui aboya au visage:


-"Ah c'est comme ça! On prend ses Aînés pour des imbéciles, n'est-ce pas? On répète la même chose parce qu'on croit que leurs vieilles oreilles n'ont pas entendues, qu'ils sont séniles! Ca a à peine un peu de barbe au menton et déjà ça se croit tout permis! Les jeunes de nos jours par Grimnir! Ils étaient plus sages de mon temps!"

Morlin Vestes-Mailles, sensiblement plus compréhensif que ses compères, chercha quand même à répondre:

-"Ce qu'il faut comprendre avant tout sur les cités tiléennes, mais aussi estaliennes, c'est qu'elles cumulent à la fois toutes les richesses et toutes les convoitises tout en ayant une armée de métier mercenaire. Ca n'a l'air de rien comme ça, mais le fait que la quasi-totalité de leurs troupes soient des lames à vendre a permis un nombre de renversement d'alliance impressionnant. Ajoute à ça le fait qu'être roi (ou prince, ou je ne sais quoi!) d'une cité équivaut à pouvoir s'accaparer ses richesses..."

Ce fût le moment choisi par Rhodur Pierre-Forte pour donner du poing sur la table.

-"L'or des étrangers et le sentiment de pouvoir, voilà tout ce que recherchent ces umgis, tous autant qu'ils sont! Avec le commerce ils attirent des richesses considérables, tout ça pour dépenser l'argent en tueurs et en mercenaires avant d'aller se faire des petites guerres en rase campagne, insupportable! Vous savez quoi? Je pense que quand Thorgrim (l'ancien, pas le jeune actuel) a décidé d'interdire aux dawis de financer un prince de Tilée ou d'Estalie, il a fait une fleur immense à notre peuple. Combien de banquiers, de maîtres de guilde et de marchands s'étaient perdus dans l'aventure tiléenne avant? Hum?"

Un ricanement émergea de la gorge de Durin.

-"Tu n'y es pas, Rhodur. Cette loi, cette coutume... Elle n'a jamais rien changé, et tu le sais. On ne finance plus directement les armées des princes oui, mais on finance des monuments que la corruption fera couler jusque dans la poche des capitaines mercenaires. Et le plus beau? C'est que nous n'y mettons que des pièces impériales ou marienburgeoises, aucun or dawi n'a jamais touché une poche tiléenne! Et quand les fruits sont mûrs, on peut récupérer notre dû... "

Intervention directe de Morlin.

-"La question n'est pas là! Ca fait des siècles que cette terre existe et elle n'a quasiment jamais connue la paix! La guerre c'est très bien quand Karak Hirn veut leur vendre des armes ou qu'ils passent des commandes à Zhufbarr, mais pour tous les autres?"

Durin encore.

-"Les autres? La Guilde des Maçons étaient bien contents quand Miragliano a demandé à faire refaire sa muraille. La Guilde des Tanneurs s'est frottée les mains durant la guerre Sartosia-Luccini, et la Guilde des Architectes Navals de Barak Varr a bien ri également! Et puis tant qu'ils se tapent dessus les uns les autres, ils ne viennent pas nous ennuyer dans nos montagnes, c'est dit!"

Il y eut des hochements de tête et Rhodur reprit le flambeau:

-"Je suis d'accord avec ça, mais ça signifie qu'ils ne peuvent pas nous aider non plus. Je ne suis pas sûr de la meilleure méthode... Mais tant que la marchandise passera par eux pour se déverser dans le reste du Vieux Monde, la situation continuera. Et il ne faudra pas compter sur les dawis pour venir les sortir du pétrin! Ils n'ont aucun pacte d'alliance avec nous, en y repensant..."

Et ainsi continua le train pendant qu'ils devisaient sur la Tilée et ses mystères. Une terre instable, pleine d'umgis tantôt fourbes, tantôt insouciants... Mais pleine de promesses, également.
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Snorri Sturillson
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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par Snorri Sturillson »

Bon, eh bien visiblement, ils ne sont pas sourds mais simplement incapables de répondre à plusieurs questions à la suite. Tel est le fardeau des orfèvres et des banquiers de cet âge, sans doute. Il est vrai que, maintenant que j'y pense, les banquiers et usuriers ne sont pas les métiers où l'on a la plus longue espérance de vie, même en tant que Dawi. Je ne sais pas si cela veut dire que ces gens-là sont plus endurants que la moyenne ou plus lents à l'ouvrage, mais quoi qu'il en soit, ils sont là.

La Tilée est donc intégralement régie par des grandes villes, centre du pouvoir et des finances régionales qui sont pourtant incapables de stimuler un sentiment suffisant chez ses soldats et ses défenseurs sans un grand apport d'argent préalable - il n'est pas né celui qui voudrait me faire croire qu'un mercenaire se bat gratuitement. Et ensuite, le pouvoir déjà centralisé est une nouvelle fois centralisé autour de ou en la personne du "prince", qui, si j'ai bonne mémoire, dirige la Cité et sert de bouc-émissaire lorsque rien ne va - c'est très proche de Nuln en somme, et très ressemblant à ce que j'avais pu glaner dans les ruelles bariolées du Petit Sud. Mais alors, qu'en est-il de cette idée de "République" que j'entendais si souvent là-bas ?

...

Ainsi les finances tiléennes seraient régies de manière relâchée par l'or d'autres nations Umgis, mais par le biais des Dawis de ce côté des Voûtes. Étonnant. Cela fait tout de même une masse de travail gigantesque et une probabilité de recouvrement bien plus faible que de l'Empire, vu que chaque changement de dirigeant ou de conseillers annule certainement les devis et dettes en cours - ce serait là une démarche logique de leur part, bien que terriblement insultante du point de vue des Fortins. Et donc, lorsque les têtes grondent et que vient le temps de sonner le glas de toute cette comptabilité délirante, lesdites têtes envoient... Ce genre de personnel. Un cabot dur de front comme de nez, têtu bien que peu apte à l'écoute, prêt à faire sauter marins, marraines et marchés si la somme n'arrive pas assez vite.

Hm.

En soi, l'idée est intéressante, remarquable en tant que telle, mais... Il m'est d'avis sur l'instant que... Il serait plus avisé de domiciler - domicilier ? - des gens de la sorte au sein de chaque cité tiléenne endettée, et non en tant que dogue itinérant - même si je devine que toutes les cités sont endettées auprès d'une ou de plusieurs forteresses, et que ces belles villes ensoleillées ne subsistent actuellement que parce que la très grande majorité des conseils royaux n'ont que faire des peuplades au Sud des Montagnes Noires, puisqu'aucune ne prie le bon "ancêtre" ou "allié". Je me demande à quel niveau est-ce que la connaissance de toutes ces dettes s'arrête, tiens. Est-ce que cela se limite aux dignitaires itinérants ? Aux conseillers de quartiers ? Aux guildes financières ? Peut-être aurais-je le temps d'en toucher deux mots à ces parents lointains que je n'ai jamais connus, hé. Ils seront sans doute ravis de savoir que moi, l'inconnu, soit au courant.

Maintenant me vient une autre question : ai-je vraiment envie de continuer mes recherches grâce à la conversation ou non ? Enfin, plutôt : est-ce que j'ai vraiment envie de me répéter et de me faire rabrouer à chaque tentative d'intéressement de ma part ? Surtout que mon intérêt porte directement sur les connaissances de mes interlocuteurs, et non leur statut ou leurs fausses amitiés. Peut-être qu'ils me pensent bien impoli et impudent avec mes questions et mes vêtements, mais je n'estime pas avoir ni l'envie ni le besoin de me justifier auprès de qui que ce soit à propos de ma personne. J'avais été le seul de toute ma famille à bien recevoir notre exclusion de la Colline en automne 2528, et je pense que cela suffit à présenter qui je suis.

C'est dommage d'ailleurs, la Comtesse m'avait offert - pas personellement, mais presque - une place à l'École Impériale d'Artillerie, et je ne serai resté là-bas que... Eh bien, cinq ou six semaines, non ? Tout ce raffut pour au final finir avec cet ineffable Mornin et ses farces. J'espère qu'il est encore en vie, lui et les deux autres apprentis dont il a arrêté l'ascension. J'espère aussi qu'il sait que son humour malencontreux m'a propulsé à la plus haute place d'érudition et d'ingénierie, et que mon "exil forcé" n'en a eu que le nom. Ah, c'est triste tout de même, ce que la fierté et l'ego vous pousse à faire...

Enfin bref. Trèves de baratin et d'écoute. J'aurais bien besoin de plus de réponses, mais si je me répète encor, c'est moi que l'on va jeter sous le train et non les rails. Puisqu'ils n'arrivent pas à me répondre, et puisque je me dirige vers ma lointaine et inconnue famille, autant m'intéresser à cela.

- "Eh bien, que d'histoires curieuses ! Je vous remercie tous amplement pour tout cela, vraiment. Néanmoins, j'ai d'autres devoirs propres à ma caste, c'est pourquoi je suis dans l'obligation étrange de m'absenter quelque temps. Dans tous les cas, et quoi qu'il advienne, si jamais à la fin du prochain mois il manquait à l'un d'entre vous un ingénieur afin de parfaire votre cortège, cherchez moi à Karak Hirn, vous connaissez mon nom.

Sur ce, messieurs, bonne continuation, et bonne journée."



On salue proprement, et on s'en va.

Bon, si j'étais honnête et direct, je leur dirais que ma seule envie dans le siècle à venir est de voir le moins de Dawi possible, mais bon, ils ne sont ni directs ni modestes, alors cela suffira.

Qui plus est, j'ai justement un ouvrage familial en ma possession, alors autant l'entamer. Je me demande ce que Père a pu marquer dans ce... Ah, quel était le nom déjà ?

Récits de voyages, observations et autres aventures, écrit par Sturill Noradson. Un truc de ce genre.
Snorri Sturillson
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[MJ] Le Djinn
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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par [MJ] Le Djinn »

Un puissant jet de vapeur s'échappa de six cheminées alors que le Grimgandel traversait un large pont construit au-dessus d'une rivière puissante. L'impeccable architecture naine, toute d'acier et de pierre, restait imperméable aux assauts répétés du courant, si bien que le train put passer en toute tranquillité et stabilité.

Les fesses inconfortablement posée sur un siège à fond de pierre qui faisait passer les bancs de bois de la Guilde des Ingénieurs pour des coussins d'Al-Haik, Snorri prit dans ses mains épaisses le livre jauni qui avait, en une autre époque, été le carnet de voyage de son père. Sans doute ne saurait il jamais comment il avait pu rester à Zhufbarr tout ce temps. La question ne l'intéressait probablement pas, d'ailleurs. Ces écrits étaient en revanche une occasion unique de connaître son père sous un autre jour, différent du Sturill qu'il avait été depuis son arrivée à Nuln, et même avant. N'y tenant plus, il profita d'un rayon de soleil filtrant à travers les fenêtres étroites pour ouvrir la première page.


Je n'avais jamais pensé qu'il puisse exister une ville aussi variée, aussi surpeuplée et aussi surprenante. Mais voilà, Marienburg est venue contrecarrer mes croyances.



Davantage qu'un livre d'aventures dans lequel le père aurait écrit ses récits de manière romancée, il semblait plutôt qu'il s'agissait d'un ensemble de petites notes, souvent datées avec précisions. Sturill y exprimait son humeur du moment, ses pensées, des moments agréables ou désagréables, des remarques sur ses camarades humains. D'une écriture rigoureuse, mais pas sans finesse, il décrivait son arrivée à Marienburg alors qu'il débarquait tout juste de sa forteresse par bateau, ayant remonté le Reik en plusieurs semaines mais sans vraiment observer les environs du navire à cause d'un puissant mal de rivière.

Ici les elfes, les nains et les elgis vivent ensemble. ENSEMBLE, par les Ancêtres! Heureusement Dalkson va me montrer dès ce soir comment il faut traiter les oreilles pointues.



Il semblait que ce premier voyage ait eu pour rôle de négocier une arrivée de bois de Bretonnie issu du côté d'Athel Loren. Pour ce faire il fallait négocier avec les commerçants de l'Anguille, notamment les riches marchands de la Confrérie du Phare qui faisaient la loi sur la majorité des importations et exportations circulant par la cité. Le détail des actions n'était jamais réellement clair, le dawi ne décrivant pas chaque geste ou chaque décision, mais Snorri pouvait sans mal comprendre qu'il y avait une histoire de concurrence entre l'Anguille, Bordeleaux et les Elfes des Mers qui avaient une flotte régie par ses propres lois et règles. On comprenait aussi que la Confrérie pourrait obtenir des tarifs très avantageux si la communauté naine aidait dans les difficultés de la concurrence.

Je suis encore un courte-barbe, mais je pense avoir rencontré beaucoup de dawis dans ma vie. Je peux dire sans crainte qu'aucun d'entre eux n'arrive à la cheville d'Arkat Fooger. Il sera celui qui dirigera Marienburg un jour, j'en suis certain.



S'enchainait quelques péripéties vaguement décrites. On notait que Sturill dormait dans la chambre d'un ami du quartier nain et qu'il rejoignait certains soirs un groupe de camarades qui allait négocier avec les elfes. Il n'était jamais précisé ce qui était négocié, d'ailleurs. Pris dans sa lecture, Snorri se trouva secoué et surprit par le Grimgandel qui ralentissait.

-"Fortin d'Eau-Noir! Arrêt d'une heure!"

Les passagers pouvaient descendre et observer les environs. Il n'y avait pas grand-chose à voir depuis la voie en réalité: un tunnel noir, profond, éclairé par des torches. En fond, des bruits de combats et le clapotis de l'eau, mêlés ensemble. Une cinquantaine de guerriers, menés par un jeune thane, déboulèrent du train à toute vitesse pour foncer vers le lieu des combats.

Et une heure plus tard, tout le monde s'en retourna à sa place, non sans regarder deux fois dans son dos.
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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par Snorri Sturillson »

Voilà donc ce que Père cachait depuis tout ce temps : un séjour à Marienburg, auprès des Komissions de l'Estuaire et du "Pays Perdu".
Visiblement, la seule chose que les Nains ont perdu dans ce pays, c'est l'exclusivité des privilèges. Chaque mention des finances locales ne cesse de déballer un catalogue d'annotations, des résumés de résumés de taxes, avec ensuite des croisements entre les notes, des liens et des schémas pour déterminer qui profite de qui, à qui, etc. C'est fou ce qu'une ville peut accomplir en démarches complexes et futiles, dès que les Elgis s'en mêlent. Je me demande s'il ne faudrait pas leur rappeler - à ces gens d'Elfn... Elfeville - que les Fortins possèdent encore quelques babioles royales qu'ils peuvent très bien refondre en une demi-heure, et les rendre sous forme de service à thé, ou pire encore, de pièces pour bracelet. Vu l'humeur qui ressort des pages suivantes, j'imagine que Père y a pensé, mais n'a pu informer le moindre Elgi de haut-rang. Bah, après tout, il n'était que légaliste et négociant subalterne à cette époque, si j'en crois l'agencement des pages.

Tiens, c'est étonnant.
Certains passages ont l'air manquants, comme si le temps s'était écoulé sans que Père n'en prenne note, à moins que quelqu'un n'ait enlevé délicatement une page aux pensées trop "surprenantes" afin de lisser le récit. Hm... Dans tous les cas, c'est un travail excellent, et je pourrais croire à l'un ou l'autre sans la moindre preuve.

Et voilà donc le compte-rendu de la virée avec Herr Daleksson - ou Dalkson, vu que ces deux noms semblent liés à la même personne. Alors, voyons voir...

...
...
...

Bah, rien de bien surprenant. Cela ressemble franchement au système de bizutage que les compères m'ont fait passer lors de mes premières semaines à Zhufbar. Ah, quoique. Oui, ça y ressemble, sauf que moi, j'ai les caractéristiques d'un Dawi. C'est tout de suite plus étonnant de s'imaginer le "passe-tonneau" lorsque c'est un être gracile et frêle qui est à l'intérieur du baril. Cependant, Père ne mentionne pas si le contenu originel du tonneau. Dans mon cas ils m'avaient trempé dans la suie, parce que selon eux << A Nuln y'a que ça, heeeeein ? >>. Furadsson et Morgasson avaient eu bien pire, vu qu'ils avaient été balancés respectivement dans un tonneau de salpêtre chaud et un tonneau de sable-craie. Enfin bref, ça a dû lui faire tout drôle à cet Elgi.

Et voilà que Père revient sur les négociations avec les différentes guildes, associations et ambassades Umgi. Il y a plusieurs mentions de "Bois-Quenelles" et de "quenelles-à-bois", mais je ne sais pas vraiment ce que cela signifie. J'imagine que ce sont des spécimens, ou une catégorie de végétaux bien précis... Là on passe aux calculs d'imp- Ah, non, d'exportation.

...

D'exportation ?

Attends, pourquoi est-ce que Père s’ennuierait à calculer les parts sortantes ? S'il veut décortiquer les gains de Karak Hirn, il devrait faire l'inverse... Et voilà les calculs d'importation et de transport... Il est bizarre ce chiffre là, ça correspond pas aux autres, et celui-là non plus... C'est un deux ou un cinq, ce machin enroulé ? Oh !

Bourg-karak, j'ai compris !
C'est pas Père qui a écrit les premiers calculs !
C'est un Umgi de la Confrérie !

C'est pour ça que les virgules sont dans tous les sens.

...
...
...

Ils sont fous ces bretonniens.
Enfin, tout de même, mettre des virgules tous les trois chiffres parce que l'on arrive pas à lire les milliers, c'est gênant. Vous imaginez si l'un d'entre eux devait lire les comptes d'une guilde Karaki ? Plutôt demander à Sigmar s'il voulait des enfants, heh !

Ah, oulah, faut que j'arrête de lire moi, je viens de faire de l'humour Kuz-Dawi - L'humour Kuz-Dawi, c'est quand ça parle de Sigmar, mais que ça ne parle pas de saucisses.

Heureusement que je lis en silence, sinon on m'aurait congédié dans le wagon-lit.
Et voilà l'arrêt qui s'annonce. Je vais me dégourdir un peu en attendant, et je lirai cela plus tard, ou même demain. Je peine à croire que j'ai déjà dévoré un tiers de ce pavé.

Hm, oui, un peu de marche me fera du bien.
Snorri Sturillson
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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par [MJ] Le Djinn »

On s'ennuyait ferme dans le Grimgandel, passé les premières heures de découverte. Certes l'installation entière était une prouesse unique, autant architecturale que mécanique et son observation était une source inépuisable de surprises, mais tout de même! Les guerriers professionnels restaient entre eux pour jouer sans se mêler à la foule des voyageurs anonymes et écouter les longues-barbes radoter était à bien des égards un sort pire que la mort elle-même.

Entre deux activités, comme par exemple la sieste ou la contemplation du quatrième joint vertical de la porte d'acier haut-arrière, Snorri se perdait dans la lecture du livre de voyage de son père Sturill. De temps à autre le train s'arrêtait pour desservir une destination ou une autre. Le plus souvent il ne se passait rien de bien particulier: quelques passagers descendaient, d'autres montaient, parfois plus et parfois moins nombreux que les précédents. Le fortin de Bats-Les-Urkis, la colonie du Sud-Reik, le fortin du Bord-des-Voûtes... Autant de mines, de fortins ou de comptoir qu'ils ne visiteraient probablement jamais mais qui abritaient chacun une partie de l'âme naine.

Et déjà un nouvel arrêt après quelques heures seulement et un cri des dawis de service:


-"La mine d'Est-Karak-Hirn! Prochain arrêt Karak Hirn! Terminus à Karak Hirn!"

Mis bout à bout l'ensemble du voyage avait dû mettre une petite semaine. Six jours à mal dormir sur des banquettes trop dures, à manger des denrées sèches et sans goût, à boire de la bière bon marché. Heureusement il y avait le livre.
J'ai pu me faire entendre des anciens, notamment du vieux Gorond. Il a été très sensible à mes arguments concernant la nécessité de laisser aux humains la possibilité de payer pour leurs rancunes et comment il serait plus rentable de leur laisser du temps pour payer plutôt que d'aller les jeter dans le Reik. Comme on dit à la forteresse: si un umgi doit dix pistoles à un dawi, c'est le problème de l'umgi. Si l'umgi doit dix mille pistoles à un dawi, c'est le problème du dawi. Mais Marienburg m'ennuie un peu, je pense bientôt partir pour Kislev.


Sur le reste de la page il n'y avait pas de changement particulier: Sturill continuait à traiter de sa vie simple où il continuait son bonhomme de chemin dans la capitale du Pays Perdu où il servait d'intermédiaire entre l'humanité et le quartier nain, faisant montre d'un certain sens de la diplomatie qui expliquait sans doute son choix de carrière futur. Les choses se corsaient une quinzaine de jours après l'entrée précédente.
Ah foutus elgis! Ce sont eux qui sont à l'origine de la révolte, j'en suis sûr! Demain je quitte la ville, même si je dois passer par les égouts. J'espère que les vieux réussiront à remettre de l'ordre, j'ai l'impression que les Directeurs sont un peu trop contents de la situation...


Plus d'entrée avant quelques semaines, jusqu'à une simple note sur un début de page:
Moi qui croyais que les prédateurs possédant les plus longues dents se trouvaient dans le Stadrass, j'avais tort: ils sont dans la Forêt des Ombres!


S'ensuivait un récit verbeux et peu passionnant concernant la traversée des forêts impériales jusqu'à l'arrivée à Middenheim avant de repartir vers le Kislev. Sturill semblait avoir rejoint une caravane marchande partant vers l'Est et avait participé à la défense durant des embuscades. Il se vantait par ailleurs d'y avoir manié l'arbalète "comme à Elfeville". Avant que Snorri n'ait pu terminer, le Grimgandel ralentit doucement et s'arrêta enfin:

-"Karak Hirn, tout le monde descend!"

Enfin! Ca y était! Karak Hirn, la Cité du Cor, était à portée de main!

Un à un les passagers, tous ravis d'être arrivés et les guiboles en compote, se pressèrent pour descendre et rejoindre le quai. On se poussa même au moment de saisir les bagages, faisant qu'un ou deux des plus jeunes nains (les moins respectés) terminèrent avec des coquards. Un tunnel taillé en calcaire remontait ensuite vers la surface par escalier, la seule sortie possible car l'autre devait être réservée aux entrées à voir les gardes grincheux qui tenaient la garde devant une file de locaux prêts à partir. On montait ensuite sur environ quatre étages en colimaçon avant de débarquer dans une antichambre où un guichet attendait les voyageurs pour leur authentification. Derrière le comptoir un vieux dawi à la barbe grise qui râlait à chaque question qu'il posait, toujours les mêmes:


-"Salutations dawi, veuillez décliner votre identité, la raison de votre venue, combien de temps vous comptez rester et détailler vos possessions."

Quand la réponse fût donné, on ordonna à Snorri (et à tous les voyageurs) de se rendre dans une des cinq pièces derrière le guichet pour y subir la fouille règlementaire. Protocole obligatoire: des nains en armes vérifiaient la véracité des affirmations de chaque arrivant et on regardait en détail dans les affaires et sur le corps. On pointa d'ailleurs les armes emportées par Snorri du doigt en lui faisant bien comprendre que leur utilisation ou même leur sortie de sac était absolument interdite dans la forteresse et que simplement l'exhiber hors d'une forge ou d'un lieu privé vaudrait la destruction de l'objet. Un des gardes eut quelque peu pitié de Snorri qui faisait pâle figure après toutes ces humiliations, un des gardes crût bon de lui expliquer les règles locales:

-"Bienvenue à Karak Hirn. Ici les étrangers, même les dawis, restent dans les Salles Marchandes. Inutile d'essayer de passer les portes de la citadelle sans permission royale, c'est juste un coup à se faire cogner par les Veilleurs. Il y a de quoi dormir, manger, marchander, travailler et un relais de poste pour communiquer vers la cité elle-même. Et avant qu'on oublie: voilà le passeport dawi, garde le précieusement car il permet d'éviter de se faire fouiller à chaque visite."

Un dernier petit escalier et, enfin, la sortie donnant sur les Salles Marchandes.

Snorri avait déjà vu les halls commerçants de Zhufbarr, là où venaient s'installer les marchands des autres peuples. Il s'agissait de lieux imposants mais éminemment pratique où l'on pouvait discuter, commercer et jouir d'un certain confort si on avait de quoi payer. Les Salles Marchandes de Karak Hirn étaient d'un tout autre niveau.

Vingt-cinq mètres de large et deux cents de longs, construits tout en vertical pour une surface utile d'environ sept mille cinq cent mètres carrés, juste pour la galerie principale. Rien n'était laissé au hasard, chaque fresque était une propagande vibrante de la grandeur naine et de ce que les autres races leur devaient. Les colonnes partaient vers le plafond et à leur centre comme à leur sommet on voyait des passerelles sur lesquelles déambulaient des formes humaines et naines. On parlait beaucoup, on commerçait avec la fureur d'un vendeur de tapis arabéen, on riait et on buvait au rythme des forges qui battaient. Et au bout du couloir deux énormes portes de bronze lourdement défendues qui devaient donner sur la cité.

Des ailes avaient été construites sur les côtés à la manière de ruches pour loger les marchands, leurs aides et leurs animaux, aussi une forte puanteur d'étable se mêlait-elle aux nombreuses viandes cuites sur plaque que les nains du cru affectionnaient particulièrement.

Snorri n'avait maintenant plus que la liberté de choisir son destin.



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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par Snorri Sturillson »

19 Ulriczeit 2544 / Wyrzet, 4147 après les Luttes
<< J'ai encore du mal à discerner quel était le travail exact de Père à Marienburg. J'ai dévoré plus des deux-tiers de l'ouvrage et malgré tout, je ne suis pas encore sûr de son œuvre. Il y a un mélange d'investigation, de médiation politique, d'étude financière et de marchandage de grande échelle, mais il ne semble jamais se fixer sur quelque chose. C'est comme si Père se savait poursuivi ou observé, comme s'il avait senti quelque chose d'anormal dès son arrivée - quelque chose qui l'aurait amené à rester en mouvement, à changer sans cesse d'objectif, tout en maintenant cette lourde façade de légaliste polyvalent. De fait, si l'on ignore l'ordre et la diversité des tâches effectuées durant l'écriture de ce carnet, Père est entré dans pratiquement toutes les Komissions de guildes, tous les offices des maisons marchandes, et dans toutes les ambassades humaines et non-humaines... À deux exceptions prêtes.


La première exception est mentionnée aux alentours de la troisième saison - j'imagine qu'il s'agit d'années passées à Marienburg, ou du nombre de saisons commerciales complétées là-bas -, sous le nom de "Ambassade du Lointain-Est, du Grand Dragon et Bouclier de Cathay". Pour l'instant, Père n'a jamais croisé le moindre individu issu de cette ambassade ou nation ou région, et il n'a jamais noté le moindre bas de page les reliant à quelque nombre ou finance - et pourtant, il y en a des bas de page couverts de chiffres et de noms !


La seconde exception est à la fois plus évidente, plus étrange et plus implicite : Père n'a jamais croisé ou discuté avec quiconque appartenant au Directoire de Marienburg hormis Arkat Fooger. A priori cela n'a aucune importance, mais vu que tout le deuxième bloc de ce carnet se concentre sur les relations commerciales et les différentes négociations entre Karak Hirn et l'Estuaire, je ne vois pas pourquoi est-ce que le Directoire n'apparaît jamais dans les négociations. Il y a toute une foule de négociants, de petits marchands, de bourgeois étrangers - principalement des bretonniens - qui sont répertoriés là-dedans, mais il semblerait que les milliers de couronnes mentionnées ici n'aient jamais intéressé les véritables gros bonnets. Même Fooger ne semble pas s'y intéresser, vu que chacune des rencontres que Père décrit est écourtée pour "affaires personnelles" par l'illustre Dawi, sans qu'il n'y ait la moindre suite. Pire encore, lorsque Père mentionne qu'il veut (et va) attendre devant l'office privé jusqu'à ce que Fooger termine son affaire, on le congédie de la Foogerhaus, et deux fois plus vite lorsqu'il clame ses responsabilités !

En résumé, je ne comprends pas voir pas du tout ce qu'il s'est passé à Marienburg. Au moins, si j'en crois Mère et les Guildes, Fooger est toujours en vie, et toujours à la tête de sa maison.

Quant à la suite du récit, il est assez peu instructif ni intéressant. Père ne semblait pas très friand des voyages fluviaux dans le premier bloc, mais pour ce qui est des voyages terrestres, alors là, gare ! La calligraphie s'épaissit et grimace au fur et à mesure que Père se rapproche du tsarat, comme si la plume avait transmis tout le dégoût qu'il ressentait durant le trajet ...
>>

-"Karak Hirn, tout le monde descend!"

Ah, voilà mon salut, je commençais à perdre en inspiration. Bon allez, on range les carnets, le sable, on bouche les tablettes d'encre, et on file vers... Vers les bagages... Qui sont déjà noirs de monde...

Soit. Je... Je vais attendre, hm? Après tout, je ne suis pas pressé. Mes affaires sont à trois pas de moi, et personne n'est du genre chapardeur dans ce wagon.

...

Voilà, on attends, on laisse la foule se décanter...
Ouah, c'était un peu brutal, ça ! J'aurais pas aimé me prendre l'autre main dans le nez, c'est sûr que non !

***
-"Salutations dawi, veuillez décliner votre identité, la raison de votre venue, combien de temps vous comptez rester et détailler vos possessions."

Euuuuh, attends une seconde Snorri, faut poser le sac d'abord.

-"Salutations dawi, veuillez décliner votre identité, la raison de votre venue, combien de temps vous comptez rester et détailler vos possessions."

C'est moi ou il vient de faire une boucle là ? Bah, c'est sans doute le métier qui rentre. Il doit être nouveau à ce poste.

- "Je..."

Roh, un peu de tenue, bon sang ! J'ai passé six jours à lire et à dormir, je peux bien rester droit et parler sans bredouiller !

- "Je suis un fils de Meyna, du clan Juste-Marteau de Karak Hirn.
Je suis Snorri Sturillson, fils de Sturill Noradson, diplomate et ambassadeur de Karak Hirn au sein du Sud-Empire Umgi, ingénieur naingégneur, né à Karak Hirn, de passage pour au moins un mois dans la demeure des mes ancêtres.

J'amène avec moi mon matériel personnel, soit deux bandoulières avec arquebuses - une traditionelle et une expérimentale -, une dizaine de carnets et d'outils de mesure, autant de parchemins d'études, mon matériel d'écriture et d'orientation, une hachette naine de Karak Hirn, et les vêtements que je porte sur moi ainsi que dans cette besace."


Voilà qui devrait lui changer son intonation morose. Qu'est-ce que je dois faire ensuite ? Ah, passer ce corridor marqué d'un "2". Très bien, et - oh !
En voilà une compagnie peu commune. C'est... C'est vraiment ce que je pense ? C'est vraiment du fer-météore ?

C'est...
Ce sont...
Ce sont des Brise-Fer. Hm. D'accord. Je...

- "Bienvenue à Karak Hirn. Ici les étrangers, même les dawis, restent dans les Salles Marchandes. Inutile d'essayer de passer les portes de la citadelle sans permission royale, c'est juste un coup à se faire cogner par les Veilleurs. Il y a de quoi dormir, manger, marchander, travailler et un relais de poste pour communiquer vers la cité elle-même. Et avant qu'on oublie: voilà le passeport dawi, garde le précieusement car il permet d'éviter de se faire fouiller à chaque visite.

- Très bien, je vois. Et pour les gens comme moi qui ne sont ni Umgi ni étrangers, je dois me présenter à quel endroit ? Mon clan réside à Karak Hirn, au sein des légalistes, diplomates, négociants et médiateurs.

- Poste des messagers, support ouest de la Porte de Bronze. Circulez."

Ce... Ce fut rapide. Ils ont retournés mes sacs, empilés les livres et les étuis pendant qu'un autre déballait mes bandoulières et sacoches, et qu'un troisième balançait son discours. C'est... C'est efficace. On va pas faire tâche plus longtemps. Une machine bien rodée, on laisse pas de grains immobiles dedans. Vite, la porte en face et on y va.

J'ai rien oublié j'espère ?
C'est - ehm - c'est grand ici.

C'est très grand. D'habitude j'ai plus de vocabulaire que cela, mais là, vraiment, c'est juste... Grand. Cinq, quinze, vingt-cinq... Environ soixante-quinze pieds d'espace sous la voûte, quatre cents pas dans ce sens, deux cents dans cette galerie là-bas... Ils ont vraiment exagéré les dimensions. Je compte au moins quarante piliers de quatre pieds de coté, et toute la surface proche ou lisible est à la fois polie, sculptée et gravée. Même les bas-reliefs et les attaches sont plaquées de métal ou de pigments !

Enfin bref, un peu de tenue. Je suis pas ici pour rêvasser - enfin si, mais pas dans l'heure qui suit. A priori c'est ici que je suis né et ici que j'aurais dû grandir, enfin, à environ une mille en profondeur. Bref. C'est pas le moment de se relâcher - Ouah, ça sent l'taureau ici ! Pouah ! Changement d'itinéraire, et vite !

...

En passant, je vais quand même vérifier un détail...

...
...
...

Ouais, c'est bien ce que je pensais. Le sol est lisse, mais on sent des aspérités sur les points de grand passage si l'on y passe le dos d'une main, et l'humidité est camouflée par les odeurs et la hauteur sous plafond. Ainsi, Zhufbar a fait le choix d'innover pour conserver ses denrées et ses gens, Karak Hirn a préféré dégager des tonnes de roche. Chacun sa méthode. Au moins, les deux ont incrustés leurs murs de pierre-lumière ciselée, ça règle la question d'éclairage et les risques d'incendie.

Je prendrai des notes plus tard. Là, je dois être franc, direct et aussi hardi que possible. Pourquoi ?

Eh bien, parce que je rentre enfin à la maison.
Snorri Sturillson
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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par [MJ] Le Djinn »

Un peu d'ambiance musicale:

Trouver le poste de gardes ne fût pas chose difficile: c'était tout droit, on ne pouvait pas se tromper. Comme Snorri l'avait vu à l'entrée, le coin des messagers vers l'intérieur de la forteresse était mitoyen à la loge des brise-fer, sans doute dans l'objectif de protéger les pauvres facteurs contre des énergumènes décidés à entrer coûte que coûte. Le cas de figure ne devait pas s'être réalisé souvent tant les dawis en gromril paraissaient s'ennuyer ferme au point que le Veilleur le plus proche du petit comptoir d'accueil de la poste naine s'endormait à moitié sur sa hache à deux mains. Il y avait peu d'activité à cette heure si ce n'était les voyageurs du Grimgrandel qui venaient demander des nouvelles ou en déposer, certains patientaient également sur des bancs non-loin de la poterne de messagerie dans l'attente d'un proche qui viendrait les chercher. Une dizaine de minutes plus tard ce fût le tour de Snorri. Le postier, un nain blond aux yeux très clairs, voulu être aussi poli que possible envers un étranger:

-"Salutations le voyageur. Pas d'entrée à Karak Hirn sans autorisation royale ou membre de la famille pouvant témoigner de ton appartenance à la forteresse. Pour toute lettre, gravure ou autre objet à transmettre, merci de repasser entre le quatrième tour de garde et le vingt-deuxième précisément."

Le jeune ingénieur n'étant pas là pour déposer de la paperasse, il déclina son identité et demanda à ce qu'on aille chercher un membre de sa famille apte à l'identifier formellement. En entendant le nom du clan, le postier blêmit.

-"Fils de Meyna du Clan Juste-Marteau... Oh non..."

Le brise-fer de garde parut se réveiller avec la même vitesse que si on l'avait frappé dans les parties. Il balbutia.

-"Oh non..."

Deux messagers passèrent leur barbe par l'embrasure de la porte, les yeux ronds comme des soucoupes. Le premier s'exclama:

-"Pas question que j'y aille, jamais!"

Le second renchérit:

-"Mais moi non plus! Jamais!"

Il fût décidé entre les deux que la chose se jouerait à pierre-parchemin-ciseaux. Le premier perdit et, contraint, fût forcé d'aller quérir "la personne de la famille apte à faire entrer le jeune Snorri Sturillson".
Alors on attendit en demandant au concerné d'aller s'asseoir sur un banc. A côté d'eux les gardes de gromril parlaient à voix basse, visiblement inquiets. Le guichetier regardait droit dans le vide, les yeux exorbités, incapable de ciller ou de cligner. Les autres dawis attendant leur tour paraissaient mal à l'aise et la chose se répandit au point que bientôt une sorte de cercle s'établit dans un rayon de quelques mètres.

On attendit encore, une heure puis bientôt deux.

Alors le messager envoyé revint dans sa caserne, livide. Il murmura simplement:


-"Elle s'habillait. Elle arrive."

Tout le monde se tût. On entendait plus que les prières basses des plus pieux, notamment le brise-fer de garde à côté de la poste dont les jointures devenaient d'un blanc de cadavre alors qu'il parlait faiblement:

-"Oh Ancêtres, je ne vous ai jamais failli. Aujourd'hui je demande votre force..."

A bout de nerf, le messager partit se poser dans un coin de pièce et n'en bougea plus, se balançant d'avant en arrière avec fébrilité, visiblement à bout de nerfs. Bientôt des coups sourds éclatèrent contre les lourdes portes de bronze, si puissants que les gonds d'acier parurent sursauter. Les Veilleurs échangèrent des regards. On se désigna les uns les autres pour savoir qui ouvrirait la petite porte de service, celle qu'on ouvrait aux membres ordinaires de la forteresse. Finalement ce fût un certain Baradur qui récolta la besogne.

Avec mille précautions, Baradur s'approcha de la porte sur laquelle les coups s'attardaient à présent. Pour signifier sa présence il donna un coup de gant puissant, qui résonna dans l'immense volume des galeries. Quand on entendit plus rien, il se risqua à entrouvrir doucement tout en plaçant son bouclier bien devant son visage. Bien lui en prit car la porte s'ouvrir soudainement en grand et lui claqua dans le nez. Il tomba au sol, sonné, quand deux lourdes bottes d'acier passèrent dans le Hall des Voyageurs.

C'était une naine à l'allure terrible. Des traits tant marqués par le temps qu'elle n'avait plus d'âge, une longue chevelure de neige qu'elle lâchait, une carrure à faire rougir de honte un taureau et une armure entière d'acier forgé à qui on devait sans doute son retard et un marteau à deux mains qui avait dû fracasser le crâne de plus d'un orc.




Image



Aucun sourire sur son visage, aucune expression qui pouvait exprimer la joie, le chagrin ou quelque autre sentiment si tant est qu'elle en éprouvait. Les brise-fer voulurent se jeter au secours de celui des leurs qui gisait au sol, mais un seul regard leur fit comprendre qu'ils n'avaient pas intérêt à bouger de leurs positions.
Son regard passa sur le peuple rassemblé sur les bancs autour du coin des messagers. Son énorme nez laissa filtrer un son sourd et épais tandis qu'elle observait les visages, un à un, sans s'attarder un instant sur celui de Snorri. Elle souffla longuement quand elle en arriva au bout, faisant sursauter le guichetier qui décida à cet instant de prendre sa retraite dans le Pays des Trolls, loin des dangers de Karak Hirn.
L'observation terminée, la vieille naine jeta son marteau en arrière, poussant un Veilleur à se précipiter pour le récupérer, pliant quelque peu sous le poids de l'arme. Avec des pas lourds elle s'approcha de Snorri, les poings serrés.

Trois mètres, deux mètres, un mètre, portée de mains.

Elle ouvrit grands les bras et l'enserra à lui briser tous les os, alors qu'un immense sourire de joie couvrait ses lèvres. Elle avait une voix chaude et réconfortante, le genre que l'on aimerait écouter la nuit au coin du feu, pour chasser les mauvais rêves avant l'heure du coucher.


-"Oh Snorri, mon petit, tu m'as tant manqué! La dernière fois que je t'ai vu tu étais haut comme un enfant grobi! Que ta barbe a poussée à présent, ohlalala!a! Tu es devenu un véritable longue-barbe! Oh ça ne me rajeunit pas tout ça! De mon temps on venait voir sa grand-mère plus souvent, tu le sais ça?"

Elle sembla mettre quelques secondes avant de réaliser et de mettre sa main devant la bouche en arrêtant l'embrassade.

-"Oh mais tu ne me connais pas je pense! Ooooh! Je suis ta grand-mère, Snorri! La maman de ta maman! Oh tu as ses yeux et son poil d'oreille! Je suis Myrta aux Martel-Ardent du clan Juste-Marteau, mais tu peux m'appeler Mamie Myrtille, c'est comme ça qu'on m'appelle dans la famille.

Mais viens avec moi, je vais te faire rencontrer la famille! Dis-moi tout sur toi mon petit! Oh, on voit si peut de nouvelles têtes ici..."


Et alors qu'elle levait Snorri quasiment de force pour l'accompagner, il y eut un large soulagement dans l'assistance...
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par Snorri Sturillson »

Eh beh, même pour une simple cabane de poste, ils ont balancés le plafond à 20 verges de haut. Ils n'ont pas peur des toiles d'araignées ou des coulées contre les moulures, ça, c'est certain.

- "Salutations voyageur. Pas d'entrée à Karak Hirn sans -

- Je suis un fils de Meyna, du clan Juste-Marteau de Karak Hirn. Je suis Snorri Sturillson, fils de Sturill Noradson, diplomate et ambassadeur de Karak Hirn au sein du Sud-Empire Umgi, ingénieur naingégneur, né à Karak Hirn, de passage pour au moins un mois dans la demeure de mes ancêtres."

Alors, c'est quoi la suite cette fois ?

...

Ehm, eh bien, c'est un drôle d'événement que je viens de provoquer. C'est comme si j'avais annoncé une pénurie de bière...

...

Elle n'est pas brasseur ou brasseuse j'espère, la personne qu'ils mentionnent ? Tonnerre, j'ai évité pendant près de cinq ans le courroux des gorgones-gardiennes de Zhufbar, alors si c'est pour tomber aux mains de l'équivalent du coin, je vais vite regretter mes choix de vie...

- "Eh, donc, euh, ben, allez vous asseoir là-bas.

- Très bien, d'accord."

En parlant de choix de vies, je - qu'est-ce qu'ils ont tous à me regarder comme ça ?! J'y suis pour rien, et je n'y comprends rien à vos tremblements ! - je... Zut, de quoi est-ce que je pensais ? Voyons voir... Ah oui, les gorgones de Valaya, et mes choix de vie. Heh, est-ce que l'on peut vraiment dire que j'ai choisi quoi que ce soit ? Au final, même ici, je ne - Non, tout de même, j'ai choisi d'être ici. J'aurais très bien pu rester à Zhufbar ou ailleurs, mais même en admettant que j'ai été contraint de quitter Zhufbar, le fait que je sois sur ce banc actuellement est totalement de mon fait et de mon choix. J'aurais pu me contenter d'une simple paillasse et d'une porte à triple-serrure dans les Halles Supérieures, et...

Et vu l'ambiance actuelle, je commence à sentir quelque chose qui ressemble à << j'aurais dû me contenter de cela >> plutôt que << j'aurais pu me contenter de cela >>. Sang de pierre, est-ce qu'ils vont bien ? Celui-là va flancher d'une minute à l'autre s'il ne calme pas sa respiration. Et puis c'est qu'il a du coffre malgré son souffle, le gaillard ! Qu'est-ce que j'ai fait ? Ancêtres, qu'est-ce qu'il se passe ?


***


Là, voilà la porte qui s'ouvre - Ouh, ça ne devait pas être bon, ça ! Je sais qu'on dit souvent "bouclier sur pieds, sécurité", mais là, il en est tombé à la renverse, le bougre !

...
...
...

Qu'est-ce que c'est que cette... Chose ? C'est donc ça, les golems que Maman décrivait pour me faire peur il y a si longtemps ? Eh bien, foi de nain, je... J'imaginais ça moins... Et en même temps, j'imaginais ça plus... Enfin, c'est surtout que... Comment dire cela autrement ? Oh, ça se rapproche.

Cela. Se. Rapproche.

Pourquoi ai-je soudainement le ventre qui me lacère ? On dirait presque que mes ... Mais oui, c'est bien cela, mes cicatrices se tendent de toute part - enfin, je n'en ai pas une douzaine non plus. C'est comme si... Oui, j'ai l'impression que cette personne tremble, ou du moins que ses contours vibrent naturellement, comme si la chair et le métal n'arrivaient à contenir l'instinct ou l'éther qu'ils contiennent. C'est - je - enfin - euh, elle a les poings serrés, là ! Qu-?!

Un... Un câlin ? - Haaaaa, un peu dur le câlin, un peu-egh-serr-rh-ré !

- " Oh Snorri, mon petit, tu m'as tant manqué ! La dernière fois que je t'ai vu, tu étais haut comme un enfant grobi ! Que ta barbe a poussé à présent, ohlalalala ! Tu es devenu un véritable longue-barbe ! Oh, ça ne me rajeunit pas tout ça ! De mon temps, on venait voir sa grand-mère plus souvent, tu le sais ça?

- Je... J'ai pas eu le choix-agh."

C'est donc ça la nouvelle méthode d’amaigrissement ? Je... Du mal à res... Respirer... Je...

...

Aaaaaaah, de l'air, enfin !

-" Oh, mais tu ne me connais pas, je pense ! Ooooh ! Je suis ta grand-mère, Snorri ! La maman de ta maman ! Oh, tu as ses yeux et son poil d'oreille! Je suis Myrta Martel-Ardent du clan Juste-Marteau, mais tu peux m'appeler Mamie Myrtille, c'est comme ça qu'on m'appelle dans la famille.

Mais viens avec moi, je vais te faire rencontrer la famille ! Dis-moi tout sur toi mon petit ! Oh, on voit si peu de nouvelles têtes ici... "


Je - enfin, je - on - euh, je vais hocher la tête et suivre. Tonnerre de tonnerre, je comprends l'idée des hauts plafonds maintenant. Avec de telles manières et de telles accolades, il y a de quoi devenir claustrophobe !
Snorri Sturillson
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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par [MJ] Le Djinn »

Personne n'osa s'opposer lorsque Myrta emmena son petit-fils à travers la grande porte de bronze sans avoir signer les papiers de certifications, de reconnaissance de personne, la taxe d'entrée et tout un tas d'autres choses que les nains ont pourtant à cœur de faire respecter. Le portier se contenta de souffler, les brise-fer de récupérer leur camarade tombé durant sa mission et les fonctionnaires de serrer les dents en rayant cet événement des actes officiels.

-"Tu vas voir Karak Hirn! C'est une belle petite cité, même si je trouve qu'on aime un peu trop l'architecture moderne ici! Oh, c'est pas vilain quand même, mais je préfère l'ancien!"

D'architecture moderne, Snorri n'en vit pourtant pas. Le bâtiment le plus récent devait avoir deux siècles à tout casser et le style artistique généra, sans être antique, n'était pas particulièrement actuel. Typiquement, la mode dans les forteresses des Bords du Monde consistait à placer des piliers un peu partout, une idée ramenée par un maître-bâtisseur nain parti visiter Lothern. Zhufbar, toujours à l'avant-garde, avait ainsi inauguré plusieurs lieux de vies ou nouveaux locaux de guildes avec de longs piliers de marbres frisés "à la mode de l'ouest". Aucune mention à l'architecture elfe ne fût d'ailleurs jamais faite et il semblait bien que le secret de la provenance du style mourrait avec son découvreur.

Mais à Karak Hirn, rien de tout ça! Et d'ailleurs la ville n'en avait pas besoin pour être à la fois similaire et très différente de Zhufbar. Snorri se rappelait évidemment sans mal de l'apparence globale de la cité du torrent: Une ville plus qu'une forteresse, quasiment à l'air libre avec les cascades en son centre et sur ses flancs, des bâtiments qui sortaient de terre tels d'énormes champignons et qui s'enfonçaient dans le sol à la façon de racines d'arbres ainsi que des canaux zébrant et définissant les rues. Un umgi aurait pu y vivre sans se sentir à l'étroit, si l'on exceptait l'absence de soleil la majorité de la journée.
A côté de ça, la Cité du Cor semblait ne pas appartenir à la même race. On retrouvait certes le même amour de la pierre taillée, des allées larges et des plafonds hauts, mais la ressemblance s'arrêtait ici. Karak Hirn paraissait comme une fourmilière à taille naine: des dizaines de galeries parcouraient les murs, jouxtant des habitations complètement troglodytes hautes de plusieurs étages. Des dédales d'escaliers, de monte-charges, d'échelles et de ponts volants.
Tout était fabriqué à partir de et dans la roches, des marchés aux habitations, mêmes les forges n'évacuaient que par des aérations naturelles ou taillées. Un visiteur aurait même fini par être surpris que les chariots et les animaux ne soient pas eux-aussi en pierre, à force de ne voir que ça! En guise de coquetterie, la plupart des bâtiments étaient parcourus de fresques taillées ou de statues dans le style le plus classique des nains, c'est à dire anguleux et symbolique, sans doute à l'effigie d'anciens occupants des lieux, aujourd'hui partis rejoindre leurs ancêtres mais surveillant toujours le peuple de Karak Hirn depuis l'Autre-Monde.

Au détour d'une grande rue, alors que Snorri admirait un hall des guerriers dont la façade était hérissée de tant de pas de rondes qu'on aurait dit un lieu de promenade, un cri explosa:


-"Le lâchez pas... Le lâ... MAIS IL S'ENFUIT! RATTRAPEZ-LE! PAR LES POILS DE COUILLES DE GRIMNIR!"

Myrta parut s'inquiéter.

-"Ohlalala! Encore un?"

Des hurlements, des appels à l'aide, des bruits d'étals à la renverse et de structures en bois qui se brisent. Une forme énorme et sombre surgit cinquante mètres plus loin: à quatre pattes, se déplaçant de façon chaotique, une gueule grande ouverte, des griffes suintant de l'acide et des yeux fous de terreur et de panique. Jamais Snorri n'avait aperçu quoique ce soit de tel, surtout pas ce corps étrange qui paraissait constitué de pointes aiguisées.
La grand-mère dégaina son marteau à deux mains et repoussa l'ingénieur dans un trou de porte.


-"Un dragon d'écharde libre, encore un! De mon temps on savait mieux tenir les animaux que ça..."

La bête lui fonçait dessus. Elle serra les dents et se prépara à endurer un choc inévitable qu'elle savait ne pas pouvoir emporter. Heureusement des carreaux d'arbalète fusèrent dans le dos du dragon qui les reçut en pleines pattes, s'effondrant au sol à quelques centimètres à peine de Myrta. Pour la frousse, elle l'assomma d'un coup de marteau à deux mains en plein dans le museau. Elle lança ensuite aux éleveurs qui arrivaient son regard le plus venimeux et ils se figèrent. Doucement, sa tête tourna vers Snorri, qui attendait toujours dans un trou:

-"Mon petit, tu peux te promener un peu tout seul, disons dix minutes? Je dois discuter avec ces messieurs."

Ils tremblaient sur leurs jambes et s'empressaient de ligoter l'épineux aussi vite que possible. Ils n'échapperaient pourtant pas à la vieille naine, ile le savaient au fond d'eux-mêmes.
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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par Snorri Sturillson »

Elle préfère l'ancien ? D-d'accord. Est-ce que je lui dis que je suis incapable de faire la différence ? ...

Non, je ne vais pas le dire. J'ai comme un mauvais pressentiment dès que j'ouvre la bouche, on ne va pas tenter d'âneries. Et donc, voilà...

Karak Hirn.

C'est...

C'est...

C'est très grand. À vue de nez, on a bien une centaine de coudées sous plafond, une autre centaine de large et peut-être cinq ou six de long. Et encore, c'est uniquement pour cette cavité - enfin, cavité, c'est un petit mot pour un tel endroit.

Il y a tellement de mouvements dans ces lieux que le plafond en est troublé, flouté par les mouvements d'air et de lumière. Et plus l'on descend les yeux, plus les aspérités de la roche deviennent des couloirs, des rampes, des passes de chèvres, des toits, des balcons, des ponts de corde, des cavités d'irrigation, ... Ainsi voilà le Grand Hall du Fort-au-Cor, la première partie de la Citadelle Intérieure. C'est vraiment étrange à observer, tant j'ai l'impression en passant devant les bâtiments et les ornements souterrains que cette grande voûte n'a jamais été rénovée, jamais démolie, jamais... Jamais construite, en quelque sorte. C'est comme si durant toute l'existence de cette caverne, nul n'avait posé le moindre bloc ou le moindre pilier qui ne soit autre chose qu'un support éphémère, qu'une décoration obligatoire lors de l'agrandissement des lieux. C'est comme si tout avait été là depuis que cette caverne existe. Qui pourrait produire un tel lieu naturellement ? C'est... C'est insensé.

Oui, je l'aperçois maintenant. Il y a des changements dans l'aspect et la texture de la roche qui indique un certain travail - un travail minutieux et affolant en dimension, mais pas invisible. Il y a des marques, des changements - ou plutôt des absences de changement - dans le relief qui ne trompent pas : il y a eu de nombreux ouvrages ici, qui ne sont plus visibles ou séparables puisque la très grande majorité a servi à élargir telle surface, à augmenter tel périmètre, à lisser tel plan, etc. De fait, c'est comme si durant tous les siècles passés, nul n'avait jamais posé le moindre bloc en ces lieux. Oui, c'est cela, c'est exactement cela. Tous les édifices, tous les repères et parois ont été taillés dans la roche déjà présente, sans extraction ni translation. Tout a été sculpté dans les parois de l'époque, avant que la gravure ne s'enfonce encore plus loin dans la paroi, libérant les bâtiments muraux pour leur donner cette forme de "stalagmite", de "casemate naturelle" ou de maison rectangulaire légèrement bombée.

Le plus étourdissant dans tout cela, c'est que les extrémités des édifices ne correspondent pas aux limites de la roche ni à la répartition des sédiments locaux. Ainsi, les couleurs se mélangent comme bon leur semble, selon un ordre qui n'a pas de sens puisque les quelques indications qui résidaient autour ont été creusées jusqu'à l'extinction. C'est ... Je ... Je ne saurais dire de quand date quel bâtiment, tant tout me semble venu d'un temps immémorial, d'une ère si ancienne et si étrange qu'elle en devient une... Une expérience philosophique.

Je ... Je suis né ici ? Je suis réellement né ici, quelque part entre ces murs et ces galeries à flanc de "falaise concave" ? C'est, euh, ... C'est chez moi, ça ? Je - enfin, euh, je...

- "... MAIS IL S'ENFUIT! RATTRAPEZ-LE! PAR LES POILS DE COUILLES DE GRIMNIR!
- Ohlalala! Encore un ? "

Hein, quoi ? Qu'est-ce que -!

Tempérance - non, euh, c'est comment déjà - Modération - Non, Sobriété. Vite, mon- !
Non, je suis pas à Zhufbar, je dois pas sortir mes inventions comme ça, je - c'est un rude marteau de guerre, ça !
Qu'est-ce que - c'est quoi cette chose ?! Un dragon ?! Qu'- ...

...
...
...

Il est mort ? Vraiment ? Comme ça, sans plus, avec quelques salves d'arbalète ? Euh...

...

C'était terrible, et décevant. Oui, terriblement décevant. Ce... C'est un dragon d'écharde ?

...

Ils sont plus gros dans les croquis de Zhufbar. Plus gros, mais aussi plus courts. Celui-là ressemble plus à une... À un cousin géant et hérissé de la salamandre des cascades qui traînent parfois dans les couloirs humides de... Eh bien, des Quatre Cascades.

- " Mon petit, tu peux te promener un peu tout seul, disons dix minutes ? Je dois discuter avec ces messieurs.

- Euh, oui, pas de souci. Je vais faire ça, oui-oui."

Ah, c'est leur tour cette fois-ci. Je vais aller voir ailleurs, je n'ai pas la tête à observer de la violence. Mais si je vais ailleurs, je vais... Où est-ce que je vais ? Disons... Par là ? Bah, je ne risque pas de me perdre, vu qu'il n'y a aucune cavité cloisonnée.

...

Ben tiens, justement quand je le dis, il faut que j'arrive en vue d'une des "sorties" de la caverne. C'est... Attends, c'est vraiment une issue ? Cette simple porte en granit et tourmaline noire ? Non, ce n'est pas possible. Le chemin vers les autres Halles Intérieures ne peut pas être aussi limité. C'est à peine une double porte, aussi haute que large, et aussi haute qu'un nain... Ou qu'un nain avec les bras levés.

Mais si ce n'est pas une issue, pourquoi est-ce qu'il y aurait trois carrés de soldats et un muret en demi-octogone autour de cette simple porte ? Surtout que le muret est incliné pour permettre les mouvements s'éloignant de cette issue, et non l'inverse. C'est vraiment surprenant comme endroit.

À moins qu'il n'y ait un subterfuge dans la paroi et que ... C'est une meurtrière ça, ou une fente d'aération ?

...

C'est une pointe d'arbalète qui dépasse. C'est une meurtrière - enfin, une parmi... Cinq, quinze, trente... Tonnerre, une cinquantaine de meurtrières en quinconce sur quatre colonnes, et pas la moindre trace de passerelle externe, d'entrée ou de crénelage visible. Tout le chemin de ronde et les passages sont à l'intérieur de la paroi, dans le même rideau vertical que la double porte. Tout est à l'intérieur de ce mur naturel. Tout. Escalier, accès, chemin de ronde, ravitaillement, réserve, ... Oui, c'est bien cela. Aucun pont de corde ou cavité ne mène à ce mur. Aucun autre accès hormis les rues où je me trouve.

Cette modeste porte en pierre lourde et semi-précieuse est un énorme guêpier rempli de barbus prêts à en découdre jusqu'au plafond. Attends, jusqu'au plafond ?

Par quel sortilège honteux serait-il possible d'accéder à ce rempart par le plafond ?

...

Enfin, c'est absurde, mais si ces meurtrières sont si haut placées, ce n'est pas pour décorer - surtout que l'ensemble de cette caverne n'est pas vraiment un exemple de décoration ou d'art. Ces meurtrières existent afin de répondre à un besoin, à une nécessité, comme tous les autres travaux effectués ici. Si cela existe, c'est qu'il fallait que cela existe. Mais qui pourrait tenir à cette hauteur et sur une telle distance ? Qui ?

Ancêtres, j'ai déjà tellement de choses à écrire, alors que cela fait si peu de temps que je suis là...
Snorri Sturillson
Voie de l'étude de l'ingénierie - Compagnon (Ingénieur Nain de Zhufbar)
Profil: For 8 | End 10 | Hab 11 | Cha 9 | Int 11 | Ini 7 | Att 9 | Par 9 | Tir 9 || NA 1 | PV 75/75

"Vous n’avez pas le droit d’avoir votre opinion. Vous avez le droit d’avoir votre opinion renseignée.
Personne n’a le droit d’être ignare.
"
Snorri dans un univers parallèle très mignon et propre :
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Fiche personnage wiki : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_snorri_sturillson

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