[Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

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Les Montagnes sont depuis l'aube des temps le domaine des Nains : c'est là, parmi les pics colossaux et les précipices vertigineux, qu'ils bâtirent jadis d'immenses forteresses souterraines.

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[MJ] Le Djinn
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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par [MJ] Le Djinn »

L'Impasse Haute, petit nom donné à ces deux murs parcourus de meurtrières d'où pointaient des arbalètes. Il y en avait des dawis là-dedans et ils attendaient tous, sans bouger, que quelque chose passe. A part Snorri, pas un seul d'entre eux ne se trouvait dans l'allée menant à la porte. De longues secondes s'écoulèrent pendant que le jeune ingénieur tout juste diplômé prenait des croquis et notait des informations diverses. Une voix retentit derrière lui.

-"Excuse-moi l'ami, tu ne peux pas rester là."

En se retournant, Snorri tomba nez-à-nez avec un guerrier sans doute vétéran, équipé d'une belle armure d'acier et d'une barbe noire très fournie. Un oeil lui manquait, couvert par un bandeau lui donnant des allures de pirate.

-"C'est dangereux ici, des grobis pourraient débarquer en masse d'un instant à l'autre, alors hop tu files si t'as pas de travail à faire dans ce coin."

Sans doute n'aurait-il pas parlé aussi crûment s'il avait su que Snorri était ingénieur confirmé et pas un simple apprenti curieux ou un scribe quelconque venu prendre des notes. De toute façon sa grand-mère devait l'attendre et le temps de rentrer s'écoulait à grand pas.
La retrouver s'avéra plus facile qu'espéré: elle attendait toujours au même endroit, simplement assise sur un banc contre un haut-mur abritant un atelier de tissage. Elle discutait tranquillement chiffon avec une autre naine d'un âge certain. Elles dégoisaient également sur les vêtements des jeunes naines de Karak Hirn, en bonne commères de la forteresse. En approchant, Snorri put constater qu'il ne restait de la présence du dragon qu'une flaque d'un sang noir et épais, traîné sur le sol sur plusieurs mètres avec une flaque plus large, sans doute celle du chariot où on l'avait placé avant de l'embarquer à la dragonnière.


-"L'autre jour encore j'ai vu la petite Minalson se promener avec une robe qui ne lui couvrait pas les chevilles. Tu te rends compte Daneg? Pas les chevilles! Les modes umgis nous touchent trop, j'ai peur de ce que nous sommes en train de devenir, oh..."

-"Oh m'en parle pas! Mon fils s'est mis en tête de se trouver une humaine! UNE HUMAINE! C'est la ruine si les choses tournent comme ça, je suis bien d'accord! A bon entendeur..."

Comme l'arrivant de Zhufbar entrait en ligne de vision, Myrta Martel-Ardent se leva et salua son amie avant de retourner vers son descendant.

-"Oh mais toi je sais que tu n'es pas comme ces vilains progressistes qui ne veulent que détruire les traditions de l'Ankor, hm? Non, ça c'est mon petit-fils. Rentrons maintenant, ton grand-père a hâte de te rencontrer!"

L'annonce sonnait comme un avertissement.

Traverser l'étage jusqu'au grand escalier de l'ouest demanda quasiment une heure de marche supplémentaire, à rythme modéré cependant, Myrta ayant demandé grâce pour ses pauvres jambes. L'étage inférieur, moins vaste que le premier, contenait une bonne part des habitations riches, là où le "rez-de-chaussée" contenait surtout des séries de petits appartements. S'il n'était pas moins propre que l'étage supérieur, il était assurément plus silencieux. Pas de travail de forge, de hurlements de maîtres sur les apprentis ou de bruits de combats d'entrainement, juste la tranquillité des gigantesques halls nains, pratiquement vides à cette heure.
Le Sturillson en fût donc quitte pour découvrir la demeure de sa famille. Dans le plus pur style dawi local, hérité de générations du clan Juste-Marteau, le hall de clan, car c'était bien de cela qu'il s'agissait, faisait la taille d'un petit château bretonnien.


-"Tu vas voir, tu vas être bien ici Snorri! Les deux-tiers du clan y vivent! Tu vas pouvoir rencontrer tes cousins!"

Complètement incrusté dans la paroi, le bâtiment n'existait que par les trous fermés de volets en métal qui poussaient dans la roche comme des impacts de balle. Pas de jardin, la porte de deux-mètre cinquante en pierre donnait directement sur la rue. Des décorations, frises et autres runes protectrices grêlaient la pierre tels des tatouages. Myrta frappa trois grand coups à la porte et on vint lui ouvrir. C'était une toute jeune naine, aux tresses très courtes et d'un blond clair très éclatant. Une petite robe rouge épaisse de laine et un visage infantile donnaient le ton. Elle dévisagea Snorri comme un chat l'aurait fait d'une souris.

-"C'est qui, mamie?"

-"C'est Snorri, ton cousin! Mais présente-toi correctement, il est ton aîné!"

Très déstabilisée par cette réponse, la petite naine s'inclina profondément, avec un respect un peu feint.

-"Je suis Ingrid du clan Juste-Marteau, enchantée de vous rencontrer."

Le texte était bien appris mais manquait un peu de pratique. L'intérieur de la maison était sobrement décoré, très troglodyte avec du mobilier en bois de sapin et en pierre. Les métaux précieux étaient nombreux et l'or se trouvait à l'honneur dans les sculptures et les vases.

-"Ingrid, tu veux bien aller chercher les aïeux? Je vais aller dans le salon de pépé avec Snorri. Il faut que tout le clan le voit."

Les pièces, toutes carrées ou presque, se séparaient par de lourdes portes en bois ou en pierre, toujours très décorées mais jamais facilement repérables. Myrta les ouvrait et les fermait avec la facilité de l'habitude, se repérant dans ce labyrinthe de pièces comme si ce n'était rien. Là une cuisine, là une salle des repas, là un atelier. Snorri croisait de nombreux nains que sa grand-mère ne s'arrêtait pas pour saluer. Ils se retournaient tous à son passage et certains se levaient même pour les suivre.

Enfin ils arrivèrent dans une longue pièce rectangulaire ayant pour principal mobilier une longue table de pierre à pied central et entouré de bancs. De parts et d'autres du lieu, qui devait bien faire dix mètres de long et six de large, des bannières représentaient les ancêtres vénérés, ceux dont on se souvenait. Une énorme cheminée triangulaire crachait un feu terrible à l'autre bout. Assis sur un fauteuil en chèvre, un vieux nain lisait un livre, une épaisse couverture sur les genoux. En s'approchant, Snorri comprit qu'il s'agissait d'un livre des rancunes. Le vieillard, la barbe totalement blanche et le visage plus ridé encore que celui de Myrta, retira ses petites lunettes rondes et amena un cornet à son oreille.


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-"Myrtaaaaa! C'est qui c'lui là?"

Sans se démonter elle répondit:

-"C'est Snorri, le fils de Meyna."

-"Il vient faire le ménage?"

-"MEYNA!"

-"Ah, Meyna!"

Il se retourna d'un bond pour faire face à son petit-fils. Avec une vigueur inhabituelle il se leva et pris Snorri entre ses deux pognes pour le regarder intensément.

-"Il a tes yeux Myrta, ainsi que mon nez... Pas de doute, c'est un Juste-Marteau! Allez, viens donc t'asseoir, tu dois être épuisé!"

D'un geste qui ne souffrait pas de réplique il indiqua un autre fauteuil du même type que le sien, juste à côté de lui. Myrta resterait debout derrière le dossier. D'une voix calme et assurée, quoique chevrotante, le vieux nain commença:

-"Je suis Ulfbert, ton grand-père. Tu ne t'en souviens sans doute plus, mon pauvre petit... Ton père a mis tellement de mauvaises idées dans la tête de Meyna qu'elle a dû nous oublier, ha! Mais heureusement tu es de retour et la vie du clan va pouvoir reprendre normalement, pour le plus grand bonheur de nos ancêtres, que je ne tarderai pas à rejoindre d'ailleurs. Ah, Sturill et ses idioties modernistes..."

Sans doute consciente qu'il insultait le père de Snorri, Myrta mis un petit coup sur la tête chauve de l'ancêtre qui grogna de douleur avant de reprendre, fixant les flammes qui faisaient rougir ses pupilles:

-"Mais nous ne savons presque rien de toi, Snorri... Rassure donc ton idiot d'aïeux, tu as su trouver un travail honnête d'orfèvre rituel comme le clan Juste-Marteau l'est? Oh pas que j'y tienne tant, je sais que la vie chez les umgis peut-être dure... Si tu as su être guerrier ou tisseur, je ne t'en tiendrai pas rigueur..."
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Snorri Sturillson
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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par Snorri Sturillson »

Des grobis, aussi près d'ici ? Hein ?

...

C'est vrai que je ne dois pas ressembler à quelqu'un de sérieux vu ma demi-douzaine de paquets, sacoches, bourses, mes carnets ficelés et mes deux bandoulières à l'épaule... Et puis, j'ai tout sauf envie de les laisser tomber pour sauver ma peau en cas de conflit. Allons voir ailleurs.

C'est quand même dingue ce parterre naturellement bariolé, on pourrait croire que quelqu'un a déversé des tonneaux de pigments au hasard, mais non. Ce n'est que la couleur naturelle des différentes couches de roche creusée. En soi, cela donne un certain style, mais aussi, une certaine allure, disons... Assez peu travaillée. C'est comme si l'on s'était arrêté à la facette fonctionnelle d'un travail de grand ouvrage, et rien de plus. De fait, le sol est plat, mais pas parfaitement lisse en tout point, et il n'y a aucun tracé au sol. Il n'y a qu'un motif, un schéma de relief répété à l'infini dans toutes les directions. Oui, c'est vraiment cela : fonctionnel, et rien de plus. Ah, voilà Mamy !

- " Oh, mais toi, je sais que tu n'es pas comme ces vilains progressistes qui ne veulent que détruire les traditions de l'Ankor, hm? Non, ça, c'est mon petit-fils. Rentrons maintenant, ton grand-père a hâte de te rencontrer ! "

Euh, oui, oui-oui. Moi, progressiste ? Non, bien sûr que non Mamy. Ehm... Je vais rester à côté d'elle. Progressiste ... C'est un test quelconque, ou bien quelque sous-entendu sur ma provenance ?

...

Dans le doute, je ne vais rien dire. Je vais juste rester à côté d'elle.


***

Un escalier ? C'est ce qu'ils appellent un escalier ?! Où sont les rampes, les rails, les coulisses, les poulies de levage, les treuils, les croisées, ? Où est-ce qu'ils ont rangé tout ça ?! Ils n'ont mis que des marches vastes et rectilignes ! Il doit forcément y avoir un autre système pour traverser les couloirs entre les halles, c'est impossible qu'il en soit autrement. Strictement imposs-

Qu'est-ce que c'est que ça ? On est déjà dans l'autre poche ? Mais on vient de quitter la Halle d'entrée... Attends. On est sous la Halle ? On est sous la Halle. Je ... Quoi ? Comment ? Une formation rocheuse par poche superposée ? Ce... À cette altitude/profondeur ? Dans ces conditions ? C'est insensé. On est dans une montagne sèche, pas une éponge ou un fromage !

Comment est-il possible d'avoir plusieurs cavernes superposées sans effondrement préalable ? Je... Quelque chose m'échappe. Il y a forcément quelque chose qui m'échappe. On a dû bifurquer dans l'escalier, ou bien, c'est mon sens de l'orientation qui me joue des tours. C'est impossible qu'il en soit autrement - même improbable. Enfin, il y a la même hauteur sous plafond ! C'est ridicule !

...

Tiens, c'est silencieux ici. On entend rien d'autre que des pas. On n'entend même pas un courant d'air.

- " Tu vas voir, tu vas être bien ici Snorri ! Les deux-tiers du clan y vivent ! Tu vas pouvoir rencontrer tes cousins ! "

- "Mes cousins ? D-D'accord."

Depuis quand est-ce que j'ai des cousins ? C'est possible, ça ? ... Ça doit l'être, vu qu'elle vient de me l'annoncer. Enfin ... D'accord. Et c'est normal tous ces essais de gravures asymétriques ? J'imagine que le fait que tous ces symboles et ouvertures soient disséminés dans un semblant d'aléatoire est voulu. Sans doute est-ce un autre ouvrage qui s'est arrêté sur l'aspect fonctionnel et rien de plus. Décidément, je commence à croire que l'on est dans un terrain d'entraînement ou un fortin peu aisé. On m'aurait donc menti sur les richesses d'Alrik ? Impossible. Improbable - encore une fois, heh.

- " C'est qui, mamie ?

- C'est Snorri, ton cousin ! Mais présente-toi correctement, il est ton aîné !

- Je suis Ingrid du clan Juste-Marteau, enchantée de vous rencontrer.

- Et moi de même. Snorri Sturillson, du clan... Enfin, vous savez déjà.

- Ingrid, tu veux bien aller chercher les aïeux ? Je vais aller dans le salon de pépé avec Snorri. Il faut que tout le clan le voie.

- ..."

T-tout le clan ? Tout le clan dans le même service ? Je... J'ai le droit de demander une arrivée plus progressive, plus échelonnée ? Je ... Oh et puis zut. Comme ça ce sera fait. Tiens, les murs sont plus lisses à l'intérieur qu'à l'extérieur. C'est nettement plus travaillé, oui. Tout est nettement plus travaillé ici qu'en-dehors. Et là, on a...

Une... Deux... Cinq... Sept portes ? Six ? Dix ? J'ai du mal à distinguer les gonds des accroches murales. En tout cas, pas de doute, on est à Karak Hirn. La tapisserie centrale est la même qu'à l'ambassade de Nuln - fond vert froid, contour blanc croisé, cor en arc central. Je... Bon sang, on décolle déjà !

Elle est passée où ?

...

Là ! Décidément, ces gonds et poignées couleur grise rocaille, c'est très peu pratique ! Enfin, au moins, les portes sont larges, je n'ai pas à me tendre ou à me tordre pour passer les encadrements. C'est déjà ça. Et voilà d'autres - ah, on ne s'arrête pas - au revoir alors - et d'autres - toujours pas d'arrêt. Bon bah... En avant, j'imagine ...


[...]

Voilà enfin un arrêt ! J'ai passé une dizaine de portes, croisé une quarantaine de visages sinon plus ! Décidément, l'organisation de cet endroit laisse à désirer ! Je suis sûr que si je regarde les plans, la symétrie est aux fr- Archaïque. Comment ça, archaïque ? Oui, c'est le mot qui me vient quand je regarde cet ancien Dawi. Heureusement pour moi, en Khazalid, c'est un compliment.

[...]

- " Il a tes yeux Myrta, ainsi que mon nez... Pas de doute, c'est un Juste-Marteau! Allez, viens donc t'asseoir, tu dois être épuisé !

Je suis Ulfbert, ton grand-père. Tu ne t'en souviens sans doute plus, mon pauvre petit... Ton père a mis tellement de mauvaises idées dans la tête de Meyna qu'elle a dû nous oublier, ha ! Mais heureusement, tu es de retour et la vie du clan va pouvoir reprendre normalement, pour le plus grand bonheur de nos ancêtres, que je ne tarderai pas à rejoindre d'ailleurs. Ah, Sturill et ses idioties modernistes...

Mais nous ne savons presque rien de toi, Snorri... Rassure donc ton idiot d'aïeux, tu as su trouver un travail honnête d'orfèvre rituel comme le clan Juste-Marteau l'est ? Oh pas que j'y tienne tant, je sais que la vie chez les umgis peut-être dure... Si tu as su être guerrier ou tisseur, je ne t'en tiendrai pas rigueur..."


<< Sturill et ses idioties modernistes >> ? << Ton idiot d'aïeux >> ?

...

Si les autres sont dissimulés dans le décor, je suis un nain mort. Enfin, il est vrai que déambuler avec tout cet outillage n'est pas vraiment confortable, mais... Attends, il parle bien de mes parents, là ? Meyna, c'est bien Mère ? À l'entendre, on croirait que c'est une marmouse de dix ans...

<< orfèvre rituel >> ? << guerrier ou tisseur >> ?

Mais... Et le passé de légaliste ? Et la tradition de médiateur, de législateur ? Qu'est-ce que ... ?

Je ... Enfin, je ...

...

Quoi ? Comment ? Comment ça << orfèvre rituel >> ? Absolument personne parmi mes frères n'est orfèvre ou artisan, et seul Thorin est un guerrier. Sauf que, si j'ai bien suivi les dires de Mère, je suis le seul de la fratrie à ne pas avoir connu Karak Hirn, vu que j'ai dix ans de moins que mes ainés. Pourquoi ne les mentionne-t-il pas ? Les aurait-il oubliés ? ...

C'est à rien n'y comprendre. Je sais que cela se lit sur mon visage, mais je suis totalement perdu, là. Plus je réfléchis à mes mots et moins les siens font de sens à mes yeux. Je doute qu'il soit idiot ou assez tortueux pour me tendre un piège à l'oral lors d'une première rencontre, mais là, je n'y comprends rien. Qu'est-ce qu'il entend par << orfèvre rituel >> ? Mère m'aurait-elle menti ? Mère et Père m'auraient donc menti ? Et Thorin, Thorek, Stragud, Sorgill dans tout cela ? L'un est soldat, l'autre est diplomate, le troisième est négociant (ou médiateur selon les saisons), et le dernier est marchand. Où sont passés les << orfèvres rituels >> ?

...

Il faut bien que je lui réponde quelque chose, sinon il va se fâcher - ou pire, répéter. Je... Je vais tenter quelque chose, tant pis.

- " Je ... Je suis le dernier fils de Sturill et Mère-Meyna, en effet. Le cinquième, grand-père. Je m'appelle Snorri, et je n'ai vécu que quelques mois ici - quelques mois dont je ne me souviens pas autant que je le voudrais. J'ai principalement vécu et grandi entouré d'Umgis, puisque Mère - enfin, Meyna - a été assignée là-bas peu après ma naissance. J'ai grandi entouré de tous ces gens, mais aussi avec des Dawis, ceux du Mighdal Bar de Nuln. Sans cela, j'aurais certainement mal tourné, vu que - eh bien... Les Umgis sont ce qu'ils sont, grand-père."

Et maintenant, quoi ? Je ... J'ai commencé. Il faut continuer, avant que le pont s'écroule.

- " Et là où mes frères se sont extirpés de Nuln en devenant négociant, soldat ou diplomate, j'ai dû passer le plus clair de mes jours à Nuln même, entouré par des Umgis urbains et des << savants >> de toute sorte, pour ne pas dire des Elgis. La seule issue que j'ai trouvée fut d'être envoyé à Zhufbar, où j'ai accompli quinze ans de travaux. C'est la seule issue que j'ai trouvée, mais c'est la mienne."

J'ai besoin de respirer. Hufff...

- " Je suis ingénieur, grand-père. Je suis bâtisseur ou architecte, maître d'œuvre, arquebéleur ou artificier, mais avant tout et surtout ingénieur. Et..."

Pétard, je la sens mal celle-là, mais alors... C'est un instinct presque primitif qui m'obstrue la trachée. Rah, qu'importe, je ne suis pas revenu pour m'enterrer ! Et s'il ne m'est permis de revenir qu'à la mort d'un de mes pairs, et bien, qu'il en soit ainsi !

- " Et quel que soit le tort que l'on nous ait causé, je ne compte pas rester ici à attendre que cela se résolve. J'ai des comptes à régler en dehors des Montagnes Noires, grand-père. Je suis ici pour apprendre de mon clan, mais je ne veux pas rester ici à attendre. J'ai déjà attendu trop longtemps avant de pouvoir venir ici, alors... J'ai convenu d'un rendez-vous avec M-Meyna. Elle sera ici dans quelques jours, peut-être quatre tout au plus. Je ne sais pas si Père - enfin, Sturill - sera là, mais Meyna viendra. Elle me l'a promis."
Snorri Sturillson
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"Vous n’avez pas le droit d’avoir votre opinion. Vous avez le droit d’avoir votre opinion renseignée.
Personne n’a le droit d’être ignare.
"
Snorri dans un univers parallèle très mignon et propre :
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Fiche personnage wiki : wiki-v2/doku.php?id=wiki:fiche_snorri_sturillson

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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par [MJ] Le Djinn »

Un petit test de charisme pour bien commencer: 8, réussite sur le fil.
Avec l'oeil inquiet de ceux qui savent qu'ils auraient dû se taire, Snorri constata que les mains d'Ulfbert se contractait sur les accoudoirs. La pierre et le bois craquèrent sous l'effort tandis que le vieux nains, regardant vers le sol, tentait de retenir sa colère devant la triste vérité: son petit-fils, le fils de sa fille, était devenu ingénieur. Un savant. Un moderne.

-"Un ingénieur? Un ingénieur à Nuln..."

Inquiète, Myrta posa la main sur l'épaule de son mari dont elle sentait la tension monter lentement. D'un bond, le vieux nain se releva, levant les mains au plafond, poings serrés et muscles d'ancêtre saillants. A la lumière de l'âtre, sa peau craquelée brillait comme la roche des profondeurs à la lueur des torches. Il éructa un cri sauvage.

-"Sturill! Fils d'Elgi! Ne cesseras-t donc jamais de briser ma lignée?! FILS DE GROBI!"

En un geste furieux, il se retourna vers Snorri, qui sentit un frisson de terreur lui parcourir l'échine. La vérité était là, crue: ce vieillard, qui comme tous les nains n'était rien de moins qu'un des plus résistants et puissants membres de sa race, pourrait lui briser les cervicales en y mettant uniquement les pouces. Heureusement pour le jeune ingénieur, au lieu de lui mettre les os en poudre, le vieux nain se contenta de partir dans un cercle de cent pas.

-"Non, tout ça c'est ma faute! J'ai été trop laxiste avec Meyna! J'aurais dû aller la chercher par les tresses et vous ramener tous les deux ici pour que puissiez avoir une vie normale, ah oui! Ce sont les umgis ça, ils vous infectent l'esprit... Mais je t'interdis de quitter cette fort..."

Il se retournait pour parler directement à Snorri quand les portes s'ouvrirent pour laisser passer une véritable foule de formes et de nanisme. Des plus âgés, des plus jeunes, des hommes, des femmes, des forts, des maigres, des petits et des moins petits. Instantanément, Ulfbert se calma, aidé en cela par sa compagne qui posa une main douce, mais ferme, sur son épaule. Myrta se décida ensuite à avancer vers la foule.

-"Ah! Cousin Balin, ma nièce Sydor, mon bel-oncle par alliance Dalbert, mon cousin de lait Aristod..."

Ils étaient en tout et pour tout cinquante-cinq. Cinquant-cinq dawi appartenant au clan Juste-Marteau qui vivaient sous le même toit. Des oncles, des cousins, des frères, des enfants. Tous vivaient ensemble dans cette forteresse miniature, partageant tout. Ainsi était la vie chez les nains: les clans les plus pauvres habitaient des demeures individuelles, séparées. Au contraire, le népotisme ambiant et valorisé des dawis faisaient que les clans les plus riches s'achetaient des propriétés immenses pour loger des dizaines de membres. Ainsi, la famille maternelle de Snorri semblait passablement riche.

-"Il est plus gros que je ne le croyais..."

-"Plus petit, aussi..."

-"Il tient de sa mère, c'est sûr."

Les commentaires fusaient à travers la masse de nains, chacun y allant de son petit commentaire, le plus souvent désobligeant. Myrta, sentant que la situation lui échappait, frappa dans les mains pour réclamer le silence. Chacun se tût.

-"Saluez Snorri, fils de Meyna. Il est désormais membre du clan à part entière, comme sa mère avant lui et moi avant elle. Il restera parmi nous aussi longtemps qu'il le désirera."

Il y eut des bonjour, des salutations, des bienvenues et un adorable "Coucou!" d'une gamine de quatre ans.

-"Reste-là quelques secondes de plus, qu'ils te voient... Parfait! Maintenant je vais te conduire à ta chambre, on doit bien en avoir une de vide. Tu pourras te reposer en attendant le souper."

Traverser la forteresse rétrécie se trouva encore pire que traverser la foule de dawis plus ou moins aigris. Une succession de salles, d'escaliers, de portes, le tout dessiné pour être le plus impraticable possible. Une défense passive en cas d'attaque, probablement. Enfin, la chambre, si on pouvait l'appeler chambre: une pièce troglodyte, grande comme une petite armurerie, aux murs nus et sans aucune fantaisie, avec pour tout meuble un lit de pierre et un matelas. Rien d'autre. Il y eut bien des explications:

-"La salle était vide et tu es arrivé un peu... On va t'apporter des meubles, ne t'inquiète pas! Tu peux te promener où tu veux, mais sois à l'heure pour le diner.

Tu es attendu.."
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par Snorri Sturillson »

Oh, ça y est, c'est l'heure de la trempe !
Je savais que j'aurais dû aller voir les cousins de Père en premier, je le savais ! Et voilà ce qu'il va m'en c - Attends. Il sont nombreux là. C'est qui ces gens ? Des valets ? Des apprentis ?

...

Eh bien non, ni l'un ni l'autre. Ces gens si éloignés et si lointains de moi sont donc mes proches. C'est... C'est nouveau. Hm. C'est étrange, il y a comme un air entre tous. Enfin, je veux dire, bien sûr qu'il y a un air de famille, mais il y a aussi autre chose. Une sorte de trait inhérent, une humeur qui se répète dans chaque faciès et chaque posture, comme...

De la peur ? Non, ce serait idiot.
De la surprise ? Non, c'est autre chose, de plus étalé dans le temps.
De l'amertume ? Enfin, ils ne m'ont jamais vu, je ne vois pas comment je pourrais leur provoquer de telles émotions. Il n'y a aucun doute là-dessus.

Ah, tiens, du doute. Voilà ce qu'ils laissent tous transparaître dans leurs regards et leurs manières. En soi, puisque je ne les ai jamais vu, et eux non plus, ce n'est pas étonnant. C'est la première fois que je reçois ce genre d'accueil, mais c'est sans doute la première fois qu'ils accueillent quelqu'un de ce genre. Bah, à la bonne heure ! C'est peut-être la preuve qu'aucun d'eux n'est simplet !

- " Bonjour à tous. Vous ne me connaissez pas, ne m'avez jamais vu ou presque, mais me voilà. Snorri, fils de Meyna Myrtasdottir, votre cousine ou tante ou marraine. Je ne viens pas pour déranger quoi que ce soit ou qui que ce soit, rassurez-vous.

- Reste-là quelques secondes de plus, qu'ils te voient... Parfait! Maintenant je vais te conduire à ta chambre, on doit bien en avoir une de vide. Tu pourras te reposer en attendant le souper."

Ah, oui, une chambre. En voilà une bonne idée. Je serai certainement plus présentable sans ma tonne de sacoches et mes besaces dans tous les sens - et puis, c'est qu'il fait chaud là-dessous !

***
C'est... C'est frugal tout ça. C'est grossièrement lisse, grossièrement plat, et ça sent le grès. Bah, au moins j'ai assez de place pour tout mon barda. C'est au moins ça.

-"La salle était vide et tu es arrivé un peu...

- A l'improviste.

- On va t'apporter des meubles, ne t'inquiète pas! Tu peux te promener où tu veux, mais sois à l'heure pour le diner. Tu es attendu."

Attendu ?

...

Attendu. Soit. Bon, eh bien, plus une minute à perdre, on pose tout et on déballe le nécessaire. Tout a tenu le voyage, alors tout tiendra quelques temps d'immobilité.

***

19 Ulriczeit 2544 - Addendum A

Voilà donc Karak Hirn. C'est à la fois plus grand et plus petit que je ne l'imaginais. Tout est ou a un aspect naturel ici, et l'on ne semble chercher que l'efficacité et la simplicité, sans jamais se questionner sur les détails techniques ou esthétiques. L'exact opposé de Zhufbar, où l'on ne recherche que la perfection et l'on s'acharne sur des détails afin de construire un millier de chaînes dès que l'on développe un nouveau maillon. De fait, ici c'est l'inverse : On peut dire que l'on développe la chaine sans se soucier de chaque maillon - tant que la chaine tient, bien sûr.

C'est une autre méthode en soi, plus ancrée sur la tradition et l'utilisation de ce qui est déjà là - enfin, je crois. L'on m'a prévenu du souper et de ma présence requise. A voir ce que cela donnera.
Snorri Sturillson
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Personne n’a le droit d’être ignare.
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Snorri dans un univers parallèle très mignon et propre :
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[MJ] Le Djinn
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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par [MJ] Le Djinn »

Dans la fraîcheur chtonienne de sa chambre, Snorri put reprendre quelques forces. Le matelas, sans doute fourré aux poils de chèvres des montagnes jusqu'à l'excès, donnant un objet à la fois rugueux et extrêmement dense. Pour régler les problèmes de dos et de lombaires causés par le manque d'amortisseurs du Grimgrandel, c'était parfait. Pour dormir le soir en revanche mieux vaudrait parier sur les dalles de pierre au sol, elles seraient sans doute plus confortables.
A deux reprises le jeune ingénieur se trouva dérangé et sorti de sa torpeur par de lourds coups contre la porte immense de sa chambre. Rien de grave en soi car il s'agissait simplement de ses cousins qui venaient lui apporter de quoi meubler un peu plus la chambre. Une grande commode en bois et acier, une armoire nordlandaise qui devait faire la taille d'un humain, un bureau en pierre taillée si lourd que quatre dawis devaient le porter et le tabouret rembourré qui allait avec. Ils les plaçaient selon les demande de Snorri, qui se retrouva bien vite avec une chambre tout à fait correcte. Au passage les nains en profitèrent pour se présenter: Baerrum, Hjaldram, Bankyl et Galrak du clan Juste-Marteau. A l'étonnement de Snorri, ils ne se présentèrent pas par les noms de leurs pères respectifs, mais uniquement par leur appartenance au clan. La discussion n'alla pas plus loin: ils étaient pressés d'aller mettre la table et aider en cuisine.

Environ deux heures passèrent que Snorri ne vit pas s'écouler, épuisé qu'il était du voyage, comme tout bon "skaven d'atelier" dont le plus grand effort physique quotidien était de soulever un marteau pour frapper sur des clous. Cette fois ce ne fût pas un, mais une dawi qui vint lui ouvrir. Elle ne devait pas avoir plus de douze ans, avec ses toutes petites tresses rebelles qui lui faisaient comme des couettes blondes sur les côtés du crâne. Elle était vêtue d'une petite robe bleue très simple et décorée avec un marteau droit entouré d'un cercle argenté, le symbole du clan Juste-Marteau. Très timide, elle baissait les yeux en murmurant que c'était l'heure et qu'il fallait venir manger.
A peine Snorri eut-il franchi les portes de sa chambre pour atterrir dans le couloir qu'une odeur puissante s'empara de ses narines. Un fumet épais, de viande rôtie et de de jambon fumé. Le rappel fût immédiat: la cantine des hauts-gradés de la guilde des Ingénieurs de Zhufbar. De nombreux nains sortirent de toutes les directions pour se diriger vers la salle principale, tels des loups attirés par un jeune cerf égaré. Invité par sa jeune cousine, dont il avait compris que le nom était Thuléa, Snorri suivit sa famille et ouvrit les portes de bois qui le séparaient du diner.

Jusque là, Snorri n'avait jamais eu l'occasion de contempler une table pareille. Bien sûr il avait vu les longues tablées des réfectoires de la Guilde, mais même si on y mourrait pas de faim, on était simplement servi en tant qu'apprenti ou que compagnon. Il avait vu les banquets des trois-cent ans du vieux Mrotak, le maître-ingénieur, qui avait donné lieu à une débauche de nourriture et de boisson à en faire trembler les colonnes d'eau, mais il y avait là des centaines d'invités et, rapporté au nain, de quoi faire un gros repas sans plus.

On était ici sur un autre niveau.

Dans la même salle que celle où il avait rencontré son grand-père Ulfbert, une troupe de nains se serraient sur les bancs de la longue table de dix mètres de long. Le vieux nain lui-même trônait devant le feu, à sa gauche directe, assise également en bout de table, Myrta son épouse. Ensuite les dawis se succédaient par âge de part et d'autre d'eux. Snorri se trouva environ au milieu de la partie gauche, celle qui amenait à sa grand-mère, entre deux nains d'à peu près son âge qui le dévisagèrent quand il s'assit. Il n'y avait plus un coude carré de place sur la table. Tout n'était que légumineux, viande de tous les styles et surtout de la bière. Et pas de la petite bière, mais une bière brune épaisse, si agressive qu'en y trempant un beau de boeuf cru la viande fondait à l'intérieur, c'était d'ailleurs tout juste si la boisson ne lâchait pas un rôt après l'avoir avalé. Personne ne touchait cependant au banquet où se mêlaient les ragouts de brebis des montagnes, les entrailles farcies de mouton, les côtes de porcs à la bière ambrée qui luisaient à la lumière des torches, les pieds de cochons confits dans la graisse, les foies d'oiseaux de basse-cours et bien d'autres mets auxquels personne ne touchaient. La raison en était simple: tant que le plus vieux couple n'avait pas commencé à manger, il était strictement interdit de le faire. Et Ulfbert ne semblait pas pressé de s'y mettre, car il laissait ses petits-enfants et arrière-petits-enfants occupés aux cuisines finir d'amener tous les plats. Quand tout le monde fût installé, ce qui représentait bien une cinquantaine de personnes sur des bancs bien trop étroits pour tant de monde, il leva sa chope vers le ciel.


-"Aujourd'hui nous célébrons le retour de Snorri, fils de Meyna, qui nous a été injustement arraché, comme le reste de sa fratrie. Que ce repas nous permette de corriger cette horreur et de l'accueillir comme un véritable Juste-Marteau, tel un rescapé venant de loin!"

Tout en parlant il avait pointé du doigt Snorri, bien que dans le geste il y eut un "on-ne-sait-quoi" accusateur.

-"Pour fêter comme il se doit le rétablissement de la justice et de nos lois, Grimi va chanter les trente-quatre strophes de la Correction des Rancunes du Gué-de-Pierre. Mon garçon, régale-nous."

Un dawi d'une petite trentaine d'années sorti des rangs et alla se mettre près du feu. Il attrapa une grande viole posée contre l'âtre. Il vérifia le bon fonctionnement de l'instrument et en tira quelques notes, graves et profondes qui allaient en s'amplifiant à mesure que l'archer dans sa main bougeait plus vite. Le chant semblait d'une composition régulière: quelques notes étaient jouées, allant de paire avec la situation, puis une phrase prononcée qui décrivait l'action. L'ensemble pouvait bien durer des heures.

C'était en un temps lointain.

Le monde était juste et les nains nombreux.

Dans les Terres de l'Ouest, là où vivent les hommes.

Ceux que les sages appellent Fils de la Fée.

Là vivait le nain Dalin, du clan Brise-Maux.

Qui était brave, fier et digne d'être écouté.

Qui faisait la fierté de son clan et de ses ancêtres,

Depuis les Halls de Gazul, où dorment les anciens.

Les deux aînés commencèrent à manger en se servant au couteau et à la main dans les parts de viande grasses qui commençaient à refroidir. Chacun les suivis et tout le monde put se régaler, les mentons dégoulinant de graisse et l'alcool coulant sur les gosiers des enfants comme des adultes. A droite de Snorri, le cousin germain Hurbrot cherchait un sujet de conversation.

-"Alors... Je crois que tu viens de Nuln, c'est ça? C'est ce qui se dit. C'est bien, Nuln? C'est pas trop moderne?"

Le cousin à gauche, Thelnus, parut surpris.

-"Nuln? Je croyais qu'il venait de Zhufbar moi. M'enfin après faut pas croire qu'il est un moderniste pour autant hein mon cousin? J'ai connu des dawis qui venaient de Zhufbar et il y en a des biens."

-"Ah oui oui, je suis sûr! Je suis même sûr qu'il y a des dawis de Nuln qui sont bien, c'est juste qu'on les connait pas."

-"Voilà! Y'a des dawis bien partout, faut pas trop juger quoi."
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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par Snorri Sturillson »

Tonnerre, que ça sent fort au milieu de tout le monde !

Cyprès court, aulne, menthe, racine d'onagre, réglisse, betterave, cerfeuil... Et tant d'autres que je ne reconnais pas ! C'est fou ce que l'on peut mettre sur une même pièce de viande sans la rendre immonde d'aspect. En même temps avec une quantité pareille, je serais plus inquiet à propos de l'état des pieds de table qu'à propos de l'appétit de quiconque - surtout que Mère n'est pas encore arrivée... Bon sang, s'il faut rajouter toute ma fratrie et mes parents sur cette table, on va enfoncer le carrelage d'un pouce !

Après, je ne suis même pas sûr que ce que je sens vient de la table et non des gens à table. On est si serrés sur ces deux étraves que je pourrais bien sentir la sève et la colle dans les creux des mains de mon voisin...

Et dire que je me moquais d'Hedrifsson lorsqu'il me racontait ses histoires sur le contrôle de l'appétit et la rétention de saveurs en alchimie... Ses idées me seraient bien utiles en ce moment ! Enfin, si j'ai bien suivi, il se dirige vers la Bretonnie en ce moment même - vers Parravon ou je ne sais quelle autre bidouillerie du genre. C'est bien à lui d'aller se fourrer chez des cuisiniers, tiens. Après tout, c'est une affaire intéressante, puisque la nourriture n'est jamais comptée dans les frais d'ouvrage. Je suis sûr que ...

Oh pétard, ce que j'ai faim d'un coup...


- "Alors... Je crois que tu viens de Nuln, c'est ça ? C'est ce qui se dit. C'est bien, Nuln ? C'est pas trop moderne ?

- Nuln ? Je croyais qu'il venait de Zhufbar moi. M'enfin après faut pas croire qu'il est un moderniste pour autant hein mon cousin ? J'ai connu des dawis qui venaient de Zhufbar et il y en a des biens.

- Ah oui oui, je suis sûr! Je suis même sûr qu'il y a des dawis de Nuln qui sont bien, c'est juste qu'on les connait pas.

- Voilà! Y'a des dawis bien partout, faut pas trop juger quoi."


Je...
Attends, quoi ?
Ouah, heureusement qu'ils sont près de moi, sinon j'aurais perdu des mots au passage. C'est qu'ils ont l'accent, ces deux là !

- " Je viens des deux en réalité. Eh oui, les deux sont bien, aucun problème à signaler. Dans les deux endroits on aime la pierre et les gravures sur roche, et c'est pas prêt de changer. Mais vous deux, vous faites quoi comme gros oeuvre par ici ? Maçonnerie ? Charpente lourde ? Orfèvrerie ?"

Ah, ça y est, on peut manger ! Il y a un ordre dans les plats ? Un service à suivre ?

...

Visiblement, non. Tant que Martel-euh Mamy s'est servie, c'est libre d'accès. Testons voir ce carré-là. Je me demande bien ce que c'est. Et cette plaquette sous les gobelets, ça sert à quoi ? Ça n'a pas l'air d'utilité primaire, et visiblement, cela ne se mange pas. Étrange. Bon, on va goûter ça.

Ouah, c'est chaud ! Et c'est - Oh, en fait ça va. C'est très juteux, et ça glisse bien sous les dents. J'ai juste soif après chaque bouchée - et ça tombe bien, voilà qu'on me ressert déjà. Tiens, elle est étrange cette bière. C'est plus doux et en même temps plus acide que les habituelles brunes de mi-journée. C'est... C'est du miel au fond ? J'imagine. Après tout, j'ai bien des meubles nordlandais à l'étage, alors de l'hydromel, c'est tout sauf choquant.

Attends, on peut manger les os de ce machin ? Comment ça ?

...

Ah donc on casse l'os dans ce sens et on trempe le jus dans la bière. Et ça se boit... Bon bah, allons-y ... C'est bizarre cette manœuvre. La mousse s'est dissipée, et l'os a laissé une sorte d'huile en surface. Et - Ah ! Qu'est-ce qu'on est serré au fond de cette - poulet ?! Oh oui, bonne idée, du poulet. Attends, ça a des griffes roses un poulet ?

...

Sans doute une variété des Montagnes Noires. Au pire... Eh ben non, c'est bien du poulet. Aucun doute là-dessus. Cependant, je ne vois aucun œuf dans tous ces plats. Drôle de façon de faire. Enfin bref, je n'ai pas à faire la fine bouche. Si jamais Mère revient et que mes frères - ou pire, Père - sont avec elle, je risque bien de manger maigre quelques jours. Il vaut mieux faire des réserves. Et même si le pire ne survient pas, tout cela me servira bien un jour ou l'autre !

...

J'en serais presque à regretter de m'être fait cautériser les nasaux. Ah, quels embruns j'ignore en ce moment même...
Snorri Sturillson
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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par [MJ] Le Djinn »

La viande grasse parfumait les mains et les barbes tandis que les nains rassemblés se bafraient en laissant glisser la viande à grand renfort d'une bière à faire sombrer un umgi dans le sommeil. Les bruits de mastication, qui auraient semblé insupportables aux oreilles civilisées, se faisaient couvrir d'une voix rocailleuse par le cousin Grimi qui, entre deux gorgées de la rouquine glougloutant dans sa chope et de la viande de boeuf qu'on avait avantageusement placé à portée de main, à côté d'un chiffon.

Dalin fendit la terre de sa hache d'acier.

Forgé par son le père de son père, en des temps difficiles.

Le minerai rare, les grobis cruels, le feu capricieux.

En était sortie Furie, la plus belle réalisation,

Du père de son père, du clan Brise-Maux.

Un drame devait pourtant se produire, là où personne ne s'y attendait.

En face de Snorri, à peine sur sa droite, un jeune dawi à barbe-courte, encore un morveux, mâchait bouche-ouverte. Pas pour rire, pas pour chanter, pas pour parler, juste la bouche ouverte. A sa gauche, un autre nain qui devait être son grand frère, lui tapa sur la main une première fois pour le prévenir. Puis une deuxième fois il tapa. Puis une troisième fois. Il n'y eut pas de quatrième. D'un bond furibard, Ulfbert parut se téléporter aux côtés du jeunot malpoli et le toisa de toute sa hauteur. Surprit par l'ombre ancestrale qui se déportait sur lui, le petit nain se retourna doucement, la lèvre tremblante et l'oeil humide. Il en fallait pourtant bien plus pour émouvoir un longue-barbe. La gifle qui partit propulsa le buste du gosse sur la table, la tête dans l'assiette, couvrant sans peine le silence de mort qui s'était installé durant la prélude à l'acte. D'une voix étonnamment calme, Ulfert se contenta de dire, alors que le jeune dawi se relevait avec peine, la joue passant du rouge au brun:


-"On n'mâche pas la bouche ouverte, Kurloin."

Le concerné hocha vivement la tête tout en essayant de se relever alors que le vieillard repartait s'asseoir à sa chaise et que les festivités reprenaient, avec bien plus de prudence qu'auparavant. Le nain à droite de Snorri commenta à voix basse.

-"Et bah dis-donc, il est pas commode le vieux ce soir. La dernière droite comme ça c'était quand Sarduit avait renversé du jus de viande sur sa hache préférée."

-"Ouais, le pauvre n'avait bu que de la bière pendant une semaine. Franchement, je comprends pourquoi Meyna est partie."

Le premier nain, Hurbrot, lança une oeillade noire à Thelnus pour lui signifier qu'il avait touché un point un peu trop sensible, surtout en présence du nouveau cousin fraîchement arrivé et dont tout le monde connaissait l'ascendance. Le nain ne comptait pourtant pas s'arrêter là.

-"Faut le dire, Ulfbert a la tête martelée depuis un moment."

-"Depuis que Meyna est partie oui. Pour ça qu'il faut pas dire son nom, bougre d'idiot."

Dérieux de changer de sujet conversation, ils se décidèrent à répondre à Snorri, tout du moins Hurbrot le décida:

-"Moi j'suis dans la maçonnerie ainsi que les fondations, Thelnus est dans la fabrication des ciments avec quelques notions d'architecture. C'est pas les mêmes guildes, mais on travaille tellement souvent ensemble que c'est du pareil ou même."

-"Ca oui. Faut dire qu'on manque pas de travail à Karak Hirn en ce moment. Les grobis attaquent en permanence et le roi veut absolument que les défenses de la ville soient impeccables pour les recevoir si jamais ils passent les brise-fer. Tout le niveau trois est en train d'être refait spécialement pour l'occasion. On va pas s'en plaindre, remarquez."

-"J'espère juste que les brise-fer tiendront. Si eux ne réussissent pas, ce sera à nous de prendre les armes. Ca me fait pas peur de tuer de l'urki à la douzaine, mais ça va faire des pertes chez nous aussi. Surtout chez les courtes-barbes, en plus."

L'ambiance refroidie par l'évocation de la guerre en cours, le repas devait se continuer dans un calme relatif jusqu'à ce que les estomacs soient bien repus. Il ne semblait pas y avoir de programme particulier de prévu pour la soirée, à part pour certains écouter Grimi terminer sa chanson, ce qui mènerait jusqu'au début de la nuit. Sinon Snorri pouvait aller se promener dans la forteresse clanique ou s'isoler dans sa chambre. Une seule chose lui était interdite: sortir des lieux.
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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par Snorri Sturillson »

Eh bien, quel repas ! J'en ai presque les oreilles molles, tellement j'ai mangé de choses brûlantes et bouillonnantes - non pas qu'elles furent mauvaises, loin de là ! Je... Ouh, j'ai du mal à penser, tellement j'ai mangé. Le plus risible dans tout cela, c'est sans doute la portion qui m'a été accordée : autant que n'importe quelle autre personne assise. Je ne sais pas comment ils font pour ne pas fondre sur les tabourets ou bien gonfler en largeur, tant j'ai l'impression de le faire en ce moment.

Pfff, que de - que d'émotions, enfin, de sueur surtout, pour un simple repas. Je... J'ai besoin de marcher, je pense, ou de dormir. Je doute être capable de quoi que ce soit une fois levé, sinon de me rasseoir et de m'affaler quelque part. Je... Je me demande si c'est le voyage qui fait ça. Après tout, je...

Qu'est-ce que je disais ? Ah, oui, le voyage. C'est fou comme ce fut à la fois long et bref, tout cela - un peu comme ce repas, en somme. On a l'impression d'être face à une montagne de choses et d'embûches, mais à peine commence-t-on à compter les gouttes que la cadence ralentit - et le dessert/la desserte s'annonce. Je ... Ah, voilà qu'on se lève. Ce sera mieux que de me laisser m'épancher sur toute cette enfilade de plats.

Et si je visitais les lieux, tiens ? Cela me donnera une idée de l'endroit, même si je ne sais pas si j'y passerai plus d'une fois. C'est que cela doit être grand, vu toute la marmaille qui cohabite ! Ah, tiens, ils ont arrêté de me suivre du regard comme si j'étais un tableau. Me voilà donc tranquille.

...

Hm, voilà déjà des escaliers. Est-ce que... Non, ce trajet ne fut pas assez long. Disons... Vers le bas.

...

La pierre est lisse, uniforme à priori, et taillée d'une seule traite, sans finitions ni retour d'usage. C'est sans doute culturel, une sorte de logique propre à la forteresse. C'est une porte, ça ? - Hm, non, ou bien elle est rudement dure... Sans doute un anneau d'accroche, ou une décoration. A moins que... Oui, cela peut aussi être une aide à la montée ou descente. C'est étonnamment pratique dans ce colimaçon. Et cet anneau-là, alors ? Ah, voilà, ça c'est une porte ! C'est pourtant pas comp-Fermée. C'est une porte fermée. Zut.

Tiens, ça descend plus loin. La maison est vraiment si vaste ? D'extérieur elle faisait quoi ? trente coudées de haut, cinquante en mesures d'ogre ? Eh mais... J'étais au rez-de-chaussée à l'origine ! Comment ça se fait que je descends encore en ce moment ?! J'ai pas compté les marches, mais j'ai dû chuter d'au moins deux autres étages, sinon trois ! Tu m'étonnes qu'instinctivement j'ai eu peur de me perdre ! C'est un foutu labyrinthe, cette forteresse !

Roh, voilà que je sue encore. Je ... Bon, c'est décidé, je vais me coucher. Je suis trop fatigué pour apprécier les lieux, et bien trop repu pour comprendre ou calculer quoi que ce soit. Ce qui veut dire qu'il faut ... Remonter.

Ha, galère... Allez, on souffle un grand coup et - hoc - Raaaah ! Ah non pas mainten-hac!

...

Voilà. Maintenant, on la met en veilleuse, et on file au lit. On finira de ranger les carne-hec ...

...

Merde
.
Snorri Sturillson
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Re: [Snorri] Rester c'est exister. Voyager c'est vivre.

Message par [MJ] Le Djinn »

Un nouveau jour se levait sur Karak Hirn.

Une phrase bien étrange à dire quand on vivait sous terre. Il n'y avait pas de concept de journée sous la surface, loin dans la pierre où les rayons du soleil ne venaient jamais. Pour palier à ce problème de comptabilité entre le rythme de la vie en surface et celle dans la citadelle, chaque grande forteresse avait son idée. A Zhufbar, par exemple, des crieurs réguliers passaient dans les rues pour annoncer l'heure extérieure et il y avait même des clans mineurs spécialisés dans le réveil à heure fixe de ceux qui payaient leurs services.

A Karak Hirn, le roi préférait une autre solution.

A sept heures du matin, tapantes, Snorri se retrouva jeté du lit par un son à déclencher la Fin des Temps. Un hurlement de cor terrible, si puissant qu'il faisait trembler les murailles et frissonner les tombes des ancêtres. Comme tout les matins, le Veau, le plus petit cor de la citadelle, sonnait. Personne ne le laisserait se reposer d'ailleurs, une dizaine de minutes plus tard à peine, on toquait férocement à sa porte. Etrangement, c'est une voix presque désolée qui émergea de l'autre côté.


-"Cousin Snorri? Tu es réveillé? C'est, euh, ton cousin Baldur. Tu as entendu le cor? Il faut se lever!"

Le ton semblait donné: on ne laisserait pas Snorri tranquille. Prestement vêtu, il s'aventura vers la salle commune où un petit-déjeuner était servi. Rien de particulièrement gras ou épais en ce bon matin, on tendait plutôt à manger le soir chez les Juste-Marteau. Il y avait là de la petite bière peu forte, un peu de fromage de chèvre, du pain noir et des tranches de saucisson secs le tout accompagné de lentilles, pois chiches et autres légumineux. Les portions ne combleraient pas un estomac très affamé, mais elles suffiraient pour tenir jusqu'au midi.
Contrairement à ce que le comportement de son grand-père avait pu lui faire penser la veille, il n'était particulièrement prisonnier au sein du cocon familial. C'est qu'en ce matin, qui n'avait rien de spécial sur le calendrier nain, chacun allait travailler à sa tâche. Les aînés partaient vers les hautes-sphères des clans et des guildes pour parler des grandes affaires, les autres partaient travailler ou apprendre leur métier. Personne ne se préoccupait vraiment de ce que Snorri ferait en ce jour qui semblait marquer officiellement son arrivée. Rien ne garantissait malgré ça que la situation demeurerait telle qu'elle et, connaissant le caractère besogneux des dawis, notre ingénieur pouvait se douter qu'on lui demanderait bientôt de mettre la main à la pâte pour la gloire du clan.

Peut-être même que son placement à un poste quelconque était le sujet principal de discussion de son clan auprès des autres, en cette mâtinée.

Qu'importait pour le moment: lui désirait visiter la forteresse, en connaître les issues et en premier lieu la principale, celle qui permettait de sortir de la forteresse.
Remonter ne fût pas bien dur, mais quelle agitation dans les tunnels de Karak Hirn! Des troupes patrouillaient à distance égale les unes des autres, des rangées de nains en armure, sans doute des fils de clans guerriers, marchaient au pas en surveillant les moindre fissures dans une paranoïa contagieuse. Des apprentis trimballaient d'un hall à l'autre des chargements de lingots, de pièces mécaniques ou de pierre tendre que les compagnons et les maîtres travaillaient à la sueur de leur front. Pas d'automatisation comme à Zhufbar: ici on faisait tout à la main, à l'huile de coude et au talent nain. Une certaine noblesse se dégageait de cette inefficacité pratique, chaque outil, chaque arme, chaque idole né des mains d'un de ces dawis était unique, son œuvre à lui et pas celle d'une machine. On travaillait moins vite que dans la Cité du Torrent, certes, mais les objets y avaient tous une âme, sans exception.

Vinrent ensuite les Salles des Marchands, par lesquelles Snorri était arrivé la veille. A cette heure du matin elles s'agitaient encore peu. Les commerçants umgi sortaient les étals, les diplomates relisaient leurs lettres, les brise-fer qui gardaient l'énorme porte de bronze séparant les races ne s'agitaient pas encore sous la pression des demandes d'asile. Après avoir salué les douaniers, qui reconnurent son départ (temporaire) de la forteresse, Snorri put sortir et rejoindre l'extérieur.

C'était peu dire que la vue était magnifique.


Image

Contrairement à l'esplanade de Zhufbar, difficile d'accès mais relativement plate, celle de Karak Hirn était simplement... Inexistante. En sortant, on voyait deux tours naturelles soutenant un pan de montagne s'étendant devant la porte principale et les quatre systèmes de murs hérissés d'armes qui constituaient les défenses extérieures. Juste après, la montagne mourrait et un abîme de la taille des colonnes d'eau de Zhubar plongeait vers une rivière brutale. Un simple pont de pierre renforcé de métal permettait aux commerçants des autres peuples de traverser ce ravin large de trente mètres au bas-mot. Une route de montagne, difficile d'accès, serpentait depuis l'autre bout du précipice, descendant vers les vallées fertiles de l'Empire. Justement, une petite caravane d'une dizaine d'individus arrivaient justement, faisant tirer une calèche par des boeufs.

Ainsi Snorri respira-t-il à plein nez le puissant air froid des grands monts, alors que derniers lui dix langues différentes jaillissaient des meurtrières de Karak Hirn.
Enfermé dans une lampe pendant des siècles, cloisonné dans une pièce de métal par une malédiction... Puis un jour un naïf est venu, me libérant dans sa sottise... Tant pis pour lui... Et pour tous les autres.

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