Le prix à payer

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Les Royaumes Ogres représentent l'ensemble du territoire orientale où vivent les Ogres. Nichés au cœur des montagnes, ou dans d'immenses steppes, les tribus Ogres vénèrent la Gueule et se font la guerre, attaquant occasionnellement les caravanes des marchands allant vers l'Extrême-Orient...

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Le Voyageur
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Le prix à payer

Message par Le Voyageur » 17 juin 2018, 20:36

RICHES ! Ils étaient riches !

Augustine brassait suffisamment de gemmes pour racheter la moitié d'Altdorf. Les pierres précieuses roulaient entre ses mains abîmées par de longues et difficiles semaines de voyage tandis que les prunelles de la duchesse désargentée brillaient de convoitise. Elle qui croulait sous de terribles dettes encore une année plus tôt, elle était désormais sortie d'affaire et n'en revenait pas. Des larmes de soulagement lui montaient aux yeux et sa poitrine se gonfla d'émotion, prête à exploser. Elle avait envie de prier, de remercier les dieux pour cette réussite, pour ce trésor dont elle allait s'emparer. Elle hésita cependant ... Qui était le saint patron des pilleurs de tombes ?

Emprunts, gages, rentes, achats inconsidérés, jeux ... Quelques mois après le décès de son mari -un riche marchand de produits exotiques tels que la soie de Cathay ou les épices d'Inja- la noble avait dilapidé la quasi-totalité du patrimoine qui lui était revenu. Elle ne pouvait pas s'en empêcher, elle avait ça dans le sang : sa famille, ancienne et respectée, avait sombré à cause du caractère dépensier de ses membres, ce qui avait finalement attiré sa ruine irrémédiable. La duchesse Augustine avait été obligée d'épouser un roturier si elle voulait espérer maintenir son train de vie extravagant.

A la mort de ce dernier, et à cause de ses frasques habituelles, l'aristocrate se retrouva au pied du mur. Les huissiers impériaux lui avaient laissé une semaine pour quitter son manoir avant qu'il ne soit saisi par les autorités et ses prêteurs personnels -des individus peu recommandables- commençaient à la menacer pour qu'elle rembourse. Fifi, son caniche favori, avait ainsi terminé sous les roues d'un coche alors que d'ordinaire il ne quittait jamais son panier parfumé ...

Augustine avait pensé à toutes les solutions. Se prostituer ? Elle était encore belle et bien faite malgré ses trente ans et pourrait peut-être trouver une maison close de luxe qui accepterait de l'embaucher. Puis elle se rappela qu'elle était duchesse et héritière d'une des plus grandes familles de l'Empire. Déchue, certes, mais non moins éminente. La seule échappatoire était donc le suicide, seule sortie qui seyait à une femme de son rang.

Mais c'est quand elle décida de s'empoisonner qu'un ancien employé de son mari vint la trouver, un nain du nom de Orrik. Ce dernier était un aventurier, un véritable baroudeur qui fit office de guide pendant des années pour les caravanes faisant le voyage entre le Vieux Monde et les empires mystérieux de l'Est. Il travaillait pour la compagnie de commerce depuis de très nombreuses années et était loyal à feu l'époux d'Augustine. Il lui parla d'un trésor, loin au-delà des montagnes, plus loin encore que le Pays des Cendres, dans les sommets qui composaient les Royaumes Ogres. Il la persuada d'investir le peu qu'il lui restait dans le financement d'une expédition, ce qu'elle fit. Et c'est ainsi qu'Augustine s'enfuit loin d'Altdorf et de ses créanciers, patronne d'une bande de mercenaires et de vagabonds divers et variés, sur les pas d'un nain borgne et bougon qu'elle connaissait à peine.

Ce voyage fut trop long et tumultueux pour être conté ici, mais il changea la vision que la duchesse Augustine avait sur le monde. Elle qui était une aristocrate mondaine et citadine, elle apprit à s'endurcir, à se faire respecter, à se défendre. Elle découvrait de nouveaux paysages, de nouvelles villes, de nouvelles cultures. Rapidement, son ancienne vie lui sembla fade et sans intérêt, et c'est dans l'aventure qu'elle se trouva vraiment. Tout ce qui avait été avant n'avait été que futilités, et c'est dans l'adversité du périple et le danger des contrées sauvages qu'elle se sentait vivre. De nombreuses rencontres émaillèrent cette épopée. Des amitiés se créèrent, des amours aussi, toujours fugaces. Des compagnons disparurent, emportés par quelque malheur ou préférant simplement en rester là et trinquant un dernier soir avec ceux qui allaient repartir le lendemain. Les semaines passaient, les embûches et les aventures se succédaient, et Augustine en vint à considérer cette troupe comme sa famille. Parmi ceux qui l'accompagnait encore lorsqu'ils touchèrent au but, il y avait bien sûr Orrik, le guide de l'expédition, qui avait tout vu et tout entendu. Un vétéran taiseux et courageux en qui tous avaient confiance. Frederik, un déserteur de l'armée impériale et qui avait été l'amant d'Augustine le temps d'une nuit. Djelab, le strigany dont la voix enflammée réchauffait les coeurs pendant les nuits froides. Pierrick le halfling, qui sauva le reste de la troupe d'une bande d'ogres fins gourmets grâce à ses talents de cuisinier. Les jumelles Maria et Célia de Tilée, le jeune Geoffroy, ou encore Aesil, un haut-elfe discret et mystérieux qui les avait rejoint à Barak Varr. Même Gra-Double, le garde du corps ogre monté sur son rhinox malodorant, faisait partie intégrante de la bande.

Après de longs mois de voyage, ils le trouvèrent enfin : le Cimetière des Brumes. C'était dans cette vallée cachée entre les pics couronnés de nuage que se rendaient des mastaurocs sur le point de mourir. Du fait de leur régime constitué de pierre, ces créatures titanesques se changeaient en minéraux à mesure que les années passaient. Des veines de métaux précieux ou des joyeux se logeaient alors dans la peau des plus anciens spécimens et les lieux dans lesquels ils venaient finir leurs jours depuis des millénaires devenaient alors de formidables caches au trésor. On racontait que leur cœur se transformait en rubis et leurs yeux en diamants gros comme le poing. Il avait fallu traverser forêts et cols de montagne, braver le froid, les bêtes sauvages et les tribus d'ogres et de peaux-vertes. C'est en mettant à jour un tunnel caché sous une cascade rugissante qu'Orrik découvrit le Cimetière des Brumes, endroit de légende pour les aventuriers et chasseurs de trésors du monde entier.

Augustine et son équipe s'étaient aventurés prudemment dans cet ossuaire géant dominé par les formes terrifiantes et immobiles de générations de mastaurocs venus mourir ici. Tous pouvaient voir l'éclat discret des gemmes sur le passage des torches et certains tremblaient d'excitation. Ou de froid, car le vent glacial soufflait dans cette vallée oubliée, produisant un son étrange à travers les orbites de roche creuse. Il suffisait parfois de se baisser pour ramasser un cailloux grossier et brillant qui, une fois taillé, deviendrait un saphir ou une émeraude à faire se damner plus d'un prince-marchand.

Les aventuriers se mirent au travail sans tarder et un enthousiasme fébrile s'empara d'eux, à l'exception d'Orrik qui les exhorta à garder l’œil ouvert. C'est à peine si on l'écoutait et déjà le Cimetière résonnait du son des pioches et piolets à l'aide desquels on essayait de déchausser les pierres précieuses de leur gaine de roche. En quelques heures, un petit monticule de gemmes et de pépites s'éleva sur le sol, sous le regard sévère de ces statues anciennes. L'ambiance était à la bonne humeur et on entendait même Djelab chanter un air joyeux quelque part dans le champ de squelettes de roc. Ils allaient revenir riches comme des corsaires arabéens, et avaient suffisamment d'or pour vivre trois vies ! Voilà un trésor qui valait tous les dangers et toutes les privations.

Augustine caressait ce formidable magot lorsqu'un rugissement incroyablement puissant retentit en même temps qu'un hurlement étranglé. Tout le monde se figea, le souffle court et les yeux écarquillés, attentif. Dans la périphérie de son regard, la duchesse vit Orrik attraper son tromblon sans un bruit. On n'entendait plus Djelab chanter. La voix qui avait poussé le cri ressemblait à la sienne. Cette attente silencieuse sembla durer une éternité. Seulement, Maria et Célia s'étaient interrompues en pleine excavation ambitieuse d'un immense crâne. Maria était appuyée sur l'une des monstrueuses cornes, en acrobatie sur les épaules de sa sœur, elle même en équilibre instable sur le rebord d'un gigantesque fémur brisé. Célia tremblait sous l'effort et finit immanquablement par basculer avec fracas dans les décombres d'os sous elle pendant que Maria poussait un petit cri et s'agrippait à la corne horizontale, les jambes moulinant dans le vide. Le bruit causé par cette scène résonna dans le silence sinistre qui régnait désormais sur le Cimetière des Brumes.

Le grand crâne enchâssé de gemmes fut brutalement pulvérisé en éclats et en poussière et Maria fut projetée au loin avec un craquement affreux. Célia, toujours étendue au sol, poussa un hurlement avant de se faire écrabouiller par une énorme patte en pierre garnie de touffes de fourrure rousse et sale. La poussière retomba un peu et les aventuriers devinèrent la tête monstrueuse d'un vieux mastauroc que l'excavation avait dérangé alors qu'il attendait que la mort le prenne. La bête irascible était furieuse et les petits yeux qui surmontaient son mufle atrocement écorché roulaient dans leurs orbites. Gra-Double, l'ogre de la troupe, attrapa sa massue et chargea la créature géante sans réfléchir. Frederik, Geoffroy, Pierrick, Aesil et les autres profitèrent de cette diversion pour détaler entre les statues immobiles du Cimetière en emportant le plus de gemmes possible. Un coup de corne fracassa l'ogre et l'envoya dans la poussière, éventré.

Augustine se retrouva face au mastauroc, à une vingtaine de mètres seulement. Elle allait mourir, elle en avait la certitude. Elle observa le monstre renâcler et gratter le sol en mugissant, prêt à la charger pour la réduire en pulpe. Une petite humaine insignifiante face à l'une des créatures les plus puissantes de ces montagnes. Une sentiment de sérénité l'envahit. Elle qui, un jour, avait voulu mourir d'empoisonnement seule dans son manoir après une vie dénuée de sens, la voilà qui allait périr au terme d'une épopée incroyable pour la gloire et la richesse. Pas si mal, après tout.

Un coup de feu retentit. C'était Orrik, plus loin sur la droite, qui venait de tirer sur le mastauroc. Ce dernier rugit à en faire trembler les pics et détourna son attention vers le nain, s'élançant dans un galop lourd et en écrasant tout sur ton passage à grands coups de cornes. De la fumée montait de la gueule du tromblon. Orrik ne quittait pas la bête titanesque des yeux alors que cette dernière le chargeait, et se contenta de gueuler une dernière directive à l'adresse d'Augustine.


- "Courez vers la cascade, je l'attire vers le goulet ! COUREZ."

Le sang ne fit qu'un tour dans les veines de la duchesse. Fuir avec les gemmes, abandonner les autres à leur sort, survivre au chemin de retour et payer ses dettes puis de la couler douce dans la soie et la richesse. Ou faire face au danger, aider ses amis à s'en sortir et sûrement y rester. Le choix était difficile, mais Augustine n'hésita pas une seconde.


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Je ne suis qu'un voyageur
Sous le soleil et la pluie
Je ne suis qu'un voyageur
Et je retourne au pays

Je n'ai plus que mon cheval
Mon cheval et mes habits
Des habits qui me vont mal
Et je retourne au pays

J'ai couru le monde, mais ma raison
M'a dit que le monde, c'était ma maison

Je ne suis qu'un voyageur
Qui chemine dans la nuit
Et je sens battre mon coeur
Car je retourne au pays

J'ai quitté ma blonde, qui m'avait dit
Va courir le monde si c'est ça ta vie

Je ne suis qu'un voyageur
Elle ne m'a jamais écrit
Et maintenant ah j'ai peur
De retourner au pays

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