[Dark Heresy] Profession de Foi

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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[Dark Heresy] Profession de Foi

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Par la vitre blindée de sa navette, la princesse pouvait voir la ruche Ortak briller de mille feux. Alors qu’au loin le soleil se couchait dans une éblouissante lumière rouge, volaient dans le ciel des oiseaux criant tous ensemble par immenses nuées — ils venaient d’une des volières domaniales, des havres de paix et de nature soigneusement entretenus par les dynastes nobles de la cité pour le plaisir de leurs yeux, et le déplaisir des conducteurs d’aérodynes qui volaient dans le ciel bleuté et semi-nuageux de la planète. Cette vision paisible et magnifique ne s’offrait que dans les tous derniers étages de la ruche, là où il faisait constamment froid et où l’on demeurait au milieu des nuages, au-dessus de la pollution des quartiers surpeuplés du dessous. Cent artistes avaient peint le panorama de la ruche Ortak, mais c’était toujours un plaisir autre que de la voir en vrai par une fraîche nuit d’été.

La princesse colla son front contre la vitre. Elle rêvassait. Son esprit divaguant à des pensées paisibles, elle s’imaginait la vie des volatiles qui dansaient dans un ballet aérien, reformant leurs couples avant de rentrer s’abriter sur les branches des immenses arbres fruitiers qui leur avaient été réservés. Elle souriait, d’un air niais, avant de soudain avoir une idée. Elle bondit sur son siège, posant ses pieds nus sur le cuir, alors qu’elle ordonna d’une voix claire :

« Nurah, ouvrez donc la porte ! »

En face d’elle, le majordome n’avait rien de régal : c’était un gros homme ventripotent, mais encore musclé comme un buffle, si bien que son costume de pingouin paraissait un peu ridicule et rempli de plis. Il était en train de se rendre ivre à l’amasec pétillant, la bouteille coûtant le traitement annuel d’un scribe, mais devant telle suggestion, il posa sa flûte sur son réceptacle de cristal, pour essayer de vainement faire cesser cette pensée.

« Je me dois de signaler à Son Altesse que la porte de la navette est capable d’encaisser le tir d’obus de 14,5. Ouvrir la porte vous placerait malencontreusement sur le chemin d’une éventuelle munition.

– Toujours aussi précautionneux, Nurah ! Allons, combien de chances pour que cela arrive ? »

Nurah fit semblant de réfléchir. Il pivota, pianota sur un servo-crâne, et ordonna :

« Servo-crâne, j’ai besoin d’un calcul de probabilité.
Pourcentage de crédibilité d’une embuscade de notre navette.
Paramètres :
Item 1 — Situés sur la ruche Ortak, taux d’homicide de 89 pour 100 000 habitants.
Item 2 — Récent conflit déclenché entre notre dynastie et la mesnie Glabruis, forces militaires : un corps d’armée, 75 000 hommes.
Item 3 — Présence d’une princesse planétaire, héritière présomptive de la dynastie et du Magistratum planétaire.
Item 4 — Ouverture de la porte de la navette. »


Le servo-crâne obéit diligemment au calcul. Il fit chauffer ses moteurs-logiques, croisa avec les renseignements encyclopédiques de sa base d’informations, avant d’imprimer le résultat d’une voix robotique :

« Probabilité. De. Un. Pour. Cent. Quinze. Milles. »

La princesse eut un sourire narquois.

« Vous êtes inquiet pour un obus, et pas simplement que je tombe de la navette ? Cela me semble tout de même fort plus probable, ne pensez-vous pas ? »

Le majordome réfléchit. Il regarda le fond de sa flûte, et sans regarder la princesse, il lança d’un ton toujours aussi monotone :

« Certes, mais votre serviteur est moins inquiet par tel épilogue ;
Il pourra toujours indiquer avoir poussé Son Altesse, et recevoir un manoir de la part des Glabruis. »


Elle éclata de rire. Puis, elle se tourna vers son compagnon, assis juste à sa gauche, un jeune homme tout fin et sec, richement vêtu de soieries tissenuitées — une étrange trame de cardigan noir, qui scintillait par un moyen surnaturel dans l’obscurité, comme s’il se reflétait sur les ténèbres. Un vêtement fait à partir d’un filament de nature Xenos, et qui faisait la fortune insolente des capitaines-marchands suffisamment suicidaires pour aller en acquérir.
C’est la princesse qui lui a offert ce vêtement. Tout ce qu’il porte, des bijoux jusqu’à ses lunettes, est un cadeau. Elle l’habille comme s’il était sien. Et pourtant, elle fait mine de demander son autorisation, alors qu’elle s’agrippe à son bras, et lui lance sur un ordre maquillé en demande :

« Oh, est-ce que tu ne voudrais pas ouvrir la porte ? Je veux sentir l’air dans mes cheveux… »

Son amant lui caresse le bras, nu — la mode aristocratique Malfienne n’a que faire de vivre en permanence dans le froid des nuages. Il se lève alors, s’approche de la porte, presse la poignée, et on entend le suçotement de la dépressurisation. Puis, il fait coulisser la portière, et dehors, on entend soudain les bruits assourdissants de la ville, et la cabine entière est envahie d’une bourrasque glaciale qui provoque de la chair de poule sur tous les corps de la dizaine de passagers. Tous se tournent, et sourient franchement en voyant la princesse s’agripper à la poignée de la portière, et pencher net sa tête en défaisant le chignon qui retenait sa coiffure.

En dessous d’elle, 8000 mètres la sépare du sol, si éloigné qu’on n’en perçoit plus rien hormis des cumulus. La peur de s’effondrer la fait frissonner plus que le froid. Mais elle se penche volontiers, faisant immédiatement disparaître tous les sourires des visages des passagers, qui ont soudain les yeux écarquillés et sont pâles de peur. Elle lâche la poignée, la moitié de son corps bascule en arrière. Elle se penche plus, plus encore, alors que sa tête est tournée vers le ciel.
Au dernier moment, son amant se jette sur elle et la retient. Elle éclate de rire, puis le regarde à nouveau droit dans les yeux.

Elle ne dit rien, elle n’a pas besoin.




La navette se pose sur un encorbellement renforcé aux pieds du manoir. Déjà, gardes de maison et ouvriers de maintenance entourent l’appareil pour le sécuriser, mais ce sont des valets de maison très bien habillés qui s’approchent de l’aérodyne. À l’intérieur, les passagers finissent de se préparer : ils se parfument, ils vérifient dans le miroir que leurs cravates sont bien nouées, et la princesse laisse sa damoiselle de compagnie lui renouer correctement ses cheveux, et s’agenouiller devant elle pour habiller ses pieds de talons aiguille. Une fois que ceci est fait, ils terminent tous leur parure avec l’élément le plus important de leur toilette — des masques. Voilà qu’ils sortent ces étranges accoutrements, en papier ou en porcelaine, richement décorés. Et ils se transforment ainsi en démons, en astres, en animaux. La princesse se regarde dans le miroir, alors qu’elle découvre le déguisement avec lequel elle va se présenter au beau monde de Malfi.

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Enfin, un des gardes patriarcal reçoit l’autorisation dans son oreillette d’ouvrir la porte, et il s’exécute. Ainsi, les valets découvrent la princesse, devant laquelle ils baissent soudain les yeux et le corps avec dans une révérence appuyée. L’amant saute le premier, se tourne, et offre sa main pour permettre à la fille du Révérend-Patriarche de Malfi de descendre en sécurité — elle le refuse, et se contente de bondir au sol sur les talons, avant d’avancer toute droite, vite suivie derrière par ses amis turbulents. Les démons masqués sont un peu pompettes, il y a eu un before à l’illustre palais, et la princesse ne choisit pas sa compagnie pour leur respect de l’étiquette. Un enfant de la maison Belasco s’approche alors, lui aussi richement vêtu et masqué. Il va vers la princesse avec les bras grands ouverts, en s’exclamant bien haut :

« Ah ! La voilà ! Votre altesse, nous attendions tous pour commencer, il était inconcevable de débuter sans vous !

– Myltern, c’est toi qu’ils ont collé pour servir de videur ? Il est vrai qu’avec ta belle gueule de molosse, ça va inviter les midinettes à faire demi-tour. »

Le Belasco rit fort :

« Je vais prendre ça pour un compliment, Votre Altesse !
– Ouais, fait pas ça.
Où se trouve ta mère, que je lui présente mes félicitations ? »

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Le manoir Belasco a une fraîcheur neuve. Cette récente famille d’arrivistes de la noblesse Malfienne n’avait pas à l’origine un palais fait pour accueillir du monde — il y a encore cinq décennies, ce n’était qu’un bunker de ferrobéton, truffé de lance-missiles et canons antiaériens. Il ne faut pas se leurrer : les récents aménagements n’ont rien enlevé au potentiel défensif de cette forteresse, mais un palais de plaisir a été aménagé au-dessus du bunker surarmé construit pour tenir face à un bombardement orbital, car après avoir acquis richesses et puissance, les Belascos ont été forcés, pour survivre, d’obtenir prestige et réputation. Au moins, ils avaient fait les choses dans l’ordre. L’histoire de Malfi regorgeait de familles ambitieuses qui étaient tombées aux marges des bouquins de généalogie, quand la jalousie et volonté de rester en tête de la course des anciennes familles a entraîné des purges sanglantes, par le poison, l’enlèvement avec torture, et la voiture piégée.

Le long des marches, on entend de la musique. Pas un enregistrement : un vrai orchestre philharmonique est en train de jouer, et leur son est réverbéré grâce à des hauts-parleurs de haute qualité. Dans les airs tombe lentement et de façon constante des fleurs vespertines, constamment renouvelées grâce à des aérateurs qui les propagent joliment à travers la pièce — probablement que tout un jardin a été cueilli pour permettre ce spectacle. Il fait une chaleur étouffante dedans, assez pour former une légère buée sur les vitres si cristallines qu’on aurait oublié leur existence sans le différentiel de température. Des dizaines de milliers de bougies brûlent dans tous les sens, assez pour illuminer les lieux malgré le soleil couchant. Et puis, il y a ces aristocrates, qui cherchent à camoufler la réalité de leur rang en multipliant la finesse des chemises, le brillant des bijoux, l’audace des décolletés — mais ce sont leurs masques qui rivalisent d’inventivité, et l’on trouve à nouveau à l’intérieur des fausses banshees, d’inquiétants vampires, un ignoble minotaure, et même, le général Drusus, car une jeune femme dont la robe est ouverte jusqu’au nombril a poussé le scandale jusqu’à se grimer avec une copie du masque mortuaire du plus illustre saint canonisé du secteur Calixis. C’est osé, quand on sait que même des clercs du Ministorum Même la princesse est outrée, et alors qu’à son passage tous ces gentilshommes et gentes dames offrent des révérences, la princesse tend sa main vers cette outrageuse blasphématrice, pour rapidement lui caresser son masque. D’un simple geste, la princesse vient probablement de changer la vie de cette jeune fille inconnue.

Tout en haut des marches, se trouve l’imposante salle de bal. Y attend la maîtresse de cérémonie, entourée de ses enfants : la matriarche Belasco sourit sous son masque. La princesse s’arrête devant elle, et les deux femmes se prennent leurs mains, en s’échangeant politesses et remerciements maniérés. La princesse se plie gaiement à cet exercice, elle qui a pourtant horreur des conventions — elle apprécie sincèrement cette petite fête mondaine qu’on lui a offert, et témoigne avec force de ses respects. Cela lui est offert en retour : elle est la future femme la plus importante de Malfi. Déjà, son père est l’homme le plus terrifiant de tout ce monde. Bientôt, il régnera sur le secteur Calixis, arrachant son statut de capitale à Scintilla. Les flottes sont armées et les assassins sont prêts à tuer, comme il a déjà tué par centaines de coups, sans aucune pitié pour quiconque. Pas même les enfants. Pas même ses enfants. C’est sans s’émouvoir, et sans craindre l’ignominie de l’infanticide, que le gouverneur a ordonné publiquement l’écartèlement enchaîné entre quatre motos de son précédent héritier aîné légitime.

C’est une enfance difficile qu’a eu la princesse. Jeune adolescente, pas encore vraie femme, son père l’a amenée sur son navire personnel jusqu’à la bordure de l’univers. C’est quelqu’un d’autre qui en est revenu. Quelqu’un qui n’a plus jamais peur de rien. Pas même de s’élancer dans le vide. Alors, la princesse tire son amant par la manche, et voilà qu’elle s’entraîne jusqu’au milieu de la piste, où l’orchestre s’arrête de jouer et les autres invités s’écartent pour qu’elle fasse place. Et ils attendent tous qu’elle reprenne pour à nouveau s’élancer dans la folie de la danse.




Les nobles Malfiens ont beau être enchaînés par l’étiquette, ils n’hésitent pas à s’en défaire sincèrement lors de telles occasions. Au bout de deux heures après l’ouverture par la dame Belasco, l’amasec a coulé dans tous les gosiers, et la folie de la danse a couvert de sueur tous les corps. Déjà, on assiste à des scènes étranges, qui forcent les valets et les suivantes à se taire sous peine d’un jour perdre la langue ou les yeux — ce n’est pas une simple menace, c’est ainsi que certaines maisonnées font avec leur personnel. Là, un noble s’est mis dans un coin pour pisser dans un vase. Ailleurs, un fils de marquis éméché essaye de tirer de force une femme de ménage en essayant avec insistance de la convaincre. Un servitor se dépêche de ramener un seau, car une débutante pour qui c’est la première soirée vient de vomir sur sa robe : elle a des mouches devant ses yeux, et elle lutte contre le sommeil, une pure crainte animale lui rappelant que ce n’est pas le genre d’endroit où l’on souhaite tomber inconscient, tandis que déjà son cavalier lui caresse les cheveux en faisant mine de vouloir la soulager de sa peine. Son petit frère de huit ans assiste à la scène, bêtement assis sur le canapé, paralysé par l’incompréhension.

Et pendant tout ça, la princesse danse, encore et encore. Elle change souvent de partenaire, offre un moment de répit à un autre homme, puis, à une jeune dame. Elle encourage un évêque présent secrètement à lui prendre la main — il cède et se prête au jeu. Elle les entraîne tous, un à un, dans un ballet où c’est celle qui mène la valse, elle se colle à leurs corps et leur promet beaucoup sans rien leur dire, avant de les éloigner et de retourner dans les bras de son amant qui bout de rage. En public, elle l’embrasse pour le tranquilliser, surtout parce qu’il n’est pas drôle quand il fait la tête.

Dans l’air, il y a une odeur de soufre. Ce n’est pas simplement l’urine des quelques nobles qui ont eu l’accident ou l’outrecuidance de pisser dans la salle de bal — quelque chose, une ignoble présence, mélangée à une toxine, commence à envahir les ventilations. Et au-dessus de l’immense horloge, un spectre s’élève et commence à hurler d’un cri à glacer le sang.


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Les invités sont sidérés sur place. Les cœurs battent à toute vitesse alors que l’adrénaline tente de chasser les différents narcotiques empoisonnant leurs organes. Est-ce là le clou du spectacle ? Une pyrotechnie osée ? Le spectre qui s’élève au-dessus de la salle de bal a l’air plus vraie que nature. Surtout quand elle ouvre sa bouche, et se met à crier, si bien qu’on l’entende au-dessus de la musique qui s’arrête, dans toutes les oreilles des invités dont certains sont déjà en train de s’effondrer à genoux, du sang leur coulant des tympans et des paupières — c’est un cri à glacer le sang :

« CARCOSA.
CARCOSA.
LA NUIT DES ÉTOILES NOIRES.
CARCOSA
 ! »


La chef des Belasco crie. Ses gardes en train de tousser courent dans tous les sens. Un impavide servitor se dirige vers l’horloge. Mais le poison se répand partout. De la fumée verte remplace la buée aux fenêtres. Et la lumière des bougies prend une teinte rouge sang.

Et au milieu de cette panique, la princesse danse toujours. Tout comme ses compagnons. Ceux qui sont descendus avec elle ne sont perturbés, ni par le nuage de fumée, ni par la présence spectrale au plafond. Ils dansent, sans musique. Ils dansent, en s’esclaffant de rire. Tous les regards se dirigent vers eux. La princesse a une plus grande audience encore que le spectre.

Alors, la princesse se retourne, et crie à son tour :

« Les étoiles saignent ! Mesdames, mesdemoiselles, messieurs — ne voyez-vous pas comment le ciel est rouge sang !
Les étoiles saignent !
À la fin, nos vies commencent ! »


Et elle se met à hurler de rire, telle une démente. Elle hurle à en pleurer. Elle hurle à en grimacer d’une oreille à une autre, derrière son masque rouge de tête de mort. Elle hurle à en courber l’échine, et à se tenir les genoux. Par réflexe, Myltern Belasco s’approche d’elle, se couvrant le visage avec un mouchoir, pour aider sa princesse.

Elle se relève soudain alors qu’il s’apprête à la toucher, en bougeant vivement le bras, dans un grand geste vif à l’horizontale. Myltern fait tomber le mouchoir. Sa cravate blanche devient rouge. Ses yeux se révulsent. Un petit geyser de sang projette du cramoisi à sa droite, comme du pétrole soudain arraché de la terre. Et il s’effondre.

Une femme hurle. Comme toujours. Alors, la princesse tire sur sa robe, et détache de sa cuisse un pistolet inferno. Elle vise au hasard, à la volée, le premier groupe d’invités qu’elle voit. Elle appuie fort sur la détente, et un cône d’énergie, un cône de chaleur, un cône de pourpre, un cône de haine vole devant elle, réduisant en cendres enflammées le cuir des fauteuils, le bois des meubles, le textile des vêtements, le gras des corps, les os des squelettes. Un homme a la moitié de son corps réduit à l’état de noir fumant, une marque de cautérisation rouge-vif incandescente là où se trouvait autrefois la moitié de son abdomen.

La princesse se tourne, et fait feu à nouveau, au hasard. Ses compagnons l’imitent. Son amant dégaine un pistolet mitrailleur, et, ex-militaire, il vise non pas les fuyards, mais le chemin de la fuite : calmement, professionnellement, il maintient la détente appuyée alors que des dizaines de corps sont criblés de balle, blessés ou morts. Une marée humaine terrifiée, tombe, ceux debout trébuchent sur ceux qui s’effondrent à terre, et maintenant, on glisse sur le sang. L’amant n’est pas pressé de bloquer la fuite des couards : ceux qui atteignent enfin la porte s’écrasent dessus, et la découvrent close, et même barricadée. Ils cognent, appellent à l’aide, et ordonnent qu’on leur ouvre ; ils sont Malfiens, ils n’ont pas l’habitude d’implorer pour leurs vies. Même en cet instant, même avec l’animalité de leurs vies en danger, ils pensent encore contrôler la situation, et tout régler en menaçant avec force de châtiments ceux derrière qui refuseraient de les libérer.

Les amis de la princesse tuent. Avec méthode, en fouillant bien sous les meubles pour ceux qui s’y cacheraient, ils tuent, un à un. Ils tirent dans les cadavres déjà à terre au cas où un malin simulerait. Ils tuent ceux qui se rendent. Ils tuent sans faire de discrimination d’âge, de sexe, ou même d’amitié. La princesse s’approche de la dame Belasco, qui est à genoux à trembler dans une pure hystérie. Même si cela lui fait mal au cœur, la princesse lui enfonce son couteau beaucoup trop tranchant au fond de la trachée.


Après de longues minutes d’abominable massacre, il ne reste que des morts et des mourants. Le spectre au-dessus vole par le plafond, et fouille le reste du manoir à la recherche des Belasco qui lui faudrait tuer. La princesse retire son masque. Elle glousse, ses yeux pétillent d’extase, les pupilles dilatées. Ses compagnons l’imitent, et ont les mêmes horribles sourires.
L’un d’eux, pourtant, garde le masque sur le visage. La princesse le siffle :

« Hé, toi, là ! »

Il se retourne. La princesse couverte de sang s’approche. Elle penche la tête pour l’étudier.

« Tu devrais retirer ton masque. »

Son ton est étrange. La princesse, cette fois-ci, ne suggère pas. Elle commande, avec le ton froid et certain de la fille d’un gouverneur. Le compagnon lève le menton, et lance, plein de défi :

« Certes ? »

La princesse bout soudain de colère. Pour qui se prend-il ? Est-ce une tactique de manipulation ? Quand une princesse se lève, les nobles se lèvent. Quand une princesse s’assoit, les autres prennent place. Quand une princesse retire son masque, il faut que tout le monde apparaisse.

« Certes oui ; Nous avons tous retiré nos déguisements sinon toi. »

Alors, l’homme lance, avec une voix ferme et certaine :

« Je ne porte pas de masque. »

La princesse fronce des sourcils.

« Pas… De masque ? »

Elle s’interroge. Elle l’étudie.

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Le monstre la regarde droit dans les yeux, avec ses yeux bleus brillants comme s’ils allaient brûler. Et alors, pour la première fois depuis des années, la princesse ressent un courant sur une échine, et elle est contaminée par un sentiment inconnu et incompréhensible de peur. Mais en même temps, la fascination la pousse à s’approcher à nouveau de lui.

« Pas de masque ! »



Pensée du Jour :
Les faits sont un voile qui aveugle. Car l’on peut refaire le monde si on a un rêve et aucun fait pour obscurcir son esprit.



815.M41.
Dans l’espace du système Malfien, secteur Calixis.





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Pour voyager à travers la galaxie, il était difficile de faire plus confortable que le Belial. Navire de la flotte marchande de l’Empereur, il appartenait à une dynastie de capitaines chartistes possédant un cartulaire enluminé leur confiant des autorisations de voyage, transport et commerce entre certaines des plus riches planètes du secteur Calixis : Scintilla, Luggnum, Quaddis, Vaxanide, Port-Fureur, Orbell, et enfin, Malfi. Ces voies à travers l’espace, pour échanger toutes sortes de choses entre ces mondes interdépendants, avait fait la fortune colossale de la maison-marchande Taec-yeop, et cela se voyait dans la beauté époustouflante de leur embarcation. Tout le long de la coque, il y avait des statues de marbre blanc, représentant des soldats nus, des saintes trônant, des chérubins volants. Des œuvres d’art, des fresques de maître hautes de centaines de mètres couvraient les ponts, afin que tout le monde puisse être ébloui par la richesse du capitaine. Évidemment, ce luxe tapageur attirait l’oeil et l’avidité des pirates, et c’est pour ça que ce gros navire cargo ne voyageait nulle part sans deux navires escorteurs puissamment armés, un devant et un derrière, ce qui devait être l’un des postes les plus anxiogènes de toute la marine marchande du secteur. Dans les cales du Belial, quantité de biens de toutes sortes se préparaient à être échangées, et il y avait de la place pour nourrir la totalité de planètes pour des mois entiers — bien que pour un ventre aussi avide que le monde-ruche de Malfi, même cet immense transporteur ne devait pas pouvoir apaiser l’ogre plus longtemps que quelques semaines.

Depuis Iocanthos, les sœurs de l’Abbaye de l’Éveil avaient pu embarquer. L’Adepta Sororitas n’avait pas eu à débourser un seul Trône : le capitaine Seol Taec-yeop était ravi de les accueillir gratuitement, pourvu que sa générosité soit connue de l’Adepta. C’est ainsi que trois sœurs avaient pu se retrouver dans la première classe du vaisseau, avec chacune une chambre pour leur propre usage. Quand on passait de la cellule froide, minuscule, au confort spartiate de l’abbaye, à une chambre d’hôtel avec un lit double, une salle de bain privée et un domestique à pouvoir sonner, ça avait de quoi choquer. Mais on s’y habituait vite, surtout parce que le périple avait maintenant pris 78 jours — la majorité avait été passé dans l’obscurité du Warp, avec quelques autorisations d’aller à quai lorsque le navire stationnait. Si le monde-minier de Luggnum ou le monde-pastoral d’Orbell n’avaient rien de très intéressant (Encore qu’Orbell avait un paysage très doux, et Luggnum avait inspiré les artistes de bord qui avaient peint des fresques durant le temps à quai), le monde-plaisir de Quaddis avait provoqué l’embarras de la sœur-supérieure Jocasta Hadernyk, qui avait passé la permission entière à constamment surveiller les deux novices sous ses ordres. Il n’avait pas été facile de trouver un moment de calme pour enfin la semer…

On ne pouvait pourtant pas dire que le trajet, s’il avait été long, était ennuyant. Au grand dam de sœur Hadernyk, il y avait des moments fort peu recommandables entre les prières et les services religieux. Le capitaine Seol organisait presque tous les jours un événement : des spectacles de bouffon, un combat de gladiateur, des projections de grands films, un bal dansant, une dégustation d’amasec, une semaine entière de jeux aquatiques où un pont entier avait été rempli d’eau et avait vu l’installation de jacuzzi et toboggans… L’homme savait épater ses passagers, et contrairement aux trois sœurs Famulous, les autres premières classes ici avaient payé rubis sur l’ongle pour profiter de ces prestations. Ironiquement, Hadernyk avait été beaucoup moins sévère que d’ordinaire avec ses deux novices — alors que sur l’abbaye, elles avaient été habituées aux punitions, aux coups et aux veillées forcées, la supérieure méfiante et inquiète avait déclaré que ce passage sur le Belial était un bon moment « d’adaptation » avant de rejoindre la société Malfienne. Une sorte d’étrange nouvelle éducation s’était forgée ces trois derniers mois. Bien que sa soudaine permissivité suscite encore la vigilance, il est vrai qu’il allait bientôt falloir côtoyer des gens pour qui ce train de vie était parfaitement habituel…

Mais cette récréation touchait à sa fin. Il y a plusieurs jours, le vaisseau avait quitté le Point Mandeville pour retourner dans la réalité matérielle du système Malfien. Et maintenant, le monde-ruche scintillait par les baies vitrées des chambres, avec ses lunes couvertes de chantiers orbitaux qui tournaient autour. La deuxième planète la plus riche et la plus peuplée du merveilleux secteur Calixis s’offrait à l’œil. On disait qu’elle était plus belle, et avec une noblesse plus éclatante encore que celle de Scintilla. On disait aussi que c’était un endroit dangereux, sulfureux, et violent, où les infortunés ne finissaient pas dans le caniveau, mais directement à coiffer des lampadaires par le cou. Malfi fascinait autant qu’elle inquiétait, même si la jalousie que les Malfiens vouaient à Scintilla n’allait que dans un sens.



Assise en tailleur sur le lit de sa chambre, Anima fermait les yeux. Soigneusement, en face d’elle, Sabbat était en train de répandre du fard sur ses paupières. Voilà un genre d’entraînement étrange qu’on leur avait enseigné, quand elles avaient quitté les rangs des Cantus pour entrer dans le noviciat Famulous — les sœurs de l’abbaye de l’Œil S’Ouvrant avaient beau résider dans la planète isolée et barbare d’Iocanthos, elles apprenaient les manières de vivre et d’agir des aristocraties planétaires du secteur Calixis. Des exercices de mise en pratique fort étranges leur avaient inculquées beaucoup de préceptes, y comprit dans le paraître. Avant le fard, il y a eu le mascara, et le rouge à lèvres — des choses qu’on imaginerait normalement pas sur les visages froids, durs, et cicatrisés des sœurs de batailles, le fer de lance de l’Ecclésiarchie.

Ouvrant les yeux, Anima put voir le visage souriant de son amie.
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Sabbat était plus jeune qu’elle d’une année. Petite, belle, mince. Son visage avait, le long des joues, les fausses larmes qui étaient le signe de leur ordre. Hier soir, sur le navire, elle avait teint ses cheveux normalement blancs en rose, mais la coiffe standard de l’ordre des Famulous cachait ce qu’elle n’avait pas encore montré à la supérieure. Il y avait des dizaines d’occasions d’être vue par la supérieure sans avoir tous ses vêtements, aussi, craignant peut-être une réaction, elle avait tenu Anima au secret. De toute façon, bientôt, elles seraient chacune dans leurs maisonnées, et il n’y aurait plus l’œil inquisiteur de Hadernyk.

« Tu veux que je te fasse tes larmes ? »

Elle était gentille, douce, agréable. Maline, avec une discussion plaisante. Intelligente, même si elle n’aimait pas donner son avis ou dire des choses trop tranchées lors des discussions. Très obéissante, évidemment, comme il le fallait, mais secrètement rêvant d’insurrection. En ça, elle et Anima se ressemblaient beaucoup.
Le problème, c’est qu’elle était follement amoureuse d’Anima. Sa sœur plus âgée n’était pas bête et s’en était rendu compte très vite — toute maline qu’était Sabbat, elle n’était vraiment pas discrète. Elle ne ratait jamais une occasion de passer du temps avec sa consœur, surtout dans son intimité. Depuis plus de deux ans, Anima se contentait de la laisser faire, appréciant sa compagnie, sans offrir plus.

« J’espère que les morveux qu’ils vont me confier seront pas des pestes… Les gosses de péquenots qu’ils nous ont confié en stage sont probablement pas de la même trempe que des enfants de nobles. »
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Frère Éloi
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Re: [Dark Heresy] Profession de Foi

Message par Frère Éloi »

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Sœur Anima – Ordre Famulous

L’étoffe satinée des draps forme de vagues sillons sous la lente caresse de mes doigts. A l’abri de mes paupières closes, je me délecte en silence de la simplicité de ce moment partagé avec Sabbat, me prêtant sans broncher à ses gestes attentionnés. De tels instants d’intimité, d’une infinie rareté sur Iocanthos, se sont fait bien plus réguliers depuis le début de notre périple à travers l’océan de l’Immaterium, permettant de nous soustraire à l’anxiété et de rompre la solitude de nos quartiers. Voilà plusieurs années que nous sommes proches, mais jamais n’ai-je ressenti aussi vivement le besoin de sa compagnie. Ces quelques mois nous ont plongées dans un faste d’une enivrante démesure, à laquelle nous n’étions pas préparées. D’abord désorientée par les excès de ce nouvel environnement, j’ai trouvé un miroir salutaire de mes inquiétudes dans nos conversations. La sincérité de nos confidences m’est précieuse, véritable boussole de mes journées.

Paupières entrouvertes, j’embrasse du regard le spectacle de son visage souriant, maquillant mes propres songeries d’un masque d’indolence. Je ne suis pas aveugle, ni sourde aux sentiments que nourrit Sabbat à mon endroit, ni insensible aux ostensibles marques d’affection qu’elle me témoigne en privé. A bien des égards, cet intérêt est réciproque : j’affectionne sa compagnie, lui confie mes pensées intimes, et apprécie nos conversations. La multiplication de nos activités en commun, depuis le début de la traversée, a naturellement renforcé cet attrait. Notre escapade à travers le vignoble, lors de notre permission sur le monde-plaisir de Quaddis, a notamment connu plusieurs instants de complicité afin de déjouer la vigilance de l’austère sœur-supérieure.

Mais à l’heure où nous nous apprêtons à honorer la confiance de nos aînées en servant à notre tour le dessein sacré de notre ordre, il me semble préférable de repousser encore pour un temps ce séduisant horizon. J’aime penser que m’astreindre à cette réserve éprouve ma discipline, contribue à endurcir celle de ma confidente, et participe de notre perfectionnement conjoint. Mais en vérité, il y a bien également quelque égoïste intérêt à perpétuer le sentiment grisant de plaire, d’être continuellement courtisée, et de disposer à son gré de l’évolution d’une relation. Ni mes prières à l’Empereur ni mes actes de pénitence ne m’ont encore purifiée de cette vile ivresse.

La question de Sabbat m’arrache un triste sourire, et j’acquiesce en silence, lui abandonnant encore mon visage quelques minutes, le regard plongé dans le sien. A vrai dire, si j’ai confiance en nos capacités respectives ainsi que dans le jugement de mes aînées, une certaine appréhension m’habite encore à l’idée des épreuves à venir. Outre notre séparation l’une de l’autre, la notoriété de Malfi n’est en effet plus à faire, tant notre monde de destination est resté livré longtemps à ses vices, en proie à une vive instabilité en l’absence de notre ordre. On raconte que la population de la planète est habitée d’une violence débridée, et que la noblesse s’adonne aux pires excès. Une telle situation apparaît néfaste à relativement moyen terme pour un monde de cette importance à l’échelle du secteur Calixis, et j’imagine sans difficulté l’inconvénient que représente une noblesse aussi désinhibée pour les desseins de notre ordre et l’intérêt supérieur de l’Humanité.

A l’entendre maugréer, Sabbat doit être préoccupée par les mêmes considérations. Tâchant de ne pas trop bouger pour la laisser achever son œuvre, je rétorque dans un murmure.

« Je redoute également l’influence des membres de leur entourage. Nos sœurs ont été trop longtemps absentes de ce monde.

Il nous faudra redoubler de prudence. Sois... Soyons vigilantes. »


Et de conclure d’un trait d’esprit à l’accent rebelle :

« Au moins, on sera plus libres de nos mouvements sans sœur Hadernyk pour nous coller... »

Frère Éloi Voie du Prêtre Mystique
Profil : For 9 | End 9 | Hab 8 | Cha 11 | Int 11 | Ini 8 | Att 9 | Par 8 | Tir 8 | Mag 14 | NA 1 | PV 75/75

États temporaires
Une vie de Paix : +1 à tout jet visant à guérir un patient blessé, malade ou empoisonné.
La vie avant tout : doit tenter d'interrompre les affrontements auquel il assiste, à moins que le combat ne soit mené contre des ennemis.

Compétences :
- Maîtrise de l'Aethyr (1)
- Coriace : -1D3 dégâts subis.
- Réflexes éclairs : +1 aux tests d'initiative en situation de surprise.
- Résistance accrue : +1 aux tests d'endurance.
- Sang froid : +1 aux tests de caractéristiques effectués en situation de stress ou tension.
- Volonté de fer : +1 aux tests de volonté.
- Traumatologie : Sait administrer les premiers soins ou favoriser une guérison plus rapide.

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien.
- Langage secret (Classique) : Capable d'écrire et de lire le Classique.
- Législation : Sait manipuler le droit à son avantage.
- Doctrine du Culte (Shallya)

- Cuisine : Se débrouille en cuisine. +1 pour détecter des substances nocives dans la nourriture.
- Empathie
- Affûtage mental
- Incantation - Shallya
- Sens de la magie
Équipement porté sur soi :
8 sous d'argent 8 deniers
- Bâton de marche
- Robe de bure jaunie / Tenue en lin / Ceinture / Sandales
- Grande sacoche contenant couverts, rations diverses
- Livre de prière de Shallya
- Amulette de Shallya
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Re: [Dark Heresy] Profession de Foi

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Passant du noir sur les joues d’Anima, la sœur-constantia écoutait attentivement la réponse de sa comparse. Elle ne répondit pas tout de suite, concentrée qu’elle était à tenir son menton pour mieux contrôler le trait du crayon. Une encre se mêla aux pores de la jeune femme, pour donner l’impression qu’elle avait pleuré en portant du mascara. Une étrange tradition d’apparat, en référence aux actes d’une sainte au nom inconnu, enfermée dans une tour de Scintilla par son père païen aux antipodes de la croisade Angevine qui avait apporté la lumière du Dieu-Empereur sur l’étendue Calyxienne. Quelqu’un de cynique ajouterait que cela permettait de leur donner un air marquant, ce qui était toujours recherché sur un ordre qui reposait sur sa publicité, mais la sainte inconnue, enfant de la grande noblesse barbare Scintillaise, incarnait les grandes valeurs de la raison de la fondation de l’ordre — éduquée, mêlée aux gentilshommes, les Famulous d’Iocanthos avaient pour objet d’étudier toutes les matières utiles aux gouvernants, que ce soit la théologie (Reine des disciplines), l’histoire, l’économie, les arts beaux et libéraux ou les sciences naturelles. Une connaissance humaniste et éclectique, renforcée par l’amour fanatique (Un mot positif) et la rigueur martiale d’entraînements militaires ne pouvait qu’accoucher de ce qui incarnait l’élite de l’Église, propre à influencer l’élite de l’Adeptus Terra. Les sœurs de batailles triomphaient des ennemis de l’Empereur par le bolter et l’armure assistée, les Famulous gardaient l’Imperium derrière du mascara.

« Ne plus être surveillée par sœur Jocasta, certes. Être libre de ses mouvements, je crains que tu n’ailles un peu loin, ma très chère sœur.
Quand on apparaîtra en public, tous nos gestes seront surveillés, toutes nos paroles seront retenues, chacun de nos actes sera jugé. Quelque part, ça va même me faire regretter les entraînements de combat urbain. Défoncer des portes, ça sera plus amusant que les bals. »

Elle mentait, évidemment. Si les journées au stand de tir étaient très amusantes, et que c’était effectivement un magnifique souvenir d’enfant de pouvoir tirer au pistolet bolt à l’âge de 12 ans entre copines, les entraînements de survie, tant à la Schola qu’à Iocanthos, avaient été éprouvants et ignobles de difficulté. Il n’était pas inhabituel que des sœurs soient blessées grièvement, voire mutilées, après un saut en parachute ou des journées à être perdues sur cette planète semi-sauvage où l’Abbaye de l’Éveil se tenait cachée du monde. Il était déjà plus rare, mais pas impossible, qu’une y trouve la mort. En comparaison, après une vie passée dans la dure rigueur et l’atroce discipline froide des abbayes surveillées, la société Malfienne ne pouvait que promettre mille plaisirs inconnus, et déjà ce voyage sur le Belial avait été un avant-goût délicieux.
Au fond, Sabbat devait surtout dire ça par nostalgie. Quand bien même elles pouvaient être toutes deux joyeuses d’enfin claquer la porte de leurs cellules d’Iocanthos, elles auraient toujours, au fond d’elle, une part blindée et spartiate d’elles-mêmes, celle de la petite fille qui taillait des haies en plein hiver dans le froid d’un cloître ouvert.

Sabbat retira le crayon, et força Anima à lever son menton. Elle l’observa un instant avec un léger sourire satisfait, avant d’asséner :

« Prête à être présentée. »




Toutes de noir vêtues, les deux Famulous marchaient côtes-à-côtes, leurs deux mains jointes devant elles, les épaules en arrière, dans les couloirs feutrés et richement décorés de la première classe du vaisseau. Le luxe ostensible d’une immense famille de capitaines-chartistes s’étalait pour eux et les invités : une fontaine remplie de poissons trônait au milieu d’un hall, surmontée d’une statue en or massif représentant Saint-Drusus à cheval et en armure, une lance à la main. Des tableaux de maîtres de la grande école de Scintilla, et des œuvres d’arts incompréhensibles venues du grand passé de l’histoire de l’Humanité, s’offraient aux regards des richissimes voyageurs qui avaient fait le chemin jusqu’à Malfi.
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Quand elles les croisaient, beaucoup des passagers avaient un geste de déférence envers les deux sœurs : une petite révérence, ou un simple geste de la tête respectueux. Infréquents étaient les hommes qui dévisageaient ou restaient de marbre à leur passage, à moins qu’ils ne soient nés demeurés (Ce qui pouvait parfois arriver, il y avait bien des nobles handicapés mentalement…), ou cherchant la provocation. Le respect qu’inspirait une sœur de bataille égalait celui des plus grands ministres de l’Imperium.

Ensemble, elles suivirent les immenses marches recouvertes d’un tapis de pourpre aux millions de fils cousus d’or pour former des arabesques et des écritures d’une langue ancienne et inconnue. Elles montèrent jusqu’au belvédère du vaisseau, une galerie circulaire au cœur de l’édifice flottant, où déjà, des centaines de passagers, de tous âges, regardaient avec intérêt la planète toute grossie sous eux.


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Malfi (Malfi III). Système Malfien. Sous-secteur Malfien. Secteur Calixis.
Monde-Ruche. 23 milliards d’habitants. Présence de tous les Adepti de l’Imperium. Importance économico-politique essentielle. Dîme de niveau Exactus Extremis.
Ancienne planète à la forêt primaire couverte de jungles. Température moyenne de 20°C, climat sous-tropical, biomes de déserts, précipitations fréquentes avec épisodes orageux nombreux. Pollution intense.
Planètes notables : Gallowglass (Malfi V-c), lune terraformée et habitée, transformée en monde-agraire, orbitant une géante gazeuse (Malfi V). Borusa (Malfi VIII), monde-minier.



Les faits revenaient dans l’esprit d’Anima. Des mois maintenant, depuis qu’elle avait appris son affectation il y a près d’un an, qu’elle étudiait Malfi. Audio-codex, cours de géographie, hagiographies de saints, pièces de théâtres, picto-divertissements, tout était bon pour tout comprendre de cette planète. Ses us, ses coutumes, ses traditions, mais aussi leur gastronomie, leur mode, leur culture matérielle en général… Ce monde était ancien, bien plus ancien que l’arrivée de l’Imperium qui n’avait élevé ce monde qu’au 38e millénaire sous la férule du général Golgenna Angevin ; même l’Empereur et ses anges de la mort n’avaient pas découvert ce monde durant la Grande Croisade, c’était dire la laideur des mœurs qui avaient pu prospérer au sein de ce monde riche et puissamment développé.
Mais la voir en vrai, ce n’était pas pareil que d’en voir les pictographies ou les peintures. Voilà que Malfi se découvrait devant elle. Son immense continent pangéen, recouvert de villes constituées sur toute la longueur. Ses cités-ruches illuminées visibles depuis le ciel. Les subsistances de sa colossale forêt tropicale primaire résistante contre la colonisation humaine, quand bien même elle était attaquée par les machines des bûcherons à sa lisière continuellement réduite. Le danger de ses déserts irradiés, et ses ruines abandonnées par les plus violentes des guerres privées ayant déchiré ce monde.

Au fond, ça ressemblait pas mal à Scintilla vu du ciel. Il est vrai avec un océan plus bleu, ce qui était fort joli, mais avec des cités moins élevées et plus étalées. Au grand dam de ses habitants, Malfi était, et serait toujours seconde comparé à la capitale du secteur.

Alors que silencieusement, Sabbat et Anima observaient, elles pouvaient sentir le regard du capitaine, un petit homme très beau et très bien vêtu, au visage bridé et aux cheveux cendre-et-sel. Il n’alla pas les déranger, mais leur offrit un sourire et un geste du front, auquel Sabbat répondit par une révérence polie et sans aucun sourire, le visage même froid et inexpressif — c’est ce qui était attendu généralement de leur part comme marque de respect pour les Grands de ce monde, leur avait-on enseigné. Un autre geste, ou une grimace, ou un simple rictus pourrait être interprété de dizaines de façons, ajoutait-on.
Elles attendaient là, et ne s’échangeaient ni paroles, ni commentaires, ni plaisanteries ; c’était une habitude de leur éducation. Les murs ont des oreilles, la voix porte loin, le vide a un écho. De nombreuses fois, Anima avait passé ses meilleurs moments avec ses sœurs dans un silence de monastère, le terme était bien propre pour une fille de l’abbaye. Craignant la punition, ou la réflexion, ou la rumeur, il valait mieux se taire si on avait du public à ses côtés. Et donc, dans ce moment de complicité, d’attente, de joie, de peur, d’appréhension, elles s’échangeaient toutes deux beaucoup tout en gardant leurs lèvres scellées.


Puis, une troisième présence se fit sentir, son ombre portée par la lumière des candélabres du plafond — le sombre épouvantail de la sœur supérieure. Il y eut un frisson dans les deux novices, qui pourtant n’en montrèrent rien, et restaient scotchées à la rambarde du belvédère tandis qu’elle prenait place avec elles.
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Jocasta Hadernyk était une supérieure ayant acquis une vétérance au service de l’Adepta Sororitas, mais elle n’était une sœur Famulous que depuis une période relativement récente — cinq années, paraissait-il. Elle faisait partie, à l’origine, des ordres militants de l’Adepta, Anima n’était pas sûre duquel, la Rose Sanglante semblait-il. En tout cas, elle avait été une Séraphine, c’est-à-dire les troupes de choc de l’Adepta, celles qui chargeaient au combat en utilisant des réacteurs dorsaux et des armes de mêlée. Évidemment, sa réputation provoquait mille cancans à Iocanthos, et il n’y avait personne parmi les sœurs supérieures qui suscitait plus de potins et de fantasmes. Comment sœur Hadernyk s’était retrouvée ici ? On disait qu’elle avait sur son corps milles cicatrices, mais aucune sur le dos. On racontait qu’elle avait servi dans la suite d’un Inquisiteur, même si ces paroles faisaient froid dans le dos et qu’on ne chuchotait ses murmures que dans le noir et le plus bas possible. Certaines méchantes prétendaient qu’elle avait eu des dizaines de prétendants, et qu’aujourd’hui encore, elle recevait des lettres d’amour des quatre coins du secteur quand un navire venait approvisionner l’Abbaye. Ce qui était sûr et certain, en revanche, car Anima l’avait déjà vu par hasard sur son bureau, c’est que le chapitre des Black Templars, un des plus anciens et des plus terrifiants des chapitres de Space Marines, lui avait déjà envoyé un colis le jour de son anniversaire. Que les anges de la mort puissent se souvenir d’une telle chose et faire une telle attention, quasi « mignonne » pour des créatures surnaturelles et hors du commun des mortels, prouvait qu’elle avait effectivement eut une grande carrière lorsqu’elle endossait encore son armure.

Que faisait-elle ici ? Pourquoi avoir raccroché la vie de militante pour celle de famulous ? Ce mystère ne serait peut-être jamais percé, mais ce n’était pas l’envie qui manquait chez ses novices…


« Que nous tombions par ambition, crimes ou luxure, nous sommes comme des diamants taillés de leur propre poussière. »

Un trait philosophique. Une observation lyrique.

En fait surtout une réplique de la célèbre pièce « la Révérende de Malfi », plus exactement la scène où le patriarche-révérend, le frère jumeau de la révérende, est meurtri par l’Assassin.
Une pièce terrifiante et ô combien a propos que cette œuvre. L’histoire d’une famille puissante, qui est déchirée par mille vices, par des trahisons et des complots, par la guerre d’influence entre le pouvoir laïc et le clergé, et au milieu de tout ça, un homme, ancien détenu rescapé des galères, qui est manipulé par l’un ou l’autre des protagonistes jusqu’à provoquer leur mort à tous, y compris les enfants. Pour une pièce prétendument datée de temps immémoriaux et apparemment fictive, on aurait presque dit un documentaire.

Anima décida donc de rejouer la réplique suivante de l’Assassin, à la réponse du Cardinal qui lui dit qu’avec le révérend mort, il a obtenu son paiement ; ainsi, Anima allait montrer qu’elle avait bien retenu ses leçons :

« Oui, je maintiens mon âme épuisée dans mes dents, elle est prête à s’en aller de moi. Je me glorifie de te voir, toi qui te dressais comme une pyramide immense à base formidable, tu t’achèves en toute petite pointe, autant dire en rien. »

Jocasta eut un sourire. Mais pas un sourire satisfait — elle ne souriait presque jamais par gaieté ou satisfaction, elle souriait en fait toujours quand elle allait faire quelque chose de mesquin, ou infliger une punition. Il n’y avait rien de plus horrible que la voir sourire.

« Traduction littérale, sœur-constantia. On dit plutôt :
Oui, je retiens mon âme entre mes dents, celle qui cherche à s’envoler hors de moi ;
Il est gloire de te voir, toi qui t’élevais haut avec les pyramides, dressé sur une invulnérable fondation, ainsi avalé si bien qu’il ne reste qu’une pointe, sinon rien.
 »


D’ordinaire, c’est le moment où Jocasta aurait sorti la règle pour fracasser le bout des doigts. Mais peut-être que c’était un spectacle inconvenant au beau milieu d’un magnifique public. Aussi, Anima n’eut plus qu’à être sidérée sur place, dans un réflexe pavlovien d’attente de l’assaut.

Sabbat, avec une voix différente de celle qu’elle utilisait avec sa camarade, une voix fluette et basse de jeune fille, tenta d’aller à la rescousse de sa collègue en se faisant passer pour plus bête qu’elle :

« Est-ce qu’il y a tant de différences que cela entre les deux textes, sœur supérieure ?
– Non, mais le diable est dans les détails, comme nous avons si fortement tenté de vous le faire comprendre.
Vous profitez donc de la vue ? Magnifique, n’est-il pas ? Il y a une étrange beauté dans les mondes-ruches, du moins si l’on aime les êtres humains. C’est ici que l’Humanité s’exprime le plus dans ce qu’elle a de plus ordonné, mais aussi de plus chaotique.
Je n’aurais jamais pensé revoir Malfi de ma vie. »

Jocasta était-elle en train d’échanger avec les novices ? Il y avait de quoi être scotchée. Elle n’avait jamais révélé le moindre détail personnel de son existence à aucune novice depuis les années qu’elle partageait leurs vies. Ce n’était même pas sûr qu’elle parlait avec ses collègues ou ses supérieures à Iocanthos. Visiblement, elle baissait de plus en plus sa garde. Et Sabbat mordit à l’hameçon :

« J’ignorais que vous aviez déjà vécu à Malfi, sœur supérieure !
– Pas à Malfi même, mais sur la lune-monde de Gallowglass », précisa-t-elle en pointant l’abysse bleuté du ciel, vers une petite lumière scintillante beaucoup plus loin. « Gallowglass nourrit le ventre de Malfi, de la même manière que Borusa fournit tout le matériel de ses ateliers. Le système Malfien est assez unique pour ça — il est naturellement richissime en tout. Peu de mondes ont la chance d’avoir un tel potentiel de croissance viable à très long terme.
– Et Gallowglass est-elle un monde agréable, sœur supérieure ?
– Il fait beau, il fait bon, on y cultive et on y élève de tout. L’Adepta Sororitas a une grande commanderie dessus, un peu comme Iocanthos.
– Vous devez donc y connaître des sœurs. Seriez-vous heureuse de les revoir ? »

Jocasta ne répondit pas. Au contraire, elle pinça ses lèvres, et tira une sale grimace. Elle avait révélé un minuscule morceau de sa vie, et déjà, on se jetait pour l’attraper. Elle qui avait tant enseigné l’importance des secrets et du silence à ses élèves venait de se faire piéger en une poignée de secondes.

« Nous ne sommes pas encore près de débarquer. Il faut que le capitaine prépare le cérémonial, tandis que les cargos seront débarqués et le service de sécurité préparera notre visite.
En somme, il nous reste quelques instants pour de courtes révisions. »


Anima pouvait remercier Sabbat — à cause d’elle, c’était parti pour passer les derniers instants dans le luxe du Belial à faire salle de classe, plutôt que regarder un picto-divertissement ou profiter une dernière fois de la piscine. Sitôt que Hadernyk avait le dos tourné, on put voir la jeune sœur tirer la langue et montrer les crocs rien qu’une seconde, par pur agacement.



Le bon capitaine avait réservé des chambres, mais également une petite salle de repos pour les Famulous. Une simple pièce rectangulaire, quasi vide de tout meuble, excepté pour une petite table où brillaient quelques cierges et où un Lectitio Divinitatus attendait pour les yeux pieux — la plus grande beauté de la pièce venait de sa baie vitrée, qui donnait de ce côté-ci du bateau sur l’abysse spatial tissée d’étoiles. Comparé au luxe tapageur et enivrant du reste du Belial, cet endroit était apaisant, et ressemblait bien plus aux cellules d’Iocanthos. Les sens redevenaient siens, dans ce petit cagibi, où on n’entendait pas de musique, où on avait pas les narines envahies de parfums, et où les yeux n’étaient pas assaillis par d’infinies couleurs. Sabbat et Anima prient place au sol, en seiza, tandis que sœur Hadernyk se tenait debout, les mains dans le dos, dans une posture de militaire.

« Nos premières semaines à Malfi consisteront à rencontrer les deux familles auxquelles vous allez être assignées. Il y aura un court moment d’adaptation et de découverte, mais vous devriez rapidement commencer à intégrer le cœur des deux dynasties, sans ma présence. Ce sera votre toute première mission en tant que Famulous, et elle sera notoirement capitale. L’Ordre de l’Œil s’Ouvrant n’a qu’une présence très récente à Malfi, nous redécouvrons cette planète, et il y a beaucoup à découvrir avant de pouvoir agir. Vous êtes les renforts d’un contingent déjà présent d’une soixantaine d’entre nous, aussi, même si vous n’êtes pas encore tout à fait des sœurs pleines et entières, vous allez devoir vite assumer les responsabilités d’une.
Sabbat, pourrais-tu me rappeler quels sont les pouvoirs à Malfi ? »


Sabbat leva la tête, et récita sa leçon apprise par cœur :

« Malfi est une monarchie élective dont les pouvoirs sont divisés entre plusieurs grandes institutions. La Ligue de la noblesse patente regroupe entre trois et quatre cents familles nobles séparées en dix-sept rangs d’honneurs, qui se divisent les 1243 fiefs principaux administratifs de la planète. Les fiefs sont une base économique et judiciaire, sur laquelle un seigneur ou une seigneuresse détient des droits d’impôts, la propriété des serfs et ouvriers endenturés, ainsi que le pouvoir de faire justice. Les dynasties nobles emploient des militaires dans des quantités variables, les plus puissantes des familles possédant des armées privées disposant d’armement lourds.
Le gouverneur planétaire est appelé Révérend-patriarche. Il est élu à vie par acclamation par les familles de la Ligue de la noblesse patente. Le pouvoir du gouverneur planétaire est partagé avec le Sénat, une institution parlementaire qui regroupe les intérêts des plus grandes dynasties de Malfi. Ces deux institutions doivent collaborer, car le premier dispose du pouvoir exécutif, et le second du pouvoir législatif. Au-dessus du Sénat et du Révérend-patriarche se trouve le gouverneur du sous-secteur, qui s’il réside à Malfi et est choisi traditionnellement parmi les Malfiens, est un lieutenant du Sire Calixis qui peut le nommer et le révoquer à sa guise. Le gouverneur du sous-secteur reste normalement neutre dans la vie de Malfi, sauf lorsque les événements menacent la collecte de la Dîme Impériale, le respect du Credo, ou le contrôle des psykers. »


C’était scolaire et dit clairement, tout ce que Jocasta aimait.

« L’actuelle Révérende-matriarche de Malfi se nomme Imelda VI de la maison Glydus, et elle règne sur Malfi depuis dix-neuf années. Son règne, qui a succédé à son père qui avait été élu dans des conditions obscures, a permis d’assurer la paix et la stabilité de Malfi. Mais il y a aujourd’hui de nouvelles tensions sur la planète, et la prédation inhérente à la noblesse locale risque d’à nouveau perturber la planète.
Vous n’êtes pas sans savoir que le dernier grand événement de l’histoire Malfienne fut une guerre civile, il y a plus de trois cents ans de cela. Le règne de la maison Koba a laissé des milliards de morts et Malfi n’a retrouvé ses niveaux de Dîme Impériale d’avant ce conflit que très récemment, sous le règne d’Imelda justement. La paix fragile doit être maintenue, et le retour de notre ordre Famulous sur cette planète, encouragé par Imelda, doit beaucoup y contribuer.
Toutes les familles nobles de Malfi ne voient pas notre présence d’un bon œil, loin s’en faut. La maison Belasco, qui est la plus riche et la plus puissante des familles de Malfi, a rejeté chacune de nos offres de poster une Famulous parmi eux. La noblesse, grande et petite, est gangrenée par une philosophie libertine qui rejette ce qu’ils perçoivent comme une trop grande présence dans la vie séculière du Ministorum. La religion pour beaucoup de Malfiens est une chose personnelle et intime, et ne doit pas être sous la houlette d’un clergé organisé. Même des prêtres tout à fait honorables et passés par nos écoles se mettent à prêcher ces croyances flirtant avec l’hérésie.
Nous avons des soutiens, évidemment, c’est pour cela que vous pourrez entrer parmi deux mesnies Malfiennes, mais nous avons aussi beaucoup de méfiants, voire d’ennemis déclarés. Je ne vous cache pas que vous aurez beaucoup à faire pour inculquer à la jeunesse de Malfi l’importance de respecter la grandeur et la puissance de notre sainte-mère l’Église. »


Elle les laissa toutes deux songer à ça. Mais ça avait le goût du réchauffé. Cela faisait des mois qu’elle ne répétait que ça ad nauseam…

« Sabbat, qu’as-tu à dire sur ta famille ? »

La jeune fille, à nouveau, donna son speech scolaire :

« Les Borghese sont une famille d’extraction nobiliaire récente, élevés par la gloire d’un Révérend-patriarche il y a cinq cents ans.
À l’origine, les Borghese sont une famille de serviteurs d’une autre dynastie noble, les Tocco, aujourd’hui dissous dans les descendances d’autres dynasties suite à leur purge durant une Vendetta légale. Les Borghese sont des natifs de Malfi, mais à l’ascendance incertaine, leur profil racial les mélangeant avec les peuplades des forêts tropicales constituées durant l’Âge des Luttes.
Les Borghese sont devenus riches par la banque, le mécénat d’art, et le service envers l’Adeptus Terra. Nombre de leurs membres ont servi dans les différents Adepti, y comprit la Garde Impériale. On compte dans cette famille pas moins de neuf dynastes qui obtinrent au cours des huit cents dernières années la Médaille de la Gloire. L’accumulation de richesses et de titres, ainsi que l’appropriation d’un fief principal via mise en gages, leur a enfin permis de faire reconnaître leur accès à la noblesse patente.
Les Borghese sont aujourd’hui une famille considérée, selon les années, entre la 11e et la 8e place en termes de pouvoir économique de la planète. Ils disposent de sièges au Sénat, et d’un corps militaire interarmes de soixante-cinq mille militaires. »

Riches, mais jeunes.

« Anima, que peux-tu me dire sur ta famille ? »

Là, il y avait des choses à faire, et il fallait voir comment résumer ça scolairement et efficacement comme Sabbat…

La famille à laquelle elle allait être associée s’appelaient les Livyrtzen. Ils étaient l’inverse complet des Borghese au niveau de leur ancienneté — leur noblesse était si ancienne qu’ils pouvaient remonter à l’âge archaïque Malfien. Leurs ancêtres avaient siégé au Sénat quand les Malfiens avaient perdu la capacité à voyager dans l’espace et reconquérir leurs lunes, et où on racontait qu’une figure mythologique, un monarque immortel appelé le Roi-Radiant, régnait sur la planète. Leur sang était épais, et leur race dynamique ; le genre de nobles qui faisait jalouser les autres nobles par leur importance.
Leur pedigree était d’autant plus incroyable, qu’ils avaient fourni à Malfi pas moins de milliers d’officiels, à l’Adeptus Terra des centaines de grands serviteurs, et surtout, quatre Révérend-patriarches élus dans leur sang.
Plus que tout, les Livyrtzen avaient l’immense fierté de compter un saint canonisé dans leur arbre généalogique : Saint-Toma, trois fois gouverneur de Malfi.

Toma de Livyrtzen incarnait le dirigeant parfait et admiré par le Ministorum. C’était un homme de lettres, un universitaire calme et digne, un philosophe respectueux des traditions et des droits du clergé. Passé par l’Administratum, il avait géré de nombreuses planètes récemment colonisées, et avait été un parfait maître de la logistique militaire au service du Departmento Munitorum.
Mais ce pour quoi on connaissait le plus saint-Toma, c’est pour ses services successifs en tant que gouverneur de Malfi. Par trois fois, il avait été élu à la tête de Malfi dans des moments de doute et de conflits, s’emparant du pouvoir non par la corruption et le meurtre comme tant d’autres, mais simplement car il était vu comme le candidat le plus solide pour sortir la planète de son pétrin. Par trois fois il avait régné avec justesse, s’intéressant au sort du peuple, réglant des conflits avec justice, codifiant des règles et élevant des monuments — et par trois fois, il avait démissionné à l’apogée de sa gloire, sans rien laisser pour sa famille. Père aimant, mari dévoué, il comprenait pourtant que les places se méritaient, et qu’il ne pouvait nommer les siens par simple népotisme. Son mandat le plus court fut de seulement six mois, à la fin de sa vie, alors qu’il avait cent quatre-vingts ans.

Toma était considéré comme un saint non seulement par sa vie pieuse, et par son respect des lois et des gens pauvres, mais aussi et surtout parce que son hagiographie décrit des événements miraculeux : plusieurs fois au cours de sa vie, il fut tenté par des démons qui le poussèrent à abuser de son pouvoir, et plusieurs fois il les repoussa. En tant que Révérend-patriarche, on disait qu’il pouvait faire guérir des écrouelles. Et il lui était arrivé plusieurs fois d’accorder sa grâce à un homme ou une femme condamné à mort, seulement pour que celui ou celle-ci devienne un grand fidèle du Ministorum accomplissant de grandes œuvres.
Surtout, Toma était considéré comme un martyr. Lors de son dernier mandat, il fut empoisonné par un rival inconnu. Toma résista à l’horrible douleur du poison, et dans ses derniers instants de vigueurs, acheva de mettre officiellement par écrit la Lex Vendetta, la compilation et l’ordonnancement des antiques règles entourant la guerre privée telle qu’on la pratiquait depuis le règne mythologique du Roi-Radiant, afin d’éviter que les guerres civiles soient trop passionnelles dans leur extrême violence — puis, Toma présenta sa démission, afin que son fils ne puisse pas utiliser sa mort comme argument politique afin de se faire élire facilement. Ainsi, Toma mourut en laissant une Malfi ennuyante et en paix.

Les Livyrtzen n’avaient donc que très peu profité de son règne, mais ils avaient acquis un immense prestige. Aujourd’hui, c’était une famille à la dérive. Des échecs dans des entreprises commerciales, des dettes contractées dont les intérêts s’accumulaient, la mort de jeunes poulains dans la Garde Impériale ou des assassinats, une punition venant du Sénat pour des faits illégaux dans une Vendetta, et des passions familiales privées, tel que le remariage du chef de la maison avec une païenne roturière, avaient détruit la réputation et la richesse des Livyrtzen. Ils étaient aujourd’hui dans le classement entre la 146e et la 144e place en termes de puissance, et leurs forces militaires n’étaient plus qu’une brigade de moins de 4000 soldats. Pour autant, les Livyrtzen avaient encore beaucoup de titres de propriétés, de fiefs-liges fondus dans les fiefs principaux d’autres familles, et, par tradition et honneur à leur ancêtre Toma, ils avaient encore une place honorifique prépondérante au Sénat. C’était, en somme, la famille qui attirait l’appétit des loups, mais qui n’avait pas encore été mangée.



Les Famulous prévoyaient le mariage de ces deux familles. Car elles avaient en commun d’être des alliées du Ministorum le plus orthodoxe, et qu’elles pouvaient bien se compléter, l’une ayant la fortune, l’autre ayant le prestige. Remettre ces deux mesnies sur le devant de la scène était l’objectif affiché et martelé des supérieures de Jocasta.
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Frère Éloi
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Re: [Dark Heresy] Profession de Foi

Message par Frère Éloi »

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Sœur Anima – Ordre Famulous

Ayant reconnu dans les mots de la sœur supérieure une réplique tirée d’une ancienne pièce de théâtre, c’est relativement impulsivement que je m’aventure à poursuivre la citation à haute voix. Plutôt que d’apprécier mon intention, sœur Jocasta ne manque pas de critiquer ma version de l’ancien texte, la jugeant perfectible. Ainsi prise en défaut, je m’astreins à un silence contrit, en dépit de mon envie de défendre les quelques mérites de ma proposition de traduction : les réprimandes de sœur Jocasta ne souffrent aucune contestation, et je ne dois probablement qu’à la publicité de notre conversation que ma flagellation ne soit que verbale. Qui prend la parole s’expose, et nous avons appris à n’user de la nôtre qu’à bon escient : je ne peux donc m’en prendre qu’à moi-même pour ce faux pas.

Tandis que Sabbat, prévenante comme à son habitude, entreprend d’occuper la conversation de la sœur supérieure, je baisse pensivement le regard vers la surface de Malfi, au travers de la baie vitrée du belvédère. Loin là-dessous, la surface de ce monde ancien s’offre à mes yeux dans son immensité, son continent noirci de l’empreinte de massives cités-ruches s’étalant sur la majorité de sa superficie. Un monde régi par d’anciennes coutumes, au modèle politique relativement singulier, le pouvoir se trouvant partagé entre plusieurs institutions. Surtout, un monde au passé troublé, en proie à de constantes rivalités, pétri de jalousie, de ressentiment et de guerres privées. C’est cette ambivalence qui se déploie sous mes yeux, dans toute sa beauté et sa vulgarité, bien humaine en vérité. Si la sulfureuse réputation de la noblesse de Malfi suscite une certaine appréhension, je ressens également en mon for intérieur une attirance grandissante pour cette destination, tant par excitation que du fait de l’enjeu de notre action.

Je prête une oreille distante à l’exposé donné par Sabbat des principales caractéristiques de sa famille d’affectation, les Borghese. Ces informations ne sont pas nouvelles -Sabbat et moi nous en sommes déjà entretenues plusieurs fois en privé- mais m’évoquent toutefois plusieurs réflexions. Elle devra certainement composer avec un certain hubris au sein des Borghese, tiré de leur succès, mais tempéré par leur manque de reconnaissance du fait de leur ascension relativement récente. En effet, en dépit de leur accession à la noblesse patente, certains attribut du prestige ne s’achètent pas.

Vient bientôt mon tour d’exposer succinctement la situation de ma famille d’affectation.

« Les Livyrtzen jouissent d’une prestigieuse réputation, leur lignée ayant toujours siégé au Sénat, et pouvant s’enorgueillir de plusieurs grands noms de l’histoire malfienne, dont pas moins de quatre révérend-patriarches. Leur nom bénéficie particulièrement du prestige notable de Saint-Toma de Livyrtzen, dont les actions lors de ses trois mandats de révérend-patriarche ont acquis à sa famille une renommée millénaire, à défaut de favoriser leur enrichissement.

Leur situation est bien plus précaire aujourd’hui. Mauvaise fortune commerciale, dettes étouffantes, sanctions économiques, décès malheureux au sein de la jeune génération, complots internes contre le patriarche de la maison, et mauvais premier mariage dudit patriarche sont autant de facteurs ayant considérablement amenuisé leur prédominance au sein de la noblesse patente.

A titre de comparaison, les Livyrtzen ne sont plus crédités que de la 144e à la 146e place, selon les années, en terme de classement économique des familles nobles. Leur force militaire est également réduite à peau de chagrin avec moins de 4000 soldats.

En somme, si l’éclat de leur prestige fut longtemps bien vivace, il vacille désormais, et attire plus que jamais les appétits. »


Par zèle, je poursuis quelque peu mon exposé, désireuse de compenser mon précédent faux pas aux yeux de sœur Jocasta. En dépit de notre relatif isolement dans cette pièce, je m’abstiens de trop en dire, les murs ayant des oreilles.

« L’invitation de notre ordre au sein de cette famille résulte d’une demande formulée par l’actuel régent, Jourdan-Elias, frère puîné du patriarche Hieronymous, dont les mauvaises décisions au cours de ses 34 ans de règne ont conduit à son éloignement des affaires. Quoique meilleur gestionnaire que son frère, Jourdan-Elias ne souhaite toutefois pas quitter sa cure pour prendre la direction de la maison Livyrtzen, et retournera à ses charges d’évêque du Ministorum sitôt un héritier installé. En ce sens, nous sommes appelées à pourvoir aux besoins de l’éducation de la progéniture de Hieronymous, qui ne compte plus que deux filles et un garçon, âgés de 15 à 8 ans. »
Modifié en dernier par Frère Éloi le 01 mai 2024, 17:28, modifié 1 fois.
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Re: [Dark Heresy] Profession de Foi

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Le rapport d’Anima fut succin, et globalement au goût de Jocasta — puisqu’elle ne disait rien et n’avait aucune expression particulière, c’est que c’était satisfaisant. Contrairement à d’autres supérieures, elle n’était vraiment pas du genre à récompenser le succès, mais uniquement punir l’échec…

En revanche, une phrase suffit à la faire froncer les sourcils. Et elle leva le doigt pour corriger un propos :

« Les décisions de Hieronymous de Livyrtzen n’étaient pas mauvaises. Elles étaient en revanches prévues à court terme. Il faut faire très attention, et garder toujours à l’esprit quand vous serez une voix au sein des conseils de famille, que parfois, il n’y a pas de bonnes décisions, et il faut manger son pain noir.
Hieronymous de Livyrtzen a hérité d’une situation terrible. Trois cents ans que la famille coule, depuis l’ère Koba. Parfois, il a dû faire des emprunts à fort intérêt pour payer des soldats, car mieux vaut avoir affaire à des banquiers dans vingt ans qu’un effondrement militaire dans six mois. Parfois, il a dû diviser son fief principal en fiefs-liges pour récompenser des officiers, car il a besoin de gens fidèles et que cela coûte moins cher que d’autres expédients — même si cela veut dire créer ses futurs rivaux et se priver de rentes sur long terme.
Globalement, la famille de Livyrtzen est aujourd’hui face à de nombreux défis et de grands dangers : vassaux avec trop de libertés, dettes accumulées, domaine pas assez productif, crise de confiance familiale… Mais Hieronymous de Livyrtzen a fait survivre la famille. Ils ont encore leur drapeau, leur manoir, et leurs dynastes. C’est donc qu’il a pris de bonnes décisions.
La survie dépasse toutes les autres considérations morales. »


Elle s’approcha d’Anima. Après la leçon, elle aimait généralement ponctuer ça d’un coup de règle sur les doigts. Elle laissa la jeune novice mariner, droite devant elle, quelques secondes beaucoup trop longues où elle se dressait face à celle sur ses genoux. Elle attendait qu’elle se rattrape, qu’elle s’excuse, qu’elle trouve une autre phrase…

Mais cette fois-ci, la punition ne vint pas. En revanche, une espèce de sourire mesquin se dessinait sur ses lèvres.

« L’éducation que nous vous avons fourni vous place dans l’élite de l’Imperium. Vous savez gérer les comptes d’une famille, diriger une stratégie militaire, organiser le commerce stellaire. Vous savez séduire, manipuler, tromper, convaincre, intimider. Vous serez des institutrices et des zélotes. Vous apprendrez à ces deux familles la nécessité de la foi et de l’ordre, mais aussi, vous ferez tous pour que ces dynasties puissent vaincre. Leur gloire et leur croissance est bonne pour l’Imperium. Mais si un jour, ils se révélaient agir contre les intérêts du royaume de l’Empereur, alors vous saurez agir dans l’ombre pour redresser la situation. Cela est le rôle d’une Famulous.
Je vous assure, il y a peu d’emplois plus riches et passionnants dans cette vie. Mais il ne faut jamais oublier ce que vous êtes : des dames-servantes du Trône. Quand bien même vous aurez vos courtisans et vos admirateurs, vous devez garder à jamais au fond de votre esprit la nécessité de plier le genou. »


Elle se tourna vers la baie vitrée, pour observer l’immensité de l’abysse.

« Nous visiterons en premier les Borghese. La matriarche de la maison a prévu une immense cérémonie pour accueillir le capitaine du Belial, et nous avec. Nous y passerons quelques jours, et vous jaugerez alors les invités.
Puis, nous laisserons sœur Sabbat à son travail, et Anima et moi visiterons les Livyrtzen. »


Elle pivota sa tête pour observer les deux jeunes filles.

« Pour les premiers mois, je vous appellerai chaque soir afin que vous dressiez vos rapports et que vous ayez des objectifs à tenir. Puis petit à petit, vous serez autonomes.
Nous ne serons pas seules toutes les trois. Comme je vous disais, nous avons soixante Famulous sur la planète, et trois centaines de serviteurs et agents divers qui sont fidèles à l’Ordre de l’Œil s’Ouvrant. Il sera donc nécessaire de rencontrer la chef de toute cette mission, la Légatine Christal, qui dirige les opérations sur Malfi.
Christal est une légende de notre ordre, et une amie personnelle de notre chanoinesse. Il sera donc nécessaire de lui faire honneur… »


Elle fit la moue, visiblement, elle eut une pensée pour elle-même.

« Si vous avez des questions, je pense que maintenant est le bon moment. »
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Re: [Dark Heresy] Profession de Foi

Message par Frère Éloi »

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Un silence empreint de sévérité ponctue la correction apportée par sœur Jocasta après mon intervention, comme une invitation à me confondre en excuses. Pourtant, il me semble qu’une attitude discrète et disciplinée aurait davantage sa faveur. Aussi, je demeure muette sous le regard intransigeant de la sœur supérieure. Bien m’en prend, car après plusieurs longues secondes, Jocasta se détourne avec un rictus, avant d’entamer un sermon sur le rôle de notre ordre.

Ces mots, je les ai déjà entendus à maintes reprises. Contrairement à nos sœurs des ordres militants, qui portent la lumière de l’Empereur sur les fronts de l’Imperium, les sœurs Famulous œuvrent en plein cœur des cours et des familles de la noblesse. En ces lieux d’exercice du pouvoir, nous conseillons les dirigeants, façonnons l’esprit de leurs enfants, et optimisons leurs alliances selon l’intérêt supérieur de l’Imperium. Ce-faisant, nous sondons les cœurs, évaluant les mérites des individus, intrigant pour écarter du pouvoir les plus corrompus. En toutes ces actions, nos allégeances d’emprunt importe peu : nous servons toutes le dessein millénaire de notre ordre, déterminé pour la sauvegarde au long terme de l’Imperium et le progrès de l’Humanité.

La suite du briefing de la sœur supérieure ravive également des réflexions récurrentes depuis le début de notre voyage. La maison Belasco est l’un des principaux tenants de la philosophie libertine sur la planète. J’ai lu que les Borghese ont des liens avec cette maison, datant au moins de la guerre privée Gémélite, durant laquelle le soutien des Belasco a été déterminant pour l’accession de Leona Borghese à son actuelle position à la tête de sa famille. Sabbat devra donc vraisemblablement composer avec d’éventuelles manœuvres des Belasco visant à entraver notre action d’influence.

La mention du faible nombre de Famulous sur Malfi me laisse songeuse. Soixante sœurs, pour une noblesse patente de plusieurs centaines de familles, décidant du destin de 23 milliards d’âmes. C’est fort peu, en considération des enjeux politiques et économiques de Malfi, deuxième monde du secteur Calixis. Notre entreprise d’implantation sur la planète part véritablement de bien loin.

Après un rapide échange de regard avec Sabbat, je prends la parole la première.

« L’Ordre a-t-il déjà déterminé les meilleurs partis, au sein de chaque famille, ou ce travail d’identification reste-t-il à mener sur le terrain ? Cette union revêt-elle un enjeu uniquement politique ? »

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8 sous d'argent 8 deniers
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Re: [Dark Heresy] Profession de Foi

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

La question d’Anima eut l’approbation de Jocasta, qui répondit assez vite, après tout juste deux secondes de réflexion :

« Pour la famille de Livyrtzen, la réponse est facile — les trois aînés légitimes et nés de sire Hieronymous sont tous trois à pourvoir, les neveux et cousins plus éloignés ont déjà leurs partis de prévus ou officialisés et sont moins stratégiques.
Odilon, le garçon de douze ans, et Mayan, la dernière de huit ans, peuvent d’ores et déjà être fiancés, tandis qu’Ysolde, la fille de quinze ans, peut déjà se marier. Ton travail, sœur Anima, sera de préparer celle-ci à la vie d’épouse. Même si les Livyrtzen vont vouloir très vite la donner à une autre famille, je compte sur toi pour les ralentir, et de n’offrir la main de la jeune fille qu’une fois que tu seras certaine qu’elle sera une épouse convenable, c’est-à-dire une femme censée, raisonnable, et plus que tout, dévote et capable d’influencer sa nouvelle famille. Nous sommes peu de Famulous, il va falloir incendier les cœurs et obtenir des fidèles à notre cause. »


Puis, elle regarda Sabbat.

« Pour toi-même, la situation est beaucoup plus compliquée…
Leona Borghese n’a pas d’héritier officiel. Elle a bien trois enfants nés de trois pères différents, dont un inconnu, mais les trois bâtards, s’ils sont reconnus et vivent dans la maison, ne sont pas légitimés et ne peuvent pour l’heure pas prétendre à l’héritage. D’après nos sœurs sur Malfi, Leona a un cousin germain dont elle est très proche, un jeune homme de vingt ans qui sert à son conseil de famille et qu’elle va peut-être adopter. Cela rend les choses compliquées — la famille Borghese est infiltrée par l’idéologie libertine et si nous allons pouvoir facilement influencer les enfants, nous allons avoir plus de mal avec les adultes. »

Sabbat se permit donc à son tour une réflexion :

« Pourquoi les Borghese ont-ils accepté l’entrée parmi eux d’une sœur Famulous, s’ils sont les alliés des Belasco ?
– Parce que les sœurs Famulous sont réputées à travers l’Imperium entier. Non seulement nous avons une grande éducation qui est recherchée par les aristocrates, mais nous avons nos propres réseaux de pouvoirs et de relations. Je pense que c’est aussi un moyen pour dame Leona de limiter l’influence des Belasco sur sa propre dynastie, de la contrebalancer et de marquer son indépendance.
Tout le monde ne désire pas que nous soyons proches d’eux uniquement par foi. Mais le Ministorum a d’autres arguments pour les personnes moins pieuses que d’autres. Nous avons des planètes entières sous notre juridiction, nous avons une puissante force armée, et des alliés et des obligés tant dans l’Adeptus Terra qu’en dehors.
L’Empereur a toujours apprécié une bonne dose de pragmatisme accompagnant son fidèle service. »


Elle eut un sourire pour elle-même, avant d’achever de répondre à la deuxième partie de la question d’Anima.

« Pour les Livyrtzen, le mariage est une nécessité afin de forger une alliance plus durable avec une autre dynastie plus puissante, ainsi qu’une opportunité économique via la dot. Les Borghese, eux, sont probablement beaucoup plus pragmatiques et ont une vision moins équilibrée de l’échange — ils veulent récompenser un inférieur qui a été utile et caser un bâtard probablement gênant. Le Livyrtzen qui sera choisi sera honoré par toute la dynastie, le Borghese qui devra prendre un enfant de Hieronymous comme époux le vivra comme une punition.
En ce qui concerne notre ordre, le but d’une telle union est très simple : créer une génération racialement viable, et moralement alignée sur nos intérêts. La dynastie de Lyvirtzen a un patrimoine génétique intéressant, tandis que les Borghese ont nécessité à s’élever. Les dossiers des sœurs Hospitalières confirme la viabilité de l’union entre les deux dynasties, tandis que les études de marché de la Banque Krin trouvent de bons prospects à long terme — je vous transmettrai un audit financier sur les familles de Malfi que nous avons commandé, vous pourrez le lire avant de dormir si vous le souhaitez…
Plus que tout, les enfants produits par cette union représenteront un grand intérêt. Nous avons besoin de nourrissons à influencer dès le berceau, car c’est toujours plus simple et plus puissant que de commencer avec des semi-hérétiques invétérés, c’est là où vous me serez le plus utiles. »


Les deux novices n’ayant plus de questions, Jocasta les invitèrent à profiter de ce moment de calme pour prier, puis méditer — les deux choses n’étant pas tout à fait pareil. C’est ainsi dans une ambiance beaucoup plus studieuse, et sous la garde de leur autoritaire supérieure, qu’elles purent attendre que les formalités pragmatiques et administratives de la dynastie de Seol Taec-yeop soient enfin réglées. Si les Malfiens adoraient les cérémonials pour officialiser leurs échanges, la réalité est que, comme tout le monde, ils préparaient les échanges de denrées via de prodigieux calculs d’auto-savants spécialisés dans les échanges commerciaux et d’astropathes spécialistes des marchés qui pouvaient échanger avec leurs frères des places boursières de Scintilla ou Port-Gavinus.


Deux heures plus tard, Sabbat et Anima furent enfin invités à regagner leurs quartiers. Les deux purent avoir une longue heure supplémentaire à elles deux pour se préparer une ultime fois, avant qu’un page de la mesnie n’aille timidement les chercher pour les inviter à rejoindre le cortège principal du capitaine. Et c’est ainsi qu’elles quittèrent les beaux quartiers du pont de la première classe pour descendre, derrière une solide escorte de cosmomarines, jusque dans les boyaux du Belial, là où attendaient navettes et porte-cargos qui amèneraient les proches et les passagers du capitaine. Le transit fut de courte durée : tout juste un quart d’heure dans un coin réservé de la fosse, avant qu’on ne leur permît d’embarquer dans la navette personnelle du capitaine, à nouveau dans les sièges les plus luxueux de ce gros vaisseau à capacité atmosphérique.



La navette quittait dans de légers tremblements la gravité artificielle du pont du Belial, avant de se mettre à flotter dans le vide de l’espace. Elle atteint l’orbite, passa la stratosphère, et commença à allumer ses moteurs pour la chute. Par les hublots, les passagers regardaient la planète grossir, et grossir encore, les plus phobiques des voyageurs pour qui c’était une première tremblotant un peu sur leurs sièges — heureusement, les hôtesses de l’air avaient distribué des antiémétiques en même temps que le plateau-repas, pour ceux dont l’estomac était incertain. Alors que les trois Famulous attendaient côtes-à-côtes sur les mêmes sièges, elles eurent la surprise de recevoir une visite : le capitaine Seol s’approcha d’elle, une canne à la main, une petite suite dans le dos qui s’arrêtait sur le pas de la porte de la cabine. Les sœurs se redressèrent tandis qu’il leur faisait une révérence.

« Mes sœurs, j’ignore si j’aurai l’occasion de le refaire plus tard, aussi, je me permets de venir vous présenter par avance tous mes hommages, en plus de vous demander si ce voyage aura été satisfaisant. »

Jocasta Hadernyk, au grand étonnement des deux novices, prit une petite voix agréable, quasiment de fausset, accompagnée d’un sourire ravageur :

« Nous n’aurions jamais imaginé quitter le palais Borghese sans venir porter nos remerciements. Les voyages stellaires peuvent être des épreuves au mieux longues et ennuyantes, au pire traumatisantes, mais vous nous avez accueilli avec grande sécurité et en déployant un faste qui fait grand honneur à votre rang. Vous avez toute notre chaleureuse estime, capitaine. »

Seol porta la main sur son cœur, et eut un grand sourire sincère — ou du moins, qui paraissait sincère, car il fallait toujours se méfier avec la classe mercantile. Puis, il s’agenouilla en plein dans l’allée pour paraître plus petit que les trois sœurs assises.
Il regarda Anima et Sabbat :

« J’ai ouï-dire que c’était l’un de vos premiers voyages depuis très longtemps. Tout a été à votre convenance ?
– Tout fut incroyable, répondit Sabbat avec le même petit sourire. Merci, capitaine, je me souviendrai longtemps de ces dernières semaines.
J’ose espérer que notre compagnie vous fut également agréable.

– Il est toujours un honneur pour moi d’avoir à bord des sœurs de l’Adepta Sororitas. Entre nous, cela change des passagers habituels, murmura-t-il comme d’un air faussement intriguant.
– Si vous me permettiez une question, capitaine — avez-vous des relations fréquentes avec la dynastie Borghese ? »

Seol sembla réfléchir un instant. C’était faux : son cerveau savait par cœur quelles étaient ses relations commerciales. Il cherchait plutôt quoi formuler, et quoi accepter de dévoiler.

« Je commerce souvent avec Malfi. Ce monde est riche et rempli de biens manufacturés à acheter, et à l’inverse, il est gourmand de matières premières et de ressources de luxes. Les grandes maisons sont d’excellents clients, et j’y fais toujours une grande fortune.
Mes relations avec la famille Borghese demeurent néanmoins distantes. Le cérémoniel auquel vous allez assister n’est qu’une face, car la noblesse Impériale aime les oripeaux et les rituels — en réalité, je sais qu’il faut toujours faire attention à tout ce que l’on dît et tout ce que l’on promet aux aristocrates, et pas que les Malfiens.
On fait fortune à Malfi, mais je n’aimerais pas du tout y résider à l’année. Problème de sécurité, si vous me comprenez. »



Un proverbe Malfien revenait à l’esprit d’Anima : Un couteau dans le dos est meilleur investissement qu’une pièce dans la main. Si tous les aristocrates de l’Imperium étaient probablement intrigants et sans pitié envers leurs adversaires, les Malfiens avaient érigé jusqu’à un niveau légal — et encadré — l’empoisonnement et l’incendie. Il était attendu qu’un allié de longue date pouvait trahir et purger toute une famille du jour au lendemain, de même que chaque grande maison noble entretenait un cadre de meurtrières privé aux côtés de l’armée personnelle. Les Famulous avaient quitté Malfi à l’ère Koba, et cette époque, on n’hésitait pas à faire disparaître des Sororitas. Il fallait espérer que les choses avaient changé depuis le Solstice Sanglant…



La navette s’arrêta enfin sur Malfi. Il y eut une longue attente à nouveau, tandis que des ouvriers travaillaient à tout préparer. Le tarmac était déjà préparé pour une grande cérémonie, et par la fenêtre, on voyait de longs tapis de pourpre, et des palmiers récemment plantés pour faire de l’ombre au milieu de l’asphalte brûlant. La navette s’était posée un peu à l’écart des spires des cités-ruches que l’on voyait dans le panorama plus-ou-moins lointain, celui d’une planète transformée en ville géante au milieu de sa nature et de ses formations géologiques. Un page de cérémonie se leva et appela à lui les passagers par leur placement dans le cortège — les sœurs Famulous eurent une place de choix parmi les trente premiers, même s’il fallait passer derrière le sénéchal, les trois navigateurs dynastiques, la famille proche de Seol et quelques grands passagers aussi affluents qu’influents, dont un banquier de la maison Krin, deux magos du Mechanicus (Terrifiants avec leurs implants chromés sous leurs robes rouges), et un général de la Garde Impériale récemment limogé qui faisait le voyage retour jusqu’à sa planète avec tout son staff.

À un moment, puisqu’il était inconvenant de laisser tant de beau monde debout, la rampe de l’imposante navette se déploya, elle avait été recouverte d’une broderie tout simplement somptueuse couverte de calligraphies. Des cosmomarines en tenue de parade, lasfusils en main et shakos emplumés sur la tête, firent la descente sur le tarmac, afin de former un périmètre de sécurité. On fit alors venir un cheval, parce que, évidemment, il y avait un cheval qui reposait sur la navette, et un garçon d’écurie se mit à quatre pattes pour que Seol puisse l’utiliser comme tabouret afin de se mettre en selle. Le capitaine leva son bras, et une soigneuse amena un terrifiant rapace : on glissa son gant de fauconnerie au richissime capitaine, et la bête, appâtée avec une friandise, put prendre place à son bras.

Lentement, le cheval descendit au pas, suivi de tout le cortège derrière, secrètement guidé par des hérauts qui faisaient quelques signes de leurs gants blancs pour vérifier le rythme et s’assurer qu’il n’y ait pas un malaise ou besoin d’aide protocolaire dans le défilé — ça arrivait que dans des moments solennels comme ça, une vieille dame noble tombe dans les pommes à cause de la chaleur ou de la fatigue de devoir rester debout plus d’une heure.

Anima put donc enfin poser ses pieds sur Malfi. Elle assista alors à une scène assez étrange : certains des passagers du cortège posèrent les genoux à terre, et firent une génuflexion afin de poser leurs lèvres sur l’asphalte brûlant du tarmac. Jocasta hocha de la tête.

« L’Empereur-Dieu protège tous ses mondes. Chaque planète est sainte.
Ne faites pas comme eux — les nobles trouveraient cela superstitieux et peu protocolaire. Mais admirez ces pieuses âmes qui savent qu’elles sont bien peu face à l’immensité de ce monde. »


Sabbat regarda ces gens-là faire. Elle ricana, et eut l’audace de faire une réflexion cynique :

« Malfi. Sainte. Les deux mots me semblent contradictoires. »

Hadernyk réfléchit. Et, comme à son habitude d’institutrice, elle tourna l’air malicieux de Sabbat en une dispute philosophique :

« Qu’est-ce qui est le plus vrai : Une planète forme ses habitants, ou ses habitants forment la planète ? À quel point nous devons-nous nous plier à notre écosystème, et à quel point forçons-nous l’écosystème à s’adapter à nos désirs ?
Malfi fut à une époque, une planète aussi terrifiante que magnifique. Une immense jungle luxuriante entrecoupée de déserts, complètement changée et exploitée par la science du Moyen-Âge Technologique. Il y avait dans la brutalité de son passé la beauté pure de l’univers, qui força notre espèce à découvrir la galaxie.
Cette planète est sainte, même si elle n’est pas peuplée de saints. »


Suivant le cortège, en tout cas, Anima put voir l’un des plus magnifiques exemples du faste dont était capable un capitaine-marchand :
Depuis une seconde soute, on était en train de débarquer un immense animal, un éléfan.
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La colossale créature Xéno avait été décorée pour l’occasion : on avait recouvert son dos d’un tapis estampillé d’une fresque, et tout le long de sa trompe, on avait placé des guirlandes de bijoux de platine. Les soigneurs étaient gênés, car l’éléfan venait de bouser sur le long tapis de pourpre que les invités moins importants devaient emprunter — déjà, deux manœuvres étaient en train de pelleter la merde tandis qu’un servitor de nettoyage passait avec une shampouineuse pour réparer au plus possible les dégâts.

Alors qu’Anima attendait là, Sabbat fit quelque chose qui retirait un peu la majesté de son superbe costume ecclésiastique dont les deux novices, suivies de leur supérieure, avaient mis un bon moment à se revêtir : elle camouflait sous sa robe un picto-enregistreur, et elle ne put s’empêcher de prendre quelques photos du tarmac, de ses grosses navettes, de ses colonnes de passagers en train de se débarquer, des palmiers dont le feuillage offrait de l’ombre sous un soleil de plomb, et des militaires aux gueules couturées qui faisaient la tronche sous la visière du shako. Un bruit de la bouche de Jocasta suffit à calmer ses ardeurs, et elle rangea timidement l’appareil avant de reprendre une posture plus digne de l’étiquette : mains liées, dos droit, regard qui plongeait loin, même si on ne devinait pas ce dernier élément derrière l’opacité de son voile.

On peaufinait quelques menus détails. Des hérauts et pages Borghese venaient pour faire des révérences et chuchoter des messes basses à leurs homologues Taec-yeop. Mais finalement, tout le monde se mit en marche. Pas très longtemps — le manoir Borghese avait l’avantage d’être suffisamment proche de ce qui était un tarmac privé.

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Les Borghese avaient vu les choses en grand. Pour accueillir la délégation, en plus des palmiers et de l’immense tapis de pourpre, on découvrait maintenant des régiments militaires en ordre serré, revêtus de leurs plus beaux uniformes, avec les képis, les calots et les bicornes portés de toutes les façons différentes selon d’antiques traditions régimentaires. Un orchestre militaire joua l’hymne du secteur Calixis, la Marche des soldats de Drusus, à base de lourdes percussions et de cors de guerre métalliques — l’hymne avait le talent de pouvoir s’adapter aux coutumes et aux symphonies locales, et visiblement, Malfi aimait la mélodie militariste. Quelques enfants de chœur dans leurs habits blancs, dirigés par une solide prêtresse du Ministorum pieds-nus, entonnaient la version choisie : évidemment celle prétendument originale, car les Malfiens adoraient les traditions, et ils n’allaient pas être le genre à transformer la chanson en un air d’amour d’un soldat quittant son aimée ou un garçon fuyant ses parents…


♫« Levez-vous soldats de Drusus !
Portez votre foi comme une armure !
Les Saints attendent la victoire de Calixis !
Nous sommes l’ost de l’orthodoxie !

L’Empereur convoque les gardes aux portes de Calyx !
Des millions de nous contre les Bêtes infernales du Calice !
Nous tenant en rang sous les gonfalons,
Drusus nous mènera à notre glorification ! » ♪




Les hautes tours du donjon Borghese avaient été décorées de grands panneaux lumineux, qui représentaient des images artistiques de saint-Drusus et de saint-Macharius, tandis que des banderoles couvertes de dessins d’enfants encerclaient des slogans impactants du Ministorum : « IL N’Y A QUE LA GUERRE », « UN PLUS GRAND FEU ÉTEINT L’INCENDIE », « LE FANATISME EST AMOUR, LA HAINE EST AMOUR, LA MORT EST AMOUR ». D’ailleurs, il y avait pas mal de prêtres, et l’on voyait le long du tapis des diacres répandre de l’encens, tandis que quelques curés portaient dans leurs mains des reliquaires de saints locaux du fief, saint-Amadon et sainte-Gerhna.


Cela commençait à faire beaucoup de symboles religieux dans tous les sens. Trop, en fait. Il était bon de voir des laïcs déployer ainsi leur amour de l’Empereur-Dieu et du culte, mais là, c’est comme s’ils avaient empilé tout ce qu’ils pouvaient de religieux… Vu la réputation sulfureuse des Borghese, quelque chose ne collait pas. Anima ne pouvait se dépêtrer de l’idée que les Borghese en faisaient exprès, qu’ils voulaient marquer un style, ou s’attirer les faveurs du Ministorum. Pour elle, ça en était même plutôt grotesque. Pourtant, Jocasta Hadernyk semblait sincèrement contente, puisqu’elle hochait souvent de la tête, tandis que Sabbat observait avec un petit sourire tout ce déploiement cultuel.

Par courage ou volonté de servir, Anima décida de se faire entendre. Avec un léger murmure derrière son voile, elle s’adressa l’air de rien à sa supérieure, regardant toujours vers elle tout droit — les Famulous avaient répété des exercices précis pour parler sans en donner l’impression, pour converser le plus discrètement du monde.

« Tout ce faste religieux n'est-il pas trop ostentatoire pour une telle occasion, sœur supérieure ? Un voile de ferveur cousu de fil blanc, dissimulant les manœuvres de l'intrigant ? »

Jocasta ne répondit pas un instant. Mais elle eut un ricanement.

« Quel cynisme. N’est-ce pas de la déception à voir Malfi si fidèle au Dieu-Empereur, vous qui fantasmiez de découvrir une horde de païens ? »

Elle provoquait Anima. C’était très gros. Tellement gros qu’elle ne laissa pas la blague trop durer.

« Votre sœur a raison, Sabbat. Vous serez très vigilante face à ces manières. Qu’ils n’endorment point votre vigilance.
– Un œil ouvert est un œil vigilant, sœur-supérieure. »



Le tapis se concluait devant une immense estrade. Dressée debout, les pontes de la famille Borghese — des messires et mesdames en magnifiques costumes rivalisant d’ingéniosité et d’osé à la mode : des chapeaux grandiloquents, des décolletés découvrant des peaux tatouées, des bottes en cuir de monstres Xenos, des visages impassibles poudrés et couverts de piercings ou d’implants robotiques. Aux côtés des nobles de la famille et des vassaux proches, on découvrait aussi un immense magos dont le corps entier avait été remplacé par une ossature de scarabée, un astropathe aux yeux masqués par un bandeau cousu de fils d’or, un évêque avec sa mitre et sa crosse, un militaire du Departmento Munitorum en uniforme standardisé qui tranchait avec le luxe du reste du conseil.
Derrière l’estrade, des dizaines de militaires au garde-à-vous, et dans des bancs, des proches et associés moins important, des enfants et des vieillards, des pages et des dames-suivantes. On devinait également une foule de serfs et d’esclaves qui attendaient poliment, la tête baissée, derrière les lices.

Face à toute cette armée dynastique, le capitaine arrêta son cheval. Il se redressa, poing sur la hanche, rapace au bras, imitant l’une des statues de saint-Drusus. Son héraut d’armes, un grand monsieur au visage bridé, les cheveux blancs crêpés dans un imposant chignon, le corps habillé d’un kimono de soie brodée, s’avança au-devant du cheval ; on découvrait, alors qu’il retirait un tour de cou en tissu, qu’il n’avait plus de mâchoire inférieure, mais que toute sa bouche avait été remplacée par un implant-microphone invasif. Le héraut tira un makimono, où on avait écrit un discours à l’encre d’obsidienne.
Allumant son micro avec un puissant effet Larsen, le héraut prononça haut les mots qu’il devait dire :

« Oyez, oyez !

Seol, de la dynastie Taec-yeop, par la majesté de l’Empereur, franc-capitaine du Belial et sire de soixante-deux autres vaisseaux, possesseur héréditaire d’une franche-charte du Segmentum Obscurus pour tous biens et tous passagers, serviteur de l'honorable Navis Mercator ; se tenant devant sa famille et ses sujets, des membres de la maison de Navigateurs Term’L Modar, deux magi des Lathèes, et trois sœurs de l’Adepta Sororitas —
Aux dynastes, nobles patents, et nobles latents liés à la maison comtale de Borghese, aux archevêques, évêques, abbés, prêtres, aux juges, forestiers, shérifs, officiers, prévôts, conseillers, à tous les baillis, technoprêtres et technaugures, psyker assermentés, et tous les sujets et esclaves de leurs fiefs ;

Salut !

Sachez que, eu égard au Dieu-Empereur, et à la grâce infinie du Trône d’Or, Nous tenons notre charte en immense puissance au service de l’Imperium et des centaines de planètes du secteur Calixis et d’au-delà — Nous l’utilisons pour la prospérité merveilleuse de notre propre maison, et celle des maisons entrant en relation avec nous, et celle de l’Imperium qui désire fortune et accroissement pour ses mondes ;

Nous actons donc, devant tous témoins, Notre volonté d’entrer en relations commerciales avec la maison de Borghese, afin d’ouvrir nos soutes et nos cargos, et de proposer en échange d’un juste prix, et avec ponction plus qu’appropriée de la Dîme de l’Empereur et des tributs planétaires, des biens de tous types ;

Acceptez-vous ? »




Au tout devant de l’estrade, une femme : grande, belle, élégante, vêtue d’une simple robe et de magnifiques boucles d’oreille de jais, un lévrier blanc mignon comme tout à ses pieds.
Elle a un œil manquant, barré d’une immense cicatrice. Elle l’a recouvert un petit cache-oeil cerclé de dentelle.
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Leona Borghese, comtesse de Borgha, attend que deux enfants en tenues de pages, probablement des nobles latents, des nobles non-reconnus par la Ligue Malfienne, dont le statut légal n’est pas plus élevé que celui du serf, ne déplacent un lourd microphone afin qu’elle puisse répondre sans avoir à hausser la voix :


« La famille Borghese a une richesse qu’envient les nobles du secteur. Nous la devons à notre travail et notre ingéniosité.
Pour l’Imperium et l’Empereur, nous acceptons d’offrir le produit de nos manufactures et de nos terres exploitées, afin de continuer de produire pour doter les Adepti des instruments qui les feront régner sur la galaxie !
Bienvenue à vous, Seol Taec-yeop ! »


Il y eut des applaudissements. À nouveau, un page se jeta à quatre pattes pour que Seol puisse descendre, et la fauconnier arriva en courant pour reprendre et le rapace, et le gant ; alors que l’animal approchait des rangs, Anima eut froid dans le dos — cet animal avait des serres si acérées qu’il semblerait qu’il était capable de trancher une tête d’un coup de patte.

Sous les regards des milliers de spectateurs, et les objectifs de picto-enregistreurs, Seol et Leona s’enlacèrent franchement. Puis, ils allèrent vers l’estrade. Lentement, les huissiers invitaient le cortège à suivre, et c’est ainsi que les sœurs Famulous se retrouvèrent devant les marches à attendre leur tour. Il fallait que Leona présente tout le monde, qu’on échange politesses et poignées de main, ce qui prit un temps fou — encore que les navigateurs mirent tellement mal à l’aise qu’ils n’eurent droit qu’à quelques gestes et paroles amicales avant qu’on ne passe à autre chose, et que les magos des Lathès se contentèrent de remerciements robotiques avant d’eux-mêmes quitter la scène pour faire autre chose, guidés par deux vieux nobles des Borghese qui visiblement voulaient leur montrer quelque chose.


Tout ce pataquès dura bien une vingtaine de minutes, où Anima eut tout le loisir de regretter de porter des talons-aiguilles sous sa longue robe qui les camouflaient — il allait pourtant falloir s’habituer, et vite, pour continuer de vivre dans la société Malfienne. Quand ce fut enfin leur tour, les trois sœurs se retrouvèrent devant Leona et sa famille.

Leona, les mains dans le dos, fit une longue révérence. Se redressant, elle lança quelques congratulations avec une voix ferme, un discours qu’elle avait révisé :

« Sœur Hadernyk, il est pour nous un immense honneur d’accueillir des représentantes de l’Ordre de l’Œil s’Ouvrant au sein de notre maison. Puissions-nous être à la hauteur de la dignité que vous nous rendez, en acceptant de confier au sein de nous une de vos filles, qu’elle guide la hauteur et la piété de nos âmes. »


Jocasta n’était pas du tout impressionnée par ces mots mielleux — mais elle appréciait l’attention.

« Dame Leona, l’honneur est le mien, la grande famille Borghese et votre propre mérite ont porté des louanges jusqu’à notre monde d’Iocanthos, et il est naturel pour nous de proposer nos services à d’honorables serviteurs du secteur et de l’Imperium, comme nous le faisons à toutes les familles qui comptent dans l’ordre Calixien. »

Leona n’avait l’air pas plus endormie, mais elle eut un sincère sourire, probablement car le même sentiment l’atteignait. Parfait, ça commençait bien.

Enfin, jusqu’à ce qu’un jeune homme sorte :

« Ah, du coup vous avez proposé à Lucca aussi ? »
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Le garçon ressemblait physiquement à Leona — un grand gaillard fin, aux cheveux roux, un étrange implant près de l’œil.
On devinait de qui il s’agissait : Feyd Borghese, un cousin germain, fils du grand-oncle de Leona, et actuellement héritier présomptif de la dynastie. Un jeune chiard d’à peine 22 ans, qui n’avait pas encore fait grand-chose de sa vie — une grande éducation par d’excellents précepteurs l’avaient préparé à assumer le futur rôle de chef de maison, à moins que Leona ne change de plans, mais c’était un matamore sans expérience.
Pourtant, Leona ne put cacher un petit sourire narquois à son commentaire. Il fallut un instant pour que Jocasta ne désarme rapidement la pique :

« Il ne me semblait pas que Lucca Borghese soit parmi les dynastes qui comptent dans le secteur. À moins que vous ne m’appreniez l’inverse ? Pardonnez-nous, nous redécouvrons tout juste Malfi. »

Feyd haussa des épaules. Puis les présentations continuèrent — en fait, subtilement, Jocasta entraînait un peu Sabbat vers elle, et ainsi, la jeune novice put utiliser sa petite voix timide (Ce qu’elle n’était pas) pour rencontrer grand-tonton, des rimbambelles de cousins, des belles-sœurs et beaux-frères… Bref, la famille avec laquelle elle serait insérée. Anima écoutait, tentait de retenir les noms, d’imprimer les visages, surtout ceux des bâtards de Leona qui finiraient peut-être dans sa famille.
Mais il y avait une femme qui n’arrêtait pas de la regarder, et qui était difficile à manquer.
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Elle était immensément grande : peut-être 1m90, minimum, et c’était dur de savoir si c’était la nature ou le métal qui l’avaient ainsi faite pousser. Elle était bizarrement belle, avec sa longue perruque d’un écrin blanc, mais elle était une femme faite de métal, des orteils à la mâchoire, de quoi faire grésiller d’envie un technaugure. Ses yeux ressemblaient à ceux d’un félin, avec les pupilles actuellement fines comme des fentes. Elle approcha sa mâchoire de métal aux fausses canines de prédateur, pour parler à Anima d’une voix robotique :

« Vous êtes celle dont je n’aurai pas le plaisir de partager la compagnie ? »

Elle tendit une main de chrome et d’acier. Mais pas pour la serrer : elle souhaitait baiser la main d’Anima.

« Violanté Ur’Belasco, je suppose qu’il n’est pas nécessaire de présenter ma famille.
On ne m’a promis que de grandes choses au sujet des Famulous. Déjà vous savez habiller pour impressionner, c’est pas mal… »


Avec le ton froid du métal, il était difficile de savoir ce qu’elle voulait faire comprendre avec une telle phrase. Était-ce un compliment ? Une tentative de faire du gringue ? Une provocation ? Une insulte déguisée ? Absolument impossible à dire.
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Frère Éloi
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Re: [Dark Heresy] Profession de Foi

Message par Frère Éloi »

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Sœur Anima – Ordre Famulous

S’il est normal -et même vital- pour une Famulous de se montrer alerte et méfiante en société, la mention du nom des Belasco m’inspire aussitôt un regain de vigilance, comme à l’approche du danger. Exerçant toute ma volonté à éviter de laisser paraître mon sursaut d’adrénaline, je regarde mon interlocutrice approcher sans me détourner. Feignant un air détaché, je la laisse me saluer, prenant soin de détendre ma main pour éviter de trahir la moindre tension, avant de lui retourner une révérence convenue une fois mes phalanges libérées du contact de ses doigts d’acier. A sa question rhétorique, de pure forme, je réponds d’abord d’une voix froide, certaine que mon interlocutrice n’aura cure du venin de mes mots.

« Nous n’aurons en effet pas ce plaisir, votre honorable famille ayant décliné à plusieurs reprises les avances de notre ordre. »
Avant de poursuivre, répondant à sa remarque ambiguë concernant notre ordre par des louanges délibérément creuses, compte tenu du caractère notoire de l’idéologie libertine des Belasco :

« Le nom de Belasco a manifestement la faveur de l’Empereur-Dieu. Malfi peut se réjouir du succès de vos affaires. Représentez-vous habituellement votre famille en cette cour, ou seulement en cette occasion ? »

Violanté ricane en réponse à cette déclaration. Derrière son masque de fer, son pouffement de rire sonne gros, sourd, métallique, tel un son que l’on entendrait d’ordinaire sur le plateau d’une usine.
« Ne prenez point personnellement notre refus, ma sœur. Les Belascos se gardent de toute influence extérieure au sein de leurs affaires. Pour moi-même, je suis mandataire de ma famille au sein de la mesnie Borghese - j'ai comme rôle d'assurer notre alliance mutuelle et le développement de notre partenariat financier, commercial et éducatif. C'est pour cela que j'aurai l'honneur de côtoyer votre collègue. »

Elle me jauge alors de la tête aux pieds, ses yeux de félin semblant se dilater quelque peu.
« Si vous avez besoin d'une guide pour voyager autour de Malfi, n'hésitez pas à me proposer. Il y a beaucoup d'endroits où les aristocrates n'osent aller, et où pourtant l'on comprend bien mieux comment fonctionne cette planète. »

Je réfléchis à toute vitesse. Sa dernière proposition, cadeau empoisonné présenté comme une courtoisie, sonne presque comme un défi. Il faut en comprendre qu'elle s'intéresse à la famille à laquelle je serai affectée - quand bien même n'en a-t-elle peut-être pas encore connaissance. Mais au-delà de cette provocation manifeste, dont elle devine probablement que je ne suis pas dupe, cette proposition revêt les apparences de pourparlers commerciaux entre rivaux : pour nous, l'opportunité de fréquenter l'espionne d'une famille qui se dérobe à notre influence. Reste à deviner ce qu'elle compterait y gagner de son côté : le seul espionnage d'une autre famille conseillée par notre ordre ? Ou quelque dessein plus vindicatif, plus malfien ? Curieuse quant à ses motivations, mais ne pouvant prendre d'engagement sans référer préalablement de cette opportunité à soeurJocasta, j'élude pour l'heure le sujet, lui offrant néanmoins, entre les mots, l'occasion de développer sa proposition.

« Nous verrons. Votre prévenance vous honore, quoique d'aucuns seront enclins à se méfier de telles libéralités. »

Et de pivoter légèrement, feignant d'observer les échanges protocolaires et discussions mondaines alentours, mais demeurant en réalité concentrée sur elle à travers le voile :
« Je crois que votre maison a son principal fief outre mer ? Nul doute que le climat y est quelque peu différent du continent. »

Un nouveau ricanement accueille ma remarque, comme un gloussement amusé, déformé par le métal.
« Il faut se méfier de tout cadeau sur Malfi, mais ne pas le dire à voix haute, tant c'est naturel. »

Elle s’avance encore, pour se placer à mon côté, me dominant de toute sa taille.
« La maison Belasco vit depuis des millénaires sur l'île de Giannutri. Elle se situe sur le pôle nord de Malfi. Une moitié de l'année, il y fait absolument nuit, et l'autre moitié de l'année, il y fait absolument jour. La nature a dû s'y adapter de force, la faune, la flore, et les habitants.
Aujourd'hui, l'île de Giannutri a les meilleures usines d'armement et de munitions de Malfi, notre fierté et notre richesse vient de ce continent que nous avons dressé de force. Il est bon de voir quelque chose se soumettre à soi... »


Elle énonce cette dernière phrase d’un ton traînant, ambivalent, entre menace et séduction, qui m’arrache un frisson.
« Vous ne m’avez pas dit votre nom. »

Quelque chose dans sa manière de parler confirme ma première intuition : derrière ce dialogue cohabitent un numéro de charme et une manœuvre d’intimidation. Naturellement encline à me prêter au jeu de cette injonction pourtant ambivalente, sinon contradictoire, je m’abstiens toutefois de sourire, préférant hocher la tête à sa remarque.

« Certes. Je me nomme Anima. »

Serrant les lèvres, j’observe un instant de silence après cette réponse délibérément brève, censurant ostensiblement tout détail supplémentaire. A l’étudier de plus près, son corps est vraiment tout entier mécanique en dessous du nez : c’est d’autant plus impressionnant qu’elle me domine d’une bonne tête. Je ne pensais pas rencontrer ce niveau de transformation en dehors des rangs de l’Adeptus Mechanicus. Contrairement à ces derniers, Violanté Belasco semble avoir pris soin de l’apparence de ses augmentiques, dont le chrome poli semble choisi pour attirer l’attention. Au vu de la minorité de chair et d’os composant mon interlocutrice, rendant difficile la lecture corporelle des émotions à laquelle je suis habituée, une fugace pensée m’effleure l’esprit, intrigante : quel éclat reste-t-il, sous le regard de l’Empereur-Dieu, de l’âme du bénéficiaire de si lourdes modifications ?

M’abstenant de revenir sur le sujet de sa dangereuse invitation, j’occupe la conversation, poursuivant dans la manière Famulous, sans regarder directement mon interlocutrice. Ce-faisant, je m’aventure à la provoquer quelque peu quant l’industrie d’armement dont sa famille a fait son cheval de bataille économique. Plusieurs de leurs inventions ont été remarquées au cours de l’Histoire récente : le porte-seringues Galvien, un pistolet à fléchettes empoisonnées employé tant dans l’élimination de membres de l’Ecclésiarchie sur Gallowglass que dans l’assassinat de la Haute-Dame Alatia Krin, ancienne matriarche de la maison banquière la plus puissante de Calixis. Pourtant, ces évènements n’ont pas nui aux Belasco, servant plutôt de publicité morbide à leur activité industrielle.

« Il est certain que la renommée de Belasco Léthalusines s’étend bien au-delà de Malfi. A dire vrai, quel meilleur écrin pour une industrie d’armement que ce monde pétri de conflits et de guerres privées ? »

Je tais la suite, portant mes sous-entendus par un regard en coin que je lui adresse alors : intriguer pour provoquer les conflits sur Malfi, telle est certainement la recette de la fortune commerciale des Belasco. Après un hochement de tête, ses sourcils oscillent – est-elle en train de sourire ? Difficile à dire, avec la partie inférieure de son visage figée dans l’acier.

« Quelle déplaisante accusation. Oui, il est vrai, la violence dans le sous-secteur Malfien nous rapporte beaucoup... Mais nous vendons également aux forces de défenses planétaires, nous payons la Dîme de l'Empereur en armant les innombrables régiments de la Garde Impériale, l'Adeptus Arbites, et la Marine Impériale - dans une moindre mesure pour cette dernière, je l'admets, on commence tout juste à investir dans l'artillerie navale et nous ne sommes, à mon regret, pas les premiers, il revient à la maison Mariette cet honneur. Peut-être un jour vendrons-nous au Ministorum et à l'Adepta Sororitas, mais pour l'instant, les couvents des soeurs de bataille n'ont pas donné suite à nos propositions lors de leurs appels d'offre. Dommage pour nous deux. J'aurais un magnifique bolter à vous proposer.

Nous sommes juste un acteur comme un autre à Malfi. Avec, par la fortune du Dieu-Empereur comme vous dites, la chance d'être actuellement premiers. Cela n'a pas toujours été le cas et il faut lutter pour garder notre place. Mais nous désirons bien la paix... Tant qu'on peut se faire du pognon. »


« Nul mal à être premier. L’Imperium a besoin de familles prospères pour perdurer. »

Je m’autorise un léger plissement de lèvres.
« Un acteur comme un autre, certes… quoique un peu moins ouvert aux influences extérieures, selon vos propres dires. Le secret des affaires, certainement. En cela, nous ne sommes guère différentes. »

Elle hoche la tête à cette remarque pourtant osée, me reluquant intensément de ses yeux de fauve.
« Héhé. C'est vrai. Une bonne raison pour moi de vous proposer de mieux vous connaître, Anima. »



Après quelques instants de silence passés à observer les courtisans alentours, je prends sobrement congé de Violanté Belasco, quittant son inquiétante compagnie. Au cours des minutes suivantes, je cherche à me rapprocher de sœur Jocasta et de Sabbat, toujours affairées à se présenter aux différents représentants de la famille Borghese. Suspectant une surveillance de la part de ma précédente interlocutrice, je me montre discrète, opérant plusieurs haltes en divers détours, segmentant ma progression, déguisant mon déplacement en flânerie mondaine.

Parvenue à une poignée de mètres de la sœur supérieure, je me place en périphérie de son champ de vision, et patiente, fixant mon regard sur une autre partie de la réception. Je ne doute pas que sœur Jocasta a d’ores et déjà remarqué ma manœuvre – le tout est maintenant qu’elle trouve quelques instants à m’accorder. Alors, je patiente, portant délibérément mon attention ailleurs.

Je suis partagée quant à la dangereuse invitation de la représentante des Belasco. Ma tentation de céder à ses avances est tempérée par les multiples avertissements glanés au gré de notre conversation. La lecture combinée de son comportement, des expressions de la partie supérieure de son visage, et du ton adopté lors de la conversation me semble trahir des passions, érotiques certes, mais surtout violentes. Si je suis indéniablement curieuse quant à cette atypique démarche de séduction, je ne souhaite pas commettre d’imprudence inconsidérée qui pourrait compromettre notre mission sur Malfi, aussi vais-je en référer à ma supérieure.

Lorsque enfin, à la faveur d’une brève accalmie dans les contraintes du protocole, sœur Jocasta vient se poster à mon côté, je lui relate en synthèse mon échange avec Violanté Belasco. Ce-faisant, mes lèvres bougent à peine, selon la manière de notre ordre pour tenir ses échanges secrets. Et une fois mon rapport opéré, je pose la question déterminante sans détour.

« Dois-je accepter ou décliner ses avances ?

Le danger est certain, paraît superflu à l’égard de notre mission, et pourrait compromettre mon rôle prévu auprès des Livyrtzen. Il me semble stratégiquement inopportun de courir un tel risque sans gage.

Pour autant, j’ai l’intuition que si cette avance constitue manifestement un piège, elle peut possiblement s’analyser en tentative des Belasco de placer des leviers d’espionnage auprès de notre ordre, ce qui trahirait une curiosité de leur part susceptible d’être exploitée en retour. »
Frère Éloi Voie du Prêtre Mystique
Profil : For 9 | End 9 | Hab 8 | Cha 11 | Int 11 | Ini 8 | Att 9 | Par 8 | Tir 8 | Mag 14 | NA 1 | PV 75/75

États temporaires
Une vie de Paix : +1 à tout jet visant à guérir un patient blessé, malade ou empoisonné.
La vie avant tout : doit tenter d'interrompre les affrontements auquel il assiste, à moins que le combat ne soit mené contre des ennemis.

Compétences :
- Maîtrise de l'Aethyr (1)
- Coriace : -1D3 dégâts subis.
- Réflexes éclairs : +1 aux tests d'initiative en situation de surprise.
- Résistance accrue : +1 aux tests d'endurance.
- Sang froid : +1 aux tests de caractéristiques effectués en situation de stress ou tension.
- Volonté de fer : +1 aux tests de volonté.
- Traumatologie : Sait administrer les premiers soins ou favoriser une guérison plus rapide.

- Alphabétisé : Capable d'écrire et de lire le Bretonnien.
- Langage secret (Classique) : Capable d'écrire et de lire le Classique.
- Législation : Sait manipuler le droit à son avantage.
- Doctrine du Culte (Shallya)

- Cuisine : Se débrouille en cuisine. +1 pour détecter des substances nocives dans la nourriture.
- Empathie
- Affûtage mental
- Incantation - Shallya
- Sens de la magie
Équipement porté sur soi :
8 sous d'argent 8 deniers
- Bâton de marche
- Robe de bure jaunie / Tenue en lin / Ceinture / Sandales
- Grande sacoche contenant couverts, rations diverses
- Livre de prière de Shallya
- Amulette de Shallya
Fiche wiki[Annexe] Brionne et Orléac

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[MJ] La Fée Enchanteresse
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Re: [Dark Heresy] Profession de Foi

Message par [MJ] La Fée Enchanteresse »

Le principal ennui des sorties en société, c’était de devoir apprendre à rester debout. Puisqu’il était généralement jugé inconvenant de tout simplement chercher un endroit où s’asseoir tant qu’on avait pas été invité à le faire, il fallait devoir endurer la torture de rester droite avec la même pose digne et sobre, les talons cachés sous la robe n’aidant vraiment pas à soulager l’engourdissement des mollets. Et voilà que, tour à tour, on continuait les présentations, de tel cousin, de tel neveu, d’une belle-sœur ou d’un ami de l’un ou l’autre dynaste… Il fallait essayer de se faire une carte mentale, un organigramme de visages imprimés, tout en essayant de jauger la personnalité de son interlocuteur en une phrase, un trait d’esprit ou une petite plaisanterie calculée et préparée à la volée ; rien de ce qu’Anima faisait n’était vrai, et toute cette manière de papillonner autour de nobles avait en fait été savamment étudié à l’aide de travaux pratiques à l’abbaye.

Deuxième danger : l’alcool. Alors que petit à petit tout ce beau monde descendait de l’estrade pour rejoindre un immense jardin où on avait dressé des tentes et déployé des enceintes pour diffuser de la musique d’un orchestre jouant plus loin, des valets fringués comme des pingouins faisaient le tour avec des plateaux remplis de flûtes et de verres, et voilà qu’entre deux petits fours ou canapés pour se tapisser l’estomac, il fallait s’empoisonner à l’amasec. Boire aussi avait été toute une éducation — c’était nécessaire pour mieux s’immiscer dans un cercle intime, mais il fallait boire peu, avec grande élégance, et en ne sombrant pas face aux appels de l’éthanol.
Les travaux pratiques en cette occasion avaient été étranges, parfois à la limite de la violence — une fois, les sœurs avaient forcé Anima à boire jusqu’à la limite du coma éthylique, tant d’alcool qu’elle en était tombée malade et était incapable de tenir debout sans se cogner dans quelque chose. Mais ce n’était pas le pire ; dans cet état vulnérable, de nulle part, des hommes étaient entrés dans l’abbaye, fait assez rare pour être terrifiant. Des militaires, en uniforme et avec de grosses gueules couturées, s’étaient emparés d’Anima pour l’enfermer dans une cellule, la mettre sur un tabouret, et commencer avec elle un interrogatoire musclé, ponctué de quelques gifles et de cris postillonnant juste devant son visage ; le but était d’apprendre à Anima à ne jamais céder sous la pression, même avec l’âme assaillie par le mélange de peur et d’eau-de-vie.


Anima pouvait être fière, en tout cas : jusqu’ici, tout allait bien. Elle avait réussi à faire rire des gens et avait eu des baises-mains nombreux et dociles. Quand bien même l’exercice était épuisant à sa manière, elle s’y débrouillait bien. Apparemment même mieux que Sabbat, qui avait moins la possibilité d’être laissée libre ; la jeune fille bégayait un peu de temps en temps, tandis que Jocasta la collait de très près. Sans doute que, étant donné qu’elle allait passer les prochains mois voire les prochaines années chez les Borghese, l’exercice était pour elle beaucoup plus vital encore. Il ne fut pas facile de trouver un moyen où elle pouvait tomber sur sa supérieure pour lui parler seule-à-seule, mais sitôt l’occasion saisie, Anima résuma rapidement la conversation avec l’étrange femme de métal.

Jocasta Hadernyk écouta attentivement, puis, tout en regardant la garden party, elle réfléchit un instant avant de donner ses instructions :

« Les Belascos sont une famille très particulière. Contrairement à la grande majorité des autres maisons Malfiennes, ils n’ont pas un chef unique — sans doute sont-ils trop paranoïaques et riches pour se le permettre. Les Belascos ont une gouvernance collégiale, quatre ou cinq doyens se partagent des rôles économiques et politiques et prennent les décisions ensemble.
Je ne pense pas que Violanté s’approche de toi par appât ou calcul, elle s’est apparemment jetée sur toi juste en te voyant débarquer d’un vaisseau, personne ne cherche à dévoyer quelqu’un aussi rapidement sans être moralement mal formé. Je pense qu’elle a simplement un appétit pour toi. »


Elle disait ces mots avec solennité. Anima avait été éduquée pour ça.

« D’après mes fiches, il me semble que Violanté est issue de la branche principale des Belascos. Elle est encore jeune, mais elle est amenée à avoir de très hautes responsabilités dans la dynastie.
Je souhaite que tu répondes à ses avances, car peut-être que ce lien sera utile plus tard. Mais ne fais pas aboutir cette situation non plus — comme tu le dis, tu ne la verras pas longtemps et il ne s’agirait pas de créer une réputation ou des rumeurs avant même que tu ne débutes en société… En plus, je connais les êtres comme Violanté. Dès l’instant où tu lui auras donné ce qu’elle convoite, elle se désintéressera de toi et se trouvera une nouvelle proie, et tu auras donc grandement perdu au change.
Fait en sorte que ce soit toi qui tiennes la laisse, et non l’inverse, donc. C’est évidemment plus facile à dire qu’à faire, mais je fais confiance en ton jugement et tes enseignements. »


Alors qu’elles se préparaient à partir, Jocasta remarqua quelqu’un parmi l’assemblée. Elle fit un léger signe de la main envers Anima pour qu’elle prête attention.

Un prélat faisait tâche au milieu des nobles. Il y avait beaucoup de prêtres dans la garden-party, mais ils portaient leurs robes de pourpre et leurs étoles cousues de fil d’or ; celui-là était un peu voûté sur lui-même, les cheveux gris formant une espèce de mèche grâce à un savant brushing, et il était fort ridé lorsqu’il souriait. Il semblait beaucoup plus vieux que son âge, et, timidement, il recevait des poignées de mains. Le détail n’échappa pas à Anima : ce n’était pas lui qui se dirigeait vers les autres, c’est les autres qui faisaient la queue pour venir le voir, preuve qu’il était un homme important.

« Je savais que nous le verrions à un moment, mais dès notre descente…
Esmain di Albinea. Je l’ai déjà rencontré en plusieurs occasions, quand j’étais sur la lune-monde de Gallowglass. Il est aligné sur notre idéologie.
Mais ne va pas croire une seconde qu’il est notre associé pour autant. Nous avons notre propre mission sur Malfi, chose que les clercs du Ministorum très élevés oublient trop souvent…
Il va probablement essayer d’enrôler ton aide. Tu peux acquiescer, évidemment. Mais fais-lui payer un prix convenable dans ce cas. »


L’archevêque nota qu’on l’observait. Il commença par plisser des yeux et avancer la tête, ce qui lui donnait un air un peu benêt, mais le voilà qui commença à s’approcher à petits pas, le dos toujours voûté. Discrètement, juste derrière lui, deux solides moines très musclés l’escortaient, probablement des assistants fort utiles. Malfi était la planète de tous les assassinats, même contre des hommes saints, après tout.
Il s’approcha tout droit de Jocasta, et se mit à s’exclamer avec beaucoup d’emphase :

« Sœur supérieure Hadernyk, c’est bien vous ! En apprenant que vous veniez, j’ai modifié un peu mon voyage pour être ici afin de vous accueillir !
Quelle gloire de voir des Filles de l’Empereur sur Malfi ! Un prompt renfort que vous nous amenez là !
Bonjour à vous, ma sœur, je suis l’archevêque di Albinea, enchanté de vous rencontrer ! »


Le voilà qui faisait quelques courbettes devant les deux Famulous. Et là, Jocasta changea du tout au tout : la femme froide, dure, autoritaire, peau-de-vache… Elle prit une voix minaudant qui cherchait dans les aigus, et elle fit un sourire d’une oreille à l’autre.

« Monseigneur, vous voici donc toujours parmi vos ouailles de Malfi. Je savais que vous ne déserteriez pas votre poste ; qu’avez-vous donc accomplit durant ces années ?
– Le même mot d’ordre que lorsque vous serviez dans les ordres militants, j’imagine : Évangéliser, évangéliser, évangéliser ! J’ai réussi enfin à fonder mon projet d’école paroissiale, afin que nous ayons de meilleurs prêtres qui prêchent mieux. Nous avons fait de grands efforts, l’orthodoxie apaise enfin ce monde. Mais le travail est loin d’être fini. Les zélotes et les décadents sont partout. Y comprit dans l’intimité des familles nobles. »

Il fit un geste de la tête pour donner la direction d’une personne. Un loup solitaire se cachait à moitié dans un coin. Un pasteur à col, dont les mains et les yeux avaient été remplacés par des augmentiques.
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L’homme semblait bien mal à l’aise. Il était solidement planqué derrière une tente, à tenir un verre à la main dans lequel il ne buvait pas — il portait bien le liquide à ses lèvres, mais le niveau ne baissait jamais. Peur du poison ? Ou peur de l’ivresse ?

« Je vous présente le « père » Giancado, bien que ce pasteur ne mérite pas un tel titre. Chapelain personnel des Borghese depuis plus de huit ans maintenant. Lui et ses sbires sont des supralapsarianiste. On peut voir le bûcher se dresser dans son ombre, n’est-ce pas ? »


Anima connaissait un peu cette doctrine. Une secte parmi les centaines de sectes qui existaient dans l’Imperium — dur dur de toutes les catégoriser. Ceux-là étaient des clercs hors du Ministorum, faite de gens souvent éduqués dans les séminaires, certes, mais qui échangeaient entre eux leurs livres et formaient un culte prétendument réformé.
Ils avaient ce nom fort compliqué, parce qu’ils imaginaient que l’Empereur avait déjà prédestiné sa chute avant même de se révéler à l’Humanité. Ils croyaient en la dépravation totale de l’Humanité et des êtres humains (Ce qui était normal, on l’avait enseigné aussi à Anima), en la prédestination sans libre-arbitre des âmes humaines, l’Empereur sachant déjà d’avance qui serait sauvé par sa grâce et qui serait à jamais un pécheur (Ce qui était déjà un point dogmatique très discutable), à la conversion sans résistance (Ce qui voulait dire que l’évangélisation des païens n’avait pas à être faite de manière militante), et enfin, ils rejetaient les sacrements et professaient l’iconoclastie (Les marquant clairement comme des hérétiques). Un procès était actuellement mené à par le Synode sectoriel à leur encontre. Quand il serait achevé, il serait très probable que les Borghese devraient se trouver un nouveau chapelain… Ou qu’ils le cachent.

Il n’y avait bien que Malfi pour voir une famille noble garder auprès d’eux un tel semi-hérétique immensément dangereux. Pourtant, Jocasta fit la moue, et prit un air faussement innocent pour répondre à l’archevêque :

« Les pieux cardinaux sauront mieux que moi quoi juger de la doctrine du pasteur Giancado. Nous nous en tiendrons en leur décision. Mais s’il devait être prouvé qu’il errait en mauvais chemin, je prierai pour son âme et pour que l’Empereur puisse le guider vers son bon troupeau.
– Ne vous inquiétez pas, sœur supérieure, je ne faisais qu’une petite plaisanterie. La lumière montrera à tous le droit chemin.
Et c’est pour cela que j’espère pouvoir atteindre le Synode. Je pense que le fier travail que j’ai pu abattre à Malfi porterait encore plus ses fruits si je me mettais au service de Calyx. Malfi est un monde influent, il est normal que cette influence serve l’illumination des âmes, ne pensez-vous pas ? »


Il faisait des yeux doux, et prenait une posture un peu basse. Il agissait en suppliant. Jocasta désarma vite son propos :

« Vous avez une belle ambition, monseigneur, je prierai pour la réussite de vos projets.
– Vos prières seront fort importantes, mais peut-être pourriez-vous aussi prier avec autrui… »

La sœur supérieure ne put réprimer un petit sourire.

« Monseigneur, nous humbles Famulous ne faisons qu’obéir aux ordres. Il ne me viendrait jamais à l’esprit de chercher un moyen d’influencer la nomination de cardinaux — dans leurs sagesses, les maîtres du Synode sauront choisir un candidat à la hauteur — et ce sera probablement très dur pour eux, tant il y a des hommes, et des femmes, qui pourraient relever cette tache ardue…
Ces petits œufs sont délicieux. C’est de la pêche locale ? Malfi a de la chance de ne pas avoir épuisé toutes ses ressources halieutiques ! Scintilla a encore toute une vie marine, mais elle se raréfie tant que les prix sont exorbitants. »


Et ainsi, en prenant un air de sotte, elle changea de sujet et se mit à débattre de caviar.



Un membre de la famille Borghese, apparemment un petit frère de Léona, s’approcha du micro. Il tapota dessus, ce qui fit un effet de Larsen abominable. Il ricana dans le micro, s’excusa sincèrement, puis expliqua que, pour l’honneur d’accueillir un marchand-chartiste de haut statut, la première escadre de la dynastie Borghese avait prévu un spectacle.

Dans le ciel, des avions volaient. De magnifiques chasseurs-bombardiers dernier-cri, qui dansaient en formation, formant des boucles, et projetant des fumigènes des couleurs de la maison marchande Taec-yeop. C’était très beau à voir. Mais un accueil glacialement militaire. Visiblement, en tout cas, c’était au goût des invités, et du marchand parmi eux qui ricanait en pointant du doigt les machines de guerre.

Anima errait un peu dans les jardins. Elle profita d’un moment de calme, même si elle avait l’impression d’être méchamment suivie par le pasteur qui la zieutait avec insistance de loin. À se demander ce qu’il voulait…
Sabbat, elle, avait acculé dans un coin le tumultueux Feyd. La pauvre était déjà en train de travailler, alors qu’Anima avait encore le luxe de pouvoir se promener un peu. Un tout petit peu. Les murs avaient des yeux par ici.



Un petit attroupement l’intéressait. Encerclés de gardes-du-corps, de valets et de dames de compagnie, Leona et le marchand Seol s’échangeaient publiquement des bises et des compliments. Le petit capitaine épatait la galerie et provoquait des fous rires alors qu’il lançait ses anecdotes sur les mondes où il avait récupéré les cargaisons qui seraient mises à la vente à Malfi, avec droit de préemption des Borghese — difficile de savoir si c’était ses plaisanteries qui étaient drôles, ou si c’était l’appétit de sa cale qui donnait tant envie de faire croire qu’il régalait son monde.

Mais soudain, voilà que Leona prenait la poudre d’escampette. La chef de mesnie s’éloignait à longues enjambées, suivie par un garde-du-corps en armure d’apparat au plastron scintillant à la lumière du soleil, et une jeune dame-servante bien apprêtée qui trottinait derrière pour essayer de maintenir son allure. Le trio s’arrêta devant un jeune homme, qui se fit sèchement rembarrer par Léona.
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« Que veux-tu encore ?! Tu crois vraiment que j’ai le temps pour gérer ça !
– Mère, je vous prie de me pardonner, mais c’est une situation qui demande votre opinion avant que je puisse la régler.
– Donne-moi ça. »

Le jeune homme tendit une plaque de données. Il devait s’agir d’un de ses bâtards. Leona avait eut trois enfants, et elle n’en avait officiellement légitimé aucun — sans doute gardait-elle des options sous le coude, comme son propre père avait fait avec elle et sa sœur.

« Leurs menaces sont-elles vraiment si crédibles ?
– Des témoins certifient les avoir vu entrer avec des armes, mais ils auraient besoin d’explosifs pour agir sur leur ultimatum…
J’ai déjà ordonné l’envoi d’un groupe d’assaut, ils vont se mettre en position. Mais le temps qu’ils arrivent, nous pourrions entamer des négociations, ne serait-ce que pour gagner du temps.

– Et évidemment il fallait qu’ils fassent ça aujourd’hui, de tous les jours qu’ils auraient pu choisir… C’est commandité.
Lucain, il est temps pour toi de te prouver. Je te confie les pleins pouvoirs plénipotentiaires pour régler cette situation. Ta voix est ma voix. Sache-en en être digne. »


Le jeune homme eut la bouche bée. Mais il hocha solennellement de la tête et frappa son cœur.
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